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KERROS de  Aude

KERROS de Aude

Née le 24 décembre 1947
Mariée – 2 enfants

Sculpteur, graveur
Essayiste


Nombreux voyages en Asie, Amérique du Sud, au Proche-Orient,
Séjour en Israël où elle séjourne plusieurs années (Père diplomate)
Sciences Po (IEP, Paris)  
Maîtrise de Droit

Fait le choix de la gravure avec la fréquentation des ateliers
     des graveurs Henri Goetz, S.W. Hayter et Johnny Friedlaender.
     Plus de 80 expositions en France et en Europe
     (Berlin, Munich, Mayence, Rome, Gênes, Londres et Varsovie)
Pensionnée par la Fondation Konrad Adenauer,
Lauréate de l’Institut de France (prix Paul-Louis Weiller, 1988)

Œuvres  
figurent dans les collections du
     National Museum of Women in the Arts de Washington.
Participation à l'exposition "De Bonnard à Baselitz"
     au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France à Paris.
Création d'une collection d’entretiens d’artistes pour l’Institut des Archives Sonores de Franklin Picard

Publications
Le non art : art officiel et international 1960-2000 (Conflits actuels, n°7, printemps 2001)
L’art en Révolutions(Les Cahiers de la Table Ronde, printemps 2005)
L’art caché (Commentaire, n°11, automne 2005)
Peut-on inculturer une contre culture ?("Kephas", novembre 2005)
La métamorphose postmoderne et les théoriciens de l’Art contemporain (Catholica, n°92, été 2006)
L’art contemporain : l’inéluctable schisme (Artension, n°28)
Marcel Duchamp détourné par la politique (Artension  n°36, 21 juillet 2007)
L’art sacré à la fin du millénaire (Liberté Politique, n° 16, 17, 18, 19 (feuilleton) 
Dialogue et transgression :
     La politique culturelle de la conférence des évêques de France (Liberté politique, n° 22)
Aliénations réciproques (Liberté politique, n°37)  

Divers articles
     sur les graveurs Jean Delpech, Albert Decaris, Sergio Birga, Pierre Yves Trémois, Jean Marie Granier, etc.

Ouvrages

L'art caché : les dissidents de l'art contemporain (2007)
Sacré Art contemporain : Evêques, Inspecteurs et Commissaires
(2012)

L’Art caché (2013)
L'Imposture de l'art contemporain (2015)

URL du site internet:

Une défense "théologique" de l’Art contemporain

Publié dans Au delà

(...) (site endommagé en 2013)
... un petit livre qui couronne une évolution trentenaire dans l’Histoire de l’Art Sacré en France.
"L’Art contemporain, un vis à vis essentiel de la Foi" écrit par Jérôme Alexandre. Son auteur, théologien spécialiste de la pensée des Pères de L’Eglise, professe au Collège des Bernardins. Il est l’époux de Catherine Grenier conservateur à Beaubourg. Son livre a pour ambition d’initier le public de ce site exceptionnel à la "grande dimension chrétienne de l’Art contemporain". C’est le premier livre écrit par un théologien sur ce sujet et en ce sens il fait date.
Ce livre entend donner une cohérence à des discours assez décousus élaborés dans l’urgence à partir des années 80 pour expliquer au public médusé le sens des œuvres massivement introduites dans le contexte du culte. Cette invasion de l’AC (1) a pris d’abord la forme de vitraux conceptuels, puis d’installations éphémères, puis d’expositions lors des Off des Foires d’AC et enfin de grandes animations urbaines telles que les "Nuits blanches". Cet essai de 140 pages a pour but de donner une légitimité à ces démarches et aux choix du Collège des Bernardins.

Abolition de la séparation entre l’Eglise et l’Etat
Dans le domaine de l’art et de l’animation culturelle on assiste, depuis les années 80, à une étroite collaboration entre le clergé de l’Eglise et le clergé des fonctionnaires et autres "inspecteurs de la création". Certes l’Etat domine dans cette relation avec prestige, moyens et autorité et l’Eglise est dans la situation d’une minorité, parmi d’autres, en demande de reconnaissance.
Il y a échange de bons procédés : L’Eglise légitime, sacralise, met à disposition des hauts lieux de l’histoire et apporte un public captif de fidèles et de touristes, l’Etat, quand à lui, donne pouvoir et visibilité médiatique. Pour la première fois en France, l’Eglise se trouve dans la situation que pouvaient connaître les juifs et les musulmans dans les pays chrétiens. A certaines époques, certains d’entre eux, pour ne pas avoir à choisir entre les croyances de l’Etat et leur propre religion, ont adopté un double langage, un bricolage d’idées, une théologie de circonstance leur permettant la conciliation des deux et avoir l’âme en paix. Afin d’éviter la marginalisation ils ont justifié intellectuellement la pratique simultanée de la religion de l’Etat en public et de leur propre religion dans l’intimité. C’est une tentation bien naturelle et il n’est pas étonnant qu’il existe aujourd’hui un "marranisme chrétien". Il concerne tout particulièrement artistes et intellectuels dont l’œuvre ne peut se développer qu’en relation avec leurs contemporains. Ils se trouvent confrontés à un choix : visibilité ou exil ? A l’époque postmoderne, celui-ci n’est plus une relégation mais un simple effacement médiatique et administratif.

"L’AC est l’apothéose de l’Art"
Jérôme Alexandre entreprend de nous faire la preuve de cet axiome: La grande dimension, propre au christianisme, de l’homme créateur à l’image du Créateur, est enfin réalisée dans "l’Art contemporain". Ce qui rend "l’Art" caduc ou réservé à la fabrication de produits de consommation et de confort. L’un exclut l’autre.
D’après Jérôme Alexandre :
- "L’Art" a atteint sa limite parce qu’il est uniquement "esthétique et formaliste" (2), figé dans sa virtuosité et sa perfection. C’est un idéal, hors du réel. Il est peu créatif et répétitif, artisanal et conventionnel, fondé sur l’imitation pure. Il provoque un esprit de possession, une autosatisfaction, un confort, éludant  les grandes questions.
- "L’Art contemporain" est, en revanche, un réel progrès. Il ne cherche pas la maîtrise et la perfection de ces objets d’art limités, fermés, achevés et morts: "L’artiste ne sait pas ou il va, si non il produirait un art appliqué" (3). La supériorité de l’AC est dans "le processus" et non dans le résultat. L’œuvre est sans importance, elle peut être immatérielle, conceptuelle ou éphémère… ce qui compte c’est l’artiste et sa démarche. Là se trouve le cœur de l’Humain, du Réel, de la Foi. Ce qui compte c’est l’expérience (5) du vécu, du "sensible", au sens alexandrin du terme, c'est-à-dire éprouvé par le corps et "la chair". La relation au public, entendez le "regardeur", est elle aussi "très chrétienne" car elle l’inclut charitablement dans l’œuvre d’art, le fait "participer"! C’est la communion duchampienne, le regardeur fait partie de l’œuvre!  Enfin l’AC pose la question de la vérité, il nous confronte au "Réel", surtout celui que l’on ne veut pas voir, que l’on refoule, qui nous dérange. La démarche de l’AC est morale et prophylactique. L’AC ose montrer l’horrible, l’insoutenable, le scandaleux et nous pose question. En cela "L’acte artistique est, plus fondamentalement qu’il ne l’était dans la seule reproduction de l’existant, un acte créateur"

L’AC : Le Culte des Clercs
Tous les éléments qui peuvent contenter un philosophe et un moraliste sont réunis dans l’AC. Jérôme Alexandre est de ceux là. Par contre il ne comprend pas la démarche de la contemplation, mot absent de son livre. Il n’appréhende pas le monde des images et la nature les processus créateurs, élaborés entre l’œil, le cerveau et la main. Il ne conçoit pas que le sens puisse apparaître dans la forme, avant les mots et d’une autre façon. Cet aveuglement est le point névralgique du livre de Jérôme Alexandre. Chaque fois qu’il évoque l’AC, il ne décrit pas une œuvre, il cite le "discours" des artistes sur leur propre "posture". Imaginons un pur discours sur l’art, sans aucune référence visuelle… Sans même s’en rendre compte, Jérôme Alexandre ne se réfère qu’au verbe.
Jérôme Alexandre a récemment expliqué l’œuvre de Boltanski exposée au Grand Palais (6) en  montrant une grue (image de Dieu) saisissant des dépouilles pour les rejeter aveuglément en tas un peu plus loin. Il fait sa promotion et l’auréole de gloire en établissant une équivalence avec le "Jugement Dernier" de Michel Ange. Le théologien interprète : "Cette pince, qui évoque la main de Dieu, n’est pas la main de justice mais celle caressante de Dieu. Le toucher de Dieu est familial, familier dans la Bible. Dans l’évangile, le Christ se laisse toucher et cela a beaucoup d’importance dans les textes". Il en conclut "Comme dans bien d’autres œuvres de Boltanski, il y a dans "Personnes" une forte dimension chrétienne" (7).
Il faut ne pas être sensible au langage des images pour voir une ressemblance entre la pince de Boltanski et la main de Dieu peinte par de Michel Ange...

Le mécanisme subtil du double langage
Jérôme Alexandre souligne longuement dans son livre cette concordance des sujets favoris de l’Art contemporain avec des grands thèmes chrétiens : Le Verbe créateur, le Messie transgresseur, le Grand Sacrifice Permanent,  le Christ image de la déréliction. C’est une réalité incontestable, mais ressemblance ne signifie pas pour autant identité. Les jeux sémantiques propres à l’art contemporain sont  fondés sur une polysémie horizontale et non pas verticale (8). Toujours est ignorée la relation entre le fond et la forme qui délivre le sens.
Mais notre théologien ne s’arrête aux "apparences", il ne considère que "l’essentiel". Pour lui, le Transcendant existe, qu’il soit affirmé ou nié est un détail qui ne change rien à l’affaire. Il est sous entendu et n’a pas besoin d’être reconnu pour exister. Il en résulte que la négation généralement proclamée du Transcendant par les artistes et théoriciens de l’AC, qu’il reconnaît, est néanmoins sans importance : "L’art est comme un autre langage de la Foi, il n’en exprime pas les idées, il en communique la substance permanente" (9). Ce qui fonde son raisonnement est une affirmation : "Les artistes sont des chrétiens qui s’ignorent". Si l’artiste est bon, le transcendant est là, qu’il le veuille ou non… Ce qui ne respecte pas les intentions de l’artiste et accorde peu d’importance à sa liberté et à sa responsabilité. C’est une variante postmoderne du raisonnement du père Couturier qui disait : S’il y a du "génie", c’est de l’Art sacré. L’affirmation n’est possible que si le mot "sacré" reste vague car il recouvre des formes diverses, immanentes où transcendantes… et quand au mot "génie" assez vague également, il ne supprime pas pour autant à l’artiste sa liberté de choisir une forme qui incarne une idée, la sienne, n’est-ce pas là son pouvoir ?
Choisir une pince ou choisir une main pour "révéler" Dieu, est-ce équivalent ?
Mais la dissemblance des formes qui expriment le Transcendant avec celles qui le nient persiste et pose problème à toutes les pages de ce livre, en particulier quand on s’approche des fondamentaux (la vérité, le réel, la vie…)  Jérôme Alexandre ne voit que les concepts et n’est pas troublé.

Préserver le Dialogue entre soi
Le livre de Jérôme Alexandre est le reflet d’un comportement intellectuel trentenaire des clergés culturels, qu’ils soient d’Eglise ou d’Etat, pour protéger leur "dialogue", ne pas être exclus des cercles de la visibilité, du pouvoir et des essentielles sources financières. Ce dialogue "entre soi" est assorti à un comportement d’exclusion, rejetant ceux qui demandent un vrai débat et ceux qui pratiquent cette activité devenue délictueuse : "l’Art".
Pour préserver le "dialogue" on s’en tiendra au vague et à la surface des mots. Chacun les interprétera comme il l’entend. Le dialogue se fait coûte que coûte en éludant la Différence.
Cette conception du "dialogue" est  mortifère pour les artistes et les hommes de pensée car il se fonde sur un accord tacite : Tout le monde à raison et ne parlons pas de ce qui fonde une différence : La question béante du Transcendant et de l’expression humaine de celle-ci.
Toute pensée, tout art, toute humble quête de la vérité devient alors impossible. Le monde est figé. La civilisation s’arrête. Tout le monde à raison… Mais secrètement c’est le plus fort qui gagne.
C’est ce qui explique le fait que jamais Jérôme Alexandre n’évoque  la réalité quotidienne de l’AC, le système plus que douteux qui fabrique sa valeur, le "Financial art", le scandale médiatique comme méthode pour élaborer les cotes, le détournement des lieux de culte pour choquer et délivrer d’autres messages, la manipulation du "regardeur", par sidération et stupéfaction. Jérôme Alexandre excuse : Ce n’est pas la faute de l’AC : "C’est le réel qui est violent". 
C’est un problème qui se pose au-delà des religions. Plus on avance dans le temps, plus la question du Transcendant devient incontournable. S’il n’y a pas la possibilité intellectuelle et artistique d’imaginer que les transcendantaux puissent exister même comme hypothèse, comment progresser ? Comment créer ? Qui osera renverser le tabou et reconnaître cette nécessité intellectuelle et artistique ?
N’était-ce pas aux Bernardins de jouer ce rôle de confrontation des différences au lieu de devenir le banal relais d’un art officiel d’Etat déjà profondément remis en cause ? N’oublions pas que l’AC s’est effondré financièrement dans l’international (10) en 2008 et que sa visibilité dans le monde est garantie aujourd’hui par l’Etat français qui en a fait son art officiel. Mais une deuxième crise à l’intérieur de la crise survient, celle des finances des Etats. L’assèchement des ressources publiques réglera tôt ou tard définitivement le sort de l’AC. Quand en France cette régulation aura eu lieu, l’AC aura la place qui lui revient dans les arts, celle d’une expression parmi d’autres.
Partout ailleurs, dans des pays ou l’Etat ne dirige pas la création, l’Art et l’AC coexistent ! Les artistes sont libres de choisir. Il n’y a pas de création sans liberté, cela va de soi.
                                   

(1) AC acronyme de Art contemporain qui désigne une création exclusivement conceptuelle idéologie et non pas tout l’art d’aujourd’hui et en particulier la suite naturelle de l’art.
(2)
L’art contemporain un vis-à-vis essentiel de la Foi" Jérôme Alexandre, page 17
(3) Idem. p.116
(4) Idem. p.31
(5) Idem. p.14
(7) Voir site "V & D"
http://www.voir-et-dire.net/
(8) Polysémie  horizontale : tous les sens se valent. Polysémie verticale : Les textes et  images  ont quatre sens hiérarchisés : sens littéral, allégorique, tropologique et anagogique
(9) Page 130
(10) Début 2010, dans la presse y compris dans Le Monde, le chiffre annoncé de la chute des cotes de l’AC en 2009 est de 75% par rapport à Septembre 2008

L'effondrement des marchés financiers à partir de septembre 2008 a affecté le marché de l'Art Contemporain qui lui est fonctionnellement lié. Après quelques mois de désarroi, ce marché offre aujourd'hui un spectacle presque rassurant grâce à un habile travail de communication et une stratégie de repli sur la place de Paris où l'Etat joue le rôle "d'animateur de marché".
Pourquoi Paris ? Les grands collectionneurs internationaux, assez riches pour ne pas vendre les oeuvres de leur collection en temps de crise, ne souhaitent pas "communiquer" sur ces signes de richesse fondés sur la spéculation, dans les lieux mêmes du scandale à New York et à Londres… les médias et l'opinion pourraient grincer des dents. La France, étant restée en dehors de ces pratiques, est un lieu neutre où l'on peut encore se montrer. Depuis toujours l'Art a ici une autre aura. De son coté, l'AC (1) est légitimé et sanctuarisé, par l'Eglise et l'Etat réunis, magnifié par son inclusion dans le patrimoine, et enfin intellectualisé par des théoriciens sans égaux. Quatre clergés contribuent à son culte : les inspecteurs de la création, des universitaires, des journalistes et des évêques. Paris est devenu le lieu où l'AC peut se montrer en "gloire" avec le soutien de l'Etat, des régions et des municipalités, sans créer de malaise.

L'année s'annonce pleine d'évènements valorisants : Le Monde du 5 septembre titre : "Les galeries parisiennes répondent à la crise par une rentrée très chargée". Le critique d'art le plus en vue,  Philippe Dagen, professeur d'histoire de l'art à la Sorbonne, y décrit de concert avec Harry Bellet, les réseaux, les collectionneurs, les prix sans qu'il ne soit plus question d'évoquer la valeur intrinsèque  des oeuvres. Harry Bellet dans Le Monde du 6 septembre titré "La recette de Xavier Veilhan pour occuper Versailles" nous informe sur son montage financier et, cerise sur le gâteau, annonce un achat de l'Etat… Ils font avec application ce qui ne se fait plus à New York : décrire un produit financier prometteur !
Les Nuits Blanches ont mis plus que jamais l'AC dans les monuments, églises, et grandes mosquées. Si le public baisse chaque année à la FIAC (2) et dans les lieux prévus à cet effet, l' "art urbain" se répand partout à Lyon, Nantes, Lille, Bordeaux, Toulouse… Les grandes municipalités font leur com' à grand frais et au détriment des musées et du patrimoine. L'AC bénéficie d'une légitimité populaire grâce à sa fonction d'amusement et d'animation des espaces publics. Cela donne une coloration "sociale" aux techniques de fabrication de la cote. Dans quelques mois l'ouverture de "Beaubourg Bis" à Metz apportera encore du brillant à l'image de la santé inaltérable de l'AC en France.
Pinault, garanti par l'Etat français, sacré par le monde anglo-saxon "pape et sauveur de l'AC" (3), ose pour la première fois intercaler dans les monstrations de sa collection, entre Hirst et Koons, l'oeuvre d'un Charles Matton, artiste qui vient de mourir et n'a cessé de  travailler en France. Il devenait urgent de faire un geste en direction du contribuable français ! La FIAC 2009 peut être alors la plus brillante de son histoire par l'afflux des collectionneurs étrangers et l'écho programmé dans les médias nationaux et internationaux. Le mot d'ordre "Venez à Paris" court partout ! La com' bât son plein ! L'AC est ressuscité !

Paris - New York… et retour ? 
New York a gagné le titre de capitale de l'art grâce à sa technique de fabrication financière de l'art en réseau. Ce procédé a remplacé la reconnaissance de la valeur artistique, "à la française", par un "milieu de l'art", ouvert, amateur et cultivé. En 1990 lors du précédent effondrement du marché de l'AC, l'activité n'a repris à New York que 7 ans plus tard, non sans avoir connu une contestation interne violente, dite "culturals wars", posant le problème de la valeur en soi. Elles ont été passées sous silence en France par nos grands quotidiens de référence. Une telle occultation serait aujourd'hui impossible avec Internet. L'effondrement de New York comme capitale de l'art n'avait pas été clairement perçu dans les années 90 mais aujourd'hui il n'en est plus de même… Les pays émergeants sont très conscients de la vacance du pouvoir et profitent activement de l'occasion pour se libérer d'un "soft power" offensif (4) subi et mal vécu. Le séduisant discours "multiculturaliste", ne les convainc pas beaucoup. Ces pays se tournent plus que jamais vers  l'UNESCO, et les Institutions Européennes, pour mener des jeux d'influence, mais cherchent aussi à créer des liens particuliers avec toutes les institutions, pays, cercles ayant une légitimité historique, une valeur artistique, une aura dans le domaine culturel. On perçoit dans ces démarches une recherche d'échanges d'une autre nature que financiers. Signe des temps : Une seule galerie chinoise à la FIAC cette année, de même pour l'Inde et le Brésil. Ils préfèrent avoir des galeries dans le 8ème arrondissement de Paris.

La nouveauté de la FIAC 2009
La conception anglo-saxonne de l'art financier se voit de plus dans la présentation même de la FIAC : La marchandise la plus précieuse est sanctuarisée au Grand Palais, uniquement accessible à un public aisé (29 euros) ou invité. Sont présentes les puissantes galeries venant des pays anglo-saxons et de l'Europe de l'Ouest. Cette année il y très peu de Russes et pour ainsi dire pas de pays "émergeants". Le marché international s'est d'évidence fracturé, de nouvelles stratégies sont en cours... Cela reflète le fait que le dollar n'est déjà plus la seule monnaie d'échange internationale. L'AC par conséquent ne sera plus non plus la seule référence de la valeur de l'art.
Pour l'image et pour éviter les critiques d'ostracisme faites à l'égard des institutions, quelques galeries autrefois exclues ont fait leur retour. La galerie Claude Bernard par exemple, chassée au début des années 90 pour délit de peinture réapparaît pour présenter un peintre.
Par ailleurs la stratégie de Christie's et de Sotheby's élaborée depuis 2000 apparaît dans toute sa splendeur : Son présentés à la FIAC, mêlées, les oeuvres contemporaines et modernes, afin de prouver qu'elles sont vouées au même destin, l'immortalité que confère l'histoire, malgré leur différences de nature les unes conceptuelles et les autres picturales. Pour en faire la preuve, un "musée" est installé en majesté, en son centre montrant des oeuvres majeures du XXème siècle. Queue, gardiens, solennité du lieu, tout concourt à impressionner les futurs acheteurs d'oeuvres AC ou à les inciter à ne pas s'en débarrasser. A la Cour du Louvre les artistes "émergeants" sont aussi parqués et magnifiés, présélectionnés pour faire leur entrée dans les réseaux…
Autour gravitent les "off" officiels et officieux… C'est tout un monde hiérarchisé par la possession de l'argent qui apparaît pendant ce court temps de la FIAC… Les autres critères qui justifient la mise en gloire ou non des oeuvres restent obscurs et rarement formulés dans les textes critiques. Cet aspect très mercantile de la pratique de la collection d'art est celle d'une nouvelle classe, enrichie dans des activités financières, mais au demeurant inculte.
C'est très différent de la conception parisienne des salons depuis le 18ème siècle, accessibles à tous et fréquenté par l'ensemble de la société.

Profiter de cette stratégie passagère pour rendre à Paris sa place naturelle. 
C'est en cela que la France ferait mieux de penser à ses propres intérêts au lieu de servir le jeu anglo-saxon pourtant à l'origine d'une propagande menée contre elle et Paris de façon professionnelle et récurrente depuis 50 ans. (5) Paris n'a jamais cessé d'être  une capitale de l'art même si elle n'est pas une capitale financière. … elle reste la référence dans le domaine de la création et des échanges intellectuels au plus haut niveau, n'empruntant pas forcément  pour cela les circuits de la communication mercantile. Des artistes du monde entier viennent y vivre et y travailler même si le marché et leurs galeries sont ailleurs. Ici les collections sont secrètes et les travaux intellectuels ne sont pas forcément pris en compte par les médias les plus visibles.
Malheureusement, il n'y a en France qu'un seul réseau de consécration : celui de l'Etat qui travaille avec NY (6), envers et contre tout depuis 1984. Il absorbe tout l'espace médiatique, détourne l'argent du mécénat pour servir un système archaïque, qui consiste à diriger la création par l'entremise "d'inspecteurs de la création", dernière survivance d'un totalitarisme artistique dont le prototype, "les ingénieurs de l'âme en chef", crées par Staline en 1944 a disparu en 1993. Pour légitimer de tels comportements, des inspecteurs s'adonnent à des contorsions comiques pour faire passer l'AC pour un Service Public, un bienfait social… et faire oublier le produit financier en gestation fabriqué avec l'argent du contribuable. Par exemple la FIAC 2009 a prévu en son sein des colloques sur les thèmes suivants : "Art contemporain et développement durable", "Art et recyclage - Dépasser les contradictions". "Art et patrimoine - faire vivre la mémoire", "L'art contemporain comme facteur d'identité de la commune", etc.

Que faire pour pérenniser cette soudaine visibilité de Paris ?
Paris ne retrouvera sa suprématie que si elle garde son atmosphère particulière et son non conformisme. L'idéal pour cela serait de supprimer le principal obstacle à tout changement : le corps des inspecteurs de la création, ou du moins de les fondre dans un cadre plus large que celui de la direction de la création, ou de les initier à l'histoire de l'art pour atténuer, autant que faire se peut, leur bigotterie conceptuelle… Peut-on imaginer que toute la création de ce pays soit sous la férule de personnes qui sont les mêmes quarante ans durant, sans que rien ne puisse les mettre en question ? A-t-on jamais vu un tel immobilisme ? Peut-on imaginer le même rond de cuir "gérant" Delacroix, Monet et Cézanne au cours de sa carrière ?


 (1) AC : Acronyme de "Art contemporain" utilisé par Christine Sourgins dans dans les "Mirages de l'Art contemporain", éditions de la Table Ronde, ce qui ne signifie pas tout l'art d'aujourd'hui mais une idéologie qui ne reconnaît comme actuel que son étroite partie conceptuelle
(2) Entrées à la FIAC : En 2006 :  85 000 visiteurs, 2007 72 000 visiteurs, en 2008 :  65 000 visiteurs

(3) La "Power list 2009" établie en grand secret  par "Art Review" sacre Pinault (n°6), Arnault (n¨49), un fonctionnaire Alfred Paquement (n°18), un galeriste pratiquant Emmanuel Perrotin (n°64) le New York Paris et une artiste vivant et travaillant à New York Louise Bourgeois (n°75). Un homme des médias Nicolas Bourriaud commissaire de la Triennale à Londres ((n° 68)
(4) Exemple : Les négociations musclées en Corée en 2008 pour ouvrir massivement ce pays aux films américains, condamnant ainsi une forte industrie du cinéma locale
(5) La dernière manifestation très visible étant l'article de commande paru dans l'édition internationale du "Time Magazine" de Donald Morrisson le 27 novembre 2007, 7 pages titrées "The Death of French Culture"
(6) Les inspecteurs de la création en dépensant pendant un quart de siècle 60% du budget alloué à l'achat d'oeuvres aux artistes "vivant et travaillant à New York", dans des galeries newyorkaises ont  liquidé ainsi la place de Paris

(...) (site endommagé en 2013)
... (1) se sont poursuivies à Londres et à Shangaï, elles viennent d'avoir lieu à Paris. Quel bilan ? Et une question : krach ou pas krach ? Si l'on en croit Tobias Mayer, commissaire priseur à Manhattan au "glamourous look and cosmopolitan aura", tout va bien : "Nous sommes très heureux de ce qui nous arrive". Il déclarait d'ailleurs à peu près la même chose en novembre dernier. Que veut-il dire ? La situation est la suivante : les professionnels et experts -qui sont souvent des "animateurs" du marché - font des évaluations de baisse de 20% à plus de 50%, avec un taux d'invendus d'environ 50%. Malgré l'incertitude que soulèvent ces grands écarts d'estimation, on peut seulement dire que le marché ne s'est pas effondré comme en 1990.
A la différence de 1990, l'effondrement n'a pas été immédiat et total... Les collectionneurs jouaient alors chacun pour soi, en empruntant aux banques pour payer à la galerie une oeuvre afin de la revendre quelques mois plus tard, sa valeur ayant doublée.  Au moment de la crise financière, ils ont été obligés de vendre pour rembourser les banques. Aussi quand le marché reprend quelques années après,  il n'est plus question de collectionner sans assurer ses arrières en entrant dans un réseau solidaire, où la règle est d'être propriétaire de l'oeuvre. "L'Art Contemporain" est alors devenu un produit financier sécurisé, un produit dérivé. La méthode de fabrication de la valeur en réseau évolue en passant d'un système horizontal d'entente à un système vertical de "trust". Les réseaux sont dominés par de grands collectionneurs qui possèdent maisons de vente, médias, fondations, galeries etc. Il devient alors possible de "gérer" les crises... et même de les utiliser à profit, ce qui s'est produit par exemple en 2002, lors de l'explosion de la bulle Internet. Pourquoi n'en serait-il pas de même aujourd'hui ?

Gérer la crise c'est d'abord maitriser la com'
Pour l'instant les stratégies de communication fonctionnent bien.
- Vendre moins d'oeuvres. Choisir des artistes aux réseaux solides, confirmés par les Institutions.
- Estimer bas pour faire apparaître des hausses ou minimiser les baisses.
- Jouer de la confusion entre "Art moderne" et "AC"en les mêlant dans les mêmes ventes sous le même label. Ainsi les prix élevés atteints en mai à NY par Calder et David Hockney ont permis de masquer les baisses enregistrées sur l'AC. A Paris lors des ventes du 27 Mai chez Christie's, sous l'appellation "Art contemporain" on trouve mélés : Mathieu, Atlan et Fautrier, avec Buren et Morellet… C'est le fond d'atelier des Lalannes qui assure le relatif succès de toute la vente !
- Occulter les mauvaises ventes. Ainsi le 17 mars 2009 chez Christie's, avenue Matignon, François Pinault organise afin de valoriser les cotes des artistes "les plus chers du monde" de sa collection,  une "vente de charité" au profit d'une association contre le cancer. Il prend la précaution de demander aux artistes de "donner" une oeuvre afin que l'on ne puisse pas dire que des collectionneurs s'en débarrassent.  Si l'évènement caritatif et mondain fut annoncé, personne ne commenta le résultat : baisse de 20% à 60% par rapport aux estimations basses et très peu d'oeuvres vendues un peu au dessus...

Le 'Financial Art' sanctuarisé en France
L'AC a perdu aujourd'hui probablement moins que les produits dérivés. Une baisse moyenne, supérieure ou égale, à 50 % ? "Aujourd'hui la valeur de ce produit artistique spéculatif est indexé sur les très grands collectionneurs médiatiques. Tant qu'ils ne vendent pas la valeur est conservée, elles deviennent des "capitaux non productifs", observe très justement François Derivery. Mais qu'en est-il de l'avenir plus lointain, sachant que ni le marché financier ni le marché de l'AC n'ont encore touché le fond ? Contrairement à l'art ancien ou moderne dont la valeur s'estime à la qualité intrinsèque de l'oeuvre, la valeur du "Financial Art", essentiellement conceptuelle n'est ni esthétique ni matérielle. La question se pose alors: quelle pourrait être la valeur au dessous de laquelle le 'Financial Art' ne pourrait descendre ? Une sorte de "ratio" bancaire ? Les grands collectionneurs, maîtres des musées et des institutions, jouant le rôle de la banque ? Ainsi on revient à cette valeur incompressible évoquée plus haut. L'objet controversé a acquis grâce à la garantie des institutions et des médias, une valeur  historique, symbolique et sacrée.. A combien s'établira plus tard cette valeur en termes de cote ? On peut imaginer une "valeur de vestige archéologique" tels que les assignats de la Révolution, les titres de Law ou les fonds russes...
Il est certain que la France à ce titre devient le pays de référence pour le 'Financial Art'. En effet grâce à son corps d'Inspecteurs de la Création, fondement de "l'exception culturelle française", celui-ci y est thésaurisé. En effet, ce corps d'exception pendant 30 ans a consacré 60% du budget destiné aux achats d'oeuvres d'artistes vivants, à effectuer des acquisitions auprès des galeries newyorkaises pour des "artistes demeurant et travaillant à New York". Ces oeuvres sont désormais inaliénables, à jamais inscrites dans notre patrimoine le plus prestigieux et les conservateurs ont le devoir de les exposer au milieu des collections anciennes. Le Louvre, Versailles, le Grand Palais, châteaux, églises et cathédrales du grand patrimoine leur servent d'écrin. L'Etat garantit leur pérennité. Pendant ce temps-là, les Musées américains privés, très menacés semblent ne plus pouvoir garder toutes leurs collections et même ouvrir leurs portes pour les montrer.
Les touristes américains pourront donc toujours venir contempler en France leur patrimoine merveilleusement présenté dans le nôtre. Une raison de plus de faire un traditionnel "Grand Tour" et de venir en France…

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