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BOLUFER Jean-Paul

BOLUFER Jean-Paul

Né en 1946
Marié - 5 enfants
 




Préfet honoraire


Institut d’études politiques de Paris
Ecole nationale d’administration
Institut des hautes études de défense nationale.
 


Maire-adjoint de Colombes (Hauts-de-Seine)
Conseiller métropolitain du Grand Paris
Conseiller territorial de la Boucle Seine-Nord
 
Chargé de mission au Secrétariat général de la défense nationale (1974-77)
Chef-adjoint puis directeur-adjoint du cabinet de Jacques Chirac à la Mairie de Paris (1979-86)
Directeur de cabinet
     de la secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargée de la francophonie,  Lucette Michaux-Chevry (1986-88)
Directeur général des services et directeur de cabinet
     du président du conseil régional de Midi-Pyrénées, Marc Censi (1989-96)
Préfet, directeur de cabinet du préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris (1996-97)
Préfet, directeur des Journaux officiels de la République française (1997-2007)
Directeur de cabinet du ministre du logement et de la Ville, Christine Boutin (2007)
Contrôleur général économique et financier [Ministère de l'Economie et des finances] (2008-2012)
 
Ancien maître de conférences
     à l’Institut d’études politiques de Paris,
     à l’Ecole nationale d’administration,
Ancien chargé de cours à l’université Paris-2 et à la faculté de droit de Nice,
Professeur, responsable de la filière droit-sciences politiques, depuis 2008
     à la faculté  libre de droit, d’économie et de gestion de Paris (FACO)
Secrétaire général de la fondation Claude Pompidou (1980- 1989 puis 1996-2007)
 
Fondateur du Cercle de la Cité, président du club Dialogue et humanisme et du club Témoin
Officier de réserve
 
Ouvrages
Co-auteur de "Projet pour la France", édition Livre-Essor (Prix renaissance 1984)
 
Distinctions
Chevalier de la légion d’honneur
Officier de l’ordre national du mérite

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Elections, un point de vue...

Publié dans A tout un chacun
Brève note sur les élections présidentielles et législatives : un point de vue chrétien
 
Comme à chaque élection, les chrétiens, spécialement les catholiques, s’interrogent sur leur vote et le sens qu’ils doivent lui donner. C’est un signe de bonne santé démocratique et, bien qu’il ne soit pas nécessaire de le rappeler, la preuve de la parfaite intégration des chrétiens à nos institutions politiques. Ce seul constat rend d’ailleurs rhétorique la différence classique  entre "Chrétiens français" et "Français chrétiens" (cf. le livre du même titre de Natacha Polony, Fabrice Hadjadj et Dom Paul Préaux, éditions Salvator, 2017) qui n’est qu’une autre façon de dire la distinction entre le témoignage et l’engagement, dont chacun est finalement libre du choix.
Dans le même sens, la brève note qui suit n’a pour ambition que de donner un éclairage permettant  à cette liberté de s’exercer le mieux possible.
Un rappel initial élémentaire : ni l’Evangile ni le Compendium ne constituent un programme politique, n’en déplaise aux récupérateurs de tous bords. A s’en tenir au Compendium, il énonce un certain nombre de principes généraux dont l’avantage est toutefois de couvrir un champ assez large du politique. Principes suffisamment connus pour que cette note ne s’y attarde pas. Plus intéressant en revanche est de rechercher, à partir de ces principes, si des applications concrètes, forcément différentes selon les pays et selon les époques, pourraient être proposées, comme le pape François –et ses prédécesseurs aussi- nous y ont invités plusieurs fois.
Pour cela, nous disposons certes d’outils de réflexion complémentaires du Compendium comme, par exemple, les deux contributions des évêques français de 2016 : "2017, année électorale. Quelques éléments de réflexion" et "Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique". Dans ce cas non plus, je ne m’y attarderai pas, à la fois pour le même motif que le Compendium, mais aussi dans la mesure où ces textes, toujours intelligents, profonds et nuancés, restent encore à un niveau de généralités trop grand pour éclairer suffisamment leurs lecteurs dans leurs choix concrets.
 
Finalement, donc, outre la méditation nécessaire et utile des sources précédentes, est-on renvoyé à l’exercice de notre liberté de conscience, sans doute bordée par des références à la dignité de chaque homme, à l’option pour les plus pauvres, à la destination universelle des biens, à la solidarité, à la subsidiarité, au respect de l’environnement, etc… mais d’autant plus "autonome" que lesdites références peuvent être interprétées dans bien des sens, sauf à vouloir les instrumentaliser selon ses préférences partisanes.
Pour exercer le mieux possible cette liberté de conscience, et afin qu’elle ne devienne pas le paravent un peu facile d’un contournement social, d’un évitement politique, voire d’un déguisement idéologique, comment ne pas invoquer la notion de Bien commun, en essayant de lui donner un contenu assez précis dans la France de 2017 ?
En effet, la première utilité concrète du Bien commun est de ne pas s’empêtrer dans la confusion de la morale privée et de la morale publique. Si la première a pour finalité, d’un point de vue chrétien, la participation de chaque fidèle au salut, c’est précisément le Bien commun qui constitue la finalité de la seconde. Qu’on ne s’y trompe pas : les vertus privées des responsables politiques sont plus que souhaitables mais, dans un pays laïc, elles  peuvent d’autant moins dicter le choix des électeurs que leur connaissance par les citoyens dépend de plus en plus d’un "bon" vouloir médiatique ou de la capacité des "réseaux sociaux" français ou étrangers à diffuser les rumeurs qui arrangent. A ce titre d’ailleurs, les qualités d’hommes d’Etat de Mazarin, Bonaparte ou Clémenceau ne pèseraient guère ! Reste donc, comme valeur sûre, l’apport attendu de chaque candidat au Bien commun, entendu comme "la dimension sociale et communautaire du bien moral" (Compendium §164).
Ainsi, la seconde utilité de ce dernier est qu’il n’est assimilable ni à l’intérêt général –car il prend en compte l’épanouissement de tous les biens personnels -, ni au bien public – car il respecte le principe de subsidiarité plus que les définitions étatiques du bien - ni, encore moins, à l’utilité publique – qui est de l’ordre du positivisme juridique -. Avant d’être commun, il est d’abord un Bien, englobant pour le chrétien "toutes les conditions sociales nécessaires à la perfection des groupes et de leurs membres" (Gaudium et Spes §26), qu’il s’agisse des biens matériels nécessaires à une existence digne ou des biens spirituels contribuant à la poursuite des fins dernières de la personne (Compendium §170).
 
On voit donc que le Bien commun, qui est la raison d’être de l’autorité politique (Compendium §168), dessine assez bien les contours de ce qu’on pourrait appeler l’identité chrétienne face aux choix politiques contingents. Car c’est bien cette identité (à ne confondre ni avec les identités nationales, "heureuses" ou "malheureuses", chères aux partisans du monoculturalisme, ni avec "l’inclusion des identités plurielles" chère aux partisans du pluriculturalisme) qui peut orienter les chrétiens dans leurs choix. Identité particulière, discrètement mais réellement présente, qui ne va pas chercher à s’imposer aux réalités mais à les relever, comme le sel de la terre et la lumière du monde, avec des intensités plus ou moins fortes selon les circonstances (cf. le livre de Saint Jean Paul II : "Mémoire et identité").
Si l’on se range à une telle perspective, force est de constater que cette identité chrétienne ne s’exercera pas d’abord dans les domaines les plus couverts par les programmes politiques, et cela pour deux raisons : d’une part, les programmes des candidats préconisent des réformes en matière d’institutions , d’économie, de politiques sociales, de politique étrangère, etc… qui, dans un pays comme la France d’aujourd’hui, avec le niveau d’organisation et de complexité qu’elle a atteint, sont souvent, pour le chrétien, autant d’options libres qui, à vrai dire, engagent des préférences personnelles plus que de grands principes. On pourrait en multiplier les exemples. Je n’en prendrai qu’un : le modèle social français repose certes sur des valeurs de solidarité auxquelles nous tenons. Mais d’autres modèles peuvent aussi être de bonnes références, qu’ils soient rhénans ou scandinaves ou qu’ils conjuguent autrement solidarité et flexibilité. D’autre part, pour les sujets plus clivants, on se trouve vite face à un dilemme qui explique en partie la prudence des déclarations épiscopales : pour  prendre là aussi un exemple, si l’accueil des étrangers, des réfugiés en particulier, peut constituer un des éléments d’appréciation favorables à tel camp, d’autres politiques, non moins significatives, comme la politique familiale, conduiront à un choix diamétralement opposé. Et ne parlons pas de l’Europe où les orientations les plus diverses peuvent être légitimes ! Et de proche en proche, on en arrivera à une forme de jeu à somme nulle nous renvoyant à notre perplexité initiale.
 
En revanche, l’identité chrétienne peut radicalement éclairer nos votes si nous nous plaçons, non plus au niveau des programmes, mais à celui de la méta - politique, en nous aidant à distinguer, parmi les candidats présents, celui dont la vision anthropologique, le discours sur l’homme, le plus souvent implicite dans ses discours, mais toujours sous-jacent à ses propositions, notamment dans ce révélateur qu’est le langage employé, se rapproche le plus de la vision chrétienne du monde. Car, comme le souligne la C.E.F., "il n’y a plus, ou de moins en moins, de vision anthropologique commune dans notre société" (§8) et, sans cette vision, nulle proclamation, fût-t-elle celle de la dignité inaliénable de la personne humaine, ne peut prendre véritablement sens.
La référence à cette anthropologie va alors nous conduire à prendre en compte et à comparer les positions des uns et des autres sur un certain nombre de points finalement très concrets, mettant en cause la nature de l’homme mais que très peu, en dehors des chrétiens, osent aborder :
- la conception des rapports entre le spirituel et le temporel qui respecte ces deux dimensions : ce qui invite à se reporter aux positions des différents candidats sur la laïcité, selon qu’elle se résume à une injonction faite au religieux de se cantonner au seul domaine privé ou qu’elle s’ouvre au respect de l’héritage historique et des racines culturelles de la France.
- le respect de la vie dans toutes ses dimensions : ce qui invite à réfléchir à l’intérêt porté par chacun à l’accueil de la vie, à l’accompagnement des mourants et des malades, aux handicapés mais aussi à la bio-éthique et aux enjeux de la recherche scientifique.
- la complémentarité de l’homme et de la femme – homme et femme il les créa (Gen. 1, 27) - à partir de laquelle la famille, avec les valeurs de fidélité, de respect, d’assistance et de secours mutuels qu’elle exprime, peut redevenir la cellule de base d’une société fondée sur l’amour et non pas l’exacerbation des hédonismes individuels.
- la fraternité universelle entre les personnes – à l’opposé de toute idéologie d’exclusion de race ou de classe - afin que les communautés de simple ressemblance soient transcendées par des communautés de destin, au plan de la nation mais aussi dans les relations internationales, au service de la paix et de la stabilité des peuples, avec une politique de co-développement qui reste à construire.
- des rapports équilibrés et harmonieux entre l’homme et la nature – ce que l’Eglise appelle une authentique écologie humaine -, qui certes allie les contraintes économiques, sociales et environnementales mais qui n’érige pas pour autant le développement durable en un néo-malthusianisme anti-humaniste.
 
Certes, il est à parier que les quelques critères de discernement suggérés ici ne permettront pas de trouver un candidat qui les respecte tous intégralement. Mais ils me semblent toutefois présenter un avantage : le premier est de choisir, selon sa conscience, celui qui, globalement, s’en éloigne le moins et de permettre sur cette base un compromis qui ne soit pas une compromission. Le second est de nous mettre face à nos responsabilités et de nous encourager, par un vrai dialogue, à solliciter le candidat que nous aurons choisi à promouvoir une vision anthropologique encore plus conforme à la nature de l’homme, telle que la raison et la foi peuvent ensemble la définir. Ce qui suppose aussi que notre choix ne se porte pas sur celui qui en serait a priori le plus éloigné !
Que les élections qui viennent nous aiguillonnent donc pour que nous n’en restions pas à un statut de consommateur de la politique mais d’acteur conscient de la noblesse de celle-ci lorsqu’elle est au service, non pas seulement d’un programme convenu, mais de l’homme intégral.

Un peuple de droite rassemblé

Publié dans A tout un chacun
Pour que renaisse la France, il faut un peuple de droite rassemblé
 
Si l’élection présidentielle demeure bien le facteur structurant de notre vie politique et requiert de notre part une lucidité accrue, notamment au moment du choix ultime du second tour que nous aurons à faire le 7 mai 2017 sans aucun autre a priori que le salut de la patrie, ce sont, un mois plus tard, les élections législatives qui risquent de déterminer pour les cinq prochaines années le destin national.
En effet, si, dans le cadre du bipartisme prévalant depuis 1965, les législatives nous avaient habitués, en donnant  au nouveau président une majorité cohérente, à confirmer, voire à amplifier, le choix politique des présidentielles, le contexte de 2017 peut totalement modifier cette donne.
 
Le tripartisme, désormais installé, multipliera au second tour des législatives, soit les triangulaires, soit des duels à géométrie variable, au risque de rendre impossible, si les Républicains maintenaient leur position du "ni-ni" au second tour, la constitution d’une majorité absolue. Et, à nouveau, les médias et les appareils partisans entonneront le chant des valeurs dites républicaines pour obtenir des désistements réciproques entre partis déjà installés au Parlement et soucieux de préserver leur territoire respectif plutôt que de faire triompher un socle de convictions solides.
 
Or, que nous révèlent aujourd’hui les études de l’ensemble des instituts de sondages ? D’une part, le maintien d’un étiage élevé de l’électorat du Front national, d’autre part la porosité de plus en plus grande entre ces électeurs et ceux des Républicains. Autrement dit, se dessine désormais la possibilité, dans un nombre très important de circonscriptions, de réunir, au second tour, une majorité de suffrages pour des candidats d’une vraie droite de convictions, à condition bien sûr d’encourager et d’accompagner fortement cette convergence spontanée de l’électorat.
 
Face à ce scénario, deux objections sont généralement présentées : l’une tient naturellement au tir de barrage des états-majors des Républicains, au nom de la "morale politique", et du Front national, cantonné dans sa dénonciation de l’ "UMPS" ; l’autre à l’incompatibilité des programmes économiques des Républicains et des Frontistes.
Il est manifeste que, même si la première est objectivement de moins en moins crédible, la bonne stratégie consiste à ne plus rien attendre de dirigeants discrédités et de s’adresser directement au peuple que sa répugnance croissante aux consignes d’appareil rend désormais disponible et libre à une recomposition dans les urnes du pays réel. Quant à la seconde, elle signifierait, si on la prenait au sérieux, une proximité des programmes des Républicains et de la gauche. Elle majorerait également des options économiques dont chacun sait par expérience que l’exercice du pouvoir confronté aux contraintes de la gestion contredit souvent la mise en œuvre effective. Et, d’ailleurs, qui ne voit que l’appel au "libéralisme" économique n’est rien d’autre que le désir partagé par tous de moins de règles inutiles tandis que la suspicion de "dirigisme" ne s’applique en fait qu’à la revendication d’un Etat en charge du bien commun, ce qui, dans les deux cas, revient bien au même concept d’ordo-libéralisme.
 
En clair, c’est d’abord, comme le referendum britannique vient de le démontrer, sur les questions de souveraineté et de société, que se constituera une majorité nouvelle, car c’est bien d’un Etat, plus encore que d’une nouvelle économie, que la nation est orpheline.
Allons encore plus loin : l’avenir politique appartiendra au groupe de personnalités politiques reconnues qui, osant briser ce tabou et allant au-devant de l’attente d’une majorité de citoyens, dira enfin tout haut ce que cette majorité pense encore tout bas, c'est-à-dire "le 18 juin 2017, faisons voter au second tour dans chacune de nos 577 circonscriptions pour le candidat de la vraie droite le mieux placé sans aucune exclusive et sans aucun calcul". Alors, la constitution d’un gouvernement, réellement comptable d’un projet de renaissance politique, sera-t-elle irréversible et la table du vieux système enfin renversée. De la sorte, les législatives seront-elles, sinon la revanche, du moins la session de rattrapage de présidentielles neutralisées par les Primaires. Voilà la seule voie de renouveau national qui vaille la peine d’être proposée aux Français. Espérons que des voix se lèvent bientôt pour en exprimer l’urgence.

L'élection au suffrage universel

Publié dans En France
Réflexions sur l’élection du président de la République au suffrage universel
 
Le spectacle que donnent à la fin de ce printemps 2016 les partis politiques français est le reflet de la crise nationale, intellectuelle et morale française qui ne cesse de d’illustrer, jour après jour, la terrible incapacité de leurs dirigeants. La préparation des Primaires des Républicains, avec leurs douze candidats à la candidature (treize en incluant Nicolas Sarkozy) en est sans doute un des exemples les plus navrants. Nul ne pourra s’étonner dans ces conditions que beaucoup finissent par s’interroger sur l’intérêt d’élire le chef de l’Etat au suffrage universel direct et que refleurissent les propositions de retour au suffrage indirect des Républiques défuntes et de la Vème jusqu’en 1962… Il est malheureusement à craindre qu’une fois de plus, hélas, on mélange cause et conséquence en feignant de croire que la crise des partis résulte de l’universalité du vote et en préconisant au surplus un remède qui serait le plus sûr moyen d’achever le malade, au prétexte qu’il "faudrait rendre au peuple le pouvoir accaparé par les partis" !
Pourquoi ?

D'abord, parce qu'il y a une contradiction aveuglante entre le fait de vouloir rendre le pouvoir au peuple et le fait de lui enlever la compétence de cette élection dont chacun sait qu'elle structure notre vie politique, puisqu'elle permet notamment de créer une cohérence majorité présidentielle-majorité parlementaire grâce à la séquence politique qui fait se succéder ces deux élections. Une élection au suffrage indirect, rassemblant pour l'essentiel des élus locaux, risquerait fort de déboucher sur un candidat de compromis qui aurait le charisme d'un président de l'Association des maires de France et ne pourrait en aucun cas générer une majorité parlementaire cohérente se réclamant de lui.
 
Et on rejoint par-là la seconde objection, celle de désigner un Président de pacotille qui n'aurait aucun poids dans le concert international, et dont le Premier ministre, peu assuré de bénéficier d'une majorité solide pour les raisons indiquées précédemment, ne pourrait sûrement pas assurer le "remplacement". N'oublions pas que si le général De Gaulle a été élu par un tel collège de "grands électeurs" fin 1958, il ne l'a dû qu'à sa personnalité et aux circonstances exceptionnelles de l'époque. Il en était d'ailleurs lui-même tellement convaincu qu'il a voulu, par le referendum d'octobre 1962, assurer à ses successeurs un mode d'élection qui les garantisse contre ce risque d'instabilité et de déchéance de l'exécutif. Je renvoie aux commentateurs les plus illustres des institutions de la Vème république (Burdeau, Duverger, Vedel, Goguel, etc...) qui, quelles que soient leurs divergences, étaient au moins unanimes sur ce point.
 
Il faut bien, comprendre en effet, et c'est la troisième objection, le sens de notre "parlementarisme rationalisé" qui a depuis 1962 fait les preuves de son efficacité, en résistant à bien des épreuves et en maintenant l’autorité de l’Etat, au-delà des qualités des hommes appelés à le diriger. Lorsque De Gaulle s'en prenait au "système des partis", ce n'était pas en réalité pour les supprimer et créer, par exemple, un parti unique, ce dont la gauche le soupçonnait en 1958 (l'image du Général "fasciste"), mais c'était au nom d’ une toute autre vision : laisser aux partis et au Premier ministre, avec le Parlement, la gestion de l' "intendance" -d'où la limitation du domaine de la loi par l'article 34- et se réserver le domaine régalien, dont l'indépendance et la continuité devaient être en particulier assurés par l'élection au suffrage universel, assistée par les deux armes essentielles de la dissolution et du referendum.
 
Enfin, redonner le pouvoir au Premier ministre (ce qui serait la conséquence directe d’une élection présidentielle livrée à un collège restreint) dont la seule raison d'être pour De Gaulle était de le débarrasser de la gestion courante, présente le risque majeur de soumettre le pays au régime d'assemblée, faute de l'onction du peuple tout entier et des combinaisons inévitables, du type sénatorial, de l'élection au suffrage indirect. Autant confier les clés de la Maison France directement aux "réseaux", experts dans ce type de manœuvre, comme l’ont montré par exemple les dernières élections au perchoir du Palais du Luxembourg. N'oublions pas, enfin, que, suffisamment réaliste pour ne pas penser au rétablissement monarchique, de Gaulle voyait néanmoins dans le système de 1962 son meilleur substitut.
 
Si l’on voulait apporter des améliorations au fonctionnement actuel des Pouvoirs publics, d’autres pistes plus efficientes pourraient être explorées, notamment la suppression du poste de Premier ministre (dont l'ambition inévitable finit par diviser l'exécutif, les Michel Debré, médusé par de Gaulle, étant devenus denrée rare...). Dans ce cas, ce n’est pas le Président de la République mais le gouvernement qui serait responsable devant le Parlement en cas de motion de censure. Et, sans doute, le retour à un septennat non renouvelable qui aurait l’avantage à la fois de donner plus de temps pour réformer et de ne pas fonder ses décisions sur le souci de sa réélection. Enfin, la réanimation du referendum en étendant la compétence de l’article 11 aux questions dites sociétales.
Mais, surtout, pour revenir à notre point de départ, si c’est bien le spectacle grotesque et affligeant des Primaires qui est en cause, alors ce sont les Primaires qu’il faut supprimer et non l’élection du Président au suffrage universel.

Une voie existe qui suppose de modifier les conditions de candidature à l’élection présidentielle : à l’avenir, des pétitions populaires plébisciteraient les candidats avec un seuil élevé de signataires (qui pourrait être de 5 % des suffrages exprimés lors de la précédente élection, soit environ par rapport à celle de 2012 1,8 million d’électeurs par candidat, ce qui d'ailleurs permettrait aujourd'hui par exemple de faire surgir un candidat émanant de la "base LMPT » alors que des personnalités comme Hervé Mariton ou Jean-Frédéric Poisson, qui représentent ce courant seront inévitablement éliminés aux Primaires).
L’élection présidentielle redeviendrait bien alors ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, la rencontre d’un homme et d’un peuple !

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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