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GROSJEAN Herve

GROSJEAN Herve

Né le 27 janvier 1978



Curé de la paroisse de Saint-Cyr l'Ecole


Secrétaire Général de la Commission "Ethique et Politique" du Diocèse de Versailles
     Dans ce cadre, il a fondé entre autres les Universités d'Eté "Acteurs d'Avenir" ( www.acteursdavenir.net )
     pour promouvoir la formation spirituelle et éthique des décideurs de demain.

Ordonné prêtre en 2004
Prêtre du Diocèse de Versailles


Anime avec deux confrères le Padreblog.fr

Ouvrages
Aimer en Vérité (2014) - Catholiques, engageons-nous ! (2016) - 

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Emmanuel Macron aux Bernardins

Publié dans En France
"Emmanuel Macron aux Bernardins, un discours qui engage"
 
Violation de la laïcité ? Habileté politique ? Reconnaissance sincère de l’engagement des catholiques ? Beaucoup cherchent à se faire une idée suite au discours du Président de la République aux Bernardins. En voilà un, personnel, loin d’être infaillible, qu’il faudrait continuer à discuter. Ne nous écharpons pas dessus, ce ne serait vraiment pas le fruit espéré de cette soirée ! Sans aucun doute, on peut avoir un autre avis. Le pluralisme est permis en ce domaine… même si l’on peut penser que ce discours fera date. Il engage le Président (et sa majorité) à le traduire en actes et il nous engage, nous catholiques, à continuer d’autant plus librement à servir, témoigner, nous investir dans le débat public, chacun selon nos vocations, de façon "intempestive" et décomplexée, pour que l’Eglise demeure "un de ces points fixes dont notre humanité a besoin au creux de ce monde devenu oscillant, un de ces repères qui ne cèdent pas à l’humeur des temp.
 
Il n’est décidément pas facile pour un homme politique de parler aux Français : la parole politique est tellement suspectée ou caricaturée ! Le discours du Président de la République aux catholiques de France au Collège des Bernardins ne fait pas exception. À peine était-il prononcé que les critiques pleuvaient. Les uns voyaient dans ce discours une véritable atteinte à la laïcité, les autres s’inquiétaient d’une possible opération de séduction – une sorte de piège pour catholiques naïfs – ne pouvant croire à la sincérité des mots (souvent remarquables) qui ont été prononcés.
La critique des premiers est pathétique. Elle est révélatrice d’une conception archaïque et sectaire de la laïcité. Franchement, de quoi ont-ils réellement peur ? Du dialogue ? Combien ont réellement lu le discours en entier et pas seulement deux ou trois tweets ? Ce n’est pas sérieux. Entendre ces élus ou certains commentateurs s’inquiéter pour la laïcité quand le Président appelle à "réparer le lien abîmé entre l’Église et l’État" est ridicule. Le Président n’annonce nullement une remise en cause de la loi de 1905. Le sentiment d’abandon, d’humiliation et de mépris éprouvé par beaucoup de catholiques ces dernières années appelait à la reprise d’un dialogue authentique, franc et exigeant. Voilà le "lien" à reconstruire et pas simplement entre l’État et l’Église, mais avec tant de Français qui se sentent souvent abandonnés. Créer ou recréer du lien est une priorité pour tout élu en charge du bien de ses concitoyens. Il faut beaucoup de malhonnêteté intellectuelle ou d’idéologie pour faire semblant de ne pas le comprendre.
La peur des seconds est à entendre. Elle s’explique par tant de déceptions passées ! Mais faut-il s’y enfermer ?
 
Si le soupçon prime, plus aucun travail commun n’est possible
D’abord, nous ne pouvons pas cultiver un éternel mécontentement. Quand nous sommes ignorés, nous nous plaignons. Quand on s’intéresse à nous, nous… soupçonnons ! Comme catholiques, nous voulons croire au prix de la parole et au sens des mots. Il y a une bienveillance a priori qu’il nous faut choisir d’adopter. Beaucoup y verront de la naïveté. Je préfère y voir un crédit apporté à ceux – quels qu’ils soient – qui ont reçu la charge de nous gouverner, nationalement ou localement. C’est un choix réaliste qui me fait croire à l’intérêt de rencontrer, d’échanger, de dialoguer en vérité avec les uns et les autres. L’Église n’est pas dupe. Mais elle ne veut pas non plus renoncer à la confiance. Elle veut croire à la possibilité de tout homme de discerner le bien et le mal, d’accéder à la compréhension de ce qui est bon, juste et vrai pour l’homme. Elle reconnaît la noblesse de l’engagement politique et le désir sincère de beaucoup d’élus, de toute couleur politique, de servir le bien de tous. Si le soupçon prime, plus aucun travail commun n’est possible. L’Église garde sa liberté d’interpeller vivement les consciences et de condamner ce qui va contre le bien ou la dignité de tout homme. Avant de céder la parole à M. Macron, Monseigneur Pontier n’a pas manqué d’interroger notre président sur des sujets éthiques graves. Mais l’Église veut aussi encourager ce qui va dans le bon sens. Il nous faut mettre autant d’énergie à dénoncer quand il le faut, qu’à encourager quand cela est juste.
 
Ainsi, avant d’en soupçonner les motivations, il faut reconnaître que ce discours est remarquable par beaucoup d’aspects. Il faut prendre le temps de le lire en son entier. Ces mots sont prononcés par le Président de la République, ils engagent la France. La reconnaissance exprimée à l’Église et aux catholiques, les encouragements à l’engagement lancés, les appels à s’impliquer dans le débat et la vie de la cité ne pourront plus être ignorés. Ce que le Président dit – et la façon dont il le dit – l’engage bien sûr, mais aussi ceux qui gouvernent et légifèrent autour de lui. Tous n’auraient pas été naturellement sur cette même ligne. Nous ne tirons pas de la parole présidentielle la légitimité de nos engagements. Nous n’avions pas besoin de son feu vert pour assumer notre mission de chrétiens dans le monde. Il me semble bon cependant qu’il rappelle ainsi à l’ensemble des Français et aux politiques que l’Église est bien dans son rôle quand elle défend publiquement l’enfant à naître, le réfugié, la famille ou la personne en fin de vie. Il reconnaît même que l’Église est capable de tenir ces convictions fortes, tout en accompagnant les personnes dans la complexité de leur vie. Pour tous ceux qui voulaient nous cantonner à la sphère privée ou nous caricaturer comme déconnectés de la vie réelle ou de la charité pour tous, la leçon est claire.
 

La mission de l’Eglise
Le discours est-il exempt de toute critique ? Bien sûr que non ! Plusieurs affirmations nécessiteraient d’être précisées ou discutées. Il y aurait même des objections à faire. La principale à mes yeux concerne l’affirmation selon laquelle – sur les questions éthiques – la parole de l’Église devrait être "questionnante" et non "injonctive". Bien sûr, nos prises de parole ne doivent pas empêcher le dialogue et les questions. Mais c’est aussi la mission de l’Église et des catholiques de rappeler qu’il y a des lignes rouges en éthique, des repères éthiques fondamentaux qui ne se questionnent pas, qui ne se négocient pas, sous peine de fragiliser ces "digues d’humanité". Quand le président du Conseil Consultatif National d’Éthique explique "qu’il ne sait pas ce qu’est le bien ou le mal" ou que "tout est relatif", c’est notre devoir d’affirmer et de défendre clairement ces repères qui protègent les plus fragiles ou les plus petits. On pourrait d’ailleurs faire remarquer à Emmanuel Macron que la France fait de même quand elle défend les droits de l’homme dans le monde. Il y a des droits qui ne se questionnent pas ! La parole de la France n’est alors pas "questionnante" mais bien "injonctive". C’est sa force et son devoir. Ce sera aussi celui de l’Église.
 
Tout cela suffit-il à lever le doute et le soupçon ? Ce discours est-il une habileté politique de plus, une stratégie d’un Président qui serait très fort pour dire à chacun ce qu’il a envie d’entendre ? Ou est-ce un discours fondateur qui marque une nouvelle étape dans les relations entre l’Église et l’État, dans la reconnaissance et la prise en compte de la réflexion des catholiques et de leur engagement nécessaire comme citoyens ? Cela dépend de lui et de nous. Il faut maintenant que les actes suivent : ce discours nous engage, lui et nous.
À nous, catholiques, d’être au rendez-vous de l’engagement, de façon "libre" et "intempestive" comme nous y sommes invités. À nous de ne pas rester sur le banc des remplaçants, comme le dit le Pape François, pour ne pas laisser la partie se jouer sans nous ! Il se peut que nous ayons des doutes sur l’état du terrain ou le respect des règles du jeu, mais le pire serait de rester hors de ce terrain qui nous est pourtant confié. Il nous faut y être, sans complexe, humblement mais solidement, chacun selon sa vocation, ses talents, son discernement sur les moyens à prendre et la place à tenir dans le jeu.
Au Président, à son gouvernement et à sa majorité de prouver que tout cela n’était pas qu’une façon de nous faire habilement accepter de nouvelles transgressions éthiques dans quelques mois… L’attente qui peut naître d’un tel discours est forte. La déception qui pourrait en résulter serait immense et sans doute bien difficile à réparer. Les catholiques sont bienveillants et ils veulent construire, mais ils savent aussi se souvenir. En tout cas, ils partagent la certitude avec le Président que l’Église doit rester "un de ces points fixes dont notre humanité a besoin au creux de ce monde devenu oscillant, un de ces repères qui ne cèdent pas à l’humeur des temps." Et pour cela, on pourra compter sur eux.

Tribune parue dans Le Figaro Vox du 10 avril 2018, repris sur Padreblog

Présidentielles : critères...

Publié dans A tout un chacun
Présidentielles : critères de discernement
 
Beaucoup ne sont guère satisfaits de cette campagne présidentielle, qui ne semble permettre aucun réel débat de fond. Notre pays si fragilisé aurait pourtant bien besoin de profiter de ces élections pour vivre un vrai temps de discernement.
Discernement sur les questions majeures que nous rencontrons, les solutions à apporter, celui ou celle qui pourra le mieux les porter, discernement enfin sur les fondements et les repères communs qu’il nous faut retrouver pour vivre ensemble et que nous aurons à transmettre aux générations qui viennent. Mais ce discernement si nécessaire est empêché. Le débat semble impossible, comme si certains n’avaient pas intérêt à laisser s’exprimer un vrai dialogue de fond. Certains candidats d’abord, sans doute plus à l’aise dans le slogan ou l’incantation. Certains médias sûrement, préférant chercher le buzz qui rapporte de l’audience facile ou s’enivrant à l’idée de "faire l’élection" en flinguant les uns et encensant les autres. Leur travail serait pourtant nécessaire pour servir humblement la réflexion des Français en leur offrant les moyens d’un choix apaisé. Nos évêques pointaient déjà cette responsabilité dans le document "Retrouver le sens du politique" (à consulter
ici) : "Les médias ont un pouvoir d’influence dans leur manière de présenter les choses, et une responsabilité dans la qualité́ du débat public quand ils préfèrent slogans, petites phrases, et a priori réducteurs, à l’analyse sérieuse et au débat respectueux."
 
Malgré tout, il va bien falloir voter. L’Eglise rappelle que c’est un devoir moral pour tout catholique (voir Catéchisme de l’Eglise Catholique § 2240) et pas seulement un droit. Il faudra donc choisir. Sur quels critères ? L’Eglise donne-t-elle des consignes de vote ? Bien sûr que non. Elle ne veut pas nous infantiliser. Elle en appelle au contraire à notre conscience, se mettant au service de notre liberté en éclairant notre discernement. Comme souvent, l’Eglise nous interpelle, nous éclaire, nous encourage à prendre en compte tel ou tel sujet… mais nous laisse ensuite libres. En cela, nous restons responsables de notre vote. C’est aussi ce qui explique qu’il peut y avoir un réel pluralisme chez les catholiques, comme nous allons le voir.
 
Je vous propose pour ma part trois étapes pour notre discernement. Il n’y a rien d’infaillible dans mes propos, mais ils peuvent peut-être aider certains d’entre vous.
Revenir au programme
Si nous critiquons l’absence de débat de fond, nous ne pouvons pas nous-mêmes en rester à la forme. Plutôt que de vouloir sonder les reins et les cœurs de nos candidats, sachons ce qu’ils veulent faire concrètement pour notre pays. Prenons le temps de lire ces programmes, pour ne pas dire demain : "nous ne savions pas… ".
Ces programmes, nous pouvons les lire à la lumière des deux textes que nos évêques nous proposent :
ici et ici. Le premier liste quelques sujets essentiels sur lesquels ils attirent notre attention : projet de société, respect de la vie, éducation, famille, précarité, écologie, travail, immigration, violence, moralisation de la vie publique… Le deuxième dresse un constat grave et sérieux de la société, pour discerner les enjeux de cette élection importante.
Ces deux textes sont donnés pour éclairer notre discernement. La question à nous poser n’est pas : "existe-t-il un programme idéal et parfaitement conforme ?" (je ne le crois d’ailleurs pas) mais plutôt : "quel programme semble le mieux prendre en compte, même de façon imparfaite, les enjeux les plus décisifs pour notre société, avec l’éclairage que notre foi peut leur donner ?".
Au fond, il s’agit de discerner quel candidat et quel programme permettront que le bien commun, qu’une vision juste et respectueuse de l’homme et de la femme et les repères fondamentaux de notre société auxquels nous sommes tant attachés, puissent être protégés et reconnus plus largement. Il n’existe pas de "programme catholique" ni de programme parfait. Il existe par contre des cadres plus ou moins porteurs pour le bien commun et c’est à cela que nous sommes attachés comme catholiques, soucieux de l’avenir de toute notre société. Si les catholiques sont unis sur la finalité (le bien commun), ils peuvent ne pas avoir le même discernement sur les moyens (les mesures proposées par les candidats) qui vont permettre de progresser vers cette finalité. Quel "mieux possible" permettra chaque candidat ? A chacun de nous de discerner.
 
Empêcher de nouvelles transgressions
Si aucun de ces programmes n’est parfait, si "tout est lié" comme le dit le pape François, et qu’on ne peut réduire un programme à telle ou telle mesure qu’on y trouve, il me semble que notre conscience chrétienne doit rester particulièrement sensible aux questions éthiques qui touchent aux fondements même de la société, c’est-à-dire à l’anthropologie (vision ou définition de l’homme) sur laquelle se construit une vision authentique du bien commun. Pourquoi ? Parce qu’on touche là, comme l’ont toujours affirmé les papes, à la racine de tous les autres droits. Tout ce qui abîmera encore le respect de toute vie, la filiation, la famille… abîmera encore un peu plus toute la société.
Celle-ci a déjà été très fragilisée par différentes lois sociétales du quinquennat qui s’achève. Le minimum qu’on puisse espérer, c’est qu’il n’y ait pas de nouvelles transgressions éthiques dans les cinq prochaines années. Promouvoir le suicide assisté ou la PMA sans père – c’est-à-dire un droit à l’enfant généralisé – comme "nouveau progrès à conquérir" en dit long sur l’idée qu’on se fait du progrès… Il est encore temps pour les candidats concernés d’y renoncer, car cela ne pourrait que les disqualifier aux yeux de nombreux catholiques.
Ce progressisme éthique – même souriant – est destructeur. Il n’est pas un réel progrès car il ne fait qu’augmenter la confusion sur les grands principes qui doivent structurer notre vie ensemble. Une société libertaire, dans laquelle le désir individuel devient tout-puissant simplement parce qu’il est sincère, au détriment de la recherche du vrai bien pour tous, est une société toujours plus fragilisée et fracturée, dont les plus petits seront les premières victimes.
Certes, on mettra du temps pour reconstruire, et sans doute il nous faudra compter sur une prochaine génération d’élus pour cela. Certes, on peut regretter que certains ne soient pas plus courageux pour se libérer de la pensée dominante et reconstruire sans complexe ce que d’autres ont détruit sans scrupule. Mais si on peut au moins stopper la spirale de destruction, ce sera un premier pas et un cadeau pour les générations qui viennent.
 
Quel candidat et quelle équipe ?
L’élection n’est pas une canonisation. Je n’attends pas le Messie (il est déjà venu !) et ne réclame pas des candidats une perfection qui n’est pas de ce monde. Nos candidats sont à l’image de la société sécularisée de laquelle ils ont émergé. Ils en portent les désirs, les aspirations, les blessures, les fragilités et les faiblesses.
Ce qu’il nous faut discerner, c’est la capacité à gouverner des uns et des autres, dans le contexte national et international que l’on connaît. Si on croit
au rayonnement de la France et à sa vocation universelle, il faut que la personne qui sera élue soit en mesure de l’incarner. Dans la situation de guerre contre l’islamisme radical, de tensions internationales, de désordre intérieur, il faut un président solide, capable de garder la tête froide et le sens de ce qu’il sert. Qui sache trouver les mots pour parler aux Français lors des heures difficiles que nous ne manquerons pas de connaître à nouveau. Qui puisse donner du sens aux efforts que les Français vont devoir faire pour relever notre pays, socialement, moralement, économiquement.
Ce chef ne sera pas seul à exercer le pouvoir. Il va arriver avec une équipe, il va nommer des ministres, des hauts-fonctionnaires… c’est toute la tête du pays qui va être ainsi remodelée, tous les leviers du pouvoir qui vont arriver dans de nouvelles mains (ou pas !). On ne peut pas ignorer cela.
C’est ainsi une autre question qu’on peut se poser : au-delà des qualités et des limites du candidat, fera-t-il émerger autour de lui des figures qui pourront porter l’idée du bien commun que nous nous faisons ? Quelle nouvelle génération d’élus nous donnera-t-il ? Avec qui voudra ou pourra-t-il gouverner ? Cet entourage n’est jamais d’un seul bloc, il y a une certaine diversité ; mais permettra-t-il au moins à une véritable vision du bien commun d’exister et d’infuser ?
 
Voilà quelques idées, qui mériteraient certainement d’être développées. Des hommes et des femmes se soumettent à notre vote. Ne laissons personne décider pour nous. Ayons cette liberté intérieure qui nous fait discerner avec maturité et gravité celui ou celle que nous reconnaîtrons comme notre autorité légitime pour les cinq années qui viennent. Ce n’est pas d’abord un choix affectif. C’est d’abord un choix de la raison. Il ne nous est pas toujours donné de pouvoir admirer nos chefs, ou d’être enthousiasmés. Mais passant au-dessus de toute amertume ou rêverie, il nous faut les choisir et avec eux, les idées qui demain arriveront au pouvoir. Que chacun discerne, choisisse et agisse aussi : c’est en parlant, en échangeant, en faisant vivre ce dialogue de fond, que votre choix et celui de ceux qui vous entourent pourront converger vers le bien commun ! Le pape François nous le disait
aux JMJ de Cracovie
: ne laissez pas l’histoire se faire sans vous !
Paru sur www.padreblog.fr, 21 mars 2017

Noël après le 13 novembre

Publié dans Au delà
Noël après le 13 novembre
 
Les chrétiens se préparent à fêter la naissance du Christ. Comme chaque année, les églises seront pleines. Ce soir de Noël, en effet, beaucoup de Français aiment venir à cette messe si particulière au cœur de la nuit, même s’ils ne sont plus des pratiquants habituels.
Il y a une part de nostalgie, sans doute : devant la crèche, chacun retrouve un peu de son cœur d’enfant. Il y a aussi l’attachement à une tradition et à un héritage spirituel : Noël ne serait pas vraiment Noël si on réduisait cette fête aux cadeaux, au foie gras ou aux huîtres… Même les moins pratiquants, et peut-être même les moins croyants, pressentent la dimension spirituelle de cette nuit-là. C’est toujours émouvant pour un prêtre de voir les familles se rassembler dans l’église, toutes générations confondues et, le temps d’une messe, faire la paix, penser à ce qui les unit, prier les uns pour les autres. Ce soir-là, les visages sont beaux car les cœurs sont ouverts. Il y a enfin un besoin d’espérance. La vie est dure pour beaucoup. Les épreuves ne manquent pas dans nos familles. Les temps sont troublés. L’église devient alors un refuge et le clocher un phare. On vient y chercher un peu d’espérance. On veut croire que la naissance de cet enfant, il y a 2000 ans, a changé quelque chose. Il n’a pas pu venir pour rien. On se dit que si son message était davantage connu et suivi, le monde irait mieux. On pense à nos défunts, on espère qu’ils sont avec lui. On se sent un peu plus proche d’eux. Comme si cet enfant nous réunissait par-delà la douleur de la séparation. On espère que Dieu veille sur ce monde, sur nos familles, sur notre pays… le mal ne sera pas victorieux. C’est l’Amour qui aura le dernier mot. Cet enfant est venu pour cela. C’est le Prince de la Paix.
 
Tout cela sera encore vrai cette année. Mais sans doute encore plus vrai cette année. Nous l’avons remarqué dans certaines églises : à la suite des attentats du 13 novembre, beaucoup ont eu le réflexe de revenir. Les grands du pays se sont pressés à Notre-Dame de Paris. C’est dans les églises qu’on a prié pour les victimes et qu’on a rendu un dernier hommage pour beaucoup d’entre elles. Dans les temps troublés qui sont les nôtres, l’église retrouve ce rôle de refuge et de soutien. On redécouvre l’Eglise comme une mère attentive, pleine de compassion pour ce monde si blessé. Sa force, sa stabilité, sa liberté de parole, sa bienveillance inconditionnelle qui la rend ouverte à tous, rassurent et encouragent. Dans un pays comme la France qui veut se réapproprier son identité, qui cherche ce qui peut le rassembler, l’Eglise a évidemment un rôle à jouer. Elle a l’expérience des drames surmontés ensemble. Elle sait la soif spirituelle au fond du cœur de chacun. Elle ne défend pas ses intérêts particuliers mais se met au service du bien commun. Son message de vérité se moque des modes de pensée. Elle sait concilier la lucidité sur les blessures de ce monde, sur le mal qui le défigure, avec un regard d’espérance auquel elle ne renonce jamais. Elle est capable d’alerter, d’interpeller, sans jamais cesser d’encourager et de consoler.
 
Les tentatives de certains pour la renvoyer dans ses sacristies, pour effacer de l’espace public tout rappel de sa présence, pour nier l’héritage et les racines chrétiennes de notre pays, en sont d’autant plus grotesques et pathétiques. Les laïcards pensent simplement faire du mal à l’Eglise ? Ils font en fait du mal à la France. Car c’est bien notre pays qui sera plus fragile si on le coupe de ses racines. L’Eglise n’a pas besoin de crèches de Noël visibles pour survivre, elle. Elle a 2000 ans derrière elle, et l’éternité devant ! Mais c’est bien la France qui a besoin de signes, de gestes, de paroles fortes pour se rappeler ce qu’elle est. C’est ce qu’elle est, dans toute la richesse de son histoire et la diversité de sa culture, que les barbares de l’Etat islamique ont visé. C’est en se réappropriant cette histoire, cette culture, cet héritage spirituel que la France se redressera, sera forte et se rassemblera. C’est aussi pour cela qu’on priera ce soir de Noël dans nos églises de France. Pour que d’un mal sorte un plus grand bien. Pour que ceux que tant de familles pleurent encore ne soient pas morts pour rien. Pour que l’espérance qui nous anime – loin de nous désengager de ce monde et du relèvement de la France – fortifie notre résolution à servir avec tout ce que nous sommes ce pays que nous aimons.
Paru sur Padreblog, 18 décembre 2015

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