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JESSEY de Madeleine

JESSEY de Madeleine

Née le 21 juillet 1989






Ecole normale supérieure (Ulm)
Agrégée de Lettres classiques
Doctorante en Littérature comparée
Chargée de TD à la Sorbonne


Co-fondatrice et porte-parole de Sens Commun (depuis 2013)

http://madeleinedejessey.fr

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Les Veilleurs et Nuits Debout

Publié dans Du côté des élites
Quand les Veilleurs faisaient des Nuits Debout
 
Comme beaucoup d'autres médias dernièrement, France Info consacrait hier un reportage d'une étonnante bienveillance au phénomène Nuit Debout. Les auditeurs pouvaient alors entendre le décryptage d'un sociologue qui, à l'instar de bien d'autres, évoquait avec engouement une "forme de contestation inédite en France."
 
C'est avoir la mémoire étonnamment courte - ou volontairement oublieuse. Car il y a trois ans, nous étions, nous aussi, plusieurs milliers de jeunes à veiller, assis ou debout, place Vendôme ou place Dauphine ; place des Invalides ou place de la Concorde ; place de la Sorbonne ou place de la République... Nos veillées se démultipliaient même dans les villes de provinces comme un relais de sentinelles dans la nuit. Nous étions plusieurs milliers de jeunes, assis à la lueur de quelques bougies, à ressusciter la verve de Victor Hugo, à lire religieusement L'Homme révolté de Camus, à déclamer avec passion les exhortations de Gramsci, à méditer en silence les pensées lumineuses de Chantal Delsol et les réflexions impertinentes de Fabrice Hadjadj. Nous nous interrogions ensemble sur les maux d'une civilisation en quête de repères et sur les espoirs dont nous pourrions être porteurs.
Nous n'admettions pas de casseurs parmi nous, car nous savions que la non-violence est la plus grande arme des indignés ; nous n'allions pas assiéger les commissariats lorsque plusieurs centaines d'entre nous étaient violemment embarqués en garde à vue pour s'être assis quelques heures en silence, car nous étions là, précisément, pour protéger et pour construire ; nous ne retirions pas les pavés des rues pour y creuser des potagers, car nous aspirions d'abord à "cultiver notre jardin" sans saccager celui des autres ; nous ne dégradions jamais aucune place, car nous étions là, et nous le savions, pour honorer la mémoire des siècles, l'effort de nos pères et la beauté de nos villes.
 
Alors non, Messieurs les sociologues, Messieurs les grands médias nationaux émerveillés devant "pareil phénomène", ne vous en déplaise : Nuit Debout n'est pas "une forme de contestation inédite en France". Ce qui est tout à fait inédit, en revanche, c'est la bienveillance médiatique, politique et gouvernementale dont ces nouveaux "veilleurs" font l'objet, en grande partie grâce à vous. Et là, il y aurait bien des choses à dire, et nettement plus intéressantes. Mais peut-être est-ce trop vous demander…
Paru sur Figarovox, 12 avril 2016

Corse, ... fractures françaises

Publié dans En France
Corse : le reflet des fractures françaises
 
La Corse aura décidément alimenté l'actualité de cette période de Noël. Souvenez-vous, le 17 décembre 2015 : le candidat nationaliste Jean-Guy Talamoni faisait grincer les dents du continent en prononçant devant l'Assemblée régionale son discours d'installation… en corse. Il aura fallu à peine plus d'une semaine à l'île de Beauté pour attirer une nouvelle fois l'attention des médias : dans la nuit du 24 au 25 décembre, deux pompiers et un policier sont blessés à la suite d'un guet-apens tendu par des jeunes du quartier de l'Empereur, à Ajaccio. Le lendemain, la manifestation de soutien aux victimes de ces agressions se transforme en vendetta : une salle de prière musulmane et le lieu du drame sont saccagés.
À première vue, aucun lien ne saurait être établi entre ces deux événements. Et pourtant, ils procèdent tous deux d'un même état de fait, pour le moins inquiétant : la dissolution progressive de l'unité de notre pays.
 
Commençons par le discours de Jean-Guy Talamoni. Certes, la langue française ne saurait suffire à définir la France, puisqu'elle est également parlée dans d'autres pays (Belgique, Suisse, Canada, Congo…). Ce qui fonde en revanche la spécificité de notre nation, c'est d'avoir en 1539 imposé la langue française pour tous les documents relatifs à la vie publique du royaume à travers l'édit de Villers-Cotterêts. Notre Constitution s'inscrit aujourd'hui dans la continuité de cet acte fondateur, lorsqu'elle dispose que "la langue de la République est le français".
En prononçant son discours en corse, c'est à l'unité nationale que Jean-Guy Talamoni cherchait à s'en prendre. Le gouvernement s'en est ému. Et pourtant, François Hollande n'a-t-il pas bataillé ferme, durant les régionales, pour faire adopter la Charte européenne des langues régionales et minoritaires et reconnaître ainsi la "diversité linguistique" de la France ? C'était même l'une de ses promesses de campagne. Si ces langues font en effet partie de notre patrimoine culturel et doivent être préservées comme telles, il est singulier de voir le gouvernement se démener autant pour leur promotion, et si peu pour l'apprentissage du français. Les langues régionales auront été érigées en cause nationale tandis que le niveau de français de nos élèves ne cesse de se dégrader.
Ce qui devait arriver arriva : à force de privilégier la "diversité" sur l' "unité", à force de fonder leur action politique sur l'intérêt des minorités au détriment du bien de tous, nos dirigeants ont sapé l'idée même d'une communauté de destin, et la Corse a pris le large.
 
Venons-en maintenant aux incidents qui ont eu lieu jeudi dernier, de l'agression des pompiers aux scènes de saccage. On connaît la propension des Corses à se faire justice eux-mêmes. Mais ces violences traduisent moins une spécificité régionale que la désolante faillite de l'État. C'est parce que l'État a perdu certains quartiers que nos forces de l'ordre et nos pompiers n'y pénètrent plus sans craindre pour leur vie, livrant ainsi les populations qui y habitent à la loi de la terreur ; c'est parce que l'État ne punit plus les délinquants que les citoyens sont tentés de se faire justice eux-mêmes, au risque de faire sombrer notre pays tout entier dans la guerre civile.
Manuel Valls dénonçait vendredi soir l'agression "intolérable" et la profanation "inacceptable" dont Ajaccio venait d'être le théâtre, tout en appelant au "respect de la loi républicaine". Il ne suffit pas, hélas, de dénoncer un mal pour le faire disparaître. On nous répliquera sans doute que les coupables sont en ce moment même recherchés et qu'ils seront arrêtés sous peu… Mais tout le monde sait bien qu'ils seront vraisemblablement jugés des mois et des mois plus tard, avant d'être finalement relâchés pour retourner dicter leur loi dans leurs quartiers, au plus grand découragement des forces de l'ordre, dont la tâche relève du tonneau des Danaïdes. Dans ces enclaves où règne sans partage la loi du plus fort, comment croire encore en la vertu de la "loi républicaine" ? Comment voir dans les "valeurs de la République" autre chose que des incantations purement théoriques destinées à orner les discours de nos ministres?
 
Ces événements se reproduiront. Ils se multiplieront même, tant que nous fermerons les yeux sur la terreur à laquelle nous avons livré certains quartiers. Il est encore temps d'agir, en instaurant, par exemple, un corps de préfets qui auraient pour unique mission de sécuriser parcelle après parcelle le territoire sensible qui leur serait confié. Ce travail de sécurisation s'accompagnerait d'une authentique politique de développement, destinée à restaurer l'autorité de l'État, les commerces de proximité non communautaristes et le rôle fondateur que doit jouer l'Éducation pour faire aimer la France - et le français.
Si nous n'agissons pas, il est à craindre que la France de demain ne soit plus qu'un agrégat de minorités, une mosaïque d'îlots gangrenés par la radicalisation et la haine du pays. Ce risque est réel, et notre gouvernement, pour le moment, n'en a toujours pas pris la mesure. Car ceux-là mêmes qui se seront plus que jamais réclamés des "valeurs républicaines" assistent aujourd'hui, les bras croisés, au délitement progressif du premier fondement de notre République : son indivisibilité.
Paru dans Le Figaro, 28 décembre 2015

Oui à la droite des valeurs

Publié dans Du côté des élites
Oui à la droite des valeurs, non au pseudo-progressisme
 
À un mois des régionales, le bilan calamiteux du gouvernement ne laissait guère de doute : les socialistes devaient être les grands perdants de ces élections. Hier soir, ils ont finalement réalisé l'exploit d'éviter la déconfiture. Le 13 novembre et ses suites ont très certainement contribué à changer la donne. Mais le Parti socialiste aura surtout bénéficié de la stratégie hasardeuse et de l'aveuglement des Républicains.
Cette stratégie a d'abord érigé l'exigence du rassemblement en principe absolu. Ce qui devait arriver arriva : les calculs comptables furent privilégiés au détriment du cap que nos électeurs attendaient légitimement et que nous réclamons depuis notre création. Il y a un an, déjà, nous mettions en garde notre propre famille politique dans les colonnes du Figaro : "à vouloir ménager tout le monde, on court le risque de ne satisfaire personne." C'est le scénario qui s'est produit : à force d'avoir misé sur l'unité, le parti a dilué son message et perdu ses électeurs.
Car cette unité, nous l'avons souvent vécue comme une trahison. On nous a contraints au mariage forcé avec des forces politiques aux idées parfois très éloignées de celles que nous défendons. Nous avons vu le MoDem obtenir sur nos listes un nombre exorbitant de places, alors même que son poids électoral était dérisoire. Nous avons dû subir, lors de nos meetings, les interventions de ceux-là mêmes qui appelaient à voter pour François Hollande en 2012.
Si le centre-droit a toute sa place dans notre projet politique, et si certains candidats centristes ont fait une belle campagne, notamment en Normandie, d'autres têtes de proue de l'UDI auront fait fuir une grande partie de nos électeurs dans les bras du FN. A Paris, à Marseille et ailleurs, nous nous sommes étranglés en entendant un Jean-Christophe Lagarde affirmer que l'histoire de France commençait à ses yeux en 1789. Ce même Jean-Christophe Lagarde qui se glorifiait, il y a peu, d'avoir caché à ses administrés que la salle municipale qu'ils finançaient à grands frais était en fait… une mosquée. Qu'avions-nous de commun avec ces gens-là ?
 
Sous l'influence néfaste de figures politiques dont on peine à comprendre ce qu'elles font encore chez nous, Les Républicains ont fait le choix de se déporter vers un modèle pseudo-progressiste et hors-sol, alors même que les Français n'ont jamais autant aspiré à une politique réaliste et patriotique. Il est invraisemblable que certains membres de notre famille politique n'aient toujours pas saisi le message que les électeurs leur ont une nouvelle fois adressé hier soir : alors que tout semble s'effondrer autour d'eux, les Français sont en mal de repères. Ils se sentent menacés de disparition, et leur identité, loin d'être heureuse, est au contraire inquiète. Ils sont inquiets face à une crise économique qu'ils imputent à une mondialisation débridée ; inquiets face à une concurrence déloyale qui les condamne à la faillite et au chômage ; inquiets face à une Europe dont ils n'ont plus la maîtrise et qui empiète toujours plus sur nos compétences nationales ; inquiets face à une politique sociétale clientéliste et idéologique, qui s'est acharnée à saper les modèles grâce auxquels notre pays s'est pourtant épanoui durant des siècles ; inquiets face à une école qui déconstruit plus qu'elle n'instruit, et qui renforce les inégalités en prétendant lutter contre elles ; inquiets face à une nation désintégrée qui a perdu certains de ses territoires et laisse l'islamisme radical y prospérer, avec la complicité de certains élus locaux.
 
La droite aurait dû s'emparer avec force de ces constats en y apportant les réponses tant attendues par les Français. Beaucoup de nouvelles figures l'ont fait, et les résultats étaient hier au rendez-vous : Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse ont en commun d'avoir proclamé haut et fort leurs convictions, d'avoir refusé copinages, compromissions et autres magouilles électorales. Ils incarnent aujourd'hui une droite au discours franc, une droite sérieuse et fière de ses valeurs. Une droite qui n'aura pas eu besoin du "front républicain" et des votes de la gauche pour l'emporter au second tour. De la même manière, les endroits où les résultats du Front national ont régressé correspondent aux bastions de ces candidats. Pourquoi ? Parce qu'ils sont représentatifs de l'aspiration des Français à une politique fondée sur des valeurs authentiques et claires : l'amour du pays, la défense de sa souveraineté, l'attachement à son histoire, à sa culture et à sa grandeur, le souci d'y promouvoir le travail, la justice et le mérite, de remettre l'homme au cœur de ses ambitions économiques et de faire des familles le socle de toute vie sociale.
Ces candidats ont d'ailleurs un autre point commun : ils présentent tous des visages neufs. Le message que les Français auront adressé à l'occasion de ce scrutin est en effet sans concession : ils aspirent à une alternative et, partant, à une nouvelle garde politique. Ils sont las de subir toujours "les mêmes". Las de voir revenir sur le devant de la scène ceux qui ont fait leur temps, sans succès. Las d'entendre les promesses présentes de ceux qui n'ont pas su tenir leurs engagements passés. Las de voir ceux qui ont échoué barrer la route aux vocations nouvelles. 2017 ne suscitera l'enthousiasme qu'à condition de voir monter des figures qui n'auront pas déjà déçu.
"Tout ce qui était n'est plus ; tout ce qui sera n'est pas encore. Ne cherchez pas ailleurs le secret de nos maux."Ce mal du siècle qu'Alfred de Musset décrivait en son temps s'applique tout aussi bien au nôtre. Les Français ont rejeté ce qui était ; ils aspirent aujourd'hui à ce qui n'existe pas encore : une formation qui rejetterait les excès sans avoir peur de décrire adéquatement le réel, qui aurait le courage de faire les constats qui fâchent tout en y apportant des réponses fermes et justes. Une droite forte de son exemplarité, fière de ses valeurs, amoureuse de sa patrie et de son peuple. A nous de la reconstruire !
Paru dans Le Figaro, 14 décembre 2015

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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