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HOGARD Jacques

HOGARD Jacques

Né le 16 décembre 1955
 
 
 
 
Président du Groupe E.P.E.E (Experts Partenaires pour l’Entreprise à l’Etranger)
Officier supérieur parachutiste
 
 
Ecole militaire Interarmes (St Cyr-Coëtquidan)
Executive MBA à HEC
CPA Paris (Centre de Perfectionnement aux Affaires).
 
 
Colonel de l’armée de terre où il a servi durant 26 ans (1974-2000), comme officier parachutiste à la Légion étrangère puis au Commandement des Opérations spéciales, a participé en tant que tel à de nombreuses missions extérieures en Afrique (notamment au Rwanda en 1994) et dans les Balkans [commandement en Macédoine puis au Kosovo du Groupement inter armées des Forces spéciales (1999)].
Quitte l'Armée (2000)
Fonde la société d’intelligence stratégique EPEE (Experts Partenaires pour l’Entreprise à l’Etranger) -
www.epee.fr - (2005)
     et filialise les activités spécifiques de conseil en sûreté sous la marque ESEI (Experts en Sûreté pour l’Entreprise à l’international) -
www.esei.fr
- (2011)
 
Ouvrages
Plusieurs articles et publications dont deux livres :
Les larmes de l’Honneur, 60 jours dans la tourmente du Rwanda été 1994 
L’Europe est morte à Pristina, guerre au Kosovo printemps-été 1999.
 
Distinctions
Officier de la Légion d'Honneur
Officier de l'Ordre national du Mérite
Croix de guerre des Théatres d'opérations extérieures
Croix de la Valeur militaire
Titulaire de l'Ordre de Saint Sava (Serbie)

URL du site internet:

Le politiquement correct frappe...

Publié dans Du côté des élites
Le politiquement correct frappe l’armée : une promotion de Saint-Cyr "débaptisée"
 
La promotion de Saint-Cyr qui quittera la lande bretonne en juillet 2019 va être débaptisée. L’état-major précise "qu’il sera engagé avec les élèves de la promotion concernée “un parcours de mémoire” au terme duquel un nouveau nom de parrain sera choisi". Cette promotion porte le nom du général Loustaunau-Lacau (1894-1955).
C’est une première qu’une promotion de Saint-Cyr soit ainsi "débaptisée" !
Le nom de promotion n’est pas choisi par hasard dans nos écoles d’officiers. Il est le fruit d’un processus long et complexe initié par le choix des élèves-officiers eux-mêmes, validé par les autorités militaires et politiques.
Voir sa promotion "débaptisée", c’est un traumatisme pour les cyrards qui ont choisi leur parrain.
Quant à ce fameux "parcours de mémoire", cela évoque la "rééducation des camps vietminhs", ainsi que me l’écrit un amiral (2S) de mes amis. Il y a donc de quoi être inquiet.
 
Mais qui est Loustaunau-Lacau ?
Saint-cyrien de la promotion de Montmirail (1912 -1914), Georges Loustaunau-Lacau fait la Grande Guerre dans l’infanterie, qu’il terminera comme capitaine, Légion d’honneur et croix de guerre avec trois palmes et une étoile. Entre les deux guerres, campagne du Maroc après l’École de guerre en 1924, dont il sort major. Puis il est chef de corps du 24ème bataillon de chasseurs alpins. Il succède ensuite à Charles de Gaulle comme "plume" du maréchal Pétain. Dès 1936, il fonde les réseaux Corvignolles, qui ont pour objet de démasquer les cellules communistes dans l’armée.
À nouveau la guerre : dans la Résistance dès 1941, il fonde le réseau Alliance. Son activisme anti-allemand le fait emprisonner par Vichy, puis il est livré aux Allemands et déporté à Mauthausen en 1943. Après la guerre, il a néanmoins affaire à la Justice pour ses activités d’avant-guerre, suspecté d’avoir appartenu à la Cagoule.
Blanchi par ses juges, il a été effacé de la mémoire collective des Français par les historiens officiels" selon l’expression du résistant Alain Griotteray.
Nommé général par Vincent Auriol en 1954, il décède alors qu’il est député des Basses-Pyrénées.
 
Que reproche-t-on donc tardivement à Loustaunau-Lacau ?
D’avoir été "antisémite", paraît-il ! Certes, il a pu, comme beaucoup avant-guerre, être critique à l’égard des différents lobbys qu’il considérait avoir joué un rôle néfaste dans le désarmement de la France. Mais en faire un "antisémite", sous-entendu un "nazi" ou un "fasciste", est tout à fait faux et injuste. En réalité, ce qu’on lui reproche aujourd’hui, c’est d’avoir été "un Français rebelle", mais surtout "un supposé cagoulard et un résistant d’extrême droite".
C’est évidemment pour ce motif que, cédant au politiquement correct, les autorités ont aujourd’hui décidé de débaptiser cette promotion !
 
Ces gens-là devraient relire ces mots de Simon Epstein :
"Nombre d’antifascistes de 1936, basculés dans la collaboration dès 1940 mais experts à se faire pardonner en 1944, auront connu une Libération plus paisible que celle qui s’acharnera sur ce résistant de la première heure, rescapé de Mauthausen et des marches de la mort."
Comme l’écrit le colonel Groussard, autre grand résistant, "toute sa vie, Georges Loustaunau-Lacau s’est lancé dans la bataille sans jamais tenir compte des conséquences dramatiques que cela pouvait avoir pour lui". Et pour Alain Griotteray, "Georges Loustaunau-Lacau a sacrifié à ses convictions, au service de la patrie, sa carrière, sa liberté, son honneur et sa réputation".
 
On ne débaptise pas une promotion de Saint-Cyr, une promotion d’officiers, quelle qu’elle soit et quel qu’en soit le motif. Aucun prétexte tardif ne saurait le justifier alors même que l’officier ayant donné son nom à cette promotion a prouvé par ses actes à tout moment la haute conception qu’il se faisait du métier des armes et du patriotisme.
Vive la promotion Général Georges Loustaunau-Lacau !

Envoyé par l'auteur, paru sur Boulevard Voltaire, 19 novembre 2018

Le Rwanda : histoire révisée

Publié dans Devant l'histoire
Le Rwanda vu par Guillaume Ancel, ou l'histoire révisée de l'opération Turquoise

Les 15, 16 et 17 mars dernier, à l’approche du 24ème anniversaire du génocide rwandais (déclenché le 7 avril 1994 au lendemain de l’assassinat du président rwandais Juvénal Habyarimana et de son homologue burundais), le journal vespéral Le Monde a publié pas moins de six articles sur le sujet sous la plume d’un journaliste, David Servenay, connu depuis des années pour son parti pris en faveur de la thèse d’une culpabilité de la France dans le génocide rwandais.

Cette année, l'habituelle campagne de presse avait un objectif particulier ; celui d’accompagner le lancement d’un livre, plus exactement d’une réédition, sous un nouveau titre, du récit romancé d’un ancien officier de l’opération Turquoise. Après avoir en effet connu un échec lors du lancement de "Vents sombres sur le lac Kivu" en 2014, pour le 20ème anniversaire du génocide, Guillaume Ancel récidive avec "Rwanda, la fin du silence" publié aux "Belles Lettres", dans la collection - excusez du peu ! – "Mémoires de guerre".
Celle nouvelle édition – sous-titrée cette fois "témoignage d’un officier français" - s’orne d’une préface élogieuse de Stéphane Audouin-Rouzeau (1), professeur à l’EHESS, qui au travers de récents voyages au Rwanda, est devenu un initié de ce pays autant qu’un admirateur du régime qui le régit aujourd’hui sans discontinuer depuis la victoire militaire du FPR, la rébellion tutsie, en 1994.

Sur le Rwanda, il existe une thèse – largement initiée outre-Manche et outre-Atlantique - qui veut que la France soit à tout prix responsable du génocide de 1994 (le seul dont on parle vraiment, car il est jugé "révisionniste" voire ""négationniste" d’évoquer le "génocide-revanche", qui se déroulera entre 1995 et 1997, ainsi que les terribles massacres : aussi bien ceux de l’Indépendance, les Tutsis massacrés par les Hutus, que ceux de la guerre de 1990-1993, les Hutus massacrés par les Tutsis dans le nord du pays, provoquant alors l’afflux d’un million de réfugiés à Kigali).
Cette thèse est celle de Paul Kagamé, l’ancien chef rebelle Tutsi formé aux États-Unis et en Ouganda (dont il fut le chef du Renseignement militaire) et actuel président Rwandais, au pouvoir depuis 1994. Il vient de modifier la Constitution du pays pour se maintenir aux commandes du pays sans plus de limite désormais.

La culpabilité supposée de la France est en fait la "doxa", la doctrine officielle du régime rwandais. Il faut un bouc émissaire et la France, qui a freiné sa conquête du pouvoir entre 1990 et 1994, est toute désignée pour ce rôle. Au point que Kagamé imposera au Rwanda de quitter la Francophonie pour rejoindre le Commonwealth. Il y a dix ans, pour soutenir sa thèse, Kagamé a fait publier par ses services un énorme pavé de 800 pages baptisé "Rapport Mucyo", condensé d’accusations plus énormes les unes que les autres, enrichi de faux documents si grossiers qu’ils en étaient risibles !
Mais cette thèse est relayée également à l’étranger, y compris bien sûr en France, par des organisations, des officines, des journalistes, des enseignants, des personnalités, tous adeptes de ce que le général François Torrès qualifie de "poisons intellectuels français : la repentance et le mensonge". Ces milieux que nous connaissons sous le qualificatif de "porteurs de valise du FPR", très marqués par les influences mondialiste, gauchiste, anti militariste… etc.  cherchaient depuis longtemps du "renfort ", c’est-à-dire des personnes susceptibles d’être utilisées "à charge", autrement dit  en mesure de valider leur thèse, et bien entendu, pour ce faire, quoi de mieux qu’un "ancien officier de l’opération Turquoise "  C’est Laure de Vulpian, l’ineffable activiste de France Culture qui, après un demi échec lors du ralliement à sa cause d’un ancien sous-officier du GIGN ayant participé à Turquoise, auquel elle tentera vainement de tenir la plume, décrochera enfin le gros lot en la personne de Guillaume Ancel, auquel elle donnera la parole dans son émission du 6 avril 2014. Peu de temps après que l’intéressé, qui venait d’effectuer une petite dizaine d’années dans le civil en situation de disponibilité, ait demandé sans succès sa réintégration dans les cadres de l’armée de terre.

Guillaume Ancel est un ancien officier, saint-cyrien de surcroît (Promotion Cadets de la France Libre, 1985-1988) et cela donne a priori à son "témoignage" davantage de crédit qu’un malheureux gendarme débauché sans succès quelques années auparavant.
Certes, il n’était lors de l’opération Turquoise qu’un tout jeune officier subalterne inexpérimenté. Certes, il n’avait dans cette opération aucune responsabilité de commandement, étant détaché en tant que spécialiste OGT de son régiment, le 68ème régiment d’artillerie, auprès de la 1ère compagnie du 2ème REI désignée pour participer à Turquoise. Certes, il n’avait en tant que tel pas accès aux ordres émis ou reçus aux échelons supérieurs. Il n’était qu’un exécutant sans aucune vue d’ensemble mais la "grande presse", actionnée par les réseaux que je viens d’évoquer, en ont fait au mois de mars "le" seul témoin, le seul "expert" capable de donner un témoignage véridique et sincère !

Le problème est que le livre d’Ancel ne résiste pas à une lecture honnête et attentive. Éliminons d’abord le moins important.
Sans parler de la forme à proprement parler (le ton très suffisant pour ne pas dire arrogant que l’auteur adopte de la première à la dernière page pour se dépeindre et se mettre en selle), le jeune artilleur, visiblement mal à l’aise dans les unités professionnelles de l’armée de terre, et quoiqu’il s’en défende à plusieurs reprises, règle dans son ouvrage de nombreux comptes personnels. Vis-à-vis de la Légion étrangère, vis-à-vis des Forces spéciales, vis-à-vis des Troupes de Marine, vis-à-vis de ses chefs, les descriptions, les qualificatifs, les commentaires, les allusions et même quelques solides attaques "ad hominem" pleuvent (2). Peu amènes, ces déclarations témoignent d’une envie déclarée de nuire, d’un sérieux besoin de reconnaissance et de revanche.

Sur le fond, on peut relever, page par page (3), un très grand nombre de contre-vérités, d’approximations et de contradictions. Si bien que ce livre donne une version toute personnelle, bien éloignée de la réalité, de la vérité de l’opération Turquoise.

S’agissant d’abord de la mission et des ordres reçus, comme l’a écrit le général Lafourcade qui était notre chef et comme je peux en attester moi-même : "Tous les ordres du CEMA et du commandant d’opération contredisent ses affirmations. Il n’a jamais été question d’une mission de combat contre le FPR ni d’un raid sur Kigali. Il n’a jamais été question dans ces ordres d’aider les forces gouvernementales ni de livrer des armes, à plus forte raison de payer leur solde. L’importance des moyens déployés avait pour but d’assurer la sécurité de la mission face à l’hostilité déclarée du FPR avant l’engagement". Tout est dit dans cette remarque du COMFOR Turquoise.

Néanmoins, depuis 2014, Ancel répète à l’envi que Turquoise et en particulier le Groupement Sud que je commandais, aurait livré des dizaines de milliers d’armes aux FAR réfugiées au Zaïre ! Avec cette histoire de "raid sur Kigali", il s’agit là du plus gros mensonge dont ce livre est truffé. Ancel là aussi fabule : je relève ainsi notamment l’épisode figurant aux pages 98 à 100 de l’ouvrage : "Aéroport de Cyangugu, Rwanda, juillet 1994 " (Ancel précise en note de bas de page : "je n’ai pas noté le jour, cela se passe lors de la deuxième quinzaine de juillet") dans lequel il me met personnellement en cause.

Dans ces trois pages (que Le Monde reproduira in extenso dans sa publication du 15 mars et pour lesquelles il me refuse jusqu’à présent, sous de curieux prétextes, un droit de réponse), Ancel évoque une demande que lui aurait fait mon adjoint, le lieutenant-colonel Laporte ("Lemoine" dans le livre, décédé il y a plusieurs années et qui n’est donc plus là pour se défendre…) de s’occuper d’un groupe de journalistes afin "qu’un convoi de camions (puisse) quitter la base pour transporter des armes vers le Zaïre". Plus loin, Ancel décrit "dans leur dos, de l’autre côté de la piste, une colonne d’une dizaine de camions transportant des conteneurs maritimes qui quitte le camp en soulevant un nuage de poussière". S’ensuit un dialogue surréaliste au cours duquel je lui aurais expliqué le soir même que nous livrions des armes aux FAR pour "les calmer et éviter qu’elles se retournent contre nous" ! Pauvres FAR, alors exsangues, battues et abattues, défaites moralement, précisément sans armes et sans munitions : comment donc auraient-elles été en mesure de s’en prendre à nous ?

Par ailleurs, si nous avions du livrer des armes aux FAR, nous leur aurions livrées, me semble-t-il, bien plus tôt, c’est-à-dire quand elles se battaient encore dans Kigali face au FPR, comme me l’avait demandé alors le 2 ou le 3 juillet leur sous-chef opérations le Général Kabiligi, ce que je lui avais alors bien entendu refusées (Voir "Les larmes de l’Honneur", page 47). Je déments donc bien entendu ici une fois encore toute livraison d’armes aux FAR et ne peux que conclure, dans le meilleur des cas, qu’il s’agit dans l’esprit de l’ex-capitaine Ancel d’une grave confusion.
Grave confusion pour un militaire de confondre les véhicules que nous avions en dotation : TRM2000, TRM4000 et VLRA avec des "porte-conteneurs" et "conteneurs maritimes" ("une dizaine" !) dont on se demande encore par quel itinéraire ils auraient bien pu rejoindre les confins zaïro-rwandais. Grave confusion car le gros des FAR en déroute étant passé par le nord du lac Kivu, nous n’aurions pas poussé le vice à nous livrer ainsi à leur profit à un exercice logistique aussi colossal qu’improbable !
Grave confusion encore car il mélange probablement ses souvenirs et confond cette livraison d’armes imaginaire avec la livraison bien réelle de fret humanitaire (Bâches plastiques, couvertures, aliments et médicaments de première nécessité) que j’ai fait effectuer le vendredi 22 juillet après midi (j’ai toutes mes archives !) aux familles des soldats du Général Kabiligi (4 300 personnes) réfugiées aux sorties ouest de Bukavu (Zaïre). Je ne faisais que répondre ainsi à la situation tragique d’êtres humains dans un dénuement et une détresse extrêmes, alors même que 3 enfants en bas âge venaient de mourir de faim, de fatigue et du manque de soins.

Certes, Ancel écrit à plusieurs reprises, comme s’il voulait se protéger de lui-même, qu’il craint que ses souvenirs ne le trahissent, plus de vingt ans après. Je crois que c’est au minimum le cas. Mais alors, il aurait mieux fait de se taire comme le lui a rappelé sévèrement il y a peu le Général d'armée Bruno Dary président de la Saint-Cyrienne, l'association des anciens élèves de St-Cyr. La version qu’il donne de l’opération Turquoise est totalement partiale, dénuée de sens et d’objectivité, et elle relaie la propagande anti-française que mène depuis 1994 le régime totalitaire de Paul Kagamé au Rwanda. Je n’ai manifestement pas participé à la même opération que lui !
Comme je l’ai écrit publiquement à celui qui reste mon ancien subordonné mais auquel je dénie la qualité d’ancien "compagnon d’arme", la malhonnêteté, le besoin de paraître et la méchanceté n’ont jamais servi la vérité. Les millions de morts, Tutsis aussi bien que Hutus, anéantis dans des conditions atroces de 1990 à nos jours, méritent assurément mieux que les médiocres règlements de compte d’un officier subalterne en rupture de ban avec l’institution qui l’a nourri durant tant d’années.
Ce livre n’est en rien crédible pour qui connaît bien de l’intérieur l’Armée française et ses forces vives et pour qui a vécu l’expérience des opérations extérieures. Bourré d’inexactitudes, d’approximations, de contradictions, de contre-vérités (3), mélangeant comme à dessein les propos de popote, tenus ou supposés, avec les briefings où seuls les chefs d’un certain rang s’expriment, multipliant les allégations, les sous-entendus sans fondements, la caricature, l’ironie déplacée, ce livre ne fait en réalité pas honneur à son auteur.

Au-delà de ce livre et du personnage qui l’a commis, il faut redire avec force que la France n’a pas de responsabilité dans l’atroce génocide de 1994 et que l’opération Turquoise a été exemplaire. Je suis personnellement très fier d’y avoir participé.
En ce qui me concerne, chacun sait que je ne suis pas un défenseur aveugle et acharné de la politique étrangère de la France. Celle-ci peut commettre de très graves et lourdes erreurs. Ce fut le cas en ex-Yougoslavie, en Bosnie puis au Kosovo, ce fut le cas en Libye, ce fut le cas ces sept dernières années en Syrie, avec les terribles conséquences que l’on sait, tant au Moyen-Orient que chez nous en Europe et en France.
Ce ne fut pas le cas au Rwanda, où en définitive la seule erreur commise par le président Mitterrand fut de penser en décembre 1993 que la France pouvait se retirer et laisser à l’ONU la charge du maintien de la paix. Après qu’il ait pesé de tout son poids de 1990 à 1993 pour une plus grande démocratisation du régime du président Habyarimana, en échange de l’aide militaire de la France. Moins de quatre mois plus tard, du fait de l’incurie de l’ONU et de la MINUAR, de l’indifférence feinte ou réelle de la "communauté internationale", à la faveur de l’assassinat du président Habyarimana par le FPR, s’installait le chaos au Rwanda et dans la région des Grands Lacs.

Seule l’opération Turquoise a tenté d’y mettre fin. Véritable opération humanitaire, menée dans un contexte très difficile, sans arrière-pensée aucune, sans complot surréaliste, n’en déplaise à M. Ancel.
La lecture manichéenne du drame rwandais conduit à déformer l’Histoire, à la nier, à la réviser pour en donner une version fausse et génératrice de haines inexpiables. (4)
Colonel Jacques HOGARD, Ancien commandant du Groupement Sud de l’Opération Turquoise, 24 avril 2018

(1) Pour mieux comprendre qui est Stéphane AUDOUIN-ROUZEAU, le préfacier d’ANCEL, il faut absolument lire le texte aisément accessible sur Internet du Professeur Claudine VIDAL, "Les voyages de Stéphane Audouin-Rouzeau" ; Cette spécialiste des Grands Lacs africains et du Rwanda livre une critique passionnante du personnage et de son ouvrage "Une initiation. Rwanda (1994-2016) qu’elle qualifie d’ "essai construit sur le refoulement des savoirs existants" !
(2) Page 203, j’apprends que j’ai créé "une très lucrative société de conseil en intelligence économique dont l’activité ressemble étrangement à ce qu’il était convenu précédemment du mercenariat" ! Que vient faire cette évocation aussi malveillante que mensongère sur mes activités d’entrepreneur civil dont le lien avec le Rwanda est quelque peu difficile à établir !
(3)
- Pages 81, 82 et 86, le "crime de guerre" ou au minimum "homicide volontaire" avoué par Ancel est-il réel ou le fruit d’une imagination débordante ? En tous cas, il n’existe pas de "sergent Patrick Van Moyden" parmi les paras commandos belges tués à Kigali en avril 1994. Pas plus qu’il n’y avait parmi eux de spécialiste Mistral… !  En tout état de cause, si ce crime de guerre est réel, il est une tâche indélébile sur la conscience de celui qui en est l’instigateur. Et s’il est inventé, ce qui reste à ce stade fort possible, cela en dit long sur la personnalité de l’auteur. Dans tous les cas, il est manifeste que l’officier concerné n’avait pas sa place dans l’Armée française dont la solidité est bâtie sur un socle de valeurs intangibles, parmi lesquelles le respect de la vie d’autrui, y compris de l’adversaire, et la haine du mensonge.
- Page 87 : Ancel découvre un corps aplati "comme si un rouleau compresseur lui était passé dessus". Ancel renonce à enquêter. Il laisse planer le doute. Mais revient sur l’événement page 175 pour lui donner enfin une explication : il s’agirait d’un homme "jeté d’hélicoptère" (accusation reprise maintes fois par le régime de Kagamé parmi les "crimes" imputés à la France). Et pourtant, comme le relève avec justesse un avis autorisé : "Un corps sur lequel est passé un rouleau compresseur a la peau explosée. Il suffit de regarder l’effet d’une roue ayant écrasé un animal. Un corps qui tombe du ciel, largué au-delà de 400 m atteint une vitesse de 200 km/heure environ. Au sol, le corps parait intact. Le sang coule par le nez et les oreilles. La peau est suffisamment élastique pour encaisser le choc. Les fractures sont multiples. En tout cas, le corps ne ressemble pas à une galette. Cela suffit à discréditer ce "monsieur je sais tout". Il y a suffisamment de rapports civils ou militaires qui décrivent l’état du corps lors d’un tel accident ".
(4) Si un lecteur passionné cherche la vérité de l’Histoire sur le Rwanda, il faut lui conseiller le livre très récent de la courageuse journaliste canadienne Judi Rever "In Praise of Blood " (dont le lecteur non anglophone trouvera un résumé en français sur le site de l’Association France-Turquoise :
www.france-turquoise.fr) - ou encore le non moins récent ouvrage d’Hervé Cheuzeville "Rwanda ; vingt-cinq ans de mensonges" (Références sur le même site).
Envoyé par l'auteur, 11 mai 2018

L'Iran triomphe au Moyen-Orient

Publié dans De par le monde
L'Iran triomphe au Moyen-Orient

Si la guerre en Irak et en Syrie est en passe de se terminer, si Daech est d'ores et déjà militairement vaincu, et a cessé d’exister en tant qu’ "État", c’est en grande partie grâce à l’appui militaire apporté par la Russie à la Syrie à partir d’octobre 2015, mais aussi sur le terrain, par l’Iran et les milices chiites.
 
L’Iran, grande puissance moyen-orientale, revient en force sur la scène internationale et apparaît de fait comme le grand vainqueur régional de cette guerre de six ans. Ceci évidemment ne plaît pas à tout le monde. Le Président Macron a dans ce contexte appelé au désarmement de ces milices irakiennes provoquant l'ire de Bagdad.
Aux États-Unis, où la diplomatie apparaît très affaiblie, la Maison-Blanche remet en cause l’accord sur le nucléaire iranien de Vienne (JCPOA) signé le 14 juillet 2015. Donald Trump n’a pas de mots assez durs pour attaquer l'Iran : "régime fanatique", "principal Etat soutenant le terrorisme dans le monde, qui répand la mort, la destruction et le chaos". Trump renoue avec la vieille rhétorique belliciste des États-Unis éprouvée en Yougoslavie, Irak, Syrie et en Ukraine. Chaque jour, l’Iran progresse sur tous les fronts comme si la rhétorique anti-iranienne de Trump le renforçait dans son rôle de puissance géopolitique, militaire et économique. La politique visant à l’isoler, le déstabiliser ou le diaboliser est en échec.
 
Le rapprochement franco-iranien en péril
Côté français, alors que les prises de position affichées jusqu’ici en matière de politique étrangère par Emmanuel Macron allaient plutôt dans le sens d’un certain réalisme, d’une volonté pragmatique de regarder les choses en face et de se démarquer aussi de nos positions antérieures, voici subitement que s’assombrit le ciel des relations bilatérales franco-iraniennes. Ainsi, le 18 novembre dernier, tandis qu'éclatait l'affaire Saad Hariri, l’Iran s’en prend vertement à la France qui a critiqué la politique "agressive" de l’Iran et son programme balistique : "Il n'est pas dans l'intérêt de M. Macron ni de la France de s'ingérer dans les affaires de la République islamique (…) Sur les questions de défense et du programme balistique, nous ne demandons la permission à personne. (...) En quoi cela regarde-t-il Macron ? Qui est-il pour s'ingérer dans ces affaires", a prévenu Ali Akbar Velayati, le conseiller du Guide suprême pour les relations internationales. La veille, l'Iran avait réagi une première fois aux déclarations du chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian, en voyage à Riyad, accusant Téhéran de "tentations hégémoniques" au Moyen-Orient. Comme si Téhéran n'avait pas compris que la France donnait des gages au prince héritier saoudien afin de sauver l'unité du Liban.
Ces échanges un peu vifs seraient-ils de nature à rigidifier les relations franco-iraniennes ? Ce n'est pas certain car Emmanuel Macron a tout de suite maintenu sa volonté de se rendre le plus vite possible à Téhéran en 2018.

Il ne faut pas se tromper de Satan ! 
L’Iran est une puissance montante au plan géopolitique et la victoire iranienne en Syrie en est une manifestation éclatante. Alliée de Bachar El Assad, elle prépare la reconstruction de son pays. Mais il ne faut pas sous-estimer non plus la victoire iranienne en Irak, laquelle concrétise le célèbre "arc chiite" qui va de Beyrouth à Téhéran via Damas et Bagdad.
Face à l’Amérique, l’Iran est parvenu à obtenir des autres signataires du JCPOA une attitude démarquée de celle de Donald Trump. Les États-Unis apparaissent ainsi diplomatiquement isolés et les autres grandes puissances signataires (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne, et Russie) ont toutes réaffirmé leur attachement au respect de l'accord. Si Téhéran semble effectivement avoir mis en sommeil son programme nucléaire, elle entend par ailleurs développer son programme balistique à grande vitesse.
L’Iran a profité également de l’erreur commise par l’Arabie saoudite avec le Qatar en juin dernier en minant de l’intérieur le Conseil de Coopération du Golfe. L’Iran veut ainsi affirmer la victoire remportée sur le terrorisme wahhabite, autrement dit la victoire de l’islam civilisé sur les barbares, les "takfiris qui osent tuer au nom de Dieu" !
 
Une puissance économique émergente
Au plan économique, il faut rappeler que l’Iran est la première réserve de gaz au monde avec 18,2 % du total des réserves prouvées de la planète et que le pays dispose d’un immense potentiel encore peu exploité, que l’Iran est également en matière de pétrole au quatrième rang mondial derrière le Venezuela, l’Arabie Saoudite et le Canada, avec 9,3 % du total des réserves prouvées dans le monde et que 70 % de cette production est désormais exportée, principalement vers l’Asie (Chine, Inde, Japon, et Corée du Sud) mais aussi désormais vers l’Europe. L'Iran est également une nouvelle puissance en matière de high tech et de bio tech (comme en témoigne le dynamisme de Pardis, la "Silicon Valley iranienne" : sur ce parc technologique de 1000 hectares situé à une trentaine de kilomètres de Téhéran, se trouvent quelques 400 entreprises de pointe installées depuis 2002 (fournisseurs d’accès Internet, banques, centres d’appels, laboratoires, sociétés spécialisées de biotechnologie, d’informatique et de robotique). Peuplé de 80 millions d’habitants, l'Iran dispose d’une jeunesse, garçons et filles, nombreuse et formée.
 
Les pétromonarchies du Golfe n'ont pas rompu avec le terrorisme
Obsédée par sa rivalité avec la Russie, l'Amérique voit dans l'Iran, le meilleur allié russe dans la région, le bouc émissaire parfait : "foyer, levier du terrorisme". Trump a clairement choisi le camp de l’Arabie Saoudite lors de son voyage triomphal en mai dernier à Riyad.
Mais en réalité qui finance le terrorisme islamiste, qui soutient et abrite les terroristes islamistes sinon les monarchies sunnites wahhabites du Golfe, en proie à leurs faiblesses et leurs divisions. Les déclarations américaines sur "l’Iran terroriste" en deviennent risibles de la part de ceux qui ont été les conseillers et pourvoyeurs indirects d’Al Nosra, autrement dit Al Qaida en Syrie.
Et si de bonnes âmes se risquent à comparer l’Arabie Saoudite et l’Iran en matière de bonne conduite démocratique, on voit bien que l’Iran présente un visage apparemment plus compatible avec les principes démocratiques. Droit de vote, processus électoral, respect des minorités, place des femmes ou accès de la population à l’éducation : il n’y a en vérité pas grand-chose de commun entre l’Iran et les bédouins du désert arabique. Et pourtant, malgré les évidences, Trump persiste et signe.
La France pourrait tirer parti de cette opportunité pour rétablir son influence, son prestige et son rayonnement après une décennie d’erreurs colossales et d’incurie en matière de politique étrangère. L’Iran, en définitive, n’attend que ça.

Envoyé par l'auteur, 11 mai 2018

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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