Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

GUILHOU Xavier

GUILHOU Xavier

Né en 1954


 

 

Directeur du Cabinet XAG Conseil
Spécialisé dans la prévention des risques
, le pilotage des crises et l'intelligence stratégique ainsi que les questions de diplomatie humanitaire et d’assistance stratégique aux Etats.

Docteur es Lettres et Sciences humaines
DESS de l’IEP de Paris

Expérience triple :
* Sur le terrain des crises internationales ainsi qu’aux niveaux étatique et interallié.
(Ancien responsable de la DGSE dans les années 1980, engagé dans la montée en puissance des Opérations Spéciales (COS) dans la décennie 90)
* Dans le monde de l’entreprise pour avoir exercé des  fonctions exécutives et opérationnelles
(Directeur général de filiale au sein du Groupe Hachette, directeur du marketing de Spie-Batignolles, directeur de la sécurité corporate de Schneider Electric, directeur du think-tank d’EuroGroup.
* Au sein du monde universitaire et des grandes écoles
 
Capitaine de vaisseau de réserve
Ancien auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN).

Ouvrages
Ruptures créatrices avec Patrick Lagadec -éditions d'organisation 2000
Un monde à repenser  (avec Eric de la maisonneuve - éditions économica 2001
La fin du risque zéro  (avec Patrick Lagadec) (2002)
Voyage au coeur d'une implosion, ce que l'Argentine nous apprend (avec Patrick Lagadec et Laura Bertone) (2003)
Quand ONG et PDG osent (avec Jean Marie Aoust, Gilbert Canameras et Claude Revel) (2004)
Quand la France réagira.... (2007)
 
Nombreux articles
Interventions régulières sur les chaines de radio pour décrypter l’actualité internationale
Site
http://www.xavierguilhou.com
 
Distinctions
Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur
Officie de l'Ordre National du Mérite
Croix de la Valeur Militaire avec citation
Croix du Combattant Volontaire
Commandeur du Mérite de l'Ordre Souverain de Malte

URL du site internet:

Gilets Jaunes, ce qui se joue...

Publié dans En France
Gilets Jaunes, ce qui se joue et quel rôle pour le dirigeant ?

Envoyé par l'auteur, 27 décembre 2018 :  https://www.youtube.com/watch?v=BFaxKZGRXkA

Vous vouliez une "transition",...

Publié dans En France
Vous vouliez une "transition", vous avez une "révolution" !
 
La bataille des images fait rage sur les écrans et les réseaux sociaux autour de symboles profanés. Les commentateurs ouvrent allègrement des boites de Pandore en parlant d’insurrection et de guerre civile sans savoir ce que c’est réellement. Pendant ce temps la France glisse dans la confusion, la sidération et l’émotion.
 
Il y a 10 ans, quand j’ai écrit "Quand la France réagira… " (1), j’avais évoqué, comme le ferait un médecin de façon préventive, trois symptômes pour qualifier la gravité de la crise qui caractérise notre pays à savoir :
Le symptôme argentin du fait de la courbe de la dette et de la faillite des politiques publiques qui permettent de masquer le déclassement du pays et de bloquer toute transformation de notre société afin de maintenir l’illusion d’un train de vie.
Le symptôme yougoslave avec l’émergence d’un divorce profond entre la population et les élites qui provoque une implosion de la "Res-Publica" et une fractalisation des cohérences et cohésions territoriales.
Le symptôme libanais avec des centaines de zone de non-droit qui se sont enkystées partout dans les périphéries de nos villes et agglomérations avec des logiques communautaristes et religieuses qui sont devenues les nouvelles références autour de la propagation rampante d’un islam radical qui s’est imposé progressivement en termes de gouvernance.
 
Beaucoup se sont amusés de ce diagnostic. Aujourd’hui les mêmes "rient jaune" avec les évènements de ces dernières semaines qui viennent déstabiliser leurs certitudes intellectuelles et leur confort financier… Entre temps la dette a explosé du fait de la crise de 2008 et surfe sur la crête des 100 % du PIB (selon les critères de Maastricht). Tous les spécialistes tremblent à l’idée d’une hausse des taux et surtout d’une nouvelle crise bancaire qui nous mènerait sur des pentes vertigineuses dans les prochains mois.
Le déficit public est pour sa part devenu insoutenable et le déclassement de la France est tel en termes de compétitivité que les quelques contrats d’armement ou d’avions ne suffisent plus pour cacher la misère de notre comptabilité nationale. Nous pouvons toujours dire que c’est de la faute des autres, des Allemands, de l’Europe, du prix du pétrole … une chose est certaine, notre pays connait des difficultés chroniques pour garder son rang et surtout pour créer de la vraie richesse… A force d’avoir désindustrialisé et délocalisé nos actifs à forte valeur-ajoutée, il faut bien finir par admettre qu’il y a un prix à payer notamment sur le plan social. Certes il est facile, avec de l’argent quasiment gratuit, de développer une économie consumériste avec des retours sur investissements rapides, mais ces choix ne contribuent pas à créer des emplois et n’enrichissent pas un pays (2). Tout a déjà été écrit sur ce sujet et les experts n’ont cessé d’alerter sur ces dérives, mais l’autisme réciproque des français et de leurs dirigeants est catastrophique. Tout le monde a privilégié l’illusion d’un pseudo train de vie à la promotion de l’effort, de l’innovation et de l’excellence. A l’arrivée il n’y a plus assez d’argent dans les caisses et chacun y va de sa rhétorique totalement infantile !
 
Quant au lien Etat-Nation, le constat de tous les experts est unanime : il est en implosion totale. Beaucoup dissertent sur l’absence actuellement de relais crédibles et de médiateurs légitimes. Mais tout a été fait pour appauvrir ces relais qui permettent un vivre ensemble intelligent et durable. La baisse du niveau éducatif et culturel à tous les niveaux, la suspension du service militaire obligatoire, le pouvoir des réseaux d’influences, des lobbies, la médiocrité des médias et l’irruption des réseaux sociaux… tout a contribué à tirer vers le bas les relations entre les citoyens et ceux qui les représentent. Cette évolution de fond est très grave. Dans l’Histoire ces processus se terminent toujours mal avec au mieux des formes de résistances civiques au travers de l’émergence de collectifs plus ou moins homogènes, voire des formes d’insurrections révolutionnaires autour des injustices sociales et fiscales, comme nous sommes en train de connaitre, au pire des guerres civiles lorsque le vivre ensemble devient impossible et insoutenable, comme en Ex-Yougoslavie où les populations se sont entretuées pendant dix ans sur des questions identitaires, religieuses, communautaires.
 
La question la plus préoccupante reste celle de la libanisation des marges violentes de nos sociétés où les référentiels ne sont plus ceux de la République et encore moins ceux de la Démocratie. Soyons clair, l’Islam n’est pas soluble dans ces principes politiques et sociétaux que nous avons progressivement mis en place au cours des siècles dans notre pays. Aujourd’hui Il n’y a plus beaucoup de marges de manœuvre pour sauvegarder le vivre ensemble sur ces espace-temps qui se sont affranchi de tout, à commencer par l’autorité de l’Etat et de ses substituts sur le terrain. Cela se traduit d’ores et déjà par des logiques de ghettos que nous connaissons trop bien. Les événements avec les émeutes urbaines de 2005, dont peu de nos dirigeants ont tiré les véritables enseignements, sont ceux d’une volonté de franchise territoriale et d’autonomie politique. D’ores et déjà, dans certains quartiers, nous ne sommes plus sûr des questions de respect de l’état de droit mais sur l’imposition de fait d’une forme d’Etat quasi islamique à la place de l’Etat français avec la charia comme cadre juridique.
 
Depuis 3 semaines, toutes ces réalités ont explosé sur les écrans de télévision avec des manifestation émaillées d’émeutes, puis d’insurrections suffisamment violentes et préoccupantes pour déboucher sur une situation d’urgence pour la sauvegarde de nos institutions. Malheureusement Il n’y a aucune surprise dans le surgissement de cette forme de catharsis sociétale et dans l’expression de ces violences protéiformes et hétérogènes de tous les corps de la société. Nous avions déjà les germes en 2005 avec les banlieues, en 2009 avec "la lutte contre la profitassion" dans les Antilles, les crises récurrentes autour des prix du carburant, les bonnets rouges contre l’écotaxe, la question de la ZAD de Notre Dame des Landes … Tous ces micros évènements ont constitué autant de laboratoires dans lesquels nous retrouvons tous les ingrédients qui se coagulent et démultiplient actuellement.
 
Alors pourquoi en sommes-nous arrivés à un tel niveau de colère, de haine et de dégâts alors que tout a été diagnostiqué depuis longtemps et que tous les symptômes auraient pu être traités très en amont ? La réponse est simple : il n’y a eu aucune anticipation stratégique des vraies questions depuis 30 ans… La responsabilité première incombe aux politiques, comme aux dirigeants du monde économique, qui savaient exactement quels étaient les risques d’un non traitement sur le fond des questions posées depuis les années 1975, dont la fameuse transition écologique pour sortir de l’emprise des énergies fossiles, jusqu’aux migrations de population… Ils savent tous depuis un demi-siècle quels sont les rendez-vous et ce sur quoi il fallait anticiper pour mettre nos pays à l’abri de tragédies collectives.  Rien n’a été fait ! En revanche ils ont tous préféré faire de l’argent en surfant sur les "dividendes de la paix" et faire de la politique politicienne au jour le jour en redistribuant l’argent public à tous les raquetteurs qui avaient parfaitement compris l’usage qu’ils pouvaient en faire.
 
Cette forme d’imposture collective a finalement mis l’Etat en faillite. De fait les corps intermédiaires se retrouvent d’eux-mêmes totalement décrédibilisés, à commencer par les syndicats, mais aussi toutes les organisations représentatives du monde économique et autres agences gouvernementales, qui ont bien vécu sans apporter de véritable valeur ajoutée à notre économie et à notre société. Ils ont tous contribué depuis 30 ans à cet affaissement de notre économie et à l’appauvrissement des relations sociales en se cachant derrière une langue de bois et des pratiques qui valent les meilleures heures du soviet suprême. Mais ne nous leurrons pas, Il y a aussi la population qui s’est satisfait pour une bonne part de cette situation facile où la réversion de la main invisible publique lui assurait une fausse quiétude et prospérité. Malheureusement elle se retrouve aujourd’hui avec des enfants de plus en plus incultes et démunis face aux exigences de la mondialisation et des services régaliens dégradés, il suffit de regarder dans quel état se retrouve nos armées, notre justice etc. A l’arrivée tous les ingrédients de ces symptômes argentins, yougoslaves et libanais finissent par s’agréger pour constituer un mélange explosif.
 
Le déclencheur des insurrections en cours tient en grande partie à cette impasse démocratique qui a permis à une minorité de profiter de la dislocation des blocs politiques, sous prétexte de "dégagisme", pour ramasser le pouvoir. Lors de la dernière élection présidentielle il n’y a eu aucun débat sur le fond. Ce ne fut que des parades séductrices avec des coups de menton. De fait le débat se joue en ce moment dans la rue avec une troisième mi-temps qui ne peut-être que violente. Les populations viennent de découvrir à leurs dépens la face cachée des feuilles de route de l’exécutif en place… qui auraient été aussi celles de leurs concurrents s’ils avaient pu prendre le pouvoir étant donné qu’il n’y a plus rien dans les caisses….  Dès lors 80 % de la population vient enfin de comprendre que l’Etat est en faillite, qu’il n’a plus aucune marge de manœuvre budgétaire et qu’il a besoin de se renflouer d’urgence sur le plan financier en ayant recours à l’arme fiscale dans un pays qui est devenu le champion des pays de l’OCDE en termes de prélèvements obligatoires (3) (46,2 % du PIB) ...
 
Ceux qui ont pris le pouvoir sont incontestablement les plus intelligents et brillants de la classe. Mais leurs préoccupations et orientations politiques sont devenues totalement inaudibles pour les opinions. Leurs décisions se comprennent sur un temps long qui aurait dû être celui de leurs prédécesseurs au cours de ces 50 dernières années en termes d’anticipation stratégique. Mais la population ne voit que la courbe immédiate de la pression de la fiscalité directe, et surtout indirecte, qui monte sans cesse au point de poser désormais un problème budgétaire vital à des pans entiers de la société. Du fait de l’appauvrissement et du déclassement du pays beaucoup ont en effet glissé dans la précarité. Plus grave, ce qui contribue à alimenter la colère sourde et la violence irrationnelle du mouvement des gilets jaunes, beaucoup ont désormais peur de se retrouver aussi dans les prochains mois ou années dans cette situation.
 
Certes il est louable et souhaitable de sauver l’Etat. Nous savons ce que donne un pays livré au chaos total faute d’une colonne vertébrale. Mais l‘Etat ne doit pas tuer la France et spolier les français. Dans le contexte actuel qui peut déboucher sur une révolution convulsive et mortifère, les Français ne sachant pas gérer leur contrat social, la seule chose à faire est de remettre à plat le cadre fiscal et de retrouver équilibre et justice. C’est vital. Des petits moratoires fiscaux ne servent à rien sinon à entretenir et nourrir les prochaines révoltes sociales. Mais la transformation du pays ne peut s’envisager qu’avec du temps, ce qui est incompatible avec les urgences sociales et l’impression d’injustice sociétale qui s’expriment depuis 20 jours. La véritable question qui se pose désormais est celle de l’autorité politique pour arbitrer ce moment crucial où les urgences et les priorités sont confondues dans un maelstrom de revendications, de haines et de peurs.
 
Quelles que soient les astuces pour calmer les exigences des gilets jaunes ou l’expression de la fermeté utilisée par l’exécutif pour endiguer la volonté de destruction de nos institutions ou la tentation de pillage de nos centres-villes, il faudra bien expliquer à un moment donné aux français que la "fête est finie" et que nous allons entrer dans une autre temporalité où tout le monde devra faire preuve de bon sens, d’intelligence et de frugalité pour remettre les comptes en ordre et le pays en état de marche. Cela va supposer de prendre des mesures drastiques, courageuses et douloureuses, comme l’ont fait les Canadiens en leur temps, et d’arrêter cet effet de ciseau pervers, et désormais catastrophique pour le pays, qui est celui de l’emballement de la dette et de l’addiction au déficit public. Tous les autres discours sur la transition sont cosmétiques et idéologiques. La véritable révolution ne consiste pas à destituer violemment à la Ceausescu notre monarque républicain, à rêver de 1791, à piller les magasins et à discourir sur les plateaux de télévision sur une VIème République. La véritable révolution, puisqu’il faudra bien la faire, nous n’avons plus le choix face à la pression des évènements, devra être celle d’un nouveau pacte fiscal et d’un véritable contrat social. Pour cela il faut retrouver à tous les niveaux le langage du bon sens et de la responsabilité afin de ne pas tomber dans l’insoutenable et le drame avec des insurrections qui déboucheraient sur une guerre civile… Ceux qui ont vécu Beyrouth et Sarajevo savent ce que cela signifie. Nous ne sommes plus comme en 68 : le monde de cette époque révolue revendiquait le partage de la cagnotte et ne risquait rien. Aujourd’hui il n’y a plus de cagnotte et nous risquons tout !
 
(1) Xavier Guilhou – "Quand la France réagira…"  Eyrolles – 2007
(2) Voir à ce sujet les excellentes analyses de l‘économiste Claude Sicard, dont son dernier article du 5 décembre : "La France en révolte : faut-il compatir à la jacquerie des gilets jaunes ?"
https://entrepreneurs-pour-la-france.org/Les-impasses/La-fuite-sociale/article/La-France-en-revolte-faut-il-compatir-a-la-jacquerie-des-gilets-jaunes
(3) https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/12/05/pression-fiscale-la-france-en-tete-du-classement-de-l-ocde_5393237_3234.html
 Envoyé par l'auteur, 7 décembre 2018

Nos petits-enfants sauveront...

Publié dans En France
Nos petits-enfants sauveront l’honneur des Poilus
 
Le spectacle médiatique qui est imposé actuellement à l’opinion publique avec ces joutes verbales qui mélangent de façon confuse jour après jour Pétain et la transition écologique est absolument consternant… Pourtant, loin de ces convulsions politiciennes, de belles initiatives ouvrent localement de nouveaux champs d’espérance pour notre pays.
Ce fut le cas le 9 novembre à Fouesnant, petite ville de 10 000 habitants située face à l’archipel des Glénan. 450 collégiens et lycéens ont travaillé depuis des mois avec leurs professeurs afin d’accompagner un projet pédagogique autour du Centenaire, porté et mis en œuvre par le trinôme académique, en collaboration étroite avec l’ONACVG (2), le monde combattant, les élus, les correspondants Défense et les chefs d’établissement du Finistère.  Ces jeunes viennent de faire avec leurs professeurs une démonstration exceptionnelle, certes de patriotisme au travers leur mobilisation, mais surtout d’ouverture du questionnement sur les questions de défense qui doivent nous interpeller. Ce signal faible n’a fait qu’un quart de page dans un quotidien local (3) alors que nous avons là, comme dans d’autres endroits de France, des pépites en émergence. Ce sera de nouveau le cas le 16 novembre à Quimper avec 1 500 élèves de toutes les écoles, lycées et collèges de la ville qui seront mobilisés sur le thème de l’engagement.
 
De quoi s’agit-il ? Ces collégiens et lycéens n’ont pas d’à priori, ni de préjugés bellicistes ou pacifistes, ils ne connaissent rien à nos théories de la dissuasion ; en revanche ils ont des attentes très fortes auxquelles ils demandent désormais des réponses. Quelles sont leurs questions ? Est-ce que finalement nous risquons de connaître de nouveau sur nos frontières des conflits de haute intensité telle "la Grande Guerre" ? Certains de nos experts en sont convaincus et militent pour remonter les budgets de nos armées et les postures sécuritaires au niveau européen… Est-ce qu’il n’y aura plus de guerres du fait de l’urbanisation croissante de nos sociétés, des niveaux d’interconnexion des systèmes d’information et d’interdépendance de l’économie mondiale ? D’autres experts pensent en effet que nous sommes entrés dans un temps complexe de crises permanentes nécessitant une nouvelle culture dite de "réduction de risques". Ces explications de sachants souvent septuagénaires, la plupart du temps très bien argumentées, ne parlent pas à nos jeunes.
 
Ceux qui ont vécu les Opérations Extérieures connaissent bien cet entre-deux, "entre chien et loup", où la guerre proprement militaire a muté en crises civilo-militaires insoutenables et durables, sans adversaires identifiés. Ces laboratoires, où il n’y a plus véritablement de lignes de front, où il faut maintenir la paix en neutralisant d’un côté les psychopathes (souvent qualifiés de criminels de guerre ou de terroristes selon les théâtres d’opération) tout en essayant de rétablir simultanément les conditions de vie normale pour les populations, sont devenus depuis un demi-siècle notre quotidien en termes d’expression des nouveaux rapports de force sur notre planète. Hormis la région du Proche et Moyen-Orient, qui constitue une configuration stratégique spécifique du fait des enjeux énergétiques, le reste du monde est entré progressivement dans cette complexité des formes hybrides de conflictualité où il devient difficile de construire des postures de sécurité partagées. Répondre clairement à ces questions, c’est bien ce que nous demandent désormais ces jeunes générations.
 
En revanche, soyons lucides, ce ne sont pas les préoccupations d’une grande partie des "quadras" qui sont actuellement aux commandes de notre pays. Nous avons en effet enfanté une "génération perdue" qui est indifférente à ce type de réflexion. Elle n’est motivée que par les gains rapides et le maintien de son bien-être. Les questions de sécurité et de défense, de souveraineté et d’identité ne sont absolument pas dans leurs priorités. De fait, pour la plupart d’entre eux, ces problématiques doivent être sanctuarisées avec des professionnels appointés pour cela, "des civils que l’on arme… ". Ils sont devenus autistes, arrogants et nous impuissants, inaudibles ! D’où l’urgence et la nécessité d’inventer une autre pédagogie des débats sur les questions de défense et de sécurité pour sortir de cette impasse qui pourrait s’avérer catastrophique si l’histoire glissait de nouveau dans le tragique.
 
Contre toute attente une grande partie de la génération qui évolue actuellement entre le collège et la faculté, celle de nos petits-enfants, les arrière-arrière-petits-enfants de nos poilus, voit les choses autrement. Entre la tuerie du Bataclan qui les a transformés en cibles et la brutalité des images qui circulent en continu sur les réseaux sociaux, cette génération a compris que la guerre est redevenue possible partout, y compris à l’intérieur de nos territoires, et que l’idée d’une paix vertueuse avec des approches uniquement humanitaires et économistes est devenue irréaliste. Il y a dans ces nouvelles formes de maturité et de lucidité, portées aussi par une partie de plus en plus importante de la population, des pistes à travailler pour sortir de la confusion et de l’agitation actuelle. Il faut faire bouger les lignes sans attendre !
En effet, dans 5 ans les associations qui fédèrent les anciens combattants auront quasiment perdu la moitié de ses effectifs. Dans 10 ans les deux tiers des effectifs auront disparu et nous assisterons à une désertification massive du champ mémoriel. Nous savons tous pertinemment que la quatrième génération du feu, celle justement des OPEX (4), n’a pas la même appétence pour tenir cette mission sur le terrain comme le firent les trois générations précédentes. Cette population hétérogène de combattants n’a pas d’ennemi commun, pas de menace globale comme le furent les grands totalitarismes, pas de véritable reconnaissance par l’Etat qui les considère uniquement comme des professionnels, ni par la nation qui les assimile de plus en plus à des soldats de l’ONU, de l’OTAN, demain peut-être de l’Europe … La plupart de nos jeunes vétérans se réfugient dès lors dans leurs amicales et ne transmettent plus comme leurs anciens. Leur engagement est trop marginalisé. Ceux qui vont répondre à cette question de la continuité du devoir mémoriel et de sa traduction en nouvelles postures de défense et de sécurité dans la prochaine décennie seront nos petits-enfants.
 
Leurs questions sont intéressantes et légitimes. Ne nous trompons plus de bataille, la victoire n’est jamais là où on l’attend. C’est le message qu’ils nous transmettent avec leurs professeurs au travers des mobilisations époustouflantes et inattendues de ces petits villages bretons nourris d’exemples de résistance. Plutôt que de dépenser du temps contre une génération "d’enfants gâtés" qui casse tout, mobilisons désormais notre intelligence et notre énergie pour ces jeunes qui restaureront finalement l’honneur de nos poilus en inventant les protocoles de défense et de sécurité de demain.
(1) Auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale, Capitaine de vaisseau (h) Président de la Section du Finistère et Administrateur national de la Fédération Nationale des Combattants Volontaires (FNCV), Chef d’entreprise.
(2) ONACVG : Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre
(3)
https://www.letelegramme.fr/finistere/fouesnant/centenaire-de-l-armistice-450-enfants-ont-chante-la-marseillaise-09-11-2018-12128863.php
(4) OPEX : acronyme des Opérations Extérieures
Envoyé par l'auteur, 10 novembre 2018

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version