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HUDE Henri

HUDE Henri

Né le 7 septembre 1954
Marié - 4 Enfants.


Philosophe

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm) (1974-79)
Agrégation en Philosophie (1977)
Doctorat in Philosophie (1990)
     Habilitation (1992) à diriger des recherches en philosophie.

Directeur du Pôle d’éthique au Centre de recherches des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).
Ancien professeur en classes préparatoires au Collège Stanislas (Paris)
Ancien professeur d’Université à Rome
(Professore stabile. Istituto Giovanni Paolo II di studi su matrimonio e famiglia, presso l’Universita del Laterano).
Ancien directeur général du Collège Stanislas (Paris) 
 
Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire (depuis 1992)
Membre du conseil d’orientation de l'Institut Montaigne (2001-2009) 
Membre du conseil scientifique de la revue Oasis (Venise) (depuis 2004)
Membre du conseil d’administration de l’association des Amis de St-Cyr et Coëtquidan (depuis 2005)
 
Ouvrages
Bergson(2 volumes) (1ère édition, 1989 and 1990), Paris, Editions Universitaires
     Reedited Archives Karéline (2009)
Ethique et politique,Paris, Editions Universitaires (1992)    
Philosophie de la prospérité. Marché et solidaritéParis, Economica(1994), 
Croissance et liberté. Philosophie de la prospérité(1995) - 2nd Volume, Critérion, Paris 
Mon testament philosophique, en collaboration avec Jean GUITTON, Paris, Presses de la Renaissance (1997)
Entretiens posthumes avec Jean Guitton,Paris, Presses de la Renaissance.(2001)
Ethique des décideurs,Paris, Presses de la Renaissance (2004) 
     Préface par Henri de Castries, Prix Montyon 2005 de l’Académie française
     Traduit en italien chez Cantagalli, Siena, (2010)
     A paraître en américain à IPS Press, en 2011. 
Parole et silence (Prolégomènes. Les choix humains), Paris (2009)
Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, Paris (2010)
 
Autres publications (sélection)
- ‘Il rinnovamento socio-politico’, (“Socio-political Renewal”), in Veritatis Splendor, testo integrale con comentaria filosofico-teologico tematico, a cura di Ramon Lucas Lucas, Presentazione del cardinal J. Ratzinger, San Paolo-Milano, 1994, p.375-381.
- "Dieu me jugera", Revue Catholique Internationale Communio, X, 1, 1985, p.62-75.
- ‘Democracja aristokraticzna a demokracja republikanska’, in Znak, (traduit en polonais par Maria Tarnowska), 4, 455, Krakow, 1993, p.128-138.
- ‘Pour une philosophie de l’argent’, L’amitié Charles Péguy, Bulletin d’information et de recherche, ‘Péguy écrivain’, 18ème année, n° 72, octobre-décembre 1995.  
- ‘Nuit de la foi et doute philosophique’ au Colloque international, Lisieux, 30septembre 4 octobre 1996, pour le centenaire de la mort de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; publiée dans Une sainte pour le 3ème millénaire, Editions du Carmel, 1997, p.163-180.
- ‘Filosofia politica, mercado y solidariedad’, Congrès de l’Université Complutense de Madrid sur ‘Filosofia y solidariedad’ ; Revista Espanola de Pedagogia, n°205, Ano LIV, septiembre-diciembre 1996, p.395-407.  
- ‘La famille, fondement de la société’, in Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.
- ‘Paura di credere’, Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95.
- Morale per una societa libera’, dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997. 
- ‘Economie, société et politique familiale’, Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450.
- ‘En torno al respeto’, (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997.
- ‘Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme’, dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90. 
- ‘La politique de l’investissement familial’, in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149.
- “How to Defend Moral Values in a Free Society?”, Congrès international ‘Secolarismo e liberta religiosa’, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85.
- ‘Jean Guitton’, in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts, Verlag Styria, 1998, p.500-506.
- ‘101 thèses sur la liberté de l’éducation’, Liberté politique, n°5, été 1998, p.85-99.
- ‘Ci sara un bene comune nella nuova societa ?’ dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77.
- ‘Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense’, Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003.
- Article: ‘Ethique, défense et gestion’, (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82.
- ‘Trois définitions du terrorisme’, dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006, ‘Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?’, p.15-17.
- ‘La géopolitique actuelle et la nécessité de la philosophie’, dans Oasis, Année II, n° 4, septembre 2006, p.23-25. 
- ‘Integrazione politica e dialogo culturale’, au Congrès international ‘Cristianesimo, Ebraismo e Islam: Esperienze di Incontro’, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie.
- “Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers”, International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University, UK; published in Paul ROBINSON, Nigel DE LEE & Donald CARRICK (editors), Ethics Education in the Military, Ashgate, UK, Feb. 2008, p.109-118.   
- "Intuition et invention chez Bergson", dans Annales bergsoniennes, tome 4, PUF, sous la direction de Frédéric WORMS, Actes du Colloque sur ‘L’évolution créatrice de Bergson. 1907-2007’, tenu au Collège de France le 23/24 novembre 2007.
- ‘Ethique et vieillissement’, (“Ethics and Ageing”) colloquium of the « Institut de géopolitique des populations » and of the « Institut de recherches sur la géostratégie économique internationale » (IRGEI), held at the Assemblée nationale, 8 mars 2007, published in Yves-Marie LAULAN, Vieillissement mondial et conséquences géopolitiques, L’Harmattan, 2007, p.173-188.
- “A Few Reflections On the Critical Importance of Ethical Training Today for an Efficient Leadership Training in the Military”, in Military Studies and Technology : The Proceedings of the 14th Hwarangdae International Symposium, 2007.11.1/2, Korea Military Academy, p.23-43.
- ‘Guizot et le centrisme’, du livre d’Aurelian CRAIUTU, Le Centre introuvable. La pensée politique des doctrinaires sous la Restauration, traduit de l’anglais, Plon, 2006, dans Commentaire, Volume XXX, n°119, Automne 2007, p.856-858.
- ‘Bien commun, décision et intérêt général’.Aux éditions Marcianum Press, Venise, dansIl bene comune. La domanda antropologica, 3, acura di G. Richi Alberti, 2008.
- ‘Policier et soldat. Ressemblances et différences’; English translation, ‘“Of the Police and the Military”, une étude pour le Chef d’état-major des Armées, le Général Jean-Louis Georgelin, dans le cadre des travaux sur le Livre Blanc sur la Défense, 2008.
- "Benedicto XVI y Barak Obama en el Cercano Oriente", Humanitas, n° 55, Juillet-Septembre 2009, Santiago de Chile.
- “A Few Reflections On the Second Meeting ISODOMA”, Colloquium, Shrivenham, UK, on “Military Ethics & Education. Who Needs What, Where and When?” December 2009.
- "Sur l’identité de la France. Réflexions philosophiques", dans Liberté politique, Printemps 2010.
- "Le militaire : héros, victime et judiciarisé", Inflexions, automne 2010.
 
 
*  "Paura di credere", Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95
*  "Morale per una societa libera", dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997
*  "Economie, société et politique familiale", Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450
*  "En torno al respeto", (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997
*  "Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme", dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90
*  "La politique de l’investissement familial", in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149
*  "How to Defend Moral Values in a Free Society ?", Congrès international Secolarismo e libertareligiosa, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and
          Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85
*  "Jean Guitton", in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts,
          Verlag Styria, 1998, p.500-506
*  "101 thèses sur la liberté de l’éducation", Liberté politique,n°5, été 1998, p.85-99
*  "Ci sara un bene comune nella nuova societa ?" dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77
*  "Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense", Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003
*  "Ethique, défense et gestion", (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82
*  "‘Trois définitions du terrorisme", dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006  "Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?", p.15-17
*  "Integrazione politica e dialogo culturale", au Congrès international Cristianesimo, Ebraismo eIslam: Esperienze di Incontro, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale
          di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie
*  "Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers", International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University,

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Ethique et politique

Publié dans A tout un chacun
Ethique et politique
 
Qu’est-ce que la culture ? Ou encore, pour concrétiser et préciser, qui cultive quoi ? Celui qui cultive, c’est l’homme. Celui qui est cultivé, c’est encore l’homme. La culture, c’est l’homme qui cultive l’homme.
 
Cultiver, c’est : s’occuper de, faire croître.
Comme l’agriculteur soigne les plantes et leur fait rendre cent pour un, ainsi la culture est ce travail de l’homme sur lui-même, ce travail d’éducation de l’homme par l’homme, grâce auquel la nature humaine croît.
 
La culture est donc la croissance et l’éducation de ce qu’il y a d’humain en l’homme. Ainsi se trouve amassé un immense trésor d’humanité. L’essentiel de la culture est gardé sur pied : ce sont les hommes, en tant que leur humanité a été déployée, en tant qu’ils montrent quelque chose de la plénitude possible de l’humanité. Les œuvres (ouvrages de science, de poésie, de philosophie, bâtiments, sculptures et peintures, etc.) ne sont pas la culture vive, elles n’en sont que la projection et le support.
 
La culture au sens complet, c’est à la fois la vie intérieure et les œuvres de l’esprit. C’est la vie intérieure de toutes ces consciences, de toutes ces mémoires d’hommes, et qui s’enrichit, qui s’approfondit grâce aux œuvres de la culture. C’est là un principe des plus importants. Que serait un tableau de Rubens, s’il n’y avait plus d’homme pour le contempler ? Ou si, parmi tous ceux qui le contemplent, plus personne ne pouvait y trouver de quoi nourrir sa vie intérieure et son propre bonheur de vivre ? Donc, la culture n’est pas d’abord dans les bibliothèques et les musées, la culture est d’abord en l’homme, elle est l’homme en tant que son humanité est en acte et en perfection.
 
Un homme cultivé : pouvons-nous retrouver la plénitude de sens que renferme cette simple expression ?
Culture des sciences et de la sagesse par un esprit ami du vrai, culture de la conscience, vraie liberté, désir d’être pleinement un être personnel, substantiel, cause responsable de ses actes et de ses œuvres. Et pour cela, progrès dans la raison qui donne l’autonomie personnelle, progrès dans la vue de la vérité, sans laquelle la raison n’est plus qu’un mot, progrès dans la contemplation de l’intelligibilité profonde des êtres, sans laquelle il n’y auraitni ordre ni vérité, marche vers le Principe de toute intelligibilité.
Culture du cœur, où s’épanouit toute vraie vie de l’esprit, et toute vue de vérité dans une floraison de sentiments profonds.
Culture de l’amour universel, qui rassemble tout sentiment et toute vue dans l’unité d’une vie vraiment digne d’être vécue.
Culture de la nature autour de nous, qui ennoblit l’usage des technique par un intérêt pour la vérité désintéressée et qui ennoblit le travail en le faisant normer par la justice, purifier par la beauté, englober, intégrer et surélever par la vie spirituelle.
Ce désir de cultiver ainsi l’homme, je l’appelle humanisme. Et les œuvres où l’humanisme prend corps, celles qui l’expriment et lui servent à respirer, je les appelle humanités.



Ethique et politique, Editions universitaires, 1992






Le libéralisme, bon ou méchant ?

Publié dans A tout un chacun
Est-il bon ? Est-il méchant ? Le libéralisme
 
Ce bref article a pour objet de clarifier l’usage du mot ‘libéralisme’. Certains n'aiment pas que l'on prenne ce mot dans un sens systématiquement péjoratif, alors qu’il peut aussi, disent-ils, avoir un sens neutre et désignatif, voire un sens positif. On suggère donc d’user de qualificatifs. Par exemple, il faudrait parler dans un cas de ‘libéralisme dévoyé’ et dans l’autre de ‘libéralisme dévoyé’.
 
Peut-on fixer le sens des mots ?
Le sens des mots est, dans une certaine mesure, fixé par chacun de ceux qui les emploient.Si une personne a décidé d’employer le terme ‘libéralisme’ pour désigner son opposition à l’économie soviétique, ou son amour de la noble liberté humaine, personne ne peut l’en empêcher, mais il risque de créer des confusions, notamment chez ceux qui n’ont pas vécu la guerre froide. Car le sens des mots est surtout fixé par un certain usage, qu’on peut regretter, mais dont il faut tenir compte. Si donc on a une idée à exprimer qu'un mot usuel n'évoque pas du tout, il faut trouver un autre mot. 
 
Parce que les mots ont une histoire ...
Bien sûr, le sens des mots varie ainsi à travers le temps. Voici peu d’années, j’ai écrit un bref article sur le sens étymologique et classique du mot ‘libéral’, sur la vertu de ‘libéralité’, les ‘arts libéraux’ et la ‘culture libérale’, etc. Ce papier m’a valu quelques reproches de la part d’antilibéraux, bien qu’il ne parle pratiquement pas du libéralisme, sauf pour dire que ce dernier terme n’avait à peu près plus rien à voir avec l’étymologie du mot ‘libéral’. 
http://www.henrihude.fr/component/content/article/181-lettre-du-monde-des-valeurs-nd4-etre-liberal
 
Dans l’usage courant, le mot ‘libéralisme’ a d’abord désigné, à partir du XIXème siècle une vision et un projet enracinés dans la recherche d’une autonomie radicale de l’Homme par rapport à Dieu et à la Nature. Il désigne particulièrement la forme que prend l’économie politique, et toute la société et sa culture, animées par une volonté d’autonomie individuelle radicale. Il ne désigne plus guère l’opposition au communisme, qui n’existe plus. Et il ne désigne plus du tout (si ce fut jamais le cas) la simple existence des marchés, des contrats, de la propriété privée, de l’initiative individuelle, etc. – tout ce qu'on appelle le capitalisme.
Enfin, dans les temps déjà éloignés de la grande modernité, l’individu libéral se rattachait à la Raison entendue chez Hegel comme l’Absolu des Lumières, ou à la Raison transcendantale au sens kantien du mot. Cette référence philosophique substantielle et sérieuse a pratiquement disparu du paysage culturel. Aujourd’hui, dans ces temps postmodernes, l’individu libéral est plutôt un nihiliste sans aucune norme solide, qu’il s’agisse de Dieu, de la Nature, ou de la Raison. Incapable de distinguer la liberté de son abus, il tendrait même à définir la liberté par la transgression de tout ce où l'on pourrait concevoir comme normes.
 
Parfois les mots vont en Enfer
Le bon sens populaire s’en rend bien compte et c’est pourquoi (même s'il a ses propres défauts) il ne voit plus dans le ‘libéralisme’ en économie que la rhétorique d’une classe de privilégiés qui viseraient non pas le développement économique, mais l’appropriation des richesses et du pouvoir politique par une minorité de privilégiés. Sous prétexte de ‘liberté’, leur action aurait pour conséquence la destruction des classes moyennes, fondement sociologique des démocraties, et l’apparition de formes modernes du servage, dans une économie ou le travail acharné du plus grand nombre garantit à peine la survie.
Il y a des mots que l’usage a définitivement (?) damnés, c’est ainsi, et libéralisme est du nombre. Ne pas en prendre acte me semble source de malentendu. Les expressions de bon libéralisme, ou de libéralisme humaniste me semblent des oxymores, comme si l’on parlait d’esclavagisme généreux ou de prostitution heureuse. Sur le fait que le libéralisme tel qu’on l’entend n’est qu’une idéologie (l’inverse du communisme) et que l’économie libre ou le capitalisme n'ont strictement rien à voir avec le libéralisme, j’ai écrit un autre texte auquel je me permets de renvoyer.
http://www.henrihude.fr/approfondir/theme1/339-sengager-en-politique-2

Paru sur www.henrihude.fr, 1er juin 2016

"La joie d'aimer" (3)

Publié dans Au delà
"La joie d'aimer" (3). Un ton nouveau
 
Ce qu’il y a de nouveau dans cette Exhortation La joie de l’amour (notée A.L.), c’est une remarquable nouveauté de ton. C’est le ton du bon pasteur, mais adapté à des temps nouveaux où l’évangélisation des masses va redevenir possible, et le redevenir précisément grâce à ce ton. Voilà pourquoi ce ton n’était pas pensable auparavant.
 
Premier exemple : "À toute femme enceinte, je voudrais demander affectueusement : protège ta joie, que rien ne t’enlève la joie intérieure de la maternité. Cet enfant mérite ta joie. Ne permets pas que les peurs, les préoccupations, les commentaires d’autrui ou les problèmes éteignent cette joie d’être un instrument de Dieu pour apporter une nouvelle vie au monde. Occupe-toi de ce qu’il y a à faire ou à préparer, mais sans obsession, et loue comme Marie : ‘‘Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu'il a jeté les yeux sur l'abaissement de sa servante’’ (Luc, 1, 46-48). Vis cet enthousiasme serein au milieu de tes soucis, et demande au Seigneur de protéger ta joie pour que tu puisses la transmettre à ton enfant."  (A.L., n°171)  C’est le ton de François pour parler de l’avortement (1), qui a déjà touché au moins une femme sur trois. 
 
Deuxième exemple : "  ‘‘Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer’’ (Matthieu, 19, 6), ne doit pas avant tout être compris comme un "joug" imposé aux hommes, mais bien plutôt comme un "don" fait aux personnes unies par le mariage. […]. » (A.L., n° 62) C’est comme si Dieu disait "je vous unis", puis promettait : restez unis a moi et votre amour ne finira jamais. Qui pourrait s’en plaindre, sinon ceux qui ne décident de prendre que pour consommer avant de jeter (2) ?
 
Troisième exemple : "Après l’amour qui nous unit à Dieu, l’amour conjugal est "la plus grande des amitiés (3)." (A.L., n°123)  Mais aussi, "(…) un amour sans plaisir ni passion n’est pas suffisant pour symboliser l’union du cœur humain avec Dieu. Tous les mystiques ont affirmé que dans l’amour matrimonial plus que dans l’amitié, plus que dans le sentiment filial ou que dans le dévouement serviteur, l’amour surnaturel et l’amour céleste trouvent les symboles qu’ils cherchent. La raison en est précisément dans sa totalité". (A.L., n° 142)
"Soyons sincères et reconnaissons les signes de la réalité : celui qui aime n’envisage pas que cette relation puisse durer seulement un temps ; celui qui vit intensément la joie de se marier ne pense pas à quelque chose de passager ; ceux qui assistent à la célébration d’une union pleine d’amour, bien que fragile, espèrent qu’elle pourra durer dans le temps ; les enfants, non seulement veulent que leurs parents s’aiment, mais aussi qu’ils soient fidèles et restent toujours ensemble. Ces signes, et d’autres, montrent que dans la nature même de l’amour conjugal il y a l’ouverture au définitif. L’union qui se cristallise dans la promesse matrimoniale pour toujours est plus qu’une formalité sociale ou une tradition, parce qu’elle s’enracine dans les inclinations spontanées de la personne humaine. Et pour les croyants, c’est une alliance devant Dieu qui réclame fidélité : [Et la Sainte-Ecriture dit :] "Le Seigneur est témoin entre toi et la femme de ta jeunesse que tu as trahie, bien qu'elle fût ta compagne et la femme de ton alliance […]. La femme de ta jeunesse, ne la trahis point ! car je hais la répudiation" (Ml 2, 14.15-16). (A.L., n°123) Tel est le ton de François pour parler de l’indissolubilité du mariage.
 
Il y a aussi un ton pour dire des choses qui brûlent, mais qui ne doivent pas agresser ou mordre. Dans l’examen par les personnes des situations complexes où elles se trouvent, "(…) il sera utile de faire un examen de conscience, grâce à des moments de réflexion et de repentir. Les divorcés remariés devraient se demander comment ils se sont comportés envers leurs enfants quand l’union conjugale est entrée en crise ; s’il y a eu des tentatives de réconciliation ; quelle est la situation du partenaire abandonné ; quelles conséquences a la nouvelle relation sur le reste de la famille et sur la communauté des fidèles ; quel exemple elle offre aux jeunes qui doivent se préparer au mariage. Une réflexion sincère peut renforcer la confiance en la miséricorde de Dieu, qui n’est refusée à personne".  (A.L., n°300)
 
Autre exemple : "L’Église, même si elle comprend les situations conflictuelles que doivent traverser les couples, ne peut cesser d’être la voix des plus fragiles, qui sont les enfants qui souffrent, bien des fois en silence. Aujourd’hui, ‘‘malgré notre sensibilité en apparence évoluée, et toutes nos analyses psychologiques raffinées, je me demande si nous ne nous sommes pas aussi anesthésiés par rapport aux blessures de l’âme des enfants […]. Sentons-nous le poids de la montagne qui écrase l’âme d’un enfant, dans les familles où l’on se traite mal et où l’on se fait du mal, jusqu’à briser le lien de la fidélité conjugale ?’’ Ces mauvaises expériences n’aident pas à ce que ces enfants mûrissent pour être capables d’engagements définitifs."
Quelle est sa conclusion ?
La voici : "Par conséquent, les communautés chrétiennes ne doivent pas laisser seuls, dans leur nouvelle union, les parents divorcés. Au contraire, elles doivent les inclure et les accompagner dans leur responsabilité éducative." (A.L., n° 246) Le souci n’est pas d’abord ici celui de la loi, mais des personnes ; et pas même d’abord des adultes, mais celui des enfants. Et finalement, le souci est celui de l’annonce de la Bonne nouvelle à tous. Quand les masses vont vouloir revenir à l’Église, la moitié des gens sera née hors du mariage, ou au sein d’une union irrégulière. Comment pourront-ils entrer dans l’Église, s’ils ont le sentiment que leurs parents en sont exclus a priori ? Ceci est traditionnel. L’Église ne comprend pas que des chrétiens à trente carats. Elle se compose d'une majorité de pécheurs. Et puis, "comment pourrions-nous recommander à ces parents de faire tout leur possible pour éduquer leurs enfants à la vie chrétienne, en leur donnant l’exemple d’une foi convaincue et pratiquée, si nous les tenions à distance de la vie de la communauté, comme s’ils étaient excommuniés ? Il faut faire en sorte de ne pas ajouter d’autres poids à ceux que les enfants, dans ces situations, doivent déjà porter !" (n° 246) Tel est le ton de François pour parler du divorce aux masses qui ont massivement divorcé, mais qui vont revenir et ne sauraient pas revenir, si l’Église ne savait faire ce qu'il faut avec elles, et se comportait comme si elle n'avait qu'à peaufiner une petite élite ayant miraculeusement survécu à la grande peste libérale.
 
Dernier exemple. Voici ce que le pape dit sur "ne pas communier" (A.L., n°185-186) : il commente saint Paul, 1 Corinthiens, 11, 17-34, texte où l’apôtre rappelle détermine la discipline de réception du sacrement de l’eucharistie. Il s'agit de recevoir dignement la communion. François écrit : "Lorsque ceux qui communient refusent de s’engager pour les pauvres et les souffrants ou approuvent différentes formes de division, de mépris et d’injustice, l’Eucharistie est reçue de façon indigne." "Ce texte biblique [1, Co 11] est un sérieux avertissement aux familles qui s’enferment dans leur confort et s’isolent, mais plus particulièrement aux familles qui demeurent indifférentes à la souffrance des familles pauvres et se trouvant le plus dans le besoin. La célébration eucharistique devient ainsi un appel constant à chacun à "s’examiner lui-même" (v. 28), en vue d’ouvrir le cercle de sa famille à une plus grande communion avec les marginalisés de la société et donc de recevoir vraiment le Sacrement de l’amour eucharistique qui fait de nous un seul corps.". "En revanche, les familles qui se nourrissent de l’Eucharistie dans une disposition appropriée, renforcent leur désir de fraternité, leur sens social et leur engagement en faveur des personnes dans le besoin." C’est ce que nous avons rappelé dans un précédent article : comment évangéliser les masses qui ont été prolétarisées par l’application des idéologies athées, sans se soucier sincèrement de leurs conditions d’existence, de leur emploi, du logement, de la scolarisation, etc. ?
 
Et qu’est-ce que lutter pour la justice ? Relancer la lutte des classes ? Non, mais mettre dans la société un authentique esprit de famille. "Un mariage qui expérimente la force de l’amour sait que cet amour est appelé à guérir les blessures des personnes abandonnées, à instaurer la culture de la rencontre, à lutter pour la justice. Dieu a confié à la famille le projet de rendre le monde ‘‘domestique’’ [de domus, maison, famille], pour que tous puissent sentir chaque homme comme frère : ‘‘Un regard attentif à la vie quotidienne des hommes et des femmes d’aujourd’hui montre immédiatement le besoin qui existe partout d’une bonne dose d’esprit familial […]. (…) l’organisation de la vie commune se heurte toujours plus à une bureaucratie totalement étrangère aux liens humains fondamentaux (…)" (A.L., n° 183) Un évêque n’est pas un "préfet violet", comme disait Napoléon. C’est un père. Et si l’État n’était pas une machine, même un préfet en vert et or garderait quelque chose de familial et d’humain. Tel est le ton qui convient à ceux qui dirigeront cette immense renaissance, qui fera suite à la fin du libéralisme.
A suivre

www.henrihude.fr
(1) Noter aussi deux brèves mentions, au n° 42, pour s’élever contre le chantage exercé sur les pays pauvres par les organisations internationales (financements contre avortement) et au n° 179, pour encourager les Etats à faciliter l’adoption en vue de prévenir l’avortement.
(2) "Ce qui arrive avec les objets et l’environnement se transfère sur les relations affectives : tout est jetable, chacun utilise et jette, paie et détruit, exploite et presse, tant que cela sert. Ensuite adieu !" (A.L., n°39) "A notre époque, on sent le risque que la sexualité aussi soit affectée par l’esprit vénéneux du ‘‘utilise et jette’’ "(A.L., n° 153)
(3) Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils, III, 123 ; cf. Aristote, Éthique à Nicomaque, 8, 12 (éd. Bywater, Oxford 1984, p. 174).

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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