Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

HUDE Henri

HUDE Henri

Né le 7 septembre 1954
Marié - 4 Enfants.


Philosophe

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm) (1974-79)
Agrégation en Philosophie (1977)
Doctorat in Philosophie (1990)
     Habilitation (1992) à diriger des recherches en philosophie.

Directeur du Pôle d’éthique au Centre de recherches des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).
Ancien professeur en classes préparatoires au Collège Stanislas (Paris)
Ancien professeur d’Université à Rome
(Professore stabile. Istituto Giovanni Paolo II di studi su matrimonio e famiglia, presso l’Universita del Laterano).
Ancien directeur général du Collège Stanislas (Paris) 
 
Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire (depuis 1992)
Membre du conseil d’orientation de l'Institut Montaigne (2001-2009) 
Membre du conseil scientifique de la revue Oasis (Venise) (depuis 2004)
Membre du conseil d’administration de l’association des Amis de St-Cyr et Coëtquidan (depuis 2005)
 
Ouvrages
Bergson(2 volumes) (1ère édition, 1989 and 1990), Paris, Editions Universitaires
     Reedited Archives Karéline (2009)
Ethique et politique,Paris, Editions Universitaires (1992)    
Philosophie de la prospérité. Marché et solidaritéParis, Economica(1994), 
Croissance et liberté. Philosophie de la prospérité(1995) - 2nd Volume, Critérion, Paris 
Mon testament philosophique, en collaboration avec Jean GUITTON, Paris, Presses de la Renaissance (1997)
Entretiens posthumes avec Jean Guitton,Paris, Presses de la Renaissance.(2001)
Ethique des décideurs,Paris, Presses de la Renaissance (2004) 
     Préface par Henri de Castries, Prix Montyon 2005 de l’Académie française
     Traduit en italien chez Cantagalli, Siena, (2010)
     A paraître en américain à IPS Press, en 2011. 
Parole et silence (Prolégomènes. Les choix humains), Paris (2009)
Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, Paris (2010)
 
Autres publications (sélection)
- ‘Il rinnovamento socio-politico’, (“Socio-political Renewal”), in Veritatis Splendor, testo integrale con comentaria filosofico-teologico tematico, a cura di Ramon Lucas Lucas, Presentazione del cardinal J. Ratzinger, San Paolo-Milano, 1994, p.375-381.
- "Dieu me jugera", Revue Catholique Internationale Communio, X, 1, 1985, p.62-75.
- ‘Democracja aristokraticzna a demokracja republikanska’, in Znak, (traduit en polonais par Maria Tarnowska), 4, 455, Krakow, 1993, p.128-138.
- ‘Pour une philosophie de l’argent’, L’amitié Charles Péguy, Bulletin d’information et de recherche, ‘Péguy écrivain’, 18ème année, n° 72, octobre-décembre 1995.  
- ‘Nuit de la foi et doute philosophique’ au Colloque international, Lisieux, 30septembre 4 octobre 1996, pour le centenaire de la mort de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; publiée dans Une sainte pour le 3ème millénaire, Editions du Carmel, 1997, p.163-180.
- ‘Filosofia politica, mercado y solidariedad’, Congrès de l’Université Complutense de Madrid sur ‘Filosofia y solidariedad’ ; Revista Espanola de Pedagogia, n°205, Ano LIV, septiembre-diciembre 1996, p.395-407.  
- ‘La famille, fondement de la société’, in Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.
- ‘Paura di credere’, Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95.
- Morale per una societa libera’, dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997. 
- ‘Economie, société et politique familiale’, Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450.
- ‘En torno al respeto’, (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997.
- ‘Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme’, dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90. 
- ‘La politique de l’investissement familial’, in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149.
- “How to Defend Moral Values in a Free Society?”, Congrès international ‘Secolarismo e liberta religiosa’, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85.
- ‘Jean Guitton’, in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts, Verlag Styria, 1998, p.500-506.
- ‘101 thèses sur la liberté de l’éducation’, Liberté politique, n°5, été 1998, p.85-99.
- ‘Ci sara un bene comune nella nuova societa ?’ dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77.
- ‘Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense’, Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003.
- Article: ‘Ethique, défense et gestion’, (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82.
- ‘Trois définitions du terrorisme’, dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006, ‘Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?’, p.15-17.
- ‘La géopolitique actuelle et la nécessité de la philosophie’, dans Oasis, Année II, n° 4, septembre 2006, p.23-25. 
- ‘Integrazione politica e dialogo culturale’, au Congrès international ‘Cristianesimo, Ebraismo e Islam: Esperienze di Incontro’, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie.
- “Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers”, International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University, UK; published in Paul ROBINSON, Nigel DE LEE & Donald CARRICK (editors), Ethics Education in the Military, Ashgate, UK, Feb. 2008, p.109-118.   
- "Intuition et invention chez Bergson", dans Annales bergsoniennes, tome 4, PUF, sous la direction de Frédéric WORMS, Actes du Colloque sur ‘L’évolution créatrice de Bergson. 1907-2007’, tenu au Collège de France le 23/24 novembre 2007.
- ‘Ethique et vieillissement’, (“Ethics and Ageing”) colloquium of the « Institut de géopolitique des populations » and of the « Institut de recherches sur la géostratégie économique internationale » (IRGEI), held at the Assemblée nationale, 8 mars 2007, published in Yves-Marie LAULAN, Vieillissement mondial et conséquences géopolitiques, L’Harmattan, 2007, p.173-188.
- “A Few Reflections On the Critical Importance of Ethical Training Today for an Efficient Leadership Training in the Military”, in Military Studies and Technology : The Proceedings of the 14th Hwarangdae International Symposium, 2007.11.1/2, Korea Military Academy, p.23-43.
- ‘Guizot et le centrisme’, du livre d’Aurelian CRAIUTU, Le Centre introuvable. La pensée politique des doctrinaires sous la Restauration, traduit de l’anglais, Plon, 2006, dans Commentaire, Volume XXX, n°119, Automne 2007, p.856-858.
- ‘Bien commun, décision et intérêt général’.Aux éditions Marcianum Press, Venise, dansIl bene comune. La domanda antropologica, 3, acura di G. Richi Alberti, 2008.
- ‘Policier et soldat. Ressemblances et différences’; English translation, ‘“Of the Police and the Military”, une étude pour le Chef d’état-major des Armées, le Général Jean-Louis Georgelin, dans le cadre des travaux sur le Livre Blanc sur la Défense, 2008.
- "Benedicto XVI y Barak Obama en el Cercano Oriente", Humanitas, n° 55, Juillet-Septembre 2009, Santiago de Chile.
- “A Few Reflections On the Second Meeting ISODOMA”, Colloquium, Shrivenham, UK, on “Military Ethics & Education. Who Needs What, Where and When?” December 2009.
- "Sur l’identité de la France. Réflexions philosophiques", dans Liberté politique, Printemps 2010.
- "Le militaire : héros, victime et judiciarisé", Inflexions, automne 2010.
 
 
*  "Paura di credere", Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95
*  "Morale per una societa libera", dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997
*  "Economie, société et politique familiale", Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450
*  "En torno al respeto", (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997
*  "Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme", dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90
*  "La politique de l’investissement familial", in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149
*  "How to Defend Moral Values in a Free Society ?", Congrès international Secolarismo e libertareligiosa, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and
          Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85
*  "Jean Guitton", in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts,
          Verlag Styria, 1998, p.500-506
*  "101 thèses sur la liberté de l’éducation", Liberté politique,n°5, été 1998, p.85-99
*  "Ci sara un bene comune nella nuova societa ?" dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77
*  "Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense", Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003
*  "Ethique, défense et gestion", (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82
*  "‘Trois définitions du terrorisme", dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006  "Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?", p.15-17
*  "Integrazione politica e dialogo culturale", au Congrès international Cristianesimo, Ebraismo eIslam: Esperienze di Incontro, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale
          di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie
*  "Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers", International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University,

URL du site internet:

Après les attentats islamistes...

Publié dans En France
Après les attentats islamistes du 13 novembre 2015 à Paris
 
Après les attentats sanglants qui ont massacré Paris le vendredi 13 novembre 2015, une fois hommage rendu aux malheureuses victimes, une fois prié pour notre pays, il convient de comprendre.
Replacer l’événement dans l’image d’ensemble du monde tel qu’il est.
 
Le terrorisme islamiste, auxiliaire de la politique impériale
Depuis la guerre russo-afghane des années 1980, Washington utilise l’extrémisme islamiste comme auxiliaire privilégié au service de sa politique impériale. L’Empire, en véritable pompier pyromane, suscite d’une part des crises islamistes au sein des nations qu’il souhaite déstabiliser, et d’autre part trouve dans ces mêmes crises la justification nécessaire pour ses multiples interventions. Il pousse l’islamisme, par l’intermédiaire d’alliés, quitte à le frapper, s’il va trop loin ou sort de son rôle.
Ce partenariat innommable s’est considérablement développé et métamorphosé depuis la fourniture de missiles sol-air aux Moudjahidines afghans. Il culmine aujourd’hui dans la suite de ce que les médias ont un temps appelé le "printemps arabe", qui a vu la montée en puissance des islamistes dans de si nombreux pays.
L’objectif de cette politique est celui de tout empire : diviser pour régner.
Comme l’empire britannique à son époque, les Etats-Unis cherchent à faire s’affronter les puissances industrielles continentales : Europe, Russie et Chine, tout en s’alliant à la plus faible et la plus dominée de ces puissances : l’Europe.
Dans ce cadre, le terrorisme islamiste permet de frapper les adversaires et de déstabiliser leurs alliés, de resserrer toujours plus les liens avec une Europe réticente par la menace de la subversion et l’exploitation de l’émotion, afin de l’engager toujours plus dans une politique destructrice pour elle.
  
Les fautes de la classe dirigeante française
Face à la politique islamiste de Washington, par inconscience, par habitude de pensée, ou par lâcheté, nos dirigeants n’ont pas pris la mesure de la situation, et n’ont pas défendu les intérêts vitaux de la nation.
Ils ont commis une longue liste de fautes :

1 - La politique étrangère de la France est favorable aux monarchies du Golfe qui, en plus de prôner un Islam rétrograde et extrémiste, financent ouvertement l’islamisme. L’objectif de cette politique est notamment de trouver des investisseurs dans la dette nationale. Mais mettre notre pays en état de dépendance financière envers ces nations est une faute. De plus, et ce n’est pas l’aspect le moins grave,  cette politique envers les monarchies du Golfe est indigne de la France. Elle est vécue comme une trahison par nos partenaires traditionnels laïcs en Méditerranée et par les chrétiens d’Orient. Elle scandalise la majorité des musulmans de notre pays et d’ailleurs qui rejettent l’islamisme.
2 - Notre classe dirigeante laisse des puissances ouvertement islamistes investir dans le "culturel" dans certaines de nos banlieues pauvres, développant ainsi un réservoir potentiel de chair à canon parmi les plus pauvres et les plus vulnérables des Français.
3 - Soucieuse de séduire un électorat musulman assimilé à tort à l’intolérance islamiste, notre classe dirigeante interdit tout ce qui fait la grandeur culturelle et spirituelle de la civilisation européenne : la religion chrétienne et la grande philosophie des Lumières. Elle remplace cette civilisation par des folies libertaires et postmodernes qui sont indignes de notre pays. Cette culture libertaire fait l’objet d’un rejet profond chez ceux qui ne sont pas soumis au conditionnement social et moralisateur de nos médias.
4 - Par idéologie et par hostilité idéologique à toute forme d’autorité, nos dirigeants ont abaissé - auprès des islamistes - l’autorité de l’Etat, en décrédibilisant les forces de l’ordre et la justice.
5 - En soutenant, par soumission au directives américaines, une guerre contre Assad qui n’est pas celle de la France, ils ont armé les terroristes, préparé leur retour en France et portent une part de la responsabilité des drames actuels et futurs.  
 
La France a besoin de corriger ces fautes
Notre pays doit casser toute influence des puissances islamistes sur notre territoire, et leur enlever tout levier d’influence sur nous, notamment en matière financière. Les pays qui soutiennent l’islamisme doivent être avertis qu’ils se placent objectivement en état de guerre avec la France. Nous devons cesser de financer et soutenir tout réseau islamiste, notamment en Syrie.
En matière de politique étrangère, nous devons nous poser à nouveau la question de nos alliances.
Dans cette guerre, notre société doit s’endurcir, dans son armée et dans ses forces de l’ordre. Cela demande de développer une politique de défense, et de penser le monde en termes de puissance, ce que ne fait plus notre classe dirigeante depuis trop longtemps.
Les agents des islamistes doivent savoir qu’ils ne pourront jamais se prévaloir de l’état de droit et en abuser pour détruire la France. Pour autant, il serait absurde de détruire les libertés constitutionnelles de tous les citoyens pour répondre à la menace terroriste, comme le fait en partie l’exécutif américain.
 
La France doit se réformer pour peser à nouveau dans la construction européenne
La légitimité première et irremplaçable d’un pouvoir politique, c’est la sécurité, bien avant tout le reste. Sous cet angle, l’Union européenne apparaît dépassée et inutile. Elle date d’une époque révolue où les pays européens vivaient un déclin tranquille, sous le patronage d’un empire américain alors plus puissant et moins cynique qu’aujourd’hui.
Retranchée dans son moralisme, quelle sera la réponse bruxelloises à la guerre islamiste ? Probablement une nouvelle couche de bureaucratie limitant encore plus la liberté des citoyens et la souveraineté des nations. Peut-être des absurdités comme l’entrée dans l’UE de la Turquie, pourtant l’un des principaux soutiens des milices islamistes en Syrie.
Les Français ont commencé à se désintéresser de l’Europe quand la France a commencé à décrocher économiquement de ses partenaires, et notamment de l’Allemagne. Ce décrochage est la conséquence d’une politique conservatrice et bureaucratique inadaptée à l’évolution du monde.
Pourtant, la France réformée peut retrouver une dynamique économique formidable qui lui redonnerait un rôle moteur en Europe. Alors, l’Europe pourrait devenir autre chose qu’une bureaucratie ou un moralisme budgétaire sans vision ni grandeur, à la hauteur des enjeux.
Mais sans rebond économique de la France, sans réforme de ses institutions et libération de sa créativité, il est illusoire de vouloir peser sur l’Allemagne. L’Europe restera donc un vassal impuissant de Washington, tenu par une menace islamiste qu’elle s’interdit de combattre, et dominé par une Allemagne névrosée.
 
Les évolutions du monde musulman
Les musulmans de France sont comme les musulmans d’Egypte, ou les musulmans de Tunisie. Dans leur immense majorité, ils ne veulent pas des islamistes, et ils s’en débarrassent toutes les fois que Washington ne parvient pas à les maintenir au pouvoir.
Car l’idée que l’islamisme est en progrès irrémédiable est fausse.
L’islamisme pèserait infiniment moins sans l’argent du Golfe et sans l’accord de Washington,
L’islamisme pèserait infiniment moins si notre pays était fidèle à sa culture et rejetait le nihilisme d’État, qui est un facteur de radicalisation majeur. Car c’est par attachement à cette culture universaliste, rationnelle et spirituelle, que de nombreux musulmans ont quitté leur pays pour devenir Français. Ils se sentent trahis, au moins autant que les catholiques, par notre classe dirigeante qui renie son histoire et sa culture. 
L’islamisme pèserait infiniment moins si notre pays, en adoptant les grandes réformes économiques dont tout le monde parle depuis trente ans, retrouvait l’esprit d’entreprise et la prospérité sans quoi aucune société libre ne perdure.
La barbarie islamiste est pour les musulmans, encore plus que pour les chrétiens ou les laïcs, un élément de remise en question, de progrès et de renouveau spirituel.
Le pape comprend ces sentiments et tente d’éviter une confrontation massive et artificielle entre religions, qui ne profitera qu’à l’Empire. Mais des forces mauvaises font clairement la politique du pire. 
 
Les prochaines étapes
Il est probable qu’il ne se passera rien. Certes, les conseillers en communication travailleront pour aider leurs clients politiques à profiter des événements tragiques. Certes, nos dirigeants trouveront des mots forts pour se scandaliser.
On débattra sans conséquence, il y aura des élections avec des vainqueurs et des perdants. On votera des mesures qui donneront à l’État jacobin des pouvoirs policiers sans limite sur n’importe quel citoyen, mais l’on se gardera bien de demander à la police de faire son métier avec les islamistes.
On déploiera une rhétorique de guerre contre l’État islamique. Mais nos services cesseront-ils seulement de soutenir les islamistes qui font la guerre à Bachar el Assad en coordination avec l’ISIS ? La guerre en Syrie, est une guerre entre les États-Unis et la Russie pour la domination au Moyen-Orient. Que les morts parisiens nous aident à concevoir notre politique étrangère avec moins de légèreté.
Pourtant nous voyons qu’une longue lutte commence contre l’islamisme en France. Cette même lutte déchire aujourd’hui le monde musulman, qui se polarise, déchiré entre une islamisation galopante et désespérée, et une sécularisation profonde. Nous ne pouvons plus espérer éviter cette confrontation, ni en sortir sans nous battre.
Dans cette lutte, la France doit passer une alliance militaire, mais aussi culturelle, avec les musulmans éclairés et laïcs, afin de combattre les islamistes. Soit exactement l’inverse de ce qu’elle a fait depuis si longtemps.
Cette lutte fait partie des terribles enjeux de notre pays dans les années à venir, avec la réforme de l’État jacobin, la reconstruction du système social et la libération des forces créatives.
Rien n’évoluera à court terme. Pourtant le monde change. Plus la France attend avant de se réformer, plus la transition sera tragique. Les morts de vendredi nous montrent que les erreurs politiques se paient dans le sang.

Paru sur www.henrihude.fr

Relire Machiavel

Publié dans De par le monde
Relire Machiavel
 
Plusieurs personnes m’ont demandé ce qui se passe en Syrie. Je leur ai répondu que j’étais philosophe, pas géopoliticien ! Mais, comme elles insistaient, je leur ai répondu ce qui suit. En substance que pour comprendre le monde, il faut toujours partir des concepts classiques, pérennes et universels, tels qu’on en trouve, par exemple, dans la République de Platon, la Politique d’Aristote, le Prince de Machiavel, l’Art de la prudence de Gracian, les Pensées de Pascal, ou les Caractères de La Bruyère.
Pour être sage et sensé, il faut accepter d'être modeste, car "tout est dit et l'on vient trop tard" pour inventer les vérités premières. 
 
La théorie qui marche (= qui rend compte des phénomènes)
Avant tout, il faut être juste et se préparer à servir le bien commun. Mais beaucoup de peuples et de régimes, de dirigeants (et de dirigés) n’en ont aucun souci et ne cherchent que leur intérêt particulier et la satisfaction de leurs passions. Dans cette mesure, la politique mondiale est le grand jeu de la volonté de puissance. Celle-ci n’a pas d’autre but que la puissance et toujours plus de puissance, jusqu’au maximum de la puissance.
Les idéologies et même les religions sont alors, dans cette même mesure, des masques pour les ambitions. Mais elles ne sont pas que du vent. Elles fournissent des cadres intellectuels qui structurent l’action, ou parfois la décomposent. Il ne faut pas les presser beaucoup pour qu’elles fournissent des justifications à toutes les entreprises. L’hypocrisie joue un rôle immense en politique, mais aussi dans les âmes. Celui dont l’idéologie est asservie à la volonté de puissance a quand même besoin de se dire qu’il sauve le monde.
De plus, l’idéologie inclut souvent une idée très inadéquate de l’homme, qui conduit à des perceptions trop partielles ou trop superficielles de la réalité humaine. De là de dramatiques erreurs d’appréciation et de calcul, qui mènent à leur perte les sociétés qui manquent de sagesse classique et de sens commun.    
Le maximum de la puissance, c’est l’empire. Théoriquement, l’empire universel pourrait apporter, à la limite, l’unité du genre humain et la paix universelle. Pratiquement, l’empire n’est jamais, plus ou moins, que la domination de plusieurs nations par l’égoïsme démesuré d’une seule. Pragmatiquement, un empire peut représenter un moindre mal, par rapport à une anarchie sanglante, ou à un enfermement insignifiant de chaque groupuscule sur un minuscule territoire.
 
L’idéalisme est une sottise en politique. Le cynisme en est une autre
Si tout le monde est l’ennemi de tout le monde, tout le monde est virtuellement l’allié de tout le monde. Il y a aussi intérêt à paraître moral (Machiavel, Le Prince, ch. XVIII). Mais pas seulement. Il y a aussi intérêt à l’être. Et on ne peut l’être durablement que si on l’est non par intérêt, mais parce que c’est beau. Le pouvoir, c'est la confiance. L’honnêteté donne le pouvoir d’arbitrage. Il y a des dirigeants décents. Et ils ne perdent pas toujours. A condition d’avoir lu Machiavel, et perdu toute naïveté, mais sans pour autant être devenus machiavéliens.
De fait, rien ne peut marcher dans le monde humain sans une culture décente, inculquant le respect de la loi naturelle de paix, excluant mensonge et violence, valorisant la bienveillance, le respect d’autrui, la considération pour l’homme. Tout ceci va en général avec un ensemble de croyances qui ont fait leur preuve en matière de pouvoir civilisateur. Le monde ne serait qu’une jungle, sans le rayonnement de Jésus-Christ, de Bouddha, de Mencius, Lao-Tseu ou Confucius, et d’autres moins connus.
Il reste que, pour comprendre l’actualité géopolitique, il faut d’abord la voir avec le regard de l’Empire. C’est la première clé de lecture. Ensuite, il faut voir le monde selon les yeux des puissances qui contestent la domination impériale. Il faut affiner la vision d’ensemble par la connaissance suffisante des situations particulières. Enfin, il faut mitiger ce réalisme assez brutal par la considération fine et particulière des caractères, sans quoi il se réduirait à un cynisme sommaire et inefficient.
 
Application : le point de vue de l’Empire
Pour comprendre la politique mondiale, il faut partir d’un centre, qui est Washington (et New-York) et des réactions à l’action de
ce centre. Cette action vise à la promotion universelle de l’impérialisme de Washington, qui depuis le début, a toujours essayé, et parfois à raison, de se faire passer pour la promotion de la démocratisation libérale.
Cette promotion de l’influence de l’Empire vise, comme l’empire romain en son temps, comme les empires coloniaux européens au XIXe siècle, à abaisser les nations (Nations modernes, comme la France, ou nations tribales, comme les Zoulous).
 
Ainsi, les États-Unis ont-t-ils poussé à la construction européenne, construction bureaucratique et impuissante, restreignant les souverainetés nationales, où l’Empire peut manœuvrer librement et pousser ses intérêt. Nous avons là l’une des raisons de la construction européenne, pas la seule, mais certainement celle qui compte le plus vue de Washington.
Mais revenons-en à l’Orient.
Parmi les tribus soumises, le colonisateur choisit d’en favoriser une, qui lui servira à dominer les autres, sans pour autant lui permettre de prendre la tête d’une fédération anticoloniale. Les tribus, d’ailleurs, rivalisent souvent pour jouer ce rôle et les chefs de tribus sont avides de remplir cette fonction en général lucrative. Le caractère de Merkel, par exemple, et son action, peuvent en partie se comprendre selon ces règles.
 
Il faut savoir voler "avec des idées simples", "vers l’Orient compliqué", comme disait De Gaulle
La politique au Moyen-Orient, inextricable dans le détail, et en certains cas absurde, peut se comprendre pourtant dans ses grandes lignes à partir d’un fait central premier (combiné à des "faits essentiels seconds" - tels que, par exemple, la priorité du problème kurde pour Ankara).
Voici le fait central premier : il existe une alliance objective entre Washington et ce qu’il y a de pire dans le monde musulman.
Cette alliance est née dans les années 1980, pendant la guerre d’Afghanistan, et depuis, elle n’a pas cessé de se renforcer et de se diversifier.
Ce fait central est tout à fait attristant, surtout pour ceux qui ont lu Alexis de Tocqueville, ou les Federalist Papers, ou les écrits d’Abraham Lincoln, et qui apprécient la civilisation américaine en ce qu’elle a, ou surtout eu, de meilleur. Ce fait central est évidemment occulté par tous ceux qui sont aux ordres de Washington, ou qui, raisonnablement parfois, en ont peur.  
Ce "pire de l’islam" constitue pour Washington une alliance de revers indispensable. Elle est clé par ses effets sur une zone riche en pétrole et sur le dollar, et car elle permet la justification de dépenses d’armements sans fin et sert de prétexte à de nombreuses interventions militaires. Elle est une "alliance de revers" permettant d’intimider, ou d’enrégimenter, ou au besoin de subvertir,  tous ses rivaux potentiels : Europe, Russie, Inde et Chine.
Pour des raisons évidentes, cette alliance est inavouable de part et d’autre, et il est malvenu d’en parler, surtout quand on est journaliste. Entre la sécurité de l’emploi et la vérité, beaucoup paraissent avoir fait leur choix.
 
Aux temps du roi François Ier, la France avait besoin des Turcs contre l’empire Habsbourg. En conséquence, la Hongrie a été conquise par les Turcs, qui l’ont opprimée pendant deux siècles. L’alliance avec le Turc faisait scandale en France. Mais en ce temps-là, le roi se moquait de l’opinion publique. Aujourd’hui, François Ier ferait comme Washington. Il ferait semblant.   
Pourtant, cette alliance fonctionne. De là ces coalitions anti-islamistes de façade et inopérantes. De là ces guerres qui ont pour objet principal de changer des régimes indépendants de Washington, et qui s’opposent à l’extrémisme. De là aussi l’importance de la propagande, avec ses mensonges, la multiplication des actions spéciales et secrètes, et la saleté de la guerre terroriste.

www.henrihude.fr

Sur la question des migrants

Publié dans A tout un chacun
Sur la question des migrants
 
Il faut distinguer et ne pas confondre la question de ces migrations et le problème de l’immigration
Rendus possibles par les moyens modernes de transport, les phénomènes d’immigration massive ne sont qu’un aspect de la mondialisation économique libérale. A la liberté de circulation des biens, services, matières premières et capitaux à travers le monde et à leur mise en concurrence sur des marchés globaux des biens, matières premières, ou capitaux, correspond nécessairement la liberté de circulation de la main d’œuvre dans le monde et la mise en concurrence de tous les travailleurs et groupes de travailleurs sur un seul marché global du travail.
 
Ces phénomènes posent des problèmes de justice. En effet, comme il est impossible d’organiser des assurances sociales au niveau mondial, cette liberté de circulation des travailleurs fait entrer les peuples dans une concurrence sociale, car tout système de solidarité, établi au niveau national rend les travailleurs de cette nation moins compétitifs sur le marché mondial. De là dans ces pays doté d’un système social généreux, une pression à l’érosion de la solidarité sociale, à l’évasion des capitaux et à la destruction progressive des emplois salariés, surtout industriels... La théorie économique libérale (avec sa théorie des avantages comparatifs, notamment) explique que ce phénomène est globalement positif. Ce qui est certain, c’est l’opportunité pour l’individu riche, l’investisseur, de faire jouer la concurrence entre les peuples de travailleurs. C’est dans ce contexte que l’immigration massive de travailleurs étrangers, ou simplement de candidats aux prestations sociales, accroît la pression à la baisse sur la solidarité, les salaires et l’emploi. Elle est l’autre façon de faire baisser les coûts salariaux. Soit on délocalise les emplois trop chers, soit on fait venir des travailleurs qu’on pourra payer moins cher. De plus, l’opposition entre les travailleurs nationaux et les travailleurs étrangers ou immigrés est une aubaine pour les ploutocrates, qui permet de 1/ faire passer pour des xénophobes dans les médias les travailleurs nationaux victimes du libéralisme sauvage, et 2/ aggraver les préventions contre les immigrés et opposer entre elles deux catégories de salariés dont les intérêts économiques sont convergents. Divide et impera.
Comment peut-on concilier, dans un monde ouvert, autrement que par un compromis social-démocrate dépassé, marché et solidarité ? C’est toute la question, à laquelle, pour ma part, je me suis attaqué dans un livre intitulé
Philosophie de la prospérité. Marché et solidarité.  
 
Les grandes migrations de peuples
Le phénomène des migrants syriens, libyens, irakiens, sahéliens, etc. relève d’une autre problématique, moins économique que politique. C’est celle des Völkerwanderung, comme disent les Allemands, mot à mot "les migrations de peuples", mot composé qui se traduit en Français par "les grandes invasions". Cette dualité d’expressions suffit à résumer le problème, vu de chacun des deux côtés en présence.
Schématiquement, entré en mouvement au fin fond de l’Asie, un peuple X pousse vers l’Ouest un peuple Y, qui pousse un peuple Z, qui pousse les Germains, qui pénètrent dans l’Empire romain. Tantôt ce sont des groupes massifs qui se présentent aux portes, tantôt c’est une entrée continuelle au goutte à goutte – qui, elle, peut relever aussi, ou plutôt, de la problématique d’immigration. L’Empire réagit diversement. Soit il les arrête et les massacre, soit il les repousse et les renvoie d’où ils venaient, soit il essaye de les fixer et de les mettre à son service. C’est ainsi que les Francs gardaient la frontière nord-ouest des Gaules romaines.
Si le processus n’est pas maîtrisé, l’Empire romain tombe et laisse place au Haut Moyen-Âge. Clovis, roi des Francs, était un officier romain, qui, à la tête d’une sorte de légion étrangère impériale composée de Francs, a fait une sorte de coup d’Etat militaire dans une province de l’Empire, la Gaule.
 
Dans le cas présent, la guerre en Syrie et en Irak jette sur le chemin de l’exode une masse de gens, qui entrent dans l’Union européenne.
Sans doute est-ce une situation complexe, car la migration en cours permet à des candidats à l’immigration clandestine d’espérer un statut de réfugié politique. D’autre part, l’occasion est trop belle pour les ennemis de l’Europe, organisations terroristes ou puissants Etats, d’y infiltrer en grand nombre des agents dormants, qui se réveilleront sur ordre le jour venu. Mais enfin, la plupart de ces gens sont des fugitifs. Le régime syrien ayant subi des revers ces derniers mois, beaucoup de familles ont préféré fuir, avant qu’il ne fût trop tard, la férocité des fanatiques de l’Etat islamique.
Les discussions autour de la question "accueillir ou pas", "ouvrir ou fermer", sont normales, dans ces conditions. Mais la principale question politique est de savoir s’il est possible d’arrêter cette guerre, ou plutôt cet ensemble de guerres, qui sont la cause de la migration en cours.
 
Le Grand Echiquier
Le premier moteur de la crise des migrants c’est la guerre, et cette guerre a ses origines dans la politique de grandes puissances qui se combattent par procuration en Syrie.
Le regretté Hervé Coutau-Bégarie m’exposait un jour le principe permettant d’appréhender la situation d’ensemble et durable, dont les médias au jour le jour ne nous donnent à voir que des fragments et des instantanés. 
Ce principe est le suivant : les USA font (avec les meilleures intentions du monde ou cyniquement, Dieu seul le sait) une politique hégémonique camouflée en politique libérale universaliste. Leur jeu, sur le "grand échiquier" (The Grand Chessboard), est de maintenir leur pouvoir en évitant l’émergence d’un rival global. A cette fin, l’islamisme est l’alliance de revers aussi indispensable aux U.S. que les Turcs l’étaient au Roi de France contre l’Empereur Habsbourg. Ou encore, le même Roi de France, frappait les Protestants quand ces derniers contrariaient sa politique, mais en même temps les soutenait et les utilisait au dehors, parce qu’ils jetaient l’Allemagne dans le chaos.

Ce principe, illustré par ces précédents, permet de comprendre comment les USA ont une relation ambigüe avec les islamistes, qui affichent leur haine du "Grand Satan", mais nuisent exclusivement aux adversaires des USA (Kurdes, Etats nationaux laïques, etc.). Les islamistes et eux seuls peuvent en effet menacer de semer le désordre en Inde, en Russie, en Chine et en Europe.
Le monde musulman, laissé à lui-même, ne demanderait peut-être qu’à se moderniser et à se développer, mais en ce cas, il évoluerait dans le sens de la formation de nations indépendantes qui penseraient à leurs intérêts et non à ceux des Etats-Unis. Il semble que les seuls alliés que recherchent les Etats-Unis dans le monde musulman, ce sont les régimes les plus rétrogrades. C’est pourquoi les monarchies pétrolières, elles, ont le droit de commettre des atrocités au Yémen (1), d’étouffer des rébellions au Bahreïn, de discriminer leur minorités chiites, etc.
L’alliance de Washington avec les islamistes ne s’explique pas tant par le pouvoir et les profits du pétrole, que pour assurer le privilège du dollar, servir de prétexte à des armements démesurés, et justifier sa "protection" à ses alliés apeurés. Et ces barbus barbares, en empêchant tout régime sérieux de s’établir dans ces régions vitales, garantissent la continuation de ce jeu.
 
En face de cette politique impériale et des monarchies du Golfe ses alliés, se dressent des politiques d’indépendance nationale, et des régimes qui cherchent à conserver leur pouvoir. Le régime syrien en premier lieu, puis son patron et protecteur, l’Iran, dont les coreligionnaires souffrent en premier lieu de l’émergence de l’extrémisme sunnite. Puis enfin la Russie, probablement la seule puissance militaire au monde capable de s’opposer à l’empire américain, et qui reprend une partie de l’ancienne politique de l’union soviétique, en se rapprochant de certaines nations arabes (2).
Washington finit par se rendre compte que cette politique ne conduit qu’au chaos et qu’elle serait donc sans valeur, sauf dans le cas où le but politique serait précisément le chaos. Ses dirigeants ne sont plus tellement d’accord entre eux, témoin en est le désaccord public sur la politique envers l’Iran. Mais, l’inertie d’un tel paquebot est si importante, qu’il est probable que la politique étrangère ne changera pas substantiellement avant longtemps.
 
Perspectives politiques ?
Dans ce conflit, la France, comme l’Europe, ne pèse pas. Elle suit mollement la politique américaine dans des régions où pourtant autrefois son prestige était grand.
Nos dirigeants Français ou Allemands, sans parler des Britanniques, semblent sans esprit critique devant la politique de Washington. Les Français le sont par habitude, par solidarité libérale, par souci que les monarchies du Golfe ne cessent pas d’acheter la dette française, par électoralisme (le vote musulman) et à cause du conformisme carriériste de chaque individu politicien dans un système usé où manque l’autorité suffisante à faire entendre les intérêts de la France.  
 
L’Union Européenne brille par son absence totale de politique dans cette affaire. L’action face aux migrations est réduite à une gestion technocratique d’un surplus d’immigration. Il est inutile de trop tirer sur une ambulance. L’UE, c’est deux réalisations, l’Euro et Schengen. Sans commentaire.  
La Russie agit autrement. Tout en poussant fermement ses intérêts nationaux et en soutenant ses alliés, elle semble commencer à combattre réellement le terrorisme. Mais nos dirigeants excluent de s’entendre avec elle, qui est la bête noire de Washington.
La seule solution réaliste à la crise des migrants serait une politique d’alliance, se donnant les moyens politiques et militaires d’empêcher l’Etat islamique de conquérir Alep et Damas.  
Cette crise, si nous la subissons, porte en germe une polarisation Europe contre islam et à terme la guerre civile et le chaos en Europe même. Le résultat risque aussi d’être une France coupée du Sud, surtout du Maghreb qui est pourtant sa zone de rayonnement. 
 
Elevons le débat. Le pape sur la question des migrants
J’ai déjà, dans un article précédent, analyséla position du pape relativement à l’islam. Sur la question spéciale des  migrations, si je comprends bien, le pape a dit clairement trois choses complémentaires, à divers moments :
1° il faut bloquer l’Etat islamiste ;
2° être activement charitable avec ses victimes ;
3° dans l’exercice de cette charité, garder la circonspection et la prévoyance requises en temps de guerre.
 
Concernant le premier point :François n’est pas un utopiste pacifiste. Du point de vue de la doctrine sur la guerre, son enseignement marque même une inflexion par rapport au pacifisme plus marqué de ses prédécesseurs, un certain retour à une application plus "réaliste" de la doctrine classique de la guerre juste. Revenant de sa visite pastorale au Sri Lanka et aux Philippines, en janvier 2015, au cours de sa conférence de presse dans l’avion de retour d’Asie, (à partir de la 7ème minute plus 6 secondes), il n’hésite pas à dire que l’agression injuste doit être "arrêtée", sans entrer dans la détermination des moyens, mais indiquant sans équivoque qu’une guerre contre l’EI serait à ses yeux une guerre juste. 
Cette position s’inscrit dans une pensée plus large. Le pape estime (Sarajevo, 7 juin 2015) que nous entrons à petits pas, "par morceaux", dans une troisième guerre mondiale et il lutte pour préserver la paix. Une guerre limitée et juste, faite en temps utile, peut éviter la catastrophe.
Concernant le second point : le pape rappelle dans l’Angélus du 6 septembre 2015 le précepte de Jésus-Christ concernant l’hospitalité et l’accueil de l’étranger (3).   
Concernant le troisième point, le 12 septembre, dans une interview à la radio catholique officielle portugaise Renascença, il ajoute des considérations prudentielles au sujet du péril terroriste et du danger d’infiltration en Europe.
Ce sont là les éléments certains de sa pensée, exprimés clairement aux lieux indiqués plus haut. Ils suffisent à cerner l’essentiel d’une pensée juste et prudente.
Aller au-delà relèverait d’une interprétation hasardeuse.
 
Sur le rapport entre politique, foi et charité
La religion chrétienne est quelque chose de sérieux, de raisonnable et de juste. Le primat de la charité (= de l’amour surnaturel), dans l’enseignement classique de la théologie catholique, ne cause aucun dommage à la justice et ne remplace en aucune façon la prudence (l’excellence de la raison pratique) par un sentimentalisme irrationnel. En termes précis, la charité chrétienne n’est pas une vertu spéciale, mais "la forme de toutes les vertus (4)." On peut décider telle fois qu’il est prudent de punir, et telle fois de se montrer clément ; ou qu’il faut ici dépenser, ou au contraire ménager la dépense. Et c’est avec la même charité qu’on devra accomplir des actes matériellement différents, voire opposés. Ainsi, quoi qu’on fasse, y compris une guerre juste, il s’agit pour un vrai chrétien de tout faire avec amour surnaturel et bien sûr sans commettre aucune injustice.
 
C’est pour cela que la charité chrétienne ne prescrit aucune politique particulière, bien qu’elle prescrive de faire, dans cet esprit d’amour universel et surnaturel, la meilleure politique possible.
Parfois, la prudence peut déterminer qu’il est juste de faire la guerre et en ce cas, la charité chrétienne va consister à faire par charité ou avec charité une guerre juste. Mais faire la guerre reste d’abord, et même alors, un acte de justice et de prudence, ordonné au rétablissement de la paix et à la sauvegarde du bien commun. De même, il est possible d’ouvrir les frontières par charité et de les fermer par charité. S’il y a vingt places sur un canot de sauvetage, ce n’est pas de la charité mais du suicide que de vouloir y faire monter cinquante personnes. Et ce n’est pas non plus la charité de la part du naufragé, que de vouloir y monter de force, s’il est surnuméraire. C’est à la prudence de juger et à la charité de donner forme d’amour à ces divers actes de la prudence.
C’est pourquoi une charité authentique doit avoir un contenu, une matière d’actes prudents et justes, formant une politique digne de ce nom. La charité sans matière ne serait qu’une forme vide, dont on déduirait arbitrairement n’importe quelle imprudence ou injustice. L’humanitarisme comporte assez souvent un tel défaut.
 
Est-il besoin de rappeler que les choix politiques du Saint-Père ne sont ni l’enseignement infaillible, ni même le Magistère ordinaire, et n’imposent aux chrétiens aucune adhésion de foi (5) ? Toutefois, ces jugements prudentiels qui sont les siens se fondent sur des principes concernant les mœurs, qui eux relèvent du jugement de foi. En outre, restant sauve la liberté de dissentiment respectueux, il est juste et il est prudent de prêter une déférente attention au pape aussi dans ces matières plus contingentes, étant donnés la qualité de l’information dont dispose un pape, la hauteur de vues et le recul donnés par une tradition bimillénaire, et la dignité morale du siège apostolique.
 
(1) Voici le sujet (il faudrait le temps de traduire…) :
https://theintercept.com/2015/09/15/great-bbc-interview-british-loyalist-saudi-regime-shows-journalists-first-duty/
Et voici la discussion féroce avec le député anglais défenseur de l’Arabie saoudite :
https://theintercept.com/2015/09/15/great-bbc-interview-british-loyalist-saudi-regime-shows-journalists-first-duty/
Et voici comment le chef du journaliste enfonce le clou sur Twitter:
https://twitter.com/iankatz1000/status/642474677051486208/photo/1

(2) L’important site israélien Debka faisait récemment état de propositions russes visant à participer à l’exploitation des gisements off-shore d’hydrocarbures israéliens (le gisement Léviathan) et à assurer la sécurité de cette exploitation(contre les attaques maritimes possibles du Hezbollah) – ce qui tend à placer la Russie en position de candidate au rôle de modératrice de la région.
(3) Mt.25, 31-46, dans le discours sur les fins dernières, quand le Christ annonce le jugement dernier : "Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli, etc. (…) Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche: “Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli, etc. »  
(4) Thomas d’Aquin, Questions disputées sur les vertus, Question 2, Article 3. Voici la fin de la réponse : "Et parce qu’on dit qu’une mère reçoit en soi et conçoit, on dit aussi que la charité est la mère de toutes les vertus, en tant que par la conception de sa fin (le bien suprême, désiré et aimé dans la foi), elle produit les actes de toutes les vertus ; et pour la même raison on dit qu’elle est la racine des vertus."
(5) Catéchisme de l’Eglise Catholique, § 892. "L’assistance divine est encore donnée aux successeurs des apôtres, enseignant en communion avec le successeur de Pierre, et, d’une manière particulière, à l’évêque de Rome, Pasteur de toute l’Église, lorsque, sans arriver à une définition infaillible et sans se prononcer d’une “manière définitive”, ils proposent dans l’exercice du Magistère ordinaire un enseignement qui conduit à une meilleure intelligence de la Révélation en matière de foi et de mœurs. À cet enseignement ordinaire les fidèles doivent “donner l’assentiment religieux de leur esprit” (Vatican II, Lumen Gentium, 25) qui, s’il se distingue de l’assentiment de la foi, le prolonge cependant."

www.henrihude.fr

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version