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GUILHOU Xavier

GUILHOU Xavier

Né en 1954


 

 

Directeur du Cabinet XAG Conseil
Spécialisé dans la prévention des risques
, le pilotage des crises et l'intelligence stratégique ainsi que les questions de diplomatie humanitaire et d’assistance stratégique aux Etats.

Docteur es Lettres et Sciences humaines
DESS de l’IEP de Paris

Expérience triple :
* Sur le terrain des crises internationales ainsi qu’aux niveaux étatique et interallié.
(Ancien responsable de la DGSE dans les années 1980, engagé dans la montée en puissance des Opérations Spéciales (COS) dans la décennie 90)
* Dans le monde de l’entreprise pour avoir exercé des  fonctions exécutives et opérationnelles
(Directeur général de filiale au sein du Groupe Hachette, directeur du marketing de Spie-Batignolles, directeur de la sécurité corporate de Schneider Electric, directeur du think-tank d’EuroGroup.
* Au sein du monde universitaire et des grandes écoles
 
Capitaine de vaisseau de réserve
Ancien auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN).

Ouvrages
Ruptures créatrices avec Patrick Lagadec -éditions d'organisation 2000
Un monde à repenser  (avec Eric de la maisonneuve - éditions économica 2001
La fin du risque zéro  (avec Patrick Lagadec) (2002)
Voyage au coeur d'une implosion, ce que l'Argentine nous apprend (avec Patrick Lagadec et Laura Bertone) (2003)
Quand ONG et PDG osent (avec Jean Marie Aoust, Gilbert Canameras et Claude Revel) (2004)
Quand la France réagira.... (2007)
 
Nombreux articles
Interventions régulières sur les chaines de radio pour décrypter l’actualité internationale
Site
http://www.xavierguilhou.com
 
Distinctions
Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur
Officie de l'Ordre National du Mérite
Croix de la Valeur Militaire avec citation
Croix du Combattant Volontaire
Commandeur du Mérite de l'Ordre Souverain de Malte

URL du site internet:

Du courage !

Publié dans En France
Du courage !
 
L'histoire, qui est toujours tragique, montre que l'effondrement des civilisations n'est pas que l'affaire des politiques, elle est en premier lieu le résultat d’une lâcheté collective qui a permis à des imposteurs de gouverner et à des barbares de ramasser le pouvoir. Est-ce bien cela que nous voulons pour les générations futures ? Pourtant c’est bien cette question qui nous est posée derrière ces attentats qui endeuillent la France ! La situation que nous devons désormais assumer est bien de l’ordre de la responsabilité globale, quels que soient les acteurs au sein de notre société, et pas uniquement de la simple responsabilité des boites à outils sécuritaires, judiciaires et administratives qui sont systématiquement instrumentalisés sur le plan médiatique. Même s’il faut le faire pour rassurer les populations, ne nous trompons pas ni dans le de quoi s’agit-il, ni dans l’identification des enjeux et encore moins dans la perception  des conséquences pour notre pays (1).

Fustiger le sort, sortir des limbes le "fluctuat nec mergitur" comme symbole éphémère de résistance, gémir et n'être que dans la compassion n’est pas suffisant. Instrumentaliser l'état d'urgence et se complaire dans la logorrhée guerrière, ne sont que des intermèdes politiques. Ce sont de belles postures tentantes et faciles, surtout pour des dirigeants qui n'ont jamais connu et fait la guerre... Quant à la saturation médiatique et le voyeurisme véhiculés par les réseaux sociaux ils constituent indéniablement un facteur aggravant qui ancre les populations dans des peurs collectives et des syndromes post-traumatiques inconsidérés. Il faut donc "raison se garder" face à ces folies mortifères, être très ferme et déterminé  tout en restant dans l'état de droit.
 
Dans ce contexte est-il vraiment judicieux de tenter de s'approprier des pouvoirs exceptionnels au niveau de l'exécutif parce qu’une dizaine de kamikazes ont réussi à passer entre les mailles du filet sécuritaire avec le bilan que nous connaissons (et qui aurait pu être beaucoup plus sordide si les cibles programmées du stade de France avaient été atteintes) ? L'état d'urgence qui a été mis en œuvre pour permettre au monde sécuritaire de faire enfin son travail n’a finalement rien d’exceptionnel. C’est une décision qui s’impose d’elle-même pour palier à des années de laxisme et de non décision ! Avec l’adoption des lois sur le terrorisme et sur le renseignement n’avons-nous pas des bases suffisantes pour démanteler, neutraliser et éradiquer ces formes de radicalisme islamique qui instrumentalisent la haine et prônent la destruction de nos référentiels et logiques de vie ? Faut-il vraiment aller plus loin sur la limitation des libertés individuelles ?
 
Faut-il par ailleurs se contenter d’un discours budgétaire pour montrer que nous répondons à une menace globale par l'amélioration de la boite à outil en jouant sur la seule augmentation des capacités. Est-ce que ces décisions "cosmétiques" vont permettre une meilleure efficacité sur le terrain et contribuer réellement à mettre de l’intelligence dans la résolution des problèmes que nous avons à résoudre ? "Le pacte de sécurité contre le pacte de stabilité" est à cet égard un très bel effet de manche politico médiatique... C'est beau mais ce n'est pas la question que nous avons à traiter.
 
Désormais il faut que notre pays non seulement se ressaisisse mais s'organise à tous les niveaux pour faire face. Cela suppose dans un premier temps que le système judiciaire puisse véritablement fonctionner avec la fermeté, l’indépendance et l'autorité attendue dans une démocratie menacée d'intentions apocalyptiques (cf. "Le flot de tempête" annoncée dans la dernière revendication de Daesh). Or, tout le monde s’accorde sur l'échec de la politique judiciaire qui est menée depuis des années laissant à ces réseaux des capacités de gesticulation et de contamination inacceptables et dangereuses. Tant que le système judiciaire ne fonctionnera pas, et quel que soit notre environnement législatif, la lutte anti-terroriste ne pourra pas fonctionner de façon optimale.
 
Dans un second temps, il faut permettre au sécuritaire d'assumer ses missions de prévention, d'intervention voire de neutralisation et si besoin de destruction sans attendre une nouvelle catastrophe collective. Pour cela, il faut juste appliquer la loi, que la loi, rien que la loi mais avec des ordres clairs ! Ce qui ne fut pas le cas ces dernières années ! Nous en avons l'illustration depuis la tragédie de la nuit du 13 novembre, en l'espace de quelques jours ce sont des centaines de filières sensibles qui sont démantelées avec la saisie de stocks d’armes considérables et l’interpellation de djihadistes très dangereux. Pourquoi a-t '-il fallu attendre 130 morts et 350 blessés pour prendre ces décisions de perquisitions et d’anticipation sur des risques identifiés et avérés ? Cela signifie aussi que nous avions des renseignements mais qu’ils ne pouvaient pas être exploités correctement…
 
Par ailleurs il faut monter sans attendre un dispositif complémentaire de sécurité intérieure mobilisable immédiatement dans le continuum de nos opérations extérieures, avec une véritable réserve militaire (2) (garde nationale pour certains) qui soit en mesure de fournir des capacités d’intervention adaptées à ces nouvelles formes de risques terroristes. Seul un dispositif fortement militarisé et semi professionnalisé, de surcroit assis sur du volontariat, permettra de traiter au plus près de la population cette exportation des formes de guerre que nous connaissons en Afghanistan, au Moyen orient ou au Sahel avec les EID, les voitures piégées, les kamikazes etc. Il faut arrêter de penser que ces menaces sont de l’ordre des séries virtuelles type "homeland" où tout se règle en 45 minutes sur un écran plat. Là, la moindre faiblesse se traduit par des vies abimées ou déchiquetées.
 
Enfin il faut permettre à notre société d’être plus lucide à tous les niveaux et arrêter de se complaire dans une fausse neutralité multiculturelle. Ces réseaux, qui ne représentent rien en valeur absolue, mais qui sont absolument déterminés pour nous détruire par tous les moyens, ne nous respectent pas. Ils nous méprisent et nous haïssent. Il n’y a rien à négocier avec eux. Est-ce que nous avons bien compris que ces réseaux vont tout utiliser pour nous égarer (cf. la Taqiya) et nous diviser (cf. la Fitna) ?
Il faut en être conscients et être plus robustes au sein de nos organisations et plus résilients tant au niveau individuel que collectif (3). Ce n’est pas une question de guerre, juste une absolue nécessité de survie. Pour cela il faut admettre notre mortalité, la fragilité de notre humanité et les limites de notre universalité. Il faudra aller bien au-delà puisqu’ils nous interpellent sur nos convictions et nos valeurs profondes. Certes, chanter timidement la Marseillaise et allumer des cierges nous rassure, mais qu’elles sont nos véritables antidotes pour éradiquer ces formes de  barbarie dans une société déchristianisée et matérialiste qui ne croit plus en rien ? Avons-nous envie de nous soumettre à ces forces ténébreuses et apocalyptiques ?
Notre pays est blessé profondément dans sa chair. Pour certains il y a une effroyable souffrance, pour d’autres il y a la tentation du renoncement, pour beaucoup il y a de la colère (pas forcément de la haine) mais cette fois-ci, à la différence du mois de janvier, les Français exigent une réponse claire et nette de la part des responsables du pays. La France a besoin de se redresser, elle veut résister, elle souhaite vivre ! Qu’attendons-nous pour réagir (4) ? D’avoir notre jeunesse engagée malgré elle dans une guerre que Daesh veut nous imposer alors que nous avons encore les moyens et les capacités d’enrayer ce processus. La guerre est la marque impitoyable d’un échec stratégique, elle signifie que nous n’avons pas su mettre de l’intelligence et de la fermeté quand et là où il le fallait. Mais pour cela il faut un certain courage historique. Voilà ce que les Français réclament désormais en mémoire de leurs enfants tombés innocemment en ce funeste vendredi 13 novembre : du courage !
                                                                                                                   
(1) Cf. qualification des attentats du 13 novembre.
https://www.apm.fr/rencontres/actualite/2633/afficher.htm
(2) Cf. "Surtout ne supprimez pas la réserve" Xavier Guilhou - Revue Défense Nationale n 340 mars 2013
http://www.xavierguilhou.com/Clients/Guilhou/site_xavier.nsf/005546776102f9f0c1256d09002800c8/ff9cf89c59f84c0dc125718000319cfe/$FILE/Surtout,%20ne%20supprimez%20pas%20la%20R%C3%A9serve.pdf

(3) cf. "Admettre, résister et revivre" tribune du 20 novembre de Xavier Guilhou sur Jobsferic
(4) cf. "Quand la France réagira… " Xavier Guilhou -  Eyrolles 2007

Envoyé par l'auteur et paru sur www.xavierguilhou.com

L’Europe est morte... Vive l’Europe !

Publié dans Avec l'Europe
L’Europe est morte... Vive l’Europe !

Dans mon précédent essai, j’ai précisé qu’il ne fallait pas sous-estimer les postures de ceux qui interpellent à la marge notre destin européen (1), qu’il s’agisse d’Alexis Tsipras dans l’instrumentalisation de la crise grecque, de Vladimir Poutine au contact de notre limes oriental et du nœud eurasien, et des réseaux Daesh – Al Qu’aida et leurs commanditaires sur le terrain de la contagion djihadiste. Tous ont obtenu finalement ce qu’ils souhaitaient. Ils ont osé, ils ont gagné !
Pourtant nous avons l’impression de l’inverse en écoutant nos médias et nos dirigeants. Comme dans toute forme d’expression du pouvoir, la propagande prend toujours le dessus sur les tentatives de rationalisation et de clarification des situations auprès des opinions publiques. C’est ce que nous vivons depuis plusieurs mois avec ces successions de communiqués victorieux et ces focus médiatiques biaisés qui finissent par occulter les véritables rendez-vous stratégiques qui sont devant nous (2). Certes, nous avons connu des périodes plus agitées en la matière. Pour autant cette désinformation ambiante (3), ne fait que nous enfermer dans des pièges redoutables, notamment pour l’avenir de nos sociétés européennes.
 
De toutes les tribulations de ces derniers mois il ne faut retenir que trois choses :
1°) L’urgence est devenue reine dans le pilotage de tous les évènements, qu’il s’agisse de Charlie (4), de la Grèce, des migrants. Une crise en chassant une autre, il n’y a plus aucune hiérarchisation ni priorisation des enjeux... Tout le monde, dirigeants et médias, avec leurs cortèges de "spins doctors", court derrière l’évènement. Il n’y a plus d’anticipation stratégique !
2°) Tsipras, Poutine et Daesh ont d’ores et déjà gagné sur le plan tactique, avec pour le premier l’obtention d’un chèque supplémentaire de 80 milliards d’euros, pour le second la mise en œuvre d’un processus séparatiste sur l’Ukraine, et pour le troisième l’exportation de la question des réfugiés irakiens et syriens sur le terrain européen avec la bienveillance de leurs intermédiaires turcs et de leurs maîtres d’ouvrage de la péninsule arabique (5). Ne sourions pas trop vite, les trois ont l’intention d’aller beaucoup plus loin sur le plan stratégique. Le Grexit n’est pas clos compte tenu de la situation dans les Balkans. Poutine manœuvre en souplesse, comme pour la Crimée, afin de prendre le pilotage d’une sortie de crise en Syrie, profitant de la fin du mandat d’Obama, afin de mieux contrôler le nœud eurasien. Quant à Daesh, la prise de Damas et de Bagdad, voire la conquête d’un débouché maritime sur le littoral méditerranéen, reste toujours à l’ordre du jour. Il n’est pas interdit de penser que cela puisse aller jusqu’à une élimination de son "maître d’ouvrage" saoudien afin d’assoir à moyen terme la primauté du califat sur la communauté sunnite. Les cahiers des charges s’inscriventdans un temps long alors que nos gesticulations shakespeariennes génèrent "beaucoup de bruits pour rien" et ne durent que le temps des brèves de l’actualité !
3°) L’Europe, celle issue du traité de l’Elysée, est en train de mourir de ses divisions internes, de son impuissance et de son absence de vision partagée sur son destin. L’Europe de Jean Monet et de Robert Schuman est plus que moribonde... L’Europe se meurt...Et l’Allemagne prépare ses funérailles !
 
L’Europe est désormais allemande !
Le couple franco-allemand, un peu plus ébranlé lors de chaque crise, ne peux plus cacher aujourd’hui cette fracture qui devient de plus en plus explicite entre deux Europe : celle incarnée par la domination allemande et celle fragilisée par les dettes et déficits publics insoutenables des pays méditerranéens (catégorie à laquelle appartient la France qu’on le veuille ou non). Cette fracture majeure ne se suffisant pas à elle-même, il faut ajouter la menace sismique introduite par les Britanniques avec la perspective d’un Brexit en 2016. Quel que soit le résultat de ce référendum, il ne pourra que porter un coup fatal aux institutions de Bruxelles. En revanche, si le Brexit est validé par les urnes, il ne fera que sceller l’acte de décès de l’Europe des pères fondateurs. Autant le Grexit constituait une menace par le bas, notamment pour l’Euro via la question des dettes, autant le Brexit constitue une menace par le haut autrement plus dangereuse avec une remise en cause sur le fond de la légitimité du processus européen. N’oublions pas que le poids politique, économique et financier du Royaume-Uni est autre chose que celui de la Grèce. Certes l’Europe en a vu d’autres et s’est forgée finalement de crise en crise, mais actuellement nous sommes confrontés depuis quelques mois à une crise existentielle. Il ne s’agit pas d’une crise technique. Par ailleurs, il faut être conscient que tout ce capharnaüm se joue avec en arrière-plan des processus profonds de déconstruction de nos valeurs chrétiennes, de démantèlement de nos facteurs de compétitivité (6) et d’autodestruction de nos référentiels civilisationnels, ce qui nuit à la robustesse et à la capacité de résilience du processus européen.
 
Dans les faits, l’Europe qui émerge depuis six mois n’a plus rien à voir avec celle du "plus jamais ça". Désormais, il est préférable de parler du destin de l’Allemagne et de son Mitteleuropa, que de celui de l’Europe. Il s’exprime de façon de plus en plus explicite au travers du personnage lisse et "léthargocrate" (7)d’Angela Merkel. Certes, l’Allemagne doit faire face à la brutalité du stress grec, qui a confié à une escouade de trotskistes déterminés le soin de racketter une fois de plus les Européens. Elle doit anticiper le jeu subtil russe, notamment sur le plan de sa dépendance énergétique. Elle doit contenir au Sud l’instabilité des Balkans et à l’Est l’intransigeance de son glacis qui, des pays baltes à l’Ukraine, n’arrête pas de jouer un double-jeu entre Berlin et Washington pour obtenir toujours plus de garanties sécuritaires et financières (8). Mais tout ceci est dans les gènes de l’histoire allemande, celle du Saint Empire romain germanique et des Reich successifs (9). "Chassez le naturel, il revient au galop" (10), dixit le dicton populaire. Il en est de même sur le plan de l’histoire, ignorez les pulsions des peuples et elles frapperont à vos portes.
 
Bien entendu, la bienséance qui règne dans nos sociétés étriquées et apeurées interdit de penser ainsi. Pourtant nous n’en sommes qu’au tout début et l’Allemagne n’a pas fini de nous surprendre sur le plan historique. C’est ce que les Français n’ont toujours pas compris depuis Mitterrand face à l’Ostpolitik de Khôl au moment de la chute du mur.
Ce n’est pas le cas des britanniques qui ne cessent d’anticiper, avec les successeurs de Madame Thatcher, le retour d’une realpolitik quasi bismarckienne des élites allemandes ainsi que le réveil des vieilles alliances secrètes du Gotha européen (11). C’est ce que craignent également les conseillers les plus avisés à Washington, il suffit d’écouter la dernière intervention de Georges Friedman au Chicago Council on Global Affairs (12).
 
Le monde interpelle l’Allemagne sur son avenir européen !
Cette reconfiguration des jeux d’acteurs au sein de l’Europe est normale. Elle répond, au-delà les urgences du moment qui éprouvent sa solidarité, sa cohésion et son leadership, à des mouvements de fond géostratégiques que plus personne ne peux désormais ignorer :
Le premier changement majeur est généré depuis 2009 par la politique étrangère d’Obama, face à l’inexorable ascension de la Chine, qui conduit les USA à repositionner une très grande partie de leurs intérêts sur le Pacifique Nord. Certes, les Etats-Unis ne remettent pas en cause pour autant leur domination sur l’Atlantique nord. Mais cela se traduit par un désengagement progressif et significatif du Proche et Moyen-Orient et par le retour d’une politique quasi protectionniste sur le continent américain (13). Personne ne peut finalement reprocher aux Américains de mettre un terme à 15 années d’aventures militaires entre Kaboul et Bagdad où des "boys" sont morts pour un résultat ambigu. L’Amérique ne sait toujours pas si elle a gagné ou perdu les guerres d’Irak et d’Afghanistan... En revanche, elle a compris que l’engagement à ses côtés des Européens (hors les Britanniques qui ont payé le prix fort) a été relatif et qu’elle ne peut plus porter à bout de bras, en plus de son destin, celui de ces vieux pays qui n’ont plus envie d’assumer leurs responsabilités sur le plan international.
 
De cette stratégie découle deux effets destructeurs pour l’Europe. Il y a tout d’abord l’abandon de ce rôle de régulateur que les américains assumaient sur le Proche et Moyen-Orient, et qui inconsciemment, voire consciemment pour certains, nous arrangeait bien... C’est le cas notamment avec la dédiabolisation de l’Iran et la fin de leur soutien à l’Arabie saoudite (14).
Ensuite, il y a la nécessité pour les USA de verrouiller pour les prochaines décennies les deux espaces stratégiques que constituent sur le plan du commerce mondial les deux débouchés maritimes de l’Europe du Nord et de l’Asie du Sud-est (15). Le contrôle de ces deux débouchés est vital pour maintenir leur leadership mondial. Tel est l’enjeu de la signature des deux traités de libre échange [TTIP (16) et TPP (17)] qui se négocient actuellement dans l’opacité la plus totale sans aucune consultation des peuples concernés. Le dossier iranien et la signature de ces partenariats sont les deux obsessions d’Obama pour essayer de terminer en beauté son mandat.
Mais en abandonnant ce théâtre du Proche et Moyen-Orient au profit du Pacifique Nord, les USA laissent derrière eux une multitude de boîtes de Pandore meurtrières. Seuls David Cameron et Vladimir Poutine ont compris la nature et l’importance des conséquences sous-jacentes, notamment pour le continent européen. Il suffit simplement de considérer les chaos libyens et syriens pour mesurer le niveau des désastres diplomatiques et sécuritaires engendrés face à des contextes régionaux qui auraient pu et dû être traitées avec beaucoup plus de subtilité et d’intelligence.
 
Les résultats sont d’ores et déjà catastrophiques sur les pourtours de la méditerranée orientale et leurs effets seront durables. Ces chaos génèrent pour le moment des poussées migratoires vers l’eldorado européen, dont nous ne mesurons pas encore l’ampleur. Elles sont facilitées par ces trous noirs que nous avons contribué à installer au sein du monde arabo-musulman avec la création de zones de non droit absolu où toutes les formes de maffiosités et de criminalités les plus abjectes règnent. Il en est de même pour la Russie sur son flanc sud qui ne cesse de payer un prix très élevé face au djihadisme caucasien. Cet abandon de pouvoir des Etats-Unis pour ne conserver qu’un vernis de puissance face à la Chine est lourd de conséquences. Le résultat des prochaines élections américaines sera crucial pour savoir si le corps politique se replie sur ses intérêts immédiats en termes de "business" et s’il confirme cet abandon incarné par Obama. Cela signifie aussi pour les Européens qu’ils ne devront plus compter que sur eux-mêmes. Très rapidement, cette question majeure de notre destinée européenne va s’inviter dans les deux prochaines élections de 2017 en Allemagne et en France... C’est ce qu’ont compris les Allemands avec la Grèce et les migrants... C’est ce que n’ont toujours pas compris les Français qui pratiquent allègrement le déni de réalité... !

Le second mouvement de fond est généré par les BRICS (18) sous l’impulsion de la Russie, mais aussi plus discrètement par celles de la Chine et de l’Inde qui ont des véritables visions pour le prochain demi-siècle. Tous ces pays dits émergents ont engagé depuis une bonne décennie des opérations considérables pour reprendre, entre autres, le contrôle des grands flux économiques du continent euro-arabo-africain au travers de trois actions majeures, notamment en termes d’infrastructures, ainsi qu’en termes d’IDE, pour redynamiser la route de la soie, la route des Indes ainsi que le continent africain (19). De cette stratégie émergent des négociations croisées, mais sans les Occidentaux, via de multiples plates formes (20) ou via de nouvelles formes d’alliances avec entre autres la Turquie, l’Iran et l’Egypte qui deviennent les nouveaux pivots stratégiques du Proche et Moyen-Orient (21). Nous sommes de fait confrontés au retour des puissances centrales qui profitent du vide laissé par l’administration d’Obama pour s’imposer de plus en plus comme régulatrices des jeux internationaux, Ce retour des puissances centrales se traduit en premier lieu par une volonté de "dédollariser" les échanges mondiaux. Ceci explique pourquoi certains lobbies américains sont aussi déterminés à éliminer Vladimir Poutine de la scène internationale en tant qu’instigateur d’une dynamique totalement inacceptable pour les cercles du pouvoir à Washington et les financiers de Wall Street.

Le troisième changement géostratégique est dimensionné par l’ouverture des routes maritimes sur le Pôle Nord, le doublement des passages sur l’espace Caraïbes (Panama et Nicaragua) (22)et la rénovation du canal de Suez (23). Ces nouvelles routes maritimes sont déjà en train de modifier en profondeur les jeux d’acteurs sur l’hémisphère nord et à terme sur l’Océan indien. De fait, les Etats-Unis vont avoir de plus en plus de mal à marginaliser ou à contenir ceux qui sont concernés par ces opportunités historiques. Certes les Américains peuvent donner encore l’illusion avec l’arme du dollar qu’ils maitrisent les grands flux monétaires et que tout est verrouillé grâce à leur puissance militaire en termes de projection de forces aéronavales, à leur maitrise de la stratosphère et à leur contrôle absolu des systèmes d’information. Mais il ne faut pas sous-estimer la détermination des peuples qui ont envie de jouer un nouveau rôle dans l’histoire mondiale et qui veulent s’imposer de nouveau sur des espaces régionaux stratégiques. La Russie nous en fait la démonstration quotidiennement. La politique de "containment" des puissances maritimes anglo-saxonnes, qui a permis, notamment à la Grande Bretagne puis aux Etats- Unis de dominer le monde depuis la fin du XVIIIème siècle, commence à atteindre ses limites face aux masses critiques démographiques et économiques qui sont celles de ce début de XXIème siècle sur le Pacifique et l’Océan indien.
 
L’Allemagne doit choisir pour l’Europe
Face à tous ces éléments de fond, l’Europe se trouve à la croisée des chemins. Soit elle joue l’alignement absolu sur les USA en privilégiant la stratégie d’élargissement qui lui est déjà imposée depuis 20 ans par l’OTAN et une soumission sans concession à l’impérialisme maritime et monétariste américain. Soit elle décide de jouer son destin en singularisant sa politique étrangère, en affirmant une véritable défense commune et surtout en adoptant collectivement et démocratiquement une vision stratégique du futur.
Dans le premier cas, elle devra accepter de rentrer dans un durcissement sécuritaire sur le glacis européen et devra signer sans réfléchir le TTIP. Elle aura à priori l’assurance d’une continuité en termes de confort et de train de vie en se conformant aux standards américains dans tous les domaines. Dans cette hypothèse, elle devrait ainsi pouvoir assurer ses acquis. Elle sera une "belle endormie" qui paiera très cher le prix de sa soumission face au nouvel adversaire désigné par le complexe militaro industriel américain qu’est devenu Poutine... Cela ne vaudra qu’à la condition que les Américains ne remettent pas en cause et de façon unilatérale et brutale l’ensemble du protocole... ou que leur propre matrice ne soit pas elle-même mise en difficulté, notamment du fait de leurs dettes abyssales.
Dans le second cas, en refusant de signer le TTIP, l’Europe considèrerait et admettrait qu’il n’y a plus d’assurance (cf. l’OTAN) et qu’il n’y aurait pas de surcroit de réassurance du système (cf. la convergence des banques centrales européenne sur la politique de la FED). Dans cette perspective, elle devra reconsidérer le plus rapidement possible toutes ses stratégies d’alliance et assumer de nouvelles prises de risques au regard des grands rendez-vous qui sont devant nous. Elle devra renouer notamment, et sans délai, avec la Sainte Russie de Vladimir Poutine et remettre sur la table la question des accords Europe – Eurasie en vue de gérer conjointement le gigantesque chantier que constitue l’optimisation des débouchés portuaires de l’Europe du Nord ainsi que la gestion de leurs hinterlands vers les routes de la soie et de l’Inde. Il conviendra aussi sur le flanc Sud de relancer le processus de l’Union pour la Méditerranée avec en arrière-plan une véritable stratégie vis-à-vis du continent africain. Cela nous obligera à travailler différemment avec les Chinois, les Indiens, les Sud-Africains, Marocains et Egyptiens pour inventer d’autres modèles de développement pour le XXIème siècle.
 
Si l’Europe n’est pas capable de prendre à bras le corps ces deux enjeux, elle sera très vite laminée par le djihadisme et submergée par tous les problèmes humanitaires, sécuritaires, sanitaires et migratoires de l’Afrique. Vladimir Poutine, comme le roi du Maroc, Mohammed VI, ou le Maréchal Sissi, n’arrêtent pas de nous interpeller à leur manière sur l’urgence d’une réécriture d’un destin commun autour du nœud eurasien et de l’espace méditerranéen. Il en va de la survie de l’Europe
vieillissante. Qu’attendons-nous ? D’avoir enfanté de nouveaux désastres politico-militaires et des tragédies humaines supplémentaires pour y réfléchir ?
 
L’Allemagne aujourd’hui, à la différence de la France qui se complait dans son indolence, sa dette et ses déficits publics, est consciente qu’elle est face à des rendez-vous historiques. Soit elle courbe l’échine comme lui enjoignent de le faire les Américains et elle impose à ses coreligionnaires européens une soumission absolue à Washington et à ses lobbies. Soit elle décide, comme le fait actuellement le Japon, de sortir de cette culpabilité, qui lui a été assénée par Yalta et Nuremberg, et forte de tous ces succès, ceux de l’Ostpolitik, de la reconstruction de l’Europe centrale, de sa participation non négligeable à la sortie de crise sur les Balkans, de ses relations particulières avec la Russie (24), elle invente un nouveau jeu avec un pilotage fort et approprié du terminal de la mer du Nord et de la Baltique avec ses hinterlands sur le Mitteleuropa qui sont parmi les plus riches du monde.
Ce choix oriental pour l’Allemagne, comme celui d’une relance au Sud du processus de l’Union pour la Méditerranée, qui devrait être portée par la France..., ne pourront se faire qu’avec des dirigeants d’une autre trempe que l’actuel couple franco-allemand. Le pilotage des crises grecques et migratoires montre que nous n’avons malheureusement que des postures prudentielles de sociaux-démocrates sans envergure. Les médias abusent de superlatifs flatteurs pour qualifier leurs non décisions alors que les historiens n’en retiendront même pas la trace.
 
L’Europe peut-elle renaitre de ses cendres ?
Tout passe par la nécessité de renouer avec la volonté de pouvoir et de puissance. L’Europe meurt actuellement de ses divisions, de ses incohérences et de son impuissance. Elle ne peut se redresser et se transformer, voire se transfigurer, qu’en affirmant avec ses voisins une vision matérialisée par des stratégies audacieuses, durables et incarnées par ces valeurs qui furent toujours les siennes, celles de la Chrétienté. Aujourd’hui, le spectacle consternant mais inévitable des murs sur son flanc balkanique pour contenir les flux de migrants (25), mais aussi des discussions interminables avec la Grèce et l’Ukraine pour aboutir à des impasses financières et géopolitiques ingérables, sans compter ces chaos générés sur le sud de la Méditerranée sans qu’il n’y ait la moindre anticipation de nos élites, montre combien nous sommes devenus repus, irresponsables et inconséquents. Ces cercles vicieux peuvent déboucher sur une implosion du système, avec la multiplication de guerres civiles sur les marges, voire à l’intérieur de cet espace Schengen qui est en train de voler en éclat.
 
Les grandes questions à se poser et peut-être les seules à se poser sont les suivantes : est-ce que l’Allemagne a envie de jouer une telle stratégie de refonte du destin de l’Europe avec la France ? A-t-elle déjà pris la décision de jouer seule son retour dans l’Histoire en privilégiant une stratégie orientale d’alliance avec la Russie, laissant les pays méditerranéens assumer leur propre destin ? Est-ce que par ailleurs la France, qui est déjà dans un alignement quasi inconditionnel avec les USA, a envie de prendre des risques alors qu’elle n’a que des coups à prendre notamment en termes de gouvernance et de continuité de son modèle social ? Enfin, est ce que les Américains ne seront pas tentés de sanctuariser une fois de plus l’Europe en la divisant, et en s’attaquant également à Poutine, afin de reprendre le contrôle des actifs stratégiques de la Russie, comme ils ont essayé de le faire sous Eltsine...? Les jeux sont ouverts ! Et rien n’est joué d’avance ! Les prochaines élections aux USA, en Allemagne et en France seront décisives. Dans cet agenda n’oublions pas que le maillon le plus faible dans tous les domaines reste la France !
 
Pour autant l’Europe peut très bien renaitre tel un phénix (26)sous l’effet de l’adversité. Mais pour survivre et se transformer il lui faudra adopter d’autres institutions et surtout une autre politique moins bureaucratique et plus démocratique. Les méthodes et diktats de ces derniers mois ne sont plus soutenables et admissibles pour les peuples qui sont spoliés et méprisés par les technocrates de Bruxelles et les banquiers de la haute finance anglo-saxonne. Il lui faudra quitter cette matrice de l’Ecole de Chicago qui a marqué un demi-siècle d’unité douanière et empêché toute émergence politique. Il lui faudra surtout retrouver ses racines chrétiennes et humanistes en réinventant une autre relation Etat-nation avec une géographie appropriée à un vivre ensemble serein et responsable.
Pour le moment la géographie imposée essentiellement par l’OTAN, qui domine le processus européen d’élargissement, quelle que soit sa performance sur le plan sécuritaire et quelle que soit la nécessité d’une alliance entre Occidentaux, n’est plus viable compte tenu de ses dérives actuelles sur le glacis oriental de l’Europe. Il serait plus que temps de sortir de tous ces processus malsains d’allégeance à des intérêts autres que ceux des Européens. Il est devenu vital de retrouver notre identité et de choisir des réponses audacieuses afin de léguer aux futures générations autre chose que des tragédies annoncées (27). Pour reprendre Bossuet (28), "Dieu se rit des prières qu'on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s'oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? Quand on l'approuve et qu'on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance".
 
L’Europe meurt, ce n’est pas de la faute des autres, nous sommes les seuls promoteurs de son agonie. Espérons que tous ces évènements pourront nous permettre de renouer au sein de nos sociétés avec un peu plus de lucidité, de courage, de responsabilité et de volonté pour faire face aux défis et enjeux qui frappent à nos portes.
Paru sur XAG Consulting, Editorial, septembre 2015
 
(1) Cf. essai du mois de février 2015 : "Grèce, Ukraine, Terrorisme, ils n’oseront pas !" http://www.xavierguilhou.com/Clients/Guilhou/site_xavier.nsf/Libs/PDF.img/$FILE/Ils%20n%20oseront%20pas.pdf
(2) Cf. édito de Sophie de Menton : "Panurgisme compassionnel"
http://www.magistro.fr/index.php/template/lorem-ipsum/du-cote-des-lites/item/2376-panurgisme-compassionnel
(3) Cf. essai du mois de décembre 2014 : “Peur et désinformation” http://www.xavierguilhou.com/Clients/Guilhou/site_xavier.nsf/Libs/PDF.img/$FILE/Peur%20et%20désinformation.pdf
(4) Cf. essai du mois de janvier 2015 : "Al Quaida/ pourquoi Charlie ?" http://www.xavierguilhou.com/Clients/Guilhou/site_xavier.nsf/Libs/PDF.img/$FILE/Al%20Qu%20aida%20pourquoi%20Charlie.pdf
(5) Cf. article de Pierre Conessa : "Réfugiés syriens : le cynisme des pays du Golfe" Diploweb 12 septembre 2015
http://www.diploweb.com/Refugies-syriens-le-cynisme-des.html
(6) La divergence des stratégies énergétiques au sein de l’Europe depuis Fukushima est au centre des confrontations économiques, notamment entre la France et l’Allemagne - cf. "Géopolitique de l’énergie : l’équilibre du monde bouleversé" – Dossier Les Echos 01/04/2014 : http://www.lesechos.fr/thema/0203406159072-geopolitique-de-l-energie-l-equilibre-du-monde-bouleverse-661357.php
(7) F. l’interview du philosophe allemand Peter Sloterdijk dans Le Point n° 2244 du 10 septembre 2015
http://www.lepoint.fr/monde/peter-sloterdijk-merkel-une-femme-sans-qualites-14-09-2015-1964464_24.php
(8) cf. le traitement de la dette ukrainienne et les livraisons d’armes sur ces derniers mois.
(9) Le Saint-Empire romain germanique (Heiliges Römisches Reich) fut un conglomérat de territoires de 962 à 1806 avec à sa tête un empereur élu des Romains. Il a été appelé a posteriori l’ "Ancien Reich" (Altes Reich), et ensuite le "Premier Reich" (Erstes Reich). L'Empire allemand de 1871–1918 a été appelé le "Deuxième Reich" (Zweites Reich). Le régime nazi a été appelé le "Troisième Reich" (Drittes Reich). Cf : Pierre Béhar, "Du Ier au IVèmeReich. Permanence d’une nation, renaissances d’un État", Desjonquères, coll. "Le Bon Sens"
(10) Naturam expelles furca, tamen usque recurret” Horace, “Épîtres I”(Livre I, Épître X, v.24)
(11) Cf. article de Arnaud Blin "vers une nouvelle realpolitik" Diploweb 5 septembre 2015
http://www.diploweb.com/Vers-une-nouvelle-realpolitik.html
(12) Intervention de George Friedman, CEO de Stratfor au Chicago Council on Global Affairs le 4 février 2015 : "Europe : destined for conflict ? " https://www.youtube.com/watch?v=QeLu_yyz3tc
(13) Cf. Article de Maya Kandel "Les Etats-Unis sous Obama : désengagement ou hégémonie masquée" 17 décembre 2015 Diploweb http://www.diploweb.com/Les-Etats-Unis-sous-Obama.html et commentaire de carte par Pierre Royer "Etats-Unis, Thalassokrator mais pas thalassacratie" Diploweb 26 octobre 2012 : http://www.diploweb.com/Etats-Unis-thalassokrator-mais-pas.html
(14) Cf. article de Pierre Guidière "l’Arabie saoudite n’est plus ce qu’elle était" Diploweb 5 juin 2015 : http://www.diploweb.com/Vers-une-nouvelle-realpolitik.html
(15) Cf. cartographie : http://www.diploweb.com/Les-100-premiers-ports-de.html et "Enjeux maritimes" publié par le Marin et les Echos – numéro spécial 2015
(16) TTIP : Transatlantic Trade and Investment Partnership
(17) PTP : Partenariat Trans-Pacifique
(18) BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud
(19 Cf. le développement des IDE chinois, indiens, mais aussi brésiliens sur le continent africain.
(20) Cf. les multiples conférences de Shangaie, SADC, SAARC, Forum IBAS (Inde, Brésil, Afrique du sud), ASEAN …
(21) Cf. Sylvia Delannoy "Géopolitique des pays émergents" aux éditions PUF mars 2012
(22) Cf.
http://www.marine-oceans.com/economie-maritime/902-une-alternative-terrestre-au-canal-de-panama-
et http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/canal-du-nicaragua-vs-canal-de-155733
(23) Cf. http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/08/06/20002-20150806ARTFIG00005-l-egypte-inaugure-son-nouveau-canal-de-suez-et-affiche-ses-ambitions.php
(24) cf. dossier North Stream : http://fr.sputniknews.com/trend/nord_stream

(25) Lire sur la situation hongroise de Sandor Marai : "ce que j’ai voulu taire" aux éditions Albin Michel.
(26) Le phénix, ou phœnix (du grec ancien φοῖνιξ / phoînix, "pourpre"), est un oiseau légendaire, doué de longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s'être consumé sous l'effet de sa propre chaleur. Il symbolise ainsi les cycles de mort et de résurrection.
(27) Cf. Jean Raspail "Le camp des saints" Robert Laffont 1973
(28) Cf. "Histoire des variations des églises protestantes" dans Œuvres complètes de Bossuet vol XIV, Jacques Bénigne Bossuet, éd. L. Vivès (Paris), 1862-1875, p. 145

Géopolitique ...

Publié dans Du côté des élites
Géopolitique des frontières mentales
 
Du 12 au 15 mars s’est tenu à Grenoble le 7ème Festival de Géopolitique avec pour thème central les frontières. Pour prolonger les riches réflexions de cet événement, Jean-François Fiorina est allé à la rencontre de Xavier Guilhou, l’un des meilleurs spécialistes français de la prévention des risques, de la gestion des crises et de l’aide à la décision stratégique.
 
Xavier Guilhou a accompagné les crises mondiales les plus diverses de ces dernières années, catastrophes naturelles aussi bien que crises humanitaires, économiques ou financières. Pour lui, les frontières ne sont pas seulement physiques. Elles sont aussi dans les têtes. Aussi, face à des défis géopolitiques majeurs, il faut avant tout s’efforcer de comprendre puis s’adapter pour agir au mieux.
 
Vous avez accompagné et étudié les crises majeures qui ont secoué notre monde ces trente dernières années. Pour vous, qu’est-ce que la géopolitique ?
D’abord, tout dépend de l’espace-temps qui est pris en compte dans cette approche géopolitique. Un think-tank ou un institut de recherches vont travailler de préférence sur des fondamentaux et sur le long terme, analysant les grandes tendances et les ruptures.
A l’inverse, l’homme politique – comme ses conseillers – évolue dans un cadre tout à fait différent, souvent dans le très court terme et sous la pression énorme de l’actualité et des médias. Là, il faut prendre des décisions très vite, sans nécessairement avoir en main toutes les données, en tout cas sans avoir forcément le recul souhaitable.
Ce temps politique est en outre souvent conditionné par des paramètres électoraux ou de politique intérieure. Quant au temps médiatique, il se caractérise par son instantanéité et se réduit de plus en plus au commentaire. De fait, les sémantiques sont différentes, puisqu’elles s’inscrivent dans des temps n’obéissant pas aux mêmes logiques.
Dans la crise syrienne par exemple, l’approche du chercheur sera de remettre les événements en perspective sur le long terme, de tenter de dénouer l’écheveau d’un Orient qui paraît parfois fort complexe, voire énigmatique à l’observateur. L’approche géopolitique du décideur politique va coller davantage à l’émotion, aux réactions de l’opinion publique, les mots vont répondre aux images, le tout quasiment en temps réel.
De même, quand on parle de géopolitique, il ne faut pas oublier une autre catégorie non-négligeable dans notre monde globalisé, à savoir la géoéconomie. L’étude des grands flux économiques, monétaires ou financiers, la manière dont sont prises les décisions dans ces domaines, méritent d’être décryptées de près et complètent avec pertinence l’analyse géopolitique traditionnelle.
Je le sais non seulement pour avoir exercé des responsabilités opérationnelles dans de grands groupes à l’international, mais aussi pour avoir travaillé très tôt dans le renseignement économique. Or, quand on travaille sur du pilotage de crise, on se situe à la confluence de ces trois approches de la géopolitique.
Tout est alors une question d’équilibre, de perception et de restitution adaptée à la configuration. Quand on doit coller aux réalités de terrain, il est essentiel de bien saisir la nature des modes de représentations du monde que se font les uns et les autres.
 
C’est ainsi que vous évoquez la nécessité de sortir des frontières mentales…
Tout à fait. Prenons un exemple. Un économiste va analyser les flux qu’il observe en termes rationnels. Puis intégrer les renseignements qu’il acquiert, se servir d’indices, de peur (comme le DAX) ou de profitabilité…
Tout cela va lui permettre d’anticiper des retournements sur des marchés ou de saisir des opportunités. L’historien ou le géographe, eux, vont agir sur un tout autre registre. De même pour l’homme politique. Pour piloter des stratégies de sortie de crise, il importe d’être capable de penser simultanément sur les trois registres, et ne pas se laisser enfermer dans des habitudes mentales, dans des grilles de lecture, quand bien même seraient-elles confortables.
Des gens très intelligents, très informés et très diplômés peuvent ainsi s’enfermer dans des rhétoriques qui certes les arrangent mais les amènent aussi à se trouver, à un moment donné, déconnectés des réalités.
Aussi, l’une des premières questions à se poser face à une crise est : qu’est-ce qui fait sens pour l’autre ? Quelle est la colonne vertébrale qui structure ses réflexions, donc ses mots, ses grammaires et ses postures ?
Quand vous pilotez une crise et que vous vous trouvez à la confluence de ces trois champs, économique, géographico-historique et politique, vous devez abolir ces frontières mentales. Ce qui implique que vous soyez apte à entrer dans des maïeutiques particulièrement complexes…
Après avoir travaillé sur le Liban et les Balkans, j’ai ces derniers mois été amené à travailler sur les crises syrienne et ukrainienne, où j’ai constaté chez certains acteurs des logiques d’enfermement frôlant l’attitude suicidaire, en totale rupture avec la réalité du terrain.
La prééminence du parti-pris idéologique efface complètement chez certains la perception des réalités économiques, historiques, juridiques, géographiques ou culturelles. Et peu à peu se profile le risque d’un enfermement dans une nasse mentale, avec des archétypes qui mènent à des impasses. Pour ces deux cas, une sortie de crise ne peut être envisageable que si ces présupposés idéologiques ou mentaux sont dépassés pour en revenir aux fondamentaux de la géopolitique.
 
Vous avez accompagné de nombreuses crises majeures, dans des régions en guerre comme le Liban ou les Balkans, mais aussi dans d’autres cadres, comme la crise financière argen tine ou l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans. Quelles leçons en avez-vous tirées ?
L’étude de la crise économique et financière argentine au début des années 2000 est intéressante en ce sens qu’elle révèle une véritable implosion de système. Ce qui m’a le plus marqué, tant de la part des dirigeants que de la population, c’est le degré incroyable de déni de la réalité, alors que tout était en train de s’écrouler !
Tous les acteurs fonctionnaient comme des autistes, niant une réalité qui pourtant les frappait de plein fouet. Il n’y a pas là les dégâts d’une guerre, mais un processus d’ordre quasiment psychiatrique touchant tout un peuple, qui ne peut pas ou ne veut pas voir ce qui survient.
Comment faire comprendre à vos interlocuteurs à ce moment que les frontières ne sont plus les mêmes, surtout les frontières mentales !
Le cas de l’ouragan Katrina qui a ravagé en 2005 la Nouvelle-Orléans est également intéressant. L’amiral Thad Allen qui coiffait le dispositif de secours et de gestion de la crise a d’emblée précisé très clairement que le choc était sans commune mesure avec un ouragan classique.
Il ajouta même qu’ils avaient été confrontés à l’équivalent des effets d’une arme de destruction massive, mais sans intention terroriste. Ce qui fait que le système ne pouvait pas fonctionner, puisqu’il n’y avait pas eu une évaluation correcte de la menace. De fait, la boîte à outils proposée était inadaptée et le dispositif s’est trouvé mis en mode échec. Or, les Etats-Unis, première puissance mondiale, avaient bien sûr les moyens.
Pour autant, le résultat a été catastrophique et emblématique. Dans ses auditions, Thed Allen a précisé que si les organisations américaines avaient été ainsi mises à genoux, c’était avant tout à cause de leur modèle mental, inadapté au défi. Thad Allen est pourtant un vieux briscard.
Il a géré le 11 septembre, puis Katrina et enfin l’affaire de la plate-forme Deepwater dans le Golfe du Mexique. Aussi son constat sur l’incapacité de leur modèle mental à envisager ce qui paraissait inenvisageable est une leçon d’humilité pleine d’enseignement…
 
Que pensez-vous respectivement des trois crises, grecque, ukrainienne et djihadiste qui nous concernent directement au plan géopolitique ?
Là aussi, c’est avant tout une question d’état d’esprit et d’incapacité à s’affranchir d’un certain nombre de barrières mentales. Il est grand temps de sortir de notre angélisme douillet et d’en finir avec ces débats d’opinion constamment biaisés par l’idéologie ou la paresse intellectuelle.
Il est en revanche impératif de poser enfin lucidement les questions de fond. Donc de s’interroger avec réalisme sur la véritable nature du risque grec, russe, djihadiste, sur les jeux d’acteurs sous-jacents et sur le pourquoi de la paralysie de nos circuits de décision.
Pourquoi n’aborde-t-on pas certaines questions ?
N’y a-t-il pas dans certains cas instrumentalisation voire manipulation des opinions ?
Les trois cas évoqués posent en réalité des questions de fond fort simples. Avec la Grèce, nous sommes confrontés au problème du nantissement des dettes souveraines. Au final, il va bien falloir se prononcer, au risque d’ailleurs de faire voler en éclat une nouvelle fois le système financier, avec des défauts de paiement qui génèreront des dégâts systémiques considérables.
De même, avec l’Ukraine, nous sommes face à un nouvel épisode sanglant consubstantiel à la déconstruction de l’organisation de ce monde hérité des traités de Versailles et de Yalta. Sans oser le reconnaître, nous nous trouvons confrontés à d’indéniables fractalisations territoriales qui depuis 20 ans ont généré de nouvelles frontières sur des dizaines de pays et même fait naître de terribles guerres civiles.
Qu’avons-nous appris entre autre de l’ex-Yougoslavie pour réitérer les mêmes erreurs sur les rivages de la mer Noire ? Tout s’est toujours conclu par un retour à des tracés identitaires. Enfin, nous portons une large part de responsabilité dans la genèse du terrorisme djihadiste, puisque nous avons accordé aux pays de la péninsule arabique –de manière totalement inconsciente– un pouvoir de déstabilisation qui se retourne contre nos démocraties.
Comment en est-on arrivé là ? Et pourquoi ? Parce que par bêtise, aveuglement idéologique, nous avons joué avec le feu pour des avantages mercantiles de court- terme. Or, aujourd’hui, malgré la qualité de nos services de renseignement, nous nous trouvons démunis et la réaction sécuritaire –quels que soient ses résultats tangibles sur le terrain– ne suffit pas à enrayer le processus mortifère qui se développe sur le terreau du désenchantement amer de nos sociétés blasées et angoissées.
Pour en revenir au thème central de notre entretien sur les frontières mentales, je dirais que nous souffrons surtout d’un cruel déficit d’anticipation, d’une incapacité chronique à imaginer l’inconcevable. Nous nous révélons impuissants à faire bouger les lignes. Nous subissons et n’osons pas reconnaître la détermination de ceux qui se désignent clairement comme nos adversaires et jouent habilement de nos faiblesses. Surtout, nous avons l’insigne faiblesse de croire que nos interlocuteurs fonctionnent mentalement comme nous. Ce qui est faux. Et c’est en partie ce qui fait leur force. Chacun joue sa partition avec lucidité et pragmatisme.
Sans porter de jugement de valeur et en ne les plaçant bien sûr pas dans les mêmes catégories, que ce soit Alexis Tsipras, Vladimir Poutine ou les djihadistes dans leurs stratégies respectives, les uns et les autres privilégient l’audace, le mouvement, l’initiative, la prise de risque comme règle d’or de l’action.
Nous, nous faisons exactement l’inverse. En privilégiant des postures prudentielles, en nous abritant douillettement derrière le principe de précaution, en essayant de nous convaincre comme des perroquets qu’ils n’oseront pas toucher aux statu quo qui jusqu’ici assuraient notre confort, nous allons sciemment à l’échec.
Alors qu’en nous affranchissant de ces barrières mentales, nous pourrions faire preuve d’intelligence et d’imagination sur les champs financiers, diplomatiques et sécuritaires.
 
Quid alors de la crise que traverse la France ?
Tout d’abord, il nous faut bien prendre conscience que cette crise n’est pas uniquement technique. Elle ne se résume pas à la question de la transition énergétique ou à l’émergence d’une nouvelle révolution industrielle. Elle n’est pas seulement financière et économique avec la question du règlement des dettes et du déficit de croissance. La crise française est bel et bien d’ordre civilisationnel !
Elle pose des questions de fond, sur nos valeurs, nos croyances, nos principes de vie, sur ce que nous voulons ou ne voulons pas devenir. L’adage veut que là où il y a une volonté, il y ait un chemin. Mais y a-t-il encore une volonté, clairement affirmée à la tête du pays ?
Ne souffrons-nous pas plutôt d’un abandon de pouvoir et d’une cruelle absence de vision ? De sorte que nous avons le sentiment amer d’être coincés dans une véritable impasse. Camus notait justement que "la société politique contemporaine est une machine à désespérer les hommes".
Et Julien Green dans son journal affirmait : "Il faut sauver l’espérance. C’est le grand problème de ce siècle !".
Alors, oui, malheureusement, la quête de sens est la question-clé de la crise française. Force est de constater que nos concitoyens ont le détestable sentiment qu’il n’y a plus de véritables responsables à la passerelle du navire France…
 
Il serait donc bon d’adapter au théâtre de crise français les leçons que vous avez tirées des grandes crises mondiales ?
Chaque cas bien sûr est particulier. Mais il existe un certain nombre d’invariants dans la gestion et le pilotage des crises. Et c’est d’abord dans nos têtes que se trouvent les ressorts potentiels de notre renaissance.
Ne nous leurrons pas. Il ne suffit pas ici de faire joujou avec la boîte à outils bureaucratique ou technocratique tout en psalmodiant des incantations pour que revienne la croissance ! Il est illusoire de croire qu’avec un peu d’inflation ou d’austérité nous allons remédier aux auto-blocages actuels.
En vérité, les recettes des experts –voire imposteurs– de la macro ou de la micro-économie, qui prétendent guider nos modes de représentations du réel, ont fait long feu. Ils ne sont plus en mesure de répondre à la crise de modèle et de sens que nous traversons !
C’est là que réside le fond du problème. Et c’est bel et bien sur le champ beaucoup plus profond et exigeant de notre état d’esprit face aux réalités du monde que se situe l’enjeu principal. De notre capacité à faire renaître l’espérance découlera notre capacité à retrouver la foi non seulement dans l’avenir, mais aussi dans l’homme et dans un nouveau projet de société et de gouvernance plus équitable et juste.
Face à la montée des tensions sociétales et à la mise en faillite de notre modèle de société, j’aime à rappeler cette phrase d’Euripide : "l’homme de cœur est celui qui se fie jusqu’au bout à l’espérance. Désespérer, c’est lâcheté !"
 
En guise de conclusion, que faire ? Quelle attitude adopter ?
Il faut en revenir à des paramètres simples, et d’abord nous extraire de nos certitudes mentales, accepter surtout comme préalable l’inconcevable. Tout envisager et ne rien s’interdire. Autrement dit nous devons nous montrer lucides, évaluer au mieux la complexité de la situation afin de qualifier très rapidement l’évènement.
En un mot, savoir à quoi et à qui l’on va se frotter. Ce qui implique de privilégier le travail de terrain et de disposer d’un système de renseignement solidement ancré au sein des populations, tout en adaptant nos moyens à ce qui est disponible sur le terrain, et tout en connaissant le rôle (de déception ou d’enthousiasme) que peuvent jouer les vecteurs médiatiques.
Au final, les clés d’un bon pilotage de crise sont le discernement, l’intuition stratégique, le sens du terrain, l’empathie et le leadership. J’ajouterais le courage intellectuel mais c’est un autre débat !
Notre travail n’est pas une science exacte. Mais ce qui est sûr, c’est que les certitudes et les partis-pris ne sont pas de mise. Il faut savoir se remettre en cause, goûter le jeu du questionnement et constamment garder à l’esprit que chaque crise est différente et qu’elle suppose une organisation appropriée.
Il existe quelques règles simples pour mettre sur pied une cellule de crise. Mais l’on doit se souvenir que les problématiques décisionnelles sont spécifiques à chaque situation et à chaque culture. L’essentiel est de bien saisir les modes de représentation des interlocuteurs ou des populations auxquels on va être confronté, percevoir correctement la centralité de l’autre pour prendre en compte ce qui fait sens, où se situe ce qui est vital pour lui.
Aussi, je dirais à vos étudiants que face à une crise, rien ne sert de tricher avec le réel, avec les populations, avec les évènements. Il importe au contraire d’intégrer le réel dans sa plénitude, d’être l’esprit en éveil et surtout savoir où l’on veut aller. Ce qui fait la différence, c’est l’agilité mentale dans le questionnement. Aussi, sachons faire preuve tout à la fois de courage et d’humilité. Et soyons surtout en notre for intérieur réellement non-conformistes.

Paru sur Comprendre les enjeux stratégiques (CLES), Ecole de management de Grenoble
26 mars 2015

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