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BELLAMY Francois-Xavier

BELLAMY Francois-Xavier

Né le 11 octobre 1985
Célibataire


Professeur de philosophie


Ecole Normale Supérieure (Ulm)
Maîtrise en éthique et en philosophie politique - Paris IV Sorbonne
Agrégé de philosophie
 
Chargé de mission pour les études au cabinet du Ministre de la Culture et de la Communication (2006-2007)
Conseiller technique au cabinet du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice (2008-2009)
 
Depuis 2008 : maire adjoint (sans étiquette) à Versailles, délégué à la Jeunesse et à l'Enseignement supérieur

Ouvrages
Les Déshérités ou l'urgence de transmettre (2014)

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jcroi kon devré fer 1 brek

Publié dans Du côté des élites
"Sa va dps samedi ? G1 truc a te dir jcroi kon devré fer 1 brek…"

Manuel scolaire 5ème, 4ème, 3ème, éditions Nathan.
Voilà, la réforme du collège devient concrète.
 
Cette semaine, les enseignants découvrent, effarés, les manuels scolaires conformes aux injonctions ministérielles, préparés dans l’improvisation totale pour la rentrée prochaine. C’est un cours de maths remplacé par un sondage dans la classe sur les discriminations. C’est la littérature et la langue françaises sacrifiée pour des "punchlines" et des SMS. C’est l’immense aventure des sciences qui s’achève dans une curiosité morbide pour la mort de Claude François dans sa baignoire.
Immense tristesse, immense colère aussi. J’ai la rage au fond du cœur de voir ce délire devenir réalité, avec la collaboration honteuse d’éditeurs serviles et lâches, dans le silence des médias et dans la passivité générale – si l’on excepte la complicité coupable de l’enseignement privé.
Tous ceux qui coopèrent à cette immense dévastation, à ce mensonge, à ce délire, j’espère qu’ils ont un peu honte, au fond d’eux-mêmes. Et j’espère, envers et contre tout, que cette réforme n’ira pas jusqu’au bout. Parce que ce n’est pas possible… Ils n’ont pas le droit. Nous n’avons pas le droit.
 
L’école n’a qu’une seule mission : élever les élèves qui lui sont confiés. Chacun d’entre eux porte en lui quelque chose d’exceptionnel, et chacun d’entre eux a droit au meilleur de ce que nous avons reçu. De quel droit allons-nous priver les générations qui viennent de la beauté, de la grandeur, de l’intelligence ? De quel droit condamnons-nous ces enfants à ne plus rien comprendre de leur propre histoire, de leur langue, de leur culture ? Quand la conjugaison est remplacée par l’approximative "impression" des temps, quand toute la maîtrise de la langue consiste à faire de bonnes vannes et à casser avec sa copine, qu’espérons-nous faire grandir chez nos élèves ?
Le manuel "Le livre scolaire", ici reproduit, comporte une phrase de Abd Al Malik qui résume à elle seule toute cette réforme du collège : "A force de vouloir se faire rue, on est devenu caniveau."
A force de vouloir se faire rue, on est devenu caniveau.
Voilà à quoi ressemble une civilisation qui meurt.
 
Je voudrais crier partout ma tristesse pour ces enfants qu’on sacrifie… Qui ne trouveront à l’école que ipads, des SMS et des anecdotes people – tout ce qu’ils connaissent déjà en fait, bien mieux que nous, d’ailleurs, et ils nous trouveront bien ridicules de vouloir leur apprendre le "swag".
Je voudrais crier ma tristesse pour ces gamins condamnés à la pauvreté culturelle par l’école, le lieu même qui aurait dû être pour eux le chemin de l’évasion vers ce qu’il y a d’universel, d’intemporel – les grands textes, les grandes œuvres, les grandes découvertes, tout ce qui fait grandir le cœur, tout ce qui élargit le regard… Pour ces talents qu’en chacun d’eux nous condamnons à la médiocrité.
Quand j’avais sept ou huit ans, mon grand-père m’a offert l’Anthologie de la poésie française, de Georges Pompidou, et il m’a dit : "Si tu veux être heureux dans la vie, il faut apprendre deux vers par jour." Je l’ai fait. Il avait raison. J’ai découvert un savoir, une saveur de la vie que je ne soupçonnais pas, que le quotidien ne donne pas. Je n’ai pas tout compris bien sûr – pas tout entier, pas tout de suite… Mais c’était beau. C’était grand. Et finalement, c’est tout simplement que ce qu’il y a de beau, de grand, se dépose dans un cœur d’enfant pour l’enrichir, par le cœur. Mais qui maintenant aura encore la chance d’apprendre un peu de poésie – par cœur ?
 
Maintenant que le sujet des manuels de littérature, c’est : "jcroi kon devré fer 1 brek…"
Voilà à quoi ressemble une génération qui renonce à transmettre.
J’ai tant de tristesse au cœur…
Pourquoi ne nous réveillons-nous pas ?

www.fxbellamy.fr/blog, 30 IV 2016

"la liquéfaction de la politique"

Publié dans Du côté des élites
Déchéance de nationalité : "la liquéfaction de la politique"
 
François Hollande a renoncé à la déchéance de nationalité mercredi. Au-delà de l’échec personnel du président de la République, cela traduit-il une crise profonde de la politique ?
Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir au péché originel de cette réforme. La vraie faute politique de François Hollande a été d’organiser un Congrès quarante-huit heures après les attentats, alors que les opérations policières étaient encore en cours… C’est cette accélération du temps politique, dictée par l’obsession de la communication et par des considérations purement tactiques, qui conduit à lancer des annonces irréfléchies et mal préparées. Et le résultat, nous le payons collectivement… Si le Congrès avait été organisé un mois après les attentats, jamais cette débâcle n’aurait eu lieu. La volonté de récupération politique d’un événement tragique aboutit à la liquéfaction de la politique elle-même.
 
Quelles sont les conséquences de cette "liquéfaction" pour la France ?
Charlotte Chaffanjon et Bastien Bonnefous, dans leur livre Le Pari, rapportent que quelques semaines avant les attentats du 13 novembre, François Hollande expliquait que la déchéance de nationalité était une "ligne rouge infranchissable" pour sa majorité et pour lui. Quelques semaines plus tard, il propose pourtant de la faire entrer dans la constitution, et son premier ministre négocie même avec la majorité la possibilité de créer des apatrides… Un tel degré de cynisme ne peut que produire un sentiment profondément anxiogène pour les Français. Cela donne l’impression que le pouvoir est prêt à tout, qu’il n’a plus aucune ligne directrice, aucun cap défini, aucun principe qui ne soit pas négociable. Quelle que soit la position qu’on peut avoir sur la loi El Khomri, elle est aussi un symptôme de cette instabilité profonde. Il n’y a plus rien de solide dans le paysage politique. Personne ne sait maintenant ce que ce gouvernement est capable de proposer…
 
La droite n’a-t-elle pas aussi une part de responsabilité dans cette situation ?
La droite, et notamment la droite sénatoriale – je pense en particulier à Bruno Retailleau et Gérard Larcher, a été irréprochable sur ce sujet. Elle a évité cette catastrophe démocratique et juridique absolue à laquelle aboutissait la transaction indécente consentie par Manuel Valls à ses troupes, qui ouvrait la voie la création d’apatrides, en présentant cela comme un progrès ! Du point de vue de notre droit, cela aurait constitué une entorse majeure pour une efficacité nulle. Dans cette instabilité profonde, l’opposition a joué son rôle de stabilisation, et le Sénat a contribué à redonner un peu de consistance au débat politique.
 
Le clivage droite/gauche semble néanmoins de plus en plus flou…
C’est le cas. Pour comprendre cette explosion du clivage droite/ gauche, il faut se replacer dans le temps long. C’est le fait de la fragilisation idéologique liée à la fin de la guerre froide. Depuis la chute du mur de Berlin, les partis politiques ont du mal à élaborer une vision du monde qui soit claire et déterminée. Les grandes formations politiques sont devenues des partis gestionnaires d’où le débat d’idée est absent. De ce point de vue, le Parti Socialiste est en train de payer son inertie pendant ses dix ans d’opposition durant lesquels, dirigé par un certain François Hollande, il n’a jamais fait l’effort de reconstruire un projet et une vision politique nouvelle.
 
Quels peuvent être les clivages du XXIe siècle ?
Devant le défi que constitue la menace terroriste, il faut réinventer les moyens politiques d’élaborer une réponse collective. L’unité nationale est nécessaire, mais elle suppose un authentique débat politique : ce serait une erreur d’aspirer sur ce sujet à l’uniformité politique, car nous avons plus que jamais besoin d’un vrai dialogue, qui permette de confronter les points de vue sur la nouveauté de ces enjeux si complexes. Le gouvernement devrait assumer ce travail politique, et non tenter d’obtenir par la pression un alignement général. François Hollande a tenté de susciter une unanimité de façade : il n’a fait que créer de nouvelles fractures. Paradoxalement, la recherche effrénée d’un consensus de pure communication n’aura finalement conduit qu’à des divisions stériles.

Paru sur www.fxbellamy.fr/blog,  1er avril 2016

Les jeunes et l'amour

Publié dans A tout un chacun
"Les jeunes rêvent à l’amour durable mais n’y croient pas"
 
Ce qui me frappe chez les jeunes Français, c’est qu’il s’agit d’une génération qui découvre la vie affective à travers la notion d’expérience. Pour aborder le sujet de l’amour, ils pensent qu’il faut faire son expérience. Ou mieux : des expériences. Physiques, si possible. Pour mes élèves, qui ont en moyenne 17-18 ans, si, à cet âge-là, ils n’ont pas déjà eu une ou plusieurs expériences affectives ou sexuelles, c’est qu’ils ont un problème.
A quoi ce phénomène est-il dû ?
 
C’est le fruit d’une pression collective "naturelle" : pour les choses de l’amour comme pour le reste, entre 13 et 18 ans, on éprouve le besoin de se prouver des choses à soi-même et au reste du groupe auquel on appartient pour montrer qu’on existe. Parallèlement, on voit très bien l’impact de ce que Michel Foucault a appelé "le caractère prescriptif de la statistique". Les statistiques ont une valeur normative : si elles établissent que la majorité des garçons de 16 ans ont déjà fait l’amour au moins une fois, tous les garçons de 16 ans pensent qu’ils doivent avoir fait l’amour au moins une fois pour être considéré comme "normaux".
Il y a un dernier élément qui entre en ligne de compte, c’est le vide laissé par le discours éducatif. La seule réponse que le système scolaire propose aux questions des jeunes sur l’amour, c’est le pack contraception qui permet aux mineurs d’aller chez les médecins ou les pharmaciens sans passer par leurs parents ! Le message envoyé est donc le suivant : il est NORMAL pour un adolescent d’utiliser ce pack, donc de faire l’amour - et par conséquent sans doute anormal de ne pas le faire.
 
Mais la génération à laquelle appartiennent mes élèves est une génération éminemment paradoxale. Car, tout en ayant inventé les fellations tarifées dans les toilettes des collèges, elle tient un discours théorique sur l’amour d’un incroyable traditionalisme où reviennent les notions de fidélité, de règles, d’amour vrai, etc. Dans mes cours de philo sont souvent abordées les questions du bonheur, de la relation avec l’autre, et toujours ressortent l’espoir et l’envie d’aimer et d’être aimé, et ce durablement. Mais aussi la certitude que ces espoirs sont vains. Pour résumer leur état d’esprit en une formule, il me paraît que les jeunes rêvent de vivre toute leur vie avec la même personne en fondant avec elle un foyer, une famille, tout en pensant que ce n’est pas possible !
C’est d’ailleurs exactement la conclusion des travaux du philosophe et sociologue Zygmunt Bauman, auteur de L’Amour liquide et de La Vie liquide, dans lequel il décrit la société occidentale comme celle de la dissolution de tous les liens solides. Selon lui, les jeunes qui ont grandi dans la "société liquide" aspirent, une fois adultes, à instaurer des liens solides… mais doutent fortement de pouvoir y parvenir !

Paru dans Le Figaro Magazine, 12 février 2016

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