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BICHOT Jacques

BICHOT Jacques

Né le 5 septembre 1943
Marié – 4 enfants


Economiste
Professeur émérite à l'Université Lyon 3


Doctorat en mathématiques
Doctorat d’Etat en sciences économiques
 
Carrière universitaire en mathématiques puis en économie
Professeur émérite à l’université Jean Moulin (Lyon 3)
 
Membre du Conseil Economique et Social (1984-1999)
Responsabilités dans le mouvement familial (1980-2001)
 
Ouvrages (sélection)
Huit siècles de monétarisation (1984)
Économie de la protection sociale (1992)
Quelles retraites en l’an 2000 (1993)
La monnaie et les systèmes financiers (1997)
Retraites en péril (1999)
Les autoroutes du mal( avec Denis Lensel)(2001)
Quand les autruches prendront leur retraite (avec Alain Madelin) (2003)
Atout famille (avec Denis Lensel) (2007)
Urgence retraites, petit traité de réanimation (2008)
Retraites : le dictionnaire de la réforme (2010)
Les enjeux de 2012 ; abécédaire de la réforme (2012)
La mort de l’Etat providence ; vive les assurances sociales 2013)
Le Labyrinthe, compliquer pour régner (2015)

Distinctions
Chevalier de la légion d’honneur
Chevalier des palmes académiques

URL du site internet:

L’armée poignardée ...

Publié dans Du côté des élites
L’armée poignardée quand on célèbre le centenaire de l’armistice !
 
Le rapporteur spécial des crédits de la défense, François Cornut-Gentile, vient de dénoncer un "coup de poignard aux armées". C’est le second du quinquennat, le premier, peu après l’élection de notre jeune président de la République, ayant provoqué la démission du Chef d’état-major Pierre de Villiers, en juillet 2017. A l’époque, il s’agissait déjà d’une affaire de gros sous : 850 millions d’euros soustraits au budget de la défense. Récidiver, à auteur cette fois de 404 millions, précisément au moment où Emmanuel Macron fait une longue tournée des hauts-lieux de la "Grande Guerre" pour célébrer le centième anniversaire de l’armistice, montre à quel point les réalités peuvent différer des apparences : en apparence, nos soldats sont encensés ; en réalité, ils sont trahis par des politiciens moins soucieux de leurs vies que des deniers de Bercy.
 
Il n’y a pas de mystère : pour se battre en minimisant les pertes et en maximisant les chances de succès, il faut que nos troupes soient bien équipées. Or, une fois de plus, ce sont les crédits destinés aux programmes d’équipement qui vont être sacrifiés : 319 millions, sur les 404 millions d’économies annoncés par le ministre des armées Florence Parly (1), sont des annulations de programmes. Pourtant, tous les témoignages concordent : nos forces doivent déjà se "débrouiller" avec des véhicules, des moyens de transport aérien, et d’autres matériels, qui sont hors d’âge, ou trop sollicités. L’ingéniosité des combattants et des services de maintenance a beau être admirable, le bricolage ne remplace pas complétement la "jeunesse" du matériel.
 
Des cafouillages budgétaires…
Les cafouillages budgétaires à répétition auxquels sont soumises nos forces armées depuis une dizaine d’années tiennent pour une bonne part au fait que nos dirigeants, fonctionnaires et hommes politiques, n’ont pas vraiment intégré le fait que la France est en guerre sur plusieurs champs de bataille. Il existe un budget spécifique pour ces opérations extérieures (OPEX), mais il est chroniquement voté, dans le cadre de la loi de finances, avec des chiffres inférieurs environ de moitié aux dépenses qui sont ensuite réalisées à ce titre. Il a fallu et il faut ensuite réduire certains budgets, notamment d’équipement. Pourtant personne, ni au Gouvernement, ni au Parlement, ne pouvait ni ne peut ignorer que nos engagements, au Moyen-Orient et au Sahel, ou encore, antérieurement, en Afghanistan, sont durables.
Que le PLF (Projet de loi de finances) ait sciemment été voté, année après année, en minimisant à peu près de moitié la dépense imputable aux OPEX, en dit long sur le mépris que nos gouvernants et une majorité de nos élus ont pour l’article 47-2 de la Constitution, aux termes duquel "Les comptes des administrations publiques sont réguliers et sincères".
S’agissant du budget OPEX 2018, qui est en passe d’être insuffisant à hauteur de 1,3 milliard d’euros, le ministre de la Défense, Florence Parly, aurait parait-il osé dire en octobre dernier : "c’est un budget sincère parce que les opérations extérieures sont également couvertes à un niveau bien plus réaliste encore que l’année précédente". J’espère que ce n’est pas vrai. Car la vérité est que le poste budgétaire le plus régulièrement inexact, celui des OPEX, relève du budget de la Défense. Et que cela en dit long sur l’irrespect dont sont victimes nos forces armées en même temps que notre Constitution.
 
… au gâchis économique
Cette gestion calamiteuse augmente le coût des équipements, car différer des livraisons contractuellement prévues engendre nécessairement des indemnisations. Faire payer l’addition par les fournisseurs serait également une mauvaise décision, car cela affaiblirait notre industrie d’armement, alors que l’intérêt national est qu’elle soit en bonne santé et dispose des moyens requis pour préparer les prochaines générations de matériel. Certaines décisions visant à faire des économies sur le papier engendrent en fait des gaspillages.
Et à propos de gaspillages, rappelons que pour ne pas avoir à étrangler budgétairement nos armées, il suffirait d’en éviter quelques-uns parmi tous ceux qui se produisent, année après année, à tous les niveaux de l’action gouvernementale. Combien nous coûtent les projets abandonnés parce que bâclés, comme les portiques destinés à faire payer les poids lourds qui usent nos routes, ou l’aéroport de Notre-Dame des Landes, ou encore les logiciels publics qui cafouillent – dont d’ailleurs le logiciel de paie des armées, dit "Louvois" ? Nos soldats mériteraient des dirigeants politiques et des hauts fonctionnaires plus compétents.
(1) D’après le rapporteur F. Cornut-Gentile, la réalité sera plus proche de 800 millions d’euros que de 404

Envoyé par l'auteur, 10 novembre 2018

La réforme des retraites ?

Publié dans En France
Où en est la réforme des retraites ?
 
Le 20 septembre dernier, Jean-Paul Delevoye, Haut-commissaire à la réforme des retraites, a semblé avoir enfin compris comment ne fonctionnent pas les retraites par répartition. En effet, au cours de son intervention lors d’un "atelier participatif" ayant eu lieu ce jour-là pour permettre aux citoyens de faire entendre leurs voix sur cette réforme dont la préparation lui incombe, le Haut-commissaire aurait prononcé quatre courtes phrases de la plus haute importance : "Vous avez cotisé pendant des années, c’est vrai. Mais ce n’était pas pour vous. C’était pour vos parents. Vos cotisations ne vous donnent droit à rien".
Cette déclaration est rapportée par Marie-Cécile Renault, la journaliste "sécurité sociale" du Figaro, sous forme d’une citation entre guillemets et en italiques, dans l’édition du 11 octobre. Elle est inouïe venant d’une bouche officielle, mais il est peu probable que la journaliste l’ait inventée.
 
Le vrai fonctionnement des retraites par répartition
Quasiment dans tous les pays du monde, la retraite par répartition est organisée de la manière suivante : les actifs cotisent au profit des retraités, à qui les sommes versées sont intégralement ou presque intégralement transmises, et le législateur leur promet que ces "cotisations vieillesse" leur vaudront, quand ils seront âgés, de percevoir une pension.
Cette promesse n’engage en rien les bénéficiaires des pensions ainsi obtenues, qui seraient bien en peine de la tenir le moment venu, les uns étant morts et les autres professionnellement inactifs. C’est tout à l’honneur de J-P. Delevoye de l’avoir compris et dit.
Cependant le droit positif donne bel et bien des droits à pension en raison du versement des cotisations vieillesse. La réforme voulue par le président de la République vise même à faire de ce versement la cause unique du droit ouvert à des prestations vieillesse "contributives" : il n’est plus question de maintenir durant la dernière étape de la vie terrestre un niveau de vie analogue à celui atteint au cours de la vie active, comme le voudraient nombre de syndicalistes, mais d’appliquer le principe de la réforme voulue par le gagnant de la course à l’Elysée : "Pour chaque euro cotisé, le même droit à pension pour tous".
 
Quand le droit positif prend cette direction, il entre en contradiction avec la réalité économique. Celle-ci a été exposée par Alfred Sauvy dans les années 1970 : il expliqua, sans être entendu de nos gouvernants, que nous ne préparons pas nos futures pensions par nos cotisations, mais par la mise au monde, l’entretien et l’éducation de nos enfants. En jargon économique, cela signifie que les pensions de retraite constituent le dividende obtenu grâce à l’investissement dans le capital humain.
 
Il existe en fait moins de différence qu’on ne le croit souvent entre la retraite par capitalisation et la retraite par répartition : cette dernière fonctionne, comme la première, par capitalisation, mais tandis que la première investit dans le capital classique (infrastructures, bâtiments, machines, technologie, etc.) elle mise sur l’investissement dans l’homme. Ces deux investissements et ces deux préparations des futures pensions sont complémentaires.
 
Causalité juridique versus causalité économique
Le législateur s’est "planté" à propos des retraites par répartition, emporté par une sorte d’hubris, de sentiment de toute-puissance qui lui a fait perdre le sens des réalités.
J-P. Delevoye, en charge du problème en tant que Haut-commissaire, dévoile ce que l’on pourrait appeler, en s’inspirant d’un titre de René Girard, Des choses cachées depuis la fondation de la sécurité sociale. Plus précisément, il dévoile le mensonge fondateur de nos retraites par répartition, pas seulement en France, mais dans le monde entier, qui fait des cotisations versées pour fournir des ressources aux retraités la cause du droit à des pensions futures.
 
La répartition, en France, a été instituée par une loi de quelques lignes remontant à 1941. Ce texte n’explique d’ailleurs pas en quoi consiste la répartition, il se borne à ordonner que, désormais, l’assurance vieillesse fonctionne selon cette formule. Mais il n’y eut aucune ambiguïté : il s’agissait d’utiliser immédiatement les cotisations pour payer les pensions, au lieu de les investir en vue des rentes futures.
Utiliser l’argent qui rentre pour régler ce qui est dû aux retraités se justifie dans la mesure où il s’agit d’éviter les frais de transaction qui résulteraient d’une vente de certains des actifs en portefeuille pour payer les rentes, et d’un achat de titres pour préparer les pensions futures. Encore aurait-il fallu que l’on fasse cela proprement, en distinguant bien ce qui est en quelque sorte la propriété des retraités et ce qui appartient aux actifs. Que ceux-ci rachètent progressivement à leurs "anciens" les titres amassés est tout-à-fait acceptable. Ce qui ne l’est pas est de cesser d’accumuler des titres et autres biens (immobiliers par exemple) au profit des futurs retraités. Le passage de la capitalisation à la répartition, signifiant la dilapidation progressive du patrimoine accumulé, est une arnaque du type Ponzi et Madoff, que seules les circonstances dramatiques de la défaite et de l’Occupation peuvent faire pardonner.
 
D’où vient l’erreur ?
Pour comprendre d’où vient cette erreur on peut s’inspirer des analyses de René Girard. Le titre d’un de ses ouvrages,Des choses cachées depuis la fondation du monde (1), requiert juste une petite modification : Des choses cachées depuis la fondation de la sécurité sociale. Si l’on remonte assez loin dans le temps, nos ancêtres savaient parfaitement que les enfants seront les bâtons de vieillesse de leurs parents. Les textes sacrés ordonnaient de prendre soin des parents âgés, rappelant que leurs enfants leur devaient d’exister et d’être capables de produire. La Bible s’accorde parfaitement, sur ce point, avec le Traité de la piété filiale confucéen. Puis cette sagesse primitive a été occultée par une nouvelle croyance : la solidarité est une mythologie moderne sympathique à bien des égards, mais qui a caché le rôle de la réciprocité et de l’investissement un peu comme les mythes du temps jadis ont dissimulé le phénomène oh combien important de la rivalité mimétique.
 
Nos légistes ont donc inscrit dans la loi des dispositions relatives aux échanges entre générations successives qui sont les contes de fées du XXe et du XXIe siècle. Mais, pour réformer nos régimes de retraites par répartition, pour passer de la mythologie législative à la réalité des rapports entre générations successives, pour comprendre que nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations mais par nos enfants – selon la formule de Sauvy – il faudra que les 4 petites phrases de J-P. Delevoye fassent leur chemin.
Ce chemin, je le dessine depuis près de 40 ans, les croquis existent, mais il faut un bulldozer pour l’inscrire dans la terre lourde et caillouteuse de nos lois et décrets. Qui donc dispose d’un tel engin et fera le job ?
(1)  Grasset, 1978.

Envoyé par l'auteur, 24 octobre 2018

Comment gérer la dépendance ?

Publié dans En France
Comment gérer la dépendance ?
 
L’ouverture d’une concertation sur la "réforme de la dépendance" pour préparer une "loi sur l’autonomie" est une démarche certainement pleine d’intentions louables. Malheureusement, le dicton est souvent vrai qui dit l’enfer pavé de bonnes intentions.
Depuis de nombreuses années, des voix s’élèvent pour réclamer une assurance dépendance, comme s’il était évident que ce problème requière la mise en place de nouvelles structures : une nouvelle branche de la sécurité sociale, ou des assurances privées dont les primes seraient en partie prises en charge par l’Etat ou la sécurité sociale. Partant de telles prémisses, il est probable que l’on débouchera sur une gabegie analogue à celle qui caractérise la superposition de l’assurance maladie publique et de complémentaires-santé privées. Comment éviter la mise en place d’une nouvelle usine à gaz ? En réfléchissant un peu !
 
La dépendance est à cheval sur la retraite et l’assurance maladie
On peut devenir dépendant très jeune, et même naître dépendant, mais le vocabulaire employé est alors plutôt celui de l’invalidité. Jetons donc un coup d’œil sur ce que dit de l’assurance invalidité le classique Droit de la sécurité sociale publié par Dalloz. Dupeyroux, Borgetto et Lafore écrivaient dans l’édition 2011 : "De nombreux systèmes d’assurances sociales ont assimilé l’invalidité à une sorte de vieillesse anticipée, regroupant les deux risques dans la même branche de la sécurité sociale. Mais la conception française la considère plutôt comme une maladie prolongée."
Le texte de ces éminents juristes révèle un point sensible : il existe des risques qui sont à cheval sur les domaines couverts par les deux grandes "branches" que sont la vieillesse et la maladie (ou la santé). La dépendance des personnes âgées fait typiquement partie de ces risques "à cheval" sur ces deux grandes branches. Les deux sont impliquées. L’important est donc de savoir qui doit faire quoi.
 
La dépendance des personnes âgées doit être financée par la branche vieillesse et traitée par la branche maladie
S’agissant ici de personnes du "quatrième âge", leur entretien et les soins qu’exige leur état relèvent clairement de la prise en charge des "anciens", c’est-à-dire d’un organisme (unique, si le Haut-commissariat dirigé par JP Delevoye va au bout de sa mission) en charge des retraites par répartition. Certains retraités restent autonomes jusqu’à leur heure dernière, tandis que d’autres ont besoin d’une assistance pour une forte proportion des actes de la vie courante. Cela relève économiquement de la partie assurantielle d’un bon système de retraites : de même qu’un tel système gère l’aléa correspondant à la diversité des âges au décès, de même serait-il logique qu’il prenne en charge financièrement l’aléa relatif aux problèmes de santé et à la perte d’autonomie des retraités.
Les soins et autres services prodigués aux retraités sont financés par les actifs, qu’il s’agisse d’une thérapie pour un cancer, de l’accompagnement nécessité par la maladie d’Alzheimer ou du "care" que requiert une incapacité à faire soi-même des actes de la vie courante (se laver, manger, se déplacer, etc.). Il serait donc logique que leur financement vienne des cotisations vieillesse, charge à France retraites (nom commode pour désigner l’organisme qui remplacera nos trois douzaines de régimes) de transférer les sommes nécessaires à France santé (ou à "France maladie", si l’on préfère cette dénomination).
 
Nul besoin, donc, d’une assurance dépendance spécifique venant ajouter aux organismes sociaux une extension de l’inutile Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). La cotisation vieillesse doit logiquement financer les dépenses liées aux problèmes de santé et de dépendance des retraités. Le recul de l’âge moyen de départ en retraite devra naturellement être mis à contribution : le quatrième âge, celui de la dépendance, ne peut être convenablement traité sans écraser les actifs sous les cotisations sociales ou les impôts que si la sécu cesse d’offrir de trop longues vacances à des sexagénaires parfaitement capables de travailler.
 
Concrètement, la branche santé devrait organiser et mettre en œuvre les services de "care" destinés aux personnes dépendantes, comme elle organise et met en œuvre les soins aux malades et accidentés de tous âges. Simplement, le financement de ces services doit provenir du bon endroit : de la branche famille quand il s’agit de PMA, de surveillance de la grossesse, d’accouchement, et de soins aux mineurs ; de la branche vieillesse quand les bénéficiaires sont des retraités.
Autrement dit, mettons de l’ordre dans nos organismes de protection sociale et dans le financement de leurs activités, réorganisons-les selon une vraie logique économique, et les problèmes seront autrement faciles à résoudre que si nous continuons à entasser les institutions et à magouiller les financements sans réfléchir plus loin que le bout de notre nez.

Envoyé par l'auteur, 1er octobre 2018

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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