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DRAI Raphael

DRAI Raphael

Né le 21 mai 1942
Marié - 2 enfants



Professeur agrégé de sciences politiques
Doctorat de science politique - Université Panthéon-Sorbonne

Lauréat de la faculté de droit de Montpellier
Doyen honoraire de le faculté de Droit d'Amiens
Professeur à l'Université d'Aix-Marseille III (Droit : Société et vie politique)
Professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence 
Chargé d'enseignements au Master Management interculturel et médiation religieuse
Professeur à l'Institut d'Etudes et de culture juive d'Aix-Marseille
Directeur de Recherches à l'Ecole doctorale de recherches
     en psychanalyse et psycho-pathologies - Université Diderot, Paris VII

Chroniqueur de la revue L'Arche 
Membre de l'Observatoire du religieux
Spécialiste de l'univers biblique
Conférences avec l'institut inter-universitaire d'études et de culture juive

Ouvrages
La Politique de l'inconscient (1979)
Le Pouvoir et la parole (1981)
La communication administration-administrés (en collaboration) (1983) 
La sortie d'Egypte. L'invention de la liberté (1986)
Guerre éthique et pensée stratégique à l'ère nucléaire (avec Cao Huy Thuan) (1988)
Lettre ouverte au Cardinal Lustiger (1989)
La communication prophétique (3 tomes) (1990 à 1998)
Identité juive, identité humaine (1995)
La pensée juive. Exégèse et épistémologie (1996)
Le mythe de la loi du talion (1996)
Freud et Moïse. Psychanalyse, loi juive et pouvoir (1997)
Lettre au Pape sur le "pardon au peuple juif" (1998)
La Thora. La législation de Dieu (2000)
Lettre au Président Bouteflika sur le retour des Pieds-noirs en Algérie (2000)
Grands problèmes politiques contemporains
Les nouvelles échelles de la responsabilité politique (2001)
Sous le signe de Sion (2001)
Science administrative, éthique et gouvernance (2002)
La France au crépuscule. Précis de recomposition (2003)
L' Etat Purgatoire, la tentation postdémocratique (2005)
La République brûle t-elle ? Essai sur les violences urbaines (avec J-F. MATTEI) (2006)
Abraham (2007)
Le pays d'avant (2008)
Les pays d’après (2008)
Grands problèmes politiques et sociaux contemporains (2009)
Théories juridiques et théories psychanalytiques (2010)
Philosophies d'ailleurs. Les pensées indiennes, chinoises et tibétaines - Collectif sous la direction de Roger-Pol Droit (2009)

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Berlin 1938, Paris 2014

Publié dans De par le monde
A la mémoire de Jacques Ellul, auteur de  "La parole humiliée".
 
Imaginons un seul instant que la bande d’énergumènes qui s’était lancée ce dimanche 13 juillet à l’attaque de la synagogue sise rue de la Roquette, dans le 11eme arrondissement de Paris, aux cris de "Juifs on va vous crever", et "Nous sommes tous des Mohamed Mérah" ait pu y pénétrer, comme ses membres en ont eu la volonté délibérée, pour la mettre à sac et pour lyncher les fidèles qui s’y trouvaient, et notamment le grand Rabbin de Paris, Michel Guggenheim avec Joël Mergui, le président du Consistoire ? N’est-ce pas le mot de pogrom qui se serait imposé ? A quelle époque mentale nous trouvons-nous ? A Berlin, en 1938, où à Paris, la veille du 14 juillet ? Au lieu de quoi, certains compte-rendus de presse se contentent d’évoquer des "incidents" qui auraient "terni" la grande manifestation pro-palestinienne mise en mouvement à partir du métro Barbès !

Il est aujourd’hui de bon ton d’évoquer ad nauseam  la formule de Camus : mal nommer les choses c’est ajouter à la misère du monde. Quel sera le sort de ce même monde si les choses en question n’étaient même pas nommées du tout ? L’agression commise contre la vénérable synagogue de tradition judéo-portugaise de la rue de la Roquette s’est masquée d’un prétexte : les bombardements de Gaza par l’armée israélienne. En réalité, elle est le signe de l’emprise croissante d’une mouvance singulière de l’Islam en France, la mouvance salafiste, non seulement sur le dit Islam (quartiers, lieux de culte, vêtures) mais de plus en plus sur l’espace public de la République. Il n’est pour s’en convaincre que de découvrir les photos prises à l’occasion, si l’on ose dire. Mais prétexte ou raison, nul ne saurait faire l’économie de qu’il se passe véritablement à Gaza et des réalités vérifiables de ce territoire transformé en base d’attaque contre l’Etat d’Israël et sa population.

Pour les ennemis physiques et idéologiques de l’Etat d’Israël, Gaza a été transformé en prison à ciel ouvert si ce n’est en camp de concentration. On se souvient des propos tenus en ce sens par Eva Joly. Il faut bien se prévaloir du pire pour s’autoriser à passer à l’acte, physique ou verbal. Il faut alors rappeler que le territoire de Gaza - qui ne se limite pas à la ville de Gaza, à ce qu’il est convenu d’appeler Gaza City - a été dévolu après les accords d’Oslo à l’Autorité palestinienne, alors incarnée par Yasser Arafat avant que Mahmoud Abbas n’en devienne le titulaire, mais que celui-ci en a été chassémanu militari en 2007 par une faction dissidente : le Hamas devenu depuis le concurrent direct et acharné de l’OLP malgré des compromis purement tactiques. Là encore, un prétexte de surface en couvre un autre. En apparence la cause de la sécession devrait être cherchée dans la mollesse présumée de l’OLP face à l’obstination de l’Etat d’Israël, obstination relative puisque, l’on s’en souvient, c’est Ariel Sharon en personne qui a imposé en 1995 le retrait unilatéral de tout habitant israélien de la zone dite du Goush Katif.
En réalité il est une autre cause moins avouable qui doit être cherchée. Elle se trouve dans ce qu’est devenu ce territoire qui jouxte le territoire israélien – des villes comme Sdérot, Ashkelon, Ashdod, Netivot s’y trouvant distantes d’à peine quelques kilomètres de Gaza City : autrement dit une sorte de territoire sui generis où aucune autre loi que celle du Hamas ne prévaut, dictée par lui et imposée par ses miliciens, grassement payés. Car il faut prendre en compte ce facteur aussi. Pour décréter de manière insensée que Gaza est un camp de concentration comparable à Buchenwald ou à la Kolyma, il faut se crever les yeux et par exemple ne pas voir ce qui s’y construit et s’y aménage : immeubles de luxe, centres commerciaux sur le modèle de Dallas, plages dignes de Malibu. A chaque transaction les chefs du Hamas dont beaucoup se sont considérablement enrichis en deux ou trois ans perçoivent de mirifiques pots-de-vin. Les plus importants d’entre eux se font construire des villas à un million de dollars l’une. La fortune de leurs deux principaux leaders, Khaled Meschaal et Ismaël Hanyeh est estimée pour chacun à une dizaine de milliards de dollars virés sur des comptes égyptiens ou émiratis. On comprend mieux pourquoi la guerre contre "l’Etat sioniste" est sans cesse entretenue. Elle seule permet de proroger le système existant de corruption et de prébendes, avec ses milliers de tunnels de contrebande, ses centres de fabrication de rockets mais aussi l’embrigadement d’une population serve, macérant compulsivement dans la haine de l’ennemi juif depuis son plus jeune âge. Cette corruption, cette prévarication et ce détournement complet de l’aide internationale à ciel ouvert, y compris celle apportée par la France, se produisent au détriment d’une population maintenue dans un chômage endémique mais qui n’hésite pas pour se faire soigner à solliciter les soins des hôpitaux d’Israël où elle est naturellement reçue.

Et c’est bien de ce même territoire que partent pourtant depuis des jours et des nuits des centaines et des centaines de tirs de missiles contre la population civile israélienne, sans faire de distinction entre les écoles, les aéroports, les immeubles d’habitation, les hôpitaux décrétés par nature ou par destination "objectifs militaires". Ces tirs qui sont constitutifs par le choix de leurs cibles et par leur simultanéité de véritables crimes de guerre et même de crimes contre l’humanité sont aussitôt commués en actes de "résistance" par leurs commanditaires et auteurs, et cela en usant d’une rhétorique dont toute l’efficacité provient de ceux qui l’écoutent et la valident en fonction de préjugés multiséculaires attachés à la figure maléfique des Juifs : l’armée d’Israël commettrait des massacres de femmes et d’enfants, et deviendrait ainsi une réincarnation diabolique à tout le moins de la Wehrmacht. D’où la légitimité de la "résistance" déployée à son encontre et donc des manifestations destinées à la stigmatiser partout dans le monde, des manifestations dont la violence est d’avance absoute. C’est en ce point que d’autres considérations encore doivent être soulignées. Comme les leaders du Hamas sont parfaitement conscients que leur rhétorique rencontrera la complaisance "intellectuelle" pour ne pas dire la collusion mentale de leurs relais, islamistes ou non (en France un député "Vert" vient de déclarer que les synagogues ne sont que des annexes de l’ambassade d’Israël), ils se livrent cyniquement à des pratiques pour lesquelles dans d’autres occasions la communauté internationale en Irak, en Libye ou au Kosovo, a su faire preuve d’une intransigeance justifiée : transformation d’habitations civiles en postes de commandement militaires, stockage et dissémination d’armements dans des habitations et installations civiles, transformation de mosquées en arsenaux. Etc… Toutes ces pratiques correspondent bien à cette nouvelle forme de guerre dite asymétrique mais dans un sens bien particulier : l’un des belligérants "auto-victimisé" ne respecte lui-même aucune norme du droit international mais s’en prévaut à l’encontre de son protagoniste, ainsi paralysé. Il faudra bien que les démocraties en prennent acte au lieu de tomber dans le panneau comme notre ministre de la défense, Jean-Yves le Drian, lorsqu’interrogé sur l’attaque de la synagogue de la rue de la Roquette il enjoint à Israël de… respecter les règles du droit international, et cela alors que l’armée française qu’on ne soupçonnera pas de néo-colonialisme est engagée au Mali à des milliers de kilomètres du territoire national. Autant déclarer que l’Etat d’Israël n’a aucun droit à se défendre ni aucune possibilité opérationnelle de le faire et qu’il ne lui reste plus qu’à rejouer Massada.   

Jusqu’à quand restera-t-on sourds à l’expression d’une haine aussi incandescente, à une pareille falsification de la pensée ? Plus aucun Juif en France ne s’y sent en sécurité. La communauté juive, pour employer ce terme dans son acception strictement sociologique, est désormais convaincue que sa parole n’est plus entendue, que les biais des médias dans ce conflit particulier est directement l’expression de tropismes mentaux incoercibles, renforçant la nouvelle sociologie religieuse et donc politique de la France, une sociologie démographiquement asymétrique à son tour qui n’est plus celle de 1905 lorsque fut votée non sans douleurs la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Quoi qu’elle endure, il faudra toujours imputer la responsabilité ultime des conflits du Proche-Orient avec leurs inévitables retombées "communautaristes" à "l’Occupation" israélienne, comme si ce concept allait de soi et ne servait pas surtout à interdire d’évoquer l’occupation de ces mêmes territoires par les armées mahométanes lancées hors de l’Arabie dès les VIIème et VIIIème siècles de l’ère chrétienne.
Faut-il rappeler que c’est en 1453 que Constantinople, capitale de l’empire romain d’Orient fondé en 330, tombe aux mains des musulmans et que c’est en 1683, soit 35 ans après la signature du Traité de Westphalie, qu’échoue le second siège mis devant Vienne par les armées turques ?
D’où, pour y revenir, les décisions d’émigrer vers Israël ou ailleurs de beaucoup d’entre eux, sachant que la vie juive est impossible en pays arabo-musulman (les mêmes salafistes viennent à nouveau de s’opposer à la réouverture d’une invisible synagogue à Alger). Les pouvoirs publics en prennent progressivement conscience mais en même temps, lorsqu’ils ne jouent pas les belles âmes à l’instar d’Alain Juppé (pourtant incapable de ramener la paix dans son propre parti!) ils apparaissent littéralement sidérés par l’ampleur du problème, comme vient de l’exprimer le député Thierry Mariani. C’est en ce sens aussi que la parole publique et démocratique apparaît profondément humiliée pour reprendre le titre du beau livre de Jacques Ellul: ne pas nommer la chose, c’est en favoriser la prolifération ; la nommer, c’est s’exposer à l’accusation de racisme. Par où l’on voit comment la philosophie des droits de l’Homme peut se corrompre non seulement en idéologie mais en idéologie guerrière puisque ceux-là mêmes qui invoquent ces droits les méprisent et les violent en toute impunité.
Ainsi sont bafoués les deux principes majeurs, pour ne pas dire les deux piliers de la tradition philosophique et morale kantienne qui ont largement inspirés cette philosophie avec la culture démocratique qui en est issue : le principe de réciprocité et celui d’universalité. Les démocraties prises dans ce piège fait de mots privés de sens, d’intimidations et de mutisme contraint, y survivront elles?
Jusqu’à quand faudra-t-il répéter qu’il n’en va plus seulement de l’avenir des Juifs de France mais de celui de la France entière ?

La Vème République à l’agonie

Publié dans En France
 Vers une nouvelle – et fatale - polarisation ?
 
La Vème République dans la durée longue
La victoire du FN aux élections européennes du 25 mai dernier n’est pas circonstancielle. Elle marque encore plus fortement la mise à mal  du régime politique qualifié formellement de Vème République au point que l’on s’interroge sur la viabilité réelle de ce régime. Il faut alors s’entendre que ce que l’on nomme "Vème république". En termes constitutionnels, celle-ci  existe depuis le référendum du 28 septembre 1958. C’est l’une des plus vénérables et des plus coriaces de toute l’histoire constitutionnelle de la France. On peut même considérer que ce régime- là conjoint ses deux avatars : le premier proprement gaulliste, ou assimilé, qui a duré jusqu’à1981 et le second socialiste, sous les deux mandats de François Mitterrand qui s’était parfaitement accommodé d’un système pourtant qualifié par lui de "coup d’Etat permanent". Quels sont – pour ne pas dire quels étaient- les critères essentiels de ce régime ?

La Vème République instituait un Etat fort, dominé par un Exécutif puissant, lui-même servi par un parti dominant, et un Parlement se limitant désormais à la place congrue qui lui était assigné, l’ensemble sous la houlette d’un chef d’ Etat charismatique, doté d’un coefficient historique hors normes .Grâce à un tel dispositif, l’économie et les finances de la France retrouvaient vigueur et confiance, à l’image du Franc nouveau garanti par la sobriété  efficace des Pinay, Rueff et autres. Pourtant, un tel dispositif, une fois "liquidée"dans les conditions que l’on sait l’affaire algérienne, ne tarda pas à se lézarder. La crise de 1968 porta un coup fatal au charisme vieilli du général de Gaulle, tandis que l’autre "crise" commencée en 1973 avec la guerre dite de Kippour révéla les profondes vulnérabilités de l’économie du pays.
Avec l’élection de Valéry Giscard d’Estaing, le Centre revenait au pouvoir, au détriment du gaullisme originel. Les valeurs et les comportements en cours commencèrent également à se disjoindre et le président d’alors essuya en fin de mandat les relents d’une sombre affaire de diamants africains.
En 1981, la Gauche arriva  enfin au pouvoir, toutefois décidée, sans se déjuger, à se loger dans les institutions créées en 1958. Les réformes succédèrent aux réformes, avec un vaste programme de nationalisations sans doute indispensables mais qui contribua à mettre l’économie du pays sur le flanc. D’où dès 1983, le tournant dit "de la rigueur" qui allait transformer le socialisme révolutionnaire en socialisme sagement si ce n’est cyniquement gestionnaire,  à commencer par la gestion du pouvoir politique patiemment conquis en trois décennies. La suite prend l’allure d’une pente descendante.
 
Des présidents qui se sont succédés, aucun ne remplissait le costume militaire du général ni les costumes ajustés de Mitterrand. La clef de voûte de la Vème république branlait tandis que l’économie française était minée par un chômage teigneux. Et pourtant, malgré tous les appels à fonder une VIème république, la Vème s’accordait quelque toilettage et prolongeait son parcours de vie. L’élection présidentielle de 2002 claqua néanmoins comme un coup de tonnerre puisque le socialiste Lionel Jospin était éjecté dès le premier tour au profit de Jean- Marie le Pen. C’est à ce moment que fut commise une erreur d’analyse majeure qui consista à imputer cet échec à des considérations de personnes ou de circonstances alors qu’en réalité s’annonçait l’effacement de la réalité politique française de ses deux composantes principales et alternatives : le gaullisme et le socialisme au profit d’une idéologie sans cesse stigmatisée mais obstinément persistante : celle de l’extrême- droite, comme si le cours de l’Histoire refluait en deçà de 1945. En 2012 , la défaite de Nicolas Sarkozy, nominalement de gaulliste affiliation, au profit d’un François Hollande moins socialiste que "PSsiste" et que nul n’avait vu venir consomma l’ agonie inavouable d’un gaullisme préhistorique ! La guerre des chefs qui s’ensuivit immédiatement à l’UMP accentua  le discrédit politique, moral et même personnel de ses dirigeants. Il n’en alla pas autrement au PS, avec l’aggravation du chômage, le matraquage fiscal, le scandale Cahuzac, sans parler des frasques sentimentales d’un Président qui déjugeait ses engagements de campagne et commençait à perdre toute autorité. Le socialisme suffoquait aussi. De sorte que la victoire du FN aux européennes était largement prévisible. Quelles conséquences en tirer ?

Vers la polarisation FN – "Djihadistes" ?
Le questionnement est plus grave que celui qui concerne spécifiquement la survie de la Vème République. Il s’agit de savoir et de décider si la France restera ou non un régime démocratique. Non pas verbalement, dans l’incantation outragée par le principe même de la question, mais dans sa réalité. Quelle est cette réalité ? Elle apparaît comme celle d’un régime bien curieux puisque privé à la fois d’une majorité et d’une opposition, d’un  régime aux carences cumulatives, dont l’économie se délite un peu plus et dont l’autorité de son chef n’est plus que fictive. Au lendemain des élections européennes, au lieu de procéder à un véritable "scanner" de la situation, comme on l’eût pratiqué pour les victimes d’un accident de la route, à l’UMP se livrait une nuit à la Borgia contre François Copé ; et pour le PS le président de la République bâcla une allocution que chacun écouta distraitement et que personne ne comprit. A l’UMP s’installait aussitôt un trio de Consuls déjà concurrents, tandis qu’au PS, l’on supputait qui allait remplacer, à une date qu’on fixerait en temps opportun, ce président blagueur mais fantôme et aboulique .

Qu’à cela ne tienne, pouvait –on se dire : le FN constitue désormais une véritable alternative. Le temps est fini de sa stigmatisation notamment pour antisémitisme forcené et pathologique. Des syndicalistes de FO, de Sud, de nombreux ouvriers et jeunes de moins de 35 ans, n’hésitent plus à le gratifier de leur suffrage et à l’adouber comme parti de gouvernement, si ce n’est comme poutre maîtresse d’une nouvelle République, ce terme n’ayant pas tout à fait les connotations de celui de démocratie. Et puis, patatras, resurgit sur le Net une interview d’il y a quelques semaines à Public-Sénat, au cours duquel Marine le Pen, recouvrant un naturel dont on l’imaginait corrigée, retrouvait les insanités de son père contre le "lobby juif , "Publicis", Maurice Lévy et tous "ces gens-là qui se marient entre eux" et dont à l’entendre, sitôt élue présidente, elle les dépossèderait de leurs richesses spoliatrices pour ne pas dire qu’elle les "aryaniserait". Au point que Guillaume Durand qui l’interviewait réprima une réaction de dégoût. Depuis, aucune correction de trajectoire n’est intervenue et Marine Le Pen est déclarée diplomatiquement parlant non grata  en Israël où aucun officiel n’entend la rencontrer. Est- ce donc cela qui doit remplir le vide de la Vème  République sexagénaire ? Il se pourrait que l’avenir fût encore plus préoccupant.

Après l’élection présidentielle de 2012 et le début de la chaîne d’échecs du nouveau pouvoir, certains analystes conjecturaient que le débat politique ne tarderait pas à se polariser entre l’extrême- droite de Marine le Pen et l’extrême-gauche de Jean- Luc Mélenchon. L’élection du 25 mai a révélé que le Front de Gauche était encore plus inconsistant et sépulcral que le mouvement écologiste. Apparaît alors le risque d’une toute autre polarisation, que bien peu osent nommer de son vrai nom. Le FN indécrottable, "confirmé" par Marine le Pen, croit pouvoir masquer sa xénophobie sous des formules comme celle "de la préférence nationale" et mettre cette lubie en œuvre en continuant de s’en prendre notamment aux Juifs qui ont le malheur de ne pas lui complaire. Mais qu’en sera-t-il cette fois des Musulmans de France ? Ceux- ci constituent une population non pas de quelques centaines mais de quelques millionsde personnes. Il ferait beau voir que le FN les maltraite verbalement ou idéologiquement comme sa présidente l’a fait avec Maurice Lévy et consorts. L’on sait à présent que le tueur du Musée Juif de Bruxelles, arrêté à Marseille, est un "djihadiste français", l’un de ceux qui par centaines s’en vont participer aux combats qui se déroulent en Syrie, avant de revenir sur le territoire de France, pour y accomplir le moment voulu un Djihad sans merci. Ces tueurs fanatisés ne rêvent que d’un seul scénario : que le FN arrive au pouvoir en France et qu’ils aient toutes les raisons de le combattre à la façon dont ils font la guerre à Assad. Tel est le risque qu’il faut savoir nommer, tandis que le régime dit de la Vème république ressemble de plus en plus à ces canards dont on a coupé la tête mais qui n’ en continuent pas moins de courir en tous sens .
Alors que l’UMP s’est transformée en  canard tricéphale, que le PS redoute de se faire éjecter dès le premier tour de la prochaine présidentielle, tandis que le Centre croit que son heure est proche et rejoue son jeu solitaire ; tandis qu’à nouveau font rage les ambitions personnelles, prédatrices et finalement auto-destructrices, n’est–il pas temps de retrouver le sens du désintéressement et de forger non pas un front républicain, calculateur et opportuniste, mais un véritable arc démocratique où se retrouveraient face à un pareil  horizon de menaces, quel que soit leur engagement politique initial, les hommes et les femmes inspirés par un réel impératif de liberté et de responsabilité, à la fois politique et moral ? Le Pouvoir est-il une drogue si dure qu’une fois goûté il produise une si inguérissable addiction au détriment du bien commun ? 

A propos du discours d’Alger

Publié dans En France

François hollande, président de la république ou président de l’UNEF ?

Le mot "réconciliation" est l’un des plus beaux du langage humain. Il désigne cet état d’esprit et surtout cette conduite par lesquels l’homme, dont l’on ne sait toujours s’il est la plus vile ou la plus splendide des créatures vivantes, s’avère capable de maîtriser le pire  en lui : la violence, l’injustice, le ressentiment, le désir de mort, si ce n’est la jouissance du meurtre, individuel et collectif, et à le convertir dans le meilleur de soi. A cet égard qui ne souhaiterait la réconciliation réelle, ouverte sur l’avenir, de la France et de l’Algérie ? Depuis plus de cinquante ans l’on espère que d’un côté de la Méditerranée comme de l’autre, les Etats en charge de deux peuples, à la mémoire lourde, à l’avenir incertain, sachent trouver les mots qui apaisent, l’on dirait presque qui consolent tant les blessures à guérir sont affectives autant que physiques. Il en est allé de même avec François Hollande, et cela non sans appréhension puisque celui qui n’était pas encore président de la République mais qui déjà travaillait à l’être, s’était rendu en Algérie et  y avait tenu sur la terrible guerre, en effet innommée, qui avait semé sang, cendres et larmes, des propos que n’aurait pas déjugés un président de l’UNEF des années 60. Autrement dit, le colonialisme était condamné comme la plaie la plus purulente des deux derniers siècles et la révolution algérienne, quelles qu’en aient été les méthodes et les dévoiements, exaltée, tandis que la souffrance des populations éradiquées d’Algérie, de leur terre natale et pour beaucoup ancestrale, était minimisée, passée par pertes et profits, sans aucune prise en compte de l’injustice liée à cet exode massif. Le lendemain même de sa victoire aux primaires du parti socialiste, le candidat à la présidentielle, s’empressa, les yeux encore ensommeillés, d’aller commémorer la manifestation du FLN du 17 octobre 1961 et condamner sa répression par la police de Papon, sous l’autorité du général de Gaulle, mais toujours sans un mot explicite par exemple pour le massacre de la Rue d’Isly, perpétré le 26 mars 1962 , à supposer qu’il en avait entendu parler.

L’unilatéralisme de ses positions sur ce sujet devenait patent et préoccupant.

Le discours d’Alger a-t–il changé, de tonalité et de thématique ? Certes, l’entourage du nouveau président français avait bien souligné que François Hollande ne donnerait pas dans cette forme de repentance exigée par ceux qui cherchent pour leur cause "la clause de la victime la plus favorisée", et qu’il ne présenterait pas non plus aucune excuse. Si ces deux mots virulents n’ont pas été verbalement prononcés, l’attitude et les formules qui y correspondaient ne risquaient pas de donner le change. Là encore, il ne s’agit pas de livrer à une analyse scripturaire du discours d’Alger encore que. Il s’agit surtout de savoir si ce discours, dans ses intentions, dans ses mots, dans sa forme, se voulait  véritablement réconciliateur, prenant en charge équitablement, en équité humaine, les deux histoires, avec leurs échecs mais aussi avec leurs réussites. Car il n’est pas juste et il n’est pas exact de présenter l’Algérie française comme une géhenne où des étrangers venus d’un autre monde n’avaient d’autre raison de vivre que d’humilier les indigènes et d’en sucer le sang. Le qualificatif de "colonial", dont le contenu et les connotations stigmatisantes appartiennent également au "discours de la guerre", ne saurait être appliqué de manière rétroactive, comme si, en 1830, d’autres systèmes étaient applicables et appliqués, par le France et en France, par l’Europe et en l’Europe, aux Etats-Unis et par les Etats-Unis. Le colonialisme était, si l’on peut dire, le "régime standard" de la planète. Toute nation, comme l’Allemagne, qui ne disposait pas – encore - d’un Empire n’avait de cesse que d’en constituer un. Au demeurant quelle était la nature du régime turc qui exerçait son emprise sur cette partie de l’Afrique du Nord avant la conquête française, sinon un régime colonial à sa façon,  d’un colonialisme impérial, non moins brutal et confessionnel que l’européen, où il ne faisait pas bon de ne pas pratiquer la religion du Prophète, telle qu’elle était comprise et appliquée par des beys et deys surtout altérés de récoltes fiscales et de prébendes.

Un grand livre d’éthique reste à écrire sur la guerre d’Algérie. Il prémunirait notamment contre ces jugements rétroversifs et  partiaux. Faut–il rappeler à titre comparatif quel était le sort des populations françaises, en territoire de France, durant ces cent trente années-là ? Des populations paupérisées, abêties, survivant dans des habitats plus sordides que des déchetteries, exposées aux famines du chômage et dont les révolutions, récurrentes et sanglantes, étaient sans cesse détournées de leur but, confisquées par des classes dont le pouvoir et l’enrichissement étaient les seules idoles. Il faut prendre garde, précisément en matière d’éthique, à l’engrenage fatal entre le déni et le dénigrement d’un côté, l’apologie et le dithyrambe réactionnels de l’autre. Autrement, il faudrait avec les mêmes critères juger des lendemains de l’indépendance de l’Algérie , de la forme du régime et du système économique et financier qui y a  succédé à la souveraineté française, de la juxtaposition sur cette terre tant éprouvée de l’extrême richesse et de la pauvreté la plus exsangue, celle qui ne s’anesthésie que par des rêves d’exode. De ce point de vue, il faut rendre hommage aux algériens et aux algériennes qui font preuve de lucidité et qui ont su ne pas substituer une mythologie à l’autre.

Il n’en va pas autrement s’agissant de l’évocation par François Hollande des massacres de Sétif ou de la disparition de Maurice Audin. Les discours de complaisance laissent entendre que ces faits horribles ont été décidés arbitrairement, par sauvagerie congénitale. François Hollande a bien voulu rappeler que la répression des émeutes sétifiennes et autres avait commencé le 8 mai 1945, le jour où était célébrée la victoire des Alliés sur le nazisme ? Qui était au pouvoir ce jour-là ? Qui a commandé politiquement cette répression impitoyable et en a donné l’ordre à l’armée française sinon le général de Gaulle en personne ? De Gaulle était–il l’incarnation de la barbarie galonnée ? Pourquoi gommer les sauvageries  qui ont accompagné ces premières manifestations nationalistes ? Allaient-elles de soi ? Etait–il indispensable pour faire entendre sa voix de tuer des civils, hommes, femmes, enfants, de les éventrer, de les hacher menu ? Si aucune sauvagerie ne peut en excuser une autre, il convient que ce fût dans les deux sens. L’on dira que cette politique du meurtre aveugle n’avait pas d’alternative. Est-ce tellement sûr ? Et puis, répétons-le, ce n’est pas parce qu’une politique est sans alternative qu’elle est sans conséquences. Une politique "forcée", pour ne pas être confondue avec une politique du pire, ou avec une politique cynique et sanguinaire, doit savoir anticiper ses conséquences et  ses auteurs ne pas considérer que tuer à sa convenance va de soi. Sinon où se trouverait la justesse de leur cause ? Celle-ci ne s’imputerait plus qu’à une haine intime qui au fond ne cherche que ses alibis et ses exutoires.
Quant à la disparition de Maurice Audin et à la pratique de la torture, une chose et de chercher à les justifier, autre chose de les imputer à la malfaisance perverse des tueurs de l’armée française et de ses  sbires supplétifs. Maurice Audin, au nom de son idéal partisan, était lié à des réseaux qui fomentaient et préparaient des attentats aveugles, mortels et mutilants, contre des civils, de toutes confessions, mais en ciblant particulièrement les populations européennes. Au passage, pourquoi François Hollande n’a-t-il pas battu la coupe des socialistes de l’époque, de Mitterrand à Robert Lacoste ? La peur des fantômes ? Le problème éthique devient d’une insondable difficulté mais le traiter de manière unilatérale, comme si le sang des uns était plus rouge que le sang des autres, ne peut qu’inciter encore et encore à répondre au réquisitoire par l’apologie. Sinon pourquoi l’Etat algérien a-t –il lutté par tous les moyens contre le terrorisme islamique qui a endeuillé si cruellement ce pays dans la décennie 90 ? Si l’on exige de la France qu’elle condamne la torture, l’Algérie doit reconnaître de son côté que le terrorisme délibéré, le plus souvent ethnique, punissant de mort le seul fait d’être identifié par décret à une cause diabolisée, a provoqué une catastrophe humanitaire d’une dimension inouïe parce que pour la quasi-totalité des européens d’Algérie, elle a fait perdre toute confiance dans l’Algérie indépendante. Les meurtres ciblés, comme celui de Raymond Leyris dès le mois de juin à Constantine, les massacres commis à Oran en juillet 1962, les supplices infligés à tant et tant de harkis livrés comme des proies vivantes au nouveau pouvoir sont également des manifestations de sauvagerie hautement condamnables. Elles n’ont fait l’objet jusqu’à présent d’aucune excuse, pour ne pas parler de "repentance".

Pour tenter de liquider une pareille histoire, il ne suffit pas de s’adresser à la jeunesse algérienne, en évoquant son avenir comme si elle pouvait faire l’impasse sur sa mémoire sombre. Toutes les expériences de réconciliation, au titre de la "justice transitionnelle", notamment en Afrique du Sud, ont  procédé par reconnaissance réciproque de torts, de dévoiements, de forfaits mutuellement commis mais aussi de bienfaits incontestables. Et au constat d’imprescriptibles innocences. Pour l’instant, répondant à tous les présidents français, et plus particulièrement au dernier, aucune autorité algérienne ne s’est clairement et officiellement exprimée à ce propos. Une ouverture politique et de civilisation qui mérite son nom ne saurait être exigée à sens unique. L’autre principe à la fois éthique et politique qui s’impose et qui devrait avoir force de loi reste le principe de réciprocité. On doit noter un fait regrettable et symptomatique à ce propos. En évoquant le conflit israélo- palestinien le président français, tout en se félicitant du vote de la France à L’ONU, appelait à la reconnaissance mutuelle des Etats en cause : l’Etat de Palestine et l’Etat d’Israël, du moins, tel était la version écrite . Mais à l’oral, sans doute intimidé par l’auditoire, seul le nom de la Palestine a été prononcé par le président français. L’Etat d’ Israël, demeurait relégué dans l’innommable. François Hollande craignait–il des jets de godasses ? Ou bien confirmait–il ses dilections réelles ?

Un conflit psychique, surtout lorsqu’il comporte une forte part d’inconscient, ne se guérit pas en en ressassant les causes et en les rejetant sur le fameux "Autre", devenu l’équivalent du bouc émissaire cher à René Girard. Il se guérit à la source si chaque partie reconnaît son implication personnelle  dans sa causalité, dans son aggravation, dans ses conséquences, et dans ses séquelles. C’est seulement si cette phase est assumée qu’un véritable avenir peut être sollicité et, à  sa manière, par les coopérations qu’il sollicite et par les succès qui le jalonnent, parachever le calmement des mémoires. Ce sera le cas lorsque la France s’ouvrira davantage à l’Algérie non parce qu’elle se sentirait en "dette" vis à vis d’elle mais parce que l’Algérie, de son côté, se sera ouverte aussi à d’autres échanges que les seuls échanges d’affaires, économiques et financières, à la libre circulation des idées, à la possibilité de pratiquer librement d’autres cultes et d’ouvrir librement en Algérie les institutions, églises, synagogues, temples, requises à cet usage. Car la contention sélective des visas n’opère pas à sens unique. C’est seulement par cette voie que l’on se dégagera de deux impasses : l’ignorance réciproque et hargneuse, ou le donnant–donnant, que ce soit sur le plan matériel ou sur le plan symbolique.
Il semble que l’on soit loin de compte. Et si l’on entend parfois que le dénouement de l’affaire n’aura lieu qu’avec la complète disparition des générations concernées, il faut abandonner cette illusion. Tout montre au contraire que des deux côtés de la Méditerranée beaucoup de cette mémoire souffrante a déjà été transmis de la pat de ces générations en mal de justice et de compréhension vers celles qui leur succèderont.

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