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ASSAF Antoine

ASSAF Antoine

Né le



Ecrivain philosophe franco-libanais
     

Docteur ès Lettres de la Sorbonne

Professeur invité aux États-Unis, Pologne, Ukraine, Russie, Hongrie, Liban, Amérique Latine.    
Conférencier à l'Ecole Navale et l'Ecole de Guerre et à l'Université de Paris-Est
Conseiller Politique en France et au Liban

Ancien auditeur de l'Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN)
Musicien organiste (à Notre Dame d'Auteuil 1980-1995) ancien membre tenor de l'Ensemble Bach de Paris.Dir. J.W.Websky.
Capitaine de Frégate de Réserve.

Collabore à plusieurs journaux français (le Figaro, La Revue des Deux Mondes) et internationaux ( Al Nahar)

Ouvrages
L’Etre et la Totalité (P.U.L.1986) - Terre Blanche,ou journal d’un otage du Liban (Fayard 2000) - Vie et Œuvre de Pierre Boutang .(Dossier H ed. Age d’Homme 2002) - L’Islam et le XXIe Siècle (ed. Renaissance Catholique 2004) - Le Mythe d’Europe entre Orient et Occident.(ed. Age d’Homme 2006) - Lettres à L’Amiral ou le Martyre des justes (ed. Age d’Homme 2008) - Le Roman du Guerrier (éd. Du Rocher) - Habemus Papas ( le Centurion) - L'Islam Radical (Editions Eyrolles) -

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De la grande peur de l’Islam ?

Publié dans A tout un chacun
De la grande peur de l’Islam ?
 
S'il s'agit de l'islam radical et guerrier, en tant que chrétien nous ne devons pas "avoir peur de ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent pas tuer l’âme". Le Christ nous a laissé cette parole pour nous affermir dans le combat spirituel contre toutes les tentations charnelles et mortelles. Les menaces contre les chrétiens ont commencé dès les premiers siècles et se poursuivent avec des régimes tels que ceux des guerriers noirs de la République Islamique de Daech. On ne peut être chrétien sans affronter ce combat spirituel pour notre salut comme pour celui de notre prochain, sans oublier qu'il faut que des forces régulières viennent au secours des plus faibles et des plus démunis, et c'est cela tout l'esprit de la guerre juste dont le but n'est pas la conquête mais d'arrêter l'injustice.
 
De l’islam radical et de la décadence de l'occident
Dès l’origine l’Islam nait en partie de nos hérésies ariennes et nestoriennes qui nient la divinité du Christ que le concile de Chalcédoine (451) va redresser et corriger en affirmant dans le Christ une seule personne et deux natures humaine et divine. Elles ont empoisonné l’empire de Byzance et préparé sa décadence sur plus de mille ans. L’Islam se nourrit bel et bien de nos faiblesses et de nos divisions militaires, politiques, théologiques. Très vite, les victoires sidérantes de Mahomet, grand général de guerre, permettent d’unifier les tribus autour de sa cause. Mais en plus de ces exploits il se présente comme messager de Dieu. Les premiers califes qu’on appelle "les guides" (les Rachidoun) étendent ces victoires par leurs conquêtes rapides et sanglantes, imposant la dhimmitude aux chrétiens qu’ils soumettent par la force de l’épée avant de proposer le dialogue une fois victorieux.
 
Un seul ou plusieurs islams
Les leçons de l’expansion islamique sont multiples et éloquentes : des leçons de grandeur et de victoire militaire ; une expansion tellement rapide qu’elle a affaibli jusqu’à leur extinction deux grands empires : Perse et Byzantin, qui cernaient l’Arabie et la dominaient. Il y a certes cette fulgurante entrée dans l’histoire des vieilles civilisations mais aussi de profondes divisions entre les factions qui se sont partagé l’héritage de Muhammad : chacune se considérant comme la plus fidèle et la plus proche du message annoncé.
 
Le monde musulman est aujourd’hui partagé entre les sunnites et les chiites (minoritaires), deux courants de l’islam représentés par deux puissances régionales du Proche et du Moyen Orient, l’Arabie Saoudite et l’Iran. Mais aussi deux puissances qui ont formé des alliances et des mésalliances extrêmement complexes avec deux grandes puissances occidentales : les Etats Unis et la Russie. Une situation d’autant plus étrange que le monde occidental doit dialoguer avec un monde musulman qui, de prime abord, lui est hostile.
             
Aujourd’hui, l’islam reste en tension et garde la nostalgie d'un passé glorieux que des factions minoritaires veulent restaurer par la terreur et l’idéologie d’un Jihad dépassée et anachronique. L’Occident, aujourd'hui, est impliqué dans cette division entre sunnites et chiites et tout l'enjeu du Proche Orient est la manière dont la puissance américaine cherche à redonner un rôle plus positif à l'Iran dans la résolution du conflit contre la République islamique de Daech. Cette posture inquiète les saoudiens malgré leur alliance historique avec les Etats-Unis.
           
De la vision militaire du djihad et de sa vision spirituelle
Les combattants djihadistes les plus radicaux veulent vaincre au nom de Dieu. Les lois de "cette guerre sainte" sont édictées dans la Convention de Houdaybiya, lieu proche de la Mecque où fut signée en 628 la trêve entre Mahomet et les Quraychites après un conflit de seize ans. Il faut revenir à cette époque pour saisir les échos prémonitoires d’une Convention de droits de la guerre, dans un contexte bédouin et tribal. Celle-ci est fondée a priori sur la mansuétude, le dialogue avec l’adversaire et le respect des prisonniers, pour éviter les massacres. Mais rien ne peut être déterminé ni prévu quand il s’agit de la guerre et de la mise en danger de ce que l’homme possède de plus sacré : sa vie. La transgression de l’ennemi justifie la rupture de la trêve ; la guerre est déclenchée avec une conscience juste, car Dieu est toujours avec celui qui prie jour et nuit ; Dieu est avec celui qui combat "les infidèles" avec le vrai croyant "abandonné", le vrai "Mouslim" mérite "la vie future" et évite le "feu" de l’enfer (Sourate II-217).
               
Les guerres au nom de Dieu sont toujours apocalyptiques, elles prétendent sauver ou perdre l’âme de celui qui guerroie. Dans les batailles de Muhammad il faut voir l’application de cette théorie passionnée de la guerre telle que la vivent, quatorze siècles plus tard, les fondamentalistes et les Wahhabites. Visions militaire et mystique se confondent et sont difficilement séparables. Muhammad est un prophète armé, alors que le Christ est le Messie désarmé. "Range ton épée" dit-il à St Pierre qui veut le défendre par les armes au moment de son arrestation. Il faut que les musulmans se contentent aujourd'hui d'un Jihad au sens d'une "effort" spirituel et vivre les cinq piliers  de l'islam sans recourir à la guerre pour imposer des califats anachroniques.
               
L’Islam entre le politique et le religieux ?
Il est impossible à l'Islam de se dégager de cette confusion du temporel et du spirituel tant qu'il garde la distinction radicale du monde entre "terre d'islam " (Dar EL Islam) et terre de guerre" (Dar El Harb). Cette religion dans sa version radicale croit encore à un Jihad : à une conquête du monde par les armes et par l'idéologie pour atteindre la paix universelle qui n'est autre que la restauration définitive du califat d'origine. Ce dernier a pourtant connu tant de divisions ou alors des moments de paix mais au prix de guerres et de soumission imposées par des dictatures. C'est pourquoi d'ailleurs aucune république fondée sur la laïcité absolue comme la France ne peut absorber l'islam ni en faire un "islam " à la manière française, à la norvégienne ou autres. Ce sont des situations impossibles tant que cette religion garde en son sein des courants radicaux prêts à toutes formes de terrorisme ou de guerres pour imposer son idéologie totalitaire au monde. Mais pourtant dans certains rares pays comme le Liban, l'Albanie, ou parfois en Afrique il y a des coexistences à peu près pacifiques et cela revient au fait que l'on a préféré instaurer un "dialogue de vie et vérité" au lieu d'un conflit de dialectique et d'opposition qui mène droit à la haine et à guerre.             

La victoire paradoxale d’Israël

Publié dans De par le monde
La victoire paradoxale d’Israël !
             
C’est ainsi que le monde se réveille pour voir le retour de ce premier ministre qui a agacé le président des Etats-Unis Obama, de ce premier ministre qui ose après le massacre de Charlie Hebdo et la prise d’otage de l’épicerie Kasher dire aux juifs de France de "revenir" comme dans les années mythiques du début du siècle, au temps au temps de ces retours traditionnels, au temps des Alya !
           
La victoire de Netanyahou inquiète son propre peuple, car Netanyahou est le fils de Bension Netanyahou qui fut l’adjoint de Vladimir Jabotinski grand inspirateur de la droite israélienne, et de ce que sera plus tard le parti du Likoud. L’esprit de cette politique est qu’Israël doit toujours être plus grand pour rester plus puissant et plus victorieux. C’est ce qui pourrait justifier que les colonisations des villages arabes deviennent une nécessité pour qu’Israël puisse survivre. 
        
Mais en face il y en Israël ceux qui ont voulu gagner pour vivre avec les arabes, peut-être plus Sépharades qu’Ashkénazes. Des arabes qui font 30% de ce pays où ils se installés depuis la conquête islamique et qui aujourd’hui, -c’est ce qu’on oublie de dire- par leur mobilisation, que Netanyahou a dénoncée comme une faute arrogante, ont remporté treize sièges de députés qui intègrent le Knesset. Ces députés qui s’expriment avec beaucoup de rigueur et de franchise et même avec beaucoup de courage. Ce sont les voix d’outre-tombe qui reviennent pour rappeler aux politiciens, les voix des descendants des anciens réfugiés, de ceux qui n’ont jamais voulu quitter leur terre depuis en 1948, et qui se considèrent comme palestiniens légitimes et donc des vrais arabes sur la terre d’Israël.
    
Aujourd’hui l’espoir de la cause palestinienne se trouve en eux et l’on doit espérer que tous ces étudiants de l’université de Haïfa qui compte 60% d’arabes doivent comprendre que leur lutte doit désormais venir de l’intérieur, combien même il y a le retour d’une politique de droite dure incarnée par  Netanyahou. Leur bataille doit passer désormais par le discours politique et les élections que par l’activisme et les attaques qui peuvent provenir encore de Gaza et de plus loin encore. Ils ont une place sur cette terre et ils doivent la sauvegarder par la raison et par l’honneur pour exister comme des citoyens libres, dans un état qui leur donne le droit de s’exprimer plus librement que sous les dictatures sévères des républiques islamiques qui terrorisent le monde entier avec leurs massacres et leurs drapeaux noirs.
           
Ecoute Israël ! ChemaʿYisrā'ël !
Ce cri qui était déjà inscrit dans le cœur et dans la promesse d’Abraham, et qui ouvre tous les commandements sou le regard de Dieu, doit revenir aujourd’hui pour que la victoire de Netanyahou sonne pour lui comme une écoute et qu’elle se réalise à l’intérieur avec ceux des arabes qui veulent vivre avec les juifs, mais qui exigent plus de droits et de libertés.
Car la voix si paradoxale, qui lui arrive de l’extérieur, et surtout celle de l’Amérique d’Obama, qui lui demande d’en finir avec cinquante ans d’occupation, est encore plus insistante que d’autres voix, pour éviter aux juifs d’Israël qui veulent la coexistence, l’insécurité et l’angoisse qui naissent du fanatisme et du terrorisme.
   
Pour mériter le nom d’Israël, Jacob a dû se battre contre Dieu et son ange, il suffit à Netanyahou de savoir se battre contre des hommes libres et dignes et vivre avec eux pour mériter amplement sa victoire.

Chronique de l'auteur donnée sur Radio Notre Dame
http://radionotredame.net/author/antoine-assaf/
http://radionotredame.net/podcast/l-orient-si-proche/

Les patriotes de tous les côtés peuvent toujours chanter ces mots qui exaltent leur patrie, néanmoins rien ne nous paraît plus incertain aujourd’hui que la destinée de la Syrie. Est-elle entre les mains des Syriens eux-mêmes ? Ou entre les mains du monde occidental dont les décisions se prennent dans les couloirs froids et lointains des organisations sévères et juridiques ? Rien n’est plus incertain et surtout après avoir écouté les discours de Bachar El Assad qui crie au complot contre la Syrie et son histoire glorieuse, et brandit les menaces et les risques de partition de son pays.
Or l’histoire est certes ancienne et glorieuse mais la partition est encore plus proche de la réalité de tous ces derniers mois sanglants qui s’enchaînent et prennent une allure bien différente de toutes les autres révoltes arabes de la Tunisie, la Libye ou l’Égypte. Car les paradoxes de la révolte syrienne ne sont pas les mêmes que ceux des autres pays de ce Proche-Orient embrasé ! Leurs écho iront encore plus loin et éclairent pour nous les paradoxes de la révolution syrienne.
Certes, c’aurait été le bilan des révolutions heureuses, si la réalité ne redevenait amère avec l’instabilité dans laquelle tous ces pays plongent, en exigeant de leurs dirigeants plus de libertés et plus de changements. De même que la lutte de la Ligue arabe pour calmer la violence du pouvoir syrien plonge le monde dans la consternation devant un régime dictatorial et sanglant protégés par des alliés puissants et presque sourds à tout ce qui contredit leurs intérêts, un régime que le monde libre tarde à punir et cherche en vain à faire tomber par tous les moyens au nom des droits de l’homme ou de la force juste.
Pour comprendre cette situation il faut saisir la Syrie dans son évolution historique depuis son passé glorieux jusqu’à son présent difficile et paradoxal qui annonce une grande chute dans l’agonie et dans la douleur du peuple syrien lui-même, martyrisé par ses gouvernants.

Passé et avenir d’une vieille nation
Alors, que peut-on voir dans toute cette glorieuse histoire de la Syrie qui, du iv
e siècle jusqu’à la fin de l’Empire ottoman, n’a pu exister que par le rayonnement de la ville de Damas et sa place au carrefour de tous les empires d’Orient, sans pouvoir réellement se constituer en État – et se trouve aujourd’hui devant deux issues possibles : fonder un véritable État basé sur des institutions libres et dignes ou rester une dictature qui n’agit et ne progresse que par les renseignements, les assassinats et les répressions ? La vérité, c’est que la Syrie ne peut se libérer des menaces lourdes des Nations-unies et le rapport de force entre ses alliés et le reste du monde qui s’est constitué curieusement en "amis de la Syrie"
Il faut que la Syrie retrouve sa place et sa vocation dans l’histoire ailleurs que dans la réalisation d’une Grande Syrie fictive. Ce rêve de fausse et petite grandeur ne peut épouser son évolution dans cet Orient, depuis que ce fameux lieutenant d’Alexandre, Séleucos, eut fondé, dans la vallée de l’Oronte, ce royaume autour de sa brillante capitale d’Antioche. Il faut que la Syrie tire les grandes leçons de toutes les époques de son histoire, en toute simplicité, sans fausse modestie ni fausse puissance !
La leçon d’une époque où sa terre a pu accueillir tous ces Arabes qui se constituèrent en communautés autour de Homs, Alep, Palmyre et Petra et ont pratiqué la langue araméenne, épousé la foi chrétienne, avant de donner au monde une des plus belles leçons d’architecture et de civilisation à Antioche comme à Héliopolis, aujourd’hui Baalbek du Liban ! – et que dire encore de Palmyre ? Une époque où Rome même était marquée par des empereurs venus de Syrie, comme Philippe l’Arabe, et ceux issus de la dynastie emérénienne, au iiie siècle. Mais la lourdeur du poids de l’Empire byzantin et la croissance des hérésies nestorienne et monophysite ont affaibli et divisé les Syriens. Quand l’empereur Héraclius avait réussi à vaincre et chasser les Perses, les Arabes venus d’un désert déjà rendu à Mohammad n’ont pas eu de difficultés pour s’infiltrer dans un pays trop fatigué des subtils byzantins ! C’est ainsi que les successeurs de Mohammad, les califes Abou Bakr et Omar, avaient fini par conquérir et soumettre Damas, Alep, Antioche, Jérusalem, Césarée.
C’est surtout la leçon d’Omar, ce grand calife, qui prit pour épouse une Syrienne et, une fois devenu roi de Jérusalem, pria dans les lieux saints chrétiens et protégea leur communauté en les gardant proches de lui et de l’exercice du pouvoir. Il rebâtit l’église d’Édesse et permit à la province de la Syrie de connaître sa plus grande expansion économique et culturelle, avec les savants, les philosophes et les bâtisseurs, de la mosquée d’Al Aqsa, dite d’Omar, avant que le califat ne fût transféré en Iraq par le calife Marnaz.

Des croisés aux Ottomans…
À côté de cette leçon de civilisation et de tolérance, il y en a une autre, celle des massacres, de la répression, de l’occupation et de la conversion forcée à l’islam par les terribles Abbassides, descendants de l’oncle du prophète, Abbas, et de son gendre Ali. Rien de plus terrible que leurs armées constituées de guerriers kôrussaniens, venus du nord de l’Iran, pour assassiner et achever les Omeyyades et faire perdre à la Syrie son hégémonie et son indépendance. Certes, ce n’est pas à ces hordes barbaresques que la Syrie peut se référer aujourd’hui, surtout quand il lui faut oublier et regretter la dureté de l’occupation et toutes ses exactions qu’elle a fait subir au peuple libanais. Ni aux Seldjoukides, ces serviteurs turcs cruels des Abbassides que seule l’arrivée des croisés allait pouvoir écarter en 1098 et qui transformeront alors tout l’ouest de la Syrie en un royaume latin, en terre de Jérusalem, Antioche, Cilicie, Tripoli, Édesse.

Les leçons de la période des croisades sont certainement les plus difficiles à tirer, tant l’ambiguïté des lectures de cette époque est grande. Entre "les croisades vues par les Arabes" – une fiction de journaliste raté ! – et celles vues par les Européens, le fossé est tellement grand qu’il faudrait encore attendre pour que les intentions des cœurs se révèlent. Mais les faits sont là et la victoire de Hattin, en 1187, remportée par Saladin contre les Francs, reste chère aux cœurs de tous les musulmans car elle leur a livré Jérusalem. Il reste que la coexistence si riche et si importante qui relie l’Orient et l’Occident par la présence de ces croisés, est une leçon infiniment plus grande que les deux siècles et demi d’occupation sévère des sultans mamelouks – encore d’autres mercenaires turcs ! – qui font revivre aux Syriens, avec ceux qui ont détruit les dernières citadelles côtières des croisés jusqu’à Saïda – tombée en 1291 –, les époques les plus cruelles de leur histoire.
Et que dire des Ottomans, dont l’empire dominera l’Orient pendant quatre siècles ? La cruauté légendaire des Turcs et de leurs pachas, et leur éternel principe de la durabilité du pouvoir, qui se résumait en trois mots "diviser pour régner", divide et impera, ne peuvent être un exemple pour personne. Il fallait diviser la Syrie pour la dominer et c’est ainsi que le régime des Assad a voulu diviser les Libanais pour régner sur leur terre et les occuper. Mais au lieu de durer quatre siècles, il n’a duré que trente ans et ce ne fut qu’une caricature d’empire que les Syriens aujourd’hui payent de leur fierté et de leur honneur, livrés qu’ils sont, à cause de leurs chefs, à l’examen critique et poussé de tous les crimes et les assassinats dont ils sont accusés devant le monde entier et au Liban dans ce que l’on appelle déjà leur guerre civile !
Contrairement au Liban, qui grâce à ses princes a réussi à garder une certaine autonomie à l’égard du sultan, la Syrie a toujours été tiraillée entre le pouvoir de ses envahisseurs turcs d’un côté et les Égyptiens de l’autre. Et c’est grâce aux grottes du Liban que les Syriens, brandissant leur nationalisme arabe contre les Jeunes Turcs en 1913, ont pu résister en attendant la victoire du général Allenby, en 1918 ; et c’est ainsi qu’un beau jour de fin d’été, le 20 septembre, contre les Turcs à Sarona, l’Empire ottoman s’éteignit, laissant derrière lui, libres de leurs cruautés, Damas, Alep, Hama et toute la Syrie.
Le Liban, qui fut une terre de refuge pour les Syriens résistants, ne doit jamais devenir une terre d’occupation pour ses dictateurs. Et là c’est une leçon que les héritiers de ces derniers doivent comprendre pour toujours.
Le rêve du roi Fayçal, Grand Shérif de La Mecque, d’un grand royaume arabe, ne devait pas perturber les Syriens, ils savaient que l’intérêt de l’Angleterre et de la France était plus fort que les rêves nocturnes des Bédouins, exaltés par Lawrence, dit d’Arabie, quand il cherchait "les sept piliers de la sagesse" dans le désert.

Le mandat français
Quant aux leçons du mandat français à partir de 1920, elles sont d’une grande gravité. La Syrie doit comprendre qu’elle n’a pas été séparée ni amputée du Liban mais que la France n’a fait que confirmer au Liban une indépendance gagnée par les émirs libanais depuis le xvii
e siècle avec l’émir Fackhredine. La confédération Damas, Alep et le mont Druze mènera à des guerres sanglantes en 1925 entre les Français et les Druzes. Et en 1941, la division entre les troupes françaises de Syrie, relevant du gouvernement de Vichy, et les Forces françaises libres du Levant aboutira à la déclaration de l’indépendance de la Syrie et du Liban, sous la houlette du général Catroux. Depuis sa première Chambre et son premier Président, la Syrie cultive le nationalisme exacerbé.
Rien ne justifie à ce carrefour de l’histoire commune de la Syrie et du Liban une quelconque théorie du démantèlement ou de séparation des deux pays, qui n’en faisaient qu’un, et dont la grande responsabilité revient à la puissance mandataire de la France. La Grande Syrie n’existe que dans l’imagination exaltée des dictateurs dont l’œuvre majeure fut le viol des réalités historiques de la terre et de la nation libanaises.

La Syrie ne doit pas oublier les tentations et les tentatives de ses colonels d’établir un régime fort et dominant, inspiré de Mustafa Kemal en Turquie. Les noms restent dans la mémoire de tous les Syriens, qui depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et la création de l’État d’Israël entendent parler de Hosni al-Zaïm, Sami Hinnâwi, Akram Awrâni, Adib Sisakli, des figures militaires qui serraient leur emprise autour de leur peuple et qui finiront par tourner le pays complètement vers une alliance avec l’URSS et le communisme, alors que les opérations de séduction lancées par l’Amérique de Truman en 1949 se multipliaient pour gagner le Proche-Orient et le rapprocher du grand Pacte de la Défense atlantique. Pour les plus nationalistes d’entre les Syriens, ce geste n’avait d’autre but que de protéger l’État naissant d’Israël et de pousser les pays arabes à le reconnaître. Le régime militariste et dictatorial n’a pas réussi à sauver la Syrie, il ne fallait donc pas se donner la peine de venir l’appliquer au Liban.
Que la Syrie regarde en face enfin ses relations avec l’URSS qui, commencées par une visite au Kremlin, officiellement, du président Qouwâtli, vers 1955, appuie les partis de gauche dans le pays, fournit des armes modernes, et fait venir progressivement et sûrement le parti Baas autoritaire au pouvoir. L’unité syro-égyptienne se renforce face aux menaces de la VIe flotte américaine au large du littoral. Et c’est ainsi que la Syrie voit surgir Nasser et son armée à Latakieh, en pleine guerre froide entre les Russes et les Américains. Un président baasiste, Ausäni, est élu le 14 octobre 1957 à l’Assemblée nationale. L’expérience de la République arabe unie sera un échec et poussera le Baas à son apogée. Mais la Syrie d’Atasi, président puissant, se heurte à son impuissance et à celle de tous les pays arabes, devant l’occupation stratégique du Golan après la guerre de 1967 par Israël, l’ennemi si redoutable et si haïssable pour le pouvoir syrien.

Le Bismark de l’Orient
La plus grande leçon à tirer aujourd’hui est bien sûr celle du régime de Hafez al-Assad. Par le contrôle et la représentation du parti Baas dans les rangs de l’armée, Assad réussit à s’imposer comme général, ministre de la Défense et commandant en chef des forces armées. Il parvient aussi à se faire élire au suffrage universel à 99,2 % des voix et à créer une Chambre où se côtoient toutes les tendances politiques du pays, du communisme au traditionalisme.

Le maître mot, la pierre angulaire de ce régime sera l’appareil militaire de sécurité. Et cela à l’intérieur, par la soumission violente des Frères musulmans et, à l’extérieur, par une occupation militaire de tout le Liban tenu sous les ordres de quelques hommes, grands dirigeants des Moukhabarat, les renseignements syriens, dont la seule justification est l’ordre réalisé par la répression systématique. Assad avait réussi à faire de la Syrie un allié de l’Union soviétique par le traité d’amitié et de coopération de 1980, sans faire perdre à l’Occident un espoir de rapprochement d’Israël et même d’une signature d’accord de paix à l’exemple de l’Égypte. C’est dans cette attitude d’équilibriste que "le Lion de la Syrie" a pu conserver ses acquis chez lui et au Liban. C’est de toute cette stratégie, toute en ruse et en finesse, qu’il va mériter son titre de gloire décerné par Henry Kissinger, celui de "Bismarck de l’Orient".
Mais cette puissance et cette subtilité n’ont duré que le temps d’une génération, car quand le pouvoir n’est incarné que dans la seule figure de l’homme qui l’exerce sans que les libertés des institutions et le droit le prolongent et l’équilibrent, ce pouvoir se fane et disparaît comme la fumée noire d’une vieille cheminée que la main du maître ne nourrit plus des morceaux de bois nécessaires. Et, comme toute dictature liée à la personne du dictateur qui l’exerce, elle risque, dans l’hérédité du pouvoir, de générer des monstres ou de fabriquer des caricatures.
Alors que la Syrie regarde en face l’héritage du père reçu par le fils, à un moment où le monde entier attend d’elle une justification de toute sa politique et des actions obscures de ses services secrets ainsi que leurs querelles et guerres sanglantes, jadis au Liban et aujourd'hui à Homs, Alep, Idlib, et la capitale Damas !
L’héritage des guerres avec Israël laisse le Golan occupé en 1973 et la Syrie humiliée sans être vaincue avec l’invasion du Liban par l’armée de Tsahal en 1982. Un héritage lourd pour le fils Bachar car il révèle au monde entier l’absence d’une véritable armée syrienne de défense, et la démission jamais déclarée de l’Union soviétique et de ses conseillers qui en supportaient toute la stratégie et la logistique. L’effet est foudroyant quand Bachar demande vingt-six mois pour retirer son armée du Liban, l’Amérique pressée ne lui en donne qu’un seul et sous la menace de graves sanctions.
Puis il y a l’héritage de la paix dite syrienne au Liban qui reste l’expression du sommet de la cruauté politique. C’est la politique des fantômes, des rêves de Grande Syrie, d’unité arabe ou d’une paix libanaise capable de faire du Liban un bouclier contre Israël.
Il y a aussi cette vieille alliance avec l’Iran dont les intérêts stratégiques et pétroliers ont beaucoup évolué depuis la fin de la guerre Iran-Irak, et surtout depuis l’invasion de ce dernier par les Américains, qui placent la milice pro-iranienne du Hezbollah, protégée par la Syrie, parmi les organisations terroristes.
L’héritage est lourd de conséquences de toutes ces résolutions de l’ONU, qui stipulent sous une codification abstraite (1559, 1595, 1661, 1701,1747) des mesures concrètes et urgentes de retrait de l’armée syrienne, désarmement des milices du Hezbollah, déploiement de l’armée libanaise sur tout le territoire national et surtout sur les frontières, jamais tracées, entre la Syrie et le Liban. Le Tribunal international couronnait toutes les résolutions et plaçait le pouvoir de la Syrie et son président sous le regard de la justice. La dernière "guerre des 33 jours" a bien prouvé combien Israël est impliqué dans ces résolutions, pour ses frontières comme pour le désarmement des milices du Hezbollah, après la dernière tentative avortée.
Enfin, l’héritage de la nébuleuse terroriste de la région – exacerbé par l’assassinat du Premier ministre libanais, le sunnite Rafic Hariri, qui place la Syrie de Bachar sur la scène de la justice internationale – met en cause sa politique répressive et violente au Liban, dans le rapport le plus aigu et le plus sévère jamais établi contre le pouvoir syrien et ses diverses branches de services de renseignements qui ont sévi au Liban et qui ne l’ont pas encore quitté définitivement.
Depuis la mort de son père, le 19 juin 2000, Bachar se trouve confronté aux réalités historiques qui ne supportent plus les rêves et les illusions de grandeur. Et ses derniers appels pour des négociations de paix avec Israël ne pourront aboutir que si sa démarche est sincère, chose presque impossible en politique, surtout quand un tribunal international vous guette pour juger les plus grands crimes de l’histoire qui se perpétuent sous le soleil des hommes et de Dieu à la fois.

Les battements de cœur du Liban
Au Liban, il faut aller jusqu’au bout de l’enquête qui nous somme de prendre les chemins de l’ouverture et des libertés politiques pour éviter l’enlisement dans les rouages et les sables mouvants des dictatures qui se vident d’elles-mêmes par le suicide de ses chefs et la dispersion de ses généraux. Ils doivent répondre de leurs actes et de leurs assassinats devant le monde libre et effaré désormais de tous leurs excès. Certains ont déjà répondu par un acte syro-romain de suicide.

Entre ceux qui la courtisent encore et ceux qui cherchent à l’isoler, la Syrie doit trouver son chemin au risque de sa survie comme État et comme nation dans un Orient de plus en plus bouillonnant.
Il est révolu le temps, où la Syrie pouvait régler les battements du cœur du Liban ;
il faut qu’elle sache que, malgré tous les assassinats, ce cœur est libre et qu’il est rempli de la passion dévorante et contagieuse de sa liberté. Il est révolu aussi le temps où le jeune Bachar pouvait prononcer devant le pape de Rome – l’apôtre de l’amour ! – les paroles de la haine et de la discorde. Il est révolu, enfin, le temps où la Syrie pouvait déguiser la vérité de son histoire par des jeux de cartes stratégiques et de politique d’équilibriste. Le monde libre lui donne une dernière chance pour un rôle raisonnable dans la région, mais il est temps qu’elle redécouvre sa vocation digne et ancestrale que la civilisation lui donne de fait et de droit, si elle sait encore librement la voir et la choisir.
Alors, au lieu de menacer de partition et d’un État alaouite qui risque de balkaniser toute la région, que le jeune président de la Syrie accompagné de sa charmante épouse, élevée sous les cieux d’un autre empire, calme la violence acharnée des membres de sa tribu et malgré les échos de tous les massacres de Homs a Houla etc... et tende la main à la Syrie rebelle et égarée par le mal qui la ronge, pour qu’ils puissent rêver en chantant encore une fois ensemble sous le même drapeau ces vers qui les porteront peut-être vers les horizons indépassables de la sérénité :

Terre de Cham, tour orgueilleuse

Ton rayonnement s’élance jusqu’au ciel,
Ta terre brille sous un soleil radieux
Une terre qui s’assimile aux cieux
Les caresses de l’espoir et les battements du cœur,
Un drapeau aux couleurs de prunelle noire et du sang de martyr
Drapeau qui symbolise l’intégrité du territoire.
Ces martyrs orgueilleux ont marqué un glorieux passé
Âmes sacrifiés pour la patrie
Sur ton sol sont nés Al-Walid et Al-Rachid
Ils sont notre droit à la souveraineté.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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