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DRAI Raphael

DRAI Raphael

Né le 21 mai 1942
Marié - 2 enfants



Professeur agrégé de sciences politiques
Doctorat de science politique - Université Panthéon-Sorbonne

Lauréat de la faculté de droit de Montpellier
Doyen honoraire de le faculté de Droit d'Amiens
Professeur à l'Université d'Aix-Marseille III (Droit : Société et vie politique)
Professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence 
Chargé d'enseignements au Master Management interculturel et médiation religieuse
Professeur à l'Institut d'Etudes et de culture juive d'Aix-Marseille
Directeur de Recherches à l'Ecole doctorale de recherches
     en psychanalyse et psycho-pathologies - Université Diderot, Paris VII

Chroniqueur de la revue L'Arche 
Membre de l'Observatoire du religieux
Spécialiste de l'univers biblique
Conférences avec l'institut inter-universitaire d'études et de culture juive

Ouvrages
La Politique de l'inconscient (1979)
Le Pouvoir et la parole (1981)
La communication administration-administrés (en collaboration) (1983) 
La sortie d'Egypte. L'invention de la liberté (1986)
Guerre éthique et pensée stratégique à l'ère nucléaire (avec Cao Huy Thuan) (1988)
Lettre ouverte au Cardinal Lustiger (1989)
La communication prophétique (3 tomes) (1990 à 1998)
Identité juive, identité humaine (1995)
La pensée juive. Exégèse et épistémologie (1996)
Le mythe de la loi du talion (1996)
Freud et Moïse. Psychanalyse, loi juive et pouvoir (1997)
Lettre au Pape sur le "pardon au peuple juif" (1998)
La Thora. La législation de Dieu (2000)
Lettre au Président Bouteflika sur le retour des Pieds-noirs en Algérie (2000)
Grands problèmes politiques contemporains
Les nouvelles échelles de la responsabilité politique (2001)
Sous le signe de Sion (2001)
Science administrative, éthique et gouvernance (2002)
La France au crépuscule. Précis de recomposition (2003)
L' Etat Purgatoire, la tentation postdémocratique (2005)
La République brûle t-elle ? Essai sur les violences urbaines (avec J-F. MATTEI) (2006)
Abraham (2007)
Le pays d'avant (2008)
Les pays d’après (2008)
Grands problèmes politiques et sociaux contemporains (2009)
Théories juridiques et théories psychanalytiques (2010)
Philosophies d'ailleurs. Les pensées indiennes, chinoises et tibétaines - Collectif sous la direction de Roger-Pol Droit (2009)

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A propos de l’anti-sarkozysme

Publié dans Du côté des élites

Pour la première fois, le 13 février 2012, et pour un seul institut de sondages, les courbes respectives de Nicolas Sarkozy et de François Hollande se sont croisées au bénéfice du premier. L’embellie n’aura duré que quelques heures. Dans la soirée un autre sondage décroisait ces deux courbes au profit du candidat socialiste replacé dans la position de "favori". D’ailleurs est -ce ainsi : "socialiste" qu’il faut le qualifier ? Le socialisme de Jaurès, de Blum et même du "premier" Mitterrand n’a-t –il pas depuis longtemps cédé la place au 'PS isme', à cette idéologie partisane dont le moyeu principal semble la reconquête du pouvoir, pitoyablement perdu en 2012, et cela coûte que coûte ? Sinon pourquoi le "Front de Gauche" ? Pour commencer de répondre à cette question il faut se livrer non pas des analyses – il est encore trop tôt pour le faire - mais à des impressions de campagne dont on aimerait beaucoup qu’elles soient rapidement démenties.

Commençons par une donnée visuelle : la couleur du fond de tableau a changé pour le vainqueur de la primaire organisées par le PS : de rouge-rose elle est passée à bleue. Pourquoi s’en étonner ? Le schéma 'marketing' est classique : en un premier temps le parti sert de marchepied au candidat promu qui  ensuite le repousse pour prétendre à une vision plus panoramique. Après s’en être remis au choix des "militants", il s’adresse alors "à tous les Français", ce qui une fois élu  lui permet en général de se délier de ses engagements initiaux et de faire à peu près n’importe quoi. Du visuel passons à l’auditif :  la principale caractéristique de la présente campagne électorale pour le premier tour des Présidentielles se rapporte à un anti-sarkozysme virulent mais qui malgré tout et en dépit de sa férocité ne semble pas de bon aloi. A en examiner les thématiques et les postures, il se réduit le plus souvent à une mise en cause ad hominem du Président sortant et postulant à sa propre succession, une mise en cause d’autant plus acharnée que le débat politique et économique, à proprement parler, et qui devrait être l’essentiel, est par ailleurs bien peu nourri. Il faut s’interroger sur la cause de ces attaques visant la caractérologie du Président sortant, sa vie privée et ses priorités dans l’existence.

Un hebdomadaire ne faisant pas dans la dentelle l’avait traité il n’y a guère de "voyou". Cette injure ne le quitte plus et conditionne le style des attaques qui le visent souvent à des niveaux où l’on ne risque guère l’ivresse de l’altitude. Cependant, toutes les sociétés, toutes les institutions, ne méritent ce nom qu’à condition de respecter une déférence minimale tenant aux fonctions exercées par les uns et par les autres ainsi qu’à la symbolique qui s’y attache, au-delà des personnes exerçant ces fonctions. On se souvient d’un débat fameux entre Mitterrand et Chirac pour l’élection présidentielle de 1988, ce dernier ne s’empêchant pas de s’adresser à son vis à vis avec une déférence non feinte en l’appelant pour conclure : "Monsieur le Président". Qu’on s’en accommode ou non, Nicolas Sarkozy est encore Président de la République française. Ses adversaires, pour ne pas dire ses ennemis, le traitent rarement en tant que tel. Pour eux, il est "M. Sarkozy" ou Sarkozy tout court, lorsqu’il n’est pas qualifié anonymement de "candidat de l’UMP" ou de "candidat sortant". Dans un pareil  traitement ne faut–il pas déceler une volonté d’humilier, de ramener le "manant" à la  case dont il n’aurait pas dû sortir ? On dirait qu’une sorte de noblesse d’Etat, discernable sous de nouveaux avatars, s’acharne à rabaisser le roturier, pour ne pas dire l’ "étranger" (1), renvoyant à l’inconnu qui s’est subrepticement glissé à la tête de l’ Etat et qui ose régenter plus haut que soi – d’où au passage les allusions à la taille de Nicolas Sarkozy et à son maintien, comme si François Hollande était du format physique de Charles de Gaulle ou de VGE … Cette attitude ne semble pas consonner avec les exigences d’une campagne dont le but ultime, faut–il le rappeler, n’est pas de démolir les candidats en course mais d’éclairer les choix ultimes et décisifs du corps électoral. Le problème principal de toute élection reste le lendemain de l’élection, lorsque le nouveau titulaire du pouvoir et de la responsabilité qui lui est corrélative doit prendre sa toute première décision. Pour toutes ces raisons, il était inévitable que lors d’émissions comme "Des paroles et des actes" sur France 2 , ou "Paroles de candidat" sur TF1 , Nicolas Sarkozy ait rappelé non sans cruauté l’absence de toute exemplarité en ces domaines de membres de l’opposition et de soutiens de celle–ci dont les noms n’ont guère besoin d’être repris et répétés, tant sur le terrain de la fortune personnelle que sur celui de la frime et de ses dérivées, sans parler d’autres frasques et sorties de routes que l’on s’interdirait de juger si elles ne révélaient le "faible et la prise", aurait dit Chamfort, de personnalités prétendant ou ayant prétendu à la Magistrature suprême.

Il semble que cette approche ad hominem commande également la critique – le mot, là encore,  est plus que faible -de son bilan. La formule, recuite avec ses assonances, utilisée par Laurent Fabius lors de l’émission "Des Paroles et des actes" : "Votre  bilan, c’est votre boulet" - le reste à l’avenant -  était une trouvaille. Elle appelait sa symétrique qui interviendra quelques jours plus tard à propos du Rainbow Warrior. Reste une fois de plus le fond. Comment des hommes - et des femmes – car Martine Aubry ni Ségolène Royal ne sont en reste - qui ont exercé des hautes fonctions ministérielles et qui prétendent à nouveau diriger rien de moins que l’Etat peuvent-elles s’adonner à ce véritable nihilisme ? Quoique le Président sortant, Nicolas Sarkozy, ait fait et accompli en cinq années, rien , mais vraiment - rien ne trouve grâce à leurs yeux. Lorsqu’ils sont obligés par la force des choses et pour ne pas sombrer dans le déni pur et simple d’admettre des éléments positifs dans ce quinquennat  – entre autres les nominations à des fonctions éminentes de personnalités appartenant à l’Opposition  ou l’audit des comptes de l’ Elysée par la Cour des Comptes – c’est pour aussitôt les effacer mentalement. Quoi qu’il ait fait ou accompli "M Sarkozy" ne peut l’avoir bien fait parce que "M. Sarkozy" par nature ne saurait faire bien. Un peu plus d’objectivité, elle-même gage d’une perception adéquate de la réalité, serait plus rassurant s’agissant de la prétention de tel ou telle d’occuper cette année ou un peu plus tard la magistrature suprême. Ce n’était vraiment rien de tenir la barre de la France et de l’Europe durant le séisme planétaire de 2008 ? L’’aptitude à une objectivité minimale  serait l’indice de cette irremplaçable qualité morale que l’on nomme l’honnêteté intellectuelle. N’était-ce rien que d’avoir préservé l’unité de l’Europe, l’existence de l’euro et l’amitié franco–allemande  durant l’été tumultueux de 2011 avec l’effondrement financier de la Grèce et ses effets possibles de dominos ? Sur d’autres théâtres d’opérations, n’est ce rien d’avoir fait preuve d’une inflexible détermination en Côte d’ Ivoire ou en Libye ? La volonté de dénigrement systématique et méthodique conduisent inévitablement à se demander comment les auteurs de pareilles critiques auraient agi dans des circonstances analogues, aussi contraignantes, aussi dangereuses. Ils seraient peut être en droit de se comporter de cette façon – car , là encore, la mise en cause des comportements mène à l’incrimination d’une caractérologie réelle ou supposée – s'ils  pouvait se prévaloir d’une exemplarité sans faille, d’une lucidité sans intermittence, d’une volonté à toute épreuve. Le bilan en politique interne et internationale de François Mitterrand relève-t-il de cette exemplarité ? Et qui a oublié les images de Lionel Jospin lapidé à Bir Zeit ?

Nombre d’ennemis de l’actuel chef de l’ Etat et de ceux qui ne lui font grâce de rien étaient eux-mêmes aux affaires en 2002. Si l’on adoptait leurs 'standards' politiques et leurs critères idéologiques, l’on serait en droit, réversiblement, de soutenir que la présence de Jean-Marie Le Pen devant Lionel Jospin au premier tour de la Présidentielle de 2002 suffit à juger le bilan des cinq années du gouvernement de la Gauche plurielle, comme si ses acteurs de l’époque n’avait rien accompli méritant compréhension ou éloges notamment en matière de création d’emplois, même si la politique menée en matière de sécurité publique et de lutte contre les violences à caractère antisémite a été alors plus que défaillante. Si le "nom de Sarkozy" (2) est associé à tous les malheurs du monde et à ce qu’il y a de pire dans la Création, il ne faut pas s’étonner que l’on rappelle, de l’autre bord, qu’en 2002, lorsque Le Pen est passé devant Jospin, François Hollande était solidairement premier secrétaire du PS , position dans laquelle l’on conviendra qu’il rongeait son frein faute d’avoir pu occuper jamais un poste ministériel. Depuis quand celui qui a pu le moins pourrait–il pouvoir le plus, sauf à s’en auto–persuader ?

Dans le système politique français l’élection présidentielle est la plus importante. Elle demande, répétons-le, que le choix des citoyens fût éclairé par la confrontation de programmes et la comparaison des bilans, à condition d’en avoir un. L’anti- sarkozysme ne peut masquer l’absence et le défaut de l’un et de l’autre, ce que ne suffisent pas à masquer non plus les effets d’annonces à répétition et les inventions au jour le jour de mesures, fiscales ou "sociales", parfaitement clientélistes, qui font songer à ces distributions de gadgets et de ballons éphémères par la caravane du Tour de France. La France de 2012 n’est pas celle de 1981. Sans doute The Artist a-t –il obtenu 3 Oscars. Mais la nostalgie de Rudolf Valentino ne signifie pas qu’au sortir  de la salle obscure l’on soit revenu au temps du cinéma muet, de ses gestuelles comiques et de ses musiques souvent désaccordées.

(1) Rappelons le titre  fort ambigu d’Alain Badiou : "De quoi Sarkozy est–il le nom ?"
(2) Id.

L'autre exode - 1961-2011

Publié dans Devant l'histoire

par la willaya d’ Île de France du FLN  le 17 octobre 1961 et sa répression par les forces de police placées sous l’autorité de Maurice Papon, le général de Gaulle étant Président de la république, rappelle l’une des périodes les plus douloureuses de l’ histoire contemporaine de la France et il appartient désormais aux historiens et aux politistes d’en faire l’analyse aussi objective que possible. Mais l’événement survenu ce jour et surtout cette nuit-là  ne doit pas faire oublier le contexte général dans lequel il s’est produit : dans les soubresauts et parfois les accès de démence qui ont accompagné les derniers mois de l’Algérie française. Cette Algérie en déréliction, des foules entières où s’étaient retrouvées ensemble chrétiens, musulmans, juifs et agnostiques ont cru au mois de juin 1958 que le général de Gaulle allait enfin la délivrer de l’affreuse guerre où elle se débattait dans le sang et dans les cendres depuis presque quatre années déjà. Un immense espoir s’était levé dont ne peuvent douter que ceux qui n’en ont pas été les témoins directs. Pourtant dès l’allocution sur l’auto-détermination prononcée par le Général en septembre 1959, un an à peine après son discours au Forum d’Alger, l’inquiétude la plus sombre et bientôt le pur désespoir allaient s’emparer d’une population vivant quotidiennement sous couvre- feu et état de siège. Sans revenir sur les troubles, révoltes et rebellions qui allaient conduire à la création de l’ OAS, au titre de ce désespoir dont, là encore, ne sauraient prendre la mesure ceux qui n’en ont pas été l’objet, dès septembre 1961 commença donc l’exode calamiteux de plus d’un million de personnes, déracinées de leur terre natale pour être jetées sur les rivages d’une France "métropolitaine" qui allait leur conférer l’appellation catastrophiste et à contre-sens de "rapatriés". La Joliette, Marignane, Port- Vendre, Orly, Villacoublay virent ainsi des paquebots et des avions entiers, surchargés, bondés, déverser leur cargaison d’êtres perdus, les yeux vides de larmes, avec parfois des nourrissons langés dans des torchons. Et encore ceux-là avaient–ils pu sauver leur vie. Les autres, et plus particulièrement des milliers de harkis, furent abandonnés froidement, livrés à la fureur de "justiciers" qui allaient les martyriser dans des conditions qui dépassent ce que le langage pourrait en restituer.
Il y  a de cela cinquante ans maintenant.
Entre temps des livres, des films et des chansons – oui ! des chansons - ont tenté d’expliquer à quel point ceux que l’on s’était mis à désigner par l’expression de "Pieds-noirs" n’étaient pas les factieux et les fascistes qu’une intelligentsia au cœur de pierre avait sans cesse fustigés. Passant cette tragédie par pertes et profits, rapidement la France se mit à découvrir leur faim de vivre, leur accent solaire, leur cuisine partageuse, mais aussi leurs écrivains, leurs peintres, leurs enseignants, leurs médecins, leurs entrepreneurs, et le jolis minois des "filles de mon pays". Longtemps, ils vécurent avec dans l’esprit une blessure qu’ils surent faire taire, ne transmettant à leurs enfants que les fragments de cette mémoire vitale que Jankélevitch a qualifiée de "mémoire heureuse". Au bout d’un demi-siècle de reconstruction patiente et probante, le temps n’est–il pas venu, en dépit des discours bétonnés des deux histoires officielles : celle du gaullisme -qui–a-toujours–raison et celle d’une Algérie non  réconciliée, de leur rendre justice ? Bien sûr les obstacles ne manquent pas sur ce chemin : ceux que produisent le ressentiment, la peur de se déjuger, les mythologies "révolutionnaires" rémanentes virant à la mythomanie politique.

C’est la raison pour laquelle, ayant fait partie de ce million et plus de déracinés, jeté à Marignane un jour de septembre 1961, à 19 ans, sans comprendre pourquoi une pareille violence s’était déchaînée ;  alors que, bachelier, j’avais follement applaudi de Gaulle en juin 1958, sous un ciel à fasciner Matisse, j’ai entrepris, à la mort de mon père, d’écrire les trois volumes placé sous l’intitulé général des "Lieux de naissance" : "Le pays d’avant", "Les pays d’après", "Les pays d’en haut". Si le déracinement de septembre 1961 avait été une forme de mise à mort, il devenait aussi le début d’une vie autre, qui allait à son tour en engendrer de nouvelles. Et si l’expression "Lieux de naissance" est bien écrite au pluriel dans cette trilogie, c’est pour constater qu’une existence pleinement vécue nous voit naître plusieurs fois, à des vies différentes dont il s’agit alors de préserver le fil conducteur. Qu’il me soit permis de m’en expliquer.

Dans "Le pays d’avant", celui qui fut et qui reste celui de ma naissance, de mon enfance et de mon adolescence, j’ai tenté de montrer ce que pouvait être la vie en Algérie jusqu’à la Toussaint de 1954, et ensuite jusqu’au départ in extremis. Il fallait sortir des sentiers battus et des slogans rebattus, des langues de bois et des histoires militantes ;  faire comprendre à quel point la guerre d’Algérie a été une sale guerre, dont les civils ont été les cibles électives, déchiquetées par les bombes et les grenades offensives, ou raflées, déplacées, selon le cycle caïnique des  assassinats aveugles et des représailles  massives. L’Histoire telle qu’un écolier puis un collégien pouvait la percevoir n’était pas celle des livres scolaires, des communiqués préfectoraux ou militaires, ni celle qui se délitait dans les couloirs du Palais Bourbon. Cette Histoire opérait telle une broyeuse. Son visage saturnien aggravait nos épouvantes. Nous vivions des événements que nous imaginions comprendre tandis qu’ils étaient organisés selon un autre plan  dont nous n’avions pas connaissance et qui, lorsqu’il serait appliqué avec la  détermination glaciale que l’on sait, allait disloquer nos cadres de vie et jusqu’à nos plus intimes "patterns" comme disent les psychologues. C’est à ne souhaiter pour personne …

Dans "Les Pays d’après" j’ai tenté de montrer ensuite pourquoi et en quoi un pays quitté dans ces conditions ne vous quitte pas ; comment du fait d’une si violente coupure l’existence est vécue désormais en partie double, avec d’un côté un pays qui refuse de disparaître et qui se met à survivre mentalement, et d’un autre côté un pays qu’il faut découvrir dans sa réalité contraignante, sans possibilité de retour ; et comment à partir d’un clivage aussi cruel, il faut construire et reconstruire , sans rien abdiquer, sans déroger à rien, en préservant nos plus intimes fidélités car si l’ Histoire aime la viande crue, celle que lui procure une politique bouchère, elle ne dit jamais son dernier mot.

"Les pays d’en haut" constituent la reprise de cette triple histoire, personnelle, collective et inconsciente. Au bout de ce demi-siècle l’enfant et l’adolescent que nous avons été reconnaîtrait-il l’homme que nous sommes devenus ? Quoi que nous ayons préservé,  le temps qui a passé nous a transformés physiquement, intellectuellement, spirituellement. Et  lorsqu’au gré des livres précédents nous retrouvons tel ou tel être quitté il y a cinq décennies, au seuil de l’âge adulte, avec dans la tête les chansons de Paul  Anka ou des Platters, bientôt étouffées par les sirènes du port d’Alger ou d’Oran et par les vrombissements paniqués des moteurs de tant d’avions de sauvetage, sommes-nous  toujours en mesure de reprendre la conversation là où nous l’avions brutalement coupée ?

A la lumière de ces explications, dites du plus profond de soi, à l’intention des dernières générations en mesure d’en témoigner, et surtout en direction de celles qui ne doivent plus pâtir d’une mémoire vide , n’est–il pas enfin temps d’écouter et d’entendre, dans des mots qui voudraient être à la hauteur de ceux qu’eût employés un Camus ou un Anatole France, puisque jamais ni Sartre, ni Aragon, ni Mauriac qui nous ont tant jugés ne nous ont jamais rendu visite, d’écouter et d’entendre, certes, cet appel à la justice pour une population qui se croyait pleinement et irrévocablement de France ? Une population flouée, dupée et bientôt sacrifiée en provoquant l’une des plus fortes migrations forcée de l’histoire contemporaine.

(1) Michalon Editions

Veut-on la mort d'Israël ?

Publié dans De par le monde

Pour l’Etat d’Israël, créé en 1948 et membre de l’ONU – mais avec quel statut réel ? – la période qui vient de s’ouvrir est celle de tous les dangers et c’est peu de dire qu’il y va désormais de son existence. Cela ne signifie pas qu’il ne soit en mesure d’y répondre mais que la question puisse être posée, avec les inquiétudes qu’elle suscite, mérite qu’on ne s’y dérobe pas. Les Nations qui se disent démocratiques doivent prendre en ce sens la mesure de leurs énormes responsabilités. Deux sujets majeurs de préoccupations doivent alors être abordés : le revirement belliqueux de la Turquie d’aujourd’hui et l’entreprise de proclamation unilatérale d’un Etat palestinien par l'Assemblé générale des Nations Unies, mais sans l’accord de l’Etat d’Israël, dans quelques semaines.

Belliqueuse Turquie
L’attitude de la Turquie vis à vis de son allié d’hier paraîtrait simplement erratique si elle ne s’expliquait justement par le changement de régime de ce grand pays et par sa régression à l’idéologie néo-ottomane ainsi qu’à l’islamisme qui la dope auprès d’un peuple qui se cherche. Le changement était perceptible depuis que la Turquie, élection après élection, se départissait du laïcisme, plus ou moins profond, héritée d’Attaturk. Le régime actuel, celui de Recep Erdogan et de son ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davitoglu, ne laisse plus de doute. La Turquie d’aujourd’hui s’islamisme de plus en plus, par conviction, ressentiment ou par opportunisme idéologique. Elle entend le prouver en coupant méthodiquement ses liens avec l’Etat d’ Israël et en  rejoignant la coalition d’Etats ou d’organisations qui veulent, d’une manière ou d’une autre, mettre un terme à son existence, au profit d’une "grande Palestine" progressivement purgée de toute présence juive. Rien de tout cela n’est ouvertement déclaré mais il faudrait être aveugle pour ne pas discerner la finalité de ce jeu dangereux dans toutes les manœuvres, politiques, militaires, juridiques et diplomatiques en cours. Ces deniers jours le ton est fâcheusement monté, la Turquie exigeant de l’Etat d’Israël qu’il lui fît des excuses et qu’il la dédommage à la suite de l’affaire dite de la Flottille "humanitaire" du printemps 2010. Israël n’y consent pas pour plusieurs raisons dont la principale se trouve dans les conclusions du rapport Palmer commandité par l’ONU et qui conclut que dans cette regrettable confrontation  l’Etat Israël était dans son droit,  même si l’on peut regretter la disproportion des moyens utilisés par les unités qui sont intervenues sur le "Mawé Marmara" pour l’empêcher de briser le blocus maritime de Gaza. Ce blocus a pour but principal sinon exclusif d’empêcher les transferts d’armements de toutes sortes à destination du Hamas qui les utilise ensuite pour bombarder les populations civiles d’ Israël. In fine, et en prenant toutes les précautions oratoires imaginables, le rapport Palmer donne tort aux commanditaires de la Flottille faussement "pacifique" et par la même déjuge l’Etat qui en a abrité les préparatifs. D’où l’ire turque. En somme pour Recep Erdogan le droit international serait louable et glorifié lorsque le rapport Goldstone, commandité par cette même ONU, croit devoir accabler Israël à la suite de l’opération "Plomb durci" menée contre le Hamas, et il deviendrait exécrable lorsqu’il l’exonère de tout manquement à la légalité internationale et au droit de la guerre dans l’affaire du "Mawi Marmara". Vive les Etats adultes …

On comprend mieux pourquoi, dans un premier temps, la Turquie s’acharne à exiger des excuses de l’Etat d’ Israël : si celui ci s’y pliait il ôterait toute sa substance au rapport Palmer. Il permettrait ainsi à la Turquie non seulement de "sauver la face" mais surtout de légitimer son retournement d’alliance . Car à suivre la succession récente des provocations et la surenchère belliqueuse de la Turquie islamiste l’on doute que les excuses les plus plates de l’Etat d’Israël, à supposer qu’elles soient justifiées et opportunes, suffise à la faire revenir au cadre de son alliance passée. En vérité, la Turquie d’Erdogan - lequel fort de sa victoire électorale récente a mis l’armée turque, si l’on peut dire, au pas - cherche sans cesse les prétextes de rompre avec Israël et de rejoindre le "front du refus" obstinément opposé à l’existence même de cet Etat, et cela pour assumer ce qu’elle croit être sa vocation régionale de grande puissance et en rétablissant son influence sinon sa domination sur le monde arabe, comme avant la guerre de 1914 et les accords Sykes – Picot par lesquels la France et la Grande Bretagne s’étaient partagés l’empire ottoman moribond. Le plus dangereux est que Recep Erdogan tente à présent d’entraîner l’Egypte à sa suite, c’est à dire au pire, une Egypte qui peine à trouve sa stabilité après les tumultes des mois derniers et à remplir les promesses du printemps cairote. Cette reviviscence de l’impérialisme ottoman doit-elle s’imputer en grande partie aux avanies vécues par la Turquie pour son admission dans l’Union Européenne ? L’explication se retourne contre elle même car l’on imagine sans peine ce qu’il adviendrait de cette Union déjà tellement fragilisée par ses trous noirs financiers et de gouvernance en Grèce, en Espagne, en Italie et ailleurs si la Turquie adoptait vis à vis d’elle les mêmes comportements qu’au détriment de l’Etat d’Israël. L’on ne donnerait pas cher de son avenir proche. En agissant comme elle s’y autorise, la Turquie semble oublier en outre qu’elle est membre de l’OTAN. Si cette situation lui procure des avantages elle lui impose également des devoirs, à commencer par le premier, qui corrobore celui de la Charte des Nations Unies : ne pas dévoyer cette qualité d’Etat membre pour couvrir des attitudes agressives et absoudre le cas échéant des entreprises belliqueuses, au demeurant fort aventureuses. L’on ne peut exclure enfin que le revirement turc ne s’explique par l’anticipation du vote attendu de l’ONU concernant l’admission de la Palestine comme Etat membre, ce qui engagerait le décompte à rebours concernant l’existence de l’Etat d’ Israël. Là encore, la Turquie, dissociant l’exigence formulée et l’exemple qui la valide, exigerait la rétrocession de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est à l’ Autorité palestinienne tout en conservant, elle, et faute de mieux, la moitié de l’Île de Chypre malgré la non-reconnaissance de cette occupation par la communauté internationale et cela en se couvrant de son statut de membre de l’OTAN et des services qu’elle y rendrait, notamment face à la République islamique d’Iran en passe de se doter d’un armement atomique mais vis à vis de laquelle sa position est on ne peut moins claire.

Le piège onusien
S’agissant justement de l’admission d’un éventuel Etat de Palestine à l’ONU, rien ne devrait s’y opposer dans son principe sauf, précisément, les modalités et les procédés employés pour la faire aboutir. Il faut rappeler en premier lieu que toute admission comme Etat membre de cette organisation doit faire l’objet d’une demande auprès de son Secrétaire général, en établissant la compatibilité des mobiles de cette demande avec les objectifs de la Charte des Nations Unies. Pour y satisfaire, l’Autorité palestinienne dont le siège se trouve à Ramallah affirme à qui veut l’entendre qu’elle ne cherche nullement la disparition de l’Etat d’Israël, ce qui semble aller de soi s’agissant d’un Etat membre de l’ONU. Telle n’est pas la position doctrinale du Hamas et de ses satellites qui exercent le pouvoir à Gaza dont ils ont chassé Mahmoud Abbas et les siens. La destruction de l’Etat d’Israël est la raison d’être de cette organisation qui le démontre chaque jour par ses tirs de rockets et de missiles contre les populations civiles de ce pays. Il faut souligner également que la détention du soldat Guilad Shalit, par ce même Hamas redevenu partenaire de l’Autorité palestinienne, en violation de toutes les règles de la légalité internationale, devrait entacher la demande palestinienne d’un vice rédhibitoire. Ce n’est pas le seul.

Un Etat se définit par plusieurs critères dont sa population, clairement identifiée, et son territoire, clairement délimité. Ce dernier critère n’est pas satisfait s’agissant de l’ Autorité palestinienne. Celle-ci se prévaut des frontières d’avant 1967, autant dire de 1948. Cette référence est vide de sens. Il n’y pas de "frontières–de-1967". L’un des objets majeurs des négociations entre Israéliens et Palestiniens devait porter précisément sur ce sujet, comme ce fut le cas avec l’Egypte et avec la Jordanie ; des négociations qui ont abouti à des traités de paix que beaucoup dans la région voudraient torpiller à mort. Puisque ces frontières n’existent pas, est-ce à l’Assemblée générale de l’ONU d’en dicter le tracé ? Et où celui-ci passerait –il ? Lorsque l’Etat d’Israël a entrepris d’installer une barrière de sécurité pour protéger sa population contre des attaques et des attentats de caractère génocidaire, tant leurs commanditaires s’attachaient à vouloir tuer le plus de monde possible, comme ils le firent à New York, les ennemis de l’Etat d’Israël, pour lesquels la vie de ses habitants compte pour rien, ont jeté les hauts-cris en arguant du fait que la tracé de ce mur préemptait le tracé de futures frontières avec un Etat de Palestine. Cela montre bien que cette frontière, au sens du droit international n’existe pas. Et à quel titre réclamer la moitié de Jérusalem ? L’emprise de l’Islam sur cette ville est un pur fait de conquête militaire lequel pour s’être produit au IXème siècle de l’ère chrétienne ne change pas de nature. Autrement pourquoi l’Espagne catholique a t-elle entrepris au XVème siècle la Reconquista de son propre pays contre l’occupant venu de l’autre côté de la Méditerranée et de plus loin encore ? Sans parler du "droit au retour" qui consiste essentiellement à introduire une bombe démographique dans un Etat auparavant intiment fragilisé par ces découpages et ces vivisections. Quel Etat au monde, souverain au sens du droit international public, accepterait un tel diktat ? Il est vrai que l’Etat d’Israël est le seul de son genre dans l’arène onusienne où ses ennemis vont tenter de le laminer sous un vote "multitudinaire". Mais tant vaut la procédure, tant vaut le droit véritable. En ce domaine, il importe de s’interroger sur le fonctionnement véritable de l’ONU.

Face à cette  stratégie du laminoir par laquelle la diplomatie onusienne n’apparaît plus que comme la poursuite du "politicide" par d’autres moyens, les Etats-Unis, quelque peu défrisés par la comportement de son allié turc, ne laissent pas douter pour l’heure qu’ils opposeront leur veto à la demande palestinienne. Qu’à cela ne tienne : ce veto, parfaitement légal, sera contourné en sollicitant l’Assemblée générale, selon l’esprit de la fameuse "Résolution Acheson", et la faire fonctionner telle un rouleau compresseur. Afin qu’elle ne soit pas détournée de son sens, il faut souligner que la dite Résolution, en sa première occurrence, est indissociable du climat de la Guerre froide qui sévissait alors et de l’obstruction systématique de l’ Union soviétique au Conseil de sécurité. Est-ce à une obstruction de cette sorte que s’assimilerait le veto de l’administration Obama, d’un Président empathique et considéré au début de son mandat comme un soutien actif de la cause palestinienne ? Quel est, en effet, le fonctionnement effectif de cette Assemblée générale où est sollicité le vote de 190 Etats membres contre un seul ? Vote ou lynchage ? Et comment apparaît sa composition réelle ? La Conférence islamique mondiale y préempte déjà et avant tout débat, mécaniquement et par solidarité confessionnelle, les votes de près de 60 Etats membres, répartis sur pratiquement toute la planète, et dans lesquels se retrouvent outre l’Arabie saoudite, le Gabon et l’Azerbaïdjan et où la Russie a statut d’observateur. Parmi ces Etats, et au titre de cette solidarité mécanique, figurent l’Egypte et la Jordanie dont le vote grégaire et quelque peu hivernal violenterait l’esprit et la lettre des Traités de paix signés avec Israël. La Conférence islamique interfère intrinsèquement avec les quelques 60 Etats de l’Union Africaine. Plusieurs Etats sont membres simultanément des deux organisations qui se font fort alors d’agir comme leviers auprès d’autres organisations ou Unions à commencer par l’Union Européenne. Au sein de l’Union, la position de l’Allemagne s’avère sans ambiguité, au contraire de la France qui laisse planer le doute au titre de ses propres intérêts dans la région. On relèvera au passage la décision de pays comme la Grèce ou l’ Espagne de soutenir la création d’un Etat, palestinien ou autre, alors que leur économie s’effondre ou menace ruine et que leur propre Etat est impuissant à y faire face. Comment dans de telles conditions et avec une si fausse règle du jeu ne pas obtenir plus des 150 et quelques votes nécessaires pour cette admission en force, et cela contre un Etat seul de son genre et auquel ses ennemis, à commencer par l’Autorité palestinienne, dénient son identité avec son Histoire ?

Le but de la manœuvre ne se limite pas à l’admission d’un Etat de Palestine sans passer par des négociations avec le principal Etat concerné. Quelles que soient les conditions, parfaitement déloyales, dans lesquelles un tel vote serait obtenu auprès de l’Assemblée générale, dès lors que l’Etat d’Israël ne l’entérinerait pas, l’on ne peut douter qu’il sera systématiquement invoqué pour stigmatiser cet Etat encore plus férocement qu’il ne l’est aujourd’hui comme transgresseur continu de la légalité internationale, serait- elle établie par des procédés aussi spécieux. Par suite toutes les décisions de ses gouvernants, y compris celles relevant de sa légitime défense, seraient prétexte à citation devant la Cour Pénale internationale. Serait inaugurée ainsi une ère de persécution planétaire qui lui mettrait à charge sa propre existence. Une vieille histoire ?
C’est pourquoi il importe d’une part que les démocraties dignes de ce nom ne se prêtent pas à cette tentative d’assassinat diplomatique et d’autre part que les dirigeants de l’Etat d’Israël ne laissent s’établir aucune incertitude sur leur volonté de préserver sa propre existence. La solution dite "des deux Etats" ne peut résulter que de négociations directes entre les parties concernées. Le bon sens est de les y inciter ou de les y ramener par des arguments qui procèdent effectivement de la notion de civilisation internationale. L’ONU, titulaire du prix Nobel de la paix, se déconsidèrerait et s’engagerait dans une voie sans issue analogue à celle où avait péri sa devancière : feue la Société des Nations si elle se transformait en machine de guerre contre l’un de ses membres, faute d’un gouvernement qui sût faire respecter l’esprit et la lettre de sa propre Loi. Faute de quoi, il est facile d’établir la liste des Etats qui suivraient le sort de l’ Etat d’Israël, si le moins du monde celui-ci s’y résignait.

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