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DRAI Raphael

DRAI Raphael

Né le 21 mai 1942
Marié - 2 enfants



Professeur agrégé de sciences politiques
Doctorat de science politique - Université Panthéon-Sorbonne

Lauréat de la faculté de droit de Montpellier
Doyen honoraire de le faculté de Droit d'Amiens
Professeur à l'Université d'Aix-Marseille III (Droit : Société et vie politique)
Professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence 
Chargé d'enseignements au Master Management interculturel et médiation religieuse
Professeur à l'Institut d'Etudes et de culture juive d'Aix-Marseille
Directeur de Recherches à l'Ecole doctorale de recherches
     en psychanalyse et psycho-pathologies - Université Diderot, Paris VII

Chroniqueur de la revue L'Arche 
Membre de l'Observatoire du religieux
Spécialiste de l'univers biblique
Conférences avec l'institut inter-universitaire d'études et de culture juive

Ouvrages
La Politique de l'inconscient (1979)
Le Pouvoir et la parole (1981)
La communication administration-administrés (en collaboration) (1983) 
La sortie d'Egypte. L'invention de la liberté (1986)
Guerre éthique et pensée stratégique à l'ère nucléaire (avec Cao Huy Thuan) (1988)
Lettre ouverte au Cardinal Lustiger (1989)
La communication prophétique (3 tomes) (1990 à 1998)
Identité juive, identité humaine (1995)
La pensée juive. Exégèse et épistémologie (1996)
Le mythe de la loi du talion (1996)
Freud et Moïse. Psychanalyse, loi juive et pouvoir (1997)
Lettre au Pape sur le "pardon au peuple juif" (1998)
La Thora. La législation de Dieu (2000)
Lettre au Président Bouteflika sur le retour des Pieds-noirs en Algérie (2000)
Grands problèmes politiques contemporains
Les nouvelles échelles de la responsabilité politique (2001)
Sous le signe de Sion (2001)
Science administrative, éthique et gouvernance (2002)
La France au crépuscule. Précis de recomposition (2003)
L' Etat Purgatoire, la tentation postdémocratique (2005)
La République brûle t-elle ? Essai sur les violences urbaines (avec J-F. MATTEI) (2006)
Abraham (2007)
Le pays d'avant (2008)
Les pays d’après (2008)
Grands problèmes politiques et sociaux contemporains (2009)
Théories juridiques et théories psychanalytiques (2010)
Philosophies d'ailleurs. Les pensées indiennes, chinoises et tibétaines - Collectif sous la direction de Roger-Pol Droit (2009)

URL du site internet:

L'Etat d'Israël a 62 ans ou "too small to fail"

Publié dans De par le monde

(...) (site endommagé en 2013)
... son soixante deuxième anniversaire, l’on ne peut dire qu’il le fasse dans la tranquillité de l’esprit et avec des frontières partout sûres et reconnues. Au contraire : il n’est pas de semaines, voire de jours, où le président iranien ne le voue à la destruction, en lui déniant tout droit à l’existence et en lui promettant une extermination par voie atomique. Quant au Hezbollah libanais, cette organisation dont on ne saurait définir l’identité politique exacte ne cesse de masser des armes à la frontière nord de cet Etat en violation flagrante des résolutions de l’ONU votées en 2006 afin de mettre un terme à la seconde guerre du Liban que cette même organisation avait provoquée de manière délibérée. Faut-il ajouter qu’au sud, dans Gaza, malgré l’opération "Plomb durci" de l’hiver 2008, le Hamas qui se réclame d’un islamisme totalement réfractaire à la notion de laïcité - et où les femmes sont traitées comme moins que rien - nourrit toujours le rêve de détruire "l’entité sioniste" pour établir sur toute la Palestine, libérée selon ses vues, le règne paradisiaque de la Shariâ telle qu’il l’interprète. Comment ne pas relever encore l’importation de ce conflit en France et plus généralement en Europe avec ses outrances et ses violences ? En France des brigades de choc, qui en rappellent d’autres dans l’Histoire contemporaine, promeuvent une politique de boycott des produits agricoles ou manufacturés en provenance de l’Etat d’ Israël. Dans ce but, elles tentent d’intimider les commerçants ou les chaînes de grands magasins comme H et M qui commettent à leurs yeux le crime de collaborer avec un Etat déclaré selon leur terminologie, "colonialiste" et "raciste", celui-là même qui multiplierait sadiquement les checks points humiliants et érigerait par pure malfaisance "le Mur de l’Apartheid". Sans parler de la "judaïsation" de Jérusalem. L’on se demande d’ailleurs en quoi consiste exactement la politique qui tend à judaïser une cité ayant depuis des millénaires un nom hébreu : Yerouschalaïm, avant, il est vrai, d’avoir été rebaptisée El Kods consécutivement à sa conquête de vive force par les armées mahométanes. Pour faire bonne mesure, le triste ex-comique Dieudonné se livre sur la télévision iranienne - qu’il déclare plus libre que la télé française ! - à des pitreries où figure en bonne place son dernier chef d’œuvre : une chanson intitulée  AnanasShoah.

A l’évidence, ces outrances se sont données libre cours de manière encore plus virulente en s’autorisant de la volonté affichée par l’administration Obama d’aboutir en 2011 au plus tard à la création de deux Etats mitoyens : l’Etat d’Israël et l’Etat de Palestine, dont chacun aurait une moitié de Jérusalem : la moitié Ouest pour celui là et la partie Est, autrement dit celle où se situent tous les Lieux saints - pour celui-ci. Or les dirigeants israéliens ne l’entendent pas de cette oreille. Ils font comprendre à qui de droit que l’Etat d’Israël n’a rien à voir avec la Tchécoslovaquie des "accords de Munich", qu’aucun plan ne sera mis en œuvre qui n’ait obtenu auparavant son complet accord. Car, entre autres considérations, il en est une en quoi se condense toute l’axiomatique politique et stratégique de l’Etat "juif" comme on persiste à l’appeler : c’est qu’il soit le seul du genre et qu’il ait fallu attendre deux millénaires pour que le peuple juif y recouvre, fût ce partiellement, sa souveraineté. Sans doute cet Etat est-il présenté par ses ennemis comme un monstre boulimique, un Polyphème dévorateur d’espaces et assêcheurs de cours d’eau. Pour lui restituer ses véritables dimensions, avec leur impact psychique, il suffit de préciser que l’Etat d’Israël qui recouvre la superficie de quelques département français et qui compte quelques sept millions de citoyens, dont un million cinq cent mille d’origine arabe (musulmans et chrétiens), se traverse d’est en ouest, de Jérusalem à Tel Aviv, en moins d’une demi-heure de voiture roulant à vitesse réglementaire. Il faut donc se désembourber des excès d’un tel manichéisme et s’interroger : pourquoi Israël n’en fait-il qu’à sa tête ?

La question pourrait sembler farfelue en France, sous la Veme république depuis que le Général de Gaulle l’a conformée selon ses vues : libre de ses choix et de ses décisions (d’où en 1966 le tournant de la stratégie dite "tous azimuts", indépendante et solidaire de ses alliés, réversiblement solidaire  de ses alliés mais indépendante, dotée à cette fin de l’arme suprême. Que l’Etat d’Israël mette en œuvre une vue analogue de son être même ne devrait pas surprendre. Est-il pour autant fauteur de guerres ? Pour l’affirmer il faudrait effacer les deux traités de paix qu’il a signés en bonne et due forme, le premier avec l’Egypte en 1978, et grâce auquel plus de trente années de non belligérance se sont écoulées entre les deux Etats, en épargnant les vies de milliers et de milliers de jeunes recrues ; le second avec la Jordanie en 1994. Pour celui ci il suffit de se trouver à Eilat et de découvrir la jordanienne Akaba tout juste à quelques encablures pour mesurer le caractère bénéfique de cette autre forme de coexistence qui, là encore, a épargné tant et tant de jeunes vies. Reste le problème de la paix entre israéliens et palestiniens. 

Comment en minimiserait-on la complexité, la virulence, le caractère qui semble parfois inexpiable ? Faut-il pour autant céder une fois de plus au manichéisme et proclamer que la paix en ce domaine ne s’établira qu’à une seule condition : que les Etats Unis, comme ils semblent résolus à le faire, exercent sur l’Etat d’Israël, des pressions telles qu’elles le conduiront sous contrainte à la table des négociations pour qu’enfin se réalise le plan précité : deux Etats côte à côte et un partage de Jérusalem. En apparence ce plan est équilibré et équitable. L’est-il en réalité alors que le moyen préconisé pour sa réalisation et celui là même qui risque de la compromettre à jamais ?  Pour des raisons de principe mais aussi pour des mobiles qui tiennent à l’Histoire du peuple juif au temps de sa dispersion, les dirigeant de l’ Etat d’Israël, qu’ils fussent de gauche ou de droite - pour utiliser cette terminologie commode qui ne rend pas compte de la sociologie politique israélienne réelle -, ces dirigeants là sont allergiques au concept même de pression. Dès qu’ils en sont l’objet ils n’ont de cesse que de s’en émanciper. C’est ainsi que l’embargo décrété en 1967 par de Gaulle sur les armements commandés (et payés) par Israël - notamment les avions Mirage - n’a pas été pour rien dans l’autonomisation progressive de l’armée de l’air israélienne et il n’est pas sûr que, de ce point de vue, l’armée de l’air française y ait gagné. S’il en a résulté que pendant presque trois décennies l’armée d’Israël s’est retrouvée peu ou prou dans la dépendance des fournitures américaines il n’est pas impossible que ce temps soit également dépassé et que l’armée américaine, elle aussi, n’y perde au change. Pourquoi ? En premier lieu les subventions américaines à destination d’Israël retournent finalement aux Etats Unis puisqu’elles sont conditionnées par l’achat de matériels exclusivement "Made in USA". En prime les Etats Unis bénéficient du renseignement israélien, lequel en dépit de quelques couacs, effectifs ou supposés, n’est pas le plus mauvais de la planète. La technologie israélienne a fait de tels progrès qu’à tous le moins les termes de l’échange avec les Etats Unis s’équilibrent et que pour Washington s’aliéner à présent l’Etat d’Israël serait "se tirer une balle dans le pied". C’est ce qui explique notamment la violente montée au créneau, il y a quelques jours, des principaux leaders Républicains contre la politique de "pression" de Barack Obama et de son principal conseiller, le très diasporique Rahm Emmanuel, lorsque Benjamin Nétanyahou eût refusé de se rendre au sommet "antinucléaire" que la Turquie d’Erdogan, en plein retournement d’alliance, promettait de transformer en nouveau Durban.

Au demeurant, l’émancipation progressive de l’aide américaine - qui ne constitue qu’une faible partie des sommes versées à d’autres Etats de la région et particulièrement en Afghanistan - n’a été rendu possible que par l’excellente tenue de l’économie israélienne, laquelle à son tour ne s’explique pas sans mettre en évidence la bonne santé politique du peuple d’ Israël, malgré les affaires et les scandales qui le secouent régulièrement. A la différence de maints pays, à commencer par les Etats Unis, mais aussi la France, la Grande Bretagne, et dans un moindre mesure l’Allemagne, sans parler de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal, l’Etat d’Israël a traversé la crise mondiale qui a éclaté à l’automne 2008 sans en être profondément et durablement affecté. Non seulement son endettement est bien moindre que celui des Etats précités mais le taux de croissance de son PIB s’avère en augmentation (significative) constante parce qu’une partie importante de ses ressources n’est pas obérée par le remboursement de dettes cumulatives, qu’il sert au développement de sa recherche scientifique, de ses investissements technologiques et à une meilleure intégration sociale de ses immigrations récentes. Le "chekel" est devenu une monnaie forte et presque de refuge. Dans les cotations du NASDAQ l’Etat d’Israël se situe au second rang, tout juste après les Etats Unis, ce qui donne une idée de sa créativité effective. Cependant il veille à ne pas se transformer en "Etat-Start-up" dont les réussites fictives ne seraient gagées que sur les effets spéciaux que permettent les techniques spéculatives de notre temps (1) . Aussi poursuit-il méthodiquement l’industrialisation du pays, une industrialisation adaptée aux technologies actuelles – cela au moment même où Nicolas Sarkozy déplore la désindustrialisation de la France. Ses universités et ses Instituts spécialisés préparent d’ores et déjà les futurs chefs d’entreprises aux nouvelles formes de la gouvernance économique et financière en partenariat avec les économies émergentes. Participant à cet effort, les kibboutsim eux mêmes n’ont pas disparu. Il se "réinventent" dans la nouvelle configuration économique mondiale sans y perdre leur âme et parfois, dit-on, en l’y retrouvant. On a vanté à juste titre "la Révolution de velours" qui a permis notamment à la Tchécoslovaquie de sortir de l’ère soviétique presque sans déchirements ni guerre civile. L’Etat d’Israël a réussi lui aussi sa propre révolution depuis le début des années 90 en reconvertissant pratiquement toute son économie et la bureaucratie qui l’étouffait vers une économie plus libérale, cela sans sombrer dans le capitalisme sauvage. Pourtant, cette reconversion n’a pas été sans engendrer de fortes disparités sociales et une nouvelle pauvreté, sans faire surgir aussi un groupe de "nouveaux riches" parfois ostentatoires. Ces dommages collatéraux se réparent peu à peu grâce aux solidarités nouvelles qui elles aussi se sont manifestées. Alors le "Bibiland" comme on l’appelle parfois serait-il une succursale de Disneyland ? Certes non et c’est pourquoi il a fallu d’emblée rappeler le lourd et sombre horizon de menaces auquel doivent faire face les dirigeants politiques et militaires de cet Etat dont l’un de ses voisins le plus puissant, répétons le, ne cesse de répéter qu’il le détruira, que c’est à cette fin qu’il se dote de l’arme suprême.

Par suite, faut -il lier comme croient devoir le faire Barack Obama et Nicolas Sarkozy, l’éventuelle mise hors d’état de nuire de l’Iran et la création ex cathedra d’un Etat palestinien ? Et s’il fallait renverser les termes de cette équation faussement simple ? Imagine t-on un seul instant que la création d’un Etat Palestinien ferait disparaître par enchantement El Quaïda, Ahmadinedjad et le cheikh Nassrallah ? La création d’un Etat palestinien vivant pacifiquement aux côtés d’un Etat d’Israël qui n’aurait plus à craindre plus pour son existence est assujettie à d’autres contraintes que celles dictées par les diplomaties extérieures - ou "intérieures" - de tel ou tel autre Etat, européen notamment. Contrairement aux allégations des stratèges de la souillure, qui dévoient tant et tant de concepts juridiques et éthiques, l’Etat d’Israël qui ne perd pas de vue l’avenir participe au développement économique des territoires sous contrôle de l’Autorité palestinienne, quitte, comme ces derniers jours, à mettre en échec les tentatives de noyautages des populations palestinienne de Cisjordanie par les militants du Hamas qui veulent sans désemparer y prendre le pouvoir. Lorsque les autorités concernées ont procédé à l’expulsion vers Gaza de ces "infiltrés" reconnus en tant que tels aussitôt l’on a crié à la "déportation" et la Ligue Arabe, cédant à l’outrance projective, a dénoncé le "racisme" de l’Etat d’Israël. Ce sont précisément ces réactions pavloviennes, ces effets de meute et ces permanentes tentatives de lynchage qui rendent l’Etat d’Israël encore plus circonspect, encore plus exigeant s’agissant des conditions de sa sécurité dont n’entend déférer le soin à personne. Reste bien sûr la question de Jérusalem et notamment de la partie de la ville où se trouvent les Lieux saints. Préconiser une nouvelle fois le partage de la ville de David est vite dit lorsque l’on sait qu’au temps où elle se trouvait sous pouvoir jordanien les Juifs ne pouvaient apercevoir les vestiges du Temple qu’à la jumelle. Par ailleurs à quel titre un Etat palestinien d’obédience islamique gérerait-il les Lieux saint juifs mais aussi les lieux saints chrétiens, à commencer par le Saint Sépulcre ? Il faut bien prendre garde que les politiques de partage créent des précédents surtout lorsqu’elles sont destinées à "apaiser" des mouvements prosélytiques planétaires qui qualifient de "territoires occupés" tous ceux qu’ils n’ont pas eux mêmes conquis et occupé depuis des siècles par la force des armes, de l’Espagne à l’Indus. Quant à ce que l’on qualifie de "judaïsation" de cette zone - dont toutes les localités ont conservé des noms hébraïques, à commencer par Bethlehem (La maison du pain) faut-il se rendre à l’idée pour le coup inadmissible qu’un futur Etat palestinien devrait être judenrein ? Sans aucun juif ?  Autant de questions dont il appartient aux protagonistes de discuter sachant à quel point leurs populations respectives, à la différence de l’Egypte et de Gaza, sont imbriquées les unes dans les autres et doivent apprendre à se faire confiance.

L’Etat d’Israël s’est retiré du Liban en 2000. Le Hezbollah s’y est installé avec ses batteries de missiles. Il s’est retiré de Gaza en 2005. Le Hamas y a pris place avec ses batteries de roquettes. Chaque concession politique de sa part a été interprétée comme une défaite de ses armes en appelant une autre, et puis une autre jusqu’à l’anéantissement final. Pourtant, loin de céder à la psychose obsidionale, et tout en mettant ses armées en mesure d’assumer les missions qu’il lui serait commandé de réaliser, l’Etat d’ Israël n’en poursuit pas moins son développement, économique et social. Il laisse dire ses ennemis et attend de juger à son tour leurs propres performances pour les populations dont ils ont la charge théorique et qui un jour feront valoir leurs exigences. Alors, mépris du "qu’en dira t’on" ou "sens aigu des réalités", sachant que dans l’état actuel de la planète les conseilleurs auraient bien du mal à être aussi les payeurs ? Ni ceci ni cela mais en vérité l’application d’un principe vital qui se formulerait ainsi : too small to fail : de dimensions trop réduites pour échouer. Il  faut bien le comprendre et prendre garde qu’à emprunter les chemins qui ne mènent vraiment nulle part de l’antisionisme aveuglé par sa propre alcoolémie l’on ne finisse par entrer dans l’avenir à reculons. 

                                                          
(1) Dan Senor and Saul Singer, Start – Up Nation, The Story Of Israeli Miracle, A Council and Foreign Relations Book, New YorkBoston, 2009

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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