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BICHOT Jacques

BICHOT Jacques

Né le 5 septembre 1943
Marié – 4 enfants


Economiste
Professeur émérite à l'Université Lyon 3


Doctorat en mathématiques
Doctorat d’Etat en sciences économiques
 
Carrière universitaire en mathématiques puis en économie
Professeur émérite à l’université Jean Moulin (Lyon 3)
 
Membre du Conseil Economique et Social (1984-1999)
Responsabilités dans le mouvement familial (1980-2001)
 
Ouvrages (sélection)
Huit siècles de monétarisation (1984)
Économie de la protection sociale (1992)
Quelles retraites en l’an 2000 (1993)
La monnaie et les systèmes financiers (1997)
Retraites en péril (1999)
Les autoroutes du mal( avec Denis Lensel)(2001)
Quand les autruches prendront leur retraite (avec Alain Madelin) (2003)
Atout famille (avec Denis Lensel) (2007)
Urgence retraites, petit traité de réanimation (2008)
Retraites : le dictionnaire de la réforme (2010)
Les enjeux de 2012 ; abécédaire de la réforme (2012)
La mort de l’Etat providence ; vive les assurances sociales 2013)
Le Labyrinthe, compliquer pour régner (2015)

Distinctions
Chevalier de la légion d’honneur
Chevalier des palmes académiques

URL du site internet:

... prestation pour l'entreprise

Publié dans En France
Il faut une prestation d’accueil du jeune enfant… pour les entreprises
 
Les difficultés de la conciliation entre vie familiale et travail professionnel féminin sont particulièrement fortes lors de la grossesse et des premières années de la vie de l’enfant. Pour l’entreprise, le congé de maternité est un vrai problème, et ce n’est pas en obligeant les pères à prendre eux-mêmes un congé de paternité qu’on le résoudra.
Pour faciliter les choses coté famille, il existe des prestations. Certes, elles ont rétréci comme peau de chagrin, mais enfin elles existent, et si nos gouvernants avaient un souci intelligent de l’avenir du pays, les réformes que nous avons proposées dans un récent article de Futuribles (numéro de novembre-décembre 2018) pourraient donner une nouvelle vitalité à la politique familiale. En revanche, les entreprises sont laissées quasiment seules face au problème de la grossesse, du congé de maternité, et du retour au travail des jeunes mères. Ce n’est pas normal.
Pour une entreprise ou une administration, l’arrivée d’un bébé est difficile à gérer. Il faut assurer le remplacement temporaire de la jeune maman, aménager ses horaires, faire preuve de souplesse : tout cela entraîne des soucis, des problèmes d’organisation, et des frais. En étant ouvert à la maternité, en faisant tout son possible pour que tout se passe bien, pour que les futures mamans et les mamans ne soient pas stressées par les difficultés que créent leur état et leurs responsabilités, un employeur rend un service d’intérêt national. Il n’est pas normal que la collectivité nationale, par l’intermédiaire de la branche famille de la sécurité sociale, ne prenne pas en charge le coût de ce service.

Autrement dit, la France, où la natalité est en train de s’effondrer (de 802 000 naissances en 2010 à 720 000 en 2018, pour la France métropolitaine), aurait tout intérêt à instaurer une sorte de prime à la naissance … pour l’entreprise ou l’administration où sa maman travaille.
Entendons-nous bien : il ne s’agirait en aucun cas d’une subvention, mais bien de la rémunération d’un service rendu. Une entreprise employant des femmes en âge d’avoir des bébés n’est pas seulement productrice des biens ou services qu’elle vend à ses clients, elle est aussi co-productrice de ce qu’il y a de plus précieux au monde : les enfants. Employons l’affreux langage des économistes : l’entreprise est coproductrice de capital humain. Elle n’investit pas seulement dans ce qui va servir à produire ce qu’elle vend ; elle investit aussi dans le patrimoine le plus précieux du pays, sa population. Et comme cet investissement dans les bébés est bon pour toute la communauté nationale, il serait normal que celle-ci prenne son coût en charge.

Elargissons notre vision étriquée de l’entreprise et de l’administration. Les établissements d’enseignement ne sont pas les seuls à contribuer à la formation du capital humain, les employeurs ont en la matière un rôle irremplaçable. Ils assument – parfois bien, parfois mal, voire très mal – un rôle dans le renouvellement des générations. Il est injuste et contreproductif qu’ils n’obtiennent pour cela aucune rétribution. Les enseignants sont rémunérés pour apprendre aux enfants et aux jeunes à lire, écrire, compter, etc. : pourquoi les employeurs de futures mamans et de mères de jeunes enfants ne le seraient-ils pas en raison de ce qu’ils font pour leur rendre possible la conciliation aussi peu stressante que possible entre leurs deux grandes responsabilités, celle de leur(s) enfant(s) et celle de leur travail professionnel ?

Envoyé par l'auteur, 23 février 2019

Un peu de sérieux, Messieurs...

Publié dans Du côté des élites
Un peu de sérieux, Messieurs les Politiques
 
Georges Pompidou avait, à l’époque où il présidait notre République, ressenti l’agacement de ses concitoyens face au prurit législatif et réglementaire de ses ministres. Il leur avait même lancé, parait-il : "Arrêtez d’emmerder les Français !". Près d’un demi-siècle plus tard, au moment où se prépare une législation restrictive pour les médias, il faudrait dire, répéter, seriner cette formule aux hommes politiques et hauts fonctionnaires qui préfèrent ajouter des règlements supplémentaires à la foule de ceux qui existent déjà, plutôt que veiller sérieusement au fonctionnement efficace des services dont ils ont la responsabilité. Il serait également nécessaire de les amener à agir au niveau adéquat, qui est souvent international, au lieu de se comporter comme un mauvais père de famille qui gronde son gamin de 8 ans, qu’il a sous la main, au lieu de punir celui de 15 ans, qui s’est vraiment mal conduit, mais qui court plus vite que lui.
 
Transport et pollution
Pourquoi les gilets jaunes, dont l’action est néfaste pour un grand nombre de particuliers et d’entreprises, ont-ils la cote auprès des Français ? Parce qu’ils fournissent une expression visible au mécontentement qu’éprouvent majoritairement les citoyens. L’Etat entend se mêler de tout, il prétend nous mettre à l’abri des dangers en encadrant notre conduite. En fait, il réglemente ce qu’il est "politiquement correct" d’encadrer ou d’interdire, et ce qui peut facilement être régenté par les hobereaux qui le dirigent, car dans d’autres domaines il fait preuve au profit de certains intérêts, notamment au niveau international, d’un laxisme à peine croyable.
D’où est parti le mouvement des gilets jaunes ? Des problèmes de déplacement : augmentation des taxes sur les carburants et limitations de vitesse. Dans le premier cas, il s’agissait d’une mesure fiscale déguisée en mesure écologique. Que l’on s’efforce de limiter les émissions de gaz carbonique, pourquoi pas ? Mais à quoi sert à notre planète verte qu’ils essayent de dissuader les habitants de la France profonde de faire quelques kilomètres en voiture pour aller fabriquer des produits manufacturés qui, s’ils ne le sont plus en France, viendront d’Extrême-Orient sur tankers géants ? Ceux-ci font une consommation pharamineuse de gas-oil dix fois moins taxé que celui vendu à nos automobilistes. Le bilan carbone de l’opération (que nos petits marquis se gardent bien de faire ou de faire faire) est probablement désastreux. Et en prime nous récoltons le déficit de notre balance des paiements, du budget de l’Etat, la hausse du chômage, la désertification de nos campagnes, et le désespoir d’un bon nombre de citoyens.
Le commerce international est une source de pollution majeure, encouragée par la faiblesse à la fois des taxes sur le carburant utilisé, et par l’usage intensif des pavillons de complaisance. Ce qu’il faut réglementer, c’est le transport maritime, et ce sont particulièrement les paradis fiscaux du transport maritime. Evidemment, faire respecter des normes maritimes de bon sens au Panama (paradis fiscal et réglementaire pour 20 % de la capacité mondiale de transport maritime de marchandises) ou aux îles Marshall (50 000 habitants, immatriculation de 10 % de la dite capacité) est difficile. Plus difficile que de faire payer un ouvrier des Ardennes qui contribue à faire tourner une des dernières usines de son département, ou une infirmière libérale de Saône-et-Loire qui permet aux personnes âgées de vieillir chez elles dans leur village.
 
Autrement dit, nos gouvernants s’acharnent sur nous, corvéables et 'réglementables' à merci, parce qu’ils n’ont pas assez d’entregent, de savoir-faire et de courage pour s’attaquer aux vrais problèmes, qui sont souvent à l’échelle planétaire. Bien des Gilets jaunes ont intuitivement compris cette tendance de nos gouvernants à s’ériger en tyrans domestiques du fait qu’ils manquent d’envergure pour agir efficacement au niveau international.
 
Transport et sécurité 
L’argument de la sécurité est fallacieux en ce qui concerne la limitation de vitesse à 80 Km/h sur des dizaines de milliers de kilomètres. En Allemagne, les routes de même catégorie sont limitées à 100 km/h, et il n’y a pas de limitation sur les autoroutes ; pourtant la mortalité routière pour 100 000 habitants y est sensiblement inférieure à ce qu’elle est en France : 4,34 au lieu de 5,18 (en 2015, année la plus récente pour laquelle j’ai trouvé des chiffres officiels). Au Royaume-Uni, où la limitation sur route est 60 miles par heure (96,6 km/h), le taux est encore beaucoup plus bas : 2,8.
Certes, la Suède fait un petit peu mieux encore, avec 2,7, et une limitation à 70 ou 80 Km/h selon les routes ; mais de ces données hétéroclites on ne peut raisonnablement pas conclure à l’existence d’une relation simple de cause à effet entre la limitation de vitesse et le faible nombre des accidents mortels. Bien entendu, il faudrait aussi prendre en considération d’autres facteurs, comme le kilométrage annuel moyen. Des analyses beaucoup plus fines seraient nécessaires ; ont-elles été faites avant qu’une décision soit prise ? Si tel avait été le cas, nos gouvernants l’auraient probablement dit. Il est beaucoup plus probable qu’ils ont réagi de la manière simpliste qui est souvent la leur : face à un problème, choisir la première solution qui leur vient à l’esprit, c’est-à-dire réglementer.
 
On notera aussi la façon dont est interprétée une petite variation du nombre des accidents mortels durant un mois. Fort heureusement, il n’y a pas suffisamment d’accidents mortels chaque mois (en moyenne, un peu moins de 300) pour que la loi des grands nombres s’applique : les variations aléatoires peuvent être importantes d’un mois sur l’autre sans que cela ait une signification claire. Les hommes politiques résistent difficilement, lorsque cela les arrange, à donner une signification précise à une petite variation dont les diverses causes sont extrêmement difficiles à pondérer.
Quand le Premier ministre français déclare sérieusement que le passage à 80 Km/h sur 400 000 km de routes "a permis de sauver 116 vies lors du deuxième semestre 2018" (Le Figaro du 29 janvier), ou bien il a besoin d’un sérieux recyclage en matière d’interprétation des statistiques, ou bien il utilise sciemment pour impressionner l’opinion publique en sa faveur une donnée dont il sait qu’il est scientifiquement impossible de tirer des indications fiables. Rappelons que 116 sur un peu plus de 1500, cela fait moins de 8 %, et que les variations d’un mois sur l’autre sont souvent supérieures, en l’absence de tout changement de réglementation : par exemple + 8,8 % en septembre 2018 et – 13,8 % en octobre. Le jour où les hommes politiques utiliseront les statistiques avec toutes les précautions requises pour en tirer des enseignements robustes, plutôt que comme des arguments de prétoire destinés à clouer le bec à leurs adversaires grâce à la magie des chiffres, la gouvernance nationale et mondiale aura fait un grand pas en avant.
S’appuyer sur des données chiffrées pour soi-disant démontrer ce que l’on dit, alors que le but est simplement de faire croire que l’on est sérieux au moment même où l’on commet des erreurs méthodologiques qui déforment la réalité, est hélas une pratique courante dans la classe politique. Et, revenons à notre point de départ, cette façon de faire est l’une des plus utilisées pour "faire passer" les mesures à la fois compliquées, inadéquates et "emmerdantes" au sens du Président Pompidou, dont raffolent certains hommes politiques, ceux dont l’intelligence et le bon sens ne sont pas suffisants pour doter le pays d’institutions efficaces, équitables, et aussi respectueuses que possible des libertés individuelles.

Envoyé par l'auteur, 11 janvier 2019

L’armée poignardée ...

Publié dans Du côté des élites
L’armée poignardée quand on célèbre le centenaire de l’armistice !
 
Le rapporteur spécial des crédits de la défense, François Cornut-Gentile, vient de dénoncer un "coup de poignard aux armées". C’est le second du quinquennat, le premier, peu après l’élection de notre jeune président de la République, ayant provoqué la démission du Chef d’état-major Pierre de Villiers, en juillet 2017. A l’époque, il s’agissait déjà d’une affaire de gros sous : 850 millions d’euros soustraits au budget de la défense. Récidiver, à auteur cette fois de 404 millions, précisément au moment où Emmanuel Macron fait une longue tournée des hauts-lieux de la "Grande Guerre" pour célébrer le centième anniversaire de l’armistice, montre à quel point les réalités peuvent différer des apparences : en apparence, nos soldats sont encensés ; en réalité, ils sont trahis par des politiciens moins soucieux de leurs vies que des deniers de Bercy.
 
Il n’y a pas de mystère : pour se battre en minimisant les pertes et en maximisant les chances de succès, il faut que nos troupes soient bien équipées. Or, une fois de plus, ce sont les crédits destinés aux programmes d’équipement qui vont être sacrifiés : 319 millions, sur les 404 millions d’économies annoncés par le ministre des armées Florence Parly (1), sont des annulations de programmes. Pourtant, tous les témoignages concordent : nos forces doivent déjà se "débrouiller" avec des véhicules, des moyens de transport aérien, et d’autres matériels, qui sont hors d’âge, ou trop sollicités. L’ingéniosité des combattants et des services de maintenance a beau être admirable, le bricolage ne remplace pas complétement la "jeunesse" du matériel.
 
Des cafouillages budgétaires…
Les cafouillages budgétaires à répétition auxquels sont soumises nos forces armées depuis une dizaine d’années tiennent pour une bonne part au fait que nos dirigeants, fonctionnaires et hommes politiques, n’ont pas vraiment intégré le fait que la France est en guerre sur plusieurs champs de bataille. Il existe un budget spécifique pour ces opérations extérieures (OPEX), mais il est chroniquement voté, dans le cadre de la loi de finances, avec des chiffres inférieurs environ de moitié aux dépenses qui sont ensuite réalisées à ce titre. Il a fallu et il faut ensuite réduire certains budgets, notamment d’équipement. Pourtant personne, ni au Gouvernement, ni au Parlement, ne pouvait ni ne peut ignorer que nos engagements, au Moyen-Orient et au Sahel, ou encore, antérieurement, en Afghanistan, sont durables.
Que le PLF (Projet de loi de finances) ait sciemment été voté, année après année, en minimisant à peu près de moitié la dépense imputable aux OPEX, en dit long sur le mépris que nos gouvernants et une majorité de nos élus ont pour l’article 47-2 de la Constitution, aux termes duquel "Les comptes des administrations publiques sont réguliers et sincères".
S’agissant du budget OPEX 2018, qui est en passe d’être insuffisant à hauteur de 1,3 milliard d’euros, le ministre de la Défense, Florence Parly, aurait parait-il osé dire en octobre dernier : "c’est un budget sincère parce que les opérations extérieures sont également couvertes à un niveau bien plus réaliste encore que l’année précédente". J’espère que ce n’est pas vrai. Car la vérité est que le poste budgétaire le plus régulièrement inexact, celui des OPEX, relève du budget de la Défense. Et que cela en dit long sur l’irrespect dont sont victimes nos forces armées en même temps que notre Constitution.
 
… au gâchis économique
Cette gestion calamiteuse augmente le coût des équipements, car différer des livraisons contractuellement prévues engendre nécessairement des indemnisations. Faire payer l’addition par les fournisseurs serait également une mauvaise décision, car cela affaiblirait notre industrie d’armement, alors que l’intérêt national est qu’elle soit en bonne santé et dispose des moyens requis pour préparer les prochaines générations de matériel. Certaines décisions visant à faire des économies sur le papier engendrent en fait des gaspillages.
Et à propos de gaspillages, rappelons que pour ne pas avoir à étrangler budgétairement nos armées, il suffirait d’en éviter quelques-uns parmi tous ceux qui se produisent, année après année, à tous les niveaux de l’action gouvernementale. Combien nous coûtent les projets abandonnés parce que bâclés, comme les portiques destinés à faire payer les poids lourds qui usent nos routes, ou l’aéroport de Notre-Dame des Landes, ou encore les logiciels publics qui cafouillent – dont d’ailleurs le logiciel de paie des armées, dit "Louvois" ? Nos soldats mériteraient des dirigeants politiques et des hauts fonctionnaires plus compétents.
(1) D’après le rapporteur F. Cornut-Gentile, la réalité sera plus proche de 800 millions d’euros que de 404

Envoyé par l'auteur, 10 novembre 2018

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