Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

HADDAD  Mezri

HADDAD Mezri

Né le 2 juillet 1961
Marié - 2 enfants
 
Philosophe
Ancien Ambassadeur


Doctorat de philosophie morale et politique
   Problématique des rapports entre l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel dans l’Islam et dans le Christianisme.
DEA de philosophie morale et politique
   Matérialisme historique et lutte des classes chez Karl Marx
Maîtrise de philosophie morale et politique
   L’idéologie communiste et l’islamisme : analyse et perspective. Une étude politico-philosophique 
Maître de conférences en théologie catholique (Premier candidat de tradition musulmane qualifié)
 
Réalisateur et maquettiste de la Revuede la Radio Télévision Tunisienne (1982-1983)
Chercheur au Centre de recherche sur la Pensée antique (grecque), associé au CNRS (1991-1994)
Chercheur au Centre d’histoire des sciences et des philosophies arabes et médiévales, associé au CNRS (1999-2001)
Enseignant d’histoire à Paris VII - Denis Diderot, UFR Géographie, Histoire et Sciences de la Société (1999-2001)
Conseiller politique auprès de la rédaction de l’hebdomadaire indépendant Réalités (depuis 2000)
Ambassadeur de Tunisie auprès de l'UNESCO
 
Ouvrages
Introduction à la pensée islamique - ouvrage d’Histoire des idées politiques (1990, réédition 1991 et 1992)
Islam et athéisme, dans Rétrospective (2000)
Le politique est coupable, pas le religieux - ouvrage collectif intitulé L’islam est-il rebelle à la libre critique ? (2001)
Symbiose et non osmose, diversité et non dilution - ouvrage collectif intitulé "Arabofrancophonie" (2001)
Du théologico-politique comme problématique commune à l’islam et au christianisme –
      ouvrage collectif intitulé Pour un Islam de paix (2001)
Réflexion sur l’islam et le christianisme dans leur rapport au personnalisme –
      ouvrage collectif intitulé La Personne et son avenir (2002)
Non Delenda Carthago - Carthage ne sera pas détruite - Autopsie de la campagne antitunisienne (2002)
Rôle du dialogue des religions pour asseoir les fondements de la paix –
      ouvrage collectif intitulé Du dialogue euro-arabe, exigences et perspectives (2003)
L’information et la continuité culturelle entre les Arabes et l’Occident (2004)
Tunisie : des acquis aux défis - ouvrage collectif (2004)
Violence anomique ou violence atavique ? –
      ouvrage collectif (direction de Raphaël Draï et J-François Mattéi) intitulé La République Brûle-t-elle ?
Essai sur les violences urbaines françaises (2006)
Genèse de la dissidence dans l’islam des origines - Préface au livre La grande discorde de l’islam (2006)
Peut-on considérer le Comparatisme comme pierre angulaire du dialogue entre les religions et les civilisations et comme  
     fondement éthique et épistémologique de la Tolérance ? – ouvrage collectif intitulé Dialogue des Religions d’Abraham pour la
     tolérance et la paix (2006)
Du théologico-politique dans l’islam et dans le christianisme (2007)
Histoire universelle des idées politiques (2 volumes), en négociation avec Grasset et La Table Ronde (2007)
La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident : une alliance à haut risque (2012)
 
Nombreuses collaborations
Près de 500 articles publiés dans les domaines culturel, politique et relations internationales, dans la presse écrite arabe (Al-Moharrer, Al-Hayet, Al-Watan,Réalités, Al-Quds) et française (Libération, Le Figaro, Le Monde, Jeune Afrique, Marianne, Le Point, Afrique Asie…)
dont :
 
Religion et politique - Jeune Afrique n° 1979 - 15-21 décembre 1998
Discours de la méthode islamiste - Marianne - 3 janvier 1999
Voile islamique : la loi au-dessus de la foi - Le Figaro - 14 octobre 2003.
L’islam, otage des talibans – Libération - 21 mars 2001
Allah, que de crimes en ton nom ! - Le Monde - 9 mars 2001
La Tunisiene vit pas un cauchemar - Le Monde - 6 février 2001
Le virus théocratique - Le figaro - 3 octobre 2001
Les leçons d’un attentat - Le Figaro - 20 avril 2002
Du droit-de-l’hommisme - Le Figaro - 4 novembre 2002
Aux sources du refus français - Le Figaro - 26 février 2003
L’intégrisme, une chance pour la laïcité ! - Le Figaro - 20 février 2004
Un spectre hante l’Hexagone : l’activisme islamiste - Le Figaro - 28 juin 2003
Par-delà le Bien et le Mal – Libération - 19 septembre 2001
Prélude au choc des civilisations – Libération - 15 avril 2003
Europe-Turquie : le marchand de tapis et la stripteaseuse – Libération - 31 décembre 2004.
Discours américain et méthode tunisienne - Le Figaro - 28 mars 2005
SMSI : les véritables enjeux de Tunis - Tribune de Genève - 30 septembre 2005
La Shoah, second péché originel ou l’humanisme en question - Réalités n° 1042 - 15 décembre 2005
Islamisme et démocratie : lequel dissout l’autre ? - Le Monde - 4 février 2006
Vrais et faux ennemis de l’islam – Libération - 26 septembre 2006
Plaidoyer pour une éthique de la responsabilité - Le Figaro - 6 octobre 2006
Les limites de la perestroïka turque - La Libre Belgique - 8 novembre 2006
Les effets pervers d’une loi vertueuse - Le Soir (Belgique) - 18 octobre 2006
 
Conférences
En FRANCE, Université Paris II-Assas, Université Paris IV-Sorbonne, Université Paris VII-Jussieu, Maison universitaire du Maroc (Paris), Centre culturel égyptien (Paris), Institut du Monde Arabe (Paris), UNESCO (Paris), Institut Hannah Arendt (Paris), HEC (Jouy en Josas), Sénat (Paris)
en BELGIQUE, Université Libre de Bruxelles
en GRANDE BRETAGNE, London School of Economics
au CANADA, Université Laval
aux ETATS-UNIS, Georgetown University
au QATAR, Palais des Congrès
en TUNISIE, Faculté de Droit et de Sciences Politiques, Institut de Presse et Sciences de l’Information, Institut supérieur de Théologie (Tunis), …
en SUISSE, au Palais des Nations Unies (ONU, Genève)
 
Membre-Sociétaire de la Société des Gens de Lettres de France (SGDL), fondée en 1838 par H. de BALZAC et V. HUGO
Membre du Conseil d’Administration de Daedalos Institute of Geopolitics, Nicosie, CHYPRE
Membre fondateur de l’association Synergie France-Tunisie (Paris)
Fondateur et Secrétaire Général du CLPFT, le Cercle des Libres Penseurs Franco-Tunisiens (Paris)
Membre du Rassemblement des écrivains arabes
Membre de la Fondation des philosophes arabes.

URL du site internet:

La crise iranienne ou la fin du mythe théocratique

Publié dans De par le monde

À partir d'une fausse prémisse, on arrive toujours à une fausse conclusion. Ainsi, lorsqu'on considère que le régime iranien est une démocratie islamique parfaitement respectable, l'on déduit que la crise qui vient de secouer ce pays n'est pas structurelle mais conjoncturelle, qu'elle n'est pas profondément idéologique mais vaguement politique, que les événements sanglants qui se déroulent en Iran ne traduisent pas un rejet du système théocratique mais tout simplement un dysfonctionnement du dispositif électoral qui serait au demeurant tout à fait démocratique. Les troubles en Iran n'auraient par conséquent rien d'exceptionnel : deux candidats à la présidence, l'un "réformateur", Mir Hossein Moussavi, l'autre "ultraconservateur", Ahmadinejad, se disputent démocratiquement le pouvoir. C'est une scène ordinaire de la vie démocratique iranienne. C'est cette normalisation d'un régime autocratique et anachronique qu'il faut d'abord infirmer. C'est cette banalisation et subversion de l'idéal démocratique qu'il faut dénoncer. Pire qu'un despotisme "ordinaire", le régime iranien est théocratique dans son essence et totalitaire dans son existence. Il est théocratique depuis la confiscation de la révolution par Khomeyni en 1979 et l'instauration du Wilayat al-Fakih (règne du guide suprême), une doctrine politico-ésotérique basée sur la fusion inextricable de l'auctoritas et du potestas et qui procède de la dogmatique la plus éculée du chiisme duodécimain et millénariste. Dans ce totalitarisme vert, l'autorité religieuse et le pouvoir politique reviennent entièrement au représentant de Dieu sur terre : le guide suprême, dont la sainteté n'a d'égale que l'infaillibilité.
Les Iraniens, tombés sous le joug des théocrates par un caprice de l'histoire, mènent aujourd'hui le même combat contre une oligarchie cléricale honnie par une société qui ne croit plus au mythe de la "cité parfaite et vertueuse" jadis et naguère promise par le tombeur du chah et qui découvre, grâce aux technologies nouvelles de communication, l'écart abyssal entre le monde réel à l'aube de ce XXIe siècle et l'univers orwellien dans lequel la cléricature entend la maintenir. Les manifestations qui ont désarçonné les mollahs par leur témérité, ouvrent un nouveau chapitre dans l'histoire de ce peuple. Par-delà l'explosion sociale qu'une manoeuvre électoraliste a provoquée, ces événements traduisent deux lames de fond aussi profondes que durables : un désenchantement politique et une désacralisation du régime que le guide suprême a exaspéré en donnant l'ordre à sa milice (les bassidjis) de réprimer les contestataires. Défiance exceptionnelle et lourde de conséquences, ces
derniers ont défilé à Téhéran aux slogans inédits de "mort à Khamenei". La non-soumission aux oukases du Torquemada chiite est un symptôme inquiétant pour la caste cléricale, qui se réfugie dans la répression, l'intimidation et la diversion en agitant l'épouvantail du complot étranger. Et pour cause, c'est la légitimité même du sacro-saint Wilayat al-Fakih qui est désormais ébranlée ?
Quoi qu'il en soit, l'antagonisme entre deux prétendants à la présidence, l'un qu'on dit "progressiste" et "réformateur", et qui est néanmoins un pur produit de la nomenclature théocratique : Mir Hossein Moussavi a été, en effet, pendant huit ans premier ministre à l'époque où Khamenei était président et l'ayatollah Khomeyni guide suprême ; l'autre, Ahmadinejad, un illuminé qui a fait du chantage au nucléaire, du pourrissement de la situation irakienne, du choc des civilisations et du négationnisme, l'axe central de sa politique étrangère, cet antagonisme clanique n'est qu'un épiphénomène devant l'antagonisme structurel entre un peuple déterminé à recouvrer sa liberté et un pouvoir conscient que la moindre ouverture provoquera l'écroulement de l'édifice totalitaire. Les "réformateurs" et à leur tête Rafsandjani, ne militent pas pour abolir un régime auquel ils sont résolument attachés. Bien au contraire, ils manoeuvrent pour assurer le changement politique dans la continuité idéologique, se contentant d'améliorer l'image d'un État terni par les discours messianistes et jusqu'au-boutistes d'Ahmadinejad. Le rapport conflictuel entre société civile et pouvoir théocratique ira se radicalisant jusqu'au moment paroxystique qui provoquera la chute du régime.
C'est que les Iraniens savent qu'une théocratie ne se réforme point, mais se jette dans la poubelle de l'histoire. Ils savent aussi que l'émancipation sera dure à obtenir et que dans cette lutte décisive, le soutien du monde libre sera déterminant. De même que l'instauration de ce régime en 1979 a galvanisé les mouvements islamistes partout dans le monde arabe, sa chute contribuera à la décrue de cette idéologie qui, partout où elle est passée, n'a laissé derrière elle que ruine et désolation.

Gaza : la trahison ...

Publié dans De par le monde

Gaza : la trahison des clercs

(...) (site endommagé en 2013)
Bien plus que le spectacle tragique des enfants déchiquetés et des familles décimées, c'est le mutisme, en France, des archanges de la liberté et des droits de l'homme qui est incompréhensible et insupportable. On les a vus se mobiliser pour les Tchétchènes ou pour les Bosniaques - ce qui est bien louable -, mais pourquoi se taisent-ils sur le massacre quotidien de populations civiles palestiniennes ? Pourquoi ne dénoncent-ils pas, avec la même ardeur humaniste et la même prise de conscience, les actes criminels de l'armée israélienne à Gaza ?
Les centaines morts, pour la plupart des civils, et les milliers de blessés sont-ils des êtres inférieurs ou n'appartiennent-ils pas à cette humanité si chère aux universalistes, pour que la campagne de punition collective dont ils sont victimes aujourd'hui soit traitée avec autant d'indifférence ? Et, plus graves que l'omerta, les propos scandaleux de certains pharisiens qui établissent une responsabilité symétrique des coupables et des victimes, de ceux qui tuent et de ceux qui décèdent par centaines.

Celui qui pose ces questions n'est pas un prosélyte des causes intégristes, ni un zélote de l'activisme terroriste, ni un ignoble consommateur du poison antisémite.
Contre ces trois nécroses mortelles qui rongent certains de mes coreligionnaires et qui sont si contraires à l'islam, je me suis battu en prenant des risques. Chaque fois que les circonstances l'ont exigé, je n'ai pas hésité à blâmer les miens, au nom de ce que je prenais pour des valeurs universelles, au nom d'une coexistence pacifique entre Israéliens et Palestiniens, au nom d'une fraternisation entre juifs et musulmans.
J'ai dénoncé l'imposture démocratique qui a hissé le Hamas à la tête de Gaza. Je craignais pour le déjà agonisant processus de paix, je redoutais le choc des civilisations, j'appréhendais le totalitarisme théocratique que devaient subir les habitants de Gaza en les isolant du reste du monde.

Le Hamas n'a pas eu le temps de transformer Gaza en enfer. Israël et l'Egypte, avec la complicité active des Etats-Unis, ont précipité ce funeste destin. Durant deux longues années, comme les Irakiens avant la chute de Saddam Hussein, 1,5 million de Palestiniens ont été mis en quarantaine. Gaza est devenue une "prison à ciel ouvert", reconnaissait Stéphane Hessel. 
Aucune chance n'a été donnée aux dirigeants du Hamas de négocier avec l' "ennemi" qui les avait jadis et naguère soutenus contre le Fatah, à l'instar de l'administration américaine dans son appui à Ben Laden contre l'URSS ! A l'époque, les stratèges d'Israël et les "terroristes" du Hamas s'entendaient si bien pour isoler Yasser Arafat, l'humilier et le dépouiller de tous les attributs du pouvoir ! Les attentats-suicides du Hamas avaient payé. Israël a ainsi renforcé la légitimité martyrologique du Hamas en brisant la légitimité historique d'Arafat, double fiasco qui a conduit à l'apothéose électorale de l'organisation islamiste. Et Israël a continué avec l'héritier sans héritage qu'est devenu Mahmoud Abbas.

L'unique compromis qu'Israël, sous l'insistance de l'Egypte, a fini par concéder, c'est la signature d'une trêve de six mois avec le Hamas, en contrepartie d'une levée bien contrôlée du blocus. Même à dose homéopathique, l'étau de ce blocus n'a jamais été desserré. Beaucoup moins pour alléger le calvaire des Gazaouis que pour entretenir leur image de protecteurs de la veuve et de l'orphelin et de résistants inflexibles à "l'entité sioniste", les maximalistes du Hamas ont fini par commettre l'irréparable : la rupture de la trêve le 18 décembre.
Est-ce une raison suffisante pour Israël de se lancer dans cette impitoyable guerre punitive à l'encontre de toute une population prise en otage par ses propres dirigeants ? On sait ce que vaut la vie d'un homme ou d'un enfant dans l'idéologie sacrificielle du Hamas. Mais comment les dirigeants israéliens peuvent-ils considérer la vie de ces enfants avec le même dédain ?


Selon Montesquieu, "le droit des gens est naturellement fondé sur ce principe que les diverses nations doivent se faire, dans la paix, le plus de bien, et, dans la guerre, le moins de mal qu'il est possible". En temps de paix, Israël a imposé à la population de Gaza un blocus cruel et inhumain ; en temps de guerre, la puissante armée de ce pays n'hésite pas à tuer cinquante civils pour atteindre un combattant du Hamas. Autrement dit, éliminer les combattants du Hamas pour ce qu'ils font, et tuer les habitants de Gaza pour ce qu'ils sont. Est-ce cela, l'équité et la moralité ?
N'en déplaise à André Glucksmann, il y a bien eu disproportion entre l'erreur commise et le châtiment infligé. Aligner une armada militaire des plus sophistiquées et massacrer en douze jours plus de sept cents Palestiniens parce que le Hamas a lancé quelques roquettes bricolées qui ont fait quatre blessés et quelques dégâts matériels, cela s'appelle bien disproportion et démesure. L'hybris (démesure) est fille de Némésis (vengeance), et "la démesure, en mûrissant, produit le fruit de l'erreur et la moisson qui en lève n'est faite que de larmes", écrivait Eschyle.
Rien ne peut justifier un tel déchaînement qui ne laisse derrière lui que ruines, désolation, haine et candidats aux suicides. Ni les raisons bassement électoralistes en Israël ni les manoeuvres vaguement tactiques pour tester la discontinuité éventuelle ou la continuité probable de la future administration américaine dans sa gestion du conflit israélo-palestinien. Quant à la légende du petit David contre le méchant Goliath, elle est désuète et anachronique. Car même si plusieurs innocents civils ont été atteints par les abominable attentats-suicides, il y a bien longtemps que la sécurité d'Israël n'est plus menacée. Et pour cause, en termes de puissance militaire et de dissuasion nucléaire, Israël peut rayer de la carte qui il veut et quand il veut.


Ce n'est pas aimer Israël que de lui "souffleter l'imprudent patriotisme", comme disait Zola. Aimer Israël, c'est, à l'instar d'Hannah Arendt hier, de Tzvetan Todorov, de Gideon Levy et de tant d'intellectuels israéliens aujourd'hui, lui "dire la vérité, même si ça coûte. Surtout si ça coûte", comme disait Hubert Beuve-Méry, fondateur et directeur du Monde.
Aimer cet Etat né après l'innommable Holocauste, c'est le mettre en garde de l'ivresse de la puissance et de l'impunité. "Israël a toujours gagné les guerres et perdu les paix", disait l'illustre Raymond Aron. Il ne s'est pas trompé : avec celui qui lui a assuré tant de guerres, Itzhak Rabin, Israël a failli gagner la paix. On l'a assassiné et avec sa disparition, l'espoir d'une paix durable s'est évaporé. Mais tôt ou tard, lorsque les armes vont se taire et que cessera de couler le sang des Palestiniens, avec ou contre la volonté de Dieu, le destin du peuple hébreu croisera à nouveau la volonté d'un prophète.
Paru dans Le Monde, 13 janvier 2009

Les droits de l'homme ... ?

Publié dans De par le monde


Les droits de l'homme sont-ils vraiment universels ?

A l'occasion du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme,
proclamée à Paris, tout le monde célèbre cet événement capital par lequel l'Assemblée générale des Nations Unis a voulu, le 10 décembre 1948, tourner l"une des pages les plus sombres de l'histoire de l'humanité : la barbarie nazie. A les entendre tous, et indépendamment de leur sincérité ou de leur duplicité, de leur volontarisme ou de leur utilitarisme, on croirait que les droits de l"homme sont devenus l'horizon indépassable du XXIème siècle, que les hommes naissent et demeurent, en effet, libres et égaux en droits. Autrement dit, qu'il n'existe aucune différence entre l'homme occidental, l'homme oriental, l'homme asiatique, l'homme noir, l'homme blanc ... Bref ! que les droits de l'homme sont bel et bien universels. Cet unanimisme dans la célébration du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme n'est pas un fait nouveau. Il y a déjà neuf ans, Marcel Gauchet relevait que "le sacre des droits de l'homme est à coup sûr le fait idéologique et politique majeur de nos vingt dernières années". Vingt ans auparavant, dans Le Débat, il affirmait aussi que "Les droits de l'homme ne sont pas une politique".
Dans son récent discours à l'Elysée, Nicolas Sarkozy vient de rappeler cette universalité irréductible : "Quelle que soit la partie du monde où on se trouve…, on est un être humain qui a des droits humains, qui sont universels et nous n'avons pas le droit de nous cacher derrière la culture, derrière le respect des traditions, pour contester aux uns ce qu'on reconnaît aux autres". D'abord le refus catégorique et bien louable du culturalisme et de l'essentialisme. L'allusion à l'islam et à certaines pratiques qui sont d'un autre âge, pour légitimes qu'elle soit, appelle cependant une mise au point pour éviter des malentendus, des confusions et des amalgames regrettables. Ensuite, la déclinaison ne doit pas dissimuler le déclin ! En d'autres termes, il ne faut pas que le discours théorique sur l'universalité des droits de l'homme dissimule la réalité concrète de ses droits dans le monde. C'est que l'insistance sur l'hypothétique caractère universel des droits de l'homme dénote intrinsèquement la subsidiarité de ses droits plutôt que leur universalité.

L'attitude culturaliste suivant laquelle les droits de l'homme sont naturellement praticables dans certains pays et pas dans d'autres, eu égard à la culture et aux traditions religieuses qui caractérisent chaque peuple, est une attitude détestable et implicitement raciste. Tous les peuples du monde doivent pleinement bénéficier des droits de l'homme : les Français comme les Saoudiens, les Américains comme les Iraniens, les Suédois comme les Afghans, les Suisses comme les pygmées. Au diable la religion si elle s'oppose aux droits de l'homme. Et elles s'y sont toutes opposées. Jadis et naguère le judaïsme et le christianisme ; aujourd'hui encore l'islam. Pas tant dans la pratique honteuse et infâme de l'excision qui n'est d'ailleurs pas du tout d'origine islamique mais d'essence animiste et pharaonique - mais dans la permission de la polygamie, dans la lapidation pour adultère, dans la stigmatisation des femmes qui refusent de porter le voile, dans les condamnations à mort pour hérésie ... Tout cela sous le prétexte fallacieux d'atteinte aux "droits de Dieu".
Droit de Dieu, toute la question est là et il ne s'agit pas d'appeler à la réforme de l'islam, ni à des exégèses herméneutiques du texte coranique pour esquiver cette question capitale. Si les supposés droits de Dieu sont incompatibles avec les droits de l'homme, il faut alors tout simplement les supprimer. Les musulmans ne vont pas inventer une solution en harmonie avec leur particularisme culturel ou religieux. La solution est, comme les droits de l'homme d'ailleurs, universelle : la disjonction du religieux et du politique, en somme une laïcité apaisée. A moins que l'on persiste, à l'instar de certains islamologues, à plaider pour une démocratie proprement islamique comme il existe une charte islamique des droits de l'homme - posture qui dénote elle aussi une attitude parfaitement culturaliste.

C'est pour dire combien est démagogique et syncrétique le fait de ramener l'éthique des droits de l'homme à des origines religieuses quelconques. S'il y a une religion à partir de laquelle on peut inférer les droits de l'homme, c'est uniquement la "religion naturelle" chère aux philosophes des Lumières. Faire de l'une des trois religions monothéistes, ou de leur synthèse, le berceau des droits de l'homme, c'est travestir l'essence de ces religions et trahir l'esprit des droits de l'homme. Ces derniers sont nés en réaction au droit divin et en opposition à l'hégémonisme théocratique de l'Eglise. Comme l'a si bien montré Hannah Arendt, avec l'irruption des droits de l'homme, "les valeurs absolues et transcendantes de la religion ont perdu leur autorité". Par ontogenèse, ils sont donc irréligieux, voire antireligieux.
Dans cette pléthore d'homélies dédiées à l'universalité des droits de l'homme, il y a quelque chose d'ubuesque et d'indécent car le monde dans lequel nous vivons offre un spectacle affligeant et chaotique. C'est Bill Clinton qui reconnaissait dans Le Monde du 15 janvier 2002 que "la moitié des habitants de la planète vivent avec moins de 2 dollars par jour. Un milliard de gens vivent avec moins de 1 dollars. Ils sont aussi un milliard à se coucher chaque soir le ventre vide. Un quart de la planète n'accède jamais à un verre d'eau potable". Une Afrique abandonnée à son triste sort, que le sida et la famine tuent à petit feu. Un monde islamique (Irak, Afghanistan, Pakistan, Palestine, Soudan) meurtris par le feu des guerres civiles ou des conflits interreligieux. Un terrorisme aveugle qui frappe dans les quatre coins du monde et qu'aucune puissance n'a réussi à éradiquer. Une idéologie obscurantiste qui menace la paix entre l'Inde et le Pakistan et qui est en train de reconquérir, province après province, le pouvoir en Afghanistan. Des emprisonnements arbitraires et des actes de torture dans certains pays arabes. Une crise financière et économique qui n'est qu'à ses premiers balbutiements et dont on comptera bientôt les victimes en dizaines de millions. Par-delà les discours universalistes sur les droits de l'homme, telle est la réalité concrète de notre monde. Dès lors, la question qui s'impose est la suivante : comment agir sur cette réalité cruelle ? Que faire pour que cette universalité supposée des droits de l'homme se métamorphose en réalité avérée ?

La France, nation matrice des droits de l'homme quoi qu'en pensent les anglo-saxons, a cru trouver la solution démiurgique en créant un secrétariat d'Etat aux droits de l'homme sous la tutelle du Quai d'Orsay et en désignant Rama Yade à la tête de ce département. Mais voilà que Bernard Kouchner vient de déclarer qu'il a "eu tort de demander un secrétariat d'Etat aux droits de l'homme. (Que) c'est une erreur" et qu'on "ne peut pas diriger la politique extérieure d'un pays uniquement en fonction des droits de l'homme". Heureux ceux qui ont cru sans voir disait Jésus Christ ! Confronté à la realpolitik, M. Kouchner a dû lui-même mettre en sourdine ou en hibernation son sacro-saint "droit d'ingérence". Et pour cause, il y a forcément antagonisme entre realpolitik - je dirai même politique - et éthique des droits de l'homme. Dans la défense de ces valeurs, la diplomatie parallèle, l'activisme des ONG et la mobilisation des médias ont été beaucoup plus efficaces que l'ingérence, qui est ressentie par les pays concernés comme une atteinte à leur souveraineté. L'erreur, ce n'est donc pas d'avoir créé un secrétariat d'Etat aux droits de l'homme, mais de l'avoir placé sous la tutelle des Affaires Etrangères. Le télescopage et la collusion étaient prévisibles. Il aurait été plus cohérent et plus pertinent de le rattacher au ministère de la Justice. Il ne faut donc pas jeter le bébé avec l'eau du bain : par son histoire, par sa vocation, par altruisme autant que par utilitarisme, la France doit continuer à porter l'étendard des droits de l'homme en France et dans le monde. 
     

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version