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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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Le malheur du temps

Publié dans A tout un chacun
Le malheur du temps
 
Il est frappant, dans notre monde moderne, d’observer combien nos contemporains semblent peu heureux, peu épanouis. Peut-être pas plus qu’à n’importe quelle autre période, c’est évidemment une chose impossible à mesurer, mais ce qui en rend le sentiment si palpable aujourd’hui, c’est que nous vivons une époque qui se croit la plus heureuse, non seulement parce qu’elle a atteint un confort matériel inégalé avec un "progrès" technique époustouflant, mais surtout parce qu’elle se vante d’une liberté individuelle et d’une autonomie incomparables, au point qu’il n’existe plus rien susceptible de s’opposer à la volonté humaine, l’homme ayant en quelque sorte atteint son rêve : devenir Dieu… et donc se passer de lui !

Le cinéma et les séries télévisées, qui sont un assez bon reflet de l’esprit du temps, sont révélateurs du mal-vivre de nos contemporains. On n’y voit quasiment jamais un héros heureux en ménage qui a une famille stable, un conjoint et des enfants unis, dans 95 % des cas, on a affaire à des personnes dont le couple vacille ou vivant seules, souvent divorcées, n’envisageant les relations sexuelles que comme un plaisir passager n’engageant à rien, et n’ayant finalement qu’un grand vide en dehors de leur travail.
La raison de cette situation ? Nous voulons le beurre et l’argent du beurre, comme on dit ! Nous voulons la liberté maximum en toute chose, nous ne voulons dépendre de rien ni de personne, nous voulons "profiter" de la vie, de ses plaisirs, mais cette mentalité conduit inévitablement à un individualisme égocentré qui se sert des autres et qui est incapable de tout engagement sérieux et durable, de fidélité, d’effort, de discipline, de don de soi, de sacrifice même… nous refusons la notion même de péché qui culpabilise l’homme émancipé de toute tutelle et capable de décider par lui-même du bien et du mal. Cette mentalité ne peut mener finalement qu’à la solitude que tous les réseaux sociaux du monde ni la technique ne peuvent combler. Le malheur de la solitude est inscrit dans la mentalité moderne que l’on nous vante sans cesse, à commencer par l’insupportable et omniprésente publicité.

Quel rapport avec le synode ? Simplement ceci : tous ceux, parmi nos bons prélats, qui s’inquiètent à juste titre de la souffrance de personnes qui peuvent se sentir "exclues" de l’Église ou qui jugent sa discipline trop "sévère", parce qu’elles sont divorcées remariées ou de tendance homosexuelle, parce que Madame prend la pilule, etc., tous ces bons prélats, dis-je, cherchent en fait à corriger des effets négatifs au lieu de s’en prendre aux causes des maux dont ils s’offusquent.

Car enfin, les problèmes qui tournent autour du remariage après un divorce, de l’union de personnes homosexuelles, de la contraception… n’ont pris l’ampleur qu’on leur connaît que par l’exacerbation d’un individualisme forcené dans une société affranchie de toutes normes, au nom d’une fausse conception de la liberté, et dont l’unique but est la consommation toujours croissante, dans le contexte d’un libéralisme mondialisé qui est le vecteur idéologique incontesté de cette évolution – n’oublions pas que le but ultime de tout cela est le profit –, consommation qui inclut le sexe et la personne devenus des marchandises comme les autres. Là est le vrai problème et tant que l’on n’essaiera pas de lutter contre cette modernité libérale qui tue la dignité des personnes autant que la civilisation, la culture et finalement la religion, toutes les mesures d’adoucissement de l’enseignement traditionnel de l’Église ne seront qu’un cautère sur une jambe de bois, et l’Église engagée dans cette voie n’en fera jamais assez tant qu’elle ne se sera pas alignée sur le monde, car il y aura toujours de nouvelles revendications au nom de la souffrance, celle-ci étant inhérente à la condition humaine. L’exemple de certaines Églises protestantes qui ont tout lâché n’est vraiment pas encourageant, les adeptes du "changement" devraient y songer…
 
Dans le monde qui est le nôtre où il y a justement tant de malheur et de souffrance, l’Église a son rôle prophétique à tenir, que beaucoup attendent d’elle au demeurant, même si ce rôle reste incompris par nombre de nos contemporains, y compris en son sein et même hélas jusque parmi certains prélats. Elle est une pierre d’achoppement exactement comme le Christ l’a été en son temps, mais elle est aussi la lumière qui demeure et qui peut donner aux hommes désemparés d’aujourd’hui un chemin de conversion, seul capable de répondre aux aspirations profondes de l’homme et donc de lui faire goûter sa part de bonheur ici-bas. Il est nécessaire de mieux accueillir toute personne qui souffre et on ne peut que se réjouir si on parvient à un progrès en la matière, ne nous leurrons pas cependant : il n’a jamais été facile d’être chrétien, mais nous savons que Dieu donne ses grâces en abondance à quiconque cherche à le suivre. Et les nombreuses familles – dont on ne parle jamais –, qui vivent sereinement et dans la joie la fidélité à l’Église, sont le témoignage vivant que ce chemin de vrai bonheur n’est pas un leurre et qu’il est accessible à tous.

Paru sur www.lanef.net

Un islam de France ?

Publié dans En France
Un islam de France ?
 
Alors que l’Europe peine à gérer l’afflux massif des réfugiés venus principalement de Syrie et d’Irak – donc très majoritairement musulmans –, Pierre Manent publie opportunément en ce début octobre un essai qui est une réflexion sur la façon dont notre pays peut régler le "problème de l’islam" sur son territoire (1). Pierre Manent est un esprit puissant, l’un de nos meilleurs intellectuels, même si sa modestie ne le pousse pas à s’agiter dans les médias ; c’est dire si un tel essai, sur un sujet aussi brûlant que non résolu, pique la curiosité.

Essayons d’abord de résumer les grandes thèses de l’auteur pour les discuter ensuite.
Pierre Manent décrit ainsi la principale différence entre sociétés occidentales et musulmanes : " “pour nous”, la société est d’abord l’organisation et la garantie des droits individuels, elle est, “pour eux”, d’abord l’ensemble des mœurs qui fournissent la règle concrète de la vie bonne. […] Les sociétés européennes ont un principe de cohésion faible ; les sociétés musulmanes ont un principe de liberté faible" (p. 23). Comment, dès lors, accueillir les mœurs musulmanes sans qu’elles ne finissent par s’imposer ? La laïcité républicaine, qui s’épuise dans la protection des droits individuels de plus en plus indéterminés et illimités, n’est plus en mesure d’exiger quoi que ce soit des citoyens : elle est donc une mauvaise réponse, et ce d’autant plus qu’elle s’interdit de comprendre l’importance du phénomène religieux dans la vie des hommes.

Face à ce constat, Pierre Manent propose une "politique défensive" qui tienne compte de notre faiblesse, à savoir que la laïcité n’a pas "le pouvoir de transformer l’islam des mœurs en islam des droits individuels" (p. 68). Il faut donc, nous dit l’auteur, "faire des concessions" et "accepter franchement leurs mœurs puisque les musulmans sont nos concitoyens" (p. 69). La contrepartie de cette acceptation "des musulmans comme ils sont" est de "sanctuariser certains caractères fondamentaux de notre régime et certains traits de la physionomie de la France" (p. 71), ainsi que d’exiger d’eux "de prendre leur indépendance par rapport aux divers pays musulmans qui dépêchent les imans, financent et parfois administrent ou orientent les mosquées" (p. 135). Les restrictions à imposer aux mœurs musulmanes sont "l’interdiction de la polygamie et du voile intégral" (p. 76) ; les éléments de notre vie commune à réaffirmer concernent d’abord "la liberté complète de pensée et d’expression" (p. 76) et, ensuite, "une “forme de vie” qui n’est pas séparable du régime mais qui en est distincte, qui conditionne le régime et qui, d’une certaine façon, le dépasse" (p. 84).

Pour expliquer cette "forme de vie", Pierre Manent développe d’intéressantes considérations par où l’on voit que "l’islam n’a jamais pu abandonner la forme impériale que la chrétienté n’a jamais pu prendre durablement, trouvant en revanche sa forme dans la nation, ou dans la pluralité de nations appelée d’abord précisément “chrétienté”, puis “Europe” " (p. 88). Or, c’est dans le cadre de la nation que s’est développée une aspiration à la liberté inconnue en terre d’islam. Le problème est que nous détruisons la nation par une Europe que nous avons vidée de ses racines chrétiennes, si bien que, ne voyant plus de légitimité que dans les droits de l’homme, nous sommes incapables d’appréhender une réalité communautaire telle que l’islam. Pour surmonter ce vide et ce reniement de l’Europe, pour redonner sa juste place à la nation, Pierre Manent réserve en fin d’ouvrage ses plus belles pages pour en appeler à revenir à la notion d’ "Alliance" qui a porté notre histoire et qui suppose l’aide de Dieu mais aussi le châtiment de la démesure.

Il y a dans cet essai un souci de réflexion qu’il faut saluer, d’une réflexion qui se veut réaliste et pratique pour sortir concrètement de l’impasse dans laquelle, en France, l’islam nous mène – c’est déjà un grand signe de lucidité que d’en être conscient ! Ce que Pierre Manent propose serait sans doute un progrès par rapport à la situation de déni qui est la nôtre aujourd’hui. Mais serait-ce satisfaisant et même viable ?
Le problème, nous semble-t-il, est le fait de céder à l’islam sous couvert de compromis raisonnable, ce qui conduit au passage à accepter sur notre sol un puissant communautarisme. L’islam n’est pas qu’une religion, et sa logique fait que lui céder est une marque de faiblesse qui invite inévitablement à des surenchères sans fin jusqu’à l’asservissement des peuples devenus minoritaires. Hier il fallait éviter le porc dans les cantines publiques, maintenant il faut que la nourriture soit halal, et demain ? Le problème n’est pas de savoir sur quoi céder pour accommoder les musulmans, le problème est la nécessaire réforme de l’islam afin de le moderniser, faute de quoi toute cohabitation avec lui sera toujours problématique : et cela dépend d’abord des musulmans que nous ne pourrons aider dans cette voie qu’en affirmant à nouveau notre fondement chrétien.
(1) Pierre Manent, Situation de la France, Desclée de Brouwer, 2015, 176 pages, 15,90 €. 
www.lanef.net

Inféodation aux Etats-Unis

Publié dans De par le monde
Inféodation aux Etats-Unis
 
Alors que le pape François publie une encyclique importante sur l’écologie qui invite à revoir nos modes de vie consuméristes qui abîment la planète, il est affligeant d’observer combien, dans la marche chaotique de ce monde, la France et l’Europe demeurent à la remorque de l’hyper puissance américaine qui est le principal vecteur de cette idéologie consumériste dont la seule fin est l’Argent. Dans un essai remarquable (1), Hervé Juvin montre comment la chute du communisme en Europe de l’Est a accru l’inféodation du vieux continent aux États-Unis, tant du point de vue géopolitique que culturel et financier.

À l’époque de la menace de l’URSS, dans un monde bipolaire, l’alliance américaine s’imposait – la politique du général de Gaulle a montré qu’elle pouvait toutefois s’exercer sans soumission – et cet équilibre des forces a sans doute contribué à tenir la bride au capitalisme : "le capital paie des salaires quand les tanks le menacent" (p. 17-18), écrit avec humour Hervé Juvin. Mais depuis la disparition de l’Union Soviétique et du Pacte de Varsovie, il n’y avait plus aucune raison de maintenir l’OTAN dont le seul objet était de prévenir une attaque communiste.
Loin de disparaître ou de baisser en puissance, l’OTAN, véritable bras armé des États-Unis, s’est au contraire étendue sans réelle nécessité pour se rapprocher toujours plus près de la Russie, permettant aux Américains d’accroître leur présence militaire en Europe. Depuis l’accession de Vladimir Poutine à la tête de la Russie – homme fort qui a commencé à redresser le pays et redonné la fierté patriotique à son peuple –, les États-Unis n’ont cessé de la considérer comme un ennemi dangereux, comme si la chute du communisme n’avait rien changé. Et leur objectif a toujours été de séparer l’Union européenne de la Russie, constante de toute la géopolitique des puissances maritimes anglo-saxonnes. On ne peut comprendre fondamentalement l’affaire ukrainienne si on ne la replace pas dans ce contexte.
L’OTAN est un moyen d’embrigader ses membres dans des guerres hors d’Europe qui ne les concernent pas et où l’Alliance n’avait aucune vocation initiale à intervenir : je pense à la première guerre du Golfe contre l’Irak en 1990-1991 qui est à l’origine du chaos de la région – bien seul, Jean-Paul II l’avait prédit – et de l’expansion du terrorisme islamiste que les Américains ont eux-mêmes suscité pour lutter contre l’URSS en Afghanistan.
Depuis, leurs interventions militaires n’ont réglé aucun problème mais ont semé la terreur, le désordre et provoqué des centaines de milliers de victimes tant, depuis Hiroshima et Nagasaki, la disproportion des moyens est une des caractéristiques des guerres américaines. Il est vrai que les États-Unis sont persuadés d’être une nation élue de Dieu, de détenir le Bien et d’avoir une responsabilité universelle pour l’étendre. Aussi leurs adversaires ne peuvent être que l’incarnation du mal – du moins essaient-ils de le faire croire – comme ils l’ont fait pour Saddam Hussein – c’est cette conviction qui leur a permis de "génocider" sans scrupule les Indiens qui étaient là avant eux ou d’écraser des populations sous un déluge de bombes.

Il faut bien comprendre que ce que nous voyons comme des échecs de la politique étrangère américaine ne le sont pas forcément vus de l’autre côté de l’Atlantique : "La litanie des échecs américains, en Afghanistan comme en Irak, en Libye comme en Syrie, n’a de sens que pour qui considère que l’ordre et la paix civils sont des biens publics majeurs, écrit Hervé Juvin ; pour qui considère qu’un régime n’est légitime qu’à condition de servir l’intérêt national américain, les échecs ne sont que relatifs, ou temporaires. Des régimes autoritaires ou des dictatures hostiles aux États-Unis ont été mis à mal, les dirigeants des pays producteurs d’or noir qui prétendaient mettre en cause le monopole du dollar sur les transactions pétrolières ont été éliminés, l’influence de la Russie a reculé. Où est l’échec ?" (p. 41).

Inféodation géopolitique de la France et de l’Europe, donc, incapables d’avoir pu se démarquer des États-Unis et contribuer à la paix, de l’ex-Yougoslavie au Proche-Orient. Mais inféodation également dans les domaines financier et culturel.
Financier car, depuis les années 1990 et les fameuses politiques de dérégulation, nous n’avons jamais su défendre un modèle alternatif qui ne fasse pas de l’Argent le nouveau dieu moderne. C’est le triste privilège de ce qui reste de l’ "Occident" d’avoir entraîné le monde dans une course effrénée à la croissance, à la rentabilité et au profit dont ne bénéficie qu’une infime minorité de privilégiés, accroissant partout les inégalités, et causant d’irrémédiables dégâts, humains, sociaux, écologiques… Les "avancées" dites "sociétales" – du "mariage" homo à la PMA/GPA en passant par la reconnaissance du genre… – s’inscrivent dans ce mouvement qui tend à rétablir une nouvelle forme d’esclavage.
Culturel car le rouleau compresseur du libéralisme mondialisé porté par les États-Unis qui fait de tout homme un citoyen du monde ou plutôt un consommateur interchangeable d’où qu’il vienne, éradique tout ce qui dépasse, toute différence et broie avec une effrayante efficacité l’identité des nations, la spécificité des cultures, la foi des peuples, bref l’enracinement des hommes, tout ce qui fait la variété des civilisations, la richesse de l’humanité. Et la disparition des nations sonne le glas de la démocratie, les États-Unis, dont le sentiment national et patriotique demeure puissant, ayant sombré de leur côté dans la ploutocratie.
"Ce ne sont pas les États-Unis qui sont l’ennemi de la France, écrit Hervé Juvin, c’est tout pouvoir qui se veut mondial, toute puissance qui prétend à l’universel, comme cette hyper-finance qui manipule l’Amérique" (p. 32).
Qui ne voit pas que c’est là un danger mortel qui nous guette aujourd’hui ?

(1) Hervé Juvin, Le Mur de l’Ouest n’est pas tombé, Pierre-Guillaume de Roux, 2015, 280 pages

Paru sur www.lanef.net

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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