Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

HADDAD  Mezri

HADDAD Mezri

Né le 2 juillet 1961
Marié - 2 enfants
 
Philosophe
Ancien Ambassadeur


Doctorat de philosophie morale et politique
   Problématique des rapports entre l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel dans l’Islam et dans le Christianisme.
DEA de philosophie morale et politique
   Matérialisme historique et lutte des classes chez Karl Marx
Maîtrise de philosophie morale et politique
   L’idéologie communiste et l’islamisme : analyse et perspective. Une étude politico-philosophique 
Maître de conférences en théologie catholique (Premier candidat de tradition musulmane qualifié)
 
Réalisateur et maquettiste de la Revuede la Radio Télévision Tunisienne (1982-1983)
Chercheur au Centre de recherche sur la Pensée antique (grecque), associé au CNRS (1991-1994)
Chercheur au Centre d’histoire des sciences et des philosophies arabes et médiévales, associé au CNRS (1999-2001)
Enseignant d’histoire à Paris VII - Denis Diderot, UFR Géographie, Histoire et Sciences de la Société (1999-2001)
Conseiller politique auprès de la rédaction de l’hebdomadaire indépendant Réalités (depuis 2000)
Ambassadeur de Tunisie auprès de l'UNESCO
 
Ouvrages
Introduction à la pensée islamique - ouvrage d’Histoire des idées politiques (1990, réédition 1991 et 1992)
Islam et athéisme, dans Rétrospective (2000)
Le politique est coupable, pas le religieux - ouvrage collectif intitulé L’islam est-il rebelle à la libre critique ? (2001)
Symbiose et non osmose, diversité et non dilution - ouvrage collectif intitulé "Arabofrancophonie" (2001)
Du théologico-politique comme problématique commune à l’islam et au christianisme –
      ouvrage collectif intitulé Pour un Islam de paix (2001)
Réflexion sur l’islam et le christianisme dans leur rapport au personnalisme –
      ouvrage collectif intitulé La Personne et son avenir (2002)
Non Delenda Carthago - Carthage ne sera pas détruite - Autopsie de la campagne antitunisienne (2002)
Rôle du dialogue des religions pour asseoir les fondements de la paix –
      ouvrage collectif intitulé Du dialogue euro-arabe, exigences et perspectives (2003)
L’information et la continuité culturelle entre les Arabes et l’Occident (2004)
Tunisie : des acquis aux défis - ouvrage collectif (2004)
Violence anomique ou violence atavique ? –
      ouvrage collectif (direction de Raphaël Draï et J-François Mattéi) intitulé La République Brûle-t-elle ?
Essai sur les violences urbaines françaises (2006)
Genèse de la dissidence dans l’islam des origines - Préface au livre La grande discorde de l’islam (2006)
Peut-on considérer le Comparatisme comme pierre angulaire du dialogue entre les religions et les civilisations et comme  
     fondement éthique et épistémologique de la Tolérance ? – ouvrage collectif intitulé Dialogue des Religions d’Abraham pour la
     tolérance et la paix (2006)
Du théologico-politique dans l’islam et dans le christianisme (2007)
Histoire universelle des idées politiques (2 volumes), en négociation avec Grasset et La Table Ronde (2007)
La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident : une alliance à haut risque (2012)
 
Nombreuses collaborations
Près de 500 articles publiés dans les domaines culturel, politique et relations internationales, dans la presse écrite arabe (Al-Moharrer, Al-Hayet, Al-Watan,Réalités, Al-Quds) et française (Libération, Le Figaro, Le Monde, Jeune Afrique, Marianne, Le Point, Afrique Asie…)
dont :
 
Religion et politique - Jeune Afrique n° 1979 - 15-21 décembre 1998
Discours de la méthode islamiste - Marianne - 3 janvier 1999
Voile islamique : la loi au-dessus de la foi - Le Figaro - 14 octobre 2003.
L’islam, otage des talibans – Libération - 21 mars 2001
Allah, que de crimes en ton nom ! - Le Monde - 9 mars 2001
La Tunisiene vit pas un cauchemar - Le Monde - 6 février 2001
Le virus théocratique - Le figaro - 3 octobre 2001
Les leçons d’un attentat - Le Figaro - 20 avril 2002
Du droit-de-l’hommisme - Le Figaro - 4 novembre 2002
Aux sources du refus français - Le Figaro - 26 février 2003
L’intégrisme, une chance pour la laïcité ! - Le Figaro - 20 février 2004
Un spectre hante l’Hexagone : l’activisme islamiste - Le Figaro - 28 juin 2003
Par-delà le Bien et le Mal – Libération - 19 septembre 2001
Prélude au choc des civilisations – Libération - 15 avril 2003
Europe-Turquie : le marchand de tapis et la stripteaseuse – Libération - 31 décembre 2004.
Discours américain et méthode tunisienne - Le Figaro - 28 mars 2005
SMSI : les véritables enjeux de Tunis - Tribune de Genève - 30 septembre 2005
La Shoah, second péché originel ou l’humanisme en question - Réalités n° 1042 - 15 décembre 2005
Islamisme et démocratie : lequel dissout l’autre ? - Le Monde - 4 février 2006
Vrais et faux ennemis de l’islam – Libération - 26 septembre 2006
Plaidoyer pour une éthique de la responsabilité - Le Figaro - 6 octobre 2006
Les limites de la perestroïka turque - La Libre Belgique - 8 novembre 2006
Les effets pervers d’une loi vertueuse - Le Soir (Belgique) - 18 octobre 2006
 
Conférences
En FRANCE, Université Paris II-Assas, Université Paris IV-Sorbonne, Université Paris VII-Jussieu, Maison universitaire du Maroc (Paris), Centre culturel égyptien (Paris), Institut du Monde Arabe (Paris), UNESCO (Paris), Institut Hannah Arendt (Paris), HEC (Jouy en Josas), Sénat (Paris)
en BELGIQUE, Université Libre de Bruxelles
en GRANDE BRETAGNE, London School of Economics
au CANADA, Université Laval
aux ETATS-UNIS, Georgetown University
au QATAR, Palais des Congrès
en TUNISIE, Faculté de Droit et de Sciences Politiques, Institut de Presse et Sciences de l’Information, Institut supérieur de Théologie (Tunis), …
en SUISSE, au Palais des Nations Unies (ONU, Genève)
 
Membre-Sociétaire de la Société des Gens de Lettres de France (SGDL), fondée en 1838 par H. de BALZAC et V. HUGO
Membre du Conseil d’Administration de Daedalos Institute of Geopolitics, Nicosie, CHYPRE
Membre fondateur de l’association Synergie France-Tunisie (Paris)
Fondateur et Secrétaire Général du CLPFT, le Cercle des Libres Penseurs Franco-Tunisiens (Paris)
Membre du Rassemblement des écrivains arabes
Membre de la Fondation des philosophes arabes.

URL du site internet:

"Le printemps tunisien...

Publié dans De par le monde
"Le printemps tunisien a détruit plus qu’il n’a construit"
 
Tour à tour journaliste, enseignant, chercheur, Mezri Haddad fut aussi ambassadeur de Tunisie auprès de l’Unesco, poste dont il démissionna peu avant la chute de Ben Ali. Quel que soit le pouvoir en place à Tunis, Mezri Haddad n’a jamais mâché ses mots. Ce qui lui a valu quelques traversées du désert.
Docteur en philosophie politique, auteur d’essais remarqués, il a longtemps mis en garde le monde contre l’inexorable et violente montée de l’islamisme qui accompagnerait, le jour venu, la fin des dictatures ou autocraties dans les pays arabes. L’histoire lui a donné raison et l’actualité ne le pousse guère, dans Le Figaro, à faire preuve d’optimisme.

 
Il y a cinq ans, le président Ben Ali fuyait la Tunisie. Depuis, la démocratie a-t-elle réussi à s’installer dans le pays ?
Contrairement à la légende médiatique, nous savons maintenant que Ben Ali n’a pas fui la Tunisie. Il en a été cordialement expulsé par des factieux au sein de l’armée et de la garde présidentielle à qui certains services étrangers ont fait miroiter le trône du César poignardé. Le 12 janvier 2011, soit deux jours avant l’expédition de Ben Ali à Djeddah, Hillary Clinton déclarait à partir de Doha : "Il faut aider Ben Ali à partir !" Certains généraux ont répondu à cet appel "patriotique" ! Quant à la démocratie, elle s’est bien installée comme type de gouvernement, mais pas comme fait social, pour reprendre cette nuance à Tocqueville. Au peuple qui criait famine, on a servi une soupe démocratique, des "droits subjectifs" à défaut de pain, de logement et de travail, qui étaient les principales revendications de la révolte sociale. Les gauchistes ont vite oublié les "droits objectifs" (économiques et sociaux), chers à leur prophète Marx.
 
Peut-on parler d’une exception tunisienne dans le monde arabo-musulman ?
Oui, si on la compare à la Libye ou à la Syrie ou encore au Yémen. Non, si on la confronte au Liban, au sultanat d’Oman ou au Maroc voisin. La seule comparaison qui tienne, et qui serait méthodiquement valable, est celle qui confronte le présent au passé, l’existant au révolu. En dépit ou plutôt en raison du despotisme éclairé et nécessaire de Bourguiba et de l’autoritarisme obscur et inutile de Ben Ali, la Tunisie fut un pays sécularisé, sécurisé, tolérant, socialement policé et économiquement prospère. Qu’est-il devenu aujourd’hui ? Socialement anomique, il s’est tchadorisé, s’est fragilisé sur le plan sécuritaire et il s’est économiquement ruiné. Mon pays est effectivement une exception puisqu’il est passé du modernisme bourguibien à l’islamisme dit "modéré". Le moins qu’on puisse dire est qu’il s’agit d’une "régression féconde", comme l’écrivait un sociologue arabe qui défendait l’islamo-fascisme en Algérie !
 
N’êtes-vous pas un peu trop alarmiste ? L’influence des islamistes, qui ont occupé le pouvoir, est-elle encore si forte dans la vie politique ?
Je suis un réaliste qui, plutôt que de se laisser éblouir par les décors phosphorescents, médite les leçons de l’histoire, observe les tendances lourdes qui sont à l’œuvre dans toutes sociétés et appréhende les effets d’agrégations induits par les grands bouleversements politiques ou sociologiques. Même si elle est occulte, diffuse et sournoise, l’influence des islamistes n’a jamais été aussi grande. L’entrisme trotskiste et le gradualisme gramscien dévoilent leur stratégie politique. En cinq ans d’amateurisme révolutionnaire, les Frères musulmans tunisiens ont réussi à phagocyter toutes les structures de l’État. Ils ont partiellement quitté le gouvernement, mais pas le pouvoir.
 
La Tunisie a été frappée par de violentes attaques islamistes. La sécurité est-elle mieux assurée aujourd’hui ?
Il faudrait plusieurs années pour retrouver la quiétude d’autrefois et réparer les dégâts que Moncef Marzouki (homme de gauche, président de la République de 2011 à 2014, NDLR) et ses acolytes islamistes et gauchistes ont infligé au pays en libérant de prison les criminels et en réhabilitant les terroristes, y compris les auteurs de l’attentat contre la synagogue de Djerba en 2002 et les mercenaires d’al-Qaida à Soliman en 2007. Les forces de police et l’armée font ce qu’elles peuvent et elles le payent de leur vie, mais l’insécurité et la criminalité se métastasent inexorablement parce qu’elles profitent de l’indulgence de certains juges et de la compromission d’une Assemblée nationale qui refuse encore aujourd’hui d’activer la loi antiterroriste de 2003.
 
Le chaos libyen vous inquiète-t-il ?
Évidemment. Mais les Libyens vous diront, non sans raison, que c’est le laxisme tunisien qui menace leur pays. Et pour cause : depuis 2011, la Tunisie est devenue le premier pays exportateur de main-d’œuvre islamo-terroriste aussi bien en Libye qu’en Syrie. Les rapports des Nations unies sont accablants pour le Tunisien que je suis. L’auteur du dernier attentat suicide à Zliten en Libye est un Tunisien, comme celui qui s’est attaqué à la mosquée de Valence, ou celui qui vient de se faire abattre devant le commissariat du XVIIIème arrondissement de Paris.
 
Le groupe État islamique a-t-il réussi à s’infiltrer en Tunisie ?
Avant d’être un territoire ou une armée de brigands et de mercenaires, l’État dit islamique est d’abord un état d’esprit, un atavisme religieux, une prédisposition psychologique et culturelle. Ainsi défini, l’État islamique ne s’est pas infiltré en Tunisie, mais il en fait partie depuis 2012. Il suffit d’un assaut sur nos frontières libyennes pour que les éléments intérieurs de Daech se réveillent de leur hibernation.
 
Beaucoup dénoncent le retour du clanisme avec le président Caïd Essebsi ? Est-ce une réalité ?
Il y a de l’exagération dans cette suspicion comme dans la crainte fantasmatique d’un retour à l’ancien régime. Ce qui est inquiétant en Tunisie n’est guère le clanisme, mais le régionalisme et le tribalisme avec lesquels jouent certains irresponsables de l’opposition.
 
L’Europe et plus particulièrement la France avaient promis d’aider la transition démocratique. Tiennent-elles leurs promesses ?
Pas du tout. Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Les Tunisiens ne peuvent compter que sur eux-mêmes.
 
Était-ce judicieux de parler d’un "printemps arabe" en 2011 quand on voit le désordre qui règne dans les pays qui ont été secoués par une révolution ?
Partout où il s’est manifesté, le fameux "printemps arabe" a tourné au cauchemar islamiste pour certains, à la ruine et à la désolation pour d’autres. Partout, y compris en Tunisie que l’on présente comme le bon paradigme révolutionnaire et auquel l’on décerne le prix Nobel de la paix faute d’effacer sa dette extérieure devenue vertigineuse en moins de 5 ans et de soutenir son économie aujourd’hui agonisante, le "printemps arabe" a détruit plus qu’il n’a construit. En 2011, des intellectuels, des journalistes, des droits-de-l’hommistes et autres printologues bénissaient ces révoltes et annonçaient la naissance d’un homo-arabicus démocrate et civilisé. Par un caprice de l’histoire, c’est un homo-islamicus qui est né, y compris en France. D’abord sous l’appellation fallacieuse d’islamiste modéré, ensuite sous son vrai visage de daéchien barbare.
 
Faut-il redouter une explosion de l’Algérie ?
Je ne la souhaite pas, mais rien n’est impossible même si le haschich du printemps arabe a perdu de son pouvoir dopant. Les Algériens ont déjà connu la décennie noire de l’islamo-fascisme et ils ne sont pas près de la revivre. Même physiquement affaibli, tant que Bouteflika sera là et qu’une armée patriotique veillera à l’unité et à la défense de la nation, l’Algérie sera à l’abri des grands séismes géopolitiques.

Envoyé par l'auteur, paru dans Le Figaro, 14 janvier 2016, interviewé par Yves Thréard.
Dossier "Cinq ans après, le désastre des printemps arabes".
 

M. Laurent Fabius,...

Publié dans En France
M. Laurent Fabius, ne soyez pas à la Syrie ce que Colin Powell fut pour l’Irak
 
A la veille de son départ pour Tunis après le triomphe de la "révolution" bouazizienne, votre prédécesseur, Alain Juppé, avait déclaré à l’Institut du Monde Arabe qu’il s’y rendait pour "discuter avec les islamistes modérés". Nonobstant les apparences du soulèvement d’une jeunesse globalisée, les initiés savaient déjà que le fameux "printemps arabe" était intrinsèquement islamo-atlantiste et qu’il consacrait le projet de Grand-Moyen-Orient (GMO) cher aux néoconservateurs américains. Mais le ministre de Nicolas Sarkozy, gladiateur de l’éphémère projet d’Union pour la Méditerranée (UPM), n’avait pas besoin de faire cet appel du pied aux islamistes d’autant plus qu’il en fut, dans une vie antérieure, un pourfendeur résolu lorsque les Américains en étaient les zélotes absolus.
 
En 1994, au cours de sa visite aux Etats-Unis, Alain Juppé disait avoir mis en garde son homologue Warren Christopher : "On peut se résigner à une prise du pouvoir inéluctable FIS à Alger. Moi, je ne m’y résigne pas… Dans son essence même, le FIS est un mouvement extrémiste, fondamentaliste, anti-européen et anti-occidental. S’il parvient au pouvoir, les conséquences seront inéluctables dans tout le pourtour de la Méditerranée" (1). Et dans une interview à un magazine tunisien, Alain Juppé déclarait que "Si l’Algérie voyait l’arrivée des islamistes au pouvoir, personne ne serait à l’abri d’une telle catastrophe. Il faut tout faire pour éviter ce risque. La France ne ménagera naturellement pas son aide pour préserver la sécurité et la stabilité de ces pays. Nous serons à leurs côtés" (2).
Tout cela pour vous dire, Monsieur Laurent Fabius, que même si vous êtes comptable au regard de l’histoire de vos faits et gestes particulièrement agressifs et bellicistes à l’encontre de la Syrie, vous n’êtes pas l’inaugurateur de cette politique suicidaire et autiste de la France au pays de Bachar Al-Assad. Celle-ci avait pris un tournant décisif avec la destruction de la Libye sous le prétexte fallacieux d’éviter un "bain de sang à Benghazi". 
 
En mai 2014, sur une chaîne de télévision britannique, Mustapha Abdeljelil, l’éphémère président du Conseil national de transition (CNT), a fini par reconnaître que Kadhafi n’avait pas l’intention de bombarder Benghazi, où les "révolutionnaires", aéroportés par l’aviation qatarie, n’étaient que quelques dizaines de djihadistes islamistes appartenant à la ramification libyenne d’Al-Qaïda et aux criminels d’Ansars al-charia.
C’est à partir de cet instant "gaulliste" que l’alliance objective entre l’Occident civilisé et l’islamisme barbare a été scellée. A nous le pétrole, à vous la charia, chacun sa religion ! Ainsi pouvait se justifier cette nouvelle alliance islamo-atlantiste dont la première pierre fondatrice a été sans doute le traité de Quincy, qui a été signé entre Ibn Séoud et Franklin Roosevelt au lendemain de la conférence de Yalta, en février 1945.
Si ce traité entre la capitale du wahhabisme et le centre du capitalisme avait un sens économique et géopolitique parfaitement concevable et intelligible, peut-on en dire autant, Monsieur Fabius, de votre pacte implicite avec les "islamo-fascistes", comme dirait Manuel Valls, ceux qui égorgent les innocents, éradiquent les chrétiens, pillent les villes et les villages, et détruisent des sites classés par l’UNESCO monuments historiques ? Quelle est donc la finalité politique, économique et géopolitique de cette bien troublante alliance entre les Lumières et l’obscurantisme, entre votre gouvernement et Al-Qaïda, comme l’a récemment affirmé sur LCP Claude Goasguen, oubliant au passage que son président Sarkozy en était le précurseur en Libye ?
 
L’Hymne à la liberté et à la démocratie, la symphonie des droits de l’homme, associée aux Allah Akbar de vos alliés en Djihad afflués des quatre coins du monde, devient un requiem, pas seulement pour les milliers de morts Syriens mais aussi pour vos propres valeurs universelles auxquelles nous avons cru, nous autres Arabes.
Pas plus que les droits de l’homme, la raison d’Etat ou les intérêts économiques ne peuvent-être invoqués car, de la destruction et de la partition de la Syrie en émirats confessionnels, la France n’en récoltera manifestement rien, si ce n’est les menées subversives et terroristes des islamistes sur son propre territoire. La France n’en tirera aucun bénéfice économique ou énergétique, à l’instar de l’Irak hier et de la Libye aujourd’hui, deux ex-Etats où le chaos régnant n’empêche pas les bonnes affaires avec les entreprises et compagnies pétrolières américaines et britanniques !
Pourquoi donc cette impétuosité à vouloir détruire une civilisation, et ce bellicisme frénétique contre un pays qu’une longue histoire autant que des intérêts stratégiques lient à la France ?
 
La chute de Damas, n’entrainera-t-elle pas ipso facto l’implosion du Liban, qui est si cher à la France, et la déstabilisation de la Jordanie, qui est si précieuse pour la sécurité d’Israël ? Un tel objectif de guerre lâche et par islamo-terroristes interposés, n’accélèrera-t-il pas la métastase du cancer daechien dans toute la région et par-delà même l’Orient compliqué ? Ici même en France, où l’ennemi intérieur n’attend que le signe d’Allah pour étendre le califat de Daech aux territoires des "mécréants" ?
Rien ne peut justifier un tel aveuglement.
Ni l’idéal démocratique auquel aspire effectivement le peuple syrien.
Ni la question des droits de l’homme que le monde libre a certainement le devoir moral de défendre partout où ses droits sont malmenés, y compris dans le cas des Palestiniens.
Ni le contrat à durée indéterminée entre l’émirat du Qatar et la République française. Ni même les supposées attaques chimiques syriennes, qui sont à la diplomatie française ce que les armes de destruction massive furent à la propagande anglo-américaine, une désinformation que l’honnête Colin Powell a profondément regretté dans ses Mémoires.
Monsieur Fabius, ne soyez donc pas à la Syrie ce que Colin Powell fut pour l’Irak.

Paru sur Le Huffington Post, 6 juillet 2015
Mezri HADDAD, philosophe et ancien Ambassadeur de Tunisie auprès de l’UNESCO       
 
(1) "Les Etats-Unis ménagent le FIS", Le Figaro du 2 août 1994.
(2) Réalités No 455, du 1er juillet 1994.
  

L’angélisme de la ...

Publié dans De par le monde
L’angélisme de la révolution du jasmin
 
C’est le paradigme démocratique tunisien que les islamo-terroristes ont voulu frapper au Bardo, assurent les "printologues". C’est la jeune démocratie du monde arabe, le seul pays qui a réussi son printemps qu’on a essayé d’atteindre, renchérissent certains amis de la Tunisie. Cela est sans doute vrai, comparé à la tragédie syrienne et au chaos libyen. Mais si tel était le cas, que l’on nous explique alors pourquoi la Tunisie avait subie, le 11 avril 2002, une attaque terroriste aussi spectaculaire et sanglante que celle qui vient de la frapper et qui avait d’ailleurs fait exactement le même nombre de morts. L’attentat suicide contre la synagogue de Djerba en 2002, commis par des jeunes de la "diversité" française originaires de Toulouse, avait en effet entrainé la mort de 19 touristes allemands.  
 
A l’époque, réagissant contre l’opposition islamo-gauchiste et ses idiots utiles en France, qui accusaient le régime de simuler l’épouvantail du terrorisme, j’avais écrit ici-même qu’il faut savoir décrypter le message universel des terroristes : "nul n’est à l’abri de notre vengeance, nous avons attaqué la première puissance mondiale (11 septembre 2001), nous venons de frapper le pays arabe le plus sécurisé ; où qu’ils soient, les soldats de Dieu pourchasseront les mécréants et leurs complices » (Les leçons d’un attentat, dans Le Figaro du 20-21 avril 2002).
 
C’est pour dire que les terroristes islamistes s’en moquent comme d’une guigne de la nature du régime qu’ils visent. Qu’il soit dictatorial ou démocratique, musulman ou laïc, arabe ou occidental, il restera l’ennemi irréductible à abattre tant qu’il n’adoptera pas le Coran comme constitution et la charia comme norme juridique. C’est dans la nature même de l’idéologie islamiste en général et du djihadisme terroriste en particulier de frapper indistinctement les pays, les peuples, les individus, les minorités religieuses, les patrimoines culturels… Et c’est en cela qu’il constitue une menace globale que le monde arabe autant que les puissances occidentales doivent impitoyablement combattre.
 
La Tunisie a-t-elle été suffisamment vigilante et déterminée à mener ce combat ? Non, a posteriori. C’est parce que Béji Caïd Essebsi a reconnu cette vérité et promis d’y remédier qu’il  été porté à la présidence. Dès janvier 2011, dans l’euphorie révolutionnaire, tous les terroristes ont été libérés au nom des droits de l’homme. Tous, y compris les complices locaux dans l’attentat de Djerba. Concomitamment, les meilleurs cadres de la lutte anti-terroriste ont été limogés, toujours au nom des sacro-saints droits de l’homme. Deux jours avant la récente action terroriste du Bardo, l’actuel secrétaire d’Etat à la Sûreté, Rafik Chelly, a déclaré que la plus grande faute commise en janvier 2011 a été "le limogeage des meilleurs responsables sécuritaires que comptait le ministère de l’Intérieur". Plus grave encore, jusqu’à ce jour, malgré la soixantaine de militaires et gendarmes tués par les terroristes ces deux dernières années, les députés d’Ennahdha et leurs alliés libéraux refusent de réactiver la loi antiterroriste de 2003, elle aussi abolie par les révolutionnaires sous le prétexte fallacieux qu’elle était liberticide.
 
Concilier la liberté de chacun dans la sécurité de tous, tel a toujours été le grand dilemme des Etats démocratiques, particulièrement depuis le 11 septembre 2001. La liberté et la sécurité, nous le savons depuis l’Aufklärung, ne sont pas incompatibles. Mais nous savons aussi, bien avant les Lumières, que sans la sécurité, la liberté n’a aucun sens si ce n’est celui que lui ont assigné les anarchistes.
Chez les contractualistes, de Rousseau à Hobbes en passant par Locke, le but suprême du contrat social est bien plus la sécurité que la liberté. On oublie souvent que dans l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), la sûreté est mentionnée comme un droit de l’homme au même titre que la liberté.
La Tunisie vient de subir ce que la France à vécue en janvier dernier. Mais plus que la France qui est une grande puissance, la Tunisie a besoin de la solidarité active de la communauté internationale, qui doit d’abord se traduire par une aide économique conséquente. Déjà en piètre état, c’est à l’économie tunisienne que les terroristes viennent de porter un coup mortel, le secteur du tourisme représentant 7% du PIB et faisant vivre près de 400 000 personnes.
Paru dans Le Figaro, 20 mars 2015          
 
 
 
 

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version