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HUREAUX  Roland

HUREAUX Roland

Né le 14 juin 1948
Marié  -  enfants
 

Essayiste

Ecole normale supérieure (Saint-Cloud)
Institut d'études politiques (IEP)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Agrégé d’histoire
 
Sous-préfet
Diplomate
Conseiller technique
à la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR)
Conseiller
     Cabinet du président de l’assemblée nationale (Philippe Séguin)
     Cabinet du Premier ministre (Edouard Balladur)
Professeur associé à l’Institut d’études politiques de Toulouse
Rapporteur à la Cour des Comptes. 
 
Ouvrages
Un avenir pour le monde rural (1993) - Pour en finir avec la droite (1998) - Les hauteurs béantes de l’Europe (1999) - Le temps des derniers hommes (2000) - Les nouveaux féodaux (2004) - Jésus et Marie-Madeleine (2005) - L’actualité du gaullisme (2007) - L’Antipolitique (2007) - La grande démolition (2012) - Gnose et gnostiques des origines à nos jours (2015)

Articles
Publiés dansCommentaire, Communio (Revue catholique internationale) , La Revue des deux mondes,   Liberté politique, Le Figaro, Le Monde, Libération, Marianne, … etc.
Membre du comité de rédaction de Commentaire.

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Décès de S. Veil : beaucoup de...

Publié dans A tout un chacun
Décès de Simone Veil : beaucoup de malentendus
 
Le concert d’éloges qu’a suscité le décès de Simone Veil recouvre bien des ambiguïtés.
D’abord le fait que, surtout de la part de la presse, c’est moins la personne que l’on célèbre que l’avènement du supposé droit à l’avortement. On fait ainsi de l’ancien ministre de la santé une icône de libéralisation des mœurs. Rien dans ses déclarations ne le laisse supposer. La loi Veil visait à encadrer et même réduire le nombre des avortements clandestins. La propagande féministe avait alors répandu le chiffre absurde d’un million par an – alors que la vérité était plus proche de 50 000, ce qui n’était déjà pas rien (1). Simone Veil avait-elle été dupe de cette propagande ? Probablement pas, mais tout laisse penser qu’elle voulait faire une loi d’encadrement et de contrôle plus que d’émancipation.
On ne l’a pas assez relevé : Simone Veil venait clairement de la droite. Elle était issue, comme Marie-France Garaud, de l’écurie de Jean Foyer, grand détecteur de talents et qui deviendrait un des adversaires les plus résolus de la loi de 1974. Il réussit néanmoins à y faire inscrire à l’article 1 que "La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie.", le reste de la loi ne venant qu’à titre d’exception : "il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu'en cas de nécessité et selon les conditions définies par la présente loi." 
Simone Veil ne s’était pas engagée dans cette aventure sans crainte et tremblement. Elle devait dire plus tard que la loi n’aurait pas vu le jour si l’épiscopat avait manifesté haut et fort son opposition.
 
La grande défausse
Une loi qui n’aurait normalement pas dû s’appeler loi Veil. On n’a jamais relevé ce qu’il y avait d’abject dans le fait que trois personnalités de culture et, selon leurs déclarations, de foi catholique, trois hommes, Valery Giscard d’Estaing, président de la République, Jacques Chirac, Premier ministre et Jean Lecanuet, Garde des sceaux, soient allés chercher une jeune magistrate d’origine juive, rescapée des camps de la mort, pour lui faire porter le chapeau d’une loi dépénalisant (au moins en partie) l’avortement. Sur un sujet qui touchait les droits fondamentaux et donc en premier lieu le ministère de la justice, cette loi n’aurait-elle pas dû s’appeler loi Lecanuet ? Lecanuet, icône de la démocratie chrétienne finissante, enterré dans un monastère ! Instrumentalisation et de la judéité et de la shoah à des fins politiciennes : personne n’a souligné à quel point il y avait là une forme d’antisémitisme sournois, en tous les cas de lâcheté. D’ailleurs le piège diabolique concocté par Giscard et Chirac a fonctionné : la bêtise crasse qui caractérise une certaine droite l’a conduite à tomber les yeux fermés dans le panneau pour se livrer à des amalgames douteux qui ont terriblement affaibli la cause des défenseurs de la vie. 
L’intéressée était-elle obligée de tenir ce rôle ? C’est une question ouverte.
 
Le droit de l’avortement actuel n’a plus rien à voir avec la loi Veil
Enfin, et c’est le plus important, il serait temps de rappeler que la loi Veil de 1974 n’a à peu près rien à voir avec la législation de l’avortement de 2017.
Au fil des ans ont été supprimés : le principe du respect de la vie comme norme, la nécessité de l’état de détresse, l’entretien préalable avec une assistante sociale, le délai de réflexion. Le délai légal a été relevé à 12 semaines (ce qui est tout de même différent de pays, comme les Etats-Unis, où il n’y a pas de délai !). Ont été instaurés en parallèle le remboursent à 100 % de l’acte (et plus récemment de tous les examens préalables) (2) et le délit d’entrave à l’avortement. On n’est pas encore allé jusqu’à en faire un droit fondamental sans considération de délai, mais sous la pression de l’ONU et de l’UE, une motion dans ce sens a été votée récemment à l’Assemblée nationale. L’objection de conscience du personnel médical est menacée et affaiblie, les pharmaciens en étant désormais exclus. A l’instigation de Marisol Touraine, les hôpitaux sont obligés d’atteindre des quotas d’avortements et donc à y pousser les femmes hésitantes pour montrer qu’ils ne se dérobent pas à ce supposé  "service public". Le progrès du dépistage prénatal (et les actes de dépistage multipliés par la loi) ont fait de l’avortement, en France plus qu’ailleurs, un instrument quasi-généralisé d’eugénisme, ce dont on ne mesure sans doute pas encore toutes les conséquences (3). La science a entretemps découvert le RU 486 qui semble rendre l’acte plus anodin et qui peut être délivré par les infirmières de lycée.
Nous ne comptons pas au nombre des dérives la suppression de l’autorisation parentale, prévue à l’origine pour les mineures, tant le rôle des parents est, en cette matière, le plus souvent négatif.
 
On est ainsi passé de la loi de 1974 pour laquelle l’avortement provoqué était une exception à une règle générale de protection de l’enfant à naître, assortie d’un dispositif à finalité dissuasive, à un régime juridique, en théorie de semi-liberté, mais en fait d’encouragement. La sociologie contemporaine, de plus en plus hostile l’enfant, fait que les institutions les plus diverses : entreprise, hôpital, lycée, services sociaux et souvent famille se liguent pour pousser à l’avortement des femmes qui, au fond d’elles-mêmes, voudraient garder leur enfant. Tenter de dissuader une femme d’avorter est puni par la loi, l’y pousser, en soi, ne l’est pas (4). On estime à 60 % le nombre d’avortements sous pression de l’environnement et peu contestent qu’une femme entourée de gens, employeur compris, qui accueillent favorablement l’enfant, n’y recoure guère. Qui parle de liberté (5) ?
 
La loi de 1974 prévoyait que des études en vue de connaitre mieux les motivations de l’acte abortif, dans un but de prévention : cette disposition est passée à la trappe lors de la reconduction de la loi en 1978. Le sujet est devenu au contraire tabou. De même l’entretien préalable n’a la plupart du temps été qu’une formalité bien éloignée de l’esprit de la loi.
Ces évolutions ont été la plupart du temps votées à l’initiative du parti socialiste, la droite ne les remettant jamais en question "pour ne pas rouvrir le débat". Elles semblent conforter l’argument des pro-vie selon lesquels la loi Veil, sous une apparence restrictive, a ouvert la boîte de Pandore. De même, il n’est pas fortuit que le passage sans retour de la fécondité française au-dessous du seuil de renouvellement des générations date de 1975.
Il reste que Simone Veil a, au moins en privé, déploré la dénaturation de la loi qui porte son nom. Il aurait peut-être mieux valu qu’elle le dise publiquement, comme  elle a participé brièvement en 2013 (6) à la manifestation contre la loi Taubira.
Mais on trouve dans ses déclarations de 1974 des prises de position non équivoques : "Il n’y a aucun droit à l’avortement"… "Personne n’a jamais contesté, et le ministre de la santé moins que quiconque, que l’avortement soit un échec"… "C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame", ou encore "si [le projet de loi] admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler, et autant que possible en dissuader la femme".
"Dissuader la femme !" Avec de tels propos, Simone Veil serait aujourd’hui allée en prison.  
 
(1) On compte aujourd’hui environ 220 000 avortements légaux par an. Ce chiffre, un des plus élevés d’Europe, ne baisse pas malgré des dizaines d’années de propagande pour la contraception. Il concerne principalement les populations autochtones.
(2) Alors que les soins dentaires ou les lunettes ne sont remboursés qu’à hauteur de 20 %.
(3) Combien de grands artistes ou génies scientifiques n’auraient pas survécu au dépistage prénatal, sûrement pas Toulouse-Lautrec ?
(4) Il y a des condamnations  de ces pressions mais, à notre connaissance, seulement en cas de violences physiques, au titre des "violences faites aux femmes".
(5) Ces pressions sont d’autant plus déplorables que la plupart des femmes en gardent des traces psychologiques profondes. 
(­6) Sa santé déjà compromise ne lui permettait pas de faire plus de quelques centaines de mètres, ce qui est déjà beaucoup..

Envoyé par l'auteur, 9 septembre 2017

Migrants : si l'U E voulait...

Publié dans Avec l'Europe
Si l’Union européenne veut endiguer le flux des migrants, elle le peut 
 
Comment faire grief à Emmanuel Macron de vouloir réconcilier les factions qui se déchirent en Libye ? S’il y réussit, ce serait une excellente chose.
Beaucoup voient dans le retour à la paix le préalable au contrôle des flux de migrants qui traversent chaque jour la Méditerranée en direction de l’Europe.
Il est vrai que le renversement du colonel Kadhafi en 2011 a fait sauter le verrou qui bloquait le passage des populations de l’Afrique subsaharienne. Le flux n’a certes commencé en grand qu’en 2014, le temps que les réseaux s’organisent. Mais depuis, il ne tarit pas : 360 000 migrants ont pris le chemin de l’Europe en 2016 dont 4 000 se sont noyés. Pour les six premiers mois de 2017, le chiffre est de 80 000 dont 2 000 noyés. 
On aurait tort cependant de penser que la clef du problème se trouve exclusivement à Tripoli. Le rétablissement de la paix civile et d’un Etat digne de ce nom en Libye pourrait en effet faciliter le contrôle des flux de réfugiés, pour peu que ce gouvernement le veuille.
Mais le contrôle des réfugiés serait déjà possible à condition que les Européens prennent le contrôle des ports de départ pour y faire la chasse aux passeurs et autres trafiquants de chair humaine, pour y détruire les bateaux et pour filtrer en amont les vrais réfugiés, comme le propose Macron. Les vrais réfugiés sont en tout état de cause peu nombreux au départ de la Libye, moins qu’ils ne l’étaient au départ de la Turquie, une filière que les espoirs de paix en Irak et en Syrie ont commencé à tarir. 
Le fondement d’une intervention européenne (policière plutôt que militaire) dans les ports libyens pourrait être tout simplement un accord bilatéral entre le gouvernement de Tripoli et tel ou tel Etat européen (de préférence des Etats méditerranéens comme la France ou l’Italie). On objecte au Quai d’Orsay que ce gouvernement ne contrôle rien. Etonnante ignorance du droit international : on ne lui demande pas de contrôler son territoire mais de donner à d’autres le droit de le faire. Pour cela il suffit que ce gouvernement soit légitime, ce qui est le cas. Loin d’être un obstacle, sa faiblesse actuelle pourrait être un atout. Ne subsistant que sous perfusion de l’OTAN, il n’est pas en mesure de refuser un tel accord.
 
L’Union européenne ne veut pas arrêter le flux de migrants
Cela ne s’est pas fait à ce jour car l’Union européenne exigerait au préalable une résolution du Conseil de sécurité, autrement dit elle conditionne une opération qu’elle pourrait faire elle-même à l‘accord de la Russie et de la Chine – peu chauds, au vu des précédents, pour donner à nouveau un feu vert aux Occidentaux dans cette zone. Disons-le tout net : cette exigence parfaitement inutile signifie une chose, que l’Union européenne ne veut pas que le flux soit arrêté.
Pourquoi ? Différents documents émanant soit de l’ONU, soit de l’Union européenne ressassent depuis bientôt trente ans que l’Europe, compte tenu de son déficit démographique - qui est aujourd’hui d’un tiers à chaque génération, y compris en France pour la partie autochtone -  a besoin, pour fournir de la main d’œuvre à son industrie et pour équilibrer ses régimes de retraite d’un afflux de 40 ou 50 millions d’immigrés.   
On voit bien ce que ce raisonnement technocratique, seulement basé sur les chiffres, a de borné : il suppose que les hommes sont fongibles, hors de toute considération culturelle, ethnique ou religieuse. Les prospectivistes des institutions citées n’ont aucun souci de la cohésion des nations européennes. Ils préconisent même ouvertement ce qu’ils appellent le replacement. A Davos, l’effet économique positif de l’arrivée des migrants a été applaudi. Par sa politique d’accueil des années 2015 et 2016, Angela Merkel n’a pas raisonné autrement.
Dans les mêmes cercles, certains vont plus loin : ils comptent que le brassage des populations affaiblira les Etats et facilitera tant la mondialisation que l’intégration supranationale. Alors que chacun sait que c’est le contraire qui nous attend : cet afflux exacerbera les conflits religieux ou ethniques et mettra en cause un peu partout la paix civile.
Personne, dans ces sphères, n’envisage que l’effort de l’Europe pourrait porter sur le redressement démographique. Certes c’est difficile, mais pas plus que d’enrayer le réchauffement climatique ! Il n’en est pas question car cela semblerait remettre en cause la doxa féministe, comme si la maternité était un malheur.
 
La résistance compréhensible des peuples à cette perspective est tenue à Bruxelles et dans les capitales sous son influence pour un populisme rétrograde dont les leçons de morale et les poursuites judicaires devraient venir à bout. On n’imagine pas que ce puisse être l’effet du réalisme historique ou d’un légitime souci de préservation.   
Il va de soi que si ces idées figurent dans de multiples rapports, on se garde bien de dire clairement : "Non, l’Union européenne n’a pas l’intention de contrôler les passages en Méditerranée car elle a besoin des migrants". On se contente de laisser croire que ces flux ne sont pas maitrisables, qu’ils échappent à toute volonté politique, que le souci humanitaire doit d’effacer devant toute autre considération.  On renforce Frontex qui va au secours des migrants largués par les passeurs pour les amener en Italie. Au moment où les migrants ont afflué de Turquie (2015-2016), il était facile, dès lors que l’Allemagne avait décidé de les accueillir, de leur envoyer des billets d’avion qui leur auraient épargné le racket des passeurs et les noyades en mer Egée. L’hypocrisie de l’Union européenne qui ne veut pas empêcher les migrants de venir mais fait semblant de n’y pouvoir rien, est la cause des milliers de noyades en Méditerranée.
Disons-le clairement : la paix en Libye est souhaitable, mais quelle que soit l’évolution de la situation sur le terrain, si l’Union européenne veut vraiment contrôler ses frontières maritimes, elle en a déjà les moyens.
 
Le général italien Vicenzo Santo, interrogé par un journaliste sur la submersion migratoire actuelle, affirmait : "il suffit d'utiliser l'armée pour la mission qui est à
l'origine de sa création, celle de défendre nos frontières. Il est tout à fait possible de mettre le holà à cette immigration désordonnée et massive. En quelques jours, l'armée italienne pourrait y mettre fin".

Envoyé par l'auteur, 9 septembre 2017

Les effets pervers...

Publié dans En France
Les effets pervers des lois de moralisation de la vie politique
 
Il n’est pas dans les habitudes de l’auteur de ces lignes de prendre la défense des centristes, surtout depuis qu’ils se sont ralliés avec armes et bagages à Macron. Mais enfin, le retrait du gouvernement de trois figures du Modem : Francois Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard a un motif bien léger. Ils sont accusés tous trois, comme Marine Le Pen d’ailleurs dont l’immunité parlementaire a été levée pour la même raison par le Parlement européen, d’avoir utilisé des collaborateurs parlementaires pour faire fonctionner leur parti politique. Mais quelle différence y a-t-il entre le cabinet d’un élu et le personnel d’un parti ? La vérité est qu’ils ont à peu près la même mission : aider les élus de leur parti à produire des idées, à proposer des textes ou à se positionner sur eux, éventuellement à faire des programmes, et de manière inséparable, faciliter leur réélection, conséquence naturelle d’un travail bien fait. Bien malin qui pourra tracer une ligne stricte entre les activités des uns et des autres en pratique parfaitement fongibles. Même un chauffeur peut conduire aussi bien un élu qu’un président de parti : il permet à l’homme politique, généralement surchargé de travail, de gagner du temps, et on suppose que ce dernier fera de ce temps bon usage.
 
Juste retour de bâton 
Ces accusations n’en sont pas moins un juste retour de bâton pour une équipe qui n’est aujourd’hui au pouvoir que parce qu’elle a bénéficié du tout aussi injuste procès qui a été fait à François Fillon pour avoir employé son épouse comme attachée parlementaire, ce qui était pourtant parfaitement légal (plus d’une centaine de parlementaires le font !). L’emploi de proches dans ce genre de fonctions, que l’on veut proscrire, est tout aussi légitime, comme le rappelait Jacques Bichot (1), que l’emploi de sa femme ou de ses enfants par un agriculteur ou un artisan. C’est à tort qu’on assimile cette pratique au népotisme qui consiste, lui, à conférer de hautes responsabilités à des parents sans que rien, dans leurs aptitudes ou leur parcours, le justifie ; mais attaché parlementaire n’est pas une haute fonction et, quant à savoir si Mme Fillon a travaillé assez ou pas assez à ce titre, qui le dira ?
Certes, il y a peut-être d’autres raisons à ce retrait : s’agissant de Sylvie Goulard, on croit savoir que ses déclarations intempestives où elle se montrait prête à sacrifier sur l’autel de l’Europe nos industries stratégiques, voire une partie de nos moyens de défense, ont exaspéré les états-majors au point de rendre son maintien problématique. Le ministère des armées n’est assurément pas fait pour une idéologue d’Europe supranationale, surtout si elle semble oublier que même dans une fédération, telle l’Europe à laquelle elle aspire, chaque entité fédérée a le droit et le devoir de défendre âprement son intérêt, comme le font par exemple les grandes villes françaises au sein de la République une et indivisible. Quant à Bayrou, il évite par avance le déshonneur qu’il aurait essuyé à avaliser ce que Macron a promis de faire : conférer aux couples de lesbiennes le droit de recourir à la procréation artificielle, voire, à terme, reconnaître la gestation pour autrui. Cette démission collective ne fait ainsi que souligner ce qu’avait de contre-nature l’alliance de Bayrou avec Macron, des derniers représentants de la démocratie chrétienne avec les plus extrêmes des libertaires, déconstructeurs résolus de l’héritage occidental. Car s’ils ne sont plus vraiment démocrates (n’est-ce pas un des leurs Jean-Claude Juncker qui déclarait qu’ "Il ne saurait y avoir de choix démocratique contre les traités européens" (2) , on suppose que les centristes sont encore un petit peu chrétiens.
 
Nous épargnera-t-on une loi de moralisation de la vie politique ?
Un des grands bienfaits de cette démission aurait pu être de nous épargner une loi sur la moralisation de la vie politique qui ne pourra qu’être parfaitement contre-productive. Non seulement parce que, à l’heure de ce que le regretté Guy Debord appelait la "société du spectacle", dont le phénomène Macron constitue sans doute l’expression la plus achevée, la plupart des lois, devenues le plus souvent des moyens de communication, ont l’effet d’aggraver les maux auxquels elles prétendent porter remède (l’éducation nationale en offre un bel exemple) (3). Et pour ce qui est d’une loi de pure communication, en voilà bien une ! Mais aussi parce que, sur ce genre de sujet, on veut donner satisfaction à une opinion qui n’a qu’une compréhension très imparfaite des questions morales et politiques, biaisée par une justice et des médias eux-mêmes loin d’en avoir une perception exacte. Non que la morale et la politique n’aient rien à voir ensemble, mais parce que juger de leurs relations exige un sens casuistique que ni eux ni le grand public n’ont forcément. Selon la cible qu’ils veulent atteindre, les médias feront facilement passer pour très grave ce qui ne l’est pas et pour bénin ce qui est très grave. Allez faire des lois avec ça !
Il existe d’autres erreurs de jugement répandues dans le public. Par exemple le cumul des mandats passe pour immoral : on oublie que la loi limite les cumuls de rémunération, et que donc on ne saurait faire grief à quelqu’un de vaillant de faire au même prix le travail de deux ou trois personnes. On oublie aussi que le leadership, principe au centre de la vie politique, ne se divise pas : le disperser conduit à diluer les responsabilités. Le cumul des mandats évite bien des réunions de coordination et fait donc gagner du temps. Le cumul ne préjuge pas non plus du tout de la qualité du travail. La complexité croissante des procédures l’a certes rendu difficile mais pas au bénéfice de l’efficacité : ces procédures que les élus ont eu tort d’instaurer au fil des ans leur font perdre un temps précieux et les privent de cette capacité si nécessaire de décoller du guidon pour réfléchir à ce qu’ils font.
 
Une élection particulièrement immorale
Il serait au demeurant paradoxal qu’une loi de moralisation la vie publique émane d’un gouvernement issu d’une élection parmi les plus immorales qui aient été : tant l’instrumentalisation éhontée de la justice que la prise de parti à sens unique d’une presse, largement aux ordres des puissances financières, ont, seules, permis l’élection du nouveau président. Personne, ni juge, ni journaliste, ne s’est intéressé de près aux obscurités des déclarations de patrimoine de Macron ; le nouveau premier ministre lui-même a pu se dispenser impunément de l’obligation de transparence comme député. Et ceux-là voudraient faire une loi de moralisation !    
Tout est contre-productif dans le projet de loi annoncé : on veut interdire à un élu d’embaucher sa femme ou ses enfants, mais quid des maîtresses ou des compagnes ? Pourquoi défavoriser les gens mariés ? La multiplication des contraintes (fiscalisation des indemnités, limitation des activités annexes, interdiction de plus de trois mandats successifs, manière de reconnaître que ces sont des prébendes ou des privilèges dont il ne faudrait pas profiter trop longtemps, alors qu’en leur essence, il s’agit de fonctions utiles) et des contrôles de toutes sortes sur les élus éloignera un peu plus les gens de qualité des responsabilités politiques et, au contraire, y attirera davantage  les médiocres – et les aigrefins – (4). Selon un mot de Jean-Pierre Gérard (5), ce genre de lois a le même effet que les antibiotiques sur les bactéries : seules les plus résistantes, généralement les plus nocives, y survivent et prolifèrent.
Ces règles ne changeront pas la nature humaine et ce n’est pas en raison de tel ou tel abus ponctuel qu’il faut chaque fois chambouler la loi, généralement pour le pire. Renforcées, les règles n’en seront pas moins, n’en doutons pas, à leur tour, tournées. Français, encore un effort pour être vraiment libéraux, et cesser de vouloir tout réglementer au moindre écart !  Ne nous avait-on pas dit que Macron était un libéral !
Quant à l’obligation de produire un casier judiciaire vierge pour se présenter aux élections, c’est, comme la parité, une nouvelle atteinte à la démocratie : que ne se contente-t-on de le rendre public, laissant aux électeurs le soin d’en tirer ou non les conséquences ?
Si une seule loi de moralisation était nécessaire, ce serait pour compléter le dispositif qui, depuis 1789 interdit à la justice d’interférer avec le processus politique et administratif. Les lois des 16 et 24 août 1789, du 16 fructidor an III, du 31 mars 1914 (article 110 du Code électoral), du 2 mars 1982 (sur les Chambres régionales des comptes), dont l’esprit est pourtant clair, n’ont pas suffi à empêcher la malheureuse affaire Fillon. Si l’on veut encore préserver une certaine idée de la République, il est urgent de compléter ce dispositif. 
 
(1) Causeur, 13 février 2007 : Vive le travail en famille !
(2) Déclaration faite à la suite de la victoire de Syriza aux élections de Grèce, 16 janvier 2015
(3) Cf. Roland Hureaux, La grande démolition, la France cassée par les réformes , Buchet-Chastel 2012.
(4) Ce que l’on croit savoir de la nouvelle vague d’élus – et du filtrage qui a été opéré dans les vieux partis, pourrait en apporter une confirmation.
(5) Président du G21

Paru sur roland.hureaux.over-blog.com, août 2017  

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