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DRAI Raphael

DRAI Raphael

Né le 21 mai 1942
Marié - 2 enfants



Professeur agrégé de sciences politiques
Doctorat de science politique - Université Panthéon-Sorbonne

Lauréat de la faculté de droit de Montpellier
Doyen honoraire de le faculté de Droit d'Amiens
Professeur à l'Université d'Aix-Marseille III (Droit : Société et vie politique)
Professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence 
Chargé d'enseignements au Master Management interculturel et médiation religieuse
Professeur à l'Institut d'Etudes et de culture juive d'Aix-Marseille
Directeur de Recherches à l'Ecole doctorale de recherches
     en psychanalyse et psycho-pathologies - Université Diderot, Paris VII

Chroniqueur de la revue L'Arche 
Membre de l'Observatoire du religieux
Spécialiste de l'univers biblique
Conférences avec l'institut inter-universitaire d'études et de culture juive

Ouvrages
La Politique de l'inconscient (1979)
Le Pouvoir et la parole (1981)
La communication administration-administrés (en collaboration) (1983) 
La sortie d'Egypte. L'invention de la liberté (1986)
Guerre éthique et pensée stratégique à l'ère nucléaire (avec Cao Huy Thuan) (1988)
Lettre ouverte au Cardinal Lustiger (1989)
La communication prophétique (3 tomes) (1990 à 1998)
Identité juive, identité humaine (1995)
La pensée juive. Exégèse et épistémologie (1996)
Le mythe de la loi du talion (1996)
Freud et Moïse. Psychanalyse, loi juive et pouvoir (1997)
Lettre au Pape sur le "pardon au peuple juif" (1998)
La Thora. La législation de Dieu (2000)
Lettre au Président Bouteflika sur le retour des Pieds-noirs en Algérie (2000)
Grands problèmes politiques contemporains
Les nouvelles échelles de la responsabilité politique (2001)
Sous le signe de Sion (2001)
Science administrative, éthique et gouvernance (2002)
La France au crépuscule. Précis de recomposition (2003)
L' Etat Purgatoire, la tentation postdémocratique (2005)
La République brûle t-elle ? Essai sur les violences urbaines (avec J-F. MATTEI) (2006)
Abraham (2007)
Le pays d'avant (2008)
Les pays d’après (2008)
Grands problèmes politiques et sociaux contemporains (2009)
Théories juridiques et théories psychanalytiques (2010)
Philosophies d'ailleurs. Les pensées indiennes, chinoises et tibétaines - Collectif sous la direction de Roger-Pol Droit (2009)

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L’Etat d’Israël, nouvelle Tchécoslovaquie ?

Publié dans De par le monde

En histoire, avertissait Marc Bloch, il faut se défier du démon de l’analogie. Associer l’Etat d’Israël des années 2010 à la Tchécoslovaquie de 1938 peut sembler ne pas tenir compte de cet avertissement salutaire. Pourtant, il faut bien constater que, lors du vote de l’AGNU accordant à la Palestine, pour la nommer ainsi, le statut d’Etat observateur non membre, ce 29 novembre 2012, la République tchèque a figuré parmi le petit groupe d’Etats, avec les Etats Unis et le Canada, ayant voté non contre 138 votes positifs, dont celui de la France, et 41 abstentions dont celles de l’Allemagne et de la Grande Bretagne. Cette position est parfaitement claire : elle signifie aux membres de la dite ONU que la Tchécoslovaquie, continuatrice spirituelle de Vaclav Havel, se reconnaît dans l’isolement actuellement organisé de l’Etat d’Israël et qui le destine à un véritable politicide si la pente diplomatique actuelle était maintenue et même accentuée. Car il n’en faut pas douter : dans ces circonstances, même le oui des Etats Unis, sous la présidence d’Obama II, est un vote ambiguë et suscitant de graves préoccupations. C’est pourquoi il est indispensable de revenir sur les circonstances, conditions et finalités, explicites ou implicites, de l’ONU, puis tenter de déchiffrer la stratégie de la partie palestinienne et enfin éclairer la part obscure de l’histoire contemporaine qui place l’Etat d’ Israël souvent qualifié d’ "Etat juif", dans une position où il y va de nouveau de son existence.

L’ONU ou la poursuite de la guerre par une organisation prix Nobel de la paix.
Il faut d’abord partir du postulat, souvent rappelé, ici même, qu’il n’appartient à personne de décider si un peuple existe ou pas et, s’il existe, dans quelles conditions il s’est constitué. En ce point histoire et science politique d’un côté, et droit international de l’autre peuvent se séparer. Toute collectivité humaine dispose du droit de s’auto-déterminer sous la forme d’un peuple. Pour que ce peuple devienne un Etat, il y faut néanmoins d’autres conditions  et notamment que la collectivité humaine qui le réclame fût physiquement unifiée, qu’elle soit en outre dotée d’un territoire délimité de manière incontestable et qu’elle adhère aux objectifs de paix énoncés dans la Charte des Nations Unies. Il se trouve qu’à l’automne 2011, l’Autorité palestinienne, dirigée au moins formellement par Mahmoud Abbas , ayant introduit auprès du Conseil de Sécurité une demande unilatérale de reconnaissance en tant qu’Etat pleinement membre de l’ONU, a vu sa demande récusée, les Etats Unis menaçant d’opposer leur veto, faute pour la partie palestinienne de satisfaire aux trois conditions sus - rappelées mais avec la possibilité de le faire par des négociations de paix avec la partie israélienne. Aucune négociation depuis n’a été tentée. De bonne guerre mais de mauvaise foi la faute en a été rejetée sur le seul gouvernement d’Israël dirigé depuis 2008 par Benjamin Netanyahou. Face à ce refus, la partie palestinienne s’est alors engagée, toujours devant l’institution onusienne, dans un autre chemin, celui dit de "la Résolution Acheson" tendant, quoi qu’il en soit, à bonifier son statut pour être élevée au grade d’ "Etat observateur non membre", cela par un vote majoritaire obtenu à présent non pas devant le Conseil de sécurité mais par l’Assemblée générale où elle était mécaniquement assurée d’obtenir cette majorité,
sans pour autant satisfaire aux conditions pré- requises. L’essentiel était bien d’obtenir, sous une forme ou sous une autre, ce label étatique lui ouvrant, entre autres, la possibilité, au moins théorique, de saisir la CPI et d’utiliser cette possibilité comme arme politique. Et c’est bien ce qui arriva, le 29 novembre dernier. Par majorité automatique, la demande palestinienne a été reçue à une très forte majorité avec cette particularité : cette fois des Etats importants qui s’étaient opposés l’an dernier à la demande devant le Conseil de sécurité avaient changé de position, la France – membre de ce conseil - votant oui, et l’Allemagne s’abstenant, confortant certainement la stratégie de Mahmoud Abbas mais au risque de dégrader le rôle de l’institution onusienne et d’altérer, si cela était encore possible , sa vocation pacifique. En effet, et d’un point de vue comparatif, s’il a été d’une extrême facilité de constituer cette majorité  automatique sinon grégaire contre l’Etat d’Israël, à aucun moment ni le Conseil de sécurité ni l’AGNU n’ont pu trouver un accord pour mettre un terme aux tueries qui ensanglantent chaque jour la Syrie où l’on dénombre des dizaines de milliers de victimes. C’est pourquoi, il faut, même brièvement, revenir sur ce vote.

On peut concevoir que dans une telle enceinte, une décision fût prise quelle qu’en soit l’issue, mais légitimée par un débat préalable, loyal et égalitaire, dans lequel aucun intervenant ne fût juge et partie et où chaque Etat délibérant conserverait l’autonomie de son jugement et la faculté du oui, ou non, ou de s’abstenir. Tel a été le cas des Etats membres de l’Union européenne, la France ayant voté oui, la Tchécoslovaquie non, et l’Allemagne s’abstenant. Tel n’a pas été le cas pour ces paquets d’Etats regroupés dans la Conférence islamique mondiale ou dans la Ligue arabe, constitués sur des critères exclusivement ethniques et confessionnels, et se décidant en bloc, sans aucune exception imaginable et praticable, seraient-ils liés à l’Etat d’Israël par un traité de paix comme l’Egypte ou la Jordanie. Après quoi, et à front renversé, c’est l’Etat d’Israël qui se verra accusé de "purification ethnique". Aucun débat digne de ce nom n’aura donc précédé ce vote grégaire auquel se sont joints des Etats d’Amérique latine, comme le Venezuela, farouchement opposé à une Amérique du Nord à ses yeux  dominée par la "juiverie mondiale" dont Israël serait le bras armé, militairement et financièrement. Nombre d’Etats ayant voté autant pour la Palestine que contre Israël – la Grèce, le Portugal, l’Espagne, la Belgique - se font également remarquer par le délabrement de leur économie, la quasi faillite de leurs finances et leur déstabilisation communautariste. Et l’on voudrait qu’un tel vote fût entériné par l’Etat d’Israël comme s’il allait de soi et n’était pas d’ores et déjà profilé vers d’autres objectifs. Un mauvais esprit pourrait alors remarquer qui si, entre les deux dernière guerres mondiales, la SDN avait rendu l’âme du fait d’incohérences moins flagrantes, il n’est pas impossible que dernièrement l’ONU n’ait compromis la sienne, faute de résister à ce que Freud appelait "l’opposition compacte de la masse", ce qui sous sa plume n’était pas un compliment. Il apparaît désormais que, par exemple, l’abstention inattendue mais opportuniste de l’Allemagne était surtout motivée par la volonté d’Angela Merkel de ne pas se couper du monde arabe ni des autres Etats européens. Le reste relève de la rhétorique fallacieuse développée dans la fable "Le loup et l’agneau". On mesure mieux par contre-coup la signification réelle du non de la Tchécoslovaquie.

La stratégie de la partie palestinienne
Cette stratégie est symbolisée par la date précise du vote à l’AGNU, un 29 novembre, date qui se rapporte au vote de cette même ONU intervenu quelque six décennies auparavant et qui aboutit à la décision de partage de la Palestine encore sous mandat britannique, un mandat insupporté par les deux principaux protagonistes recherchant concurremment leur indépendance. Aussitôt officialisée cette décision de partage fut acceptée par la partie juive et rejetée par la partie arabe, et notamment par ceux qui en ce temps-là prétendaient représenter plus spécifiquement les palestiniens. C’est au cours des décennies suivantes que progressa parmi les partisans de ce qui était devenu la cause palestinienne l’idée "bourguibienne" que ce rejet avait été une erreur, qu’il eût fallu entériner la décision de l’ONU et la considérer
comme un point de départ vers une conquête ou une reconquête de tout le territoire présumé appartenir de droit humain et divin au monde arabo-musulman. Car telle aurait été, selon ses ennemis, la stratégie mise en œuvre par l’Etat d’Israël effectivement constitué et reconnu en 1948 et qui n’aurait cessé depuis d’agrandir le territoire qui lui avait été dévolu. En somme, il fallait faire comme si depuis 1947 rien ne s’était passé et tenir pour inexistante l’histoire politique ou simplement humaine déroulée depuis, l’automaticité d’un vote à l’AGNU dans les conditions que l’on a examinées permettant ce déni et cette reconstitution rétroactive. Pour revenir au statu quo il fallait néanmoins tirer à soi d’autres résolutions du Conseil de sécurité, notamment les résolutions 242 et 338 qui réaffirment le caractère inacceptable de l’acquisition de territoires par la force mais qui le font pour tous les belligérants qu’ils incitent simultanément à engager de véritables négociations de paix. Ce à quoi se sont résolus pour leur part l’Egypte et la Jordanie, non sans avoir été copieusement accusés de traîtrise et leurs dirigeants voués au feu de l’enfer. C’est dans cet esprit que Yasser Arafat a accepté de signer les Accords d’Oslo en 1993, sans perdre de vue l’objectif d’une reconquête intégrale de la Palestine, objectif qui apparut avec une netteté paralysante lors des "négociations" dite de Camp David II menées conjointement avec Ehoud Barak et Bill Clinton. D’où l’échec des dites négociations avec le déclenchement de la seconde Intifada laquelle mit comme jamais en application "la stratégie de la souillure" visant à la dé légitimation existentielle de l’Etat d’Israël. Malgré des réussites incontestables cette tentative elle aussi échoua pendant que l’Etat d’Israël et que sa population entraient résolument et avec succès dans le monde de la globalisation économique et technologique.

Cependant, en 2007, alors que l’Autorité palestinienne avait obtenu la translation d’une grande partie de la Cisjordanie et de Gaza, et qu’une coopération coexistentielle prenait corps entre les populations concernée, le Hamas islamique s’empara du pouvoir par la force dans ce dernier territoire et en expulsa les dirigeants de l’Autorité palestinienne, provoquant par là même une discontinuité territoriale et une cassure de la population concernée qui sapait sa qualité de peuple au sens du droit international classique. A l’instar d’un Iran en voie de se doter de l’arme nucléaire, le Hamas proclamait urbi et orbi sa volonté de détruire l’Etat d’Israël dont la population civile se retrouvait sans cesse bombardée par des roquettes, missiles et autres engins de mort en provenance du territoire gazaoui transformé impunément en base d’attaques systématiques. D’où les opérations militaires de 2008 et celles toute proche du mois de novembre dernier, laquelle appelle une observation. Pour les raisons que l’on a dites la date du 22 novembre n’a pu être improvisée. Elle a été déterminée méthodiquement, de la même manière que depuis l’automne 2011 n’a pas cessé le lobbying de la parie palestinienne auprès des Etats membres de l’ONU. Or les tirs de roquettes et autres fusées Fajr ont commencé dès le début de ce même mois de novembre , ce qui laisse  supposer que contrairement aux apparences le Fatah de Mahmoud Abbas et le Hamas de Hanyeh exécutaient sinon un plan concerté en tous cas des actions convergente, comme s’il avait fallu d’une part démoraliser la population civile d’Israël puis déconsidérer son armée et d’autre part attirer celle-ci dans le piège d’opérations terrestres qui eussent été sources d’inévitables bavures – les combattants du Hamas se disséminant parmi la population civile sous leur contrôle - déclenchant à  leur tour la réprobation mondiale contre un Israël déshumanisé et dont le sort de sa propre population est tenu pour insignifiant et négligeable.

La part obscure

Dès que l’opération explicitement nommée "Pilier de la Défense" fut déclenchée, après des mois de retenue, deux faits retinrent l’attention. D’une part nombre de pays se montrèrent "compréhensifs" vis à vis du gouvernement Netanyahou en charge de la sécurité de sa population, mais d’autre part tout était fait pour limiter pour ne pas dire inhiber les actions de l’armée d’Israël, et notamment une opération terrestre qu’une grand partie de la population israélienne, contrainte de vivre dans des abris et à se réfugier dans des cages d’escalier, estimait indispensable. Ce à quoi le gouvernement Netanyahou se plia. Les Etats-Unis, déjà confrontés à l’entrée du monde arabe dans l’ère du chaos post- printanier en Egypte et ailleurs, lui en surent gré en votant non à l’AGNU. Mais c’est au lendemain de la réaction politique du gouvernement israélien qui n’en avait pas d’autres, sauf à se comporter comme un Etat podagre - une réaction dérisoire et pathétique consistant dans l’annonce de la construction à terme de logements dans les territoires "disputés", et notamment dans la zone sensible dite E1 - que les Etats Unis ont changé d’attitude et engagé une pression sans précédent contre ce gouvernement accusé de miner la solution dite "à deux Etats" et donc de saboter les efforts de paix de la communauté internationale, comme si la partie palestinienne n’avait pas laissé discerner sa propre stratégie consistant à accepter pour commencer un accord formel pour la solution duelle mais en la profilant d’ores et déjà vers une solution à "un Etat" : l’Etat de Palestine dont, à considérer l’évolution de la Tunisie, de l’Egypte mais aussi de la Tunisie et des forces engagée en Syrie contre Bachar el Assad, l’on ne doit pas douter, qu’il deviendrait un nouvel Etat arabo- islamique. Car le Hamas considère et proclame depuis la fin de l’opération Pilier de la Défense que le cessez le feu obtenu ne met nullement fin à la "guerre de libération", une guerre qu’il annonce "finale et totale" à laquelle il se prépare militairement avec le concours de l’Iran. Et il se fait fort d’y entraîner une Autorité palestinienne qui au fond l’appelle de ses vœux, assumant pour ce qui la concerne la partie diplomatique du "job". Le Hamas l’a déclaré en connaisseur : le vote de l’AGNU est "un pas dans la bonne direction". C’est sans doute pourquoi -  situation autrement ahurissante - l’on a vu lors du vote de l’ONU un membre de la Knesset, le député "israélien arabe", et se revendiquant pour tel, Ahmed Tibi, venir soutenir ouvertement l’Autorité palestinienne en vue de cette prétendue "solution à deux Etats" qui ne trompe que ceux qui veulent bien l’être. Car l’administration Obama elle aussi développe à présent une stratégie singulière. Bloqué au Congrès, le président réélu des Etats Unis tente de mettre en grand difficulté le gouvernement Nétanyahou auprès de l’opinion publique internationale et auprès de l’opinion publique israélienne, en s’ingérant ouvertement dans la campagne en court par une double pression, externe et si l’on peut dire interne. Externe en rameutant contre le dit gouvernement les chancelleries européennes, notamment l’Allemagne, la France et la Grande Bretagne ; interne, en s’efforçant de miner ses soutiens au sein des communautés juives de la diaspora, par des officines "pacifistes" comme J Street et leurs succursales européennes et française pourtant largement minoritaires au sein de ces communautés. Ainsi l’Etat d’Israël est-il menacé d’être traité comme un "Etat paria", galleux, mis au ban des nations, condamné à une solitude croissante, et stigmatisé universellement ; une menace odieuse, non seulement en raison de son unilatéralisme et de son fumet de meute mais encore parce qu’elle réveille au sein du peuple juif de très vieilles peurs dont il n’a eu de cesse que de se libérer politiquement depuis un peu plus d’un siècle. Ce qui conduit à cette réflexion qui plonge bien dans la part obscure pour ne pas dire inconsciente d’une société internationale dont la pellicule "civilisationnelle" masque de moins en moins les tropismes  décidément incurables.

Durant vingt siècles au moins, le peuple juif a été réputé expulsé de l’histoire politique et  voué à une inexorable "fossilisation", tandis que l’on s’autorisait de son vivant à disposer de son nom, d’un territoire inscrit jusqu’aux moelles de la langue hébraïque - que l’on songe au seul nom de la ville de Bethlehem  -, de sa pensée si ce n’est de son Dieu. Au nom de théologies oublieuses et de leurs origines et de leur dettes, on en a fait un spectre, un errant perpétuel, escomptant que de son être, tellement mis à charge des autres et de lui-même, il allait se désister. Et plus d’un royaume, plus d’un sultanat, plus d’un Reich, ou autre configuration létale, y mis la main pour hâter s’il se pouvait ce processus. Le peuple juif y a résisté tout en produisant dans tous les domaines de la pensée et de la créativité humaine des œuvres qui à, elles seules, justifient sa persistance. Parmi ces œuvres, il faut compter sa propre résurrection politique et son retour dans l’histoire, déjugeant les peuples, les Etats, les religions qui s’étaient impatiemment et imprudemment subrogés à lui. Au-delà des péripéties et des arguties, des stratégies cousues de fil blanc, ces tropismes archaïques ne sont toujours pas dévitalisés. L’Etat d’Israël est le seul Etat juif de la planète mais une  pression multiple s’exerce contre lui afin qu’il se désiste de cette qualité, alors qu’une centaine d’autres Etats peuvent exhiber leur qualité d’Etats arabes et musulmans. A cette fin des votes massifs sont utilisés contre lui à l’ONU transformée en machine de guerre et en broyeuse à son encontre. La solitude à laquelle on l’accule augmente encore la masse des Etats qui peu à peu crient devoir le lâcher, "convoquent" ses représentants, comme si d’ores et déjà il n’était plus souverain, et retrouvent vis à vis de lui des comportements méprisants dont l’Histoire ne donne que trop de témoignages. Et c’est sans doute pourquoi  la Tchécoslovaquie s’est retrouvée à ses côtés : par identification  primordiale, au-delà de toute considération idéologique en forme d’alibi.
Et maintenant ?
On a cru que le gouvernement Netanyhaou avait lancé de son propre chef l’opération "Pilier de la défense" à des fins électoralistes. L’inverse serait plus plausible. C’est parce que le peuple d’Israël va bientôt se prononcer que ce gouvernement a accepté le cessez le feu et a appelé les Palestiniens à reprendre des négociations engagées dans toute direction que l’on voudra, sauf celle de sa disparition. Dans quelques semaines, les choix du corps électoral israélien seront lourds de conséquences, immédiatement pour lui-même et à terme pour ces autres Etats par trop calculateurs qui pensent se défausser sur lui de leur mauvaise conscience ou de leurs impuissances, comme l’atteste la défaite de ce monde-là, pas à pas, et quoi qu’il "communique" pour sauver la face, notamment, en Afghanistan.

Vers un effondrement de la Vème République ?

Publié dans Du côté des élites

La symptomatologie
L’affrontement dont l’UMP a été le cadre et la France le témoin, cela depuis plusieurs jours, est certes un affrontement de personnalités. La politique ne met pas seulement en jeu des concepts et des chiffres mais aussi des "egos", des affects, des images de soi. Autant François Fillon que Jean- François Copé, chacun dans son genre, y cède à une échelle que l’on n’aurait pas soupçonnée. Cet affrontement irréductible d’ "egos" et d’affects s’aggrave du fait que l’objet disputé est insécable, car chacun l’aura compris, il ne s’agit pas seulement de la présidence du mouvement encore nommé UMP, mais bien au-delà, de la Présidence de la République.
Dès la défaite de Nicolas Sarkozy en mai dernier l’on a vu l’un et l’autre protagonistes se mettre sur les rangs puisque la campagne pour la présidence de ce mouvement s’est ouverte derechef, politiquement et statutairement. Deux "lignes", comme l’on dit, n’ont pas tardé à apparaître et à se différencier : une ligne dure, "collisive", bientôt qualifiée de droitière, celle de François Copé ; et une ligne plus consensuelle dont les destinataires n’étaient plus les seuls adhérents de la dite UMP mais d’ores et déjà l’électorat  potentiel et putatif de 2017, celle de François Fillon. Les équipes se sont constituées de part et d’autre en ce sens, et les ambitions se sont alluvionnées en fonction des pronostics et des "placements" anticipés pour cette année-là. Le clan Fillon a sans doute commis en ce sens une erreur stratégique : sur la foi de sondages dont on devrait examiner la fiabilité, et eux même utilisés comme argument de campagne, il a cru la partie jouée d’avance à son profit. Dans le clan Copé il en a été autrement : pour le challenger, secrétaire général du Mouvement - une situation qu’il eût été indispensable de récuser, mais en son temps - il fallait vraiment faire campagne "sur le terrain". Celle-ci a été menée avec méthode, pugnacité, infatigablement. L’on en a vu alors le résultat le soir du 18 novembre. A peine moins d’une centaine de voix séparaient les deux candidats mais cette fois au profit du challenger, renversant les espérances du clan Fillon.
On aurait pu imaginer néanmoins, selon le principe suivant lequel la majorité à une seule voix d’écart suffit pour trancher un débat, que le clan Fillon allait y consentir. Il n’en fut rien. Il n’a pas fallu attendre le lendemain pour que la victoire de François Copé fût contestée, déniée, stigmatisée au nom de la triche, de la confusion des genres, de l’immoralité. Par "éléments de langage" abondamment distribués, les réponses n’ont pas tardé non plus, visant le "mauvais perdant". L’affrontement ouvert, déclaré, obscène – au sens étymologique, c’est à dire étalé, exhibé au grand jour – ne faisait que commencer. Par suite, aucune des propositions d’arbitrage, d’où qu’elle eût émané, n’était acceptée clairement ni loyalement examinée. Médiocrité des esprit ou logique du pire, celle qui se dicte d’elle-même précisément lorsque la confrontation politique ne se réduit plus qu’à la collision de deux ambitions nues, comme les qualifiait Mauriac ? 
Des deux côtés, la conviction s’est vite installée selon laquelle le perdant serait exclu de la course à la présidentielle par le vainqueur, et politiquement mis à mort. Ce qui explique qu’aucune médiation n’ait pu opérer, ni celle d’Alain Juppé, ni même celle de Nicolas Sarkozy pour la bonne raison qu’aucun n’apparaissait vraiment sous les traits du "médiateur"-miracle", réellement désintéressé politiquement au regard des intentions inavouables qui lui étaient imputées. Ce qui devait arriver, arriva : la scission du groupe UMP à l’Assemblée nationale, ce qui semblait oraculairement préfiguré par le sigle du mouvement : un arbre au feuillage irradiant mais visiblement sans racines.  Dans les deux camps, toute proposition était entendue comme une manœuvre, acceptée de façon non moins manœuvrière, en attendant d’être vidée de son contenu puis d’être rejetée. Au moment où ces lignes sont écrites, dans le cours d’événements comparable à celui d’un cours d’eau boueux en crue, la séparation semble consommée puisque ne contrariant pas les intérêts en jeu, chaque clan accusant l’autre de "putschisme" et de "dissidence". Au-delà du spectacle – car c’en fut un aussi, comme en témoigne l’audimat de quasiment tous les médias – il faut se demander si n’est pas en cause désormais non pas le seul avenir d’un parti, de l’UMP, mais celui d’un régime, celui de la Vème république, au risque d’un effondrement encore plus grave : celui de la société française. Car pourquoi ces ambitions antagonistes ne peuvent-elles décidément s’assujettir à des considérations d’intérêt général ? Et pourquoi chaque citoyen doit-il s’en préoccuper ?

La contagion
La démocratie est devenue le régime politique princeps de la planète. Ses deux particularités sont patentes. D’abord, il est sans alternative – par quoi le remplacerait-on ? - et il repose sur une exigence incessible : l’axiome de la décision prise à la majorité, serait-elle, comme on l’a dit, d’une seule voix. Il importe cependant d’éviter de se trouver dans une telle situation. Dès lors, toute décision majeure doit être précédée par une délibération aussi large et consensuelle que possible. Autrement le parti majoritaire ne tarderait pas à se heurter aux résistances d’une immense partie de l’opinion publique contre laquelle il s’épuiserait en assauts sans issue. Par ailleurs, faute de contradicteurs "constructifs", la tentation le guette de n’écouter que ses propres discours, de céder à sa logique unilatérale, de "décrocher" enfin au regard de la réalité et de se diriger vers un échec sismique. N’est- ce pas ce dernier risque auquel s’expose grandement la présidence de François Hollande et le gouvernement de Jean- Marc Ayrault ? Est-ce faire preuve de cruauté que de rappeler les improvisations ratées, les pataquès, les revirements, les projets mal ficelés qui se sont succédés depuis le mois de mai dernier ? Leur effet cumulatif constitue au fil des semaines et des mois un véritable explosif social. La situation ne serait pas aussi alarmante si, précisément, une véritable opposition était en mesure de lui faire contrepoids. C’est le contraire qui se produit au risque d’une dislocation de l’ensemble du système politique français. D’une part, au Sénat, les communistes et les Verts n’hésitent pas à bloquer les projets du gouvernement. D’autre part, au lieu d’assumer, comme il se doit la fonction d’opposant "structurant", l’UMP se déchire en long, en large et en direct. Pendant ce temps le chômage ne cesse d’augmenter : plus de 1, 5° /°, pour ce moins de novembre, soit 45 000 chômeurs - et leurs familles -  de plus inscrits au Pôle Emploi, tandis que les Restos du Cœur ouvrent pour la 28eme année consécutive. Ce qu’ailleurs l’on a appelé "l’anxiosphère" se dilate ainsi un peu plus, paraphant le constat d’impuissance avérée d’une classe politique confondue dans le même désillusionnement collectif et guettée par d’autres formations aux propensions nécrophages. Une situation dangereuse qui permet sans doute de mieux comprendre pourquoi le jeu politique s’est réduit à ce choc d’ambitions sans idées, à ce combat de catcheurs dont l’UMP est devenu le théâtre spectral. Il n’y a guère le Parti Socialiste également en avait donné le spectacle affligeant dont il ne s’est dégagé qu’en se désignant un ennemi commun à abattre coûte que coûte. Une hypothèse doit alors être avancée que l’on pourrait formuler en ces termes.


Depuis 1973, depuis quatre décennies, du véritable "temps long" - la France s’enfonce dans une situation que l’on a peine à identifier clairement et que l’on qualifie à contre-sens de crise. Sans en refaire  l’analyse, cette situation particulièrement régressive a affecté pour commencer la sphère de l’emploi et d’une manière générale  celle de l’économie sociale et financière. Les émeutes de 2005 dans nombre de banlieues en ont signalé  l’inévitable contagion dans le domaine urbain, les millions d’euros déversés dans les quartiers sensibles ne suffisant pas pour y éteindre les malaises corrosifs et pour en déloger les trafics de "hot money" qui se sont mis à y prospérer. Qu’il ait fallu légiférer ensuite contre le port de la burka révélait l’extension de cette faille à la sphère qualifiée de communautariste. La constitution de véritables cellules ou réseaux islamistes fut encore mise au jour, un jour sanglant, par les tueries de Montauban et de Toulouse, tandis que l’exécution de Jérémie Louis-Sidney à Strasbourg révélait que ces mêmes réseaux recrutaient à qui mieux-mieux dans les prisons et parmi la jeunesse en déshérence identitaire et confessionnelle. Pour sa part, le projet de loi sur le mariage homosexuel, rebaptisé en "mariage  pour tous", beaucoup plus facile à promouvoir à n’en pas douter qu’un "emploi pour tous", ou "un toit pour tous", risque de propager de nouvelles fractures dans les représentations de la parenté civile  et dans la constitution des généalogies. Il ne s’agit pas de constituer un catalogue et encore moins un réquisitoire. Il faut se demander, sans abuser du vocabulaire de la science politique si ce que l’on désigne par le mot de crise ne se rapporte pas en réalité à la dislocation progressive de la société civile tout entière, selon tous les sous-systèmes, champs ou aires, comme on voudra les nommer, qui la forment. Sachant qu’à présent , cette dislocation se propage aussi dans la sphère des gouvernants et celle de l’Etat défié dans ses compétences régaliennes, comme l’atteste la récurrence des assassinats commis à Marseille ou en Corse malgré les allées et venues épuisantes des membres concernés d’un gouvernement qui ne peut poster un policier dans chaque cage et cache d’escalier. C’est sans doute pourquoi, cette impuissance,  cumulative et rotative, démonétisant la notion même de politique publique, conduit à ces affrontements de personnes intellectuellement acéphales, chacune radicalisant son discours pour parvenir au pouvoir, au détriment d’une véritable prise en compte de la réalité, puis en soldant ses convictions les mieux affichées une fois le pouvoir - ou son simulacre - obtenu. D’où le danger d’un effondrement du système tout entier dont plus aucune partie ne vacillerait plus. Sans abuser des références historiques ni amalgamer entre elles des périodes hétérogènes, n’est- ce pas cette sorte de situation qui prévalait en France juste avant la chute de l’Ancien  Régime ? Car, comme l’a montré Guglielmo Ferrero (1), dans ces conditions plus aucun pouvoir ne peut se prévaloir d’une légitimité réelle, celle qui fait accepter l’effort partagé et rend l’espoir dans les moments les plus difficiles parce que l’on sait qu’ils passeront. Une simple secousse, qu’elle provienne du dedans ou du dehors, suffit à provoquer l’effondrement définitif d’un système aussi nécrosé. Est-il trop tard pour en prendre conscience ?


(1) Pouvoirs. Les Génies invisibles de la cité. Livre de Poche. 1988.


Les assassinats  froidement commis à Montauban et à Toulouse par Mohamed Merah avant qu’il ne soit abattu par les hommes du Raid, contre lesquels il avait livré in fine un assaut d’une virulence sans précédent, appellent à un effort de lucidité également sans précédent. S’ils ne relèvent pas encore du "fait social  total" cher à Mauss ils sollicitent l’analyse sur plusieurs plans dont le lien n’est pas toujours patent. Encore faut–il s’interdire les pseudos-explications qui en disent plus sur l’état d’esprit de leurs auteurs que sur la situation en cause. Ainsi en va-t-il de l’ "explication" fournie entre autres par le journal algérien de langue française "L’Expression" pour lequel la dite situation s’explique de la manière suivante (1). Bien sûr les tueries de Montauban et de Toulouse sont injustifiables mais en la matière la France en fait trop. Pourquoi dépasse-t-elle la mesure ? Parce que ces actes insensés sont imputables à une personnalité essentiellement délinquante dont les motivations relèvent surtout de la criminologie courante. Or, plutôt que d’en rester là, la France joue des grandes orgues surtout à propos des assassinats de Toulouse parce qu’elle cède en période électorale au lobby juif français qui lui-même sert la propagande de l’Etat d’Israël. En forçant la note à Toulouse l’on fait ainsi passer au second plan les enfants palestiniens victimes de l’armée israélienne à Gaza et ailleurs. D’où l’outrance des réactions sélectives qui ont suivi ces meurtres.

En d’autres mots Catherine Ashton s’était engagée sur ce même terrain que n’évite pas non plus Henri Guaino lorsqu’à son tour il compare sur Radio J (2) Gaza à une "prison à ciel ouvert où l’on n’a même pas le droit de se baigner" tout en récusant qu’une telle situation justifie les assassinats en question. En somme, s’il ne faut surtout pas établir de lien entre le proche Orient et la France on l’établit tout de même car il faut gravement méconnaître la situation réelle dans ce territoire sous l’emprise du Hamas ainsi que la géopolitique du terrorisme dans la région pour user de la comparaison douteuse à laquelle recourt le conseiller spécial de l’Elysée. On l’imaginait un peu mieux informé à son niveau de responsabilité (3). Il faut rappeler en effet que dès l’annonce de la tuerie de Toulouse les dirigeants palestiniens tant à Ramallah qu’à Paris se sont rapidement et nettement dissociés des motivations invoquées par Mohamed Mérah relativement à la "cause palestinienne" ainsi entendue. Il reste alors de retourner la question : pourquoi le journaliste précité d’ "Expression" se livre-t-il à cette incrimination digne des "Protocoles des Sages de Sion" sinon parce que l’image qu’il s’est forgée des Juifs ne diffère pas sensiblement de celle qui s’était formée dans le psychisme de Mohamed Merah : les Juifs sont tout-puissants et sans scrupules ; ils  savent comme personne travestir les bourreaux en victimes et font bénéfice du malheur lui-même. On n’insistera pas sur le racisme inavouable qui s’investit dans de pareilles représentations.

Pourtant ces considérations-là ne sauraient empêcher que l’on s’interroge sur la "production" en terre de France d’un tueur comme Mohamed Merah dont il faut craindre qu’il ne soit pas le seul de son espèce en mesure de sévir à nouveau si les circonstances incitaient l’un de ses clones à un autre passage à l’acte. Car il ne faut pas croire que la minute de silence demandée dans les établissements scolaires de France ait été partout observée et qu’elle l’ait été partout de grand cœur.
Quoi qu’il en soit, dès l’annonce de la tuerie de Toulouse, et une fois révélé le nom du tueur présumé, les représentants du Conseil Français du Culte Musulman rejoints en ce sens par les représentants officiels de la communauté juive  puis par les représentants de l’Etat se sont empressés d’enjoindre : "surtout pas d’amalgame" entre l’islamisme sanguinaire de Mohamed Mérah et l’islam de France , convivial, humaniste et 'civilisationnel'.
La demande - sinon l’injonction – en ce sens s’explique sans doute par la brutalité du choc ayant suivi la révélation de l’identité du tueur et qui fermait l’hypothèse d’un acte imputable à un néo-nazi, sans parler d’un éventuel suppôt du FN. Mais, et à moins de céder à la psychopathologie primaire et désensibilisée du tueur lui-même, qui donc aurait souscrit à un tel amalgame ?  La France compte actuellement plusieurs millions d’arabo– musulmans, sans omettre des arabes chrétiens aussi, dont il serait presque désobligeant de rappeler qu’ils sont intégrés, comme l’on dit, dans la société civile et à la citoyenneté françaises, et cela dans toutes les professions qui s’y exercent. Il n’en demeure pas moins que dans cette même France sont à l’œuvre des mouvances se réclament d’un Islam d’une tout autre tonalité dont les adeptes considèrent que leur mission est d’islamiser complètement le pays où ils s’implantent en y investissant corporellement et  linguistiquement l’espace public, en le "marquant" en emprises successives et cumulatives  par des signes vestimentaires ostensibles, en y propageant leur idéologie sans alternative, en y instituant leurs propres pratiques cultuelles et rituelles, et en y faisant finalement régner par cercles qui se veulent de plus en plus larges de jure ou de facto leur propre loi. Les mesures annoncées par le Président de la République après la mort de Mohamed Merah le prennent en compte. N’est-ce pas déjà trop tard ?

Un tueur comme Mohamed Mérah ne s’engendre pas du jour au lendemain. Pour ne parler que du maniement d’armes, et d’armes de gros calibres, l’apprentissage ne peut s’en parfaire que dans des camps d’entraînement et dans des champs de tirs conçus à cet usage. L’on en sait alors un peu plus sur l’itinéraire de l’assassin. Evoquer son origine "algérienne" n’a rien de stigmatisant mais renvoie à la constitution psychique et aux clivages mentaux de groupes humains déracinés, physiquement et mentalement, aux identités bloquées, sans pères ni repères, et qui deviennent ainsi accessibles à tous les endoctrinements narcotiques qui leur promettent souveraineté absolue et extase permanente (4).  Il est inévitable de s’interroger sur les sources scripturaires d’un pareil endoctrinement dont la fanatisation théologique à laquelle il aboutit prédispose par la dénaturation et la déshumanisation des ennemis qu’il se désigne aux tueries que l’on  sait. Déshumanisation préalable de la victime désignée mais aussi du tueur car il faut avoir fait taire en soi la moindre résonance humaine pour achever sans sourciller un homme que l’on a déjà abattu et, quelques jours après, du même sang- froid, pour pénétrer dans une école, y  massacrer un jeune père et ses deux enfants, puis, mis en verve, poursuivre une fillette de quelques années et être sourd à ses supplications avant de lui faire éclater la tête d’une balle à bout touchant, en déclarant enfin qu’on y a pris "un plaisir infini". Le tout filmé en direct aux fins d’itération de la jouissance. Ce que Serge July qualifie de "fait divers" (5) désormais clos.

Si pour des tueurs de cet acabit, rien ni personne ne peut inhiber leur orgie sacrificielle, et s’il n’est pas question d’incriminer collectivement un ensemble humain du fait d’un individu qui se réclame de références coraniques et de l’application stricte de la charia version Al Qaida, il est non moins indispensable que le "désamalgame", si l’on osait ce néologisme, prenne des formes qui ne prêtent  à aucune équivoque. Les crimes de Mohamed Merah et de son complice présumé relèvent de la loi et des juridictions de la France. Il importe également, au regard de leurs possibles émules, qu’ils aient des suites au regard du droit pénal coranique, car il y a un bien droit pénal coranique comme  l’éprouvent hélas à leur corps défendant Salman Rushdie ou Robert Redéker. Est-ce le cas lorsque d’un côté le CFCM condamne ces tueries mais que de l’autre l’UOIF invite à son congrès l’un des prédicateurs les plus anti-juifs qui soient : Youssef El Karadawi, jusqu’à ce que la France lui interdise de ce fait l’accès de son territoire ? Bien sûr Mohamed Merah a fini comme il l’avait souhaité, dans le défi ultime et le mépris de la mort qui est surtout un mépris de la vie. L’on aurait tort d’imaginer que  ce qu’il représente soit mort avec lui. Même si l’identification morbide avec son personnage demeure  discrète ou retenue, il est probable qu’elle s’exprime en  incurable ressentiment dans maints quartiers ou autres barres d’immeubles HLM, sans parler de quartiers plus résidentiels où sévit un islamisme "compréhensif" et mondain.
Il est non moins inévitable de mettre en question les politiques de la  ville appliquées dans ces "territoires perdus de la République", comme on les a nommés, depuis trente ans au moins avec plus ou moins de réussite. De ce point de vue une question conclusive vaut également d’être posée : pour avoir quelque chance de succès, une politique d’intégration doit rencontrer le désir de ceux et celles  à qui elle s’adresse. Est –il sûr que tel soit le cas dans ces zones transformées en caïdats ? Comment – et sans parler de la "hot money" qui prolifère et qui transite dans leurs caves et dans leurs caches - la propagation de l’islamisme nihiliste pourrait–il  plus longtemps y progresser et prospérer si la République intégrative s’avisait réellement d’y recouvrer ses valeurs effectives avec son langage, son droit et ses procédures ?


(1) Cf . L’Expression – Le quotidien, 22 Mars 2012
(2) Emission du 25 mars 2012
(3) Cf la mise au point de Shmuel Trigano, Le Figaro, 8 août 2010. L’on doit aussi s’interroger sur les montages psychiques qui déterminent les représentations politiques de la communauté juive française. Comme en donne l’idée le lapsus commis par Claude Guéant
s’adressant le 26 mars à la communauté ….israélienne (sic) de France, épithète vite corrigée en "israélite". Le Figaro, 26 mars, 2012
(4) Cf . Raphaël Draï et Jean- François Mattéi , La République brûle t-elle ? Essai sur les violences urbaines françaises, Michalon, 2006
(5) RTL, 26 mars 2012.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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