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HUDE Henri

HUDE Henri

Né le 7 septembre 1954
Marié - 4 Enfants.


Philosophe

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm) (1974-79)
Agrégation en Philosophie (1977)
Doctorat in Philosophie (1990)
     Habilitation (1992) à diriger des recherches en philosophie.

Directeur du Pôle d’éthique au Centre de recherches des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).
Ancien professeur en classes préparatoires au Collège Stanislas (Paris)
Ancien professeur d’Université à Rome
(Professore stabile. Istituto Giovanni Paolo II di studi su matrimonio e famiglia, presso l’Universita del Laterano).
Ancien directeur général du Collège Stanislas (Paris) 
 
Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire (depuis 1992)
Membre du conseil d’orientation de l'Institut Montaigne (2001-2009) 
Membre du conseil scientifique de la revue Oasis (Venise) (depuis 2004)
Membre du conseil d’administration de l’association des Amis de St-Cyr et Coëtquidan (depuis 2005)
 
Ouvrages
Bergson(2 volumes) (1ère édition, 1989 and 1990), Paris, Editions Universitaires
     Reedited Archives Karéline (2009)
Ethique et politique,Paris, Editions Universitaires (1992)    
Philosophie de la prospérité. Marché et solidaritéParis, Economica(1994), 
Croissance et liberté. Philosophie de la prospérité(1995) - 2nd Volume, Critérion, Paris 
Mon testament philosophique, en collaboration avec Jean GUITTON, Paris, Presses de la Renaissance (1997)
Entretiens posthumes avec Jean Guitton,Paris, Presses de la Renaissance.(2001)
Ethique des décideurs,Paris, Presses de la Renaissance (2004) 
     Préface par Henri de Castries, Prix Montyon 2005 de l’Académie française
     Traduit en italien chez Cantagalli, Siena, (2010)
     A paraître en américain à IPS Press, en 2011. 
Parole et silence (Prolégomènes. Les choix humains), Paris (2009)
Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe, Editions Monceau, Paris (2010)
 
Autres publications (sélection)
- ‘Il rinnovamento socio-politico’, (“Socio-political Renewal”), in Veritatis Splendor, testo integrale con comentaria filosofico-teologico tematico, a cura di Ramon Lucas Lucas, Presentazione del cardinal J. Ratzinger, San Paolo-Milano, 1994, p.375-381.
- "Dieu me jugera", Revue Catholique Internationale Communio, X, 1, 1985, p.62-75.
- ‘Democracja aristokraticzna a demokracja republikanska’, in Znak, (traduit en polonais par Maria Tarnowska), 4, 455, Krakow, 1993, p.128-138.
- ‘Pour une philosophie de l’argent’, L’amitié Charles Péguy, Bulletin d’information et de recherche, ‘Péguy écrivain’, 18ème année, n° 72, octobre-décembre 1995.  
- ‘Nuit de la foi et doute philosophique’ au Colloque international, Lisieux, 30septembre 4 octobre 1996, pour le centenaire de la mort de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; publiée dans Une sainte pour le 3ème millénaire, Editions du Carmel, 1997, p.163-180.
- ‘Filosofia politica, mercado y solidariedad’, Congrès de l’Université Complutense de Madrid sur ‘Filosofia y solidariedad’ ; Revista Espanola de Pedagogia, n°205, Ano LIV, septiembre-diciembre 1996, p.395-407.  
- ‘La famille, fondement de la société’, in Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.
- ‘Paura di credere’, Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95.
- Morale per una societa libera’, dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997. 
- ‘Economie, société et politique familiale’, Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450.
- ‘En torno al respeto’, (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997.
- ‘Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme’, dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90. 
- ‘La politique de l’investissement familial’, in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149.
- “How to Defend Moral Values in a Free Society?”, Congrès international ‘Secolarismo e liberta religiosa’, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85.
- ‘Jean Guitton’, in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts, Verlag Styria, 1998, p.500-506.
- ‘101 thèses sur la liberté de l’éducation’, Liberté politique, n°5, été 1998, p.85-99.
- ‘Ci sara un bene comune nella nuova societa ?’ dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77.
- ‘Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense’, Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003.
- Article: ‘Ethique, défense et gestion’, (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82.
- ‘Trois définitions du terrorisme’, dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006, ‘Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?’, p.15-17.
- ‘La géopolitique actuelle et la nécessité de la philosophie’, dans Oasis, Année II, n° 4, septembre 2006, p.23-25. 
- ‘Integrazione politica e dialogo culturale’, au Congrès international ‘Cristianesimo, Ebraismo e Islam: Esperienze di Incontro’, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie.
- “Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers”, International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University, UK; published in Paul ROBINSON, Nigel DE LEE & Donald CARRICK (editors), Ethics Education in the Military, Ashgate, UK, Feb. 2008, p.109-118.   
- "Intuition et invention chez Bergson", dans Annales bergsoniennes, tome 4, PUF, sous la direction de Frédéric WORMS, Actes du Colloque sur ‘L’évolution créatrice de Bergson. 1907-2007’, tenu au Collège de France le 23/24 novembre 2007.
- ‘Ethique et vieillissement’, (“Ethics and Ageing”) colloquium of the « Institut de géopolitique des populations » and of the « Institut de recherches sur la géostratégie économique internationale » (IRGEI), held at the Assemblée nationale, 8 mars 2007, published in Yves-Marie LAULAN, Vieillissement mondial et conséquences géopolitiques, L’Harmattan, 2007, p.173-188.
- “A Few Reflections On the Critical Importance of Ethical Training Today for an Efficient Leadership Training in the Military”, in Military Studies and Technology : The Proceedings of the 14th Hwarangdae International Symposium, 2007.11.1/2, Korea Military Academy, p.23-43.
- ‘Guizot et le centrisme’, du livre d’Aurelian CRAIUTU, Le Centre introuvable. La pensée politique des doctrinaires sous la Restauration, traduit de l’anglais, Plon, 2006, dans Commentaire, Volume XXX, n°119, Automne 2007, p.856-858.
- ‘Bien commun, décision et intérêt général’.Aux éditions Marcianum Press, Venise, dansIl bene comune. La domanda antropologica, 3, acura di G. Richi Alberti, 2008.
- ‘Policier et soldat. Ressemblances et différences’; English translation, ‘“Of the Police and the Military”, une étude pour le Chef d’état-major des Armées, le Général Jean-Louis Georgelin, dans le cadre des travaux sur le Livre Blanc sur la Défense, 2008.
- "Benedicto XVI y Barak Obama en el Cercano Oriente", Humanitas, n° 55, Juillet-Septembre 2009, Santiago de Chile.
- “A Few Reflections On the Second Meeting ISODOMA”, Colloquium, Shrivenham, UK, on “Military Ethics & Education. Who Needs What, Where and When?” December 2009.
- "Sur l’identité de la France. Réflexions philosophiques", dans Liberté politique, Printemps 2010.
- "Le militaire : héros, victime et judiciarisé", Inflexions, automne 2010.
 
 
*  "Paura di credere", Nuntium, n°1, Rome, Laterano, mars 1997, p.88-95
*  "Morale per una societa libera", dans Nuntium, ‘Economia, diritti del unomo e cristianesimo’, Universita Lateranense, juin 1997
*  "Economie, société et politique familiale", Droit social, n°5, mai 1997, p.443-450
*  "En torno al respeto", (“Around Respect”), in Humanitas, Santiago de Chile, Enero-marzo, 1997
*  "Présupposés philosophiques propres au biocentrisme ou à l’anthropocentrisme", dans Anthropotès 13/1 (1997), Pontificio Istituto Givanni Paolo II per studi su matrimonio e familglia, pp. 69-90
*  "La politique de l’investissement familial", in Liberté politique, n°2, été 1997, p.139-149
*  "How to Defend Moral Values in a Free Society ?", Congrès international Secolarismo e libertareligiosa, Roma, 5-7 décembre 1995; published in dans Secolarismo e liberta religiosa. Secularism and
          Religious Liberty, Libreria editrice vaticana, Citta del Vaticano, 1998, p.78-85
*  "Jean Guitton", in Heinrich M. SCHMIDINGER, Christliche Philosophie im katholischen Denken des 19. und 20. Jahrhunderts, Band 3, Moderne Strömungen in 20. Jahrhunderts,
          Verlag Styria, 1998, p.500-506
*  "101 thèses sur la liberté de l’éducation", Liberté politique,n°5, été 1998, p.85-99
*  "Ci sara un bene comune nella nuova societa ?" dans Etica e politica nella società del duemila, dir. Robert GAHL Jr., Armando Editore, 2001, p.65-77
*  "Idées sur la relation entre les fondations spirituelles de l’Europe et une conscience européenne de défense", Colloque CIDAN, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 16 octobre 2003
*  "Ethique, défense et gestion", (“Ethics, Defense and Management”) dans Revue de gestion des ressources humaines, n° 56, Avril-Juin 2005, p.63-82
*  "‘Trois définitions du terrorisme", dans la revue Oasis, Venise, Année II, n° 3, Mars 2006  "Ennemis inconnus. Al-Qaïda et les autres : que savons-nous vraiment du nouveau terrorisme ?", p.15-17
*  "Integrazione politica e dialogo culturale", au Congrès international Cristianesimo, Ebraismo eIslam: Esperienze di Incontro, Bergame, Italie, 28-29 octobre 2006, La nuova Europa. Rivista internazionale
          di cultura, n°1, Gennaio 2007, La casa di Matriona, R.C. Edizioni, Seriate, (Bergame), Italie
*  "Reshaping Ethical Training for Future French Commissioned Officers", International colloquium on ‘Ethical education and Training in the Military’, Mai 2006, Institute of Applied Ethics, Hull University,

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Pourquoi François a eu raison...

Publié dans De par le monde
Pourquoi François a eu raison de ramener avec lui des migrants musulmans
 
Pour comprendre les questions internationales, adopter le point de vue de l’Empire
Je me place ici à un point de vue simplement politique.
On peut comprendre que le geste du pape à Lesbos en scandalise certains, s’il est mal interprété. Mais, est-il sage de s’imaginer que le pape sacrifierait tout bien commun, y compris la sécurité publique, à des droits individuels, et toute prudence à une charité sans ordre ni raison ? Son action a un sens sérieux et solide. Que fait donc le pape François ? Il ne tombe pas dans le piège de l’Empire.
En effet, pour comprendre un problème de politique internationale, il faut l’aborder du point de vue de l’Empire. Cela veut dire : commencer par regarder la chose à partir de Washington et du point de vue de Washington. Je dis "Washington", et non pas "les Etats-Unis", parce que le peuple américain n’a guère plus de pouvoir sur la politique étrangère des Etats-Unis désormais, que le peuple français n’en a lui-même sur celle de la France.
Car Washington a une politique. Une politique impériale, dont le principe, parfaitement classique, est "diviser pour régner". Son but, c’est le pouvoir. Sur le plan spirituel, l’Empire est censé croire aux Lumières, ou à ce qu’il en reste, mais fondamentalement il croit à son pouvoir et favorise ce qui le sert. Et comme ce qui le sert est la faiblesse des autres, il pousse toute idée ou sentiment qui déstructure et désoriente ses rivaux potentiels. 
 
La lutte contre l’Islam, une nouvelle guerre au service de l’Empire
En ce qui concerne l’Europe et en particulier la France, l’Empire cherche à reconstruire un rideau de fer entre l’Europe et la Russie, d’une part, et à rendre possible si besoin était une guerre de religions ou de civilisations entre l’Europe et le monde arabo-musulman, d’autre part. Une guerre de religions pourrait prendre dans bien des pays européens la forme d’une guerre civile, comme c’est déjà le cas au Moyen Orient. Cela permettrait à l’Empire de prolonger indéfiniment son ingérence protectrice tout en bénéficiant de l’impuissance de ses rivaux. Sous prétexte d’état de siège et de lutte anti-terroriste, cela permettrait de juguler les oppositions démocratiques qui dans bien des pays s’opposent aux grands cartels qui sont l’empire américain (à commencer par la finance). Cela fournirait le prétexte pour remplacer, si besoin était, des partis libéraux trop mous, par des dictatures diverses, à la fois plus autoritaires avec le peuple et plus dociles à la puissance impériale. L’histoire de l’Amérique latine est instructive à cet égard (histoire que connaît bien le pape François). En toute hypothèse, une guerre de religions avec l’Islam aurait pour conséquence de couper les ponts entre les catholiques et les musulmans, tout en prolongeant l’idéologie athée, au prétexte que les religions – c’est bien connu – se font la guerre. 
 
L’Empire seul sait réellement pourquoi il fait la guerre. Les autres ne sont que des fous se battant pour le bénéfice d’un autre. Divisés, ils se massacrent et se haïssent, croyant chacun défendre leurs intérêts, et ne servant que l’Empire, qui vit de leurs divisions.
Tout empire qui se respecte est notamment maître dans l’exploitation des sentiments nationaux de toutes sortes. Le patriotisme primaire, les divisions religieuses ou ethniques, les régionalismes, mais aussi toute forme d’extrémisme sont pour lui des instruments de choix dans son jeu. Il sait agiter cette cape rouge dans laquelle viendront donner à plein les esprits primaires, qui ignorent tout du savoir-faire impérialiste.
Le pape, de la manière la plus éclatante, vient de dire à l’Empire : ne comptez pas sur l’Eglise catholique pour faire le jeu de vos guerres impériales. La logique de l’Empire est le pouvoir universel. Mais la logique de l’Eglise est l’annonce de l’Evangile à toutes les nations, et elle lui est transcendante.
 
C’est l’Empire qui a créé la crise des migrants. Il peut aussi y mettre un terme
 Le djihadisme islamiste n’aurait jamais pris l’importance qu’il a prise, si 1/ l’Empire n’avait pas jusqu’à aujourd’hui fait alliance avec les wahhabites, si 2/ il n’avait pas mis en selle les djihadistes lors de la guerre soviétique en Afghanistan, pour en faire un instrument de choix pour déstabiliser ses ennemis et si 3/ il n’avait pas joué un rôle déterminant dans la guerre en Syrie dont découlent directement le drame humanitaire et l’immigration que nous connaissons.
Nous devons certes nous méfier de la subversion islamiste provenant de pays comme la Syrie, subversion que nos dirigeants parfois tolèrent avec lâcheté, et qui parfois les effraie. Pourtant, il est immoral de traiter en criminels ou en envahisseurs les victimes de ce drame (même si la prudence et la raison peuvent nous contraindre parfois à des mesures strictes - de plus, relativement à ses prédécesseurs, le pape François est revenu à une position moins pacifiste et à
une interprétation plus vigoureuse de la doctrine catholique de la guerre juste).
Si nous voulons mettre fin à cette crise des réfugiés, c’est à Washington qu’il faut parler, afin qu’il maîtrise ses alliés dans le Golfe pour qu’ils cessent d’exciter l’islamisme. Le geste du pape est donc tout à fait utile à cet égard, tout comme le sont sa réception informelle de Bernie Sanders au Vatican (1) ou ses rencontres assez régulières avec Vladimir Poutine. Les opinions de ces derniers sur la politique étrangère US sont très critiques.
 
Les bouleversements spirituels à l’intérieur de l’islam
Alors ? Serait-ce à dire que le pape ne verrait pas que les Djihadistes sont dangereux ? Que les migrations sont l’occasion d’infiltrations terroristes ? Croit-on qu’il soit favorable à l’islamisation de l’Europe ? Croit-on qu’il veuille voir le drapeau noir flotter sur Saint-Pierre de Rome ? Comment peut-on sérieusement croire tout cela ? Le pape pense au bien commun des peuples et à l’évangélisation.
 
Le système libéral en place, qui exclut tant de jeunes de la vie économique, fait de plus en plus l’objet d’un rejet généralisé. Même aux USA, les jeunes démocrates votent à 80 % contre l’ordre établi. Est-ce cela, l’économie de liberté ? Le système politique actuel rend incapable d’élire en France autre chose qu’un clone insignifiant, qui passera cinq ans moins trois mois d’ "état de grâce" à se faire haïr par le peuple comme un intrus. Est-ce donc cela, la démocratie ? L’ordre culturel libertaire ne produit rien d’autre qu’une effrayante misère affective et morale, parfaitement décrite dans les romans de Michel Houellebecq. Est-ce cela, les Lumières ?
 
Que pensent les jeunes islamistes ? Que notre économie est injuste, notre démocratie du pipeau et notre culture officielle une pourriture. Ont-ils absolument tort ? Oui, dans la mesure où, par la violence criminelle de leur réaction, ils jouent le rôle d’idiots utiles au service de l’Empire. Le pape, qu’on le veuille ou non première autorité morale au monde, dit aux Musulmans, comme aux Chrétiens : ne tombez pas dans ce piège de l’affrontement religieux, soyez à la hauteur de l’immense renouveau de la spiritualité qui s’annonce avec la chute de l’idéologie libérale, soyez des apôtres capables d’accueillir les nations blessées détruites et avilies par l’idéologie, mais des nations dans la joie devant la miséricorde du Christ.
 
Tout le monde suppose que les Musulmans seront éternellement musulmans, qu’ils seront de plus en plus islamistes et qu’ils ne se convertiront jamais au christianisme, ou ne tomberont jamais en masse dans l’athéisme banal. Rien de tout cela n’est acquis, et c’est méconnaître l’authenticité spirituelle de nombreux musulmans. L’Islam tout entier est en effervescence, il est remis en question comme jamais. Il est traversé par des mouvements de radicalisation islamiste, de sécularisation athée mais aussi par une profonde recherche spirituelle. Personne ou presque ne dit rien chez eux, mais qui sait combien pensent en eux-mêmes que tout cela devient absurde, que leur religion doit être changée, ou bien qu’ils doivent changer de religion ? Plus encore, la forme individualiste, nihiliste et transgressive prise par le combat des djihadistes, montre qu’ils sont eux-mêmes profondément occidentalisés. Ils souffrent jusqu’au désespoir de sentir cette occidentalisation irréversible. Leur réaction désespérée, leur caractère sanguinaire, cette ambiance apocalyptique, l’exaltation délirante, tout cela ressemble surtout à un crépuscule des dieux.
Comment cela ne troublerait-il pas un très grand nombre d’esprits ? Quelle portion des musulmans est en pleine recherche spirituelle, en pleine remise en question de l’Islam islamiste ? Chez ces musulmans en recherche, quel est l’effet produit dans le fond de leur âme par le Saint-Esprit grâce au geste de François ? Rien de moins que ceci : une fois dans leur vie, ils ont été en contact direct avec le Christ.
 
L’invitation du pape aux catholiques
Le pape invite les catholiques à être universels et à accompagner fraternellement les musulmans dans cette recherche spirituelle. Il les invite aussi à ne pas rentrer dans le jeu des affrontements tribaux, ethniques et religieux qui sont les outils de l’Empire pour diviser et imposer son pouvoir. Car l’Eglise catholique porte une vision universelle donnée par le Christ : "Allez, de toutes les nations faites des disciples. Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit". L’Eglise et l’Empire portent deux visions universelles et le pape invite les catholiques à choisir celle du Christ. Et les nations refusant l’Empire doivent découvrir aussi à leur tour une autre forme d’universalité politique.
Quant aux catholiques français, dont beaucoup sont politiquement conservateurs pour des raisons évidentes, François, avec son geste en Grèce, les force à se convertir en profondeur, à retrouver l’esprit des apôtres. Après tant d’années de défensive et de repli, après tant de batailles perdues, les catholiques français doivent comprendre l’immense opportunité spirituelle pour notre pays, à la mesure de son génie : porter au monde une nouvelle vision de justice, et incarner dans des institutions politiques nobles ce nouvel humanisme universel (= catholique).
 
En vérité, François a posé un acte analogue à celui que posa Jésus dans son pays le jour où il guérit un malade le jour du sabbat. Le geste provoque question, incompréhension, indignation, colère, puis réflexion. A la fin, certain rompent avec le Christ, et les autres se convertissent. Nous voyons se produire cette ligne de partage parmi les disciples : "Ce discours est trop rude. Qui peut accepter de l’entendre ?" ou bien : "A qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle."
 
Concluons. Tout ce que le pape fait est très spirituel, mais politiquement, c’est aussi très intelligent et, à mon avis, extraordinairement habile. Sa politique suppose que les catholiques sont assez intelligents, et assez confiants, pour comprendre son intention et pour opérer ensemble selon son conseil – sans aplatir le sens de son action, comme s’il flagornait le politiquement correct. Ayons confiance, avec le Saint-Père dans l’intelligence et l’authentique spiritualité des catholiques.
 
(1) Indépendamment de toute guerre, ces migrations n’existeraient pas, ou du moins pas à cette échelle, ni de cette manière, sans l’ordre économique international existant, qui n’est en rien une fatalité. Le libre mouvement dérégulé des capitaux sur la planète, le libre-échange dérégulé des biens et services, ont pour contrepartie logique le libre mouvement de la main d’œuvre à la surface du globe, l’inégalité sociale croissante et, sauf pour les cadres dirigeants, ou supérieurs, l’égalisation mondiale du prix du travail au niveau de subsistance, conformément à cette soi-disant main invisible qui est surtout une main de fer.

"La joie de l'amour" (2)

Publié dans Au delà
"La joie de l'amour" (2)
 
Les catholiques de gauche et Wojtyla ; les catholiques de droite et Bergoglio
Voici presque quarante ans, l’élection de Karol Wojtyla fut pour les "catholiques de gauche" un choc déstabilisant. Polonais, Jean-Paul II avait l’expérience du "socialisme réel". Il ne se laissait pas impressionner par le prestige de l’idéologie marxisante alors hyper-dominante à l’Ouest. Et le communisme a disparu. Ce fut l’occasion d’une grande clarification : certains catholiques marxistes ont cessé de se dire catholiques, mais les catholiques sincères de culture marxiste sont restés catholiques, et ce pape les a amenés à approfondir leur foi et leur pensée politique.
Un phénomène analogue se produit aujourd’hui, suite à
l’élection de Jorge Bergoglio. Argentin, François a l’expérience du "libéralisme réel". Il ne se laisse pas impressionner par le politiquement correct et par l’idéologie à la mode (individualiste, relativiste, libertaire, etc.). Au contraire, car il en voit toutes les applications, aussi dans les domaines de l’argent et du pouvoir, et pas seulement la destruction de la famille.
 
Devant ce Pape populaire, beaucoup de "catholiques conservateurs" sont déstabilisés. Et comme autrefois avec les catholiques de gauche, une clarification doit avoir lieu. C’est un combat spirituel dans l’âme de chacun. Nous n’en connaissons pas encore l’issue. Certains perdront peut-être la foi en Rome. Mais, beaucoup d’autres, espérons-le, se poseront mieux les questions de justice économique et politique. Ils approfondiront et purifieront leur amour de l’ordre et leur respect de la vérité, qui sont des valeurs fondamentales. 
De même que Jean-Paul II a lancé son évangélisation sans aucune soumission à l’idéologie marxiste dont il pressentait la fin, de même François conçoit son évangélisation dans un monde où l’idéologie libérale va probablement disparaître. Pas la liberté d’entreprendre ou la propriété privée, ni la liberté de réfléchir, bien entendu, mais cette idéologie qui détache l'individu du bien commun et la liberté du bien qui doit en être la norme ; et qui, en conséquence, subordonne l’Homme à l’argent, soumet le travail et l’économie à la finance accaparée. C’est en cela que le pape est prophétique. Prophétie, nous le verrons, très raisonnable.
 
François a en horreur la subordination inique de l'Homme à l'argent, du travail et de l’économie à la finance centralisée par une aristocratie d’argent. Là encore, un tri et un approfondissement vont se produire. Car beaucoup de catholiques conservateurs, qui luttent contre le libéralisme idéologique, s’engageant par exemple contre le mariage homosexuel, ne se rendent pas compte qu’ils sont solidaires de cette même idéologie par toute une part d’eux-mêmes. C’est cette incohérence qui démonte leur crédibilité et condamne à l’échec l’évangélisation. Donc, ceux des conservateurs qui sont sincèrement catholiques et qui parviendront à écouter le pape, vont approfondir leur pensée. Ils vont se rendre compte qu’ils ne voyaient qu’une partie (sur deux, ou (1) trois) du problème libertaire, et que s’ils parviennent à les prendre toutes en compte, leur témoignage gagnera beaucoup en crédibilité.
 
L’évangélisation des peuples par François
François a réussi en peu de temps à conquérir le cœur de l’immense majorité du peuple dans toutes les nations. C’est un fait. Pour quelle raison ? Parce que les peuples, d'instinct, aiment le Christ ; et aussi, parce que François a parfaitement analysé ce qui séparait de l’Église tout ce peuple ; et enfin, parce que les circonstances sont redevenues très favorables : 1° la disparition du communisme, 2° le discrédit du libéralisme, 3° la dérive fanatique dans l’islam, créent les conditions d’une ré-évangélisation massive des peuples déchristianisés, mais aussi d’une expansion sans précédent du christianisme dans les espaces musulmans.
Encore faut-il que François soit compris et suivi par ce qu’on peut appeler l’élite catholique (2), notamment dans les pays européens. C’est pourquoi l’effort des grands médias vise à créer dans cette élite catholique une méfiance envers le pape. Il s’agit d’empêcher cette élite de se mettre au service des peuples, en même temps que sur un autre plan, les médias font le forcing pour essayer de discréditer l’Église auprès des masses. Car, les élites catholiques se mettant au service des peuples dans les démocraties et dans les économies, telle est la première condition pour la crédibilité morale de l'évangélisation et aussi pour la réforme indispensable de nos pays.
 
Cela ne veut pas dire remettre en selle le communisme ! Cela signifie qu’il faut pouvoir gagner sa vie avant de pouvoir fonder une famille. L’hymne à la famille dans le Psaume 128, 1-6, commenté par François, parle de travail avant de parler de conjoint et d’enfants. "Du labeur de tes mains tu te nourriras." (Amoris laetitia, n°8). Application pratique : "(…) le chômage et la précarité du travail deviennent une souffrance (…) ; la société vit cela tragiquement dans beaucoup de pays." Le chômage affecte de bien des façons la « sérénité des familles. » (A.L., n°25)
"Tragiquement." C’est vrai. Il faut accepter de le reconnaître, de se laisser toucher et d’agir en conséquence. La présentation du message du Christ sur le mariage acquiert sa crédibilité quand elle s’accompagne d’une action généreuse et convaincante en faveur de cette "existence sereine" du couple et de la famille du point de vue économique. De plus, cette présentation doit se faire dans une ambiance de miséricorde, de fraternité et d’humilité joyeuse, avec compréhension pour les difficultés de la vie écrasée par ces conditionnements, avec un regard positif et admiratif pour tout ce qui, malgré tout, demeure de beau, dans tant d’existences mutilées par la barbarie libertaire. Bien sûr qu’il y a le péché et la responsabilité personnelle, mais aux yeux du Christ, nous sommes tous des "femmes adultères" (Jn. 8, 1-11) et nous ne sommes pas sauvés par nos mérites.
Pour ces raisons, quel serait l’obstacle majeur à l’évangélisation, aujourd’hui ? Des élites catholiques aveuglées par des préjugés de classe, méprisant l’enseignement de François et  dont l’engagement politique se réduirait à "jeter des pierres" moralisatrices aux peuples, sur ce qui fait sa souffrance et son asservissement (3)
[3]
.  
 
L’usure de l’idéologie libérale et l’opportunité pour l’évangélisation
Pour ne parler que de la France, l’élite catholique en France ne se rend pas encore bien compte de la situation exacte du libéralisme dans le monde. Pour comprendre l’usure du libéralisme, voyez les États-Unis, son cœur, le lieu où il devrait être le plus puissant, le centre de son empire. Jetons un œil sur les élections primaires dans ce pays.
 
Chez les démocrates, Hillary Clinton est la candidate de la ploutocratie. Soutenue par les Noirs américains à cause du crédit de Barack Obama, elle sera peut-être sauvée in extremis par le gong et le papy-boom. Bernie Sanders, qui fait maintenant jeu égal avec elle dans le pays, reçoit désormais les votes de 80 % des démocrates de moins de 30 ans et de 66 % des moins de 40 ans, alors qu’il se dit socialiste, ce qui signifie extrême gauche aux États-Unis. Moins de trente années après la fin de la guerre froide, on mesure le chemin parcouru. Sanders ou l’un de ses successeurs pourrait bien être pour l’Empire américain ce que Gorbatchev a été pour l’Union soviétique.
 
Chez les Républicains, Jeb Bush, fils et frère de président, candidat idéal de la ploutocratie, a été balayé, d’emblée ; puis Marco Rubio, sénateur de Floride, auquel elle s’était ralliée faute de mieux, a dû jeter l’éponge ; enfin, face à Trump, candidat antisystème, elle en est réduite à soutenir le sénateur Cruz, un opportuniste, et à placer tous ses espoirs dans une manipulation de la convention républicaine par les apparatchiks.
Ces bouleversements au cœur de l’Empire sont beaucoup plus importants que le 21 avril 2002 en France.
 
Les nouveaux pharisiens ?
Des changements politiques et spirituels majeurs sont en cours. Il en résulte que le catholicisme en France sera inaudible au peuple pour encore une voire deux générations, si les élites catholiques ont jusqu’au bout, par timidité, complicité, ou paresse, toléré sans rien dire les abus de l’argent comme structure de péché ainsi que l’immobilisme de la social-démocratie qui condamne le peuple à la pauvreté. Le tout en se donnant l’illusion d’être morales en jetant la pierre aux "femmes adultères" d’aujourd’hui (expression expliquée dans A.L., n°27). Comment ne pas voir que la majorité sont des victimes malheureuses et paumées des théories libertaires ?
Relisons tous, y compris l’auteur de ces lignes, l’Evangile de Saint Matthieu (chapitre 23). "Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous ressemblez à des tombeaux blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d'ossements de morts et de toute espèce d'impuretés. Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes, mais, au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité." Mesurons l’incroyable dureté avec laquelle Jésus condamne les scribes et les pharisiens : "Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez à clé le royaume des Cieux devant les hommes ; vous-mêmes, en effet, n’y entrez pas, et vous ne laissez pas entrer ceux qui veulent entrer !"
Demandons-nous si, par des jugements trop rapides sur la moralité d'actes humains dans le domaine familial, et par une totale acceptation des cadres économiques, financiers, politiques et administratifs dans lesquels nous vivons tous, nous ne pouvons pas parfois apparaître et surtout être comme de nouveaux pharisiens. 
 
Bien entendu, la charité ou la miséricorde ne consistent jamais à nier la vérité, ni le péché. La miséricorde ne consiste pas non plus à dire à l’élite qu’elle fait très bien, qu’elle s’engage et qu’elle est courageuse, alors qu’elle est aveugle à l’injustice et qu’elle ne fait pas le travail de réforme politique qu’elle seule est en mesure de faire. Cela, c’est se raconter des histoires.
Il n’y a donc pas lieu de répondre à l’exhortation du pape par une crainte de voir changées ou la doctrine ou la morale. Car ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Il s’agit simplement et d’abord d’être crédible et intelligible. Ne nous comportons pas envers François comme les pharisiens se sont comportés envers le Christ.
Cette hypocrisie est par ailleurs l’exact inverse de celle de la gauche bobo. Elle se donne l’illusion de la moralité (idéologique) en promouvant la destruction libertaire de la famille, pensant faire oublier qu’elle a trahi les intérêts économiques et démocratiques des classes populaires. Et heureusement, il y a maintenant de ce côté-là des gens qui se réveillent et qui voient bien que c’est une dérision, que de donner le mariage homosexuel à un peuple auquel on refuse de donner du travail, et que l’on abandonne à la loi d’airain des oligarchies en tous genres.
 
L’élite catholique est là pour servir
En ligne avec l’option préférentielle pour les pauvres, l’élite catholique doit donc s’investir dans la défense des intérêts démocratiques et économiques des classes populaires, en rompant avec les vieux réflexes du temps du communisme, et issus de la guerre froide. Cela s’inscrit d’ailleurs dans un effort de renouveau national et démocratique sans précédent, qui concerne tous les citoyens, quelle que soit leur religion. Cela demande aussi un travail économique, législatif et fiscal immense, que seule une élite est capable d’entreprendre. Un tel engagement et un tel travail doivent nécessairement accompagner l’évangélisation.
Dans cette situation, je suis déçu de voir nombre de jeunes catholiques, justement soucieux d’engagement politique, militer pour la famille et la vie de manière trop abstraite, sans préoccupation suffisante pour les conditions de vies de plus en plus précaires d’un peuple qui n’a plus d’avenir économique.
 
La défense de la vie (A.L., n°83) est probablement de tous les sujets chers (et à raison) aux catholiques français, celui où ils s’y prennent le plus mal. Qu’on me comprenne bien. Beaucoup d’efforts individuels sont admirables. Malheureusement, ils ne pourront jamais déboucher sur un changement structurel, tant qu'ils ne prendront pas place dans une action politique transpartisane plus audacieuse et plus large. Faute de cet appui, l’approche reste trop partiale, trop étroite et pas assez en lien avec l’expérience des Françaises et des Français.
Parmi les questions que l’on oublie de poser, quand on parle d'éthique familiale, n’ayons pas peur de répéter celles-ci : comment peut-on fonder une famille quand on ne peut pas payer un loyer et qu’on est forcé de rester chez papa maman(4) ? Comment peut-on nourrir des enfants, quand on n’a pas de travail(5) ? Comment être largement ouvert à la vie quand on sait qu’on ne pourra jamais acheter plus de 50 mètres carrés ? Et peut-être même pas.
 
Un système économique où le travail ne permet pas d’élever une famille est profondément immoral. Et prêcher la famille aux pauvres dans ces conditions sans faire en même temps quelque chose pour remédier à des injustices qui crient vers le Ciel, c’est une hypocrisie. Ceux qui installent ce système d’injustice économique portent une grande partie du péché de l’avortement. Quant à ceux qui y vivent bien, qui s’en contentent, et qui font la morale aux gens, ils ne convaincront personne, s’exposant aux reproches de pharisaïsme, de pensée trop superficielle, et bien souvent aussi, d’arrivisme.
Il ne s’agit pas de chercher l’utopie, ni de demander aux gens l’impossible, ni de culpabiliser les chefs d’entreprise, ni de pousser chacun à se mêler de tout, mais que chacun fasse quelque chose, si peu que ce soit, et une prière, pour soutenir un vrai changement. 
La loi Taubira est une aberration qui passera à la trappe avec tout un bloc d’iniquité, le jour où le libéralisme s’effondrera comme le communisme. L’humanité blessée reviendra-t-elle alors à l’Eglise ? Oui, sans aucun doute, mais seulement si l’Eglise sait l’accueillir avec miséricorde. Car ces futurs néophytes, ils et elles auront divorcé plusieurs fois, seront homosexuels, auront été élevés par des parents seuls ou des couples recomposés, auront été blessés par toute sorte de vices. Mais l’Eglise est là pour accueillir, intégrer et guérir les enfants de Dieu, aussi mal en point soient-ils. Comment se préparer à ce grand retour, qui se vit déjà ? Comment gérer dans la durée cette situation inédite ? Comment faire que ce retour à la vie soit autre chose qu’une remise en ordre autoritaire ? Voilà les questions qui me semblent être à l’horizon de l’exhortation du pape.
Comment, dans ces conditions, ne pas comprendre l’effet majeur recherché par le Saint-Père à travers l’inflexion de la pastorale de l’Église ? Il ne nous dit pas : on va changer la doctrine ou je ne sais quoi. Il nous dit : ne vous comportez plus du tout en pharisiens. Ce n’est pas une question d’opinion politique contingente, et ça déborde infiniment une série de questions de théologie morale (qui bien sûr méritent d’être abordées). Cela devient une question de vie ou de mort.
A suivre...
 
(1) Le libertarisme de l’argent, c’est l’économie financière folle que nous avons sous les yeux et qui méprise absolument la valeur du travail humain. Le libertarisme du pouvoir, ce sont la manipulation, la propagande et la violence.
(2) Dans toute société humaine il y a toujours une élite, c’est-à-dire des groupes dirigeants ou influents, qui orientent la politique, l’économie ou la culture. Il y a aussi, dans ces groupes ou en dehors d’eux, des individus dotés d’une excellence ou puissance particulière, d’ordre spirituel ou autre. Même dans une société à idéal égalitaire, il y a une élite égalitaire. L’égalitarisme abaisse le niveau général et favorise l’inégalité. L’égalité réelle consiste en ceci, que l’élite est à la fois ouverte et au service. Les discours anti-élitistes sont donc à la fois justifiés (si l’élite est une caste close sur elle-même et au service d’abord d’elle-même) et sans pertinence (si l’on culpabilise le fait même qu’il y ait une ou des élites). Ce qui précède reste vrai si l’on parvient à élever très haut, ce qui est souhaitable, le niveau général d’un peuple. L’humilité étant une vertu, l’élite doit en être dotée. En faire partie ne justifie donc pas de regarder de haut son prochain. Si l’élite manque d’humilité, elle n’est pas juste et se fait détester. L’humilité ne consiste pas à ne pas voir ses qualités, ou à se sentir coupable de les posséder, c’est-à-dire de les avoir reçues. Tout ceci vaut a fortiori pour la société qu’est l’Église. La véritable élite est celle de la sainteté et elle relativise sans les détruire les hiérarchies institutionnelles légitimes, ou à base de valeurs simplement humaines.  
(3) Cette même racine de l’amour, dans tous les cas, est ce qui me porte à m’opposer à l’injustice qui consiste en ce que certains ont trop et que d’autres n’ont rien ; ou bien ce qui me pousse à contribuer à ce que les marginalisés de la société puissent aussi connaître un peu de joie. Cependant cela n’est pas de l’envie, mais un désir d’équité (A.L., n°96).
(4) "Le manque d’un logement digne ou adéquat" (A.L., n°44).
(5) "La société vit tragiquement dans beaucoup de pays… ce manque de sources de travail affecte de diverses manières la sérénité des familles (A.L.,n°25). " Il s’agit de "créer les conditions législatives et d’emploi pour garantir l’avenir des jeunes et les aider à réaliser leur projet de fonder une famille (A.L., n°43). "

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"La joie de l'amour" (1)

Publié dans Au delà
Quelques pensées sur "La joie de l'amour" (1)
 
Pensées sur le dernier texte du pape François, Laetitia amoris, La joie de l’amour, ou La joie d’aimer.
 
Prendre de la hauteur et ne pas focaliser trop vite sur tel ou tel problème particulier
Ce n’est pas une bonne méthode que de se précipiter d’emblée sur le chapitre huit, le plus controversé, qui a trait aux situations de crise du couple. C’est regarder le paysage par le mauvais bout de la lorgnette. 
Comme il est inévitable que ce rétrécissement se produise, et plus d’une fois, le pape réaliste prévoit une réception assez difficile pour son texte. Il ne se braque pas a priori contre ceux qui auraient des difficultés à saisir son intuition et à apprécier la direction de son élan. "Je comprends, écrit-il même, ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne prête à aucune confusion (n°308)." Néanmoins, il demande à l’Église de lui faire confiance et de le suivre.
 
Être catholique, c’est un peu comme être dans un avion
Il faut faire confiance au pilote, en l’espèce, le Saint-Père. On n’est pas forcé de le croire infaillible à jet continu. On est même tenu de croire le contraire. Mais, si l’on pense que le Christ ne cesse pas de diriger son Église, de lui envoyer son Esprit-Saint, et qu’il ne l’abandonnera jamais, on a toujours un a priori de confiance et de respect, et même de gratitude, pour un enseignement ou des orientations, y compris si on peut les trouver dures à avaler. Ces difficultés sont l’indice d’une bonne crise de croissance pour nous et il convient plutôt de s’en réjouir.  
On risquerait de s’égarer dans la polémique, si l’on ne prenait pas pour commencer du recul sur ce texte qui est un grand texte et qui mérite attention large et hauteur de vue. 
 
Un texte thomiste
D’un point de vue de philosophie pratique (ce sont là ma formation, ma compétence et ma perspective), je note d’abord l’orientation aristotélicienne ou thomiste de ce texte, comme de toute la pensée du Saint-Père. Le nom de Thomas d’Aquin revient 5 fois dans le texte, qui ne renvoie pas à moins de 10 textes de l’Aquinate, et cite aussi le livre du Père Sertillanges, o.p., théologien thomiste, sur l’amour (note 139).
En même temps que le thomisme (symbole de ce que les médias appelleraient "conservation") fait ainsi un retour en force, le magistère de François est dénoncé par certains, d’ailleurs souvent plus papistes que le pape, comme le triomphe après coup des progressistes de Vatican II. Cela suffit à faire deviner que la situation est complexe et paradoxale et que les notions toute faites ne suffisent pas pour comprendre ce que veut dire François. Il faut tout simplement entrer dans le concret d’une intuition qui ne se réduit pas aux catégories en vigueur.   
Le concept de bonheur (par exemple, n°149), centré sur la joie, et la vertu de prudence (notamment au ch.8), dominent le champ de la pensée morale. Ce sont là, avec la notion d’amitié, qui sert de base pour la définition de l’amour (n°120) et de l’amour conjugal (n°123), les éléments fondamentaux de la sagesse pratique, repris ici, bien entendu, dans une vision de foi.
La référence à Thomas n’est ni ironique, ni tactique, mais authentique et substantielle, puisqu’elle fournit aussi la définition de la joie, qui est "dilatation du cœur" (n°126).
Très logiquement, la notion de loi est présente, mais subordonnée. La conscience n’est pas d’abord vue dans sa relation à la loi comme principe universel, mais dans la prudence (ou l’imprudence) de son agir. La loi naturelle, à laquelle il est fait référence (n°305), est rattachée au "cœur" grâce à l’épître aux Romains, 2, 15 (n°222). Cette loi n’est pas une législation de raison pure imposant des devoirs a priori (exclusion de la conception rationaliste et kantienne, mais aussi janséniste, de la loi), mais c’est "une source d’inspiration objective pour l’homme" compris comme décideur.
 
Une morale du bonheur et une spiritualité de la joie. Surnaturelles et naturelles
La pensée de François en théologie morale est ce que j’aimerais nommer un eudémonisme surnaturel très naturel (eudaimonia en grec signifiant bonheur). Le bonheur est vu comme joie. Le terme de "joie" ne revient pas moins de 57 fois et la meilleure façon de comprendre ce texte serait d’exposer la diversité et la cohérence de tous ces emplois du mot "joie". Fondamentalement, la joie est la joie d’aimer. Cette joie d’aimer, pour l’immense majorité des humains, prend tout simplement d’abord forme de famille. Inversement, le malheur prend forme de déceptions affectives et de difficultés familiales, dans le couple, ou entre parents et enfants.
 
Cet eudémonisme est surnaturel, parce que chacun sait d’expérience la difficulté d’aimer, en particulier en famille, et donc d’être heureux. Les racines de cette difficulté sont profondes. C’est une sorte de maladie plus que physique ou psychique. Cette maladie ontologique s’appelle le péché originel (cf. Le nom de Dieu est miséricorde). L’accès au bonheur n’est pas un chemin facile. Il se confond avec celui de la thérapeutique (du salut) et de la libération (rédemption) qui soigne cette maladie. Le Christ est le médecin. L’Eglise est son hôpital de campagne (n°291). Le remède s’appelle croix. La guérison s’appelle résurrection.
 
Cet eudémonisme est très naturel, parce qu’il s’agit d’apporter la joie dans la vie de tous les jours et de tous les gens. L’évangélisation n’est pas autre chose que cet effort pour ressusciter la joie dans le temps et l'éterniser. Parce qu’elle apporte la joie, même dans les peines et les difficultés de la vie, et qu’à cette condition seulement elle est pleinement authentique et vivante, la religion du Christ est une bonne nouvelle, en grec "évangile". La joie d’aimer en forme de famille prolonge ainsi La joie de l’Évangile. L’essence de la  vie chrétienne est identique à son but : c’est la joie d’aimer. La joie est le signe de la vie dans l’Esprit. Évangéliser, c’est donner envie à quelqu’un d’être comblé de la joie du Christ.
L’insistance du pape sur la miséricorde se comprend alors sans difficulté : sans miséricorde, on se condamne à être sec, dur et triste. En outre, cette insistance seule permet d'intégrer pleinement la croix, sans laquelle il n'y a pas de christianisme, sans pour autant traumatiser ou faire fuir. 
 
Exemple : une citation particulièrement éclairante 
Le n°317 est peut-être le sommet du texte : "Si la famille parvient à se concentrer dans le Christ, il unifie et illumine toute la vie familiale. Les douleurs et les angoisses sont vécues en communion avec la Croix du Seigneur, et l’embrasser permet d’affronter les pires moments. Dans les jours difficiles pour la famille, il y a une union avec Jésus abandonné qui peut aider à éviter une rupture. Les familles atteignent peu à peu, ‘avec la grâce de l’Esprit Saint, leur sainteté à travers la vie conjugale, en participant aussi au mystère de la croix du Christ, qui transforme les difficultés et les souffrances en offrande d’amour’. D’autre part, les moments de joie, le repos ou la fête, et aussi la sexualité, sont vécus comme une participation à la vie pleine de sa Résurrection. Les conjoints constituent par divers gestes quotidiens ce ‘lieu théologal où l'on peut faire l’expérience de la présence mystique du Seigneur ressuscité'."
à suivre...
Paru sur www.henrihude.fr

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