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GROSJEAN Herve

GROSJEAN Herve

Né le 27 janvier 1978



Curé de la paroisse de Saint-Cyr l'Ecole


Secrétaire Général de la Commission "Ethique et Politique" du Diocèse de Versailles
     Dans ce cadre, il a fondé entre autres les Universités d'Eté "Acteurs d'Avenir" ( www.acteursdavenir.net )
     pour promouvoir la formation spirituelle et éthique des décideurs de demain.

Ordonné prêtre en 2004
Prêtre du Diocèse de Versailles


Anime avec deux confrères le Padreblog.fr

Ouvrages
Aimer en Vérité (2014) - Catholiques, engageons-nous ! (2016) - 

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Migrants, ...

Publié dans A tout un chacun
Migrants : l’indifférence impossible
 
Les photos sont insoutenables. Ces corps d’enfants rejetés par la mer. Cette mer Méditerranée devenue jour après jour "ce grand cimetière" – le pape nous alertait d’ailleurs de ce risque dans son discours devant le Parlement européen en novembre 2013 – pour des milliers de migrants qui fuient la misère ou la guerre. Ces nouveaux "boat-people" nous bouleversent et nous effrayent en même temps.
 
Humilité avant tout
Je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas quoi dire. Peut-être faut-il commencer par cette humilité-là ? Reconnaître que nous sommes désemparés. J’entends bien que le problème est complexe. Que tous ne fuient pas les persécutions. Qu’il y a des enjeux géopolitiques derrière. Que certains pays jouent un jeu trouble. Qu’il ne faut pas être dupe. "Qu’on ne peut accueillir toute la misère du monde". Que les partisans des solutions faciles – les " y’a qu’à…" – ou les auteurs de grandes envolées riches en émotion seront souvent les derniers à porter concrètement les conséquences de leurs propositions… Je sais tout cela. J’ai aussi lu Le camp des saints de Jean Raspail… et je n’habite pas Calais, qui croule sous le nombre de réfugiés, ou ces cités où l’échec de l’intégration rend la vie impossible pour beaucoup.
Ma paroisse accueille une famille de huit chrétiens d’Irak qui a fui Mossoul en Irak. Je vois bien ce que cela représente comme difficultés, une fois la joie et le soulagement des débuts passés. Pour eux, comme pour ceux qui bénévolement se démènent pour les aider et les intégrer, tant au niveau de la ville que de la paroisse. Car il ne s’agit pas d’accueillir pour quelques jours mais bien d’intégrer pour longtemps, si ce n’est pour toujours. Les campements et les solutions d’urgence ne résoudront rien sur la durée.
Alors on ne dit rien ? On ne fait rien ? J’entends les appels du pape répétés depuis sa venue à Lampedusa. Il n’a pas attendu les photos choc, lui ! C’était le seul à l’époque, parmi les dirigeants, à alerter sur le drame qui se jouait. Aujourd’hui, je sens bien que ce drame ne peut pas nous laisser inactifs. Encore moins indifférents. Je crois même qu’il représente un vrai défi pour notre veille Europe.
 
Un défi pour ceux qui nous gouvernent
L’Eglise n’a pas les solutions. Elle est là pour alerter les consciences. Le pape François ne cesse d’exhorter les pays "à coopérer avec efficacité pour empêcher ces crimes qui offensent la famille humaine toute entière". Il attend que les dirigeants prennent leurs responsabilités. L’histoire se fait avec des hommes et des femmes. Elle peut dépendre d’une ou deux décisions courageuses. Reconnaître qu’on s’est trompé. Décider d’intervenir. L’impunité de Daech reste révoltante ! C’est la pression des peuples qui force le courage des gouvernants et leur impose de trouver une solution. C’est aussi autour de ces grands défis, de ces grandes causes qu’ils pourront rassembler leur peuple. Rétablir le droit dans ces pays qu’on fuit. Tout faire pour convaincre et aider ces familles à rester. Eradiquer ces passeurs qui jouent avec les vies. Faire plus pour le développement des ces régions qu’on a souvent livrées au chaos, ou pillées allègrement. Le pape rappelait dans son encyclique "la grave dette sociale" que nous avons envers ces pays aujourd’hui pauvres. On pourrait parler d’une dette morale aussi envers ceux que nous avons laissés s’enfoncer dans le chaos… Qu’avons-nous fait de l’Irak ou de la Syrie ?…
 
Un défi culturel pour notre pays et pour l’Europe
Accueillir l’autre me fait peur quand je ne suis pas sûr de moi, quand je ne me sens pas solide dans mon identité. Du coup, l’autre est synonyme de danger. La France est fragile. Elle ne sait plus très bien dire ce qu’elle est, quelles sont ses racines, quel est son héritage. Du coup, elle a peur. Elle est divisée. Elle ne s’aime pas. Elle perd son temps dans des querelles vaines. Elle détruit ce qui fait sa force et sa beauté. Elle n’est pas fière d’elle-même, de son histoire, de sa foi, de son héritage. Elle n’est pas prête à relever de tels défis. Il y a là un immense travail de refondation culturelle à faire. Il s’agit enfin d’assumer ce que nous sommes : un pays de tradition judéo-chrétienne et de culture gréco-latine. Il s’agit d’assumer de transmettre cette culture et de l’affirmer. Nous pourrons alors, forts de ce que nous sommes, ne pas craindre d’accueillir l’étranger. Il saura qui l’accueille. Il respectera ce pays qui l’héberge, car on ne respecte que ce qui est clair et assumé. Nous sommes – nous Français – capables de nous montrer généreux et accueillants si une proposition claire, fondée, audacieuse, réfléchie et forte nous est faite. Rappelons-nous l’élan suscité par l’appel de l’abbé Pierre, durant l’hiver 54. Il a marqué toute une nation. Il est temps de redevenir ce que nous sommes, pour être capables de faire ce que le monde attend de nous.
 
Un défi spirituel pour chacun
Sans tomber dans les solutions faciles portées par l’émotion d’un moment, comment rester capable d’une véritable compassion ? Comment tenir ce regard de foi sur ces pauvres qui semblent "assiéger" notre continent ? Comment persévérer à voir en chacun son frère ? Là encore, je me méfie des belles phrases faciles. Le SDF devant ma paroisse me lance sans le savoir ce défi chaque jour, surtout quand il est ivre et qu’il hurle ! Il me fait mesurer le poids de ce combat de la charité, pour voir en l’autre un frère, une sœur. Et même… le Christ. "Ce que tu as fait à l’un de ces petits… c’est à moi que tu l’as fait". Notre raison se révolte. Les arguments pleuvent pour justifier le rejet. Je sais tout ce qui dépend de lui, et qu’il ne fait pas. Mais je ne peux me détacher de ces mots de l’Evangile. De ceux qui suivent, encore plus terribles "ce que tu n’as pas fait à l’un de ces petits, c’est à moi que tu ne l’as pas fait…". Combien plus pour ces pauvres qui viennent de loin. Demain, s’ils sont à ma porte, quel regard poserai-je sur eux ? La question se pose à tous. Mais les chrétiens encore plus que les autres, de par ce qu’ils portent, sont attendus sur la réponse…
 
Aujourd’hui et demain
On réagit rarement de façon juste dans l’émotion. Cette photo d’un enfant rejeté par la mer n’exige pas de nous une réaction efficace immédiate – qu’on a du mal à imaginer – mais elle doit susciter une vraie prise de conscience. De façon profonde et à long terme, nous pressentons ce qu’il nous faut faire : tenir dans nos racines et ouvrir nos cœurs.
Et pour aujourd’hui ?
Prier et se mobiliser pour que nos gouvernants œuvrent réellement pour la paix dans ces pays. Pour que les puissants de ce monde s’engagent. Face à ces crises terribles, nous tournons le regard vers nos chefs. Qui nous entraînera à sa suite, dans un engagement durable et profond au service de nos frères ? Pour sauver le système financier, ils ont su se mobiliser. Pour libérer le Koweït et ses champs de pétrole, ils ont décidé la guerre. Que feront-ils pour imposer la liberté religieuse, protéger les minorités et éradiquer les barbares de Daech ? Quels sacrifices sommes-nous capables d’accepter ? Combien de vies sommes-nous prêts à voir tomber parmi les nôtres pour cela ?
Me rappeler aussi qu’au-delà des chiffres, des problèmes politiques, des slogans, il y a des personnes. Ne pas l’oublier quand j’en parle. A leur place, j’aurais peut-être essayé de faire de même. Folie certes. Mais un papa qui ne peut plus nourrir ses gosses est prêt à cette folie. Surtout quand on lui promet monts et merveilles, là-bas, de l’autre côté de la mer. Au moins me laisser bousculer, interpellé. Ne pas fermer les yeux. Ne pas m’habituer à la misère.
Enfin, vivre la charité. Maintenant, là où je suis. Avec ceux qui sont là. Avec mon voisin, avec les pauvres cachés de nos quartiers. Solitude, précarité, retard scolaire, drogues… que de pauvretés cachées, mais bien là, pas loin de moi, touchant tous les âges. Peut-être encore plus dur à voir sans s’habituer. Mais pour le coup, je peux agir. Un cœur qui s’entraîne, qui s’exerce à la charité, n’en devient que plus généreux. Il est prêt, s’il faut faire plus demain. La charité se fait inventive. Elle nous presse. Nous inventerons, avec une seule certitude : au-delà des "résultats" ou des "erreurs", nous ne regretterons jamais d’avoir aimé…

www.padreblog.fr/, 3 septembre 2015

Entre Daech et Chrétiens d'Orient

Publié dans Du côté des élites
Entre Daech et les Chrétiens d'Orient, la RATP doit choisir
 
En pleine semaine sainte, la polémique ne pouvait passer inaperçue.
Mgr Di Falco a révélé que la RATP avait exigé que soient retirées des affiches annonçant le prochain concert du groupe "Les Prêtres" la mention "au profit des Chrétiens d'Orient". Aux premières demandes d'explication, le groupe répond par le principe de "laïcité".
La bêtise de l'argument va jusqu'à mettre en colère le député Joël Giraud, dont le Parti Radical de Gauche est pourtant connu pour sa vision souvent restrictive de la laïcité. Ce député vient au secours de son évêque en dénonçant une décision de la RATP qui relève selon lui d'un véritable "intégrisme laïc".
Les réseaux sociaux s'enflamment, et la RATP promet une nouvelle réaction, en lien avec sa régie publicitaire Metrobus. Cette nouvelle réaction est encore pire et révèle au choix une ignorance crasse de la situation ou un mépris incroyable des minorités persécutées dont il est question.
 
Si la RATP a exigé que soit supprimée la mention des Chrétiens d'Orient, c'est parce que "la RATP et sa régie publicitaire ne peuvent prendre parti dans un conflit de quelque nature qu'il soit" selon leur communiqué commun. "Toute atteinte à ce principe ouvrirait la brèche à des prises de positions antagonistes sur notre territoire". Annoncer que ce concert était offert au profit de ces chrétiens d'Orient est "une information se situant dans le contexte d'un conflit armé à l'étranger et (…) le principe de neutralité du service public qui régit les règles de fonctionnement de l'affichage par Métrobus, trouve en effet dans ce cas à s'appliquer."
Vous avez bien lu. Pour la RATP, les Chrétiens d'Orient sont juste un camp face à l'autre, un camp pour lequel on ne peut pas prendre parti. Alors que la France, par la voix de Laurent Fabius, se démène à l'ONU pour que cesse le génocide dont sont victimes ces minorités d'Irak et d'ailleurs, alors que le Président de la République a reçu des Chrétiens obligés de fuir leur pays pour ne pas être massacrés par Daesh, la RATP -elle- refuse de choisir. Entre Daesh et ses victimes, elle veut rester "neutre".
 
Cette neutralité-là est impossible.
Cette neutralité est une complicité avec celui qui massacre, contre l'innocent qui est massacré. Cette neutralité rappelle celle de Pilate et de tous ceux qui l'ont suivi depuis 2000 ans, se lavant les mains des massacres commis, et fermant les yeux sur le sort des victimes, pour ne pas faire de vagues ni perdre leur poste. Cette neutralité est indigne d'un groupe comme la RATP, elle révolte sans aucun doute nombre de ses agents qui ont pleuré avec tous nos compatriotes les victimes de l'horreur terroriste. Cette neutralité-là est une insulte à la France, qui a toujours mis sa fierté à défendre les droits de l'homme, et particulièrement des minorités persécutées, partout dans le monde. Plutôt que de reconnaître humblement et simplement une erreur d'appréciation, la RATP s'enfonce et finit par justifier l'injustifiable. Quel aveuglement et quel mépris a-t-il fallu à celui qui a donné l'ordre de rayer de l'affiche cette mention des Chrétiens d'Orient ! Et à ceux qui ont rédigé ce communiqué ? Pensaient-ils faire taire la voix des persécutés, réduire au silence la communauté chrétienne, et au-delà des Chrétiens, tous ceux qui sont émus par le sort des minorités martyrisées en Orient, en invoquant le principe de "neutralité"?
 
Je repense à la supplication des Chrétiens réfugiés rencontrés à Erbil en Irak, en accompagnant Mgr Barbarin qui venait les visiter et les soutenir. "Ne nous oubliez pas !" disaient-ils aux français. "Ne nous effacez pas !" sera leur nouveau cri du cœur, en apprenant cette histoire qui nous fait honte.
 
Pierre Mongin, président de la RATP, se retrouve ce jour devant trois questions auxquelles il doit répondre pour faire cesser le trouble :
- valide-t-il ce communiqué ou reconnaît-il une erreur bien regrettable mais du coup pardonnable ?
- pense-t-il qu'on puisse être "neutre" devant le massacre des chrétiens persécutés ? Entre Daesh et ses victimes, la RATP peut-elle revendiquer un principe de neutralité ?
- serait-ce le mot "chrétiens" qui gêne certains, comme pourrait le laisser penser, dans un premier temps, le recours à l'argument de la laïcité ?
Il faut espérer qu'il aura à cœur de nous rassurer et de réparer ce scandale, avant qu'il ternisse pour nous tous la joie de Pâques !

Figarovox, 1er avril 2015

Femen à Strasbourg

Publié dans En France
Femen à Strasbourg : quand l'État va-t-il enfin se décider à intervenir ?
 
Une militante Femen est montée en début d'après-midi sur l'autel de la cathédrale de Strasbourg, seins nus, pour dénoncer le caractère politique de la visite du pape François, prévue mardi dans les institutions européennes. Faut-il réagir à ce genre de provocation?
La venue du Pape au parlement européen ne scandalise personne, au contraire!... Tant sa sagesse et sa bienveillance pour tous marquent les cœurs et les esprits... Sa parole est attendue, on le croit capable de redonner à cette Europe qui doute d'elle-même le sens de sa mission. Tout le monde se réjouit d'écouter cette voix de la sagesse... sauf Jean-Luc Mélenchon et les Femen ! C'est dire... Ces dernières le font savoir à leur façon: simulacre d'enlèvement d'un prêtre, action indigne dans la cathédrale de Strasbourg... Faut-il encore réagir à leurs provocations ? On est partagé. D'un côté la réticence à leur faire de la publicité. Elles n'attendent que ça, n'existent que pour ça. Le silence, l'indifférence et l'ignorance sont sans doute ce qu'elles redoutent le plus. On a même un peu de compassion pour elles, au fur et à mesure qu'elles s'enfoncent dans le pathétique. Même Caroline Fourest, autrefois fervente admiratrice, s'éloigne peu à peu d'elles... Et puis, il est bien plus utile de parler de ce que le Pape va dire. L'évènement, c'est lui. Pas elles.
 
Alors pourquoi choisir de vous exprimer ...
Mais de l'autre côté, reste l'intuition que la profanation d'un lieu de culte n'est jamais anodine. Qu'on ne peut ni ne doit s'y habituer. Qu'à l'heure où des familles vivent dans l'angoisse l'attente du retour d'un fils ou d'un père otage, on ne peut admettre que d'autres jouent sur ce registre, et fassent ainsi l'apologie de la violence. C'est odieux. Alors on se dit qu'une fois encore, il ne faut pas se taire. Nous avons le droit, nous aussi catholiques, tout comme nos frères d'autres religions, au respect de nos lieux de culte, de ce que nous sommes, de ce qui est sacré pour nous. La laïcité, ce n'est pas de nous faire taire, ou de faire taire le Pape. La laïcité, c'est d'abord le respect. Il est urgent que l'État prenne les moyens de garantir à tous ce respect-là.
Paru sur Figarovox, 24 novembre 2014

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