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BELLAMY Francois-Xavier

BELLAMY Francois-Xavier

Né le 11 octobre 1985
Célibataire


Professeur de philosophie


Ecole Normale Supérieure (Ulm)
Maîtrise en éthique et en philosophie politique - Paris IV Sorbonne
Agrégé de philosophie
 
Chargé de mission pour les études au cabinet du Ministre de la Culture et de la Communication (2006-2007)
Conseiller technique au cabinet du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice (2008-2009)
 
Depuis 2008 : maire adjoint (sans étiquette) à Versailles, délégué à la Jeunesse et à l'Enseignement supérieur

Ouvrages
Les Déshérités ou l'urgence de transmettre (2014)

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Ce qu'est la France

Publié dans Du côté des élites
Il faut redire ce qu'est la France

L'élection législative partielle du Doubs aura-t-elle joué le rôle d'une répétition générale, deux ans avant le rendez-vous de 2017 ? Il est encore trop tôt pour le dire, bien sûr. Mais une chose est déjà certaine : si la droite veut jouer un rôle dans ce rendez-vous, il faudra d'abord qu'elle soit capable de parler à ceux qui veulent encore espérer. Et rien n'est moins acquis aujourd'hui. Il faudra que la droite soit capable de nommer vraiment les problèmes que notre pays rencontre, de les désigner par leur nom, avant même de proposer un catalogue de solutions. Il faudra qu'elle soit capable, surtout, de parler de notre pays, car c'est sans doute l'urgence première.
 
Qu'est-ce que la France ?
À cette question, la gauche répond par le vide, la vacuité de ces "valeurs de la République" dont on ne sait ni d'où elles proviennent, ni sur quoi elles se fondent, ni qui a le droit d'en établir la liste exhaustive pour y "former" les citoyens de demain.
Une liberté d'expression vidée de toute signification, et dont chaque jour permet de mesurer les évidentes asymétries.
Une laïcité superstitieuse, plus proche de la pensée magique que d'un principe raisonnable de vie commune.
L'incantation de l'unité nationale, brandie de manière coercitive par ceux qui depuis des années ont transformé en progrès tous les caprices solitaires d'un individualisme inconséquent.
Que fonder encore sur des "valeurs" qui sonnent si creux et depuis si longtemps?
 
Aux illusions qu'entretient la majorité il n'y a que l'opposition qui veuille croire encore. Quelle tristesse de la voir faire allégeance à ce discours du vide que la gauche a consacré - discours ressuscité, comble de l'ironie, à la faveur de la catastrophe qu'il a contribué à produire !
C'est parce que, depuis un demi-siècle, nous ne savons plus dire ce qu'est la France que de jeunes Français finissent par se retourner contre elle, pour avoir trouvé ailleurs une raison d'être et une cause à servir.
C'est parce que nous leur avons trop bien appris à détester leur pays qu'ils en arrivent à le trahir.
 
Face à cela, la droite semble condamnée au mutisme. Quel drame que ses dirigeants s'autocensurent, par peur sans doute de déroger aux conformismes du moment, quand tous les Français leur crient un besoin de cohérence, de sens et de clarté ! Les revirements tactiques incessants des responsables de l'UMP, sur des questions aussi décisives que le mariage, la filiation, la nationalité ou la place du travail dans notre société, ne sont que le symptôme du même vide : comment espérer alors qu'une majorité un jour adhère à ce qui fluctue sans cesse au gré des diktats d'une pseudo-modernité ?
Si l'on préfère, plutôt que de poser des fondements stables et clairs, se "positionner" sans cesse par rapport au FN ou au PS, on les laisse définir les termes mêmes du débat, et il faudra bientôt s'habituer à n'avoir plus d'autre rôle à jouer que celui de spectateur impuissant, réduit au ridicule du "ni-ni". À ceux qui ne savent rien affirmer, il ne restera plus bientôt que d'inutiles négations.
 
Qu'est-ce que la France ?
Il y a quelques semaines, je recevais un message émouvant de Ladji, un jeune Malien de 22 ans. Depuis son pays, il me disait sa passion et sa reconnaissance pour la culture française, "mélange subtil d'Homère et de la Bible". Voilà ce qu'il faudrait donner à nouveau à aimer, par l'école, par la politique culturelle, par une vision bien établie de l'homme et de la société qui irriguerait ensuite la cohérence de nos choix collectifs. Voilà ce que nos politiques devraient, avant tout, s'employer à reconstruire - et l'héritage sur lequel la France peut reconstruire son avenir.
 
Mais de cet héritage même, la droite a-t-elle encore conscience ?
Sait-elle encore le recevoir, le travailler, le proposer ?
Quelle tristesse de voir l'un de ses porte-parole, Gérald Darmanin, déclarer sans nuances qu' "il y a un problème avec toutes les religions dans la République" et que le catholicisme en fait partie… A-t-il oublié que la France doit à l'Église l'idée même de laïcité?
Une fois l'émotion de janvier passée, il faut le redire aujourd'hui, de manière apaisée mais claire.
Non, la France n'est pas Charlie ; elle n'est pas née de l'ironie corrosive qui défait tout ce que d'autres ont construit avant nous, et pour nous. Elle n'a pas d'avenir si elle croit trouver sa liberté dans la négation agressive, obsessionnelle et stérile, de sa propre identité.
De l'alliance de la tradition judéo-chrétienne avec la raison antique est née notre culture, notre conception du monde, le regard que nous portons sur la famille, sur l'égalité des sexes, sur le sens du temps du travail, sur la responsabilité politique, sur la dignité de l'être humain, sur la liberté de conscience, sur la valeur infinie de la vie.
La droite, qui devrait se distinguer justement par son sens de l'héritage, doit avoir le courage de redire maintenant ce qui est, ce qui a fait la France. Non pour exclure, mais pour rassembler : car aucun d'entre nous ne peut se proclamer propriétaire de ce pays qui nous précède. Chaque Français, en revanche, quelle que soit son histoire personnelle, doit pouvoir s'en sentir héritier.
Si nos gouvernants continuent de se plier à l'injonction du déracinement, nous paierons très longtemps notre incapacité à dire qui nous sommes.
www.fxbellamy.fr
Publié dans Le Figaro, 13 février 2015

La mission de l'école

Publié dans En France
Qu’a t-on appris sur l’école à l’occasion des attentats terroristes de début janvier ?
L’opinion a appris ce que beaucoup d’enseignants savaient déjà : ces événements ont servi de révélateur, ils ont fait apparaître la crispation de beaucoup de jeunes, la difficulté de dialoguer avec eux pour résoudre les tensions autour des questions de religion, d’identité, qui se font de plus en plus vives…
Ces difficultés sont souvent occultées dans le débat public, mais elles touchent déjà beaucoup d’établissements. Cette rupture devient glaçante, lorsque des élèves refusent, au-delà de tout désaccord, de s’associer à la simple expression du respect des morts, et lancent en classe de véritables déclarations de guerre.
 
N’a-t-on pas découvert aussi l’impuissance des enseignants ?
Pour parler ensemble, il faut une langue commune… Quand l’école n’a pas transmis aux élèves les moyens de former et de nourrir leur réflexion, ils sont facilement piégés par des raisonnements simplistes, manichéens. Dépourvus de mots, ils sont abandonnés à la puissance des images mises en scène sur le web, qui alimentent ce qu’il y a de plus irrationnel – le complotisme, la fascination pour la violence.
Les professeurs sont démunis pour engager avec eux un dialogue raisonné. Ce n’est pas tant le signe de leur impuissance, que celui de l’échec global de l’école…
En 2012, une enquête ministérielle comptait 21% de collégiens incapables de "donner sens à une information" ou "d’exploiter des textes même simples." En 2013, un jeune majeur recensé sur cinq est illettré. Comment s’étonne-t-on encore du résultat ?
 
Qu’ont appris, eux, les politiques de ces événements ?
Peu de choses… Les responsables politiques sont informés depuis longtemps de l’état de l’école. Nous avons tous sous les yeux les statistiques officielles : en 2013, la dernière enquête PISA recensait en France 22% de collégiens en échec, considérés comme incapables de prolonger leurs études et de "participer de manière efficace et active à la vie de la société."
La même année, notre système scolaire est devenu le plus inégalitaire des pays de l’OCDE. Les politiques savent tout cela !
 
Que n’ont-ils pas compris ?
Ils n’arrivent pas à faire le lien entre transmission du savoir et intégration à la vie de la société. Contrairement à ce qu’affirme Najat Vallaud-Belkacem, on ne transmet jamais des "valeurs" : aucune contrainte n’obligera la jeunesse à croire aux valeurs de la République. Cela ne marchera jamais. Ce n’est qu’en apprenant à lire, à écrire, à se situer dans l’histoire, à réfléchir à partir de savoirs communs, que l’on construit son lien à la société.
L’école peut bien sûr éduquer, mais seulement en instruisant.
Faute de l’avoir compris, elle va devenir de plus en plus coercitive… Le plan proposé par la Ministre ne s’intéresse même pas à la transmission du savoir ; c’est le projet d’une école qui, ayant renoncé à former les élèves, décide de les formater. La stratégie qui consiste à leur faire des cours de morale, auxquels ils devront adhérer sous peine d’être "signalés", est à la fois contre-productive et inquiétante !
Je crois que l’école ne remplira profondément sa mission éducative, sa fonction d’intégration, que par son travail propre, qui est la transmission du savoir et de la connaissance. Sa mission est d’apprendre à lire, écrire, compter, raisonner. Remettons tout à plat pour y arriver.
 
De quand datez-vous l’entrée dans ce cycle infernal ?
J’ai tenté de l’expliquer dans Les Déshérités.
L’un des moments décisifs a été le travail de Bourdieu, qui a structuré la formation des enseignants. Il ne fallait pas transmettre notre savoir, nos connaissances, parce que c’était faire violence aux élèves. On retrouve cette vision dans le débat sur la notation, que la Ministre considère comme traumatisante. Ce débat est symptomatique : une génération est en train de détruire l’école par laquelle elle est passée, et qui pourtant ne l’a pas trop desservie… Peut-on sérieusement dire que les millions d’adultes qui ont vécu hier l’expérience de l’apprentissage et de la notation en sont ressortis traumatisés ? Depuis les années 70 pourtant, cette condamnation de la transmission règne sur l’école. Et aujourd’hui, nous nous lamentons des conséquences de nos propres décisions…
En refusant de transmettre une culture commune, nous avons suscité la désagrégation que nous constatons maintenant. Et nous n’avons même pas rendu nos élèves plus libres, au contraire : seule la connaissance libère. Tant que l’école renoncera à la transmettre, nous abandonnerons les jeunes à toutes les formes d’oppressions.
 
La ministre de l’Education veut une fois encore revoir la carte scolaire, est-ce une bonne idée ?
Nous passons notre temps à parler d’organisation, de structures, de moyens ; mais nous ne parlons plus jamais du but de l’enseignement. On demande d’ailleurs aux enseignants de faire tout et n’importe quoi : combattre le sexisme, faire de bons citoyens, lutter contre les inégalités et même contre le réchauffement climatique…Bref, on leur demande de réformer leurs élèves pour résoudre tous les problèmes de la société.
Il faudrait revenir encore une fois, avec pragmatisme, à la mission première de l’école : transmettre un savoir. Tout le reste procède de cela. Savoir mettre des mots sur ses difficultés évite la violence, apprendre la littérature et la poésie aide à s’émerveiller de l’autre, maîtriser les principes de la biologie conduit à devenir responsable…
 
Y a-t-il encore une approche de l’école différente à droite et à gauche ?
Là encore, le débat ne porte plus que sur les moyens : d’un côté, la création de 60 000 postes supplémentaires et, de l’autre, des bureaux pour les enseignants dans les établissements… Mais qui propose encore une vraie vision de l’acte éducatif, du rôle de l’enseignant, de la valeur du savoir ? Tout cela est bien en-deçà des enjeux.
Les responsables politiques sont d’ailleurs très éloignés des salles de classes ; ils passent peu de temps dans les établissements scolaires.
 
Que pensez-vous des autres idées : distribuer des livrets de la laïcité, faire chanter la Marseillaise ?
Tout cela sera inutile si on ne se penche pas d’abord sur l’essentiel.
En décembre 2005, après les émeutes en banlieues, Gilles de Robien, alors ministre de l’Education, avait expliqué que le premier impératif à en retirer était de remettre au point l’apprentissage de la lecture. C’était pour moi la bonne réaction ; c’est celle qu’il faudrait avoir aujourd’hui. Malheureusement, ce chantier avait été reçu de façon très polémique par les instances pédagogiques, et l’on s’est empressé de le refermer.
 
Le retour de l’autorité est aussi prôné…
Nous assistons à un retournement absolu !
Pendant des années, on a expliqué aux enseignants que l’idée d’assumer une autorité trahissait seulement leurs problèmes psychanalytiques, que l’autorité du maître était une oppression pour les élèves… "Il faut, écrivait Bourdieu, ramener toute autorité pédagogique à sa réalité objective de violence." Voilà ce qui a structuré la formation des enseignants. Aujourd’hui, on redécouvre subitement la nécessité d’une autorité… mais en restant dans l’ambiguïté : la Ministre demande aux enseignants d’imposer avec autorité les valeurs de la République, tout en organisant en permanence des débats dans la classe. C’est une injonction contradictoire !
A l’école, les élèves ne viennent pas pour parler, pour exprimer leur opinion : lorsqu’ils n’ont encore rien appris, elle se résume à ce qu’ils ont entendu à la maison ou sur les réseaux sociaux… A l’école, ils viennent recevoir les moyens de former une pensée vraiment personnelle, les connaissances qui nourriront progressivement leur liberté de conscience.
En cela, le savoir de l’enseignant fait autorité : il fait grandir.
 
Les enseignants ne sont-ils pas eux-mêmes réticents au changement ?
Beaucoup d’enseignants voudraient aujourd’hui réfléchir à ces questions. Il y a des expériences, des initiatives, des méthodes qui fonctionnent, qu’il faudrait savoir reconnaître et mettre à contribution. Mais le débat éducatif reste encore piégé par des crispations idéologiques, et le dialogue avec les enseignants est biaisé par une représentation syndicale faussée.
 
Leur faible rémunération alimente-t-elle aussi ce malaise ?
Il y a d’une manière générale une grande souffrance du monde enseignant, et un sentiment profond de déclassement. Bien souvent, les élèves eux-mêmes perçoivent négativement ce métier. Si les conditions matérielles y contribuent, cela vient d’abord, je crois, du fait que nous avons collectivement perdu le sens de la fécondité essentielle du savoir qui se transmet à l’école.
 
Etes-vous optimiste ?
Non ; mais je ne suis pas pessimiste non plus. L’histoire n’est jamais écrite d’avance. Les récents événements nous l’ont révélé, nous sommes à un tournant décisif : la suite maintenant dépend de nous.
Notre école peut relever le défi ; elle l’a d’ailleurs déjà fait.
Après 1870, elle a démontré sa capacité à rassembler une France exsangue, profondément divisée par un siècle d’affrontements. Mais aujourd’hui comme hier, ce n’est qu’en faisant de l’école un lieu d’apprentissage efficace que nous pourrons redonner à notre pays la possibilité de l’unité, de la paix et de la liberté.

http://www.fxbellamy.fr/blog/ - Article initialement paru sur L'Opinion, 5 janvier 2015

De l’inculture

Publié dans En France
Du règne de l'inculture

Quand s’achèvera le quinquennat de François Hollande, parmi tous ceux auxquels il aura laissé le goût amer des espoirs déçus, il faudra compter le monde de la culture et de l’éducation…
Nous étions pourtant habitués à ce cliché, que la droite aime l’argent et que la gauche soigne l’esprit – répartition si installée, que beaucoup avaient cru, en 2012, voir arriver une majorité animée d’une véritable vision sur ces sujets.
A mi-mandat, quelle déception !
Le 10 décembre, le Syndicat National des Entreprises Artistiques et Culturelles (SYNDEAC) réunissait, au Théâtre de la Colline, de nombreux artistes, parmi lesquels de très grands noms du théâtre et du cinéma, pour lancer un appel pressant : "De véritables dangers, alertaient-ils, menacent les équipes artistiques, les lieux de création et de représentation, les théâtres, les centres d’art… L’effritement est déjà visible."
 
Mais le plus inquiétant n’est pas là, dans les difficultés que traversent les lieux de patrimoine et de création de notre pays. Il est, avertit le texte, dans l’absence de toute vision, qui fait perdre son sens à l’action publique en matière culturelle : "Aucun dessein, aucune volonté, aucune ambition ne s’annoncent pour garantir et relancer la création artistique, ni en France, ni en Europe."
Dans un courrier à la Ministre, des dizaines de grandes figures de la vie culturelle française précisaient : "Les établissements culturels, qui, en vérité, ont comme mission de faire fructifier le sens du beau, le sens de l’humain, se voient demander de (…) trahir l’objectif initial pour lequel ils ont été nommés."
En lieu et place d’un vrai projet, l’Etat ne sait plus que produire "une accumulation de règles froides, inopérantes, inefficaces, tétanisantes, incompréhensibles", et les politiques "un agenda de concertations caduques, où ne nous est servi qu’un argumentaire résigné usant de la seule rhétorique économique." La profession concluait son communiqué d’une simple phrase, lourde de sens : "Cet appel est une alarme avant qu’il ne soit trop tard."
Quelques heures plus tard, la Ministre de la Culture répondait par… trois tweets : "C’est le choix qu’a fait le Gvt (sic) en préservant le budget de la culture pour les 3 ans à venir." – Il est donc maintenant établi que le seul principe cohérent qui guide l’action de nos gouvernants, c’est d’humilier avec constance ceux qu’ils sont sensés servir, dans tous les domaines !
La désinvolture de Fleur Pellerin vis-à-vis des professionnels de la culture n’a d’égale que celle de Najat Vallaud-Belkacem à l’égard des élus locaux sur qui est tombée la délirante réforme des rythmes scolaires, ou de ces parents qui, depuis des semaines, campent dans l’école de leurs enfants pour l’alerter sur la difficulté des conditions d’enseignement.
 
Mais le plus grave, c’est que la gauche a montré qu’elle n’avait finalement aucune vision de la culture et de l’éducation, qu’elle ne comprenait pas le sens de cet héritage vivant qu’il nous appartient de protéger, de valoriser et de transmettre. "Aucun dessein, aucune volonté, aucune ambition" : ces mots du SYNDEAC pourraient tout aussi bien décrire l’état actuel de l’(in)action publique en matière de sauvegarde du patrimoine, d’accompagnement de l’enseignement supérieur, de politiques de recherche, de reconstruction pédagogique au service de la transmission des savoirs… Alors que 18 à 20 % des jeunes majeurs français sont totalement ou partiellement illettrés, d’après les statistiques officielles de l’Etat, Najat Vallaud Belkacem se passionne pour l’évaluation avec des points verts, jaunes et rouges… Et au moment où nos monuments les plus emblématiques peinent à financer leur entretien, Fleur Pellerin prépare une loi pour défaire la protection du patrimoine historique par les règles d’urbanisme, au nom d’une "créativité" soudainement inquiétante. N’est-ce pas perdre le sens de l’essentiel ? N’y a-t-il pas d’autres urgences ?
 
Nicolas Sarkozy s’était attiré les foudres unanimes du quartier latin pour n’avoir pas aimé La Princesse de Clèves ; Fleur Pellerin, elle, en est encore bien loin : elle ne lit plus. "Un ministre de la culture, en 2014, n’est pas payé pour lire des livres", assène-t-elle. Comme s’il fallait être payé pour prendre le temps de lire des livres ! Cette formule est, à elle seule, un symptôme : en fait, nos gouvernants ne comprennent pas la nécessité essentielle de la culture, de la gratuite et indispensable fécondité des savoirs, de l’art, de la littérature, sans lesquels il n’est pas de liberté ni même d’humanité pour les hommes.
Voilà la véritable menace, cet écroulement intérieur – dont on peut craindre qu’il soit irréversible. Car lorsque la culture a perdu jusqu’à sa signification, et quand le savoir n’est pas même transmis, sur quoi pourront reconstruire les générations déshéritées qui succèderont à nos abandons ?
L’écroulement intérieur est si manifeste, et si rapide…

Il y a exactement cinquante ans, en décembre 1964, un autre Ministre de la Culture – André Malraux, accueillait Jean Moulin au Panthéon ; et son discours manifestait la force de la responsabilité politique, seule capable de rassembler dans un combat commun tout ce qui fait vivre un pays : proposer une vision d’ensemble, un sens partagé de la culture qui nous réunit, "lorsque la nation est en péril de mort – la nation, cette donnée invincible et mystérieuse – c’est proclamer la survie de la France."
Cinquante ans plus tard, nos politiques en sont-ils capables ?
www.fxbellamy.fr/blog
Analyse publiée dans le Figaro daté du 19 décembre 2014, et sur le site Figaro Vox, en dialogue avec un texte de Julien Dray.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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