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HUDE Henri

HUDE Henri

Né le 7 septembre 1954
Marié - 4 Enfants.


Philosophe

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm) (1974-79)
Agrégation en Philosophie (1977)
Doctorat in Philosophie (1990)
     Habilitation (1992) à diriger des recherches en philosophie.

Directeur du Pôle d’éthique au Centre de recherches des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).
Ancien professeur en classes préparatoires au Collège Stanislas (Paris)
Ancien professeur d’Université à Rome
(Professore stabile. Istituto Giovanni Paolo II di studi su matrimonio e famiglia, presso l’Universita del Laterano).
Ancien directeur général du Collège Stanislas (Paris) 
 
Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire (depuis 1992)
Membre du conseil d’orientation de l'Institut Montaigne (2001-2009) 
Membre du conseil scientifique de la revue Oasis (Venise) (depuis 2004)
Membre du conseil d’administration de l’association des Amis de St-Cyr et Coëtquidan (depuis 2005)
 
Ouvrages
Bergson(2 volumes) (1ère édition, 1989 and 1990), Paris, Editions Universitaires
     Reedited Archives Karéline (2009)
Ethique et politique,Paris, Editions Universitaires (1992)    
Philosophie de la prospérité. Marché et solidaritéParis, Economica(1994), 
Croissance et liberté. Philosophie de la prospérité(1995) - 2nd Volume, Critérion, Paris 
Mon testament philosophique, en collaboration avec Jean GUITTON, Paris, Presses de la Renaissance (1997)
Entretiens posthumes avec Jean Guitton,Paris, Presses de la Renaissance.(2001)
Ethique des décideurs,Paris, Presses de la Renaissance (2004) 
     Préface par Henri de Castries, Prix Montyon 2005 de l’Académie française
     Traduit en italien chez Cantagalli, Siena, (2010)
     A paraître en américain à IPS Press, en 2011. 
Parole et silence (Prolégomènes. Les choix humains), Paris (2009)
Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, Paris (2010)
 
Autres publications (sélection)
- ‘Il rinnovamento socio-politico’, (“Socio-political Renewal”), in Veritatis Splendor, testo integrale con comentaria filosofico-teologico tematico, a cura di Ramon Lucas Lucas, Presentazione del cardinal J. Ratzinger, San Paolo-Milano, 1994, p.375-381.
- "Dieu me jugera", Revue Catholique Internationale Communio, X, 1, 1985, p.62-75.
- ‘Democracja aristokraticzna a demokracja republikanska’, in Znak, (traduit en polonais par Maria Tarnowska), 4, 455, Krakow, 1993, p.128-138.
- ‘Pour une philosophie de l’argent’, L’amitié Charles Péguy, Bulletin d’information et de recherche, ‘Péguy écrivain’, 18ème année, n° 72, octobre-décembre 1995.  
- ‘Nuit de la foi et doute philosophique’ au Colloque international, Lisieux, 30septembre 4 octobre 1996, pour le centenaire de la mort de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; publiée dans Une sainte pour le 3ème millénaire, Editions du Carmel, 1997, p.163-180.
- ‘Filosofia politica, mercado y solidariedad’, Congrès de l’Université Complutense de Madrid sur ‘Filosofia y solidariedad’ ; Revista Espanola de Pedagogia, n°205, Ano LIV, septiembre-diciembre 1996, p.395-407.  
- ‘La famille, fondement de la société’, in Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.
- ‘Paura di credere’, Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95.
- Morale per una societa libera’, dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997. 
- ‘Economie, société et politique familiale’, Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450.
- ‘En torno al respeto’, (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997.
- ‘Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme’, dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90. 
- ‘La politique de l’investissement familial’, in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149.
- “How to Defend Moral Values in a Free Society?”, Congrès international ‘Secolarismo e liberta religiosa’, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85.
- ‘Jean Guitton’, in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts, Verlag Styria, 1998, p.500-506.
- ‘101 thèses sur la liberté de l’éducation’, Liberté politique, n°5, été 1998, p.85-99.
- ‘Ci sara un bene comune nella nuova societa ?’ dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77.
- ‘Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense’, Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003.
- Article: ‘Ethique, défense et gestion’, (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82.
- ‘Trois définitions du terrorisme’, dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006, ‘Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?’, p.15-17.
- ‘La géopolitique actuelle et la nécessité de la philosophie’, dans Oasis, Année II, n° 4, septembre 2006, p.23-25. 
- ‘Integrazione politica e dialogo culturale’, au Congrès international ‘Cristianesimo, Ebraismo e Islam: Esperienze di Incontro’, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie.
- “Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers”, International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University, UK; published in Paul ROBINSON, Nigel DE LEE & Donald CARRICK (editors), Ethics Education in the Military, Ashgate, UK, Feb. 2008, p.109-118.   
- "Intuition et invention chez Bergson", dans Annales bergsoniennes, tome 4, PUF, sous la direction de Frédéric WORMS, Actes du Colloque sur ‘L’évolution créatrice de Bergson. 1907-2007’, tenu au Collège de France le 23/24 novembre 2007.
- ‘Ethique et vieillissement’, (“Ethics and Ageing”) colloquium of the « Institut de géopolitique des populations » and of the « Institut de recherches sur la géostratégie économique internationale » (IRGEI), held at the Assemblée nationale, 8 mars 2007, published in Yves-Marie LAULAN, Vieillissement mondial et conséquences géopolitiques, L’Harmattan, 2007, p.173-188.
- “A Few Reflections On the Critical Importance of Ethical Training Today for an Efficient Leadership Training in the Military”, in Military Studies and Technology : The Proceedings of the 14th Hwarangdae International Symposium, 2007.11.1/2, Korea Military Academy, p.23-43.
- ‘Guizot et le centrisme’, du livre d’Aurelian CRAIUTU, Le Centre introuvable. La pensée politique des doctrinaires sous la Restauration, traduit de l’anglais, Plon, 2006, dans Commentaire, Volume XXX, n°119, Automne 2007, p.856-858.
- ‘Bien commun, décision et intérêt général’.Aux éditions Marcianum Press, Venise, dansIl bene comune. La domanda antropologica, 3, acura di G. Richi Alberti, 2008.
- ‘Policier et soldat. Ressemblances et différences’; English translation, ‘“Of the Police and the Military”, une étude pour le Chef d’état-major des Armées, le Général Jean-Louis Georgelin, dans le cadre des travaux sur le Livre Blanc sur la Défense, 2008.
- "Benedicto XVI y Barak Obama en el Cercano Oriente", Humanitas, n° 55, Juillet-Septembre 2009, Santiago de Chile.
- “A Few Reflections On the Second Meeting ISODOMA”, Colloquium, Shrivenham, UK, on “Military Ethics & Education. Who Needs What, Where and When?” December 2009.
- "Sur l’identité de la France. Réflexions philosophiques", dans Liberté politique, Printemps 2010.
- "Le militaire : héros, victime et judiciarisé", Inflexions, automne 2010.
 
 
*  "Paura di credere", Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95
*  "Morale per una societa libera", dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997
*  "Economie, société et politique familiale", Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450
*  "En torno al respeto", (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997
*  "Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme", dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90
*  "La politique de l’investissement familial", in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149
*  "How to Defend Moral Values in a Free Society ?", Congrès international Secolarismo e libertareligiosa, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and
          Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85
*  "Jean Guitton", in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts,
          Verlag Styria, 1998, p.500-506
*  "101 thèses sur la liberté de l’éducation", Liberté politique,n°5, été 1998, p.85-99
*  "Ci sara un bene comune nella nuova societa ?" dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77
*  "Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense", Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003
*  "Ethique, défense et gestion", (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82
*  "‘Trois définitions du terrorisme", dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006  "Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?", p.15-17
*  "Integrazione politica e dialogo culturale", au Congrès international Cristianesimo, Ebraismo eIslam: Esperienze di Incontro, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale
          di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie
*  "Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers", International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University,

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Y a-t-il des guerres justes ? (4)

Publié dans A tout un chacun
Y a-t-il des guerres justes ? (4)
 
Faut-il se rallier à une position pacifiste ? Que faut-il penser de la notion de guerre juste ? A-t-elle encore une valeur ?  
Suite à l’urbanisation de la planète, les guerres ont tendance à devenir des guerres urbaines. Dans le passé, il y avait plus de militaires tués que de civils. Aujourd’hui c’est l'inverse - dix fois plus.
La combinaison de l’urbanisation, de l’hyper-technologie, de la guerre indirecte et des tactiques terroristes rend particulièrement difficile le jugement moral sur ces sujets.
 
De très nombreux auteurs ont disserté sur la guerre juste : Cicéron, saint Augustin, Vitoria, Suarez, Luther, Érasme (voir par exemple les textes choisis dans Gregory M. Reichberg, Henryk Syse, Endre Begby, The Ethics of War. Classic and Contemporary Reading, Blackwell, 2006). Pratiquement toutes les civilisations en ont parlé (Paul Robinson (éd.), Just war in Comparative Perspective, Ashgate, 2003).
 
Saint Thomas d’Aquin définit la guerre juste dans le traité "De la Charité" de sa Somme théologique.
Selon son enseignement (Somme théologique, IIa-IIae, Question 40), qui résume une doctrine traditionnelle, la guerre est un péché qui s’oppose à la charité, à l’amour du prochain, à l’amour que les groupes humains doivent avoir les uns pour les autres. Néanmoins, il existe aussi un droit et un devoir de se défendre et de défendre le bien commun. Nous savons qu'autrement, le monde serait livré au premier malfaiteur et à la guerre entre malfaiteurs. Mais un recours à la force armée ne peut être juste qu’à trois conditions :  
- 1° qu’il soit décidé par l’autorité légitime (autrement dit : pas de guerre privée).
- 2° qu’il vise à défende une juste cause, c’est-à-dire à corriger un tort très grave, réellement causé au bien commun.
- 3° qu’il soit mené avec une intention droite.
 
1° La guerre juste doit être décidée par une "autorité légitime"
Selon le droit international, aujourd’hui (nous parlerons de l'ONU plus longuement dans un autre article), il n’y a qu’une seule autorité légitime en la matière : le Conseil de Sécurité de l’ONU (CS). Toute guerre sans son aval, sauf cas de légitime défense, est une guerre d’agression. Mais cela n’a pas empêché les Américains d’aller en Irak en 2003 sans mandat du CS sous le président Bush II et plusieurs nations de les y accompagner. Le droit international fonctionne davantage comme un idéal international que comme un droit ou une constitution. L’"autorité légitime" légale n’a en fait guère de pouvoir, ni d’autorité.
Quand il y a opposition entre grandes puissances, le conflit porte précisément sur le point de savoir qui est, et où sera, l’autorité légitime effective ; autrement dit, qui détient de fait et détiendra le pouvoir constituant mondial, ou qui peut prétendre le détenir légitimement. Autrement dit, la règle thomiste de l’autorité légitime peut difficilement servir, dans une époque mondialisée, non qu'elle ait perdu sa valeur, mais parce que c’est son interprétation qui constitue précisément l’enjeu du conflit. Le CS n’est plus en fait qu’un utile forum de discussion, non une instance de décision, puisqu’il décide en général de ne prendre aucune résolution, dès que les grandes puissances ne sont pas d’accord. L’"autorité légitime" est de fait l’autorité nationale, si la nation est assez puissante. 
 
2° Intention droite
Ce qui reste très important, et non problématique, dans cette doctrine de guerre juste, c’est qu’il ne doit pas y avoir de guerre privée. C’est ce qui permet de comprendre la règle d’"intention droite", qui est la conséquence de la précédente. 
Dans une époque marquée par l’individualisme et la privatisation, il n’est pas inutile de rappeler cet enseignement : on n’a pas moralement le droit de faire de la guerre sa guerre à soi, ni d’y entrer de sa propre autorité, ni de la mener pour des motifs personnels. Ce qui donc est exigé moralement du soldat, c’est d’exercer son activité dans l’obéissance à l’autorité politique, à sa hiérarchie, et de rester dans le cadre de sa mission. Cette stricte discipline est aussi une condition de l’unité d’action et donc de l’efficacité de la force. S’il agit dans l’obéissance, il est un agent du pouvoir, qui seul a droit de recourir à la force au service du bien commun. S’il sort de l’obéissance, il n’est plus qu’un aventurier et un malfaiteur. 
Bien sûr il y a le cas où le pouvoir perdrait le Nord, et donnerait des ordres aberrants du point de vue moral. En ce cas, il faut obéir à sa conscience, même si cela conduit à désobéir et à se voir sanctionné. Cela fait partie de la grandeur tragique du soldat. Toutefois, une conscience a le devoir de s’éclairer et de ne pas se prendre pour un oracle du bien et du mal. De plus, le citoyen sait que le pouvoir dispose normalement d’une meilleure vue d’ensemble des situations, d’informations plus précises, à jour et plus sûres. Le doute de la conscience sur elle-même est donc souvent raisonnable et ce peut être encore suivre sa conscience que ne pas en suivre le premier mouvement.
 
Il n’est pas anormal qu’un militaire ait des doutes sur la justice de la guerre qu’on lui fait faire, sur la pertinence du jugement et des décisions prises par les plus hautes autorités de son État. Est-ce que cela veut dire qu’il n’obéira pas ? Il ne sait pas avec certitude que son État a tort. Par contre, il sait avec certitude que si la force n’est pas disciplinée, il n’y a plus d’État. C’est pourquoi en général il donnera sa confiance de principe et son obéissance aux hommes au pouvoir, mais non sans avoir réservé sa liberté de jugement. Il regarde dans les yeux les autorités suprêmes, et le politique doit pouvoir soutenir ce regard, celui d’un homme libre et juste. Si le politique sait lire dans un tel regard, il a conscience de porter, lui et lui seul, l’entière responsabilité morale de l’injustice éventuelle de ce recours à la force. Des militaires seront responsables de crimes éventuels commis dans cette guerre, mais le politique sera seul responsable du crime que peut être cette guerre. 

Il est naturel que le soldat soit affectivement attaché, sinon toujours au pouvoir qu’il sert directement, son État, du moins au corps politique dont ce pouvoir est la tête – à son pays, à sa patrie, à sa nation. Mais cela ne doit pas transformer pour lui en guerre privée, en affaire personnelle, un conflit dans lequel il se trouve engagé. Il a le droit de prendre une guerre à cœur, pas de s’y jeter à corps perdu.
Le combattant, surtout l’officier, doit garder une certaine distance, notamment par rapport à la propagande et dans le regard porté sur l’ennemi. "Le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes". Même si l’ennemi avait si absolument tort que notre défense fût absolument justifiée, il n’y aurait pas lieu de considérer a priori un combattant d’en face comme un démon. Contrairement à ce qu’on pense intuitivement, ce détachement relatif, cette absence de fanatisme politique, est probablement une condition d’action plus rationnelle et d’efficacité. 
 
3° La guerre juste n’existe que si le bien commun est gravement en cause
Dans une époque de privatisation maximale, il est difficile de comprendre la simple notion du bien commun. Pourtant, c'est par là que la guerre juste s’oppose à la guerre injuste.
Sans excuser ni justifier l’agresseur, il n’est pas toujours facile de dire où est la justice, car il est rare que l’agresseur ne pense pas avoir bonne cause et que les torts ne soient pas plus ou moins partagés. De plus, très souvent, l’agresseur a peur d’être agressé et prend les devants. Était-il fondé à avoir peur ? Relativement à quels intérêts ? Est-il tombé dans le piège d’une provocation ? Et ainsi, qui est réellement l’agresseur ? 
De plus, chaque guerre donne lieu à des plaidoiries politiques. Tout, y compris mettre à feu et à sang une région pour y contrôler des puits de pétrole, peut être rationalisé – la rationalisation est possible pour tout –, mais cela ne signifie pas qu’un juge équitable se satisferait de ces arguments.
Un accord sur ces sujets suppose l’établissement d’un concept commun de justice. Malheureusement, bien que nous ayons tous cette grande idée de justice, ce sont précisément sa définition précise et sa fondation rigoureuse qui sont parfois les enjeux du conflit.
 
P.S. Une version simplifiée de ce texte est parue il y a deux ans sur le site Aleteia . J'ai aussi développé mes vues sur la guerre et la paix dans
La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, Mame, 2018.
Paru sur www.henrihude.fr, janvier 2019


Y a-t-il des guerres justes ? (3)

Publié dans A tout un chacun
Y a-t-il des guerres justes ? (3)  
 
Dans notre monde hyper-technique, avec des armes de plus en plus puissantes, la guerre frontale entre grandes puissances usant de tout leur arsenal est de moins en moins envisageable, sous peine de suicide collectif, mais la guerre existe toujours et prend d’autres formes.
 
La croissance des armements interdit de plus en plus les guerres entre grandes puissances
L’optimisme pourrait soutenir que les armes vont devenir tellement destructrices que personne ne se risquera plus à surenchérir et à faire la guerre. Quand la mise à prix est déraisonnable, on ne trouve plus d’acheteur. Cette idée a trouvé une certaine réalisation effective depuis l’invention de l’arme nucléaire et après son utilisation effective à Hiroshima et Nagasaki.
Les bombardements de Tokyo, Dresde ou Hambourg la même année avaient fait plus de morts, mais la bombe atomique a frappé infiniment plus les esprits et de façon indélébile. Avec elle, la notion d’"enchères sanglantes" est ébranlée. Aurait-on enfin trouvé le moyen de supprimer la guerre, paradoxalement, par la menace d’épouvantables crimes de guerre ? En un sens oui, du moins entre puissances nucléaires, et à condition qu’elles restent "rationnelles". Cela dit, l’arme nucléaire a été maintenant miniaturisée (bombes de 1 kilotonne), ce qui la rend utilisable sur le terrain sans produire l’"apocalypse". En Corée, récemment, nous ne sommes pas passés très loin de ce genre d’expérimentation… Certains soutiennent cependant que cette miniaturisation permet d’imaginer des réponses graduées et donne espoir de limiter la guerre nucléaire, si elle avait lieu un jour.
 
Que penser de l’armement nucléaire ?
Son immoralité est indubitable, car sa crédibilité repose toute entière sur la ferme résolution d’user de représailles, ce qui (même si on prétend s’en tenir à des stratégies anti-forces) constitue de fait et malgré tout une prise d’otages massive de populations civiles par millions. 
Néanmoins, éviter la guerre mondiale est en soi un objectif moral. Or il est pratiquement certain que, sans l’existence des armes nucléaires, les grandes puissances se seraient affrontées de nouveau depuis 1945. Mais rien ne garantit que nous parviendrons toujours à éviter l’erreur tragique ou la décision du dirigeant fanatique et suicidaire, qui nous conduirait à Armagedon.
C’est pourquoi il est nécessaire de prévoir leur suppression. Elle est d'ailleurs prévue par le traité de non-prolifération. Mais si nous désirons supprimer ces armes, comme c’est très raisonnable, il faut aussi inventer une autre solution, susceptible de produire un effet comparable d’inhibition de la montée aux extrêmes. La réforme culturelle et la conversion spirituelle sont évidemment l’idéal et peut-être même la solution paradoxalement la plus réaliste. 
Mais il est souhaitable de coupler le progrès de l'âme avec des solutions plus pragmatiques et techniques. Car on n’a pas supprimé les causes profondes de la guerre : il faudrait changer l’homme et le faire passer de l’état de nature à l’état de grâce. Or cela, un pouvoir politique ne peut le faire et n’a d'ailleurs pas à le faire. Il ne peut pas non plus s’en remettre uniquement au spirituel. Il a quelque chose à faire dans son domaine pour éviter la grande guerre. Mais quoi ? C’est le problème, dont nous n’avons pas encore la solution. Il en va de l'armement nucléaire en notre temps comme de l'esclavage dans l'Antiquité. Nombre d'esprits réfléchis (sauf Aristote) admettent qu'il est contraire à la loi naturelle, mais personne de sait comment faire pour s'en passer.  
 
La guerre frontale n’étant plus possible, elle se déploie autrement
Aujourd’hui règne la stratégie indirecte (André Beaufre, Introduction à la stratégie). La guerre se déploie autrement : guerre économique, financière, d’information ou de désinformation, guerre psychologique, juridique, politique, indirecte, invisible, etc. On en vient à susciter des guerres avec des mercenaires, des sociétés de sécurité. La guerre se privatise, devient occulte, "hors limites" (Liang Qiao & Xiangsui Wang, La Guerre hors limites, Payot, 2006). Elle use et abuse des forces spéciales, des services de renseignement. Elle devient plus machiavélique. 
L’Homme a peut-être ainsi trouvé le moyen d’éviter le retour des grandes guerres ; mais, comme l’écrit André Beaufre, "le prix à payer sera différent de ce que l’homme escomptait : la lutte maintenue sur un mode mineur sera devenue permanente. La grande guerre et la vraie paix seront mortes ensemble. " (p.143)
L’évolution a conduit néanmoins à rendre apparemment impossible ou absurde toute guerre directe entre grandes puissances, et même toute guerre conventionnelle susceptible de dégénérer en nucléaire. Est-ce un bien ? Oui, sans doute ; mais, du coup, le terrorisme devient la forme normale de la guerre entre le faible et le fort. Il peut même y avoir des rapports occultes entre certains États et des terroristes. Aussi la question va-t-elle se poser (et pas seulement dans les films de James Bond ou dans le bluff politique) de terroristes disposant de moyens de destruction massive, de chantages à la bombe miniaturisée, etc.
Le problème de cette métamorphose de la guerre, c’est aussi qu’on ne sait plus avec certitude qui fait quoi. Les acteurs politiques peuvent s'accuser sans preuve et très peu de gens peuvent savoir la vérité. Il n’y a parfois plus d’acteurs rationnels identifiables. Il faut aussi une surveillance perpétuelle du monde entier (tâche impossible), par exemple pour y suivre à la trace le moindre gramme de plutonium. En un mot, le livre de l'Apocalypse, qui pendant des siècles a paru à beaucoup excessif et déraisonnablement imaginatif, devient presque banalement descriptif de la nouvelle condition de l'homme.

Paru sur www.henrihude.fr, 23 janvier 2019

Y a-t-il des guerres justes ? (2)

Publié dans A tout un chacun
Y a-t-il des guerres justes ? (2)

En théorie, la guerre naît de l’affrontement de deux volontés politiques en désaccord, pour des intérêts culturels, économiques ou politiques jugés vitaux, mais dans la pratique bien souvent pour d’autres raisons moins rationnelles.
 
La guerre naît de l’affrontement de deux volontés en contradiction
La guerre est un affrontement entre volontés politiques, chacune cherchant une solution de force, c’est-à-dire employant la force armée pour contraindre l’autre à décider comme nous voulons et non comme il veut. 
Face à un désaccord, la guerre survient si le désaccord doit absolument être résolu, et ne peut l’être par la discussion et la négociation. Parfois le désaccord vient d’une situation tragique, à laquelle on ne voit pas d’issue raisonnable, et parfois de l’injustice et mauvaise volonté des parties. Elle touche toujours une question de principe, d’honneur, d’intérêt, tenue pour si importante que "c’est non !". Il y a alors trois solutions : soit la séparation, chacun de son côté (ce qui, parfois, est possible, comme dans la partition pacifique de la Tchécoslovaquie en 1993) ; soit on laisse vieillir le problème, sans solution (mais alors, en général, il empire) ; soit on estime qu’il faut le résoudre, en sortir, et puisqu’il n’y a pas de solution de raison, on va rechercher une solution de force.
 
Dans la guerre, l’un impose sa volonté à l’autre par une force armée qui détruit des biens et tue des personnes
La guerre est une sorte de mise aux enchères sanglante : "Si tu ne te soumets pas, tu vas payer cher." Et l’autre répond : "Fais ce que tu veux, tu souffriras plus que moi". Dans ces enchères négatives, à un moment donné, il y en a un qui renonce à surenchérir, qui craque.
Si on est obstiné jusqu’à la folie, on ne craque pas avant d’être enseveli sous les ruines de sa capitale. Mais si on est plus raisonnable, on arrête les frais et on négocie, chacun dans son rôle : vainqueur ou vaincu. Celui que l’épreuve de force a désigné comme le vaincu doit prendre sa perte, et la vie reprend, ordinaire. 
 
En théorie, les hommes ne se battent que pour des intérêts culturels, économiques ou politiques
On liste les intérêts culturels qui relèvent de l’idéologie, de la religion, parfois des deux, les intérêts économiques (matières premières, énergie, débouchés, voies de communication, etc.) et enfin les intérêts politico-stratégiques, qui concernent l’indépendance, la liberté, la domination, la sécurité, le rang, l’hégémonie, etc. Souvent les buts des guerres associent les trois, mais pas toujours. La guerre des Malouines était toute politique. Ce qui se passe en Syrie combine les trois types d’enjeux.
Mais, si les hommes ne se battaient que pour ces trois raisons, nous pourrions toujours trouver des solutions, car le prix des guerres est tel que souvent cela n’a pas de sens. En 1918, 1,5 million de Lorrains et Alsaciens sont redevenus français, mais au prix de 1,5 million de Français tués. On pouvait évidemment trouver une formule politique plus rationnelle que la Grande Guerre. Mais le calcul rationnel n’est pas seul ici. 
 
L’homme se bat aussi parce qu’il en a envie
On dit que les guerres sont imposées aux peuples par des marchands de canons, des hommes d’affaires sans scrupules et des politiciens à leur solde. De grands chefs politiques l’ont eux-mêmes déclaré sans ambages ("Farewell Address" du Président (et général) Dwight Eisenhower, 17 janvier 1961.) Mais une telle situation ne se rencontre pas toujours et partout, et peut n’être que partiellement vraie. L’expérience montre aussi des peuples entrant en guerre dans l’enthousiasme unanime. La Monarchie de Juillet s’est détruite (entre 1830 et 1848) en faisant une politique de paix, contre la volonté de l’aile marchante de la nation.
La triste vérité, c’est que l’homme fait souvent la guerre pour faire guerre, comme il fait l’amour pour faire l’amour : comme si c’était une fin en soi. Certain n’ont pas hésité à parler de plaisir, de sport. Les Grecs pensaient que la chasse, d’ailleurs fortement associée par l’iconographie à l’érotique homosexuelle, était une école de la guerre (Xénophon, L’Art de la chasse.) Ils disaient que la guerre était la forme de chasse la plus intéressante, car l’homme est le gibier le plus intelligent.
De manière plus profonde, on a pu noter que la guerre permet aussi à l’homme un dépassement de soi. Hegel a dit qu’elle "préserve la santé morale des peuples" (Principes de la philosophie du droit, § 324). Son idée semble être celle-ci : l’homme sent qu’il est fait pour plus que les intérêts empiriques. Le gain, la santé, la jouissance, la vie privée dans la société civile ne comblent pas l’âme humaine. À un certain moment, elle s’en dégoûte. L’homme alors trouve dans la guerre le moyen de reconquérir une dignité morale et une existence publique dans l’Histoire. Il se dépasse, et en risquant sa vie, qui est l’intérêt empirique premier, il redécouvre sa transcendance. Il cherche dans la guerre une grandeur perdue, un sentiment d’exaltation, une impression de purification. Le philosophe Ludwig Wittgenstein écrit (Carnets. 1914-16, 15 septembre et 9 mai 1916) : "Maintenant, la possibilité me serait donnée d’être un homme décent, car je suis face à face avec la mort" ; "seule la mort donne à la vie sa signification".
 
La guerre naît aussi de la rivalité entre les hommes et de leur volonté de domination et de liberté
Il y a un désir d’être reconnu par l’autre comme égal, puis comme supérieur et dominant ; un désir de ne pas être identifié comme inégal et dominé. Ce désir est un ressort très puissant, qui touche à la définition de la liberté et qui pollue la définition de la dignité. Les guerres sont d’autant plus totales que le concept de liberté est touché, car c’est alors "la liberté ou la mort". Les guerres deviennent totales et destructrices dans la période moderne, quand la subjectivité s’affirme comme liberté collective. Également, la guerre se démocratise : ce sont les levées en masse ; tout le monde est mobilisé. En même temps, l’objectivation scientifique permet un terrible perfectionnement des armes.
 
Citation du Président Eisenhower mettant en garde le peuple américain contre le lobby militaro-industriel,
disponible sur Youtube : "Now this conjunction of an immense military establishment and a large arms industry is new in the American experience. The total influence – economic, political, even spiritual – is felt in every city, every Statehouse, every office of the Federal government. We recognize the imperative need for this development. Yet, we must not fail to comprehend its grave implications. […] In the councils of government, we must guard against the acquisition of unwarranted influence, whether sought or unsought, by the military-industrial complex. The potential for the disastrous rise of misplaced power exists and will persist. We must never let the weight of this combination endanger our liberties or democratic processes. We should take nothing for granted."  
Paru sur www.henrihude.fr, 20 janvier 2019

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