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HUDE Henri

HUDE Henri

Né le 7 septembre 1954
Marié - 4 Enfants.


Philosophe

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm) (1974-79)
Agrégation en Philosophie (1977)
Doctorat in Philosophie (1990)
     Habilitation (1992) à diriger des recherches en philosophie.

Directeur du Pôle d’éthique au Centre de recherches des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).
Ancien professeur en classes préparatoires au Collège Stanislas (Paris)
Ancien professeur d’Université à Rome
(Professore stabile. Istituto Giovanni Paolo II di studi su matrimonio e famiglia, presso l’Universita del Laterano).
Ancien directeur général du Collège Stanislas (Paris) 
 
Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire (depuis 1992)
Membre du conseil d’orientation de l'Institut Montaigne (2001-2009) 
Membre du conseil scientifique de la revue Oasis (Venise) (depuis 2004)
Membre du conseil d’administration de l’association des Amis de St-Cyr et Coëtquidan (depuis 2005)
 
Ouvrages
Bergson(2 volumes) (1ère édition, 1989 and 1990), Paris, Editions Universitaires
     Reedited Archives Karéline (2009)
Ethique et politique,Paris, Editions Universitaires (1992)    
Philosophie de la prospérité. Marché et solidaritéParis, Economica(1994), 
Croissance et liberté. Philosophie de la prospérité(1995) - 2nd Volume, Critérion, Paris 
Mon testament philosophique, en collaboration avec Jean GUITTON, Paris, Presses de la Renaissance (1997)
Entretiens posthumes avec Jean Guitton,Paris, Presses de la Renaissance.(2001)
Ethique des décideurs,Paris, Presses de la Renaissance (2004) 
     Préface par Henri de Castries, Prix Montyon 2005 de l’Académie française
     Traduit en italien chez Cantagalli, Siena, (2010)
     A paraître en américain à IPS Press, en 2011. 
Parole et silence (Prolégomènes. Les choix humains), Paris (2009)
Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, Paris (2010)
 
Autres publications (sélection)
- ‘Il rinnovamento socio-politico’, (“Socio-political Renewal”), in Veritatis Splendor, testo integrale con comentaria filosofico-teologico tematico, a cura di Ramon Lucas Lucas, Presentazione del cardinal J. Ratzinger, San Paolo-Milano, 1994, p.375-381.
- "Dieu me jugera", Revue Catholique Internationale Communio, X, 1, 1985, p.62-75.
- ‘Democracja aristokraticzna a demokracja republikanska’, in Znak, (traduit en polonais par Maria Tarnowska), 4, 455, Krakow, 1993, p.128-138.
- ‘Pour une philosophie de l’argent’, L’amitié Charles Péguy, Bulletin d’information et de recherche, ‘Péguy écrivain’, 18ème année, n° 72, octobre-décembre 1995.  
- ‘Nuit de la foi et doute philosophique’ au Colloque international, Lisieux, 30septembre 4 octobre 1996, pour le centenaire de la mort de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; publiée dans Une sainte pour le 3ème millénaire, Editions du Carmel, 1997, p.163-180.
- ‘Filosofia politica, mercado y solidariedad’, Congrès de l’Université Complutense de Madrid sur ‘Filosofia y solidariedad’ ; Revista Espanola de Pedagogia, n°205, Ano LIV, septiembre-diciembre 1996, p.395-407.  
- ‘La famille, fondement de la société’, in Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.
- ‘Paura di credere’, Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95.
- Morale per una societa libera’, dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997. 
- ‘Economie, société et politique familiale’, Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450.
- ‘En torno al respeto’, (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997.
- ‘Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme’, dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90. 
- ‘La politique de l’investissement familial’, in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149.
- “How to Defend Moral Values in a Free Society?”, Congrès international ‘Secolarismo e liberta religiosa’, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85.
- ‘Jean Guitton’, in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts, Verlag Styria, 1998, p.500-506.
- ‘101 thèses sur la liberté de l’éducation’, Liberté politique, n°5, été 1998, p.85-99.
- ‘Ci sara un bene comune nella nuova societa ?’ dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77.
- ‘Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense’, Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003.
- Article: ‘Ethique, défense et gestion’, (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82.
- ‘Trois définitions du terrorisme’, dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006, ‘Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?’, p.15-17.
- ‘La géopolitique actuelle et la nécessité de la philosophie’, dans Oasis, Année II, n° 4, septembre 2006, p.23-25. 
- ‘Integrazione politica e dialogo culturale’, au Congrès international ‘Cristianesimo, Ebraismo e Islam: Esperienze di Incontro’, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie.
- “Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers”, International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University, UK; published in Paul ROBINSON, Nigel DE LEE & Donald CARRICK (editors), Ethics Education in the Military, Ashgate, UK, Feb. 2008, p.109-118.   
- "Intuition et invention chez Bergson", dans Annales bergsoniennes, tome 4, PUF, sous la direction de Frédéric WORMS, Actes du Colloque sur ‘L’évolution créatrice de Bergson. 1907-2007’, tenu au Collège de France le 23/24 novembre 2007.
- ‘Ethique et vieillissement’, (“Ethics and Ageing”) colloquium of the « Institut de géopolitique des populations » and of the « Institut de recherches sur la géostratégie économique internationale » (IRGEI), held at the Assemblée nationale, 8 mars 2007, published in Yves-Marie LAULAN, Vieillissement mondial et conséquences géopolitiques, L’Harmattan, 2007, p.173-188.
- “A Few Reflections On the Critical Importance of Ethical Training Today for an Efficient Leadership Training in the Military”, in Military Studies and Technology : The Proceedings of the 14th Hwarangdae International Symposium, 2007.11.1/2, Korea Military Academy, p.23-43.
- ‘Guizot et le centrisme’, du livre d’Aurelian CRAIUTU, Le Centre introuvable. La pensée politique des doctrinaires sous la Restauration, traduit de l’anglais, Plon, 2006, dans Commentaire, Volume XXX, n°119, Automne 2007, p.856-858.
- ‘Bien commun, décision et intérêt général’.Aux éditions Marcianum Press, Venise, dansIl bene comune. La domanda antropologica, 3, acura di G. Richi Alberti, 2008.
- ‘Policier et soldat. Ressemblances et différences’; English translation, ‘“Of the Police and the Military”, une étude pour le Chef d’état-major des Armées, le Général Jean-Louis Georgelin, dans le cadre des travaux sur le Livre Blanc sur la Défense, 2008.
- "Benedicto XVI y Barak Obama en el Cercano Oriente", Humanitas, n° 55, Juillet-Septembre 2009, Santiago de Chile.
- “A Few Reflections On the Second Meeting ISODOMA”, Colloquium, Shrivenham, UK, on “Military Ethics & Education. Who Needs What, Where and When?” December 2009.
- "Sur l’identité de la France. Réflexions philosophiques", dans Liberté politique, Printemps 2010.
- "Le militaire : héros, victime et judiciarisé", Inflexions, automne 2010.
 
 
*  "Paura di credere", Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95
*  "Morale per una societa libera", dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997
*  "Economie, société et politique familiale", Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450
*  "En torno al respeto", (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997
*  "Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme", dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90
*  "La politique de l’investissement familial", in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149
*  "How to Defend Moral Values in a Free Society ?", Congrès international Secolarismo e libertareligiosa, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and
          Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85
*  "Jean Guitton", in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts,
          Verlag Styria, 1998, p.500-506
*  "101 thèses sur la liberté de l’éducation", Liberté politique,n°5, été 1998, p.85-99
*  "Ci sara un bene comune nella nuova societa ?" dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77
*  "Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense", Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003
*  "Ethique, défense et gestion", (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82
*  "‘Trois définitions du terrorisme", dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006  "Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?", p.15-17
*  "Integrazione politica e dialogo culturale", au Congrès international Cristianesimo, Ebraismo eIslam: Esperienze di Incontro, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale
          di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie
*  "Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers", International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University,

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Avec un journaliste italien sur la Libye

Publié dans En France

Dans l'hebdomadaire italien Tempi, du 12 avril 2011, est paru un article de fond du journaliste italien Rodolfo Casadei, élaborant un entretien téléphonique que nous avions eu le 24 mars en fin d'après midi. J'ai repris le texte italien paru dans Tempi et je l'ai traduit et approfondi pour en faire l'article qui suit. 

Des analystes italiens attribuent à Sarkozy un gigantesque dessein : intervenir en Libye pour substituer la France aux États-Unis dans l’alliance avec l’Arabie Saoudite ; à travers cela, restaurer une sorte d’hégémonie française sur une portion du continent africain en fonction d’une pensée antichinoise. Qu’en pensez-vous ?
Pour être franc, l’action diplomatique et militaire de la France s’explique sans doute autant par des causes politiques internes que par de grandes raisons d’Etat. Le crédit du président Sarkozy est très bas dans l’opinion populaire, dans celle des élites économiques et des élites d’Etat.
Le président ne veut pas l’admettre, car il pense que c’est très injuste, et c’est pourquoi il est heureux de saisir les occasions de poser des actes susceptibles de restaurer sa stature d’homme d’État. Avec tout cela, je ne veux pas dire que le président n’aurait agi que dans l’intérêt de sa propre entreprise politique. Il est capable de décision audacieuse. Il estime sans doute que ce qu’il fait est aussi dans l’intérêt de la France. On ne peut pas non plus exclure un grand dessein.

Si c’est le cas, quel pourrait à ses yeux être cet intérêt de la France ? Quel serait son dessein ?
Si je devine bien, vos analystes italiens jugent que l’axe de tension déterminant sur le long terme, celui qui serait d’ores et déjà la clé d’interprétation objective des conflits, ce serait l’axe de tension sino-occidental. Dans ce contexte, il s’agirait de faire jouer à la France, en raison de ses liens historiques avec le monde arabe et en Afrique, un rôle important dans une vaste manœuvre occidentale, visant à empêcher la Chine de prendre le contrôle des gisements d’hydrocarbures et de prendre à revers l’Europe en s’installant en Afrique. La Libye aurait pu être à terme le Cuba de l’Europe. Mais une telle manœuvre ne serait pas d’abord française. Elle serait européenne, pilotée toutefois par l’alliance franco-britannique, les Allemands restant réticents, jusqu’à ce qu’ils finissent par suivre, peut-être.
De fait, les deux tiers des 30.000 Chinois installés en Libye ont été forcés de se retirer en Grèce, où la Chine avait déjà acheté le port du Pirée, comme elle voudrait acquérir la moitié du port de Lorient. La Chine juge profitable de soutenir les PME des politiciens européens en difficulté, comme elle achète les politiciens dans certains continents, en payant plus cher que nous. Il s’agit de détacher le plus possible l’Europe des États-Unis. Inversement, comme ces derniers sont forcés de réduire leurs dépenses militaires, il est de leur intérêt que l’Europe organise sa défense, réarme et assume la défense d’une partie du front antichinois. Le contrôle du pétrole reste dans cette rivalité l’objectif stratégique et politique majeur.
Dans cette hypothèse, les États-Unis se concentreraient sur le Pacifique et se contenteraient de surveiller le Pakistan et le Golfe persique, restant basés en Afghanistan. L’État d’Israël devrait davantage compter, à terme, sur l’Europe.
L’intérêt de la France ? Dans cette perspective, la France serait d’abord conçue comme une partie de l’Europe, elle-même partie d’un bloc occidental, son intérêt étant solidaire de celui de ce bloc, dont la solidité tiendrait à l’unité de vues entre les deux moitiés de l’empire occidental, les États-Unis restant le facteur unificateur et dominant par l’intermédiaire de l’OTAN.

Cette vision n’est-elle pas trop macro-politique ? Où sont là dedans les problématiques régionales particulières du monde musulman ?

Je me réfère à la pensée de vos analystes. La question de l’hégémonie est toujours la question dominante. Les Américains ne pensent qu’à la Chine, comme les Anglais ne pensaient qu’à l’Allemagne en 1900. L’Europe de la défense se fera sans doute, parce que les Américains ont aujourd'hui besoin de l’Europe, comme les Anglais avaient en 1900 besoin de la France.

Les pays arabes, ou musulmans, et les mouvements islamistes, dans ce champ de forces, sont, en même temps, des acteurs ambitieux, voire enthousiastes, et cependant plus des enjeux que des acteurs.
Dans ce sous-système, la polarité majeure est celle de l’Iran et de l’Arabie Saoudite. Ces deux États, ennemis jurés par différence de religion et par rivalité de pouvoir, sont solidaires dans leur rejet de la démocratie. Chaque régime a besoin de s’opposer à l’autre pour subsister, bien qu’ils ne puissent subsister l’un sans l’autre. Et nous qui soutenons la démocratie, soutenons l'un contre l'autre...
Les autres pays se situent par rapport à ce couple de puissances principales, la Turquie essayant de trouver sa place comme elle peut. Et en chaque pays, la structure clanique et les clivages religieux se combinent avec la tendance profonde à l’occidentalisation pour produire des dynamiques à chaque fois singulières, en interactions imprévisibles.

On a l’impression que vous hésitez dans votre interprétation. Les dirigeants occidentaux agissent-ils en politiciens ou en hommes d'État ? 
Il y a toujours matière à une telle hésitation. Les vrais hommes d’État prennent même les petites décisions en relation à de grandes raisons d’État. Les politiciens sans valeur, eux, prennent même les grandes décisions d’État en fonction de minuscules intérêts privés ou personnels. Les hommes publics de niveau médian agissent selon les deux logiques à la fois, en proportion variable, selon leur degré de médiocrité.
Mais même quand un grand responsable décide pour des raisons médiocres, ses motifs rencontrent presque toujours une grande logique d’État. C’est pourquoi il n’est pas impossible de lui prêter une grande pensée, même s’il n’a agi que par calcul égoïste, ou n'a considéré les raisons d'État qu'en second plan. Hegel appelle cela "la ruse de la Raison".
Elle n’est pas nouvelle, mais les conditions hypertechniques poussent aujourd’hui la démocratie aux extrêmes. La politique démocratique, en régime postmoderne, se déploie sans conviction forte, sous brouillage vidéo-médiatique et sous contrôle du "politiquement correct". Nos démocraties sont vouées ou à descendre dans la grande médiocrité, soit à survivre et à durer en reconnaissant les hommes d’État. Il y a de grands enjeux l'an prochain.


Si dans deux ans il ne restait rien de l’Europe à laquelle nous avons été habitués, quelle vision politique nous resterait-il pour l’avenir ? Car malgré nos désaccords, l’Europe est pour tous une nécessité de l’avenir. Si l’Europe économique s’éclipse, il nous faut un plan B.
Plusieurs grands pays européens peinent à rentrer dans le cadre de Maastricht. Comment pourrait-on les y forcer ? Lourdes incertitudes sur l’avenir de l’Euro. Les uns voudront une forme d’inflation ; les Allemands s’y opposeront. Le couple franco-allemand va faire chambre à part en matière financière. Le populisme antiallemand peut devenir la bouée de sauvetage de politiciens à la dérive.
Soyons justes. Personne ne nous a forcés à signer le Traité de Maastricht, puis à ne rien faire pendant 20 ans pour nous préparer à tenir la mer. L’Allemagne l’a fait, pas nous : elle réussit mieux. Bien sûr, le traité de Maastricht, c’était l’adoption par tous du modèle allemand. L’Allemagne en a tiré des avantages (et nous, des facilités). Si nous ne voulions pas de ce modèle, pourquoi donc avons-nous signé ce traité ?
Nos systèmes étant solidaires, les problèmes des uns deviennent ceux des autres. La pression anti-libre-échange va sans doute s’accroître. Chacun voudra l’Euro pour soi, avec d’inévitables disputes.
L’Europe, c’était d’abord la réconciliation franco-allemande et la solidarité économique des deux pays. Mais une vision de plus en plus économiste faisait l’impasse sur le politico-militaire. Une image consensuelle et pacifiste de la vie internationale. Ce rêve semblait crédible, parce que les Américains nous permettaient de dormir et qu’il n’y avait personne pour nous réveiller en sursaut. Qu’en reste-t-il, dans notre surendettement et avec la guerre à nos portes ? Et dans deux ans ?

L’Europe et les Etats-Unis
A moins de renoncer à l’idée européenne, il nous faut sans délai une vision alternative pour l’Europe. Mais qu’est-ce qu’une Europe qui n’est pas d’abord gestion de l’économie et de la monnaie ? Une Europe politique et militaire.
Au service de la paix ? Certes oui. Mais une politique de paix, ce ne sont pas d’abord des leçons de morale, ni une simple action humanitaire. C’est la maîtrise de la violence grâce à l’imposition d’un droit par la force. La politique, c’est la force au service d’un droit. La vision alternative pour l’Europe, c’est d’être un pouvoir mondial au service du droit et de la paix. L’Europe de la défense, c’est le ticket d’entrée pour cette politique.
Si les Allemands ne rejoignent pas cette vision alternative, l’Europe est probablement finie pour un temps. Pas d’illusion : il est peu probable qu’ils la rejoignent. Ils tenteront plutôt de préserver une Europe réduite, où subsistera leur vision.
D’ailleurs, en tout cas en France, on ne voit pas qui serait en mesure de porter ce projet.
On ne voit pas non plus comment y croire. L’Europe ne peut pas se défendre, parce qu’elle n’est pas une Nation et que ses peuples n’en ressentent pas le besoin, faute de croire aux menaces. Et les USA s’en chargent. Mais tout cela va sans doute changer.

Les révolutions à nos portes
Supposons que l’Histoire se répète tant soit peu. Alors, dans les pays arabes, après la période sympathique de révolution libérale, les revendications sociales vont se tendre, la lutte des classes éclater. L’instabilité peut finir par l’établissement de régimes autoritaires : non le retour des dictatures traditionnelles, car l’islam est érodé par la vulgate postmoderne immanente aux technologies de l’information. Mais des dictatures démocratiques, soumises à l’opinion, comme celle de Napoléon III, ou de Mussolini. Prêtes à se lancer dans des aventures extérieures extravagantes, pour calmer l’opinion, qu’elles ne peuvent piloter. Et est-ce que nos démocraties elles-mêmes, affolées par leur vie dans l'imaginaire médiatique, ne sont pas en train de devenir aussi extravagantes ?
Ne parlons pas des déséquilibres croissants au-delà du monde arabe. L’OTAN, instrument utile à l’exécution des décisions de l’ONU, suppose que celle-ci fonctionne. Elle ne le peut que si aucun des Grands n’en bloque le fonctionnement.
Les Etats-Unis, de plus en plus, ne s’intéresseront à l’Europe que si celle-ci est un véritable pouvoir. Ils ne voudront plus assurer seuls la sécurité de l’Europe. L’Europe de la Défense doit devenir un véritable pilier indépendant lié à l’Amérique à égalité, ou l’OTAN ne fournira plus de garantie crédible.  

Rentrer dans l’Histoire
Si l’Europe, ou au moins un groupe de plusieurs pays en Europe, décidait d’être un pouvoir et de se défendre, se mettrait en marche une logique qui ferait de nous une véritable union, ayant forme d’alliance, dépassant la contradiction entre souverainistes et fédéralistes. La défense commune n’est pas un problème plus insoluble, mais le contenu principal de la politique commune et la règle de construction d’une plus profonde union.
Si l’Europe veut se défendre, il lui faut des leaders d’une autre classe. Finis la "com" et le politiquement correct. L’avenir requiert de placer la politique à son juste niveau. Celui d’une démocratie durable.

http://www.henrihude.fr/
27 mars 2011

Etre libéral (2)

Publié dans A tout un chacun

Pour éviter les malentendus autour du "libéralisme", rendre leur sens vivant aux mots de notre langue.

Un universitaire alsacien, Mr Luc Perrin, hostile au "libéralisme", vient de faire une critique de ma dernière Lettre du Monde des Valeurs, "Etre libéral". … Il m'a aimablement écrit un message, où il précise sa pensée. Le libéralisme est pour lui avant tout une position philosophique, consistant à mettre l'Homme, défini comme Liberté pure, à la place de Dieu. Le libéralisme consiste à reconnaître pour Dieu, ou en tout cas pour Absolu, cette Liberté humaine absolutisée, excluant ainsi la divinité de Dieu. Par société libérale, il entend celle qui prend pour principe le libéralisme ainsi défini. La "laïcité" définit ainsi une société sans Dieu, et même contre Dieu. Si l'adjectif "libéral" est pris en ce sens, l'expression de "catholicisme libéral" est évidemment une contradiction dans les termes. A cela se rattachent aussi les discussions autour du concept de "démocratie chrétienne". Ce libéralisme a été condamné par le Magistère catholique dans de nombreux documents.
Si je résume une longue histoire, le sommet de l'opposition est atteint avec le Syllabus de Pie IX (1864). Léon XIII travaille à un discernement entre libéralisme et liberté, dans l'importante encyclique Libertas praestantissimum (1888). Il serait désastreux que s'installât une opposition entre une religion qui serait liberticide et une liberté qui serait déicide. Dieu et la liberté doivent être conjugués : c'est la définition même du christianisme. "Où est l'Esprit de Dieu, là est la liberté." (Saint Paul, 2ème épître aux Corinthiens, 3, 17). Le Concile Vatican II a voulu parfaire et généraliser un tel discernement, pour mieux annoncer l'Évangile aux sociétés démocratiques. La traditionalistes en rupture, ou en difficulté, avec Rome, critiquent ce travail de discernement. Le Concile Vatican II aurait fait des concessions inacceptables au libéralisme, tel que précédemment défini. Ce n'est pas mon avis.
Les lecteurs de l’article précédent auront bien compris que mon intention n’est pas d'intervenir à ce niveau, ni de prendre une position politique, ni d’étudier des doctrines économiques ou politiques, mais de nous aider à nous réapproprier le vocabulaire, les mots, en leur rendant leur sens. Mais la critique de M. Luc Perrin, jointe à son message, me donne à croire que la voie suivie dans ma modeste lettre, loin de nous condamner au malentendu, pourrait servir à les aplanir. 

"Le plaisir que l’arbre prend à ses racines"
Le mot "libéral" (je le répète) est un vieux mot français, qui existait bien avant qu’on ne parle de libéralisme ou d’antilibéralisme ou d’ultra libéralisme. Ce mot a fait longtemps une carrière parfaitement honorable, servant à qualifier la culture des "arts libéraux", l’ "éducation libérale" ou la vertu morale de "libéralité", c'est-à-dire celle de la personne dénuée aussi bien de prodigalité que d’avarice.
Je ne vois pas de raison pour laisser tomber dans l’oubli ces précieuses strates de signification. Notre raison y plonge ses racines. Goûtons donc "ce plaisir que l’arbre prend à ses racines, le bonheur que l’on éprouve à ne pas se sentir né de l’arbitraire et du hasard, mais sorti d’un passé - héritier, floraison et fruit", comme disait Nietzsche dans un de ses premiers écrits, que je préfère aux autres, la Seconde considération inactuelle (ou intempestive).
Il n’y a aucune raison pour permettre aux idéologies de s’asseoir à la première place de notre dictionnaire intérieur, et de dicter le sens des mots que nous employons, sans nous laisser la liberté d’entendre en eux le bruissement de leur longue histoire. Les mots sont faits d’abord pour désigner, non pour exciter, flétrir ou vanter.
C’est pourquoi je crois juste aussi de parler d’individu libéral pour désigner une personne bien élevée, cultivée, généreuse. Si maintenant par la pensée je compose une société comprenant (comme il n’est pas absurde de l’imaginer) un nombre suffisant d’individus libéraux, au sens qu'on vient de dire, on peut espérer que par leur influence positive, ces individus feront lever la pâte sociale ; et ainsi pourra-t-on parler à raison de "société libérale", au sens d’une société dotée d’une culture de grande valeur, influencée par de tels individus.

Le libre-arbitre et la générosité
La liberté, au sens du "libre-arbitre", est une des propriétés de l’homme, par lesquelles il est à l’image de Dieu. La liberté n’est pas simplement l’indépendance, et encore moins l’insubordination ou l’anarchisme, mais la capacité d’autodétermination raisonnable et volontaire. Aimer la liberté, me paraît raisonnable et juste, si par "liberté" nous pensons à la dignité du "libre-arbitre", et au respect que nous méritons quand nous en faisons bon usage. "Nous estimer nous-mêmes à cause de notre libre-arbitre et de notre constante volonté d’en bien user", c’était la définition que Descartes donnait de la "générosité" dans son Traité des passions. Cette noblesse d’âme, ce sens de l’honneur, cette belle fierté sont de nature à former des citoyens libres, intelligents, moraux et disciplinés - exactement ceux dont a besoin une société libre.
Je crois donc pouvoir aussi nommer "libéralisme" la position de tous ceux qui sont partisans d’une "société dans laquelle on aime la liberté". Je veux dire, non pas celle dans laquelle on fait tout ce qui vous chante, car cela s’appelle la jungle des égoïstes : mais celle dans laquelle il est communément reconnu que l’homme est doté de "libre-arbitre" ; et qu’il se rend digne d’estime, quand il a la résolution d’en bien user, et qu’il met en œuvre cette résolution ; une société dans laquelle on apprécie la libéralité, non l’avarice ou la prodigalité irresponsable ; une société dans laquelle on cultive et enseigne les arts libéraux.
Bien entendu, ce n’est pas là le sens usuel du mot, qui désigne plutôt des traditions de pensée politiques ou économiques. Mais ces traditions, si elles sont raisonnables, et justes, devront trouver moyen de se raccorder au sens précédent, qui me semble fondamental. Y parviennent-elles ? C’est une question très sérieuse, qu’ici je n’aborde pas. Mais à supposer même que ce ne soit pas le cas, ce ne serait pas une raison pour laisser ces traditions, qui (par hypothèse) mériteraient alors si peu leur nom, accaparer l’usage d’un mot si utile et si expressif.

Se réapproprier le langage
Mises à part ces traditions, le mot de libéralisme reçoit aussi son sens de l’emploi qu’en font les média et les politiciens. Mais faut-il laisser aux média ou aux politiciens la fixation du sens des mots ? Le langage est un bien trop précieux pour être confié aux média, tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui. Et si la politique est une affaire trop sérieuse pour être laissée tout entière aux politiciens, à plus forte raison, aussi, le langage.
Ainsi, l’expression de "société libérale", prise en ce sens-là, n’a-t-elle rien que de légitime et de sympathique.
Mais supposons que telle ou telle idéologie veuille donner le nom de "société libérale" à une société dans laquelle il n’y aurait en réalité rien de "libéral" : mais seulement du matérialisme, de l’insubordination, du mauvais usage de notre libre-arbitre, de l’inculture, etc. Je crois qu’il faudrait alors protester contre cet abus de langage, le contester, arracher ce mot à l’idéologie, et le reprendre pour nous en servir dignement et comme il faut, sans en laisser à l’idéologie la paisible jouissance. Il ne faut jamais se laisser dicter l’usage des mots par ceux qui ne méritent pas d’exercer une si haute prérogative. La liberté d'un pays suppose que les citoyens sachent s'en approprier le langage.
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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