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HADDAD  Mezri

HADDAD Mezri

Né le 2 juillet 1961
Marié - 2 enfants
 
Philosophe
Ancien Ambassadeur


Doctorat de philosophie morale et politique
   Problématique des rapports entre l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel dans l’Islam et dans le Christianisme.
DEA de philosophie morale et politique
   Matérialisme historique et lutte des classes chez Karl Marx
Maîtrise de philosophie morale et politique
   L’idéologie communiste et l’islamisme : analyse et perspective. Une étude politico-philosophique 
Maître de conférences en théologie catholique (Premier candidat de tradition musulmane qualifié)
 
Réalisateur et maquettiste de la Revuede la Radio Télévision Tunisienne (1982-1983)
Chercheur au Centre de recherche sur la Pensée antique (grecque), associé au CNRS (1991-1994)
Chercheur au Centre d’histoire des sciences et des philosophies arabes et médiévales, associé au CNRS (1999-2001)
Enseignant d’histoire à Paris VII - Denis Diderot, UFR Géographie, Histoire et Sciences de la Société (1999-2001)
Conseiller politique auprès de la rédaction de l’hebdomadaire indépendant Réalités (depuis 2000)
Ambassadeur de Tunisie auprès de l'UNESCO
 
Ouvrages
Introduction à la pensée islamique - ouvrage d’Histoire des idées politiques (1990, réédition 1991 et 1992)
Islam et athéisme, dans Rétrospective (2000)
Le politique est coupable, pas le religieux - ouvrage collectif intitulé L’islam est-il rebelle à la libre critique ? (2001)
Symbiose et non osmose, diversité et non dilution - ouvrage collectif intitulé "Arabofrancophonie" (2001)
Du théologico-politique comme problématique commune à l’islam et au christianisme –
      ouvrage collectif intitulé Pour un Islam de paix (2001)
Réflexion sur l’islam et le christianisme dans leur rapport au personnalisme –
      ouvrage collectif intitulé La Personne et son avenir (2002)
Non Delenda Carthago - Carthage ne sera pas détruite - Autopsie de la campagne antitunisienne (2002)
Rôle du dialogue des religions pour asseoir les fondements de la paix –
      ouvrage collectif intitulé Du dialogue euro-arabe, exigences et perspectives (2003)
L’information et la continuité culturelle entre les Arabes et l’Occident (2004)
Tunisie : des acquis aux défis - ouvrage collectif (2004)
Violence anomique ou violence atavique ? –
      ouvrage collectif (direction de Raphaël Draï et J-François Mattéi) intitulé La République Brûle-t-elle ?
Essai sur les violences urbaines françaises (2006)
Genèse de la dissidence dans l’islam des origines - Préface au livre La grande discorde de l’islam (2006)
Peut-on considérer le Comparatisme comme pierre angulaire du dialogue entre les religions et les civilisations et comme  
     fondement éthique et épistémologique de la Tolérance ? – ouvrage collectif intitulé Dialogue des Religions d’Abraham pour la
     tolérance et la paix (2006)
Du théologico-politique dans l’islam et dans le christianisme (2007)
Histoire universelle des idées politiques (2 volumes), en négociation avec Grasset et La Table Ronde (2007)
La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident : une alliance à haut risque (2012)
 
Nombreuses collaborations
Près de 500 articles publiés dans les domaines culturel, politique et relations internationales, dans la presse écrite arabe (Al-Moharrer, Al-Hayet, Al-Watan,Réalités, Al-Quds) et française (Libération, Le Figaro, Le Monde, Jeune Afrique, Marianne, Le Point, Afrique Asie…)
dont :
 
Religion et politique - Jeune Afrique n° 1979 - 15-21 décembre 1998
Discours de la méthode islamiste - Marianne - 3 janvier 1999
Voile islamique : la loi au-dessus de la foi - Le Figaro - 14 octobre 2003.
L’islam, otage des talibans – Libération - 21 mars 2001
Allah, que de crimes en ton nom ! - Le Monde - 9 mars 2001
La Tunisiene vit pas un cauchemar - Le Monde - 6 février 2001
Le virus théocratique - Le figaro - 3 octobre 2001
Les leçons d’un attentat - Le Figaro - 20 avril 2002
Du droit-de-l’hommisme - Le Figaro - 4 novembre 2002
Aux sources du refus français - Le Figaro - 26 février 2003
L’intégrisme, une chance pour la laïcité ! - Le Figaro - 20 février 2004
Un spectre hante l’Hexagone : l’activisme islamiste - Le Figaro - 28 juin 2003
Par-delà le Bien et le Mal – Libération - 19 septembre 2001
Prélude au choc des civilisations – Libération - 15 avril 2003
Europe-Turquie : le marchand de tapis et la stripteaseuse – Libération - 31 décembre 2004.
Discours américain et méthode tunisienne - Le Figaro - 28 mars 2005
SMSI : les véritables enjeux de Tunis - Tribune de Genève - 30 septembre 2005
La Shoah, second péché originel ou l’humanisme en question - Réalités n° 1042 - 15 décembre 2005
Islamisme et démocratie : lequel dissout l’autre ? - Le Monde - 4 février 2006
Vrais et faux ennemis de l’islam – Libération - 26 septembre 2006
Plaidoyer pour une éthique de la responsabilité - Le Figaro - 6 octobre 2006
Les limites de la perestroïka turque - La Libre Belgique - 8 novembre 2006
Les effets pervers d’une loi vertueuse - Le Soir (Belgique) - 18 octobre 2006
 
Conférences
En FRANCE, Université Paris II-Assas, Université Paris IV-Sorbonne, Université Paris VII-Jussieu, Maison universitaire du Maroc (Paris), Centre culturel égyptien (Paris), Institut du Monde Arabe (Paris), UNESCO (Paris), Institut Hannah Arendt (Paris), HEC (Jouy en Josas), Sénat (Paris)
en BELGIQUE, Université Libre de Bruxelles
en GRANDE BRETAGNE, London School of Economics
au CANADA, Université Laval
aux ETATS-UNIS, Georgetown University
au QATAR, Palais des Congrès
en TUNISIE, Faculté de Droit et de Sciences Politiques, Institut de Presse et Sciences de l’Information, Institut supérieur de Théologie (Tunis), …
en SUISSE, au Palais des Nations Unies (ONU, Genève)
 
Membre-Sociétaire de la Société des Gens de Lettres de France (SGDL), fondée en 1838 par H. de BALZAC et V. HUGO
Membre du Conseil d’Administration de Daedalos Institute of Geopolitics, Nicosie, CHYPRE
Membre fondateur de l’association Synergie France-Tunisie (Paris)
Fondateur et Secrétaire Général du CLPFT, le Cercle des Libres Penseurs Franco-Tunisiens (Paris)
Membre du Rassemblement des écrivains arabes
Membre de la Fondation des philosophes arabes.

URL du site internet:

Scènes de guerre ...

Publié dans En France
Magistro connaît très bien Mezri Haddad, philosophe et ancien ambassadeur, qui a été parmi les premiers intellectuels à croire en notre action et à nous rejoindre en 2009. Malgré sa solitude dans la certitude et en dépit de la "trahison" de ses amis français qui ont célébré le fameux "printemps arabe" sans en mesurer les conséquences politiques et géopolitiques, il n’a jamais baissé les bras et n’a pas renoncé "au combat des Lumières contre l’obscurantisme, de la civilisation contre la barbarie", comme il l’écrit depuis plus de vingt ans. Dès 2011, alors que tout le monde saluait les révolutions arabes et admettait l’islamisme modéré, il a publié son livre visionnaire, "La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident : une alliance à haut risque". Aujourd’hui que l’histoire lui a donné raison, nous serons bien inspirés d’écouter ce philosophe atypique, mieux vaut tard que jamais. L’article qui va suivre vient d’être publié dans Le Figaro du 10 janvier 2015.     
 
Ces scènes de guerre étaient prévisibles !
 
Pour la plupart des analystes et des politiciens, le carnage de Charlie Hebdo comme celui de la prise d’otages de Vincennes, ces premières offensives de la guerre contre la France et la République, sont des traumatismes auxquels nul ne pouvait s’attendre. Mais pas pour l’élite franco-musulmane, ni pour les soldats de l’ombre qui luttent contre le terrorisme, ni pour les rares journalistes qui osent nommer l’innommable au risque de se faire accuser d’islamophobes.
Ces derniers, comme les intellectuels musulmans éclairés, savaient que cela devait arriver un jour. Ils savent que si les gouvernants ne saisissent pas ce drame national pour revoir de fond en comble leur politique d’immigration, d’intégration, d’éducation, de réforme de l’islam et de relations avec certains émirats du Golfe, le pire serait à craindre.
Ce qui vient de se produire était en effet écrit, pas par la main d’Allah dont les islamo-fascistes ont souillé jusqu’à la Magnificence et rabaissé la Majesté, mais par trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme malséant au pays de Voltaire. Ecrit par les concessions aux tenants de l’islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine.
De la question du voile islamique au massacre tragique de Charlie Hebdo, en passant par l’affaire Redeker ou la conférence du pape à Ratisbonne… que de chemin parcouru dans la capitulation, l’altération de la laïcité et la subversion de la démocratie.
Que de reculs des Lumières face à l’obscurantisme ! Que de coups portés au modèle de civilisation occidentale devant la barbarie islamiste ! Ce modèle universaliste auquel nous avions fini par y croire, nous autres musulmans d’Orient et du Maghreb, avant de nous réveiller un jour du "printemps arabe" aux sommations de certaines voix politiques et intellectuelles occidentales : la charia, pourquoi pas ? L’islamisme "modéré", qu’à cela ne tienne !
 
Nos zélateurs de l’islamisme modéré ont vite oublié que lorsqu’on le célèbre à deux heures de vol de la France, l’on risque d’en subir les assauts en plein cœur de Paris. Ils ont oublié que la Terre est devenue un village interconnecté, qu’il n’y pas de démocratie authentique sans sécularisation, que l’islamisme n’est pas la religion des musulmans mais une religion séculière dont le spectre s’étend des Frères musulmans aux néo-talibans de Daech, qui se partagent le même axiome : "Notre constitution c’est le Coran, notre modèle c’est le prophète, notre régime c’est le califat".
Ils ont surtout oublié que la quintessence de la civilisation occidentale est dans la désacralisation du sacré et la sanctification de la liberté humaine. Parmi ceux que je vois se lamenter sur le sort des 12 morts, je reconnais certains qui s’étaient indignés que des dessinateurs aient osé toucher au "sacré" en reproduisant en 2006 les caricatures du prophète, qui ne s’est d’ailleurs jamais octroyé cette sacralité supposée, celle-ci étant exclusivement réservée à Dieu et à Lui Seul. Je reconnais même certaines figures islamiques qui avaient porté plainte contre Charlie Hebdo, notamment le sempiternel imam de la Mosquée de Paris, ainsi que l’UOIF, qui est membre du CFCM !
 
Passées les jérémiades des fonctionnaires de l’islam, les indignations sincères de la classe politique, l’heure n’est pas seulement à l’unité nationale et au rejet des amalgames, mais aussi à l’autocritique. Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression. Ce qui est permis en psychanalyse ne doit pas être interdit en politique : mettre des mots sur les maux.   
Même si les Kelkal, Merah, Kouachi  et les centaines de sociopathes en Syrie restent minoritaires par rapport à la majorité des musulmans de France, on ne peut pas dire que le modèle d’intégration soit une réussite. Encore moins la gestion de l’Islam qu’on disait une chance pour la France. La gallicanisation de l’islam a échoué. Cela vaut aussi pour les autres pays européens, notamment le Danemark, où a vu ses citoyens de la "diversité" manifester sous la bannière noire de Daech et aux cris de "A bas le régime, nous voulons le califat" !
Si l’intégration a "échoué", l’intégrisme a en revanche conquis les cœurs. Parce qu’on a laissé la société s’ouvrir à ses ennemis, une microsociété passée de l’islam quiétiste à l’islamisme radical s’est développée grâce au microclimat culturel, éducatif, politique, médiatique et juridique. Le mal, c’est le cancer islamo-fasciste qu’on a laissé se métastaser dans les banlieues, les prisons, les mosquées, les associations, les écoles et même les universités.
 
Plutôt que de ressasser 'pas d’amalgames', mettre des mots sur les maux, c’est reconnaitre que les terroristes qui ont commis cet abominable crime sont des musulmans. Mais leur islam n’est pas mon Islam, ni celui des 5 millions de Français paisibles, ni celui des 1,700 milliards de coreligionnaires dans le monde. Leur islam génétiquement modifié est celui des Talibans, d’Al-Qaïda et de Daech. 
Les musulmans de France, pourront-ils encore dire dans leur prière quotidienne, Allah Akbar, sans s’attirer la suspicion, voire même la haine ? Devront-ils bannir de leur vocabulaire cette expression qui marque la transcendance, la grandeur et l’unicité divine dans la liberté humaine ? Devront-ils taire cette invocation de l’Eternel, désormais associée au nihilisme des barbares ?           
Ces musulmans de France que chacun prétend représenter et dont nul n’incarne le quiétisme sont doublement atteints. Ils ont été frappés au centre de leur patrie et au cœur de leur foi. Ils pleurent l’assassinat de leurs compatriotes et la mort de Dieu.

Réponse à B-H. Lévy

Publié dans De par le monde
Contrairement au politique dont la "fonction" est de se tromper toujours, le métier de philosophe serait-il d’avoir raison, même lorsqu’il se trompe, pour paraphraser l’irrévérent Sartre après la publication de L’Archipel du Goulag par Soljenitsyne ? Non, bien évidemment, l’essence de la philosophie, la vocation même du philosophe est dans cette quête perpétuelle de la vérité, intrinsèquement liée à la conquête de la connaissance.
D’où le rôle bénéfique que peut jouer le philosophe auprès du prince, nonobstant la critique tardive de Diderot qui, après avoir bien profité de la générosité des princes, tout comme Voltaire d’ailleurs, a décrété qu’un philosophe peut perdre son âme à trop fréquenter les antichambres des princes. A défaut d’être roi, comme le stipulait l’utopie platonicienne, le philosophe peut et doit en être l’éclaireur. La relation entre le politique et le philosophe se ramène finalement au binôme Savoir-Pouvoir, que la sagesse romaine pratiquait sous la forme de l’auctoritas et de la potestas, et que la sagacité musulmane perpétuait sur le modèle du Hukm et de la Sulta.   
C’est pour dire à Bernard Henri-Lévy que je ne suis pas de ceux, idiots ou envieux, qui lui reprocheraient ses ingérences en politique, une ineptie découlant de l’ignorance totale et de la philosophie et de l’essence du politique. Bien au contraire, je lui sais gré d’avoir contribué comme d’autres, à la restauration et à l’importance irréductible du philosophe dans la cité. Aristotélicien et averroïste, je dirai même que la philosophie n’a pas de sens en dehors de la politique et que le déclin de la philosophie s’est déclenché dès lors où on a voulu la cantonner dans les méandres de la métaphysique. De Socrate à Sartre, en passant par Machiavel, Spinoza, Averroès, Ibn Khaldûn, Voltaire, Rousseau…, philosophie et politique ont toujours été consubstantiellement et intimement liées.
 
Je lui reprocherai plutôt ses égarements, ses errements et, plus grave encore, son ignorance de la pensée philosophique et théologique islamique. De même que c’est à partir d’une fausse prémisse qu’on arrive à une fausse conclusion, c’est partant d’une connaissance imparfaite de l’islam et du monde musulman que l’on arrive à épouser l’islamisme "modéré" et à soutenir les hordes fanatisées du "printemps" dit arabe. Facteur aggravant, BHL persiste et signe. Et c’est là qu’il trahi, me semble t-il, sa vocation de philosophe, en suivant ce que la doxa désire et non guère ce que l’épistémè exige. Ce faisant, il n’est plus philosophe mais politique. Nous savons bien avant Max Weber qu’il est très difficile d’être à la fois homme de science et homme de pouvoir sans sacrifier l’une des deux vocations.
 
A la question du journaliste du Figaro, "Donc, pas de regrets" au sujet de la Libye, BHL répond à la sartrienne, "Aucun. D’ailleurs prenez le cas inverse. Celui où on n’est pas intervenu. C’est-à-dire celui de la Syrie. Quel est le résultat ? Vous avez aussi l’islamisme radical…" (Le Figaro du 4 septembre 2014).
La rhétorique est un art que le philosophe doit maitriser, mais pas la sophistique, ne serait-ce que par fidélité à Socrate ! Ce n’est pas parce que l’Etat syrien – et je ne dis pas le régime - n’est pas tombé que l’islamisme s’est métastasé, mais parce que la "révolution" syrienne a été dès le départ une sédition des Frères musulmans avec la complicité de l’Internationale islamiste basée à Doha, y compris celle du Hamas.
Le cas de la Libye est quasiment similaire et, malgré ma conviction que Kadhafi était capable du pire, je reste persuadé que le slogan "Il faut éviter un bain de sang à Benghazi" n’était qu’un mythe, une énorme manipulation des islamistes libyens dont BHL a été le bien candide vecteur.
C’est pour le moins troublant et affligeant que BHL, Tariq Ramadan et l’obscurantiste Qaradaoui, aient été sur la même longueur d’onde, pour ne pas dire dans le même front contre Kadhafi, alliance contre nature qui avait justifié à l’époque ma phrase dans Le Parisien, "Allah est grand et BHL est son prophète" ! Non, cher collègue philosophe, la Libye d’aujourd’hui, ou ce qui en reste, se porte nettement plus mal que la Jamahiriya sous la dictature de Kadhafi. Et cela vaut pour l’Irak sous Saddam Hussein, de la Syrie sous Al-Assad père et fils et, à plus forte raison, de la Tunisie sous Ben Ali.
Il ne s’agit là ni de nostalgie d’un régime (tunisien) que j’ai combattu plus de dix ans avant de comprendre que le réformisme et le gradualisme sont préférables aux maximalismes révolutionnaires, ni d’un penchant pour les dictateurs que j’ai toujours honnis. Il s’agit plutôt d’une attitude philosophique, politique et même éthique fondée sur l’intelligibilité de l’islam, sur la connaissance de l’islamisme, sur la psychologie des peuples et sur la réminiscence de l’Histoire.
 
BHL connait mal l’islam, encore moins sa subversion : l’islamisme. Il dit que "Le djihadisme est un fascisme, non par métaphore mais par définition".
Non Monsieur, c’est l’islamisme lui-même qui est par définition, par essence, par axiologie et par étiologie une idéologie néo-fasciste.
C’est l’islamisme des Frères musulmans (1928) qui est la cellule mère du djihadisme, du khomeynisme, du talibanisme, d’Al-Qaïda, du Hamas, de Boko haram, d’Ansars al-charia, de l’AKP, d’Ennahda, du FIS…
Si ces métastases terminologiques, ces excroissances et ramifications peuvent brouiller l’analyse et troubler la rationalité occidentale, elles n’empêchent pas le philosophe musulman de voir ce qui les unie toutes et ce qui constitue leur fondement commun, à savoir l’indissociabilité du temporel et du spirituel, du sacré et du profane, du religieux et du politique. La différence entre un Erdogan ou un Ghannouchi et un Ben Laden ou Abou Bakr al-Baghdadi, calife auto-proclamé de l’EIIL, n’est donc pas une différence de nature mais de stratégie ou plus exactement de tactique. En cela, la perspective machiavélienne centrée sur le réajustement des moyens par rapport aux fins, devrait davantage nous éclairer : dans la doctrine islamiste, l’islam est un moyen religieux au service d’une fin politique, le pouvoir, tout le pouvoir, rien que le pouvoir.
 
Nécrose de la civilisation islamique, altération de la religion musulmane, l’islamisme est une idéologie néo-fasciste, théocratique et totalitaire. Il n’est pas l’incarnation de l’islam mais son incarcération. C’est une "religion séculière", pour emprunter cette expression à Raymond Aron par laquelle il définissait le nazisme et le communisme. C’est là que BHL a parfaitement raison lorsqu’il qualifie le "fascislamisme" (cela fait 25 ans que je parle d’islamo-fascisme) de dernière forme de totalitarisme moderne à combattre, parce qu’il constitue un péril, pas seulement pour le monde musulman mais aussi pour le monde occidental. S’adressant récemment au corps diplomatique en Arabie Saoudite, le roi Abdallah – qui sait de quoi il parle ! - a déclaré que "S’ils ne réagissent pas, l’Europe et les USA vont avoir les djihadistes chez eux dans un mois" !  
Et ce combat est celui de la philosophie contre le sophisme, de l’autonomie contre l’hétéronomie, de l’altérité contre l’identité, du savoir contre l’ignorance, de l’herméneutique contre l’intégralisme exégétique, de la vérité contre le mensonge, de la raison contre la passion, de la pédagogie contre la démagogie, des Lumières contre l’obscurantisme, de la sécularisation contre le cléricalisme, de la liberté contre le totalitarisme. Et c’est à ce combat décisif que BHL doit revenir, car il s’en est bien éloigné, tout égaré qu’il fut dans le désert libyen…et ses mirages.

Texte intégral de la réponse de M. HADDAD, philosophe et ancien ambassadeur à l’UNESCO, dont Le Figaro a publié un extrait le 6 septembre sur Figarovox

Et si la Constitution tunisienne

Publié dans De par le monde
Et si la Constitution tunisienne n'était qu'un cheval de Troie ?

Quasi-unanimement, les médias ont accueilli la nouvelle Constitution tunisienne comme une révolution copernicienne en matière de démocratie, de liberté et de respect des droits de l'homme. À croire que cette Constitution a été faite beaucoup plus pour susciter ce genre d'unanimisme que pour répondre aux revendications réelles du peuple tunisien, qui ne s'est pas insurgé pour avoir une nouvelle Constitution, ni même une assemblée constituante, mais pour conquérir la justice sociale et obtenir le droit au travail, condition sine qua non de la dignité et de la liberté.
Les Tunisiens aspiraient à des "droits objectifs", mais ont leur a offert des "droits subjectifs", pour emprunter ces catégories à la terminologie marxiste.
Dans cette nouvelle euphorie médiatique, après celle du "printemps arabe" qui a tourné au cauchemar islamiste, ce n'est plus la Turquie d'Erdogan qui est le modèle archétypal de l'islamisme "modéré", mais la Tunisie de Ghannouchi. Ternie par la vague de répression et par la corruption qui gangrène son système politique et économique, la Turquie aux ambitions néo-ottomanes a été déclassée au profit de l'idéal-type tunisien, qu'on a érigé en modèle idoine sans prendre la peine d'établir le bilan social, politique, économique et sécuritaire des trois années écoulées, ni même d'analyser dans leur clair-obscur les 149 articles de cette Constitution interminable et bien trop syncrétique et hétérogène pour être authentiquement libérale. De l'État qui soutient le sport (article 43) à l'écologie (article 45), en passant par le dialogue des civilisations (article 42), le développement durable (article 12) ou l'obligation de l'État à "enraciner l'identité arabo-musulmane" (article 39), tout y est dans cette ratatouille constitutionnelle afin que tout le monde puisse s'y retrouver, y compris nos partenaires occidentaux.
Tout y est sauf l'essentiel qui fonde un État de droit civilisé et sécularisé, à l'éthique et à la normativité sinon résolument laïques, du moins compatibles avec le positivisme juridique et l'humanisme universaliste. Cet essentiel se résume à trois mesures qui auraient alors justifié l'unanimisme médiatique: l'inscription de la Charte universelle des droits de l'homme dans le préambule de la Constitution, l'abolition de la peine de mort, et la distinction, pour ne pas dire la séparation, du religieux et du politique, impératif de la sécularisation, signe de la modernité et condition nécessaire d'une démocratie saine, fiable et à l'abri des tentations théocratiques.
Certes, la nouvelle Constitution aurait pu être bien pire. Galvanisé par une victoire électorale qui n'a pas encore livré tous ses secrets, le chef des Frères musulmans tunisiens avait déclaré dès 2011 que la charia sera l'une des sources de la Constitution. Il a dû par la suite revoir à la baisse son inclination théocratique, non guère parce que les islamistes tunisiens sont pour le monde arabe ce que les démocrates chrétiens sont pour l'Europe, ou que l'islamisme est soluble dans la démocratie, comme l'affirme une certaine légende médiatique, mais parce que la société civile, principalement sa composante féministe, s'est mobilisée pour défendre ses acquis hérités de l'ère Bourguiba, que son successeur a eu le mérite de maintenir et de consolider.
D'où mon étonnement et ma consternation de lire dans certains grands quotidiens parisiens que la nouvelle Constitution tunisienne est un chef d'œuvre démocratique et une avancée exceptionnelle au sein du monde arabe, parce qu'elle stipule que "Les citoyens et les citoyennes sont égaux en droits et en devoirs" (article 21). On feint d'ignorer ainsi, ou on oublie que la Tunisie était, en effet, une exception arabe et islamique depuis 1956, année de la proclamation par décret beylical de l'égalité entre l'homme et la femme et de l'abolition de la polygamie. On occulte le fait indéniable que c'est à l'aube de l'indépendance et grâce au génie réformateur de Bourguiba, qui n'était alors que Premier ministre, que cette égalité s'est imposée à une société soumise, par atavisme culturel et ignorance, aux injonctions d'une caste religieuse réactionnaire et polygame. Bourguiba avait eu la clairvoyance et l'audace politique de traduire en acte les aspirations des réformistes tunisiens, notamment Tahar haddad qui, dès 1930, publiait son célèbre essai "Notre femme dans la charia et dans la société".

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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