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LAURENT Annie

LAURENT Annie







Journaliste, essayiste, conférencière,
spécialiste du Proche-Orient, de l'Islam et des chrétiens d'Orient.
 


Docteur d'Etat en sciences politiques
     Thèse sur "Le Liban et son voisinage" (Université Paris II).
 
A participé comme experte au Synode spécial des Evêques pour le Moyen-Orient, convoqué par Benoît XVI en 2010.
 
Ouvrages
Guerres secrètes au Liban (1987) - Vivre avec l'Islam ? - Saint-Paul (1996) - L'Europe malade de la Turquie (2005) - Les chrétiens d'Orient vont-ils disparaître ? (2005) - L'islam peut-il rendre l'homme heureux ? (2012) - L’islam, pour tous ceux qui veulent en parler mais ne le connaissent pas encore (2017) -

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L'Islam, religion de paix ?

Publié dans Au delà
L'Islam, religion de paix ?
 
"Le terme islâm dérive de l’antique racine sémitique slm qui signifiait, tout ensemble, paix et prospérité", explique Slimane Zeghidour. De slm découle notamment shalom, salut de paix en hébreu et araméen. Salâm en est l’équivalent arabe (50 mots d’islam, Desclée de Brouwer, 1990, p. 54). Pour étayer leurs affirmations selon lesquelles l’islam est une "religion de paix", certains musulmans s’appuient sur le fait que les mots "islâm "et "salâm" dérivent de cette même racine (p. ex. Tariq Ramadan, Le génie de l’islam, Archipoche, 2016, p. 80). Pour Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, "les deux ne s’excluent donc pas" (Ce que vous ne savez pas sur l’islam, Fayard, 2016, p. 124).
 
Ces assertions soulèvent deux questions.
1°/ Faut-il en déduire une équivalence entre les deux termes, islâm et salâm ?
2°/ Le mot "paix" revêt-il en islam le même contenu que celui qui est largement admis dans le reste du monde ?
 
ISLÂM ET SALÂM sont-ils équivalents ?
           Etymologie

Islâm. Littéralement, ce mot signifie "soumission". Le verbe correspondant, Aslama, veut dire : se soumettre, s’abandonner, se rendre, sous-entendu à Dieu. C’est pourquoi les fidèles de cette religion se désignent comme des soumis ("mouslimoun" = musulmans ; mouslim au singulier), ce qui ressort du Coran lui-même :
"
Il [Allah] vous a nommés les soumis" (22, 78) ;
"
La religion, aux yeux d’Allah, est vraiment la soumission" (3, 19).
 

Salâm. Littéralement, ce mot signifie "salut. Souvent associé à "paix", il figure dans la salutation que les musulmans s’adressent les uns aux autres : As-salâm ‘alaykoum ("La paix [ou le salut] soit sur toi "), rendue familièrement par "salamalec " As-Salâm (la Paix) est en outre l’un des attributs donnés à Allah par le Coran (59, 23). Comme tel, il est inclus dans la liste des 99 Beaux Noms d’Allah dont la récitation tient une place importante dans la dévotion des musulmans.
Notons cependant que des attributs moins pacifiques se trouvent dans cette liste : Celui qui donne la mort (
Al-Mumît; le Vengeur (Al-Muntaqim) ; le Tout-Dominateur (Al-Qahhâr) ; Celui qui peut nuire (Ad-Dâr).
 
           Aslim, taslam !
Cette formule signifie : "
Soumets-toi [à l’islam] et tu auras la paix ". Elle laisse entrevoir toutes sortes d’avantages ou de bénédictions tels que la santé, la richesse, le pouvoir, la vie sauve, la sécurité, le paradis, etc., en contrepartie de l’adhésion à l’islam.
 

Aslim, taslam ! est employée pour convaincre de professer l’islam quiconque ne l’a pas encore fait ou y a renoncé. Elle a été largement utilisée dans l’histoire islamique, notamment lors des conquêtes politiques et militaires ; les djihadistes de l’Etat islamique (EI, ou Daech), d’El-Qaïda, de Boko Haram et autres l’ont actualisée en s’emparant de territoires en Irak et en Syrie, en Asie et en Afrique, ou lorsqu’ils commettent des attentats partout dans le monde et réduisent des personnes en esclavage.
 
Cette injonction repose sur un ordre d’Allah : "
Combattez-les [les non-musulmans] jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sédition et que le culte soit rendu à Dieu en sa totalité" (8, 39).
Selon la Sunna (Tradition), Mahomet aurait lui-même confié à ses proches : "
J’ai reçu l’ordre de combattre les gens jusqu’à ce qu’ils confessent qu’il n’y a de divinité qu’Allah" (d’après Boukhari, cité par Johan Bourlard, Islam-islamisme, éd. Tatamis, 2017, p. 132).
 
La paix ainsi promise est donc conditionnelle. Elle s’apparente à une forme de chantage, au détriment de toute justice et du respect de la liberté de conscience. La dhimmitude (ou dhimma), statut juridique d’infériorité imposé par la charia aux juifs et aux chrétiens ressortissants de pays où l’islam est religion d’Etat, relève du même principe : elle a pour but ultime d’amener les dhimmis à se reconnaître musulmans. Ainsi, seront-ils bénéficiaires des mêmes droits que leurs compatriotes.
 
Le sens de la paix en islam
Ces définitions montrent qu’en dehors de l’islam, rien ne peut assurer et garantir la paix aux hommes. Islam est bien synonyme de paix mais celle-ci est réservée aux seuls musulmans en leur qualité de "vrais croyants".
Autrement dit, pour bénéficier de la paix, il convient d’être soumis à Allah, comme l’a laissé entendre le roi Mohamed VI dans un discours prononcé à Rabat le 20 août 2016 à l’adresse du peuple marocain : "L’islam est une religion de paix, comme énoncé dans le Saint Coran :“
Ô vous qui croyez, entrez tous dans la paix".
 
           La paix dans l'Oumma
Par ces propos, le souverain chérifien entendait condamner le terrorisme commis au nom de l’islam, mais la citation coranique (2, 208) contenue dans sa phrase suppose une condition pour bénéficier de la paix : appartenir à l’Oumma (la Communauté des croyants). Alors, en tant que frères, les musulmans sont invités par Allah à entretenir des relations pacifiques entre eux.
"
Les croyants sont frères. Établissez donc la paix entre vos frères. Craignez Dieu" (Coran 69, 10).
"
Lorsque ceux qui croient en nos Signes viennent à toi, dis-leur : “Salut sur vous ! (Coran 6, 54).
 
Ainsi, le souhait de paix qui tient lieu de salutation n’est praticable qu’entre des musulmans. Il "n’a pas à être employé avec les infidèles" (Jean-Paul Roux, Les Ordres d’Allah, Desclée de Brouwer, 2006, p. 127).
 
Notons au passage que les peuples musulmans ont le plus grand mal à vivre paisiblement les uns avec les autres. La "grande Discorde" (Fitna), par laquelle les historiens désignent les guerres fratricides qui, juste après la mort de Mahomet (632), n’a en fait pratiquement jamais cessé. Cf. Annie Laurent, L’islam, pour tous ceux qui veulent en parler (mais ne le connaissent pas encore), éd. Artège, 2017, chap. II.
 
           Conditions pour la paix
Dans le principe donc, la paix n’est concevable que là où règnent l’islam et la charia. D’où la bipartition géopolitique du monde établie par les juristes musulmans : d’un côté le "Domaine de l’islam" (Dar el-Islam), qui est celui de la paix et de la justice, de l’autre le "Domaine de la guerre" (Dar el-Harb), qui est celui de l’injustice et de la mécréance. Là, les musulmans, en tant que membres du "Parti de Dieu" (Hizb Allah), "sont appelés à porter leur message et leur système par les moyens pacifiques et la persuasion ou par la guerre" (Maurice Borrmans, "Le djihad", in A. Laurent, Vivre avec l’islam ?, éd. Saint-Paul, 1996, p. 76).
 
Des dignitaires musulmans refusent l’association entre islam et guerre. Ainsi, pour Cheikh Si Hamza Boubakeur, ancien recteur de la Grande-Mosquée de Paris, "l’islam n’est pas une religion de guerre, de violence, d’agression ou de désunion génératrice de conflits" (Traité moderne de théologie islamique, Maisonneuve & Larose, 1993, p. 329). Pour sa part, Tareq Oubrou écrit : "La paix est plus que l’absence de guerre et de violence. C’est un état intérieur, un état d’esprit" (op. cit., p. 123).
 
On ne saurait nier que bien des musulmans conçoivent certainement la paix de cette manière, qui rejoint d’ailleurs la conception biblique, rappelée par Benoît XVI :
"Selon les Saintes Écritures [l’Ancien Testament], la paix n’est pas seulement un pacte ou un traité qui favorise une vie tranquille, et sa définition ne peut être réduite à une simple absence de guerre. La paix signifie, selon son étymologie hébraïque : être complet, être intact, achever une chose pour rétablir l’intégrité. Elle est l’état de l’homme qui vit en harmonie avec Dieu, avec lui-même, avec son prochain et avec la nature. Avant d’être extérieure, la paix est intérieure "
(Exhortation apostolique Ecclesia in Medio Oriente, n° 9, 12 septembre 2012 ; cf. aussi Vocabulaire de théologie biblique, éd. du Cerf, 2009, p. 879).
 
Dans le Coran, la contrainte morale et la violence physique occupent pourtant une place de choix parmi les moyens autorisés, voire imposés, pour propager l’islam. Les verbes "tuer" et "combattre" y sont employés respectivement soixante-douze et cinquante et une fois, dont dix et douze fois à l’impératif.
 
Il s’agit là d’une exigence stratégique qui pousse Allah à exhorter les musulmans :
"
Ne faiblissez pas ! Ne faites pas appel à la paix quand vous êtes les plus forts. Dieu est avec vous : il ne vous privera pas de la récompense due à vos œuvres" (47, 35).
Mais, "
s’ils [les ennemis]inclinent à la paix, fais de même" (8, 61). Il va de soi que la paix ainsi conçue passe par l’acceptation, consentie ou subie, de l’islamisation.
Et, en définitive, les succès humains prouvent la vérité de l’islam.
"
Lorsque viennent le secours de Dieu et la victoire ; lorsque tu vois les hommes entrer en masse dans la Religion de Dieu ; célèbre les louanges de ton Seigneur" (110, 1-2).
"
C’est Lui [Allah] qui a envoyé Son Prophète [Mahomet] avec la Direction et la Religion vraie pour la faire prévaloir sur toute autre religion" (48, 28). Cf. aussi 9, 33.
 
Il en résulte qu’ "ici-bas, la guerre pour la victoire de l’islam doit être poursuivie tant que l’islam n’est pas entièrement victorieux" (Jean-Paul Roux, op. cit., p. 124).

Pour conclure
Le vocable "islam" est revêtu d’universalité puisque cette religion est destinée à imposer "sa" paix au monde entier. En ce sens, il est en concurrence avec le christianisme qui a, lui aussi, une vocation universelle. Mais une différence fondamentale oppose les deux religions. Dans une étude approfondie sur "Violence et sacré dans le Coran", Jean-Benjamin Sleiman montre comment la doctrine coranique assume l’héritage d’une culture de la violence et du rapport de forces. "Il est clair que la violence pour Dieu passe avant la vie des autres" (in A. Laurent, Vivre avec l’islam ?, op. cit., p. 35-74).
Quant à la doctrine chrétienne relative à la paix, elle exclut tout projet de domination, ainsi que tout manquement à la justice et à charité. "C’est vers cette paix authentique en Dieu que le Christ nous conduit. Il en est la seule porte (Jn 10, 9). C’est cette porte unique que les chrétiens désirent franchir " (Benoît XVI, op. cit.). L’Evangile apporte une perspective totalement nouvelle et bienfaisante par rapport aux principes de l’Ancien Testament, repris en partie par le Coran.
Comme dans bien d’autres domaines, la similitude de mots dans les cultures islamique et chrétienne n’implique ni la même signification ni les mêmes implications.
Paru sur associationclarifier.fr, La Petite Feuille Verte, 6 septembre 2017

La République française et l'islam

Publié dans En France
La République française et l'islam
 
Le 20 juin dernier, le président Emmanuel Macron, répondant positivement à l’invitation du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), a participé au repas de rupture du jeûne du Ramadan (iftar). Le chef de l’Etat renouvelait ainsi le geste accompli tout juste dix ans auparavant par l’ancien président Nicolas Sarkozy.
Au début de la soirée, E. Macron a prononcé un discours substantiel dont l’essentiel portait sur les conditions nécessaires à une coexistence apaisée entre les Français de confession musulmane  et leurs compatriotes non musulmans. Ce discours a été analysé par Annie Laurent dans un entretien qu’elle a accordé au FigaroVox  paru dans l’édition du 22 juin
 
Dans le discours qu’il a prononcé le 20 juin 2017 lors du repas de rupture du jeûne du Ramadan (iftar) organisé par le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), le président Emmanuel Macron a mentionné trois combats qui, selon lui, doivent être menés conjointement par l’Etat et les représentants de l’islam en France. Nous en reprenons l’essentiel en les complétant de notre commentaire.
 
Le combat contre le fanatisme, le terrorisme et l'idéologie totalitaire qui le supporte
Pour E. Macron, ces maux relèvent d’une "perversion du message de l’islam" et la solution ne peut se limiter à l’intervention des forces de l’ordre, elle passe aussi par une réponse civilisationnelle qui incombe aux musulmans eux-mêmes.
"Il vous appartient, vous acteurs du culte [islamique], de combattre pied à pied sur le terrain théologique et religieux, de démasquer chaque fois que nécessaire l’usurpation de vos valeurs, la captation de l’histoire de votre religion, la négation de quinze siècles de travail d’interprétation réalisé par vos savants". "La République vous aidera dans cette tâche […], mais elle ne peut se substituer sur le terrain théologique et religieux de cette part de légitimité à votre indispensable travail". "Il est indispensable que nous gagnions ce combat face aux prédicateurs de haine qui, au nom de l’islam, aujourd’hui de manière clandestine, procèdent encore à des prêches contraires aux valeurs de la République, à ce qu’est le cœur de l’islam".
          Commentaire
Il faut d’abord signaler qu’il existe mille et une interprétations des textes sacrés de l’islam. Cette religion, dans sa version sunnite, ultra-majoritaire et la seule concernée par les débats actuels en France, ne possède pas d’autorité dotée d’un pouvoir d’interprétation revêtu du sceau de l’authenticité. Autrement dit, il n’y a pas de pape de l’islam habilité à trancher et à imposer sa lecture, ce qui permettrait, par la même occasion, aux non-musulmans de savoir quel est le véritable islam, celui de la paix ou celui de la haine.
En outre, les Français musulmans ne sont pas unis, du fait de la variété de leurs origines et de leurs allégeances idéologiques. Ainsi, l’islam des Turcs n’est pas celui des Maghrébins, le salafisme diffère des Frères musulmans, etc. C’est pourquoi je ne vois pas comment le président de la République ou un autre responsable politique peut dire de façon certaine ce qui constitue "le cœur de l’islam ", pour reprendre M. Macron. A quel titre la République peut-elle se prononcer sur une telle définition ? Et comment concilier de tels propos avec la laïcité propre à l’État français ?
En réalité, l’unique moyen d’en finir avec l’extrémisme serait de rayer les passages du Coran et de la Sunna (la Tradition mahométane) justifiant la violence et les atteintes aux libertés. Car, qu’on l’admette ou pas, ces textes sacrés comportent bien des incitations à la haine. Or, pour les musulmans, le Coran est un livre incréé ayant Dieu pour seul auteur. Ce dogme prévaut depuis le IXè siècle. Aucune autorité humaine ne peut donc prétendre le modifier. Tel n’est pas le cas de la Bible puisqu’elle est inspirée, non dictée. Même les intellectuels musulmans engagés dans la promotion d’un islam adapté à la modernité ne reviennent pas sur ce dogme lorsqu’ils restent attachés à leur identité et leurs croyances.
L’absence de magistère et le caractère incréé du Coran sont deux obstacles structurels qui empêchent toute évolution dans le sens d’une interprétation unique et authentique ; ils rendent aussi impossible la suppression matérielle des versets inadaptés au monde actuel et fauteurs de guerres, même si, évidemment, tous les musulmans n’appliquent pas ces derniers.
 
Le combat contre le repli identitaire
Emmanuel Macron :
"Il faut être extrêmement vigilant chacun dans ses responsabilités contre tout ce qui façonne des formes de repli identitaire parce que fonder son identité politique et sociale sur sa seule foi, c’est au fond admettre que sa foi n’est pas compatible avec la République, personne ne peut faire croire que la France et les Français rejetteraient sa composante de foi musulmane, personne au nom de cette foi ne peut demander à des Françaises et des Français de se soustraire aux lois de la République ».
          Commentaire
Pour les musulmans, les principes d’organisation sociale et politique sont d‘ordre divin. Ils s’appuient sur deux sources principales : le Coran et la Sunna. On voit bien la discordance qui existe avec le modèle démocratique lorsqu’on considère notre devise nationale : "Liberté, Égalité, Fraternité".
 
Sur la question des libertés : pour nous, Français, la liberté est universelle et également partagée. Dans l’islam, il n’y a de libertés que restreintes : ainsi en est-il, par exemple, de la liberté de conscience, qui est inexistante. Par conséquent, un musulman ne peut être reconnu comme agnostique ou se convertir à une autre religion. A cet égard, il faut souligner que, tout en interdisant l’apostasie, le Coran ne prévoit aucune peine temporelle pour punir celui qui s’en rend coupable. Le droit islamique s’appuie donc sur une sentence attribuée à Mahomet : "Celui qui quitte la religion, tuez-le". Dans ce registre, la charia (loi islamique) fait figure de Code pénal pour les musulmans. Dès lors, si une Constitution proclame la charia comme source du droit, rien n’empêche un magistrat saisi d’une telle affaire de prononcer la peine de mort.
Pour revenir au contexte français, il faut rappeler ce qui s’est passé lorsque, dans les années 1990, alors que des négociations étaient entamées entre le gouvernement et des responsables musulmans en vue de l’organisation du culte islamique, le ministre de l’intérieur de l’époque, Jean-Pierre Chevènement, avait proposé à ces derniers une charte contenant notamment une clause par laquelle ils s’engageraient à respecter la liberté de conscience, y compris le droit de renoncer à l’islam. Or, sous la pression de certains mouvements islamistes, notamment les Frères musulmans, le ministère retira cette clause de la charte. Il justifia cette reculade en rappelant que la Constitution française garantit la liberté religieuse. Ce faisant, il ignorait que, pour les musulmans convaincus, la charia est supérieure à toute loi humaine, donc à celle de la République. Cet exemple permet de prendre la mesure de l’incompatibilité entre nos principes respectifs.
 
Concernant l’égalité, le Coran instaure la supériorité du musulman sur le non-musulman et de l’homme sur la femme. Ces principes ne sont pas discutables puisqu’ils relèvent du volontarisme divin. Autrement dit, ils ne peuvent être sujets à modification. On perçoit immédiatement les problèmes que cela peut poser dans la vie sociale. Certes, l’islam reconnaît le principe de "fraternité", mais il ne s’applique qu’au sein de l’Oumma, la communauté des croyants musulmans. C’est pourquoi un musulman peut se sentir d’abord citoyen de l’Oumma avant d’être citoyen de son propre pays, même de naissance, si celui-ci n’est pas régi par l’islam. Il en résulte une grande divergence avec les fondements démocratiques.
 
Il faut ajouter que l’islam ignore le concept de "personne". D’origine biblique, celui-ci confère à tout être humain une dignité inviolable et inaliénable, puisque, selon la Genèse, Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance. Il s’agit là d’un fondement ontologique, qui est l’un des piliers structurants de notre société. Or, le Coran occulte cette mention, instaurant une distance infranchissable entre Dieu et ses créatures humaines. De tout cela résulte le fait que, dans l’islam, l’individu a des devoirs mais pour ce qui de ses droits, ils ne sont que ceux que Dieu veut bien lui donner. L’islam accorde donc la primauté au juridique, d’où la prépondérance, pour certains de nos compatriotes musulmans, de la charia sur le droit français.
 
Le combat de la formation des imams et des enseignants
Emmanuel Macron :
"Je ne saurai ici ignorer les caractéristiques théologiques et religieuses qui règlent la place et les fonctions de l’imam et procéder par analogie avec d’autres religions ne saurait fonder un raisonnement juste. Mais l’enjeu est simple : il importe de former les imams sur le sol français et de façon adaptée aux valeurs de la République. […] Pour ce qui concerne l’Etat, cette ambition vise d’abord le savoir des sciences humaines et sociales, plus largement tout l’enseignement non confessant ".
Le président a indiqué que les institutions universitaires à créer "auront le soutien de l’Etat car il n’est plus possible de se contenter aujourd’hui d’un appel massif à des imams formés dans des pays tiers […]. Dans le champ religieux, nous savons que les formations en France sont aujourd’hui très limitées et nous savons aussi que l’Etat ne peut pas en être directement un acteur. C’est pourquoi il faut permettre à des initiatives privées d’émerger dans le respect du principe de séparation".
Et il a précisé que ce projet concerne aussi "la formation des enseignants de religion […] et des acteurs administratifs".
          Commentaire
Emmanuel Macron a raison, l’imam ne peut être assimilé à un prêtre. L’islam ignorant le principe de médiation entre Dieu et l’homme, il n’a ni sacerdoce ni sacrements. Le rôle de l’imam consiste à diriger la prière et à assurer la prédication du vendredi. Celle-ci ne se limitant pas au domaine religieux, puisqu’en islam le temporel et le spirituel sont mêlés, elle peut comporter des aspects relatifs, par exemple,  à la politique, au refus de la laïcité et de la culture françaises, aux relations avec les non-musulmans, aux rapports hommes-femmes… L’imam n’a pas pour mission d’assurer un accompagnement spirituel, c’est pourquoi il se contente  souvent de veiller à l’observance des rites ou des interdits alimentaires. Ainsi, l’imam ne peut être tenu responsable des actions de ses fidèles. La difficulté est accrue si l’on sait qu’une partie importante des imams officiant en France ne parle pas notre langue.
Dans son discours, le président a salué la création, à l’initiative de l’Etat, d’une aumônerie musulmane. Il s’agissait de montrer que l’Etat français accorde le même traitement à toutes les religions présentes sur notre territoire. Or, l’aumônier n’existe pas dans la tradition islamique. Il s’agit donc là d’une erreur puisque, comme nous l’avons souligné, il n’y a pas de médiation entre Dieu et l’homme dans l’islam.
Il existe déjà des Instituts de formation d’imams, dont deux sont gérés par l’Union des Organisations islamiques de France, laquelle, étant liée aux Frères musulmans, à bien des égards ne transmet pas des valeurs compatibles avec la démocratie.
Le chef de l’Etat a dit sa conviction qu’un tel combat pour la formation des cadres musulmans est possible, se référant notamment à la « Charte de l’imam » publiée par le CFCM en mars dernier. Celle-ci comporte des aspects rassurants tels que l’attachement à la laïcité, à la liberté, au dialogue interreligieux et le rejet de toute justification de la violence au nom de Dieu. Le CFCM a demandé à toutes les instances représentatives de l’islam en France et aux mosquées d’adhérer à cette charte… mais celle-ci a immédiatement été rejetée par la majorité d’entre elles.
 
Il reste que la question de la formation des imams est pertinente si l’on considère les préoccupations liées à la sécurité publique. Mais la solution à ce problème soulève d’importantes questions à la République laïque. Qui va trancher les difficultés liées à l’interprétation des dogmes et des textes sacrés ? Comment gérer les divergences idéologiques ? L’Etat envisage-t-il de fermer les instituts de l’UOIF ? En fait, qui va contrôler l’enseignement dispensé dans les établissements de formation d’imams ? Il n’y a pas de réponse pertinente à ces questions. Imagine-t-on voir un jour, sous prétexte de traitement égalitaire entre religions et de respect de la loi républicaine, l’Etat laïque s’immiscer dans les programmes des séminaires de l’Église catholique, interdire l’enseignement de la loi naturelle (concernant notamment le  mariage et la filiation) ?
E.Macron a mis les représentants officiels de l’islam face à leurs responsabilités. Mais des actes doivent suivre. En cas de violences ou de discours haineux prononcés dans les mosquées en référence au Coran et à la Sunna, ceux-ci devraient pouvoir être poursuivis pour complicité avec les imams dangereux. L’État devrait aussi imposer la langue française lors des prêches et interdire tout financement étranger des mosquées et associations. Il faut être d’une intransigeance absolue quand il s’agit de la paix civile et ne pas hésiter à recourir à des mesures d’expulsions. Encore une fois, ces initiatives ont trouvé leurs limites face à l’absence d’autorité réellement représentative de l’islam, rôle auquel le CFCM ne peut prétendre.
 
Pour conclure
"Il nous faut toujours réaffirmer qu’il n’y a pas, dans notre pays, d’un côté les musulmans et de l’autre les Français. Mais bel et bien uniquement des Français, de tous horizons, de toutes convictions, tous citoyens au sein d’une République dont la laïcité garantit à chacun la liberté et l’égalité et offre comme projet commun la fraternité ».
Cependant, en se mêlant de l’organisation de l’islam en France, il est à craindre que l’Etat contribue, sans doute malgré lui et tout en dénonçant le communautarisme, à confessionnaliser les musulmans, alors que, selon la Constitution de notre pays, les ressortissants français sont d’abord des citoyens avant d’être chrétiens, musulmans, juifs ou autres. On risque ainsi  de donner à l’islam le statut de religion d’Etat, comme le regrettait feu le cardinal Lustiger.

Paru sur Clarifier, la Petite Feuille verte, juin 2017

Islam et République

Publié dans En France
Islam et République : le décryptage du discours de Macron au CFCM
 
"Personne ne peut faire croire que l'islam n'est pas compatible avec la République", a déclaré Emmanuel Macron devant devant le Conseil français du culte musulman. Pour Annie Laurent, des contradictions entre l'islam et la République existent bel et bien.
 

Journaliste et docteur d'État en science politique, Annie LAURENT a été nommée experte par Benoît XVI, au synode spécial des évêques pour le Moyen-Orient, qui s'est tenu à Rome en octobre 2010. Elle a créé l'association Clarifierqui vise à éclairer les réalités de l'Islam, son dernier article traitant la question des imams. Elle vient de publier L'Islam pour tous ceux qui veulent en parler (mais ne le connaissent pas encore) (éd.Artège, 2017).
 
À l'occasion du repas de clôture du jeûne du Ramadan (Iftar), Emmanuel Macron a prononcé ce mardi un discours devant le CFCM (Conseil français du culte musulman), dix ans après Nicolas Sarkozy. Il a notamment affirmé que "personne ne pouvait faire croire que l'islam n'était pas compatible avec la République". Qu'en pensez-vous ?
Pour les musulmans, les principes d'organisation sociale et politique sont d‘ordre divin. Ils s'appuient sur deux sources principales : le Coran et la Sunna (la tradition mahométane). On voit bien la discordance avec le modèle démocratique lorsqu'on considère notre devise nationale : "Liberté, Égalité, Fraternité". Sur la question des libertés : pour nous, Français, la liberté est universelle et également partagée. Dans l'islam, il n'y a de libertés que restreintes : ainsi en est-il, par exemple, de la liberté de conscience, qui est inexistante. Par conséquent, un musulman ne peut être reconnu comme athée ou se convertir à une autre religion. À cet égard, il faut souligner que, tout en interdisant l'apostasie, le Coran ne prévoit aucune peine temporelle pour punir celui qui s'en rend coupable. Le droit islamique s'appuie donc sur une sentence attribuée à Mahomet : "Celui qui quitte la religion, tuez-le".
 
Dans ce registre, la Charia fait figure de Code pénal pour les musulmans. Dès lors, si une Constitution proclame la Charia comme source du droit, rien n'empêche un magistrat saisi d'une telle affaire de prononcer la peine de mort. Pour revenir au contexte français, lorsque dans les années 1990, alors que les négociations étaient entamées entre le gouvernement et des responsables musulmans en vue de l'organisation du culte islamique, le ministre de l'intérieur de l'époque, Jean-Pierre Chevènement, avait proposé à ces derniers une charte contenant notamment une clause par laquelle ils s'engageraient à respecter la liberté de conscience, y compris le droit de renoncer à l'islam. Or, sous la pression de certains mouvements, notamment les islamistes Frères musulmans, le ministère retira cette clause de la charte. Il justifia cette reculade en rappelant que la Constitution française garantit déjà la liberté religieuse. Ce faisant, il ignorait que pour les musulmans convaincus la Charia est supérieure à toute loi humaine, donc à celle de la République.
 
Cet exemple permet de prendre la mesure de l'incompatibilité entre nos principes respectifs. Concernant l'égalité, le Coran instaure la supériorité du musulman sur le non-musulman et l'homme sur la femme. Ces principes ne sont pas discutables puisqu'ils relèvent de l'arbitraire divin. Autrement dit, ils ne peuvent être sujets à modification. On perçoit immédiatement les problèmes que cela peut poser dans la vie sociale. Certes, l'islam reconnaît le principe de "fraternité", mais il ne s'applique qu'au sein de l'Oumma, la communauté des croyants musulmans. C'est pourquoi un musulman peut se sentir d'abord citoyen de l'Oumma avant d'être citoyen de son propre pays si celui-ci n'est pas régi par l'islam. Il en résulte une grande divergence avec les fondements démocratiques. Il faut ajouter que l'islam ignore le concept de "personne". D'origine biblique, celui-ci confère à tout être humain une dignité inviolable et inaliénable, puisque, selon la Genèse, Dieu a créé l'homme à son image et à sa ressemblance. Il s'agit là d'un fondement ontologique, qui est l'un des piliers structurants de notre société. Or, le Coran occulte cette mention, instaurant une distance infranchissable entre Dieu et ses créatures humaines. De tout cela résulte le fait que, dans l'islam, l'individu a des devoirs ; quant à ses droits, ils ne sont que ceux que Dieu veut bien lui donner. L'islam accorde donc la primauté au juridique, d'où la prépondérance, pour certains de nos compatriotes musulmans, de la Charia sur le droit français.
 
Le Président de la République a insisté à plusieurs reprises sur le rôle que doivent assumer les organisations musulmanes de France dans la lutte contre le terrorisme et les prédicateurs salafistes, qui prêchent "ce qui est contraire au cœur de l'islam". Les extrémismes auxquels la France est confrontée trahissent-ils le véritable islam ?
Il faut d'abord signaler qu'il existe mille et une interprétations des textes sacrés de l'islam. Cette religion, sans sa version sunnite, ultra-majoritaire et la seule concernée par les débats en France, ne possède pas d'autorité dotée d'un pouvoir d'interprétation revêtu du sceau de l'authenticité. Autrement dit, il n'y a pas de pape de l'islam habilité à trancher et à imposer sa lecture, ce qui permettrait, par la même occasion, aux non-musulmans de savoir ce qui est conforme à l'interprétation officielle. En outre, les Français musulmans ne sont pas unis, du fait de la variété de leurs origines et de leurs différences idéologiques. Ainsi l'islam des Turcs n'est pas celui des Maghrébins, le salafisme diffère des Frères musulmans, etc. C'est pourquoi je ne vois pas comment le président de la République ou un autre responsable politique peut dire de façon certaine ce qui constitue "le cœur de l'Islam". À quel titre la République peut-elle se prononcer sur une telle définition? Et comment concilier de tels propos avec la laïcité propre à l'État ? En réalité, l'unique moyen d'en finir avec l'extrémisme serait de supprimer les passages du Coran et de la Sunna justifiant la violence et les atteintes aux libertés. Car, qu'on l'admette ou pas, ces textes sacrés comportent bien des incitations à la haine. Or, pour les musulmans, le Coran est un livre incréé ayant Dieu pour seul auteur. Ce dogme prévaut depuis le IXè siècle. Aucune autorité humaine ne peut donc prétendre le modifier. Ce n'est pas le cas de la Bible puisqu'elle est inspirée, non dictée. Même les intellectuels musulmans engagés dans la promotion d'un islam adapté à la modernité ne reviennent pas sur ce dogme. L'absence de magistère et le caractère incréé du Coran sont deux obstacles structurels qui empêchent toute évolution dans le sens d'une interprétation unique et authentique.
 
Emmanuel Macron a aussi mentionné le rôle des imams et des organisations régionales, comme les CRCM. Pour lui, il est impropre de faire des analogies entre l'islam et les autres religions en ce qui concerne les ministres du culte. Dans quelle mesure l'islam est-elle une religion décentralisée, et quel est le rôle exact d'un imam ?
Emmanuel Macron a raison, l'imam ne peut être assimilé à un prêtre. L'islam ignorant le principe de médiation entre Dieu et l'homme, il n'a ni sacerdoce ni sacrements. Son rôle consiste à diriger la prière et d'assurer la prédication du vendredi. Celle-ci ne se limite pas au domaine religieux puisque dans l'islam le temporel et le spirituel sont mêlés, elle peut comporter des aspects relatifs par exemple à la politique, aux relations avec les non-musulmans, aux rapports hommes-femmes… L'imam n'a pas pour mission d'assurer un accompagnement spirituel, c'est pourquoi son rôle se limite souvent à veiller à l'observance des rites ou des interdits alimentaires. Ainsi, l'imam ne peut être tenu responsable des actions de ses fidèles. La difficulté est accrue si l'on sait qu'une partie des imams officiant en France ne parle pas français.
 
Dans son discours, Emmanuel Macron a vanté la création par l'État d'une aumônerie musulmane. Il s'agissait de montrer que l'État français accorde le même traitement à toutes les religions présentes chez nous. Or, l'aumônier n'existe pas dans la tradition islamique. Je pense qu'il s'agit là d'une erreur puisque, comme je l'ai souligné, il n'y a pas de médiation entre Dieu et l'homme dans l'islam. Bien sûr, les responsables musulmans peuvent faire preuve de bonne volonté. Ainsi, en mars dernier, le CFCM a produit une "charte de l'imam" qui comporte des mesures bienvenues tels que l'attachement à la laïcité, à la liberté, au dialogue interreligieux et le rejet de toute justification de la violence au nom de Dieu. Le CFCM a demandé à toutes les instances représentatives de l'islam en France et aux mosquées d'adhérer à cette charte… mais celle-ci a immédiatement été rejetée par la majorité d'entre elles. Encore une fois ces initiatives ont trouvé leurs limites face à l'absence d'autorité réellement représentative de l'islam.
 
Le Président de la République souhaite que l'État puisse participer à la formation des imams. Est-ce possible, selon vous ?
La demande est légitime mais sa réalisation pose d'importantes questions. En effet, comment la République laïque envisage-t-elle d'intervenir dans ce domaine ? Qui va trancher les difficultés liées à l'interprétation des dogmes et des textes sacrés ? Comment gérer les divergences idéologiques ? En fait, qui va contrôler l'enseignement dispensé dans les instituts de formation d'imams ? Je ne vois pas de réponse pertinente à ces questions. Imagine-t-on voir un jour la République laïque s'immiscer dans les programmes des séminaires de l'Église catholique, interdire l'enseignement de la loi naturelle (je pense notamment au mariage et à la filiation) ?
 
Concernant l'islam, il existe déjà des Instituts de formation d'imams, dont certains sont gérés par l'UOIF, association qui, à bien des égards, ne transmet pas des valeurs compatibles avec la démocratie. Mais il est vrai que la question de la formation des imams est pertinente si l'on considère les préoccupations liées à la sécurité publique. Il me semble que l'État devrait mettre fermement les représentants officiels de l'islam face à leurs responsabilités. En cas de violences ou de discours haineux prononcés dans les mosquées en référence au Coran et à la Sunna, ceux-ci devraient pouvoir être poursuivis pour complicité avec les imams dangereux. L'État devrait aussi imposer la langue française lors de prêches et interdire tous financements étrangers des mosquées et associations. Il faut être d'une intransigeance absolue quand il s'agit de sécurité publique et ne pas hésiter à aller jusqu'à des mesures d'expulsions. Enfin, en se mêlant de l'organisation de l'islam en France, je crains que l'État ne contribue, sans doute malgré lui et tout en dénonçant le communautarisme, à confessionnaliser les musulmans, alors que, selon la Constitution de notre pays, ceux-ci sont d'abord des citoyens avant d'être chrétiens, musulmans, juifs ou autres. On risque donner à l'islam le statut de religion d'État comme le regrettait feu le cardinal Lustiger.

Publié le 23 juin 2017, paru sur Figarovox, 27 juin 2017

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