Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

KERROS de  Aude

KERROS de Aude

Née le 24 décembre 1947
Mariée – 2 enfants

Sculpteur, graveur
Essayiste


Nombreux voyages en Asie, Amérique du Sud, au Proche-Orient,
Séjour en Israël où elle séjourne plusieurs années (Père diplomate)
Sciences Po (IEP, Paris)  
Maîtrise de Droit

Fait le choix de la gravure avec la fréquentation des ateliers
     des graveurs Henri Goetz, S.W. Hayter et Johnny Friedlaender.
     Plus de 80 expositions en France et en Europe
     (Berlin, Munich, Mayence, Rome, Gênes, Londres et Varsovie)
Pensionnée par la Fondation Konrad Adenauer,
Lauréate de l’Institut de France (prix Paul-Louis Weiller, 1988)

Œuvres  
figurent dans les collections du
     National Museum of Women in the Arts de Washington.
Participation à l'exposition "De Bonnard à Baselitz"
     au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France à Paris.
Création d'une collection d’entretiens d’artistes pour l’Institut des Archives Sonores de Franklin Picard

Publications
Le non art : art officiel et international 1960-2000 (Conflits actuels, n°7, printemps 2001)
L’art en Révolutions(Les Cahiers de la Table Ronde, printemps 2005)
L’art caché (Commentaire, n°11, automne 2005)
Peut-on inculturer une contre culture ?("Kephas", novembre 2005)
La métamorphose postmoderne et les théoriciens de l’Art contemporain (Catholica, n°92, été 2006)
L’art contemporain : l’inéluctable schisme (Artension, n°28)
Marcel Duchamp détourné par la politique (Artension  n°36, 21 juillet 2007)
L’art sacré à la fin du millénaire (Liberté Politique, n° 16, 17, 18, 19 (feuilleton) 
Dialogue et transgression :
     La politique culturelle de la conférence des évêques de France (Liberté politique, n° 22)
Aliénations réciproques (Liberté politique, n°37)  

Divers articles
     sur les graveurs Jean Delpech, Albert Decaris, Sergio Birga, Pierre Yves Trémois, Jean Marie Granier, etc.

Ouvrages

L'art caché : les dissidents de l'art contemporain (2007)
Sacré Art contemporain : Evêques, Inspecteurs et Commissaires
(2012)

L’Art caché (2013)
L'Imposture de l'art contemporain (2015)

URL du site internet:

De l’hégémonie de l’AC...

Publié dans A tout un chacun
De l’hégémonie de l’Art contemporain à la concurrence
Le doute sur la pérennité de l’Art Contemporain ronge à juste titre les responsables des portefeuilles financiers. C’est dans ce contexte que réapparaît l’objet merveilleux….
 
La disparition de l’objet merveilleux de l’offre et de la visibilité
Les objets merveilleux ont pendant quelques décennies disparu de la visibilité de l’offre artistique. Ils restèrent cachés, rares, réservés à des amateurs discrets, pour leur plaisir. Jugés inégalitaires, trop universels, pas assez global-kitsch, ils furent rejetés par l’intelligentsia et les médias. À l’ère du produit artistique, financier, dérivé, sécurisé, ces objets n’étaient pas sériels, avaient trop de valeur intrinsèque : matériaux nobles, virtuosité, génie, sens.
Un haut lieu de présentation de ces objets merveilleux persista cependant à Paris contre vents et marées entre 1993 et 2011 : le prestigieux centre d’art Mitsukoshi, créé par le mécénat privé japonais, conçu comme un écrin, pour faire connaître en Europe les œuvres des maîtres japonais, considérés comme des "trésors vivants".
Ce lieu d’exception eut le malheur d’apporter la preuve qu’il était possible de créer dans le sillage d’une tradition millénaire. Les Institutions françaises n’ont pas admis cette modernité sans rupture. Ministère de la Culture, des Affaires Étrangères et Ville de Paris, ont ignoré avec ostentation le Centre Mitsukoshi, entraînant après eux les médias.
 
Retour de quelques "objets merveilleux"
Les expositions prestigieuses ont donc été quasi invisibles durant dix-huit ans…  découragés par ce mur de silence, les mécènes ont fermé les portes de ce lieu, avec le goût amer de l’échec.
Au mois de mai 2017 quelques "objets merveilleux" ont réapparu au Musée des Arts Décoratifs. Gonzague Mézin en est l’auteur. Créateur solitaire, il a eu l’idée de relever en 2015 le nom de la maison Lignereux, crée en 1787 pour disparaître en 1804. Elle a fourni rois et princes en objets de rêve et d’exception.
Les premières œuvres de Gonzague Mézin ont été exposées dans les salles consacrées aux productions de cette célèbre maison. Contrairement aux maîtres dinandiers Goudgi et Hervé Wahlen, autres créateurs actuels d’objets merveilleux (1), qui font de leurs mains toute leur œuvre, ce jeune créateur joue plutôt le rôle de chef d’orchestre en mettant à contribution plusieurs artistes et artisans dans la confection d’un objet.
Ainsi il accorde doreurs et céramistes, pour réaliser un projet longuement mûri : reprendre l’idée traditionnelle chinoise du socle en métal doré portant une céramique accompagnée d’ornements comprenant parfois plusieurs matières précieuses.
Le phénomène n’est pas sans portée et signification… la lassitude est extrême et générale vis-à-vis d’objets sériels, recherchés pour leur vulgarité et vacuité, occupant des hauteurs monétaires dépassant le million de dollars, réescomptés par ministères, institutions et très riches collectionneurs.
Le doute sur la pérennité de l’AC ronge à juste titre les responsables des portefeuilles financiers (2). C’est dans ce contexte que réapparaît l’objet merveilleux….
 
La valeur géopolitique de "l’objet merveilleux"  
La "merveille" de Gonzague Mézin en mai 2017 au Musée des Arts Décoratifs fut suivie d’une autre en juillet 2017 dans ce même lieu. Elle fut apportée par une délégation chinoise et montrée à un public convié à apprécier un aspect méconnu de l’art chinois actuel. Solitaire était la démarche de Gonzague Mézin, officielle et politique fut celle de la mission diplomatique chinoise…
Celle-ci, lors d’une réception, ouvre solennellement un coffre en bois de rose sculpté au fermoir en or.
L’écrin semble alors se déplier comme un éventail et laisse apparaître un paysage chinois sculpté dans le jade. Le public aperçoit un roseau aux feuilles d’or, une montagne, un rocher sur lequel se dresse un coq multicolore aux quatre yeux, serti de diamants, émeraudes rubis et perles.
Deux oisillons au duvet scintillant semblent prendre leur vol. Le coq et ses poussins symbolisent l’aurore, l’origine du monde, la création. C’est le premier signe du grand cycle zodiacal chinois. L’objet merveilleux est un écrin à bijoux destiné à une reine : les oisillons sont des boucles d’oreille, le coq est une broche, un anneau du roseau devient bracelet, une pousse forme le collier.
 
L’art chinois à l’honneur
Ce chef d’œuvre a lui aussi été conçu par un "chef d’orchestre" : Deng Dingsan, grand érudit, expert en objets d’art, artiste lui-même, producteur renommé de documentaires sur l’art chinois. Il a allié le travail virtuose de trois grands maîtres chinois : le sculpteur sur jade, Wang Shuwen, le sertisseur de pierres précieuses Feng Daoming, l’orfèvre Liu Hongbao, virtuose de l’or cloisonné.
On retrouve dans cette "merveille" qui veut "honorer la Chine", noble matière, beau métier, sens fort, désir de beauté et d’enchantement… tout ce qu’interdit la doxa de l’Art contemporain financier.
 
Fin de l’hégémonie ? Le monde serait-il devenu pluri-polaire ?
C’est un fait, le tournant est historique, depuis 2013 la Chine est presque constamment au premier rang du marché de l’Art contemporain. Elle ne se comporte pas cependant en suiveur de New York.
Elle fait certes la promotion d’artistes contemporains conceptuels selon les critères de New York, mais consacre aussi les peintres de la suite de l’Art chinois en les cotant au même niveau que l’AC (3).
Ainsi elle tire parti du système de l’art financier, de ses fonctions de com., de vie relationnelle globale, tout en défendant l’identité de l’art chinois. D’autres pays émergeants, reconnaissant la pertinence de ce libéralisme artistique qui respecte la concurrence, suivent son exemple.
La rivalité entre les deux leaders du marché des arts actuels, Chine et USA, fait de l’Europe un enjeu majeur. Celle-ci pour l’instant est dans un docile suivisme de New York : religion multiculturaliste pour les masses – global kitsch pour les élites financières.
 
Deux conceptions qui s’affrontent
La France est au cœur de la convoitise, jadis en tête du marché de l’art, elle ne représente plus que 4% du marché et ses artistes sont inconnus à l’intérieur et hors de ses frontières. Sa direction bureaucratique, ses inspecteurs de la création (sic), pendant 37 ans, ont apporté leur collaboration militante au système de New York.
Deux conceptions s’affrontent désormais sur la notion de haute valeur artistique. La Chine dans ce nouveau jeu a une grande supériorité sur la France : elle admet l’Art contemporain financier sans renier le grand’art pour autant…
Certains affirment que c’est sans conséquence… que la Chine est un marché fermé sur lui-même qui n’influence pas les goûts du monde… c’est sans compter sur le fait qu’il y a plus d’universalité dans les critères du beau, même emprunts de subjectivité et de préférences culturelles, que dans le sadomasochisme critique et conceptuel de l’AC. Par ailleurs, ce sont aujourd’hui les Chinois qui collectionnent la suite de l’art Occidental. Il y a donc réelle concurrence…
 
Un monde multipolaire
Nous sommes en 2017 dans un monde culturel international tout à fait nouveau. Il est désormais multipolaire et clôt un épisode hégémonique de trois décennies, après un long épisode bipolaire où l’Amérique s’est affrontée dans une guerre froide culturelle au système soviétique.
Plus encore, le président Xi Jinping s’est donné comme mission de réaliser le rêve chinois : être une grande puissance reconnue mais aussi une grande civilisation. C’est le sens de sa détermination à ressusciter la nouvelle route de la soie à la fois commerciale, politique et culturelle.
Il a voulu incarner cette stratégie politique d’influence, en faisant la commande de douze objets merveilleux sortis de mains de maîtres, fabriquées au long de douze années, illustrant le cycle du temps. Elles fondent symboliquement ce nouvel axe d’échanges qui souhaite déplacer le centre géopolitique du monde de New York au cœur du continent Eurasien.
Elles sont destinées à faire le tour du monde avant d’être exposées dans un grand musée chinois. Le monde doit compter avec la Chine, non comme une vulgaire ressource mondiale de travailleurs mal payés, mais en tant que civilisation.
Tel était le sens de la présentation de "l’objet merveilleux" au Musée des Arts décoratifs, en juillet 2017, par la mission diplomatique à laquelle aucun officiel du ministère de la Culture, du ministère des affaires étrangères et de la ville de Paris n’a eu la sagesse d’assister, pas plus que les grands médias.
 
De la politique manipulatrice à l’influence par la séduction 
Au contraire de ce qui est souvent pensé, l’État Chinois conçoit le travail d’influence comme une démarche de séduction, d’échange entre civilisations ayant une portée universelle. il honore ainsi l’autre civilisation à laquelle il s’adresse dans une relation entre égaux.
Il n’agit pas par manipulation secrète comme ce fut le cas des USA lors de guerre froide culturelle, puis de la période hégémonique aujourd’hui révolue, consacrant financièrement des œuvres essentiellement provocatrices, niant, ridiculisant, culpabilisant toute civilisation afin de mieux soumettre ses concurrents.
La Chine agit ici plutôt selon une tradition diplomatique jadis partagée universellement. Il n’y a pas si longtemps le Général de Gaulle utilisait la Joconde comme ambassadrice aux États-Unis.
 
Offrandes diplomatiques comparées – Global Kitsch contre Grand’art
Il n’est plus tout à fait exact en 2017 de parler d’un soft power américain œuvrant à assurer son hégémonie en dévalorisant la culture européenne parce qu’elle fait ombre aux cultures du monde dont elle défend vertueusement la diversité.
Il est plus juste aujourd’hui d’évoquer un travail de propagande plus "supra national", fabriquant les cotesglobal kitsch sur la place financière de New York.
En France la politique culturelle des institutions collabore à la légitimation civilisationnelle des artistes du très haut marché, offrant les hauts lieux, sous le prétexte d’une vertueuse mission : mater l’insupportablefrench arrogance.
Ainsi Jeef Koons met "Versailles en abîme", Anish Kapoor déshonore la reine en exhibant son vagin, Paul Mac Carthy, dresse un plug anal place Vendôme… avec l’argent du contribuable.
 
La catastrophe esthétique Koons
En 2017 également, a eu lieu l’annonce du royal cadeau de Jeef Koons à la municipalité de Paris : le concept de fleurs en plastique aux couleurs criardes, à installer devant le Palais de Tokyo. Le but étant d’opérer "un nécessaire travail de rupture et de déconstruction" de l’harmonie visuelle d’une architecture des années trente et d’un ensemble de statues des plus grands sculpteurs du XXème siècle..
Pétitions, lettres et signatures ont immédiatement circulé pour éviter la catastrophe esthétique de 3 millions d’euros imposée aux contribuables (seul le concept est offert). Quelques mois après le début de la résistance au projet on a pu lire dans Le Monde un article où Robert M. Rubin, ancien Président du Centre Pompidou Fondation, association américaine pourvoyant le Musée en œuvres américaines, contribuant à leur légitimation, dénonce l’inélégance du procédé.
La soumission des institutions françaises au marché financier de l’art apparaît aujourd’hui au grand public non seulement aberrante mais incompatible avec la déontologie du Service Public. Leur unique ligne de défense qui consiste à dénoncer le populisme d’un public non éduqué – ne tient pas. Ce sont les élites qui paraissent barbares.
À l’échelle du monde, au-delà du microcosme français de la rue de Valois, les hommes ont aujourd’hui la possibilité de choisir entre un art global kitsch nomade et totalitaire et le libre échange des arts et des cultures.
 
(1) Goudgi est défendu par la Galerie Claude Bernard. Hervé Wahlen par la Galerie Michel Giraud
(2) Ce marché très "financier" a stagné en 2015-2016, repart en 2017.
(3) AC acronyme de "Art contemporain" qui a l’avantage d’éviter la confusion entre une pratique conceptuelle et financière dominante et tout l’art d’aujourd’hui

Envoyé par l’auteur, paru sur Contrepoints, 22 septembre 2017

Bombardement du marché de l’art

Publié dans De par le monde
Bombardement historique du marché de l’art !
 
Enfin ! Thierry Ehrmann, créateur d’Artprice, d’ArtMarket et de la Maison du Chaos, tient ses promesses ! Il nous avait promis pour ce 30 juin 2017 un bombardement historique du marché de l’art. C’est en cours. Pourtant ce marché vient de connaître un moment de gloire entre Biennale de Venise, Documenta et Foire de Bâle, sans compter quelques records dans les salles des ventes, après deux années de grand creux.
Son premier missile est sémantique. Il nomme aujourd’hui le marché de "l’Art contemporain": "marché traditionnel". Il le définit et le délimite comme entièrement fondé sur les grandes galeries internationales, les salles des ventes et les Institutions fabriquant la valeur en réseau.
Les œuvres de ce marché, pour être "bankables", ne peuvent pas être vendues en dessous de 50 000 euros. Avec ironie, il désigne ce marché de l’AC (1)
1 non seulement comme « traditionnel » mais comme « réactionnaire », définissant ce système comme faisant en sorte que « tout change pour que rien ne change », selon la célèbre formule du Prince de Lampedusa.
 
L’émergence de "l’Art Caché"…
Thierry Ehrmann n’en reste pas là, il fait apparaître sémantiquement l’autre marché, l’invisible, l’inexistant, plongé dans l’ombre par médias et institutions. Il le nomme, "marché OTC", "over the counter", par-dessus le comptoir.
Après une longue accumulation de "Big Data" et d’études de marché, il l’évalue, en considérant le produit des transactions comme sept à neuf fois plus élevé que "le marché traditionnel", Il emploie la métaphore de l’iceberg pour décrire cette situation : le marché traditionnel hypervisible et hypercoté de l’Art contemporain, correspond à un million de transactions en ventes publiques et 3 millions en ventes privées (galeries, etc…) alors que l’ensemble du marché de l’art mondial, invisible, est, lui de 30 millions de transactions.
Grand disrupteur devant l’Eternel, Thierry Ehrmann nous annonce aujourd’hui qu’il a rassemblé les moyens de rendre visible et commercialisable sur le marché OTC, toute la partie rejetée systématiquement par les institutions de l’Art d’aujourd’hui pour cause de non contemporanéité. Et c’est le "blast" !
 
Comment Thierry Ehrmann est devenu l’Uber de l’art
Sa stratégie est implacable. Il sait ce qu’il fait. Il connaît parfaitement à la fois le "marché traditionnel de l’art y compris contemporain" et l’expérience de la disruption puisqu’il a commencé à la pratiquer en 2015 en rendant accessibles, gratuitement, sur l’Iphone de tout un chacun, la grande majorité des données concernant les cotes des artistes.
Il sait que toute disruption court-circuitant un intermédiaire crée du profit. Encourageant ainsi les ventes en ligne, moins onéreuses, il rend les galeries non rentables et inutiles, excepté bien sur celles qui en réseau fabriquent des cotes de l’AC.
Puis il a longuement préparé l’étape suivante, celle de la disruption générale : il a créé une salle des ventes en ligne "Artmarket.com", dont le nom de domaine a été conquis définitivement en 2017. Cette appellation, de compréhension planétaire, dit tout en deux mots.
Enfin, grâce à l’achat de Xylogic puis de Blockchain, il assure la transparence de la chaîne des transactions et leur sécurité, permettant de retracer ainsi les étapes de la construction de la valeur.
Par ailleurs Thierry Ehrmann a consacré ces deux dernières années à un immense travail d’étude, de recensement et d’analyse, dans le monde entier, sans discrimination, de tous le "big data" nécessaire à l’organisation du marché OTC : réseaux sociaux, circuits parallèles, sites d’artistes, de galeries, de musées privés, d’amateurs, de critiques, d’historiens d’art indépendants. Il constate que les acteurs essentiels du marché qu’il lui reste à organiser sont bien là, présents et actifs sur Internet.
Ses recherches aboutissent à une recension sur le Net de 1,2 million d’artistes vivants, 40 millions d’amateurs potentiels, portant un intérêt à 325 courants artistiques, employant 212 techniques différentes. Ces nouveaux acteurs du marché ont un atout : ils acceptent de se plier à la concurrence et à la loi du marché et leurs prix sont plus accessibles… tant les frais de vente et de visibilité ont diminué.
Le vrai jack pot, peut enfin avoir lieu. Thierry Ehrmann, président d’Artprice et de ArtMarket.com, se sent en mesure de profiter des carences, du système fermé de l’AC, et de lancer "l’OTC market", non sans spectacle, suspens et marketing : il met aujourd’hui sous nos yeux l’offre et la demande de l’art non bankable : soit toutes les transactions allant de 50 euros à 50 000 euros, sans discrimination de genre ou de style et …c’est le Blast !
 
Son arme : une technologie de la transparence
Ses méthodes contribuent à court-circuiter non seulement les galeries moyennes, les institutions administratives et muséales, mais aussi elles mettent à mal la partie opaque du marché de l’art contemporain, c’est-à-dire le sommet de sa pyramide de Madoff ou tout est trust et entente à la fois.
En effet grâce au système de blockchain qui a fait ses preuves avec bitcoin, il peut, en appliquant au marché de l’art cette nouvelle technologie, rendre, le marché de l’art transparent.
Tout l’enchaînement des transactions créant la cote deviendrait ainsi visible. Cela ferait de lui un vrai marché où entre en jeu l’offre et de la demande (le haut marché de l’AC est essentiellement un marché de l’offre).
Le "marché traditionnel" dont le principe de fonctionnement s’en inquiète, mais Thierry Ehrmann se donne gagnant, en raison du retard et des lacunes de "l’establishment" concernant la connaissance et maîtrise d’Internet.
Le deuxième handicap étant son refus de la diversité de la création et le troisième, sa considération exclusive pour une clientèle aux moyens astronomiques. Il croit aux vertus de la concurrence… celle d’un marché d’amateurs amoureux, contre un marché de froids collectionneurs de produits financiers.
 
L’ubérisation des clercs
Thierry Ehrmann s’appuie sur une révolution culturelle en cours, observée avec attention, qui se dresse contre les fondamentaux exclusivement conceptuels, financiers, institutionnels, et bureaucratiques en France, de l’AC.
L’imposture financière, intellectuelle et artistique de l’AC est aujourd’hui largement connue. Une véritable dissidence dénonce ce "système" depuis trois décennies, en particulier en France.
Il ne faut pas oublier que la rue de Valois, avec l’argent du contribuable, a donné pendant tout ce temps comme consigne aux archivistes de sa bibliothèque des catalogues, (censée être le dépôt concernant les monographies de tous les artistes d’une époque), de mettre systématiquement à la corbeille ceux dont la "contemporanéité" officielle n’a pas été établie par eux.
Thierry Ehrmann, dans sa quête de big data, à titre privé, a fait patiemment l’inverse. Il est en mesure aujourd’hui de court-circuiter experts, médias, théoriciens de l’Université, sans oublier en France les deux cents Inspecteurs de la Création du Ministère, dont le rôle est de légitimer intellectuellement l’AC.
Il parie sur les vertus de l’écran. Devant lui, chacun se sent libre d’aimer et d’acheter ce qu’il veut, avec des moyens raisonnables, sans être ni intimidé, ni méprisé, ni moqué. Ecran qui permet aussi aux amateurs cultivés de rechercher, comparer, découvrir la pépite, dont la valeur intrinsèque pourra à nouveau être reconnue sur un futur authentique marché.
Thierry Erhmann va-t-il permettre aux artistes de réaliser, par ricochet, leur vieux rêve de liberté ? Enfin !
 
(1) AC, acronyme de "Art contemporain" utilisé par Christine Sourgins pour éviter la confusion. Cette expression ne désigne pas "tout l’Art d’aujourd’hui" comme elle le laisse croire, mais l’unique courant conceptuel. Dans "Les Mirages de l’Art
contemporain"
, (Paris 2005 Ed. de la Table Ronde).

Envoyé par l'auteur, paru dans Contrepoints, 7 juillet 2017

Un artiste bankable ?

Publié dans A tout un chacun
Qu’est-ce qu’un artiste bankable ?
 
Les mots "Art" et "artiste" évoquent aujourd’hui des contenus très divers et même parfois, absolument contradictoires.
L’image la plus visible de "l’artiste contemporain", celle qui occupe écrans et gros titres de la presse, est celle de l’artiste dit "bankable", une valeur financière sûre. Elle a remplacé l’image de l’artiste "d’avant-garde", engagé dans la déconstruction d’un monde mauvais et néanmoins adoubé par les institutions, plus anciennement celle de  l’artiste "génie", incompris, romantique et moderne, et plus loin encore celle du Prix de Rome, élu à l’Académie
 
L’artiste bankable
Les conseillers financiers en patrimoine l’appellent "Blue chip", terme en vigueur à Wall Street évoquant les jetons bleus en usage au poker, trahissant l’atmosphère de jeu qui l’entoure. En peu de mots, c’est l’artiste dont les "pièces" se négocient au-dessus du million de dollars en salle des ventes.
Le terme "bankable" signifie que le produit "Art contemporain" est un effet de commerce réescomptable par un établissement financier auprès d’une banque centrale – c’est donc une valeur assurée, "sans risque". Le seul nom de l’artiste devient un "titre" qui a, de ce fait, le pouvoir de produire un retour sur investissement. Il est disponible pour de multiples usages, à la fois financiers et monétaires. Il peut servir de caution pour un prêt, engendrer du cash par-dessus les radars du fisc et des frontières, etc.
Les "conseillers en gestion du patrimoine" considèrent l’achat d’œuvres d’artistes "bankables" comme une niche fiscale incontournable, plus rentable quoique moins sûre, que les investissements en titres forestiers et viticoles.
Il est probable que le concept de "niche fiscale" ait inspiré la création de "balloon dog" par l’ex tradeur Jeef Koons, existant en sept exemplaires. En plastique et gonflé à l’hélium, elle exprime aussi la nature essentiellement éphémère, gazeuse et bullesque de ce produit financier dérivé, sécurisé.
La métaphore hautement financière de Balloon Dog a atteint 58,4 millions de dollars en 2015, enchère la plus haute jamais obtenue pour un artiste vivant. Mais, un fait nouveau est troublant : depuis deux ans ce record historique n’a pas été battu … que présage-t-il ?
 
La formule "win win"  – Sérialité,  consortium, hyper visibilité, production sérielle
Il n’y a pas d’art "bankable" sans production industrielle. L’artiste "bankable" est d’abord un chef d’entreprise capable de travailler à la commande, de fournir en temps et en quantité voulus une marchandise diverse, sérielle, comprenant de grandes œuvres spectaculaires pour les institutions, une gamme de pièces plus réduites à des prix correspondant à des clientèles moins fortunées et des produits dérivés, du T-shirt à la carte postale, destinés au tout venant.
En effet, "égalité et démocratie pour le consommateur" sont le code éthique de leur production. Les artistes bankables sont des bienfaiteurs de l’humanité, prêcheurs d’une nouvelle religion "l’identité vide et globale", vecteur d’amour, de paix et de prospérité. Ils en fabriquent les sacrements.
L’artiste "bankable" dirige designers, graphistes et artistes pour concevoir et exécuter ses produits, qu’il validera ou non. Ainsi s’est créée une prolétarisation inédite des créateurs au service des financiers.
 
Formation de la valeur en consortium
La construction de la valeur de l’art "bankable" se fait tout d’abord grâce à des collectionneurs qui s’entendent pour collectionner une marque d’art rentable. Les prix montent grâce à leur stratégie de réseau et ne baissent jamais puisque personne ne vend sans l’accord des autres, personne n’achète une œuvre appartenant au réseau sans avoir été adoubé par chacun des membres. Ainsi non seulement la valeur s’établit mais aussi est sécurisée et devient un titre financier à usage entre soi.
Par ailleurs, les collectionneurs entretiennent toute une chaîne de production de la valeur : les institutions muséales, la commande publique,  les universités. Ils ont pour fonction de légitimer l’art bankable. Ce sont des milieux délicats, qu’il faut savoir flatter et "traiter". Les  galeries internationales et salles des ventes, sont quant à elles, en charge de la cotation.
Tout cela fonctionne à la fois comme un trust et une entente, délits normalement punis par la loi, mais n’ayant pas prise sur ce titre si particulier de "l’art bankable", qui fait toute sa valeur.
 
L’hyper–visibilité médiatique
Les médias font bien sur partie intégrante de la chaîne de fabrication de la valeur, maîtres de la visibilité de masse, ils sont fort bien traités, ou sanctionnés, par les très grands collectionneurs qui ouvrent les portes de la scène sociale internationale.
Il est bien difficile cependant pour les médias de ne pas en parler. Ou de parler d’autre chose, Les stratégies de l’AC sont des pièges sophistiqués à médias.
Par le biais des très grands formats réservés aux artistes assez "bankables" pour les produire. En effet, comment la planète entière ne serait-elle pas informée de la présence d’un étron gigantesque, gonflé à l’Hélium, face à la plus belle vue de la baie de Hong Kong ?, d’un Sex Toy colossal dressé place Vendôme à Paris ? D’une pince à linge monumentale sur la plus grande place de Philadelphie.
Le XXL de l’art "bankable" est obligatoirement doublé d’une provocation, d’une déconstruction d’identité, d’une volonté de blasphème, pour créer l’évènement susceptible de créer des images hyper visibles et mémorisables… Elles ne peuvent provenir de  l’admiration contemplative… Il faut du choc et de la polémique. Si "l’art bankable" était admirable, il ne pourrait pas circuler comme un titre. Aucun collectionneur ne voudrait s’en séparer et, chose funeste pour la finance,  il le thésauriserait !
L’artiste bankable est donc un fabriquant d’objets n’ayant pas de valeur en dehors de la valeur fabriquée collectivement par le consortium. Les médias jouent un rôle majeur dans cette chaîne de valorisation.
Elles rendent ce qu’elles montrent hyper réel et légitime parce que tout la vision a été collectivement partagée par des millions d’individus. C’est ainsi qu’il peut être repéré et répertorié  au TOP 100, sorte de CAC 40 de l’art mondial.
Sur les marches de la visibilité de masse il y a ceux qui postulent à l’élection par les réseaux.  On les nomme "émergents". Pour conditionner, ils se configurent rigoureusement à ce qui est attendu d’eux par les consortiums. Mais il y a peu d’élus. Fait notoire, parmi eux, aucun artiste "bankable" ne vit et travaille en France.

Les "imbankables"
L’imbankable absolu est sans conteste le "peintre", vivant et travaillant en France.
Mais qu’est-ce qu’un "peintre" pour un universitaire français éclairé ? Il vous répondra : un individu appartenant à une population résiduelle, mal étudiée, en voie d’extinction.
Ces théoriciens s’étonnent de voir ces égarés travailler encore avec les mains, de faire des œuvres uniques, comme les sauvages d’Aldous Huxley dans le "Meilleur des mondes", qui engendrent des bébés en faisant l’amour ! Pauvres peintres ! Ils font du beau pour la déco, des pastiches pour les nostalgiques !
Leurs théories et études sociologiques sur l’art fournissent aux "inspecteurs de la création" qui dirigent l’art en France, les données "scientifiques" permettant de présider au jugement de qui peut prétendre à la "contemporanéité" et donc aux subventions.
Par ailleurs, ils se sont donnés comme mission d’aider à la fabrication de la légitimité internationale des artistes bankables dont aucun ne vit ni travaille en France. La sélection administrative depuis quatre décennies a ainsi crée un art officiel, reléguant tous les courants non conceptuels, en particulier la peinture, dans les fameuses poubelles de l’Histoire ! C’est ce que l’on appelle "l’exception française", objet de curiosité internationale!
Trente-sept ans de travail acharné de 200 "inspecteurs de la création" à plein temps n’ont pas engendré un seul artiste "vivant et travaillant en France", célèbre dans le monde entier…  même les artistes officiels ne sont pas connus dans l’Hexagone, le grand public à peine à les citer.
Ils connaissent généralement Buren et Boltansky, deux éternels avant-gardistes conceptuels des années 60, aujourd’hui octogénaires. Peut-être aussi – qui sait ?- Sophie Calle, une sexagénaire et un petit quinquagénaire, Fabrice Hybert. Même pas bankables !

Paru sur Contrepoints, juin 2017

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version