Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

DRAI Raphael

DRAI Raphael

Né le 21 mai 1942
Marié - 2 enfants



Professeur agrégé de sciences politiques
Doctorat de science politique - Université Panthéon-Sorbonne

Lauréat de la faculté de droit de Montpellier
Doyen honoraire de le faculté de Droit d'Amiens
Professeur à l'Université d'Aix-Marseille III (Droit : Société et vie politique)
Professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence 
Chargé d'enseignements au Master Management interculturel et médiation religieuse
Professeur à l'Institut d'Etudes et de culture juive d'Aix-Marseille
Directeur de Recherches à l'Ecole doctorale de recherches
     en psychanalyse et psycho-pathologies - Université Diderot, Paris VII

Chroniqueur de la revue L'Arche 
Membre de l'Observatoire du religieux
Spécialiste de l'univers biblique
Conférences avec l'institut inter-universitaire d'études et de culture juive

Ouvrages
La Politique de l'inconscient (1979)
Le Pouvoir et la parole (1981)
La communication administration-administrés (en collaboration) (1983) 
La sortie d'Egypte. L'invention de la liberté (1986)
Guerre éthique et pensée stratégique à l'ère nucléaire (avec Cao Huy Thuan) (1988)
Lettre ouverte au Cardinal Lustiger (1989)
La communication prophétique (3 tomes) (1990 à 1998)
Identité juive, identité humaine (1995)
La pensée juive. Exégèse et épistémologie (1996)
Le mythe de la loi du talion (1996)
Freud et Moïse. Psychanalyse, loi juive et pouvoir (1997)
Lettre au Pape sur le "pardon au peuple juif" (1998)
La Thora. La législation de Dieu (2000)
Lettre au Président Bouteflika sur le retour des Pieds-noirs en Algérie (2000)
Grands problèmes politiques contemporains
Les nouvelles échelles de la responsabilité politique (2001)
Sous le signe de Sion (2001)
Science administrative, éthique et gouvernance (2002)
La France au crépuscule. Précis de recomposition (2003)
L' Etat Purgatoire, la tentation postdémocratique (2005)
La République brûle t-elle ? Essai sur les violences urbaines (avec J-F. MATTEI) (2006)
Abraham (2007)
Le pays d'avant (2008)
Les pays d’après (2008)
Grands problèmes politiques et sociaux contemporains (2009)
Théories juridiques et théories psychanalytiques (2010)
Philosophies d'ailleurs. Les pensées indiennes, chinoises et tibétaines - Collectif sous la direction de Roger-Pol Droit (2009)

URL du site internet:

Le syndrome de la burqa et le régime républicain

Publié dans En France

La Belgique vient de voter à la quasi-unanimité l’interdiction du port de la burka, du voile intégral, couvrant le corps et le visage de la femme qui la porte, comme d’un linceul, et cela dans tout l’espace public belge. Autant dire que le Royaume constitutionnel de Belgique, pourtant au bord de la sécession et sans gouvernement stable, n'y est allé ni de main morte ni par quatre chemins. Ses responsables actuels ont décidé où se trouvait la défense d’un état démocratique en démontrant que cette défense là ne s’accommodait d’aucune demi-mesure, d’aucune équivoque. Le Parlement français va devoir bientôt se confronter à la même question qui affecte, au delà de ses motivations circonstancielles, la préservation de la nature même de la Vème république en précisant quels sont moyens les plus ajustés pour ne pas y faillir. A cet effet, le gouvernement Fillon, soutenu sinon aiguillé par la quasi totalité de l’UMP, prépare un projet de loi qu’il souhaite lui aussi sans ambiguïté, ne diffusant aucun message brouillé dont la mouvance hyper-islamiste saurait rapidement faire bon usage, comme le lui enseigne depuis des années un Tarik Ramadan. Cependant, l’ayant sollicité comme il se doit, le gouvernement doit également tenir compte d’un avis plutôt réservé du Conseil d’Etat. La haute assemblée se montre, elle aussi, soucieuse de la préservation des libertés publiques et, de ce fait, sur le fondement du droit existant , n’a pas cru devoir entièrement valider le mobile avancé par l’Exécutif : la protection de la dignité humaine. Outre que le projet de loi impliquait, à son sens, une interdiction par trop générale, un tel mobile ne correspondrait pas à l’acception dans la jurisprudence de l’éminente instance juridictionnelle de la notion de dignité. Un mobile tiré de la préservation de l’ordre public eût sans doute été plus pertinent. Est-ce sûr ? En droit français, la défense de l’ordre public doit aussi s’assujettir à des principes de limitation dans l’espace et dans le temps, s’agirait-il de l’article 16.
La controverse est donc importante et il apparaît utile d’y contribuer autant que possible sans préjugés, sans œillères, mais sans naïveté non plus.

Ce que le port de la burka signifie
Dans le monde actuel, tout fait signe. Plotin l’avait déjà affirmé pour son temps. Contrairement à un discours "sociologisant" le port de la burka ne saurait être relativisé au titre des coutumes ancestrales de ses adeptes. Contrairement au discours complémentaire "juridistique" il ne saurait traduire non plus la liberté individuelle de se vêtir comme on l’entend. Le port de la burka est un marqueur politique. Il exprime la vision d’un ordre social spécifique et promeut celle d’un Etat où l’intraitable et non discutable Shariâ se substituerait à la Constitution. Discerner ce caractère-là conduit les juristes attachés à la défense des libertés publiques à une redéfinition de l’aire juridique proprement dite. Celle-ci ne peut se limiter à  la seule jurisprudence d’un Conseil d’Etat qui se confinerait à "un arrêt sur arrêt" comme l’on parle d’"arrêt sur image" et qui n’honorerait plus la définition de la jurisprudence comme création continue. Car, tant qu’à filer la métaphore, il n’est pas impossible que le film en cause, avec des protagonistes bâchées de noir, ne fût pas une bluette.

Cependant, les adeptes du voile intégral justifient leur pratique par deux considérations, l’une qu’ils prétendent inhérente au message coranique, l’autre qui procède d’une critique de la société contemporaine. Selon leurs conceptions du monde et leur lecture du Coran, le corps de la femme, objet de regards concupiscents, rencontrant une certaine propension de la nature féminine à leur complaire, doit tout simplement être dérobé à un pareil champ de vicieuse vision. Puisque la pudeur n’est pas chose instinctive, on la dirigera. Il va de soi que l’ homme, lui, à commencer par l’époux de la femme voilée, n’est, en ce qui le concerne, sujet à aucune concupiscence de cet ordre, que son regard est pur, que son cœur est chaste, que ses pensées sont perpétuellement dirigées vers le Très haut. Cette posture se conforte d’une critique de la condition féminine actuelle dont la dignité est ostensiblement bafouée par les publicités exhibant des corps dénudés, par l’exploitation des films et DVD pornographiques, par la prostitution internationale, pour ne pas parler de la pédophilie. Ce discours "puritaniste" n’est pas sans portée sauf qu’il déroge au principe capital selon lequel ce n’est pas parce qu’autrui est dans son tort que j’ai raison. Nombre d’associations non islamistes militent déjà contre un tel avilissement et contre son exploitation publicitaire et elles s’opposent au port de la burka. La solution des problèmes posés par la société pornographique ne se trouve nullement dans la mise sous séquestre du corps féminin et dans le masquage du visage des femmes.

Le port de la burka est bien le signe politique, l’on dira l’uniforme officiel d’une mouvance (le Tabligh, mais pas seulement) qui ne vise à rien d’autre qu’à convertir la société où elle agit à ses préconceptions de l’être humain et du message divin. Pour trancher dans le vif : cette mouvance-là entreprend rien de moins que la conquête du pouvoir partout où elle s’implante. Dans ce but, tous les moyens sont bons : le prêche, verbal et d’exemple, la présence "visible" dans l’espace public, l’investissement des groupes en déshérence, le retournement des principes et des moyens de la démocratie contre celle-ci, l’exploitation de ses difficultés en temps de crise. L’on ne saurait s’y tromper : c’est bien le régime démocratique qui est menacé dans son essence. En nombre de prêches dont les thèmes "chauds" se discernent parfois sous des formes plus conviviales dans des cercles intellectuels ou de "dialogue", est inculquée l’idée selon laquelle c’est l’Occident qui s’avère liberticide lorsqu’il prétend imposer le modèle démocratique au monde entier, y compris par la force comme il le fait et continue de le faire en Irak, en Afghanistan et ailleurs. Par suite, l’islamisme devient une forme légitime de résistance à l’oppresseur, qualifié en général d’"américano-sioniste" ou de "croisé". La volonté forcenée d’imposer ce modèle ne serait qu’une entreprise de reconquête par l’Occident des territoires et des peuples arabo-musulmans redevenus indépendants contre sa volonté, et cela de l’Espagne à l’Afghanistan. La conquête militaire arabe de ces mêmes territoires au cours de l’expansion de l’Islam est scotomisée. Il va de soi que cette rhétorique n’est pas partagée par tous les musulmans, y compris en France. Néanmoins cette mouvance-là se fait fort de les ramener à une vue de l’Islam plus conforme aux fondamentaux présumés du Prophète. Tel apparaît l’un des enjeux décisifs d’une législation claire en ce domaine : ne pas laisser les citoyens français de confession musulmane, et plus largement les musulmans de France - surtout lorsqu’à l’instar de l’iman Shalgoumi de Drancy ils font l’objet de menaces constantes - douter de la détermination des Pouvoirs publics, honorant ainsi leur dénomination, à ne pas laisser une pareille entreprise se développer - le terme de "contagion" serait malvenu - par les moyens même de l’open society. Car l’on n’aura pas manqué d’observer à propos de l’autre imam, d’origine algérienne, ayant acquis la nationalité française par mariage et accusé de polygamie, que chacune de ses quatre "épouses" - toutes voilées de la tête au pieds - percevait l’allocation de femme seule, ce qui lui permettait de propager démographiquement l’hyper-islamisme et de contribuer par là même à miner la démocratie "impie" mais, si l’on peut dire, aux frais de celle-ci. C’est pourquoi le débat sur la burka doit quitter le domaine ambigu de l’identité où il se fourvoie parfois pour retrouver celui de la citoyenneté qui est bien celui des libertés individuelle et collective et celui du droit public, administratif et constitutionnel.

Identité et citoyenneté
L’idée d’identité est moins claire et plus difficile à manier qu’il ne le semble. Elle ouvre à des débats sans fin en philosophie, en épistémologie, en anthropologie, en psychanalyse. Si "avoir" une identité c’est finalement être identique, la question surgit : identique à quoi, à qui, où, quand ? Levinas a écrit quelque part que s’interroger sur son identité c’est déjà l’avoir perdue. La citoyenneté est un terrain plus stable. Il suffit de se reporter aux articles 1 et 2 de notre constitution. S’y trouve défini et configuré l’ensemble des critères qui qualifient expressément le régime politique de la France et qui permettent, si nécessaire, d’en rappeler les clauses à quiconque, individu, groupe, association, parti politique, qui imaginerait les tenir pour peu ou pour rien. Dès lors il appartient à la Loi, au sens parlementaire, de conférer leur effectivité à ces clauses-là dans les circonstances et les conditions de temps et de lieu que les Constituants de 1958 ne pouvaient évidemment prévoir.

Au regard de notre Constitution, laquelle ne se limite pas à prôner un "vivre ensemble" qui devrait aller de soi, la France est une République démocratique, laïque, sociale et décentralisée. Pour mettre en cause cette critériologie il faudrait procéder soit à une révision de la Constitution - et encore, en la matière il n’est pas sûr que cette révision serait conforme à la Constitution proprement dite - soit … à un coup d’ Etat. Conformément à cette disposition générique, les Pouvoirs Publics, au sens large, ne sauraient laisser prospérer des entreprises visant à transformer le régime politique de la France par exemple en théocratie - quelle que puisse être la théologie de référence, ou en société de castes ou raciale, déniant le principe d’égalité, ni non plus en société de pénurie. C’est précisément à ce "cahier des charges" que les adeptes de la burka n’adhèrent pas. Ils se proposent au contraire d’établir sur toute parcelle de terre où ils se trouvent, du seul fait qu’ils s’y trouvent, un régime théocratique régi par les principes de la Shariâ telle qu’ils l’entendent. Dans un régime de ce type il va de soi que le principe d’égalité, entre autres (mais songeons également à celui de neutralité), n’a pas sa place non seulement en raison du sort et de la condition juridique qui serait celle des non-musulmans mais aussi à cause du sort qui y serait réservé aux femmes car, à quitter même pour un très bref instant le domaine du droit pour celui de l’anthropologie, et en poussant la raisonnement jusqu’aux confins de l’absurde, dés lors qu’en matière matrimoniale le principe de la monogamie serait abrogé l’on ne voit pas pourquoi il serait permis à un hyper-musulman d’épouser plusieurs femmes et interdit à une hyper-musulmane d’avoir plusieurs époux. Selon le Code civil les conventions légalement formées forment la "loi" entre les parties. Néanmoins la Loi elle-même, au sens constitutionnel, ne résulte pas de conventions particulières traitées de gré à gré.

Si l’article 1 de notre constitution détermine les critères du modèle démocratique français, l’article 2 en détermine les modalités symboliques, avec les formes non pas d’identification - on s’en est expliqué - mais d’appartenance à quoi il engage les citoyens et les citoyennes. A ces modalités l’on ne saurait rien ajouter mais l’on ne doit rien retrancher non plus, à savoir : que les couleurs nationales, celles qui figurent sur les armoiries et les emblèmes de la France, sont le bleu, le blanc et le rouge en tant qu’elles attestent de la généalogie politique de la Nation ; que l’hymne national est la Marseillaise, ce qui n’exclut pas dans tout autre espace territorial aucun hymne local ou traditionnel mais ce qui interdit  par exemple de la siffler ; que la langue nationale, celle qui a cours dans l’espace commun et dans les service publics est la langue française, langue de l’unité nationale - et l’on relèvera au passage que ces trois modalités concernent étonnamment le sens de la vue, de l’ouie et de la parole ; enfin que la devise de la République est bien : Liberté, Egalité, Fraternité, ce qui commande une forme de régime républicain, démocratique et laïc, à laquelle l’on ne peut déroger : gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Le rappel de ces deux articles que l’on est vraiment fondé à qualifier de fondamentaux détermine en cas de besoin la marche à suivre du législateur dont la mission ne consiste pas à s’excepter du droit existant mais également à ne pas le considérer comme une réalité figée. Si la question portant sur les rapports entre la Loi et le Droit est classique et récurrente en Théorie juridique, il va de soi que ces deux termes, dans l’exercice de nos responsabilités civiques, ne doivent pas s’annuler l’un par l’autre. En ce sens une interdiction de caractère général, délibérée et votée conformément à notre droit public, comme on l’a fait parfois en matière de santé publique, n’est en rien attentatoire à la liberté dès lors qu’elle vise à préserver rien de moins que la forme du régime instauré par la Vème république, et cela sous contrôle juridictionnel. Une République cinquantenaire dont les fondateurs, au demeurant, n’ont jamais prétendu qu’elle était née d’elle même puisque son Préambule intègre celui de la Constitution de 1946 qui accorde une place essentielle à la dignité humaine - et pour cause - et la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, droits de l’Homme et droits de la Femme, si l’on entend bien ne pas jouer sur les mots.

(...) (site endommagé en 2013)
...

La science politique ne peut être une science au sens habituel, celui des "sciences dures", parce que la vie politique est faite d’événements par nature imprévisibles qui déjugent toute opinion arrêtée, toute prédiction qui se voudrait intangible. C’est pourquoi évoquer à présent un possible échec de la politique de Barak Obama au Moyen Orient doit être pris, dans son intention exacte, comme  l’expression d’une profonde préoccupation au regard de l’écart qui sépare désormais, dans ce domaine, les intentions initiales du Président des Etats Unis élu en 2008 et la situation présente, qu’il a contribué non pas à créer de toutes pièces, bien sûr, mais sans doute à bloquer dangereusement dans cette région du monde.

Une nouvelle donne
En science politique, la psychologie ne peut être encore qu’une discipline d’éclairage mais il est des éclairages révélateurs. Durant ses campagnes électorales, d’abord pour la candidature au Parti démocrate puis pour la présidentielle, Barak Obama s’est présenté comme un homme politique de la "nouvelle génération" - celle, entre autres, de "Face  Book" -  et reflétant la nouvelle Amérique, diverse, multicolore, poly-ethnique. Au lieu d’être attentatoires à l’unité du pays, ces caractéristiques dont il promettait de réaliser la vivante synthèse permettrait d’affronter les nouveaux défis américains et, en tous cas, de réconcilier les Etats Unis avec cette considérable partie du monde dont on affirmait que son prédécesseur, l’"obtus néo-Con" George W. Bush s’était coupé, à commencer par le monde arabo-musulman, en raison d’un soutien systématique à l’Etat d’ Israël. Il en est résulté au printemps dernier ce discours inaugural à l’Université d’El Ahzar du Caire, discours mémorable, lancé par un non moins mémorable "Salam Âleikoum", durant lequel Barak Obama excipa de ses origine islamo-africaines pour tracer les grandes lignes de sa politique de réconciliation avec l’Islam et le monde arabe. A cette fin il préconisa, pour trouver une issue au conflit israélo-palestinien, la solution de deux Etats mitoyens, vivant en paix, avec un partage de Jérusalem. Cependant, malgré toutes les précautions oratoires prises par le nouveau Président américain, ce discours, encore atténué par ses allocutions en Allemagne puis sur les plages de Normandie, surprit - le mot est faible - le gouvernement israélien, lui aussi nouveau, dirigé désormais par Benjamin Netanyahou dont l’équation caractérielle personnelle n’est, dit –on, pas moins complexe que celle du président américain. Netanyahou peaufina sa réaction dans un autre discours, prononcé homothétiquement à l’université - religieuse - de Bar Ilan, où il exposa - pour ne pas dire qu’il les fixa - les conditions d’une réponse favorable à l’invite appuyée de Barak Obama : un Etat palestinien, sans doute, mais démilitarisé, cela dans des frontières à négocier ; un Etat démocratique, reconnaissant le caractère juif de l’Etat d’Israël, renonçant par conséquent au retour en masse des réfugiés et expatriés palestiniens (au regard notamment des réfugiés juifs en Israël originaire des pays arabes) ; enfin Jérusalem, interdite aux Juifs durant l’emprise jordanienne, ne pouvant faire l’objet d’une quelconque négociation qui aboutirait à sa partition. Relevons qu’alors les deux dirigeants sont au début seulement de leur mandat respectif. S’agissant du contenu du plan Obama, pour le nommer ainsi, en apparence, il ne faisait que reprendre les grandes lignes du plan Clinton, élaboré dans la suite des accords d’Oslo. Sauf que ce plan là, qu’en 2000 Clinton s’était, on s’en souvient, acharné à mettre en œuvre à Camp David entre Arafat et Ehoud Barak, alors Premier ministre d’Israël, ce plan avait échoué - et l’on glosera longtemps sur les causes de cet échec que dans ses "Mémoires" Clinton impute principalement au Président de l’OLP. L’on sait ce qu’il en est résulté : la seconde Intifada, sa répression, une vague sans précédents d’attentats anti-civils, et l’édification d’un mur entre les deux populations.

Après les deux mandats de George W. Bush marqués par la guerre en Irak, le renversement de Sadame Hussein et les troubles parfois chaotiques qui en résultèrent, lorsqu’ Obama est élu Président des Etats Unis, deux éléments nouveaux sont intervenus : la deuxième guerre du Liban en 2006 avec, la révélation de l’extrême vulnérabilité de la frontière Nord d’Israël, l’attitude belliqueuse du Hamas, au sud, à Gaza qui provoqua fin 2008 l’opération "Plomb durci", et surtout la confirmation que l’Iran poursuivait méthodiquement l’entreprise qui le doterait de l’arme atomique, un Iran dont les dirigeants, à commencer par son Président actuel, ne cessaient et ne cessent pas d’une part de nier la Shoah et d’autre part de vouer l’Etat d’Israël, membre de l’ONU, à la destruction. Or c’est à cet Etat-là que Barack Obama fit des ouvertures, mû sans doute par un pacifisme de campus, ce qui réarma un peu plus la méfiance de la partie israélienne.

Les voies d’un probable échec si …
Une chose en effet est d’ouvrir une voie de paix à un Etat démocratique qui la désire, une autre de le faire avec une dictature dont les dirigeants n’ayant cure de leur opinion publique, ni de son sort matériel, n’ont de cesse que d’atteindre, coûte que coûte, par menaces si nécessaire, par concessions verbales lorsqu’il le faut, leur politique aux objectifs inchangés. Pour Israël mais aussi pour certaines diplomaties occidentales, sans parler des Etats arabes directement menacés par le programme iranien (la bombe atomique couplée au  terrorisme - kamikaze) et qui n’en pensent pas moins, cette "ouverture" louable dans ses intentions les exposait à une menace qu’on l’on ne saurait qualifier autrement que d’existentielle. Le plan Obama-Clinton, outre sa caducité strictement chronologique, s’avérait d’autant plus dangereux que Barak Obama, au cours des navettes de George Mitchell puis des réceptions - si l’on ose dire - de Benjamin Netanyahou à Washington, se faisait pressant et parfois comminatoire, exigeant par exemple l’arrêt de toutes les constructions à Jérusalem-Est, stigmatisées sous le label de "colonisation". Cette attitude motivée par la volonté présidentielle de mettre un terme aux atermoiements réel ou supposés de l’administration Bush (à condition de passer sous silence la rencontre méritoire d’Annapolis), assombrit considérablement l’horizon des relations israélo-américaines dont c’est peu de dire qu’elles se braquèrent fortement, mais cela de part et d’autre. D’autant que la partie palestinienne, considérant à tort ou à raison que le Président Obama avait pris son parti, renâclait et même refusait de reprendre les négociations avec le gouvernement Netanyahou  tant que celui-ci n’aurait pas fait droit aux injonctions américaines,  lesquelles rappelaient pour une grande partie de l’opinion publique israélienne (favorable à la candidature d’Obama durant la campagne des primaires) le même amer tête à queue que celui accompli par De Gaulle en 1967.
Entre temps près de dix-huit mois d’un temps diplomatique précieux - le mandat présidentiel américain est de quatre ans - ont coulé en pure perte. En dépit de proclamation de surface, les relations ne cessent  de se détériorer entre l’administration Obama, l’Etat d’Israël mais aussi - fait nouveau - entre Obama et une partie de plus en plus significative de l’électorat juif américain qui avait voté d’enthousiasme pour lui. Pourquoi ? Pour faire pièce à l’action de l’ AIPAC, du Lobby (au sens américain) pro-israélien devant lequel Netanyahou s’était triomphalement présenté en avril et où se retrouvent Démocrates et Républicains, Obama, sans doute mal conseillé, a commis une erreur supplémentaire : celle de vouloir diviser les organisations juives américaines par la création de toutes pièces d’un autre lobby "juif", partisan, lui, de sa politique, un "contre-AIPAC" qui serait principalement relayé en Israël et en Europe notamment par le mouvement "Shalom Archav" pourtant en chute libre dans l’opinion publique depuis l’échec des accords d’Oslo et de la négociation de Camp David (le parti Travailliste israélien - du fait également de ses divisions internes - ne comptant plus que 5 députes à la Knesset où l’extrême gauche est pratiquement inexistante). Il semble bien que c’est cette dernière initiative - probablement accompagnée par le financement, direct ou sinueux, d’organisation ou d’associations juives "oppositionnelles" aux Etats Unis et en Israël - ait vraiment mis le feu aux poudres de manière irréversible, si l’on en juge cette fois par les déclaration du Président du Congrès juif mondial ou du maire – démocrate - de New- York.

Quel avenir alors se dessine t-il ?
Aucune politique, qu’elles qu’en soient les intentionnalités, ne peut réussir si elle engendre de part et d’autre non plus seulement de l’étonnement mais de la méfiance puis de la défiance. Dans l’exercice de ses fonctions le président américain ne s’est toujours pas rendu en Israël. A supposer qu’il s’en acquitte à présent, cette visite lui sera imputée à électoralisme. Les élections au Congrès doivent se dérouler en novembre. Déjà ! Autant dire que la campagne électorale - pour ne pas dire la bataille à "mi- mandat" ne va pas tarder à s’engager. Sauf volonté suicidaire de sa part, dont le Parti Démocrate  aurait à se souvenir en 2012, Obama ne pourra pas maintenir cette ligne dure et comminatoire à l’encontre d’Israël. Ce qui alors lui vaudra le probable désenchantement de la partie palestinienne. Entre temps l’Iran, ayant jugé qu’Obama était bel et bien le maillon faible du monde occidental, et se moquant de sa politique de "sanctions" à laquelle il s’est longuement préparé, n’en aura pas moins continué à poursuivre ses objectifs, en narguant les Etats Unis, dans l’inquiétude à peine masquée de la France et de la Grande Bretagne, et surtout au grand dam du parti Républicain dont les protestations deviennent véhémentes et de l’Establishment militaire américain si l’on en juge par les derniers vagues à l’âme de Robert Gates. 

Barak Obama aura t-il le temps et la possibilité de redresser cette course à l’échec ? On l’a dit d’emblée, la science politique n’est pas oraculaire et très souvent elle se contente de commenter après coup ce qu’elle n’a su prévoir et parfois même imaginer. Il faut espérer que le frustrant d’avoir à commenter le pire, le proche avenir aboutisse à des avancées de paix véritables dans la région, à commencer par le désarmement nucléaire de l’ Iran et de ses satellites, le Hezbollah et le Hamas, lequel poursuit ses efforts pour prendre le pouvoir en Cisjordanie comme il  y a réussi, sans trop de résistance, à Gaza. Le président actuel de l’Autorité Palestinienne a été invité à se rendre à Washington. Y subira t-il des "pressions amicales" analogues à celles que Netanyahou avant lui absorba ? On en jugera le moment venu.

Approche – freudienne ? - du cas Onfray

Publié dans A tout un chacun

Après s’en être pris au "Dieu des monothéistes" dans son Traité d’athéologie - excusez du peu - Michel Onfray s’attaque maintenant résolument à Freud.
Aussitôt quelques hebdomadaires et journaux, perdant le sens des proportions, n’hésitent pas à titrer "Onfray déboulonne Freud". Rien que cela. Par suite, l’une des meilleures spécialistes et de Freud et de l’histoire de la psychanalyse, Elisabeth Roudinesco vient d’écrire une longue et substantielle réfutation de la dite tentative d’extermination en s’interrogeant, avec pertinence, sur le fait de savoir si les nécessités marchandes pour ne pas dire mercantiles propres à l’édition française justifiaient une pareille tentative de la part d’un esprit qui se voudrait iconoclaste mais dont il est à craindre qu’il ne soit que prédateur. Un prédateur d’envergure si l’on en juge par l’importance de son auditoire. Mais sans doute est-ce à celui-ci qu’il convient de s’adresser dans le complet respect de la liberté de penser laquelle implique la liberté de critiquer, certes, mais aussi, en cas de besoin, celle de critiquer le critique.

Glorification du prédateur 
Je ne suis pas un lecteur de Michel Onfray et j’y survis. Non pas que je nourrisse quelque prévention contre ses idées ou pire encore contre sa personne. Mais il n’y a que 24 heures dans une journée et je préfère les consacrer à des lectures ou à des relectures qui me conviennent mieux, à Platon, à Spinoza, à Tolstoï, à Montesquieu, au Talmud et à Freud que je lis et relis régulièrement puisque l’exploration de l’inconscient constitue l’un de mes domaines de recherche. Je ne suis entré en contact  avec les écrits de Michel Onfray qu’à une seule occasion : lorsque le magasine Lire , si je me souviens bien, se fondant probablement sur mes propres livres, m’a demandé un avis précisément sur son Traité ( sic) d’athéologie (resic). Un premier mouvement dicté par les considérations précitées m’avait fait refuser. Sur l’insistance du demandeur je me résolus à lire les pages consacrées au judaïsme dans l’ouvrage en question. Sans tarder j’y décelai un problème réel, comme l’on dit aujourd’hui. La question de la violence occupe une place considérable dans la Bible et plus particulièrement dans la Thora hébraïque.
C’est avec attention que je scrutais ces pages là. Il ne fallut pas attendre longtemps non plus pour constater les procédés de l’auteur : citations tronquées, extirpées de leur développement, instruction véhémentement à charge, désir systématique de dilacérer, de réduire en miettes, de n’en laisser pierre sur pierre. Du boulot d’Attila. Ce qui me paru assez osé de la part de quelqu’un érigé en pourfendeur de la violence divine, et cela dans la méconnaissance la plus brutale de toute règle de méthode digne de ce nom. Par exemple, pourquoi le "Dieu-vengeur-de-l’ancien-Testament", réputé massacreur et génocideur, a t-il de la même âme prescrit ce commandement d’amour - dont Spinoza faisait l’essence même de l’éthique : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" (Lev, 10,18) ? Egalement rien sur l’institution judiciaire, sur les réparations juridiques et morales, sur les consolations, sur la liberté, sur la responsabilité. Tout un livre actionné comme une ceinture de kamikaze sur un marché civil. Qu’en dire de plus sinon que, la dernière page lue, l’ensemble constituait pour un lecteur non prévenu un tissu d’âneries qui ne me semblait pas se limiter aux seuls récits bibliques.


Et puis est arrivé ce nouveau livre sur ou plutôt contre Freud qui a provoqué la réaction, entre autres, d’Elisabeth Roudinesco - diffusée par Cité philo - et qui nous invite à en débattre. A cet égard il paraît indispensable d’ouvrir le débat non pas tant sur le livre lui même que sur la mentalité dont il procède et le retentissement qui lui est donné. Car tout lecteur véritable de Freud, de sa biographie et surtout de son œuvre, haussera les épaules devant cet exercice de prédation récidivante. Une fois encore tout y passe : Freud libidineux, incestueux, pédophile presque, parricide et infanticide, pervers, avide, dictatorial, avec la complicité d’une épouse voyeuriste. N’en jetez plus … A part Hitler ou Dutroux je ne sache pas qu’aucune autre figure ait suscité une telle accumulation de termes orduriers, obscènes, graveleux, répulsifs. Il est vrai que l’auteur, rétif à toute enquête qui lui demanderait un peu plus de travail que son hédonisme affiché le lui permet, a rempli à ras bord une fois de plus son cageot de ragots, de rumeurs, de médisances dont on se demande ce que cela vint faire dans un exercice qui  prétend servir la philosophie et qui sent surtout son tout -à -l’égout. Si, sur les tendances "perverses" de Freud, Elisabeth Roudinesco a rétabli ce qui doit l’être, j’insisterai sur deux éléments supplémentaires : l’avidité supposée de Freud et le rôle qu’il aurait joué - attachons nos ceintures - dans la production idéologique de la Shoah car ici, vraiment, la ficelle se transforme en câble.  Rappelons que la réputation mondiale de Freud était telle que même après son départ de Vienne dans les circonstances que l’on sait : in extremis, et une fois arrivé à Londres, les demandes de psychanalyse avec  lui, en personne, ne cessaient pas. Atteint d’un cancer en phase terminale Freud n’ignorait pas son état et le peu qui lui restait à vivre. Toutefois, en cas d’acceptation de sa part, et  dans le cas où l’on insistait pour qu’il reçût par avances des honoraires fixés comme il se doit d’un commun accord, Freud faisait expressément stipuler dans cet accord qu’en cas d’interruption de ce parcours l’analysant se vît rembourser sans discussion ce qui devenait un trop-perçu. Cela pour souligner son honnêteté foncière dont Michel Onfray aurait bien fait de s’inspirer dans son propre parcours intellectuel. Quant à ériger Freud en armurier idéologique de la Shoah et, en somme, à faire des Juifs par son truchement les auteurs de leur innommable malheur, pour sentir le réchauffé l’argument n’en est pas moins odieux et méprisable. En ce sens, Elisabeth Roudinesco est fondée à relever que le gauchisme affiché d’Onfray n’a rien à envier à la mentalité de l’extrême droite la plus maladivement révisionniste.
Le Freud dont Michel Onfray prétend faire des confettis n’existe que par son ignorance crasse et l’on peut tout faire avec une ombre sauf la déchirer avec les dents. La tentation est grande de considérer que toutes ces outrances ne sont que projections, mais il faut s’arrêter et observer la règle d’or de la déontologie analytique imposée par Freud - le vrai : jamais d’analyse sauvage, surtout en public. L’inconscient méconnu finit toujours par présenter ses effets impayés.

Philosophie "populaire" ou poujadisme intellectuel ?
Il reste à se demander ce qui fait l’audience d’un telle "pensée" et en quoi draine t-elle tant de lecteurs auquel nous laissons le soin de décider s’ils méritent  ou non l’appellation de gogos. On ne s’attardera pas sur la connivence de tel journal ou de tel hebdomadaire titrant en première page ou en pleine couverture sur les exploits de Michel Onfray. Au fond, comme l’on dit à présent c’est lui qui fait le "buzz" et, au titre de cette grande loi de la vie médiatique selon laquelle les médias médiatisent ce qui les médiatise, il va de soi que cette tentative de meurtre intellectuel "buzze" on ne peut plus. Telle serait la règle du jeu. Néanmoins si je vois où est le "jeu" en revanche je ne vois pas où est la règle lorsque sur ces couverture le nom d’Onfray  s’imprime en surmajuscules raccrocheuses et qu’il faut chercher bien en dessous celui de Roudinesco ou de Miller - parce que les autres ont sans doute  préférer appliquer la seconde règle de la déontologie freudienne : devant l’outrance se taire et poursuivre sa tache .


Il n’y pas que ce jeu médiatique. En son simplisme et sa violence la "pensée" de Michel Onfray procure probablement à qui la reçoit un double bénéfice. Par ses énoncés primaires, elle leur épargne  précisément  l’effort de penser, ce que Bergson appelait l’effort intellectuel, exigence sur lequel Freud a tant insisté avec  son concept de durcharbeit. Par sa violence elle gratifie à moindre frais cette impulsion "justicière" qui caractérise le populisme et procède du persistant "malaise dans la civilisation" particulièrement perceptible dans l’entre-deux guerres. Malaise endémique et reviviscent dont Freud a avancé une analyse qui, pour le coup, permet de discerner dans la "pensée-Onfray", toujours unilatérale, faisant par principe l’impasse sur le principe de contradiction, l’un de ses symptômes loquaces. C’est en ce point d’ailleurs que l’oeuvre de Freud conserve son actualité et son acuité, notamment dans la troisième partie de L’Homme Moïse et la religion monothéiste. S’interrogeant sur les causes de la montée du nazisme Freud y met en cause l’échec des conversions de masse, déjà coupées du message évangélique initial, menées au pas de charge en laissant croire que la levée de toutes les angoisses est accomplie, que la Rédemption a eu lieu, que le salut est avéré, que le choix est d’ores et déjà opéré entre les béatifiques et les damnés. D’où sa formule au vitriol contre ces "croyants", si mal nommés parce que si mal baptisés et qui ne seraient que des "barbares mal débaptisés", pratiquant toujours la religion totémique qui fait sa Loi de l’assouvissement  inconditionnel et qui, de ce fait, doit détruire l’autre Loi, celle qui affirme la nécessité de renoncer à un tel assouvissement pulsionnel, finalement auto-destructeur. Ce que Freud a avancé au sujet de ces formes de conversion religieuse tellement illusoires pourrait s’appliquer à d’autres formes de propagande, culturelles cette fois. A sa manière l’hédoniste Onfray, qui sait extraire tant de plaisir de lui même tout en renonçant à toute paternité, à toute généalogie et donc à toute responsabilité, promet ainsi à ses adeptes le Paradis immédiat, soit le plaisir de vivre, certes, mais sans l’effort de pensée. Et lorsqu’il croit devoir mettre en cause l’instinct de mort dont il fait de Freud l’inlassable Pontifex maximus au profit du principe de plaisir polymorphe tel qu’il le conçoit, il se pourrait qu’il pratique surtout le jeu de bonneteau et qu’en réalité sa violence intrinsèque, multiforme, polymorphe, à visage hédoniste, est la plus sûre attestation du principe mortifère qui la promeut.

Depuis sa création la psychanalyse a subit maintes attaques, les unes informées, respectant le principe de loyauté scientifique, les autres confiant à la tentative de lynchage. Plus d’une fois par leurs schismes, par leur sectarisme, par leurs  langages babélisés, les psychanalystes y ont prêté le flanc. Cependant, ils oeuvrent depuis plus d’un siècle dans la souffrance psychique et tentent de l’alléger. Il faut aussi savoir faire bien, sinon le bien, et se taire. A cet égard l’œuvre de Freud, toute l’oeuvre de Freud à laquelle il se repèrent reste un incomparable outil destiné à ouvrir notre intelligence, à favoriser la connaissance des humains, à voir clairement justement ce qui est encore obscur. Aucune discipline constitutive des sciences humaines et sociales ne saurait se couper d’elle sans se mutiler gravement. Supposons un seul instant qu’a force de médisance, de "langue mauvaise" comme l’on dit dans la Bible, l’on parvienne à la tuer, à réussir là où même les autodafés de Goebbels, le stalinisme de Beria ou la Grèce des colonels ont échoué : dissuader de lire et de relire Freud et de découvrir à notre tour ce qu’il a découvert : la continent inconscient. Ce continent disparaîtrait-il pour autant ? Ou bien continuerait-il de vivre et de prospérer, plus destructeur que jamais tant la pulsion de mort y aurait recouvré son hégémonie ? 

Freud s’était fait un honneur d’avoir remis les Enfers figés "en mouvement". Il est vraiment à craindre que ces tentatives dites de "déboulonnage" n’aboutissent qu’à ériger à sa place la momie mentale de ce bon vieil Ouranos. On ne peut douter alors qui serait le premier thuriféraire à porter devant lui l’encens narcotique en faisant avancer, au nom du principe de "plaisir", la prime victime propitiatoire.
Raphaël Draï
Faculté de droit et de science politique d’Aix en Provence, Université Paul Cézanne,
Ecole doctorale en recherches psychanalytiques et psychopathologiques, Paris VII, Diderot

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version