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HUREAUX  Roland

HUREAUX Roland

Né le 14 juin 1948
Marié  -  enfants
 

Essayiste

Ecole normale supérieure (Saint-Cloud)
Institut d'études politiques (IEP)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Agrégé d’histoire
 
Sous-préfet
Diplomate
Conseiller technique
à la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR)
Conseiller
     Cabinet du président de l’assemblée nationale (Philippe Séguin)
     Cabinet du Premier ministre (Edouard Balladur)
Professeur associé à l’Institut d’études politiques de Toulouse
Rapporteur à la Cour des Comptes. 
 
Ouvrages
Un avenir pour le monde rural (1993) - Pour en finir avec la droite (1998) - Les hauteurs béantes de l’Europe (1999) - Le temps des derniers hommes (2000) - Les nouveaux féodaux (2004) - Jésus et Marie-Madeleine (2005) - L’actualité du gaullisme (2007) - L’Antipolitique (2007) - La grande démolition (2012) - Gnose et gnostiques des origines à nos jours (2015)

Articles
Publiés dansCommentaire, Communio (Revue catholique internationale) , La Revue des deux mondes,   Liberté politique, Le Figaro, Le Monde, Libération, Marianne, … etc.
Membre du comité de rédaction de Commentaire.

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Suppression du mot "race"

Publié dans En France
Le mot race disparait de la constitution : un pas de plus vers l’orwellisation de la société
 
Etonnante coïncidence : le jour où était présenté dans la plupart des librairies de France une nouvelle traduction de "1984", le chef d’œuvre de George Orwell, l’Assemblée nationale votait à l’unanimité la révision de l’article 1er de la Constitution :
"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion."
Désormais le mot race a été supprimé et le mot sexe a été rajouté.
 
Il y a beaucoup à dire sur cette révision.
D’abord la vulgarité de la démarche. "Il ne faut toucher aux lois que la main tremblante" (Montesquieu) ; c’est particulièrement vrai des lois constitutionnelles. Si chaque président nouvellement élu veut la réviser à sa guise, c’est qu’il n’y a plus de constitution. La constitution n’est plus un texte sacré : elle perd son caractère de loi fondamentale au-dessus des autres lois. Gardien des institutions, le président ne doit y toucher qu’avec crainte et tremblement. 
Chirac a procédé à 14 révisions (De Gaulle 2, Pompidou : 0, Giscard d’Estaing : 2, Mitterrand 3). Sarkozy a, le premier, procédé à une révision de grande ampleur touchant un tiers des articles. Macron s’y met à son tour. Si sa rivale l’avait emporté, nous n’y aurions pas non plus échappé : elle avait, elle aussi, un ample programme de révision constitutionnelle. Ne rien tenir pour sacré, se croire fondé à toucher à tout, c’est cela la vulgarité.
 
On peut également relever que les grandes erreurs législatives, les lois que toute une génération regrette, ont été généralement votées à l’unanimité : la loi Pleven de 1972 contre l’incitation aux discriminations, la loi Giscard de 1973 barrant l’accès de l’Etat aux avances de la Banque de France, la loi Gayssot de 1990, la Loi organique sur les lois des finances, dite Lolf de 2001 qui a largement contribué à désorganiser l’Etat et dont Macron se propose de pousser la logique encore plus loin. Donc méfiance.
 
Surtout, l’idée de supprimer le mot race pour supprimer le racisme, parfaitement absurde, confirme l’orwellisation de la société.
L’idée de réformer le vocabulaire pour réformer la société est typiquement totalitaire. Ne nous y trompons pas en effet : aujourd’hui, c’est la seule constitution qui est visée ; demain employer le mot race sera passible de poursuites.
Et pourtant elles existent, comme aurait dit Galilée. Il se dit à ce sujet n’importe quoi : "il n’y pas de races, il y a une seule espèce humaine". Certes nous ne composons qu’une seule espèce, au sens zoologique du terme, c’est à dire un seul groupe entièrement interfécond. Mais cela ne veut pas dire qu’en dessous de l’espèce, n’existent pas des subdivisons selon la couleur de la peau ou d’autres critères, communément appelées, dans l’espèce humaine comme dans beaucoup d’espèces animales, des races. Certes, il faut en relativiser le contenu : les différentes races étant interfécondes et de ce fait, il y a eu et il y a de nombreux métissages qui font intrinsèquement partie de la réalité humaine. Il se peut même que les différences culturelles soient plus pertinentes que les différences de couleur de peau. N’empêche : les races existent et il est antiscientifique de le nier.
 
Quand on sait combien les fondateurs de la République étaient attachés à la science, cette attitude antiscientifique, qui conduit à nier des réalités objectives, peut être tenue pour une atteinte au principe républicain.
A côté de la science, il y a le droit. La suppression du mot race à l’article 1 signifie-il que les distinctions de race seront désormais autorisées ou alors que leur réglementation ne sera plus du domaine que de la loi ordinaire ? A la lettre, oui. Un adversaire de l’avortement demandait récemment que le mot avortement disparaisse de la législation ; c’est ce qu’on a fait au Canada où désormais, contrairement aux attentes de ce monsieur, l’avortement n’est plus soumis à aucune limite.
Changer les mots pour changer les choses, c’était déjà le principe de la loi Taubira instaurant le "mariage" pour tous, de bout en bout inspirée par la théorie du genre selon laquelle les distinctions de genre ne sont pas pertinentes, le sentiment qu’un individu peut avoir de son "genre" étant entièrement de nature culturelle : mâles et femelles sont fongibles en tout. Comme les idéologues n’en sont pas à une contradiction près, dans la révision de la constitution, le mot sexe a au contraire été rajouté.
On pourrait évoquer bien d’autres faits qui tendent à réduire la langue pour maîtriser les esprits. Ainsi toutes les formes de langues de bois : non voyant pour aveugle, troisième âge pour vieux, "partir" pour mourir, frappes pour bombardements, (comme si les B 52 se contentaient de distribuer des claques !) etc.  En toute choses le virtuel se substitue au réel.
Aujourd’hui, les races n’existent plus, demain sera-ce-le tour de la liberté ? 
Envoyé par l'auteur,28 juillet 2018

Centenaire de l'été 1918

Publié dans Devant l'histoire
Souvenons-nous des admirables batailles de 1918
 
Quels que soient les remous de l’actualité, il est fort regrettable que personne n’ait pensé à célébrer comme il le convenait le centenaire des batailles de l’été 1918 qui virent l’armée française prendre définitivement le dessus sur l’armée allemande en Picardie et en Champagne.
Pendant tout le printemps, le commandant en chef allemand, le général Ludendorff, tente de manière forcenée de percer le front français après avoir reçu le renfort des soldats du front de l’Est libérés par la défection russe (traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918) et avant l’entrée en guerre des Américains, sans y parvenir :  couronnée de succès au début en Picardie (mars), sur l’Aisne (mai) et en Champagne (juillet) l’offensive se heurta à la solidité de l’armée française. Paris vit s’approcher l’ennemi à 70 km et fut sous le feu de la grosse Bertha à partir de du 23 mars.
Devant cette situation critique, Clémenceau promut Foch : "Je me suis dit : essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! J'ai laissé cet homme sensé, plein de raison qu'était Pétain ; j'ai adopté ce fou qu'était Foch. C'est le fou qui nous a tirés de là !". Le ministre radical choisissait Foch le catholique contre Pétain le sceptique.
 
Les Allemands laissèrent près de 800 000 hommes dans la bataille.
L’attaque allemande, bloquée, c’est l’armée française qui, à partir de juillet 1918, prit l’offensive au travers des admirables batailles de juillet et août. 200 000 soldats français ont été tués ou blessés du 15 au 30 juillet 1918. Le 28 septembre, Foch déclenchait l’offensive générale.
Des faits d’armes spectaculaires marquent cette contre-offensive, appelée aussi seconde bataille de la Marne. Le 18 juillet, à Villers Cotterêts, le général Mangin, déboula d’une forêt au petit matin sans prévenir avec 320 chars et une nuée d’avions mettant en déroute les armées allemandes qui avaient fait une percée vers Epernay. Qui ne reconnait dans ce scénario ce qui advint dans les Ardennes le 10 mai 1940, mais cette fois ce sont les Allemands qui appliquèrent cette méthode et les Français qui, entretemps l’avaient oubliée ! Officier colonial comme Mangin, le général Gouraud fut également admirable.
 
Contrairement à ce que beaucoup ont appris à l’école, ce n’est pas l’armée américaine qui a gagné la bataille de 1918. Très peu d’éléments eurent le temps de monter au front : malgré des faits d’armes courageux (à Saint-Mihiel par exemple), les troupes américaines, habillées, armées et formées par les Français (comme, rappelons-le, les troupes françaises devaient être équipées par les Américains en 1944) pâtirent de leur inexpérience. Leur principale contribution fut de doper le moral des Français qui savaient qu’ils allaient finir par arriver. Les Anglais étaient, quant à eux, épuisés.
Ce fut donc essentiellement une bataille entre Français et Allemands ; l’armée allemande, n’ayant plus qu’un seul front était la plus puissante que nous ayons eu à affronter. L’armée française de 1918, forte de l’expérience de 4 ans de guerre, équipée de plus de 2 000 chars Renault (pour une cinquantaine chez les Allemands qui ne croyaient pas à cette arme) fut la plus efficace que nous ayons eue depuis 1815.
Une armée galvanisée par Clémenceau, président du conseil depuis le 16 novembre 1916, admirablement commandée par Foch, fait "général en chef des armées alliées en France" le 14 avril et maréchal le 7 août.
 
Cette victoire résulte de la combinaison heureuse d’une défense méthodique organisée par Pétain qui démultiplie en profondeur les lignes de repli et de l’esprit offensif de Foch et de ses hommes , Castelnau, Mangin, Degoutte etc. 
Aussi longtemps que Foch vécut, les deux écoles continuèrent à se compléter au sein des armées.
A partir de sa mort en 1929, Pétain, dernier maréchal encore en vie, devient la seule référence. Prévalut alors l’esprit défensif incarné par la ligne Maginot. Les leçons de 1918 oubliées, les partisans d’offensive (tel le colonel de Gaulle) marginalisés, on sait ce qui advint.
Une célébration de ces événements parmi les plus glorieux de notre histoire, aurait permis de dégonfler, au moins auprès des plus jeunes, certains mythes en rappelant que les Américains ne jouèrent qu’un rôle d’appoint et que les Français l’emportèrent en partie par leur avance mécanique !  
On aurait pu aussi célébrer l’amitié avec l’Italie dont les régiments venus à la rescousse sur la Marne perdirent 4 000 hommes dans la seule journée du 14 juillet 1918.
Que la France de Macron refuse de célébrer de tels événement, qui s’en étonnera ?
On dira qu’il ne faut pas vexer nos amis allemands : mais ce sont eux qui étaient chez nous et non l’inverse ; l’armée française accomplit ces exploits admirables pour défendre son sol et non pour envahir celui des autres. 

Envoyé par l'auteur, 28 juillet 2018

Après la crise qui vient : ...

Publié dans De par le monde
Après la crise qui vient : sur quoi fonder une nouvelle organisation financière internationale ?
 
 
Un titre récent d’un grand journal du matin n’était pas fait pour rassurer : "Faut-il craindre une nouvelle crise financière ?". Etats d’âme passagers comme les marchés en connaissant souvent ? Mais le titre du dernier livre de Jacques de Larosière n’est pas non plus réjouissant : Les lames de fond se rapprochent (1).
Jacques de Larosière n’est pas n’importe qui : président du FMI (1978-1987), gouverneur de la Banque de France (1987-1993), puis de la BERD (1996-1998), il est un des architectes de l’ordre économique et financier international qui prévaut depuis le tournant des années quatre-vingt, à l’instar des Trichet, Camdessus, Lamy, Attali. Les Français, faut-il vraiment s’en féliciter ? ont joué un rôle clef dans la mise en place de l’ordre qu’on qualifiera d’une formule un peu facile de néo-libéral.
De tous ceux-là, Larosière est à notre connaissance, et c’est tout à son honneur, le seul à exprimer des doutes sur les choix qui ont été imposés au monde depuis quarante ans. Dans ses conférences, il n’hésite pas à se demander même si la libre circulation généralisée des capitaux, instaurée vers 1987, était vraiment une bonne chose. Venant de tout autre, une telle opinion, aurait relégué son auteur dans les ténèbres de l’obscurantisme protectionnisme et de l’archaïsme. Venant de lui, elle mérite attention.
 
Le système néo-libéral de la fin du XXe siècle
Les choix en cause, devenus des dogmes depuis trente ans, sont, outre la libre circulation des capitaux, la libre circulation de marchandises, sous les auspices de l’OMC longtemps présidée par Pascal Lamy, et le choix fait par toutes les banques centrales de donner la priorité sur toute autre considération, à la stabilité des prix. On peut y ajouter, pour ce qui est des pays européens, le choix de l’euro dont la charte est exclusivement orientée vers la lutte contre l’inflation.
Pourquoi donc tant d’inquiétudes ? C’est que ces principes, établis pour maitriser entièrement la sphère financière, n’ont pas empêché le gonflement démesuré de la masse monétaire mondiale, estimée aujourd’hui par certains à 800 000 milliards de dollars, soit beaucoup plus que ce qui est nécessaire pour assurer la marche de l’économie modale (environ 200 000 milliards pour un PIB mondial de 80 000 milliards de dollars). L’inflation est un mot qui a deux significations : la hausse des prix et des salaires (la fameuse "spirale" où l’une entraine l’autre), le gonflement de la masse monétaire. Alors que depuis l’origine des temps, les deux allaient ensemble : la multiplication des signes et la hausse des prix, il n’en va plus de même dans le monde actuel : malgré une masse monétaire explosive, les prix (au moins ceux des biens de consommation) et les salaires restent stables.
 
Loans make deposits : les prêts font les dépôts, le crédit fait la monnaie. Si la masse monétaire mondiale s’est ainsi développée, c’est que les prêts ont été abondants : prêts aux Etats, prêts à des débiteurs insolvables (subprimes). L’inflation de la masse monétaire mondiale repose sur la multiplication des crédits un peu partout dans le monde mais singulièrement aux Etats-Unis et dans la zone euro où la Banque centrale européenne pratique depuis quelques années (à peine un peu moins depuis quelques mois), le quantitative easing, autre nom de l’inflation, destiné à maintenir, voire relancer l’économie.
C’est grâce à ce "QE" et à rien d’autre que l’économie européenne - et internationale - parait aujourd’hui sur la voie de la relance, ce qui profite à la popularité de Macron.
Cette immense pyramide de crédits, élevée au-delà de ce qui est nécessaire pour faire marcher l’économie mondiale, a toujours dans l'histoire pour effet de se terminer par une crise financière et économique. Il est commun de l’assimiler à une bulle : plus elle gonfle, plus elle risque d’éclater. C’est alors l’épreuve de vérité pour le tissu économique : les plus aventurés disparaissent, les plus solides résistent. La masse monétaire se réduit, l’économie se ralentit pour repartir plus tard sur de nouvelles bases, mais au prix d’immenses dégâts économiques et sociaux.
Ce qui s’est passé en 2008 était une première alerte qui aurait dû conduire à un assainissement. Mais le souci d’éviter un cataclysme mondial, de contrôler les possibles effets systémiques des faillites a amené les banques centrales à consolider un peu partout les actifs douteux, voire "pourris", lesquels sont en partie restés dans les bilans des banques.
Non seulement l’excès de liquidité n’aura pas été résorbé mais il a alimenté une nouvelle hausse de la bourse qui a atteint des records au cours des derniers mois, hausse dont la fragilité inquiète.
Il y a certes toujours eu des cycles dans l’économie mondiale mais depuis la grande dépression de 1929 jusqu’à 2008, ces crises avaient été contenues. Beaucoup doutent, au vu de l’envol de la masse monétaire auquel nous assistons, qu’il en sera toujours ainsi.
 
La conséquence : des dérives aujourd’hui incontrôlables
En quoi ces dérives sont-elles l’effet de l’ordre néo-libéral tel qu’il a été mis en place au cours des années 80 ?
D’abord, la stabilité des prix empêche d’éponger les liquidités supplémentaires injectées dans l’économie mondiale. Une inflation modérée (disons entre 4 et 15 %) avait permis durant les Trente Glorieuses d’éponger les liquidités en excès. Nul mécanisme de ce type n’existe aujourd’hui. L’abondance de l’épargne face à des occasions d’investissements réels limités tire vers le bas les taux d’intérêt. L’inflation des signes monétaires n’ayant plus de prise sur les prix et salaires, se répercute sur les biens d’investissement plus ou moins spéculatifs (actions, objets d’art, titres douteux) au risque d’en gonfler artificiellement la valeur et d’alimenter les bulles.
Ensuite, la multiplication des déséquilibres gonfle l’endettement d’une partie des agents et donc la croissance de la masse monétaire, le crédit appelant le crédit pour combler les déficits. Or un mécanisme comme l’euro est intrinsèquement générateur de déséquilibres de la balance des paiements des Etats membres et même des budgets publics. Dès lors que le rythme d‘inflation "naturel" et relatif des différents pays de la zone euro, du fait des différences historiques et sociologiques entre eux, est inégal, et cela quel que soit le volontarisme déployé, les uns seront de plus en plus créanciers (essentiellement l’Allemagne), les autres de plus en plus débiteurs (tous les autres dont la France). La zone euro est ainsi privée du moyen de rétablir les équilibres entre ses membres par des ajustements de parité, solution qui avait prévalu sans inconvénient majeur après la guerre.
 
L’autre grand facteur de déséquilibre est le couple Etats-Unis – Chine. Les Etats-Unis ont pris l’habitude, grâce au rôle international du dollar, d’être déficitaires ; la Chine qui veut rattraper le train des grands pays industriels fonde sa croissance sur l’exportation et se trouve donc excédentaire. Il a là des stratégies géopolitiques qui échappent aux autorités monétaires nationales ou internationales mais n’en sont pas moins, elles aussi, un facteur de déséquilibre. En faisant entrer la Chine à l’OMC en 2000, les Etats-Unis ont renoncé au seul moyen de la contraindre à un rééquilibrage (passant par une réévaluation du yuan) : la menace de droits de douanes. 
La liberté de circulation des capitaux jointe aux nouveaux moyens électroniques d’opérer des transactions ont abouti, à partir de ces déséquilibres de base, à une spéculation mondiale qui a eu un effet multiplicateur.   
 
Enfin le libre-échange généralisé a, comme l’avait bien vu Keynes, un effet dépressif en coupant le moteur keynésien de la plupart des pays (les plans de relance y stimulant surtout les importations !) et ne laissant d’autre voie de développement que le mercantilisme (Allemagne, Chine) que seuls les plus compétitifs peuvent choisir, avec des effets destructeurs sur les autres économies.
Le principal problème des économies modernes depuis le XIXe siècle est la difficulté d’ajuster l’offre et la demande, difficulté qui est la cause de crises périodiques (cycles Juglar) qui marquent l’histoire économique : il est clair que, plus grand est l’espace à gérer, plus difficile sera cet ajustement. L’intérêt du protectionnisme – ou à tout le moins d’une flexibilité monétaire assurant les rééquilibrages au jour le jour -, est de faciliter, au travers un certain cloisonnement, la constitution d’alvéoles où la réalisation des équilibres est plus facile. Comme dans un engin sous-marin, l’addition de caissons autonomes assure la stabilité de l’ensemble.
Déséquilibres grandissants, expansion du crédit et donc de la masse monétaire : le mécanisme de la crise à venir est en place.
Comment se déroulera-t-elle ? Quelle en sera la gravité ? Quels en seront les effets ? Il est difficile de le dire à ce jour. Ce qui est certain, c’est qu’un certain ordre financier international aura vécu. 
 
Quel système financier pour l’avenir ?  
Peut-on, à partir des considérations qui précèdent, esquisser les principes sur lesquels devra être fondée l’économie mondiale après la crise ? On peut le dire : en gros le contraire de ceux qui prévalent depuis quarante ans.
Le but étant de contrôler la masse monétaire, la première chose à faire pour cela est de ne pas se fixer comme un objectif absolu une inflation la plus basse possible. Une inflation modérée n’a rien à voir, quoi que prétendent certains idéologues, avec une inflation galopante ; elle doit permettre cependant d’éponger en continu les liquidités excessives, du simple fait de leur dépréciation par rapport à la valeur de la production. Ajoutons qu’elle peut faciliter les ajustements structurels que l’on cherche en vain depuis des années à réaliser à froid dans un pays comme la France.
Il importe ensuite de contrôler les sources de déséquilibre par un éclatement de la sphère économique internationale en "zones monétaires optimales" (ce que n’est manifestement pas la zone euro) régulées par le marché, c’est-à-dire par des changes flottants. Les dragons d’Asie montrent que l’on peut très bien affronter la compétition internationale avec de "petites monnaies". Le développement des marchés à terme et des transactions électroniques limite les inconvénients du pluralisme monétaire. L’euro est à cet égard, un archaïsme qui aura bientôt vécu. 
La flexibilité des changes devrait rendre inutile le retour du protectionnisme sauf pour protéger des secteurs stratégiques en nombre limité. La gestion de ces exceptions pourrait être l’objet d’une OMC libérée du dogme du libre-échangisme absolu.
Enfin la régulation internationale de la circulation des capitaux selon des modalités qui restent à définir, devrait limiter l’effet multiplicateur pour garder à la masse monétaire une taille raisonnable. Des milliards ne devaient pas pouvoir s’échanger en quelques nanosecondes.
Un tel schéma ne préjuge évidemment pas de l’évolution des politiques de ces deux grands acteurs mondiaux que sont les Etats-Unis et la Chine, dont on peut seulement espérer que l’égoïsme sacré qui en est le principe aura des effets en cohérence avec les exigences d’un ordre financier mondial minimal qui est aussi, bien évidemment, dans leur intérêt.
Roland HUREAUX, auteur de D’une crise à l’autre, Mondialisation, euro, France, Allemagne, Ed Libres, 2017
(1) Odile Jacob, mai 1917

Envoyé par l'auteur, publié dans la Revue politique et parlementaire n° 1087-1088, avril-septembre 2018

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