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BOLUFER Jean-Paul

BOLUFER Jean-Paul

Né en 1946
Marié - 5 enfants
 




Préfet honoraire


Institut d’études politiques de Paris
Ecole nationale d’administration
Institut des hautes études de défense nationale.
 


Maire-adjoint de Colombes (Hauts-de-Seine)
Conseiller métropolitain du Grand Paris
Conseiller territorial de la Boucle Seine-Nord
 
Chargé de mission au Secrétariat général de la défense nationale (1974-77)
Chef-adjoint puis directeur-adjoint du cabinet de Jacques Chirac à la Mairie de Paris (1979-86)
Directeur de cabinet
     de la secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargée de la francophonie,  Lucette Michaux-Chevry (1986-88)
Directeur général des services et directeur de cabinet
     du président du conseil régional de Midi-Pyrénées, Marc Censi (1989-96)
Préfet, directeur de cabinet du préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris (1996-97)
Préfet, directeur des Journaux officiels de la République française (1997-2007)
Directeur de cabinet du ministre du logement et de la Ville, Christine Boutin (2007)
Contrôleur général économique et financier [Ministère de l'Economie et des finances] (2008-2012)
 
Ancien maître de conférences
     à l’Institut d’études politiques de Paris,
     à l’Ecole nationale d’administration,
Ancien chargé de cours à l’université Paris-2 et à la faculté de droit de Nice,
Professeur, responsable de la filière droit-sciences politiques, depuis 2008
     à la faculté  libre de droit, d’économie et de gestion de Paris (FACO)
Secrétaire général de la fondation Claude Pompidou (1980- 1989 puis 1996-2007)
 
Fondateur du Cercle de la Cité, président du club Dialogue et humanisme et du club Témoin
Officier de réserve
 
Ouvrages
Co-auteur de "Projet pour la France", édition Livre-Essor (Prix renaissance 1984)
 
Distinctions
Chevalier de la légion d’honneur
Officier de l’ordre national du mérite

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La vie : progrès ou déclin ?

Publié dans A tout un chacun
La valeur de la vie humaine : progrès ou déclin ?
 
Lorsqu’on s’interroge sur les signes de progrès identifiés aujourd’hui, on ne manque pas de citer immédiatement l’allongement de l’espérance de vie et la baisse de la mortalité infantile. Et, en effet, même si ces deux faits ne sont pas également répartis dans le monde, on ne peut que s’en réjouir. Faut-il pour autant en déduire qu’ils expriment un plus grand respect de la vie de la conception à la mort conformément aux exigences de l’anthropologie chrétienne, alors qu’ils ne traduisent qu’un progrès des techniques médicales ?
Certes non, car, malheureusement, la valeur de la vie humaine, en dehors de l’abolition progressive des lois sur la peine de mort, ne peut en aucun cas être considérée en progrès au regard de l’évolution de ces 50 dernières années. S’il était besoin de quelques rappels, l’exemple français serait dans ce domaine…édifiant !
 
Souvenons-nous d’abord l’accueil réservé à Humanae Vitae y compris au sein de notre épiscopat, alors que, depuis, cette encyclique fait l’objet de toute une relecture l’élevant au rang de texte prophétique, "génialité prophétique" selon le pape François. Lorsque Paul VI y dénonce la mentalité contraceptive, il veut simplement expliquer, dès juillet 1968, quelques mois après la loi Neuwirth, que l’utilisation de produits chimiques dans l’acte sexuel, avec la garantie de résultat qu’elle prétend apporter désormais, ouvre la porte à l’infidélité chronique dans le couple et à la perte du respect de la femme, précédant en quelque sorte les protestations de #Me Too. Et il prend soin de situer son intervention dans le cadre "d’une vision intégrale de l’homme et de sa vocation (…) naturelle et surnaturelle". Evidemment, que n’a-t-on entendu alors sur cette Eglise, ignorante des réalités de son temps, vivant dans la crainte de la sexualité et, surtout, encourageant par son attitude irresponsable le recours à l’avortement. Mieux aurait valu écouter Pierre Simon, grand maître de la Grande loge de France, déclarant quelques années plus tard qu’après avoir gagné "la guerre de la contraception", la "bataille de l ‘avortement"  serait grandement facilitée. Et, de fait, on connait la suite avec la loi de 1975 sur laquelle on me permettra une confidence personnelle, ce dont je ne suis guère coutumier.
Il est, me semble-t-il, assez clair que la vraie transgression de la loi Veil n’est pas la dépénalisation de l’avortement mais ses dérives successives qui, après avoir oublié plusieurs de ses articles qui réduisaient l’avortement à un recours ultime, ont culminé avec la proclamation de ce dernier comme droit fondamental, ce qui pratiquement interdit désormais toute opposition et bannit l’objection de conscience. Et, sans même entrer ici dans la controverse sur la nature juridique du fœtus ou la réalité de l’hylémorphisme dès la conception, n’en ayant ni la compétence scientifique ni les connaissances théologiques, je me réfèrerai simplement à la doctrine aristotélo-thomiste de la puissance et de l’acte pour rappeler que l’être humain est une continuité sacrée. Or, Simone Veil, que je voyais régulièrement lorsque j’étais secrétaire général de la Fondation Claude Pompidou – dont elle était un membre actif du bureau- s’emporta un jour avec véhémence contre ces dérives, notamment contre l’allongement des délais de recours à l’avortement, en venant à regretter amèrement d’en avoir été à l’origine. Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles je l’avais retrouvée, en compagnie de son mari Antoine, aux premiers rangs de la Manif pour Tous où elle voulait sans doute rappeler les valeurs auxquelles elle était attachée.
 
Justement, le Mariage pour Tous, beaucoup plus que le PACS, fut l’étape d’après. Même tactique que pour le reste : la pilule devait éviter l’avortement, le mariage pour tous excluait la PMA, alors que le Code civil lui-même fait de l’éducation des enfants, avec la fidélité, l’assistance et la contribution réciproques aux charges du ménage, une des quatre finalités du mariage…. Et Macron président, rallié par un nombre conséquent de chrétiens (encore une chance que l’épiscopat ait eu la prudence de ne pas donner de consignes de vote !) s’empresse très logiquement de l’inscrire au calendrier de 2018, puis, face à la mobilisation des opposants, de 2019, après une pseudo consultation orchestrée par un CCNE acquis par avance. Ainsi, l’enfant devient le résultat d’une rencontre de cellules étrangères dans un laboratoire anonyme, au bénéfice des femmes seules ou des couples de femmes revendiquant désormais un nouveau droit à l’enfant sans père.
 
Comment ne pas dès maintenant annoncer la suite ? Les hommes seuls ou mariés entre eux ne pourront accepter longtemps d’être écartés de ce droit à l’enfant et, d’ailleurs, quelles objections pourra-t-on leur présenter, la marchandisation du corps si souvent invoquée à l’encontre de la GPA étant déjà introduite dans plusieurs pays pour la PMA, en raison notamment de la rareté des donneurs et se dévoilant aussi au travers des dons d’organes ? Si l’avortement est maintenant un droit fondamental, l’égalité est en effet, quant à elle, un principe général de notre droit…. après l’enfant sans père, ce sera donc l’enfant sans mère. Et comment ensuite ce principe d’égalité n’entrainera-t-il pas les futurs parents que les progrès de la thérapie génique et prédictive désigneront comme porteurs de gènes du handicap ou de maladies transmissibles à revendiquer et à obtenir à leur tour la PMA ou la GPA au nom d’une "normalité" que, pourtant, jusqu’à ces derniers temps, la pensée dominante jugeait imprégnée de présupposés raciaux ? Et comment encore, l’ensemble des candidats-parents n’exigera-t-il pas bientôt, au nom de cette même normalité de pouvoir bénéficier des mêmes droits que les précédents, c'est-à-dire de choisir les caractéristiques détaillées de leur "projet parental" ? Loin d’être de la société-fiction, cette perspective existe déjà en Europe puisqu’au Danemark une banque de sperme met cette possibilité à la disposition de ce nouveau marché.
 
D’ailleurs, dans cette société en cours de construction, telle que la post-modernité l’inspire, on ne voit pas bien, dès lors que la science le permet, au nom de quel argument, on interdirait aux individus et aux couples de disposer, dans des conditions médicales de qualité, de l’enfant idéal correspondant exactement au désir de chacun, fût-ce le même modèle reproduit à l’infini, le clonage sans risque et sans bavure, un progrès pour le bonheur de tous, le bien-être dans la sécurité ? Etre ou pouvoir comme les autres n’est qu’une nouvelle forme du désir et de la rivalité mimétiques dont René Girard nous a expliqués le cycle de violence qu’ils développaient. Les mauvais esprits rétrogrades, ceux qui pourraient encore penser que la naissance est un don de Dieu dont un homme et une femme sont les co-créateurs, même si l’amour humain est plus fragile qu’une éprouvette, auront beau observer que l’argent deviendra le nouveau critère de discrimination et la paternité rêvée l’apanage des plus riches, cela ne servira à rien. Car la société qui vient, celle du meilleur des mondes, confirmera bien l’avertissement du Christ : "On ne peut servir Dieu et Mammon". Et il n’est pas excessif de penser que c’est peut-être sur l’autel de ce nouveau Maître que se livrera une des grandes luttes de l’Apocalypse où l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal sera définitivement foudroyé.
 
Car il est impossible de réduire cette question de la naissance de la vie à une affaire de lois dites de bio-éthique sans en décrypter la stratégie sous-jacente : à considérer l’évolution de la législation au moins depuis la loi sur la contraception du 19 décembre 1967 et les perspectives que nous venons d’évoquer, de quoi s’agit-il sinon de faire en sorte qu’il y a ait de moins en moins d’enfants dans le cadre du mariage d’un homme et d’une femme, comme la nature le permet, et qu’il y en ait à tout prix dans les couples homosexuels, où la nature s’y oppose. Contraception, avortement, mariage pour tous, PMA, GPA, et, sans doute bientôt dans un domaine voisin euthanasie, ne sont que les volutes successives d’une spirale aboutissant, au prétexte d’une diversité de modèles familiaux, à une révolution s’écartant de plus en plus de l’essence même de la famille. La raison en est simple à comprendre : la famille est le signe privilégié de l’amour humain et de la vie, le lieu de l’intimité, de la proximité et de la transmission par excellence, dans une société où tout conspire à les nier au profit de l’impersonnel, du lointain et du déracinement. Les Etats totalitaires ont cherché pour cela à la déconstruire et c’est elle qui, toujours, leur a le mieux résisté.
Le transhumanisme athée et son homme augmenté, appuyés sur "une science qui peut tout" et un amoralisme de principe, est l’avatar contemporain d’un totalitarisme qui, après ses modalités positivistes (Comte) économiques (Marx), philosophiques (Nietzche et Feuerbach) et culturelles (Mao) cherche désormais à nier la condition humaine elle-même en s’insinuant dans ce que la personne a de plus précieux, au cœur même de son identité d’enfant de Dieu et de la chair de l’homme. La bio-éthique et ses comités de circonstance n’en sont que les alibis procéduraux qui, tous les sept ans, en sapant un peu plus les fondements de la morale naturelle tentent de sonner le glas de la Civilisation de l’Amour.
Alors, "Quand le fils de l’Homme viendra, trouvera-t-il encore la Foi sur la terre" et nos lampes allumées ? Le Christ lui-même n’a pas craint de poser cette question à chacun de nous et de nous interroger sur notre résistance aux épreuves et notre persévérance quotidienne. La Foi pourra passer, l’Espérance aussi pourra passer mais nous savons avec Saint-Paul que l’Amour, lui, ne passera pas !

Envoyé par l'auteur, 30 novembre 2018

Un alter-mondialisme chrétien

Publié dans De par le monde
Pour un alter-mondialisme chrétien
 
Le thème de la mondialisation ne peut qu’interpeller les chrétiens. Certains peuvent y discerner un "signe des temps" qui ouvrirait les peuples à une forme de citoyenneté universelle. D’autres y décèlent les prémisses d’une rencontre heureuse de cultures diverses confirmant la vision mac-luhanienne du "village planétaire". Beaucoup se réjouissent qu’elle permette d’envisager désormais un recul de la pauvreté dans le monde. Ainsi, la mondialisation deviendrait l’ultime chapitre de Populorum Progressio et prendrait la suite du développement comme "nouveau nom de la paix", faisant converger l’humanité avec le plan divin.
Mais qu’en est-il de cette féérie enchantée par rapport aux réalités économiques, sociales et culturelles d’aujourd’hui ?
 
Au seul plan économique, la mondialisation est l’aboutissement accéléré de siècles de libre-échange qui, malgré de nombreux épisodes protectionnistes, constitue sans doute une tendance irréversible de l’histoire économique mondiale. Le commerce a connu, dès l’Antiquité et avant même "la route de la soie", un élargissement croissant de ses marchés dans la logique du capitalisme, seul système économique qui ait jamais fonctionné durablement et efficacement, sous ses formes successives, marchande, industrielle et financière. C’est pour cela que, si ce phénomène, qui est devenu la doctrine de l’OMC, génère bien les avantages comparatifs analysés par Ricardo, il est aussi à l’origine de tous les inconvénients de cette théorie. En effet, l’idée selon laquelle l’ouverture la plus grande au commerce international est toujours avantageuse pour tous, indépendamment de la compétitivité nationale, est fausse.
 
Elle heurte de ce fait l’anthropologie chrétienne qui repose sur la nécessité du développement pour tout homme. Pourquoi ? D’excellents spécialistes, bien plus compétents que moi, de droite comme de gauche, l’ont largement démontré. Je me bornerai donc à trois éléments bien connus :
 
Le premier, c’est que contrairement au modèle walrasien, la concurrence n’est jamais pure et parfaite en interne comme à l’international. Elle est en général oligopolistique voire monopolistique, ce qu’illustre la puissance des entreprises multi ou trans nationales qui se caractérisent par un ensemble intégré d’unités de production contrôlées en divers territoires par un centre de décision unique". Une cinquantaine d’entre elles, les plus importantes, figurent parmi les 100 premières puissances économiques mondiales, Etats inclus… qui, par la manipulation des coûts et des prix que leur force et leur diversification autorisent, faussent l’allocation juste des facteurs de production et imposent leur loi au marché mondial. Du coup, le déséquilibre des termes de l’échange entre riches et pauvres –rapport entre le cours fluctuant des matières premières et le prix des produits manufacturés- invoqué par la CNUCED, dans le cadre de l’ONU, dès 1964, non seulement demeure mais s’amplifie à l’échelle de la croissance du commerce mondial dont l’essentiel est d’ailleurs pratiqué par les grandes Puissances. En outre, les sociétés multinationales, dont les actionnaires sont mal identifiés par les peuples, et le chiffre d’affaire souvent supérieur à celui des petits Etats ou des Etats pauvres, n’hésitent pas à intervenir dans la vie politique de ces derniers en utilisant éventuellement la corruption de dirigeants indignes pour mieux asseoir leur rente de situation. Leur action n’est pas non plus étrangère au transfert vers les pays détenteurs de métaux rares d’une pollution dont ils dénoncent hypocritement les méfaits dans les pays utilisateurs au nom d’un discours écologiste de façade, ainsi que l’illustre par exemple le circuit de fabrication des batteries électriques équipant les véhicules "propres".
 
Le second réside dans le risque de sacrifier dans un pays, grâce à la libération de tous les freins aux échanges et à la mobilité encouragée des facteurs de production, des fabrications qui seraient plus rentables ailleurs. C’est une des raisons du chômage persistant dans beaucoup de nations, sans que pour autant cette politique bénéficie aux pays pauvres qui ne restent "profitables" qu’au prix d’un niveau de salaires et de prestations sociales maintenu à l’étiage le plus bas. Une des modalités bien connues en est le développement des délocalisations dont le "retour sur investissement" n’est jamais à la hauteur du déficit social qu’elles créent et qui, si elles augmentent les profits et les revenus des actionnaires, n’ont pas pour autant comme objectif de recréer les emplois détruits ou d’améliorer le pouvoir d’achat des salariés modestes.
 
Le troisième est bien évidemment la constitution de marchés financiers travaillant 24h sur 24 à l’échelle planétaire qui, combinée à l’utilisation fréquente d’outils très complexes et à des titrisations aussi contestables pour ne pas dire toxiques que les subprimes de 2007, créent un risque permanent de propagation mondiale de crises spéculatives. Cette menace pèse toujours sur nos économies totalement imbriquées dans la mondialisation et entièrement dépendantes les unes des autres, ce qui montre bien qu’un monde de plus en plus solidaire peut aussi se pervertir en une tribalisation déchaînée du mal… On pourrait ajouter que, face à la complexité de ce nouveau capitalisme boursier, seuls les experts en manipulations peuvent tirer leur épingle du jeu et qu’on est donc aux antipodes de ce que pourrait être un authentique capitalisme populaire répandu sur toute la planète pour le bénéfice du plus grand nombre !
 
Mais si la mondialisation ne peut sans légèreté être analysée comme profitant à tout homme, elle ne peut davantage l’être –et c’est sa seconde contradiction avec l’anthropologie chrétienne- comme profitant à tout l’homme, ce qui conduit à évoquer rapidement une autre problématique.
Economique et sociale, la mondialisation a aussi un contenu culturel, au moins sous trois aspects.
 
Le premier est que, parmi les acteurs les plus puissants de la mondialisation, figurent les fameuses GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), les NATU (Netflix, Air BNB, Telsa, Uber) ou, encore, versus chinois, les BATX (Baidu, Alibabab, Tencent, Xiaomi) et, en Russie, Yandex et VKontakte. On se contente souvent de dénoncer leur influence en raison de leurs abus de position dominante, de fraude fiscale ou de lobbying. Mais il est encore plus inquiétant de constater le volume de données numériques qu’elles recueillent et qui mettent en péril le respect de notre vie privée ou leur stratégie visant à rendre leurs produits addictifs voire à en programmer l’obsolescence. On est aux antipodes d’une mondialisation technologique dont la diffusion planétaire permettrait d’abolir les fractures numériques et apporterait les bienfaits d’une civilisation émancipatrice. C’est au contraire une nouvelle et implacable aliénation qui vient contester notre liberté, notre dignité et notre intimité en réalisant exactement ce que craignait Orwell avec son Big Brother.
 
Le second provient de la nature des produits diffusés. La plupart des sociétés multinationales agissant sur le marché mondial ne sont pas des sociétés internationales mais ont un capital majoritairement détenu par des Américains, des Chinois ou des Russes avec leurs intérêts propres. Que ce soit dans les comportements alimentaires (Coca Cola), dans la production ou la diffusion de films et de séries (Netflix), dans les contenus véhiculés par l’internet (Google) et dans les entreprises de désinformation déstabilisante qui semble devenues des spécialités russe et chinoise, ce sont les comportements culturels de la planète qui peuvent s’en trouver unifiés au détriment de l’objectivité mais aussi de la diversité de chaque culture nationale ou régionale. Sans céder aux caricatures de la "culture Mac World" (Mac Do+Coca et autre Mickey), il est manifeste que la propagation de l’obésité à travers le monde est par exemple le résultat d’habitudes alimentaires exportées des Etats-Unis. D’un point de vue chrétien, il faudrait "tordre le cou" à cette idée reçue d’une culture mondiale bienfaisante et pacificatrice, dont l’UNESCO serait le régulateur. C’est bien contre cette erreur que mettait en garde Saint Jean Paul II dans son grand discours, à l’UNESCO justement, le 2 juin 1980, allant jusqu’à définir, à partir de l’exemple de la Pologne étendu à toute l’Europe, une souveraineté culturelle de chaque nation et alertant sur une domination totalitaire des moyens de communication de masse qui l’abolirait au nom de l’indifférenciation insidieuse d’un métissage culturel. Dans son allocution, il demandait expressément à l’UNESCO de prendre en considération le primat du spirituel seul capable de construire l’homme intégral et l’apport du christianisme à cet humanisme salvateur des identités nationales. Nul n’est besoin ici d’expliciter la différence radicale entre cette vision personnaliste et une fusion mondiale des cultures, telle que la mondialisation la façonne aujourd’hui et contre laquelle, déjà, s’élevait Levi-Strauss, peu suspect de "populisme" en insistant sur la nécessité de préserver, grâce à la diversité des cultures, la richesse du monde.
 
Enfin, comment ne pas évoquer ici le développement d’une immigration planétaire des pays du sud vers ceux du nord et des immenses drames humains qu’elle crée, entre organisation maffieuse des passeurs, incapacité des pays d’accueil à mettre en place des politiques d’intégration satisfaisantes et perte de potentiel de développement pour les pays pauvres que fuient souvent leurs habitants les plus doués et les meilleurs, comme l’a fort bien expliqué Michel Camdessus ("Vers le monde de 2050", fayard, 2017, résumé par Jean-Paul Lannegrace dans le bulletin 87 du 3ème trimestre 2017 de l’OCHRES). Face à cette situation inacceptable, que  certains, par inconscience, en viennent même à juger inéluctable voire souhaitable ( !) dans une vision fataliste du monde (l’ "à-quoi-bonisme" vitupéré par Bernanos), les chrétiens doivent se mobiliser pour proclamer un droit, celui pour tout homme de pouvoir vivre dans son propre pays et d’y contribuer à son développement, et, afin que cette proclamation ne relève pas d’une bonne conscience hypocrite, pour faire d’un plan Marshall en direction des pays d’émigration la priorité des futurs G20 et de la Banque mondiale. Ce serait non seulement notre honneur, mais au-delà de l’exigence morale, une urgence politique, afin que cette dérive migratoire ne provoque pas les conflits et les affrontements dont elle est malheureusement porteuse.
 
Au terme de cette analyse, on voit bien qu’il serait tout autant vain de se poser en adversaire de la mondialisation qu’impossible de l’accepter sans un droit d’inventaire sérieux au nom de l’anthropologie chrétienne. Autrement dit, ne nous égarons pas dans l’anti-mondialisme mais soyons résolument alter-mondialistes et alter-mondialistes chrétiens ! Si la tentation du repli protectionniste a souvent coïncidé avec des périodes d’affrontements, les risques n’en sont pas moindres avec une mondialisation sans limites et une concurrence effrénée lourde d’antagonismes comme l’histoire de ces 150 dernières années l’a montré ou comme l’illustre aujourd’hui la guerre commerciale et monétaire sino-américaine.
Nul n’oserait écrire comme le libéral radical Richard Cobden en pleine révolution industrielle au XIXème siècle :
"Je vois dans les principes du libre-échange une force qui agira dans le monde à l’image de la gravitation dans l’univers physique. Elle rapprochera les hommes, abattra les antagonismes de race, de croyance, de langue. Elle nous unira par les liens de la paix universelle".
 
Non, l’économie-monde n’est pas l’ange Gabriel de la Parousie. En revanche, comment ne pas être attentifs aux avertissements lancés dès 1991 par l’universitaire démocrate Robert Reich, secrétaire au travail sous la présidence Clinton, dans son ouvrage "The work of nations : preparing ourselves for 21st century capitalism", traduit chez Dunod en 1993 ? la rupture sociale entre "perdants", salariés non-qualifiés devant accepter une compression de leurs rémunérations pour s’adapter aux impératifs de la mondialisation et "gagnants", détenteurs de hautes qualifications et propriétaires de capitaux, peut générer une nouvelle lutte des classes. A ceux qui aiment manipuler les symboles, je proposerai celui des "gilets jaunes" : dans un avion, là où le contexte de la mondialisation des transports interdit de taxer le kérosène malgré son bilan carbone désastreux, ils sont un signe de protection lorsque l’hôtesse décline les consignes de sécurité à des voyageurs souvent privilégiés. Mais, à nos carrefours et nos péages routiers, ils expriment la sourde colère des nouveaux "pauvres sédentarisés", subissant les taxes sur l’essence et le diesel et accusés par la bourgeoisie aisée de créer par la pollution de leurs vieux véhicules des milliers de morts innocents. Pauvres mais aussi assassins… voilà l’image d’eux-mêmes que reçoivent aujourd’hui les nouveaux héritiers des "classes dangereuses" dénoncées par les milieux dirigeants du XIXème siècle et que seuls alors les milieux sociaux-chrétiens défendaient.
 
Et, justement, l’Union européenne, si elle acceptait de prendre ses distances avec l’OMC et de renouer avec des sources chrétiennes toujours répudiées, pourrait prendre la tête d’une véritable alternative à une mondialisation purement libérale qui reposerait sur quelques principes simples :
L’acceptation de droits de douanes limités et ciblés dans le cadre de tarifs extérieurs communs justifiés par la disparité des coûts sociaux et salariaux et le dumping qui en résulte (l’Europe qui protège)
L’encouragement systématique à des modes de vie plus modestes par des incitations fiscales et un nouveau type d’allocations familiales (l’Europe des "limites")
Une forte volonté exprimée au sein du G20 afin de définir une éthique des firmes transnationales assortie, le cas échéant, de sanctions mais aussi définissant un plan Marshall pour les pays pauvres en contrepartie d’un contrôle des flux migratoires (l’Europe de la justice)
Une présence plus affirmée à l’UNESCO afin d’y promouvoir les droits de chaque culture nationale à son maintien et à sa promotion.
 
Ces pistes naturellement ne sont pas exhaustives mais, au moment où l’Europe doute d’elle-même, elles pourraient lui redonner un nouveau souffle, nourrir un projet ambitieux et la faire renouer avec sa vocation authentique, celle de parler au monde au nom d’une liberté maîtrisée et d’une vision équilibrée de la personne humaine.

Envoyé par l'auteur, paru sur le bulletin de l'OCHRES (Observatoire chrétien de l'entreprise et de la société), 30 novembre 2018

L’action locale

Publié dans A tout un chacun
Faire contribuer l’action locale au redressement national
 
Tous ceux qui ont participé, directement ou indirectement, à la vie politique nationale depuis une quarantaine d’années, peuvent témoigner que celle-ci a été source de déceptions aussi récurrentes que cruelles pour les convictions que nous portons, soit que les espérances mis en tel dirigeant se soient révélées trompeuses, soit que le résultat des élections ait déjoué ces mêmes espérances : le cru 2017 vient de le confirmer encore une fois !
En revanche, l’action locale, qu’elle soit communale, départementale ou régionale, permet bien davantage d’inscrire ses convictions dans le pays réel.
Les raisons en sont assez claires : tout d’abord, on le sait, l’idéologie tient peu de place au niveau des territoires. Dès lors qu’on cherche à résoudre des problèmes tels que la sécurité des biens et des personnes, le soutien aux commerçants et aux autres chefs d’entreprise, le logement des familles, la scolarisation et l’accueil des tout petits, la voirie, le secours aux plus démunis, etc… les choix sont le plus souvent dictés par le terrain. Si on ajoute que les exécutifs locaux ne peuvent, à la différence des gouvernements, présenter un budget en déficit, ne serait-ce que d’un euro, on comprend pourquoi la bonne gestion est également la marque nécessaire de la gestion territoriale… Ensuite, parce que le rôle des partis y est bien plus réduit, y compris dans les plus grandes villes : je le constate tous les jours dans la mienne qui dépasse les 85 000 habitants. Même lorsque le responsable de l’équipe aux commandes se prévaut d’une étiquette politique, celle-ci est vite effacée par les préoccupations quotidiennes, d’autant plus que la plupart des autres élus n’ont pas d’appartenance partisane. Enfin, et cela est peut-être l’essentiel, dans une collectivité où les rencontres sont quotidiennes entre élus et habitants, qui partagent la même vie et se retrouvent dans les mêmes lieux, on ne peut pratiquer la "langue de bois" et l’action politique est immédiatement jugée en fonction de ses résultats.
 
Dès lors, deux possibilités se présentent : soit, concentrer ses efforts sur la seule gestion, dont on connait les "figures imposées" –réductions des dépenses, économies d’effectifs, modération des investissements pour ne pas augmenter excessivement la dette-. Cet impératif, qui est loin d’être négligeable, n’entrainera pour autant aucune adhésion profonde –même s’il se traduit notamment par une pause fiscale - s’il ne s’accompagne pas d’un véritable projet collectif, fondé sur une vision à long terme de la collectivité. Et c’est là – seconde possibilité - que l’action locale peut porter de vrais fruits : dans une commune en particulier, lieu d’excellence de l’incarnation politique, il appartient à ceux qui exercent une responsabilité de donner du sens à leur action en prenant des initiatives qui peuvent progressivement transformer le comportement et le cadre de vie des habitants. Les exemples sont très nombreux : aide à la création d’une école indépendante en lui cédant un terrain ou un local devenu sans objet, soutien à l’accueil des futures mères en difficulté et aux modes de garde familiaux, encouragement à la mixité générationnelle dans le parc social, préparation au mariage civil, politique d’intégration systématique pour les nouveaux naturalisés, découverte du patrimoine culturel national pour les élèves, participation des citoyens à des missions civiques en créant, entre autres, des auxiliaires de sécurité, renforcement de la solidarité au sein des conseils de quartier, organisation de conférences sur des sujets de fond, attention marquée aux projets culturels, spectacles vivants avec le concours des habitants… la diversité des actions possibles est considérable et riche de conséquences très positives.
 
En outre, s’agissant du "Comment faire", chacune de ces actions peut être facilement confiée à un adjoint ou un conseiller municipal et s’appuyer sur une association existante : le principe de subsidiarité doit pleinement s’appliquer.
Au lieu donc de se satisfaire de lamentations permanentes sur les malheurs du temps – et Dieu sait qu’ils sont graves - tournons-nous délibérément vers les potentialités de ces actions locales : que nous soyons élus, animateurs associatifs ou simples citoyens capables d’en convaincre nos édiles, soyons initiateurs de projets qui, demain, de proche en proche, feront plus pour la renaissance de la société française qu’un changement de majorité au Parlement

Article publié dans la revue Permanences n°565, envoyé par l'auteur,18 juin 2018

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