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HUDE Henri

HUDE Henri

Né le 7 septembre 1954
Marié - 4 Enfants.


Philosophe

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm) (1974-79)
Agrégation en Philosophie (1977)
Doctorat in Philosophie (1990)
     Habilitation (1992) à diriger des recherches en philosophie.

Directeur du Pôle d’éthique au Centre de recherches des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).
Ancien professeur en classes préparatoires au Collège Stanislas (Paris)
Ancien professeur d’Université à Rome
(Professore stabile. Istituto Giovanni Paolo II di studi su matrimonio e famiglia, presso l’Universita del Laterano).
Ancien directeur général du Collège Stanislas (Paris) 
 
Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire (depuis 1992)
Membre du conseil d’orientation de l'Institut Montaigne (2001-2009) 
Membre du conseil scientifique de la revue Oasis (Venise) (depuis 2004)
Membre du conseil d’administration de l’association des Amis de St-Cyr et Coëtquidan (depuis 2005)
 
Ouvrages
Bergson(2 volumes) (1ère édition, 1989 and 1990), Paris, Editions Universitaires
     Reedited Archives Karéline (2009)
Ethique et politique,Paris, Editions Universitaires (1992)    
Philosophie de la prospérité. Marché et solidaritéParis, Economica(1994), 
Croissance et liberté. Philosophie de la prospérité(1995) - 2nd Volume, Critérion, Paris 
Mon testament philosophique, en collaboration avec Jean GUITTON, Paris, Presses de la Renaissance (1997)
Entretiens posthumes avec Jean Guitton,Paris, Presses de la Renaissance.(2001)
Ethique des décideurs,Paris, Presses de la Renaissance (2004) 
     Préface par Henri de Castries, Prix Montyon 2005 de l’Académie française
     Traduit en italien chez Cantagalli, Siena, (2010)
     A paraître en américain à IPS Press, en 2011. 
Parole et silence (Prolégomènes. Les choix humains), Paris (2009)
Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, Paris (2010)
 
Autres publications (sélection)
- ‘Il rinnovamento socio-politico’, (“Socio-political Renewal”), in Veritatis Splendor, testo integrale con comentaria filosofico-teologico tematico, a cura di Ramon Lucas Lucas, Presentazione del cardinal J. Ratzinger, San Paolo-Milano, 1994, p.375-381.
- "Dieu me jugera", Revue Catholique Internationale Communio, X, 1, 1985, p.62-75.
- ‘Democracja aristokraticzna a demokracja republikanska’, in Znak, (traduit en polonais par Maria Tarnowska), 4, 455, Krakow, 1993, p.128-138.
- ‘Pour une philosophie de l’argent’, L’amitié Charles Péguy, Bulletin d’information et de recherche, ‘Péguy écrivain’, 18ème année, n° 72, octobre-décembre 1995.  
- ‘Nuit de la foi et doute philosophique’ au Colloque international, Lisieux, 30septembre 4 octobre 1996, pour le centenaire de la mort de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; publiée dans Une sainte pour le 3ème millénaire, Editions du Carmel, 1997, p.163-180.
- ‘Filosofia politica, mercado y solidariedad’, Congrès de l’Université Complutense de Madrid sur ‘Filosofia y solidariedad’ ; Revista Espanola de Pedagogia, n°205, Ano LIV, septiembre-diciembre 1996, p.395-407.  
- ‘La famille, fondement de la société’, in Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.
- ‘Paura di credere’, Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95.
- Morale per una societa libera’, dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997. 
- ‘Economie, société et politique familiale’, Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450.
- ‘En torno al respeto’, (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997.
- ‘Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme’, dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90. 
- ‘La politique de l’investissement familial’, in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149.
- “How to Defend Moral Values in a Free Society?”, Congrès international ‘Secolarismo e liberta religiosa’, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85.
- ‘Jean Guitton’, in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts, Verlag Styria, 1998, p.500-506.
- ‘101 thèses sur la liberté de l’éducation’, Liberté politique, n°5, été 1998, p.85-99.
- ‘Ci sara un bene comune nella nuova societa ?’ dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77.
- ‘Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense’, Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003.
- Article: ‘Ethique, défense et gestion’, (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82.
- ‘Trois définitions du terrorisme’, dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006, ‘Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?’, p.15-17.
- ‘La géopolitique actuelle et la nécessité de la philosophie’, dans Oasis, Année II, n° 4, septembre 2006, p.23-25. 
- ‘Integrazione politica e dialogo culturale’, au Congrès international ‘Cristianesimo, Ebraismo e Islam: Esperienze di Incontro’, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie.
- “Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers”, International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University, UK; published in Paul ROBINSON, Nigel DE LEE & Donald CARRICK (editors), Ethics Education in the Military, Ashgate, UK, Feb. 2008, p.109-118.   
- "Intuition et invention chez Bergson", dans Annales bergsoniennes, tome 4, PUF, sous la direction de Frédéric WORMS, Actes du Colloque sur ‘L’évolution créatrice de Bergson. 1907-2007’, tenu au Collège de France le 23/24 novembre 2007.
- ‘Ethique et vieillissement’, (“Ethics and Ageing”) colloquium of the « Institut de géopolitique des populations » and of the « Institut de recherches sur la géostratégie économique internationale » (IRGEI), held at the Assemblée nationale, 8 mars 2007, published in Yves-Marie LAULAN, Vieillissement mondial et conséquences géopolitiques, L’Harmattan, 2007, p.173-188.
- “A Few Reflections On the Critical Importance of Ethical Training Today for an Efficient Leadership Training in the Military”, in Military Studies and Technology : The Proceedings of the 14th Hwarangdae International Symposium, 2007.11.1/2, Korea Military Academy, p.23-43.
- ‘Guizot et le centrisme’, du livre d’Aurelian CRAIUTU, Le Centre introuvable. La pensée politique des doctrinaires sous la Restauration, traduit de l’anglais, Plon, 2006, dans Commentaire, Volume XXX, n°119, Automne 2007, p.856-858.
- ‘Bien commun, décision et intérêt général’.Aux éditions Marcianum Press, Venise, dansIl bene comune. La domanda antropologica, 3, acura di G. Richi Alberti, 2008.
- ‘Policier et soldat. Ressemblances et différences’; English translation, ‘“Of the Police and the Military”, une étude pour le Chef d’état-major des Armées, le Général Jean-Louis Georgelin, dans le cadre des travaux sur le Livre Blanc sur la Défense, 2008.
- "Benedicto XVI y Barak Obama en el Cercano Oriente", Humanitas, n° 55, Juillet-Septembre 2009, Santiago de Chile.
- “A Few Reflections On the Second Meeting ISODOMA”, Colloquium, Shrivenham, UK, on “Military Ethics & Education. Who Needs What, Where and When?” December 2009.
- "Sur l’identité de la France. Réflexions philosophiques", dans Liberté politique, Printemps 2010.
- "Le militaire : héros, victime et judiciarisé", Inflexions, automne 2010.
 
 
*  "Paura di credere", Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95
*  "Morale per una societa libera", dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997
*  "Economie, société et politique familiale", Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450
*  "En torno al respeto", (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997
*  "Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme", dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90
*  "La politique de l’investissement familial", in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149
*  "How to Defend Moral Values in a Free Society ?", Congrès international Secolarismo e libertareligiosa, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and
          Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85
*  "Jean Guitton", in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts,
          Verlag Styria, 1998, p.500-506
*  "101 thèses sur la liberté de l’éducation", Liberté politique,n°5, été 1998, p.85-99
*  "Ci sara un bene comune nella nuova societa ?" dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77
*  "Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense", Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003
*  "Ethique, défense et gestion", (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82
*  "‘Trois définitions du terrorisme", dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006  "Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?", p.15-17
*  "Integrazione politica e dialogo culturale", au Congrès international Cristianesimo, Ebraismo eIslam: Esperienze di Incontro, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale
          di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie
*  "Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers", International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University,

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Le militaire...

Publié dans En France
Le militaire. Héros, puis victime, puis judiciarisé
 
Plus de recul : 
voilà ce dont notre démocratie a besoin. Ce texte sur le soldat dans notre société veut aider à prendre un tel recul. 
Il actualise un article publié dans le numéro 15 de la revue Inflexions, sur la judiciarisation de l'action des forces armées.
 
Après 1918
En France, un nombre considérable de monuments aux Morts de la Guerre de 14 portent l’inscription : "A nos Héros morts pour la France". Elle exprimait le sentiment commun d’alors : patriotisme ardent, sens du devoir et sacrifice. Mais la saignée fut si cruelle que ce fut comme si "le patriotisme avait tué la patrie". Le choc de la Grande Guerre libéra ainsi un mouvement profond vers l’individualisme radical, en partie bloqué jusqu’alors par la solide structure d’un enseignement républicain à base de morale kantienne du devoir.
 
En 1940-1945
Il y eut beaucoup de héros, mais l’ambiance était différente. La guerre était juste, mais le cœur n’y était plus. Toujours exaltés comme des héros dans le discours public, les morts paraissaient plutôt les victimes d’un sort cruel. Ils étaient nés pour le bonheur, ils en avaient été privés. 
 
Lors des guerres de la décolonisation
Les militaires furent souvent dénoncés comme les agents d’une politique coupable, et les soldats (professionnels plus que conscrits) tombaient dans l’indifférence, au loin en Indochine ; quand ils mouraient plus près de nous, en Algérie, ce n’était pas sans indignation dans la métropole. Bien sûr, la bipolarisation idéologique du monde en était en partie la cause, ainsi que la cruauté des moyens employés parfois pour vaincre une guérilla cruelle. Mais pour un regard philosophe, cette troisième situation fait partie d’une troisième étape, assez logique, du même mouvement des esprits. 
 
Sous le quinquennat Hollande, nous étions parvenus, semble-t-il, à peu près au terme du processus. A en croire les médias, le militaire mort au combat était un accidenté du travail. L’État qui met en œuvre la Force armée était un patron négligent traîné pour ce motif devant les tribunaux par les parents de la victime. La Cour de Cassation a ainsi déclaré recevable la plainte de familles des soldats français tués en Afghanistan dans la vallée d'Uzbin en 2008.  
Ceci faisait partie d’une logique non seulement française, mais mondiale, bien qu’une réaction militariste très forte ait eu lieu depuis plusieurs décennies aux États-Unis. Les Forces armées (en Occident, mais surtout en Europe) étaient considérées comme la gendarmerie mobile de la Communauté mondiale. Le grand souci public était de prévenir les abus dans l’emploi de cette force publique, et d’en punir les auteurs, s’il s’en produisait. 
 
Et aux États-Unis ?
Le même processus, avec un décalage de plus d’une génération, est-il en marche aux États-Unis ? Ils n’en sont plus au stade héroïque, bien que soit encore très vif dans 
« l’Amérique en armes », comme la nomme Vincent Desportes, le sentiment "support our troups". Et ils n’ont guère d’états d’âme quand il s’agit de prendre les moyens d’extraire du renseignement. Ceux qui dénoncent l’emploi de la torture sont poursuivis pour espionnage et emprisonnés. Néanmoins, même chez eux, la déploration des deuils et des souffrances paraît l’emporter sur la célébration de l’héroïsme. Peut-être que seul le niveau modéré des pertes en hommes empêche un basculement des esprits, comparable à celui qui s’est produit chez nous. Déjà, pendant la guerre du Vietnam, les figures montrées en exemple furent surtout des prisonniers de guerre, détenus dans des conditions que les Français ont souffertes. Parce qu’il y fit face admirablement, le Vice-amiral James Bond Stockdale (sic) a donné son nom au centre d’éthique de l’US Navy, à Annapolis.  
 
Serions-nous sortis de cette logique ?
Tenons donc pour un fait que le militaire soit passé en Occident de l'état de héros à celui de victime puis à celui de judiciarisé. A l’historien et au sociologue de nuancer la pertinence de ce schéma selon les pays occidentaux. Ce fait est très préoccupant. Car si la célébration du héros, souvent, devient dangereusement belliciste, une démocratie n’est pas viable sans défenseurs, et une personne décente refuse de mourir pour une société qui ne verrait que du non-sens, ou de l’utilitarisme, dans la mort de ses défenseurs.  
 
Serions-nous sortis de cette logique ? Nous sommes sortis en tout cas de la grande époque de la mondialisation libérale pilotée sans conteste par les USA. Et l’individualisme radical paraît désormais limité par la renaissance des sentiments nationaux, communautaires et identitaires.
Mais peut-être ces sentiments incorporent-ils paradoxalement la même logique d’individualisme postmoderne, réorientée par d’autres passions, mais tout autant irrationnelle ? Par exemple, l’individu catholique qui se veut "conservateur" et "incorrect" se croit souvent plus catholique que le pape… Et, sans en avoir conscience, il pense, à mon avis, beaucoup plus en lecteur de Libération que de l’Osservatore romano
à suivre…

Paru sur henrihude.over-blog.com, 15 novembre 2018

Information. Propagande. ...

Publié dans A tout un chacun
Information. Propagande. Renseignement.
 
Jean Guitton m’a dit un jour : "Je suis surinformé. Je ne suis pas renseigné.". Très juste parole, qu’on ne commentera jamais assez. 
 
Information
Une information est, dans le meilleur des cas, la connaissance d’un fait réel, correctement qualifié, faisant l’objet d’une appréciation morale correcte mais abstraite, suscitant une émotion naturelle mais superficielle, et des velléités de réaction, sympathiques mais passagères. Une information répétée peut créer des conditionnements et donner une certaine stabilité à cet ensemble de réactions. 
Un fait est significatif lorsqu’il peut concourir à la formation du renseignement. Le nombre des faits est infini. Le nombre des faits significatifs est limité. Trop d’information ne tue pas l’information, mais tue le renseignement. 
 
Renseignement
Le renseignement montre comment ce même fait s’inscrit dans un système, celui-ci dans son évolution, selon une logique, des principes et des lois, exprimant sa constitution et sa finalité. Le renseignement permet ainsi un jugement moral prudent et vraiment juste, une émotion profonde et créatrice, une capacité considérablement accrue d’anticipation exacte et un pouvoir certain d’action rationnelle. 
La condition pour passer de l’information au renseignement, c’est de peser la crédibilité des témoignages, c’est de dégager du fatras des matériaux les faits significatifs, c’est de réfléchir sur ces faits à la recherche de la forme et du sens du tout dont ils font partie, c’est le temps pour laisser mûrir, le silence où se forme la conception, la liberté où naît l’hypothèse exacte, l’enquête pour vérifier, l’acceptation de l’imprévu, le questionnement fondé sur l’idéal du vrai et du bien, un mixte bien proportionné d’exigence précautionneuse et de confiance méthodique, le dialogue avec des esprits sérieux, c’est-à-dire respectueux du premier bien commun : la vérité et la justice. 
 
Propagande
Force est de constater que les conditions d’exercice de la profession médiatique sont aujourd’hui celles qui empêchent de passer de l’information au renseignement.  
Les grands médias audiovisuels, dans le meilleur des cas, c’est-à-dire quand ils ne se trompent pas et ne nous trompent pas, fournissent surtout des informations, c’est-à-dire des faits qui ne font pas sens. 
L’information sans renseignement fournit des matériaux à la propagande. Celle-ci combine au déficit de renseignement un excès de sens a priori. Il s’agit d’un sens idéologique et technocratique, qui élimine, réduit, déforme les faits contraires, extérieurs ou supérieurs. Les faits n’ont plus pour fonction d’être dégagés et accueillis, et de laisser significativement paraître la forme et le sens, mais de rester des matériaux plastiques, permettant de venir nourrir une story, dont le narrateur croit qu’elle va servir tels intérêts de pouvoir, ou d’argent, ou protéger un confort mental, un équilibre pulsionnel.  
L’information qui n’est pas du renseignement devient vite de la désinformation et elle n’a pas besoin pour cela d’être fausse, il lui suffit d’être anecdotique et partielle, et sous-tendue par un sens a priori sectaire et partisan. 
Quand l’information ne s’élève pas au niveau du renseignement, et quand le sens n’a aucune fraîcheur et authenticité de vérité, la répétition pavlovienne de l’information, même vraie, dans une ambiance de bonne conscience idéologique, se transforme en instrument de pouvoir, et de pouvoir injuste.
Tout ce qui s’oppose au Léviathan médiatique s’expose alors au lynchage par les faits, faits réduits, isolés, déformés, non mesurés, non comparés, toujours avec présomption de culpabilité, amalgame, bombardement répétitif intimidant.  
 
Démocratie
Il est parfaitement possible de ne jamais rien dire de faux et pourtant de mentir 24/7. 
Une démocratie n’a pas d’abord besoin d’information, mais de renseignement. Elle a besoin de ne pas être étouffée sous la masse l’information et dans le carcan de la propagande. Notre démocratie a impérativement besoin d’une réforme de ses grands médias.  

Paru sur henrihude.over-blog.com, 7 novembre 2018

Sur la question des migrants

Publié dans En France
Sur la question des migrants. Macron aux Bernardins
 
 
TEXTE DU PRESIDENT
Sur les migrants, on nous reproche parfois de ne pas accueillir avec assez de générosité ni de douceur, de laisser s’installer des cas préoccupants dans les centres de rétention ou de refouler les mineurs isolés. On nous accuse même de laisser prospérer des violences policières.
Mais à dire vrai, que sommes-nous en train de faire ? Nous tentons dans l’urgence de mettre un terme à des situations dont nous avons hérité et qui se développent à cause de l’absence de règles, de leur mauvaise application, ou de leur mauvaise qualité – et je pense ici aux délais de traitement administratif mais aussi aux conditions d’octroi des titres de réfugiés.
Notre travail, celui que conduit chaque jour le ministre d’Etat, est de sortir du flou juridique des gens qui s’y égarent et qui espèrent en vain, qui tentent de reconstruire quelque chose ici, puis sont expulsés, cependant que d’autres, qui pourraient faire leur vie chez nous, souffrent de conditions d’accueil dégradées dans des centres débordés.
 
C’est la conciliation du droit et de l’humanité que nous tentons. Le Pape a donné un nom à cet équilibre, il l’a appelé "prudence", faisant de cette vertu aristotélicienne celle du gouvernant, confronté bien sûr à la nécessité humaine d’accueillir mais également à celle politique et juridique d’héberger et d’intégrer. C’est le cap de cet humanisme réaliste que j’ai fixé. Il y aura toujours des situations difficiles. Il y aura parfois des situations inacceptables et il nous faudra à chaque fois ensemble tout faire pour les résoudre.
Mais je n’oublie pas non plus que nous portons aussi la responsabilité de territoires souvent difficiles où ces réfugiés arrivent. Nous savons que les afflux de populations nouvelles plongent la population locale dans l’incertitude, la poussent vers des options politiques extrêmes, déclenchent souvent un repli qui tient du réflexe de protection. Une forme d’angoisse quotidienne se fait jour qui crée comme une concurrence des misères.
 
Notre exigence est justement dans une tension éthique permanente de tenir ces principes, celui d’un humanisme qui est le nôtre et de ne rien renoncer en particulier pour protéger les réfugiés, c’est notre devoir moral et c’est inscrit dans notre Constitution ; nous engager clairement pour que l’ordre républicain soit maintenu et que cette protection des plus faibles ne signifie pas pour autant l’anomie et l’absence de discernement car il y a aussi des règles qu’il faudra faire valoir et pour que des places soient trouvées, comme c’était dit tout à l’heure, dans les centres d’hébergement, ou dans les situations les plus difficiles, il faut aussi accepter que prenant notre part de cette misère, nous ne pouvons pas la prendre tout entière sans distinction des situations et il nous faut aussi tenir la cohésion nationale du pays où parfois d’aucuns ne parlent plus de cette générosité que nous évoquons ce soir mais ne veulent voir que la part effrayante de l’autre, et nourrissent ce geste pour porter plus loin leur projet.
 
C’est bien parce que nous avons à tenir ces principes, parfois contradictoires, dans une tension constante, que j’ai voulu que nous portions cet humanisme réaliste et que je l’assume pleinement devant vous.
Là où nous avons besoin de votre sagesse c'est pour partout tenir ce discours d'humanisme réaliste, c'est pour conduire à l'engagement de celles et ceux qui pourront nous aider et c'est d'éviter les discours du pire, la montée des peurs qui continueront de se nourrir de cette part de nous car les flux massifs dont vous avez parlé que j'évoquais à l'instant ne se tariront pas d'ici demain, ils sont le fruit de grands déséquilibres du monde.
Et qu'il s'agisse des conflits politiques, qu'il s'agisse de la misère économique et sociale ou des défis climatiques, ils continueront à alimenter dans les années et les décennies qui viennent des grandes migrations auxquelles nous serons confrontés et il nous faudra continuer à tenir inlassablement ce cap, à constamment tenter de tenir nos principes au réel et je ne cèderai en la matière ni aux facilités des uns ni aux facilités des autres. Car ce serait manquer à ma mission
.

 
COMMENTAIRE
Un discours moral et juridique qui fait abstraction du problème politique international
Peu critiquable en ce qu’il dit, ce passage du discours l’est à cause de ce qu’il ne dit pas. D’une part, il en reste à un exposé de principes fort admissibles et consensuels, alors que le sujet est plutôt leur application – et on n'a pas vraiment l'impression que ce problème soit au nombre de ses principales préoccupations ; d’autre part, et surtout, il fait abstraction de nos responsabilités internationales. C’est ce second point que je voudrais développer.  
Nul ne peut soupçonner le président Macron de ne pas donner toute son importance à l’international, à la participation de la France au gouvernement du monde. Et il le fait bien mieux que ses prédécesseurs.
Il faut approuver aussi le président de ne pas être dans la réaction immédiate à l’urgence médiatique. Il a une vision de long terme. C’est assez rare pour ne pas être salué.
Mais il amalgame trop deux choses différentes : immigration et migrations.
L’immigration ne date pas d’hier, mais les migrants ne sont pas les émigrés. Beaucoup d’immigrés illégaux veulent, c’est vrai, se faire passer pour des réfugiés. Mais si tant de réfugiés affluent quand même en Europe, venus d’Afrique et du Proche-Orient, c’est parce que le président Sarkozy a plongé dans le chaos la Libye, donc le Sahel, et parce que nous participons à une politique qui a prolongé jusqu’à aujourd’hui la guerre en Syrie. Au moins la France, grâce au président Chirac, n’est-elle pas responsable du chaos en Irak.    
Le phénomène de l’immigration a des causes "politiques", "économiques" ou "climatiques" "durables" "dans les années et les décennies à venir". Mais il est trompeur de le confondre avec le phénomène des migrants, qui a pour cause beaucoup plus spécifique la politique hégémonique de l’Amérique avec ses guerres sans fin au Proche-Orient.    
Concernant l’islamisme, il est indubitable qu’il ne serait pas un problème d’une telle importance, si les Occidentaux n’avaient constamment soutenu le parrain du salafisme mondial, à savoir l’Arabie Saoudite. Que si leur invocation des motifs humanitaires en Syrie était authentique, les dirigeants se soucieraient autant des atrocités saoudiennes au Yémen, ou des conditions de vie épouvantables des émigrés pakistanais ou philippins dans les pays du Golfe. Que l’islamisme militaire est né en Afghanistan, monté par Washington et financé par Ryad contre la présence soviétique. Et qu’il n’a jamais été désarmé depuis.    
Ces migrants réfugiés font peur à une grande part de l’opinion parce qu’ils sont en grande majorité musulmans et réputés à tort ou à raison islamistes. Mais les islamistes ne seraient que peu de choses sans leurs patrons. De plus, au-delà des clichés, quelle est aujourd’hui la situation réelle de l’islam dans le monde ? Nous ne voulons entendre que des histoires qui nous conviennent, alors que la seule chose véritablement utile serait la vérité objective.
 
Un rapport de forces est un rapport de forces
Pour défendre ou excuser le président Macron, on répondra que son discours si abstrait est le seul que nos dirigeants puissent aujourd’hui tenir. A la politique impériale des USA, nous nous associons moins par atlantisme doctrinaire (car il est évident à peu près à tous que les USA ont perdu le sens de la mesure), mais faute de pouvoir nous en détacher sans dommages. A la puissance des USA s’ajoute la dépendance de notre économie à l’égard du pétrole et celle de notre budget à l’égard des capitaux des monarchies pétrolières, peut-être aussi la crainte de subversions qui pourraient être suscitées chez nous.
Un rapport de forces est un rapport de forces. Que peut-on faire d’autre, nous les Européens, sinon nous conduire en alliés complaisants, mais malgré tout encore libres, moyennant quoi avec nous on garderait les formes, nous conserverions de l’influence, des marges de manœuvre, et nous obtiendrions aussi une part du gâteau ?
Avant de juger trop vite des actions comme la participation de la France aux bombardements du 13 avril 2018, mesurer à la fois ce rapport de force et l’utilité de donner un gage à Washington avant la visite du président Macron aux USA, lui qui ne désespérait pas de convaincre son homologue américain.   
 
L’heure de vérité du président Macron
L’excuse précédente était assez valable jusqu’à la dénonciation du traité avec l’Iran par le président Trump. Mais cette action change vraiment la donne. Y a-t-il encore quelque chose comme un droit international, un respect de la parole donnée, des traités,  ou est-ce que la volonté capricieuse de l’hégémon doit désormais servir de loi ? Washington ne traite plus les Européens en alliés, mais en sujets. La question est de savoir si nous acceptons de devenir des sujets. Jeudi 17 mai, au sommet UE-Balkans à Sofia, la réponse était clairement non.  
Outre notre dignité, notre souveraineté, nos intérêts, il s’agit surtout de notre sécurité. Savoir si nous nous laisserons entraîner dans une politique qui ne conduit à rien d’autre qu’à la guerre mondiale, dans le cas où la Chine et la Russie ne se soumettraient pas et n’accepteraient pas d’être gouvernées à terme par des représentants en accord avec l’hégémon.
Comment résister sans subir de terribles sanctions, ni sans procéder de fait à un renversement des alliances, qui ne se justifie pas non plus ? Et faire des Européens les arbitres de la situation ? Cela demande des trésors de courage et de diplomatie.   
C’est donc aujourd’hui l’heure de vérité du président Macron. Comme l’écrit Aristote dans son Éthique à Nicomaque [1130 a 1] : "archê andra deixei", "le pouvoir révèlera l’homme".
Paru sur www.henrihude.fr, 20 mai 2018

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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