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BICHOT Jacques

BICHOT Jacques

Né le 5 septembre 1943
Marié – 4 enfants


Economiste
Professeur émérite à l'Université Lyon 3


Doctorat en mathématiques
Doctorat d’Etat en sciences économiques
 
Carrière universitaire en mathématiques puis en économie
Professeur émérite à l’université Jean Moulin (Lyon 3)
 
Membre du Conseil Economique et Social (1984-1999)
Responsabilités dans le mouvement familial (1980-2001)
 
Ouvrages (sélection)
Huit siècles de monétarisation (1984)
Économie de la protection sociale (1992)
Quelles retraites en l’an 2000 (1993)
La monnaie et les systèmes financiers (1997)
Retraites en péril (1999)
Les autoroutes du mal( avec Denis Lensel)(2001)
Quand les autruches prendront leur retraite (avec Alain Madelin) (2003)
Atout famille (avec Denis Lensel) (2007)
Urgence retraites, petit traité de réanimation (2008)
Retraites : le dictionnaire de la réforme (2010)
Les enjeux de 2012 ; abécédaire de la réforme (2012)
La mort de l’Etat providence ; vive les assurances sociales 2013)
Le Labyrinthe, compliquer pour régner (2015)

Distinctions
Chevalier de la légion d’honneur
Chevalier des palmes académiques

URL du site internet:

Une réforme bousillée par...

Publié dans Du côté des élites
Retraites : une réforme bousillée par l’amateurisme des hommes politiques
 
Une fois de plus, la France subit une grève très pénible et dommageable parce que nos dirigeants ne sont pas à la hauteur. Réformer le système de retraites français est indispensable : il n’est ni juste, ni efficace. Mais comment des personnes qui ne savent ni comment fonctionnent les retraites par répartition, ni ce qui mérite d’être appelé "réforme", pourraient-ils organiser le changement institutionnel et notionnel de grande ampleur qui donnerait à la France une importante longueur d’avance sur les autres pays développés, tous plus ou moins en difficulté dans ce domaine ?
 
Ils ne savent pas distinguer ce qui est réforme de ce qui est gestion
La seule véritable réforme qui ait eu lieu en matière de retraites, dans notre pays, remonte à une époque particulièrement noire de notre histoire : 1941. Le régime par capitalisation mis en place en 1930 devait initialement investir les cotisations, puis se servir des intérêts, dividendes et plus-values de ces placements pour verser des pensions. Mais, pour verser immédiatement des rentes aux "vieux travailleurs salariés", les AVTS, le régime de Vichy décida d’utiliser directement les cotisations pour payer ces rentes. A la Libération, ce système (nommé "répartition" par la loi de 1941), fut maintenu. Ce faisant, l’Etat français ne fit pas cavalier seul : tous les pays développés créèrent un système de ce type, ex nihilo ou (comme la France) par transformation d’un système préexistant initialement prévu pour fonctionner en capitalisation.
Depuis lors, de très nombreuses modifications eurent lieu, mais il s’est agi le plus souvent de simples changements de la valeur d’un ou plusieurs paramètres. Pour faire croire qu’ils faisaient quelque chose de vraiment nouveau, à chaque réglage paramétrique les gouvernements annoncèrent haut et fort qu’ils réformaient les retraites : cela faisait plus chic. Les commentateurs, et particulièrement les médias, adoptèrent la terminologie "réforme", parce que cela donnait de la gravité à leur propos ou poussait à lire leurs articles.
 
Il est vrai que certains réglages paramétriques bouleversèrent tellement la vie des gens que le mot "réforme" semblait se justifier. En France, l’instauration de la "retraite à 60 ans" par le parti socialiste arrivé au pouvoir en 1981 eut un impact énorme, mais techniquement il s’agissait surtout de la modification brutale du paramètre le plus important. Si l’on compare la retraite à une automobile, il ne s’est pas agi de remplacer un moteur thermique par un moteur électrique, ou un véhicule à roues par un engin volant, mais d’augmenter la cylindrée – ce qui eut pour effet de requérir beaucoup plus de carburant, c’est-à-dire de cotisations (et de déficit).
Incapable de concevoir une véritable réforme des retraites, mais désireuse de se faire mousser, de montrer qu’elle agit et se préoccupe du bien-être des électeurs, la classe politique s’est donc mise à pratiquer les réglages paramétriques à la place des techniciens. La majorité proclame haut et fort qu’elle sauve le système, tandis que l’opposition affirme que ce n’est pas cela qu’il aurait fallu faire pour le bien du peuple. Mais l’opposition et la majorité se rejoignent sur un point : tous parlent de réforme, quitte à laisser certains commentateurs ajouter l’adjectif "paramétrique", parce qu’admettre qu’il s’agit d’un simple réglage du carburateur ou du remplacement de pneumatiques usés aurait poussé le bon peuple à se demander pourquoi politiser des actes de simple maintenance.
L’expression "réforme paramétrique" découle ainsi d’une confusion entre la réforme, par essence structurelle, et la gestion, par essence paramétrique. Gouvernement et Parlement s’agitent tant et plus quand il s’agit de savoir s’il serait utile et juste de modifier le degré d’octane du carburant, dépossédant le personnel de direction de ses responsabilités. Et ils négligent totalement ce qui est leur devoir et leur vocation : s’occuper sérieusement, lorsque c’est réellement utile, de cet événement rare qu’est la réforme "systémique", adjectif tautologique qu’il faut ajouter puisque l’expression "réforme paramétrique" a tout embrouillé.
 
Ils ne savent pas comment fonctionnent véritablement les retraites dites 'par répartition"
Bien évidemment, même le plus ignare des présidents de la République, des ministres, des députés et des sénateurs, sait qu’en répartition les cotisations de retraite ne sont pas investies pour préparer les futures pensions de ceux qui les versent, mais pour servir au mois le mois les pensions des personnes âgées – les anciens cotisants. Mais tout ce beau monde s’accommode fort bien de voir des droits à pension attribués au prorata de versements qui ne jouent aucun rôle dans la préparation des futures pensions. De l’argent est versé par les actifs aux retraités, il est dépensé, il n’en restera rien pour ceux qui le versent à titre de cotisation – mais le législateur a décidé que c’est la base de calcul des pensions futures ! Exit la sagesse populaire selon laquelle on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Exit surtout le savoir économique le plus basique, selon lequel la dépense qui prépare aujourd’hui la consommation espérée pour un avenir assez lointain, c’est l’investissement. Nos hommes politiques raisonnent et agissent comme si payer la retraite de nos anciens était un investissement capable de nous procurer une rente dans plusieurs décennies !!!
 
Alfred SAUVY a essayé, dans les années 1960 et 1970, de faire comprendre aux Français une vérité toute simple : "nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations, mais par nos enfants". Claude SARRAUTE, dans Le Monde, écrivit un billet disant à peu près ceci : j’ai cotisé, j’ai droit à une pension, je l’aurai, ne nous ennuyez pas avec vos propos déprimants relatifs à l’insuffisance de la natalité qui met en péril les retraites futures. SAUVY répliqua dans le même quotidien en expliquant que, ayant récemment pris sa retraite, il dépensait avec plaisir les cotisations vieillesse versées par la diva en activité, et qu’il n’en resterait rien quand elle s’arrêterait de travailler. Il ajoutait que, pour que Claude SARRAUTE ait une pension, il fallait que des enfants viennent au monde, se forment, aient un emploi, et lui versent (via une caisse de retraite) une partie de leurs revenus professionnels. Elémentaire, mon cher Watson ! Mais nos hommes politiques sont des Watson qui n’ont, semble-t-il, pas du tout l’intention d’écouter Sherlock Holmes. Ils préfèrent avoir, comme Claude SARRAUTE, la foi du charbonnier, celle qui ne cherche pas à comprendre les voies de l’Etat providence.
 
La retraite dite par répartition repose entièrement sur un échange entre générations successives : les actifs financent les enfants et les jeunes en formation, ce qui constitue un investissement, puis ils liquident leurs droits à pension et perçoivent le dividende de leur investissement. Le fonctionnement économique de la retraite par répartition est très simple dans son principe : en investissant dans le facteur de production le plus important, le "capital humain", on prépare la production future, et il est logique que l’on ait de ce fait un droit sur une fraction de cette production, fraction plus ou moins importante selon l’ampleur de l’investissement réalisé. Quant aux cotisations vieillesse, elles constituent la redevance due à ceux qui nous ont entretenus et formés durant notre enfance. Payer ses dettes n’est pas équivalent à investir.
Que le législateur n’ait jamais pris le temps de réformer le système de retraites par répartition en attribuant les droits à pension au prorata de l’investissement réalisé dans la jeunesse est difficile à comprendre. Nos députés et sénateurs ont donné force de loi à un système que mes collègues américains considèrent ouvertement, pour beaucoup d’entre eux, comme un système de PONZI, ou de MADOFF, si l’on préfère une escroquerie plus récente. Nous utilisons un système qui confond les pieds et la tête, l’investissement et la consommation, qui n’a pas pour deux sous de bon sens, et tout le débat qui a lieu, toute la proposition de Delevoye et toute la contestation des syndicalistes ignorent complétement la réalité économique !
 
Il n’est pas trop tard pour vous instruire, mesdames et messieurs les politiques et les partenaires sociaux !
Relisez SAUVY, particulièrement La tragédie du pouvoir (1978), ou lisez-le pour la première fois. Lisez La faillite coupable des retraites, de David COSSANDEY (2003). Lisez mes ouvrages, depuis mon Economie de la protection sociale (1992) jusqu’à La retraite en liberté (2017) en passant par Quand les autruches prendront leur retraite (2003, écrit avec Alain MADELIN). Tout a été étudié, expliqué, il est temps de sortir du rêve éveillé où vous vous complaisez, et de sortir la France de cet absurde affrontement entre des personnes et des organisations qui ne veulent pas voir la réalité de l’échange entre générations successives et lui donner un cadre juridique adéquat.

Envoyé par l'auteur, 7 décembre 2019

Retraites : que faire ?

Publié dans Du côté des élites
Retraites : que faire ?
 
Dans un précédent article j’ai expliqué à quel point nos hommes politiques étaient incompétents en ce qui concerne l’indispensable réforme de notre système de retraites. Il convient maintenant de leur donner le mode d’emploi qu’ils ne sont pas capables de trouver par eux-mêmes. Je pourrais me borner à leur recommander la lecture de La retraite en liberté, ouvrage publié en 2017 avec l’appui de l’association Sauvegarde retraites, qui en a fourni un exemplaire à bon nombre d’hommes politiques, puisque ce petit ouvrage (il a la taille d’un Que Sais-je ?) contient l’essentiel de ce qu’il faut savoir pour réaliser rapidement une réforme cohérente des retraites dites "par répartition". Une telle réforme donnerait à la France une longueur d’avance dans ce domaine où, il faut l’avouer, aucun pays n’a encore trouvé la formule adéquate. Mais combien existe-t-il d’hommes politiques prêts à lire 123 pages ? Je vais donc fournir ci-dessous un mode d’emploi beaucoup plus concis.
 
La réforme doit et peut prendre la forme d’un blitzkrieg
Pourquoi vouloir faire traîner les choses ? Modifier petit-à-petit les règles du jeu aurait pour conséquence inéluctable d’inquiéter fortement les Français pendant une longue période et d’exposer la réforme à toutes sortes de remises en question. Il faut avoir l’esprit de décision, trancher dans le vif. Si la réforme n’est pas réalisée avant la prochaine élection présidentielle, il est probable qu’elle tournera court et que la France traînera indéfiniment ses 42 régimes tous basés sur une escroquerie du type MADOFF.
Mais, dira-t-on, ce n’est pas possible techniquement, il faut procéder par étapes. Cette affirmation est inexacte. Il est possible de faire basculer rapidement la totalité de la population française dans le nouveau système fonctionnant par points. A partir du 1er janvier 2021, par exemple, les actifs ne percevraient plus leurs droits à pension que sous forme de points et dans le système unique que nous appellerons France retraites.
Cela ne veut pas dire que les institutions existantes disparaîtraient, remplacées par un coup de baguette magique. Chaque salarié du privé choisirait d’avoir son compte de points, soit dans sa CARSAT, soit dans l’institution Agirc-Arrco dont il dépend pour sa retraite complémentaire. Les salariés des régimes spéciaux ne changeraient pas de caisse de rattachement, non plus que les fonctionnaires territoriaux et hospitaliers, et l’Etat en créerait une, à partir de ses services gestionnaires des pensions, pour ses fonctionnaires. Les droits acquis sous l’ancien régime seraient progressivement exprimés en points, en commençant par les personnes les plus âgées.
 
Cette conversion en points des droits acquis avant la réforme prendra évidemment du temps, puisqu’il faudra faire des calculs équivalents à ceux d’une liquidation, mais l’important est qu’elle soit achevée, pour chaque assuré social, avant la liquidation de sa pension. Les personnes encore jeunes au moment du big-bang (la proclamation de la loi portant réforme des retraites et création de France-retraites) attendront quelques années avant de savoir le nombre exact de points acquis antérieurement au big-bang, mais cela ne détériorera nullement leur situation, puisqu’actuellement un travailleur en poste depuis seulement quelques années ignore en fait la valeur des droits qu’il a déjà engrangés.
Pour respecter le principe constitutionnel d’égalité, les personnes ayant liquidé leur pension avant le jour J verront leurs droits transformés quasi immédiatement en points, opération simplissime : si quelqu’un a une pension de 1 500 € par mois, et si la valeur de service du point est 10 € mensuels, il sera à la tête de 150 points. Cette transformation quasi immédiate permettra à tous les Français d’être égaux face aux modifications du montant de leur pension après sa liquidation. Si par exemple, une année, le point est réévalué de 1 %, ce sera vrai pour tout un chacun, anciens retraités comme nouveaux retraités.
 
La réforme doit remplacer le fonctionnement actuel de type PONZI-MADOFF par une formule économiquement rationnelle
J’ai expliqué mille et une fois qu’il fallait mettre en application la formule du démographe Alfred SAUVY, "nous ne préparons pas nos pensions par nos cotisations, mais par nos enfants". Comme tout report de revenu d’aujourd’hui vers un futur plus ou moins lointain, les retraites se préparent en investissant. La capitalisation consiste à investir dans les entreprises, les infrastructures, les inventions ; ce qu’on appelle répartition, terme maladroit mais consacré par l’usage, consiste à investir dans le capital humain, principal facteur de production.
Autrement dit, les points devront être attribués pour la mise au monde, l’entretien et l’éducation des enfants par leurs parents, ainsi que pour les apports monétaires destinés à la formation (initiale et continue) et au financement de différents services nécessaires ou utiles pour passer du stade d’un ovule fécondé par un spermatozoïde à celui de jeune homme ou jeune fille apte à remplir un rôle productif. Cela va de la PMA, sans laquelle certains enfants ne verraient pas le jour, à l’ASE (Aide sociale à l’enfance), qui s’occupe des enfants maltraités par leurs parents, en passant pas les dépenses de fonctionnement des crèches, des écoles et de l’enseignement supérieur. Presque toutes ces dépenses sont aujourd’hui financées par des impôts, ce qui n’a aucun sens puisqu’il s’agit du financement d’un investissement : il faudra tout simplement les faire financer par une cotisation d’investissement dans la jeunesse, qui procurera des points de retraite. Les parents percevront également des points en reconnaissance des services éminents qu’ils rendent en élevant leurs enfants.
Tout cela peut être mis en place très rapidement. L’impôt sur le revenu, avec le système du quotient familial, pourrait constituer la matrice de la cotisation jeunesse, qui sera ainsi plus forte, à revenu donné, pour les personnes n’ayant pas, ou ayant peu, d’enfants à charge, que pour les pères et mères de famille nombreuses : les premiers apporteront surtout de l’argent pour le fonctionnement des services publics nécessaires au passage de l’enfance à l’âge adulte, tandis que les seconds apporteront surtout le soin qu’ils prennent de leur progéniture.
 
Un système de retraites basé sur cet échange entre générations successives sera beaucoup plus bénéfique pour l’économie et pour la natalité que le système actuel, dénué de toute logique. Actuellement, élever des enfants revient le plus souvent à tirer le diable par la queue entre 25 et 65 ans, puis à disposer d’une pension de misère alors que vos propres enfants cotisent (et donc travaillent) surtout au profit de ceux qui ont peu contribué à l’investissement dans la jeunesse. Cette spoliation des personnes qui mettent des enfants au monde et les élèvent est évidemment une cause importante de la faiblesse de la natalité, et donc des perspectives peu encourageantes à long terme pour les retraites par répartition.
Cela n’est hélas pas compris par les personnes qui gouvernent, légifèrent, ou représentent les travailleurs. Lors du débat sur les retraites organisé jeudi soir sur France 2, ni les deux membres du Gouvernement, ni les syndicalistes, ni les experts, n’ont évoqué le rôle de la démographie. Heureusement, une femme chef d’entreprise a eu le bon sens de le rappeler, mais aucun autre intervenant n’a rebondi sur ce point. Cela m’a fait penser à un colloque organisé au Sénat il y a environ un an, sous la présidence de JP DELEVOYE : sur une douzaine d’intervenants, je fus le seul à parler de ce facteur absolument décisif ! Nous sommes donc à des années-lumière de la compréhension du fonctionnement des retraites par répartition. Que nos dirigeants y comprennent enfin quelque chose, et la réforme pourra avancer !
 
Et la capitalisation ?
Les fonds de pension ne sont guère présents dans le schéma gouvernemental. Pourtant, ils devraient logiquement en faire partie ; leur absence ne permet pas d’offrir des perspectives acceptables aux personnes qui relèvent actuellement de régimes spéciaux ou de régimes de professions libérales.
Commençons par la douzaine de régimes d’indépendants tels que les médecins, les avocats, les experts-comptables, etc. Un certain nombre de ces régimes ont bénéficié d’une démographie très favorable, qui leur a permis de distribuer des rentes correctes en ne prélevant que des cotisations modérées, et de constituer des fonds de pension. Les pouvoirs publics, qui depuis des décennies n’ont pas compris grand-chose au fonctionnement des retraites, les ont laissé faire. Evidemment, cela ne peut pas durer, mais en revanche ce qui est engrangé est engrangé : il ne saurait être question de les dépouiller des réserves accumulées, pas plus qu’il n’est envisageable de confisquer celles de l’ARRCO-AGIRC. Ces placements doivent servir à maintenir ou constituer des fonds de pension, complément indispensable de la répartition. En effet, l’investissement dans le capital classique est tout-à-fait le bienvenu pour améliorer "l’ordinaire" que servira le régime unique.
 
Ces fonds de pension permettent en particulier d’apporter une solution à divers problèmes délicats tels que la pénibilité ou la dangerosité de certains métiers. S’il est vrai que telle fonction exercée par des agents de la SNCF ou de la RATP est particulièrement "usante" et légitime le passage à la retraite à un âge précoce, que la SNCF organise un ou des fonds de pension pour ces agents. Idem pour les militaires, qui risquent leur vie quand ils sont en opération, pour les ouvriers qui manipulent des matières toxiques, pour les soignants qui doivent soulever des grabataires, etc. Tous ces métiers méritent un supplément de rémunération, et il est intelligent que ce supplément soit versé sur un fonds de pension sans être immédiatement soumis à l’impôt sur le revenu. Des fonds de pension ad hoc permettraient de résoudre la question des régimes spéciaux : tout le monde serait au même régime pour la répartition, et la capitalisation permettrait de tenir compte des particularités.
 
Finalement, la réforme n’est pas si difficile à réaliser !
On se fait des idées noires, on croit que passez à un régime unique de retraites par répartition est quasiment la quadrature du cercle. Ce pessimisme est en grande partie mal fondé. Certes, il existe des difficultés bien réelles, techniques, psychologiques, sociologiques, politiques. Mais ces difficultés ne dépassent pas celles que doit résoudre l’état-major d’une très grande société, produisant des milliers d’articles ou de services différents, utilisant des dizaines de langues et d’unités monétaires, quand elles doivent s’adapter par exemple à une concurrence en provenance de concurrents situés dans des pays à main d’œuvre bon marché.
Ce que des dirigeants d’entreprises parviennent à faire, pourquoi nos dirigeants nationaux en seraient-ils incapables ? La réforme des retraites est à notre portée, pour peu que nos présidents, ministres et parlementaires se mettent à raisonner juste, à voir les choses telles qu’elles sont. Pour l’heure, ils pédalent dans la choucroute, essayant de résoudre un problème délicat à l’aide d’idées simplistes et archaïques. Ils ne connaissent pas le problème qu’ils essayent de résoudre. Qu’ils s’adressent à ceux qui le connaissent, et ils auront des solutions !

Envoyé par l'auteur, 8 décembre 2019

Le recours aux fonds de pension

Publié dans En France
Le recours aux fonds de pension pourrait éviter la chienlit qui nous menace
 
Le président de la République a engagé la préparation d’une réforme d’importance capitale, celle des retraites, sans connaître le sujet. Il a d’abord mis les pieds dans le plat concocté par le Commissariat à la réforme des retraites en envisageant de continuer à faire jouer un rôle à la durée de cotisation, qui n’a rien à faire dans un régime par points. Maintenant, il envisage de n’appliquer la réforme qu’aux nouveaux entrants dans le monde du travail, ce qui remettrait à l’an 2060 environ l’attribution de pensions calculées selon les nouvelles règles. Et malgré cette reculade, sa maladresse va peut-être coûter au pays une grave désorganisation de son système de transports, aussi mauvaise pour l’activité économique qu’excellente pour battre les records d’embouteillages. Pourrait-on éviter cette gabegie ? Probablement, mais il faudrait faire vite et bien.
 
La situation actuelle
Les salariés qui bénéficient de régimes "spéciaux", et une part importante des professionnels libéraux, ont pour différentes raisons des avantages par rapport au commun des mortels, et il se trouve que ces avantages prennent pour une part importante la forme de pensions confortables au regard des cotisations versées. Pour les fonctionnaires ainsi que les agents de la SNCF et de la RATP, cet avantage est financé par les contribuables actuels ou par l’emprunt public (donc par les contribuables futurs). En ce qui concerne certaines professions libérales, par exemple les avocats, le windfall profit provient de la pyramide des âges de la profession : le nombre des avocats augmente, si bien que des cotisations plutôt modestes suffisent pour financer des pensions convenables. Dans un régime universel par points, ces avantages disparaîtront.
 
Les transformations à réaliser
Mais rien n’empêche de les remplacer, ces avantages, par l’acquisition de droits à pension dans des systèmes par capitalisation. Les fonds de pension peuvent faire tout ce que l’on veut, à condition bien entendu que des cotisations leur soient versées. Il serait facile de créer un ou des fonds de pension pour les agents de la RATP et de la SNCF, leur permettant au choix de prendre leur retraite plus tôt ou d’obtenir une pension plus confortable que s’ils avaient uniquement le régime universel par répartition. Quant aux professions libérales, beaucoup d’entre elles ont déjà monté des fonds de pension pour leurs membres.
Naturellement, les cotisations aux fonds de pension réduisent le salaire net, ou le revenu net du travailleur indépendant, mais ceux qui préfèrent le présent à l’avenir sont libres de cotiser peu, voire pas du tout : le régime universel leur procurera toujours la même pension, il leur manquera seulement l’apport de la capitalisation.
En ce qui concerne les fonctionnaires et travailleurs "à statut" comme les cheminots et les agents de la RATP, le choix existera pareillement. Les fourmis épargneront, c’est-à-dire cotiseront à un fonds, renonçant ipso facto à disposer immédiatement de plus de pouvoir d’achat. Les cigales auront moins de provisions pour l’hiver de leur vie, sans pour autant se trouver dépourvues comme dans la fable de Jean de La Fontaine.
Voilà ce qui pourrait être proposé aux travailleurs "à statut" qui songent à se mettre en grève à compter du 5 décembre. Ils seraient bien bêtes de ne pas accepter, le cas échéant au motif que les fonds de pension constituent un dispositif "capitaliste", puisqu’ils n’y perdraient rien, et y gagneraient en liberté de choix.

Envoyé par l'auteur, 25 novembre 2019

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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