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HADDAD  Mezri

HADDAD Mezri

Né le 2 juillet 1961
Marié - 2 enfants
 
Philosophe
Ancien Ambassadeur


Doctorat de philosophie morale et politique
   Problématique des rapports entre l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel dans l’Islam et dans le Christianisme.
DEA de philosophie morale et politique
   Matérialisme historique et lutte des classes chez Karl Marx
Maîtrise de philosophie morale et politique
   L’idéologie communiste et l’islamisme : analyse et perspective. Une étude politico-philosophique 
Maître de conférences en théologie catholique (Premier candidat de tradition musulmane qualifié)
 
Réalisateur et maquettiste de la Revuede la Radio Télévision Tunisienne (1982-1983)
Chercheur au Centre de recherche sur la Pensée antique (grecque), associé au CNRS (1991-1994)
Chercheur au Centre d’histoire des sciences et des philosophies arabes et médiévales, associé au CNRS (1999-2001)
Enseignant d’histoire à Paris VII - Denis Diderot, UFR Géographie, Histoire et Sciences de la Société (1999-2001)
Conseiller politique auprès de la rédaction de l’hebdomadaire indépendant Réalités (depuis 2000)
Ambassadeur de Tunisie auprès de l'UNESCO
 
Ouvrages
Introduction à la pensée islamique - ouvrage d’Histoire des idées politiques (1990, réédition 1991 et 1992)
Islam et athéisme, dans Rétrospective (2000)
Le politique est coupable, pas le religieux - ouvrage collectif intitulé L’islam est-il rebelle à la libre critique ? (2001)
Symbiose et non osmose, diversité et non dilution - ouvrage collectif intitulé "Arabofrancophonie" (2001)
Du théologico-politique comme problématique commune à l’islam et au christianisme –
      ouvrage collectif intitulé Pour un Islam de paix (2001)
Réflexion sur l’islam et le christianisme dans leur rapport au personnalisme –
      ouvrage collectif intitulé La Personne et son avenir (2002)
Non Delenda Carthago - Carthage ne sera pas détruite - Autopsie de la campagne antitunisienne (2002)
Rôle du dialogue des religions pour asseoir les fondements de la paix –
      ouvrage collectif intitulé Du dialogue euro-arabe, exigences et perspectives (2003)
L’information et la continuité culturelle entre les Arabes et l’Occident (2004)
Tunisie : des acquis aux défis - ouvrage collectif (2004)
Violence anomique ou violence atavique ? –
      ouvrage collectif (direction de Raphaël Draï et J-François Mattéi) intitulé La République Brûle-t-elle ?
Essai sur les violences urbaines françaises (2006)
Genèse de la dissidence dans l’islam des origines - Préface au livre La grande discorde de l’islam (2006)
Peut-on considérer le Comparatisme comme pierre angulaire du dialogue entre les religions et les civilisations et comme  
     fondement éthique et épistémologique de la Tolérance ? – ouvrage collectif intitulé Dialogue des Religions d’Abraham pour la
     tolérance et la paix (2006)
Du théologico-politique dans l’islam et dans le christianisme (2007)
Histoire universelle des idées politiques (2 volumes), en négociation avec Grasset et La Table Ronde (2007)
La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident : une alliance à haut risque (2012)
 
Nombreuses collaborations
Près de 500 articles publiés dans les domaines culturel, politique et relations internationales, dans la presse écrite arabe (Al-Moharrer, Al-Hayet, Al-Watan,Réalités, Al-Quds) et française (Libération, Le Figaro, Le Monde, Jeune Afrique, Marianne, Le Point, Afrique Asie…)
dont :
 
Religion et politique - Jeune Afrique n° 1979 - 15-21 décembre 1998
Discours de la méthode islamiste - Marianne - 3 janvier 1999
Voile islamique : la loi au-dessus de la foi - Le Figaro - 14 octobre 2003.
L’islam, otage des talibans – Libération - 21 mars 2001
Allah, que de crimes en ton nom ! - Le Monde - 9 mars 2001
La Tunisiene vit pas un cauchemar - Le Monde - 6 février 2001
Le virus théocratique - Le figaro - 3 octobre 2001
Les leçons d’un attentat - Le Figaro - 20 avril 2002
Du droit-de-l’hommisme - Le Figaro - 4 novembre 2002
Aux sources du refus français - Le Figaro - 26 février 2003
L’intégrisme, une chance pour la laïcité ! - Le Figaro - 20 février 2004
Un spectre hante l’Hexagone : l’activisme islamiste - Le Figaro - 28 juin 2003
Par-delà le Bien et le Mal – Libération - 19 septembre 2001
Prélude au choc des civilisations – Libération - 15 avril 2003
Europe-Turquie : le marchand de tapis et la stripteaseuse – Libération - 31 décembre 2004.
Discours américain et méthode tunisienne - Le Figaro - 28 mars 2005
SMSI : les véritables enjeux de Tunis - Tribune de Genève - 30 septembre 2005
La Shoah, second péché originel ou l’humanisme en question - Réalités n° 1042 - 15 décembre 2005
Islamisme et démocratie : lequel dissout l’autre ? - Le Monde - 4 février 2006
Vrais et faux ennemis de l’islam – Libération - 26 septembre 2006
Plaidoyer pour une éthique de la responsabilité - Le Figaro - 6 octobre 2006
Les limites de la perestroïka turque - La Libre Belgique - 8 novembre 2006
Les effets pervers d’une loi vertueuse - Le Soir (Belgique) - 18 octobre 2006
 
Conférences
En FRANCE, Université Paris II-Assas, Université Paris IV-Sorbonne, Université Paris VII-Jussieu, Maison universitaire du Maroc (Paris), Centre culturel égyptien (Paris), Institut du Monde Arabe (Paris), UNESCO (Paris), Institut Hannah Arendt (Paris), HEC (Jouy en Josas), Sénat (Paris)
en BELGIQUE, Université Libre de Bruxelles
en GRANDE BRETAGNE, London School of Economics
au CANADA, Université Laval
aux ETATS-UNIS, Georgetown University
au QATAR, Palais des Congrès
en TUNISIE, Faculté de Droit et de Sciences Politiques, Institut de Presse et Sciences de l’Information, Institut supérieur de Théologie (Tunis), …
en SUISSE, au Palais des Nations Unies (ONU, Genève)
 
Membre-Sociétaire de la Société des Gens de Lettres de France (SGDL), fondée en 1838 par H. de BALZAC et V. HUGO
Membre du Conseil d’Administration de Daedalos Institute of Geopolitics, Nicosie, CHYPRE
Membre fondateur de l’association Synergie France-Tunisie (Paris)
Fondateur et Secrétaire Général du CLPFT, le Cercle des Libres Penseurs Franco-Tunisiens (Paris)
Membre du Rassemblement des écrivains arabes
Membre de la Fondation des philosophes arabes.

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L'opportunisme d'E. Macron

Publié dans Du côté des élites
L'opportunisme d'E. Macron

Emmanuel Macron a pris ce jeudi la tête des sondages en vue de l'élection présidentielle. Pour Mezri Haddad, le candidat ne doit sa popularité qu'à un brillant opportunisme et une stratégie consistant à plaire à tout le monde, quitte à dire tout et son contraire.
 
Le disciple clandestin de Paul Ricoeur serait à la fois philosophe et politique, Messie et antéchrist, jésuite et existentialiste, théoricien et pragmatique, libéral et socialiste, apparatchik et prolétaire, banquier et marxiste, tiers-mondiste et atlantiste, nationaliste et cosmopolite, identitaire et islamophile, révolutionnaire et gradualiste, droit-de-l'hommiste et jacobin, individualiste et holiste, moraliste et laxiste, progressiste et conservateur, sarkozyste et hollandien, pourfendeur du "système" et, en même temps, sa quintessence. Il faut vraiment maîtriser l'art de la prestidigitation pour réunir dans le même couffin le prolétariat et les banquiers, Friedrich Hayek et Karl Marx, Raymond Aron et Jean-Paul Sartre !
Sans doute faut-il incarner tout cela, ou plus exactement le simuler, pour espérer ratisser large et capter les voix de la France qui souffre et celle qui se délecte ; le vote du travailleur qui se lève tôt et du chômeur qui se couche tard, celui du prolétariat et du capitalisme, celui du policier qu'on stigmatise et du brigand qu'on exalte, celui du professeur qu'on culpabilise et de l'élève qu'on autorise, celui de l'entrepreneur qu'on gruge par les impôts et du paria qu'on gave par les aides sociales, celui du Jean qui grogne et du Jean qui rit, celui de la France d'en bas et celle d'en haut, comme le disait si justement le maître et défunt ami, Philippe Séguin.
 
Après tout, vouloir ratisser large, c'est concevable et même légitime dans la logique machiavélienne, lorsque la fin doit justifier les moyens et que le but ultime de l'action politique consiste à se loger au palais de l'Élysée. Courir derrière toutes les idéologies, valeurs, catégories, professions et strates sociales pour attraper le pouvoir, cela peut se comprendre. Telle est l'essence même de la démocratie depuis que les Athéniens ont eu la mauvaise idée de l'inventer, nonobstant les avertissements de Socrate et les injonctions de Platon. En démocratie, toutes les voix se valent même lorsque les voies divergent ! Dans une formule qui embarrasse la gauche intellectuelle, qui a fait de Rousseau le précurseur de la révolution et de la démocratie, ce dernier dit : "S'il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un régime si parfait ne convient pas à des hommes" !
Être tout et son contraire, est un signe de progrès en cette époque de décadence, une preuve de génie en ces temps de leucémie morale, intellectuelle et politique, une marque de brillance en ces moments des Lumières éteintes. Mais à force de vouloir être tout, on finit par n'être rien, si ce n'est une création ex nihilo des faiseurs occultes de rois et des permanents de la révolution permanente.
 
Monsieur Macron a commencé sa très longue marche vers le pouvoir, il y a quelques mois, par une page Facebook et un essai hautement philosophique et politique intitulé Révolution. Quitte à plagier Tocqueville, il aurait été préférable de le titrer L'Ancien régime et la révolution, le régime hollandiste dont il n'est que l'émanation machiavélique. Commencer ainsi pour se trouver aujourd'hui mieux noté que François Fillon dans les sondages et hypothétiquement face à Marine le Pen au second tour, cela relève du miracle et dénote chez lui des qualités intrinsèques indéniables, ainsi qu'un sens aigu de l'opportunisme. Sans aucune ironie, monsieur Macron est respectable dans son ambition, louable dans son abnégation et parfait dans sa marche. Mon illustre ancêtre carthaginois, Saint Augustin, disait bien en substance, "Marche, même lorsque tu ne vois pas ta route, car la route n'existe que par ta marche". Le problème est que cette marche d'Emmanuel Macron a été aussi courte que celle de Mao Zedong fuyant l'armée nationale révolutionnaire de Tchang Kaï-chek !
 
Désirer le pouvoir, c'est d'autant plus légitime et honorable pour un jeune de 39 ans que l'ère est au jeunisme, comme ce fut le cas de Barack Hussein Obama aux États-Unis, et comme c'est le cas aujourd'hui du Canada avec Justin Trudeau, du Qatar avec Tamim, et de la Corée du Nord avec Kim Jong-un ! Encore faut-il en avoir l'étoffe et en incarner la majesté. Vouloir le pouvoir pour une révolution libérale dans la continuité socialiste ?
Tel semble être le cas lorsqu'on regarde de près les bribes du programme électoral d'Emmanuel Macron. Sur le plan économique, on ne sait toujours pas s'il appartient à l'école libérale, au marxisme, au keynésianisme, ou à la théorie des organisations. Sans doute est-il la synthèse magistrale de ces quatre principales visions économiques. Et c'est peut-être pour cette raison que son passage à la tête du ministère de l'Économie a laissé derrière lui près de 600 000 chômeurs de plus. Serait-ce l'une des conséquences du dérèglement par les entreprises transnationales qu'il prône dans son projet programmatique?
Mais c'est sur les questions névralgiques de l'identité nationale, du relativisme culturel, de l'immigration, de la nationalité, des banlieues, du communautarisme, de la "discrimination positive", que le changement libéral dans la continuité socialiste est le plus perceptible. Lors de son déplacement aux Mureaux, et dans ce qu'il a appelé la "reconquête culturelle" des banlieues, Macron a plaidé pour une "politique assumée de discrimination positive" en faveur des habitants des quartiers dits sensibles car, "ce que veulent les banlieues, nos concitoyens, qu'ils soient de la France rurale, des villes moyennes, c'est accéder à leur part de réussite du pays. Or on ne leur a plus donné cette chance. Je veux leur redonner".
De même que dans son récent entretien fleuve à l'AFP, il a affirmé que "La droite a parlé à la France qui réussit, la gauche a parlé à la France populaire, la plus en difficulté", ce qui a conduit au clivage droite-gauche, "qui s'est fracassé sur cette France périphérique".
 
Après la laïcité positive, voici revenu la symphonie anesthésiante et l'empathie jésuite de la discrimination positive. Celle-ci, est-il besoin de le démontrer, est l'exact contraire de la méritocratie ; c'est la dogmatique qui est aux antipodes même de la philosophie du mérite et du labeur. Pis encore, elle introduit un nivellement par le bas et une discrimination négative entre le brillant et le cancre, entre le riche et le pauvre, entre celui qui désire s'arracher au déterminisme social par sa volonté de vaincre le destin, et celui que la Providence a fait naître dans un milieu économiquement aisé.
Il me semble bien pourtant avoir entendu Macron dire que "le meilleur moyen de se payer un costard, c'est de travailler" ! Beaucoup de ceux dont la gauche en général courtise les voix ont un travail de nuit comme de jour : le vol et les indemnités sociales. L'on sait par ailleurs ce que la sempiternelle discrimination positive a généré à Science Po : au "Hijab Day", en avril 2016 et en réaction au souhait de Valls d'interdire le voile dans les universités.
Histoire en contraste radical avec le "Hijab Day", celle d'un jeune français de 24 ans, qui m'a pris il y a un mois dans son véhicule Uber. Il était 2h du matin. Ce jeune travaille nuit et jour pour gagner sa vie et aider ses parents. En discutant avec lui, j'apprends qu'il est pilote de ligne, sorti il y a un an premier de sa promotion. Tous ses camarades de promotion ont trouvé un boulot chez Air France et dans d'autres compagnies aériennes. Mais pas lui. Il s'appelle Mehdi et il est franco-marocain !
En matière de droit de vote des étrangers, et pour tacler François Hollande, Macron - qui se dit favorable à une telle mesure - a affiché sa préférence pour "que l'exercice de la citoyenneté se fasse d'abord par l'accès à la nationalité avec un vrai examen de maîtrise de la langue". En d'autres termes, puisque mon ex président a échoué à imposer cette mesure impopulaire mais ô combien profitable électoralement, nous allons la réaliser autrement : moyennant un test de langue, offrir la nationalité aux migrants, afin qu'ils puissent voter en toute légalité. C'est en effet subtil et même remarquable de contourner la Constitution par un tour de passe-passe linguistique, et pourquoi pas géométrique !
 
Monsieur Macron ne semble pas être conscient du fait que le problème n'est pas celui de la langue, mais de l'atavisme culturel et religieux qu'elle recèle. La langue, ce n'est pas uniquement un moyen de communication ou une manifestation phonétique. C'est surtout une âme, un esprit, une histoire, une civilisation, des valeurs. Le candidat refoulé du parti socialiste devrait réécouter le discours aux intonations renaniennes de Manuel Valls, en novembre 2016 : "être français, c'est aimer la France… c'est faire sien l'héritage qui vient de très loin… c'est avoir le cœur qui se serre quand retentit la Marseillaise". Il est vrai que Macron s'était nettement démarqué de son ancien Premier ministre au sujet de la déchéance de nationalité pour les terroristes et les mercenaires de Daech.
En réalité, les chantres du républicanisme, de l'égalitarisme et du laïcisme courtisent le vote des "Français de la diversité", comme ils disent. Ce faisant, ils se comportent consciemment ou involontairement en communautaristes, ce fléau et péril qu'ils prétendent combattre par ailleurs, et qui est l'une des couveuses de l'islamo-fascisme et de l'islamo-terrorisme en France.
 
Dans cette compétition électorale, il y a le candidat de la feuille de route, celui de la feuille de soin, celui de la feuille de paie, celui de la feuille de suivi, et celui de la feuille de chou… bio. Selon Macron le démiurge, François Fillon a "la radicalisation du discours en matière de sécurité et d'identité, et la décision stratégique de poursuivre le Front national". Outre le fait que le candidat de la droite républicaine est dans le sens de l'Histoire et dans la trajectoire de la société, n'est-il pas indécent de porter de tels propos réducteurs, d'autant plus que leur auteur est lui-même dans braconnage électoraliste pour piquer des voix à Madame Marine le Pen, la seule à assumer haut et fort ses idées patriotiques. Si le Front national est si "dangereux" et "détestable" aux yeux des dépositaires de la conscience française, pourquoi donc cherchent-ils à séduire son électorat, qui est - je le signale au passage - inconversible et inconvertible, pour emprunter cette expression aux banquiers ?
En bon banquier précisément, le Messie rédempteur de la religion socialiste résonne en termes de parts de marché électoral et de retour sur investissement. Il risque de faire faillite et de décevoir ainsi le philosophe Rothschild… et le banquier Platon.

Paru sur Figarovox, 10 mars 2017

F. Fillon, victime expiatoire

Publié dans Du côté des élites
François Fillon, victime expiatoire de la crise des démocraties libérales ?
 
Que ceux qui essayent d'éliminer le redoutable concurrent qu'est François Fillon s'inspirent de l'exemple américain : les Démocrates ont tout fait pour écarter des présidentielles Bernie Sanders. Résultat, ils ont eu Donald Trump… pour le meilleur ou pour le pire !
 
Et si le procès que l’on fait au candidat des Républicains n’était en fait que le procès de la démocratie ?  Et si ce procès sans juge, sans avocat, sans partie civile et sans tribunal - si ce n’est la Haute cour médiatique et ses résonnances cybernétiques - n’était en réalité que celui de la démocratie en général, voire du régime démocratique dans son essence, depuis que Platon en a disséqué le corps et sondé l’esprit ? Et si l’affaire n’était en réalité que le reflet de ce grand Malaise dans la démocratie, remarquablement analysé par Jean-Pierre Le Goff ?   
En d’autres termes, ce n’est pas tant l’attitude supposée d’un François Fillon qui serait à blâmer, encore moins à lyncher publiquement, mais le système démocratique lui-même qui est à repenser, à expurger et à réformer, parce qu’il est porteur des germes de sa propre auto-corruption et que les dérives de la démagogie, du populisme, du clientélisme et du népotisme sont inscrites dans ses chromosomes, constituant ainsi son péché originel.
 
Par-delà l'affaire elle-même, dont le dénouement n’appartient qu’à la justice, il faudrait s’abstenir d’occire l’ennemi et de frapper l’hostie, pour se pencher sur l’essentiel : la crise de la démocratie libérale dont l’affaire Fillon n’est que l’un des symptômes.  
Malheur à celui par qui le scandale arrive : le grand paradoxe ou injustice est que cette réforme fondamentale de la démocratie parlementaire et postmoderne est portée par celui que certains stigmatisent et que d’autres culpabilisent, non guère par vertu mais par haine de classe, comme dirait leur très cher Marx, et surtout par calcul bassement politicien. Serait-ce parce qu’il dénonce cette corruption éminemment plus grave et dévastatrice pour la France, à savoir celle des valeurs, des idées, de la civilisation, de l’identité, de la laïcité, de la République… qu’on cherche à le discréditer par la casuistique moralisante d’une hypothétique prévarication ?
 
Il n’y a pas pire bassesse que de disqualifier un adversaire politique sans livrer bataille. Il n’y a pas pire lâcheté que d’éliminer un candidat sans l’affronter à visage découvert, sur les idées qu’il défend et sur le programme qu’il préconise pour relever un pays économiquement exsangue, sécuritairement exposé, socialement atomisé, culturellement agressé et spirituellement anesthésié. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Et cela vaut aussi bien pour François Fillon que pour tous les hommes politiques, depuis Valéry Giscard d’Estaing jusqu’à Dominique de Villepin, en passant par Pierre Bérégovoy dont on avait "livré aux chiens l’honneur" pour reprendre cette formule à Mitterrand. Combien d’hommes d’Etat ont été jugés et exécutés sur une présomption, une délation fallacieuse, ou même un égarement moral, et jamais sur leurs compétences intrinsèques et à plus forte raison sur leur patriotisme ? Les hommes, tous les hommes ont leurs titres de noblesse et de faiblesse.

Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre, enseignent les Evangiles que le laïcisme honni et que le gauchisme méprise. Plutôt que de voir la paille dans l’œil de Fillon, les archanges de la pureté morale et autres Torquemada de la vertu devraient regarder la poutre dans leurs propres yeux. La quasi-majorité des élus de droite comme de gauche emploient des proches ou intercèdent en leur faveur pour les faire embaucher dans telle ou telle ministère ou entreprise. Ce n’est pas un crime ni un délit.
C’est un habitus, une tentation humaine, trop humaine pour susciter autant de calomnies et de lynchage médiatique n’épargnant ni un homme présumé innocent jusqu’à preuve du contraire, ni son épouse, ni ses enfants.
 
Il est parfaitement clair que dans cette cabale très bien ficelée et synchronisée, les gardiens de la vertu et de la pureté ont ciblé l’épouse pour atteindre le candidat à la présidence. Mettre à mort un adversaire politique, ce n’est pas nouveau dans le rituel "démocratique". Si la démocratie athénienne a fait son entrée dans l’Histoire par la condamnation à mort de Socrate, la démocratie française a inauguré son règne par la décapitation de Louis XVI et de son épouse, Marie-Antoinette, celle que la horde appelait l’étrangère et que l’élite souillait par la vraie fausse "affaire du Collier". Dans ce que certains qualifient déjà de "Penelopegate", il y a beaucoup de violence symbolique et il y a également du non-dit qui joue sur le ressentiment populaire, sur l’atavisme instinctif et sur la mémoire collective !   
 
A supposer qu’il y eut "faute", nonobstant le caractère parfaitement légal d’embaucher son conjoint, tout homme a droit à l’erreur précisément parce qu’il est humain. Même pour les sacro-saints Papes, l’infaillibilité est un dogme, pas une essence. Mais, comme le disait si justement Shakespeare, "Sois aussi chaste que la glace et aussi pur que la neige, tu n’échapperas cependant pas à la calomnie". La politique est intrinsèquement violente et dans l’éthique de certains, tous les moyens sont bons pour éliminer un redoutable concurrent qui pourrait mettre fin à leur pouvoir et provoquer le redressement politique, économique, diplomatique et civilisationnel de la France. Mais attention aux effets d’agrégation : aux Etats-Unis, les Démocrates ont tout fait pour écarter des présidentielles Bernie Sanders. Résultat, ils ont eu Donald Trump…pour le meilleur ou pour le pire !
Publié sur Atlantico, 6 février 2017 envoyé par l'auteur

Dans la mare pétrolière du Qatar

Publié dans Du côté des élites
Un pavé dans la mare pétrolière du Qatar
 
Mezri HADDAD, philosophe et directeur du Centre International de Géopolitique et de Prospective Analytique (CIGPA)
 
Il y a les aphorismes de Sénèque, les pensées de Pascal, les essais de Montaigne, les propos d'Alain... et les adages de Séguéla ! Parmi les plus célèbres, cette perle relative à l'ancien héritier sans héritage du gaullisme, Nicolas Sarkozy : "Si, à cinquante ans, on n'a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie". De quoi motiver certains ambassadeurs qataris, susciter certaines vocations et donner des envies suicidaires à 95 % de la population française, y compris les philosophes, les polytechniciens, les universitaires et les professeurs de médecine qui ne portent pas de Rolex ! Mais pas à un certain nombre de ministres, de députés et de sénateurs qui ont bien retenu la leçon hédoniste du philosophe Jacques Séguéla.
 
A croire les révélations nauséabondes de Christian Chesnot et Georges Malbrunot dans leur dernier livre Nos très chers émirs, il y aurait des ministres, des députés et des sénateurs qui ont réussi leur vie plusieurs fois ! Plus exactement tous les ans, lorsqu'ils recevaient notamment une Rolex des mains de l'ancien ambassadeur du Qatar en France, Mohamed Al-Kuwari, qui a passé dix années à Paris (2003-2013) à distribuer cadeaux onéreux, enveloppes et "bons d'achats dans les grands magasins" à des élus et à des ministres qui étaient vraiment dans le besoin. Nommé depuis 2013 ambassadeur aux Etats-Unis, cet orfèvre de la diplomatie du carnet de chèque aurait corrompu plusieurs figures de l'élite républicaine, et pas seulement celles que les auteurs livrent en pâture dans leur réquisitoire !
Bien des noms "illustres" de la classe politique de gauche comme de droite, qui broutaient dans les mains du diplomate bédouin, sont en effet épargnés par les auteurs faute de preuves. Et qui aurait fourni les preuves accablantes si ce n'est le nouvel ambassadeur de l'émirat islamo-mafieux, nommé en France en 2013 pour y faire le grand nettoyage au Karcher et donner une meilleure image de son pays désormais gouverné par le jeune émir Tamim, un réformateur, qui "se veut prudent dans sa politique tant extérieure qu'intérieure". D'où le dosage bien méticuleux des noms qu'il faut sacrifier parce qu'ils ne sont plus utiles à la propagande qatarie, et ceux qu'il faut préserver et occulter parce qu'ils peuvent encore servir dans l'avenir la "démocratie" qatarie. On coupe les branches mortes et on épargne le tronc et les jeunes pousses.
 
Ce n'est peut-être pas leur objectif premier, mais le brulot de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, édité chez le même éditeur que Qatar-France. Une décennie de diplomatie culturelle, 2003-2013 ( !), ressemble fort bien à une tentative de restauration et de rénovation de l'édifice qatari, un régime oligarchique islamo-mafieux, qui a gangréné la France par l'argent... et par l'islamisme "modéré", et dont l'image en France ainsi que dans le monde n'est plus aussi phosphorescente qu'auparavant. A moins que la politique du jeune Tamim soit désormais effectivement et authentiquement aux antipodes de la politicaillerie nuisible et destructrice qui a été menée durant dix sept ans par les deux Hamad, son père Ben Khalifa al-Thani et son oncle Ben Jassem, l'intarissable financier des Frères musulmans et le pourvoyeur de fonds des islamo-terroristes "modérés" en Syrie, en Irak, au Maghreb, en Afrique et peut-être même en Europe !
Que le fils de son père et de sa mère Mozza ait changé, c'est tout à son honneur et c'est après tout à fait possible et souhaitable. C'est du moins ce que laisse entendre son cousin et ambassadeur en France, Meshaal al-Thani, qui a été nommé depuis septembre 2016 ambassadeur du Qatar aux Etats-Unis, le pays de l'Ethique protestante et de l'esprit du capitalisme ! Selon ce Qatari dont la fin de mission diplomatique en France coïncide étrangement avec la sortie du livre Nos très chers émirs : "Je n'ai jamais vu cela auparavant ! J'ai fréquenté des politiques partout ; mais aucun ne s'est comporté comme certains Français, aucun ne m'a demandé de l'argent aussi abruptement, comme si c'était naturel, comme si on leur devait quelque chose ! On n'est pas une banque...On me demande à Doha de lutter contre la corruption, je ne suis pas là pour régaler les hommes politiques français...", qui prennent l'ambassade pour un "distributeur de billets de 500 euros".
Et il s'en lava les mains tel Ponce Pilate ! Si les serviles serviteurs du Qatar, aujourd'hui lâchés par la mère nourricière, avaient lu un tant soit peu Ibn Khaldûn, ils auraient été un peu plus prudents dans leur relation pécuniaire et épicurienne avec les bédouins de Doha. Le grand précurseur du matérialisme historique et de la sociologie politique avait écrit des pages exquises sur la "fidélité" et la "loyauté" des bédouins du Machrek et du Maghreb.
 
Ainsi, ce n'est plus le péché originel des corrupteurs qui ont pourri la politique, la religion, la diplomatie, la culture et le football par leur pétrodollars, qui est dénoncé, mais la faute aux corrompus dont la prévarication boulimique n'a d'égale que leurs interminables homélies dédiées à la démocratie et leurs odes à la gloire des droits de l'homme... blanc, chez l'Arabe et chez l'Africain. Au pays des Lumières et des valeurs universelles, seules les valeurs boursières semblent avoir survécu... chez les "rolexés"!
Pecunia non olet disait l'empereur romain Vespasien. Si l'argent en général n'a pas d'odeur, celui du Qatar en avait une qui était particulièrement pestilentielle. Et si l'étendue de la prévarication se limitait uniquement à certains élus et ministres de gauche comme de droite, dont le Qatar a balancé les noms, le mal ne serait pas si grand. La corruption en général et pas seulement celle qui émanait du Qatar, a touché indistinctement certains droit-de-l'hommistes, certains avocats, chercheurs et ramasseurs des biens dits mal acquis des autocrates arabes et africains, certains hauts fonctionnaires du Comité olympique, certains écrivassiers, et certaines brebis galeuses de la corporation journalistique, notamment celle qu'on avait prise la main dans la maroquinerie marocaine et qui est devenue depuis la conseillère en communication de l'homme fort de Tripoli, Abdelhakim Belhadj, un ancien d'Al-Qaïda reconverti dans l'islamisme "modéré" et dans l'affairisme outrancier !
 
C'est qu'avant d'être une idéologie totalitaire, théocratique et prosélyte, l'islamisme est d'abord une question de business et d'affairisme véreux. Bien plus grave que les Rolex, les enveloppes, les billets d'avion et les bons d'achats distribués à gauche et à droite, le livre de Chesnot et Malbrunot évoque aussi le financement des mosquées en France et la concurrence pour le contrôle de l'Islam au pays de Voltaire, entre deux frères ennemis, le Qatar et les Emirats Arabes Unis. Le premier pays investissant dans le salafisme et dans la secte des Frères musulmans, et le second pays, dans un Islam quiétiste et compatible avec les valeurs de la République. Signe qui ne trompe pas et qui accrédite la thèse des auteurs suivant laquelle le Qatar a vraiment changé : l'Observatoire de Nabil Ennasri, caisse de résonnance de Qaradaoui et de Tariq Ramadan en France, n'est plus en odeur de sainteté chez les qataris. Taquiya (duplicité), un art dans lequel les Frères musulmans excellent, ou changement idéologique et stratégique réel ?
 
Nos très chers émirs, est un livre qui lève un coin du voile (islamique) sur les turpitudes de l'émirat gazier et la concussion de certains hommes et certaines femmes politiques. Il confirme aussi un trait ontologique au système démocratique, ce qui constitue même son principal talon d'Achille, à savoir la corruption. "Tout ce qui naît est soumis à corruption" disait Platon, pour lequel la démocratie est le pire des régimes politiques précisément parce qu'il est, selon le disciple de Socrate, le régime le plus licencieux et le plus corrompu.
Dans les cercles mondains et diplomatiques, on raconte cette anecdote sur les ambassadeurs : la première année de sa nomination, un ambassadeur travaille pour son pays, la seconde année pour le pays d'accueil, et les années qui suivent, pour son propre intérêt. Je termine par cette anecdote car l'ambassadeur au chômage que j'étais devenu après ma démission le 13 janvier 2011 a rencontré Mohamed Al-Kuwari, le philanthrope du microcosme parisien. "Le régime tunisien, c'est terminé. Pensez maintenant à votre avenir ; j'ai demandé à vous voir pour vous tendre la main", m'avait-il dit un samedi de mai 2012. L'auteur de ces lignes a résisté à la tentation bédouine, non guère parce qu'il était plus vertueux que certains ministres ou députés français, mais parce qu'il n'était ni de gauche ni de droite mais de Tunisie, et qu'il fut naguère l'ambassadeur d'un Etat qui n'était pas du tout démocratique !

Paru sur Le Huffington Post, 3 novembre 2016

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