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BRAGUE  Remi

BRAGUE Remi

Né le 8 septembre 1947
Marié – 4 enfants

Membre de l'Institut
Professeur émérite de philosophie à la Sorbonne et à l'Université de Munich
Spécialiste de la philosophie grecque et de la philosophie médiévale arabe et juive.

École Normale Supérieure (rue ULM) (1967)
Agrégé de Philosophie (1971)
Docteur de 3e cycle (1976)
Etudes d'hébreu médiéval à l'EPHE Ve section
     (séminaire de M. C. Touati) (1982-1986 - 1990-1991)
Docteur ès-Lettres (État) (1986)
Études d'arabe littéral à l'INALCO (1985-1987)




Professor für Religionswissenschaft unter besonderer
     Berücksichtigung der europäischen Religionsgeschichte
     und der christlichen Weltanschauung (Guardini-Lehrstuhl)
     Ludwig-Maximilians-Universität – München (2002)

John Findlay Visiting Professor, Department of Philosophy
     Boston University (1995) (2001)

Professeur remplaçant à l'Université de Lausanne
     Département de Philosophie (1989-2000)

Professeur à l'Université Panthéon-Sorbonne (Paris I) (depuis 1990)
Professeur à l'Université de Bourgogne (Dijon) (1988-1990)
Boursier de la Fondation Alexander V. Humboldt
     Thomas Institut, Université de Cologne (1987-1988)

Visiting Associate Professor, Department of Philosophy
     Pennsylvania State University (1979-1980)

Chercheur au CNRS (1976-1988)
Professeur de philosophie en classes terminales (1972-1976)


Ouvrages
Le Restant Supplément aux commentaires du Ménon de Platon (1978) - Du temps chez Platon et Aristote - Quatre études (1982) traduit en  portugais - Aristote et la question du monde Essai sur le contexte cosmologique et anthropologique de l'ontologie (1998) - Europe, la voie romaine (1992) traduit en catalan, allemand, tchèque, hongrois, espagnol, russe, turc, italien, lithuanien, anglais, roumain, slovène, grec, bulgare - Vaterland Europa, Europäische und nationale Identität im Konflikt (1977) Passagen Verlag - avec P. Koslowski – Vienne - La Sagessedu monde - Histoire de l'expérience humaine de l'univers (1999) traduit en portugais, anglais, allemand, italien, lithuanien, chinois - El passat per endavant [recueil inédit en français] (2001) traduction catalane par J. Galí y Herrera – Barcelone - Introduction au monde grec - Études d’histoire de la philosophie (2005) traduit en portugais - La Loi de Dieu - Histoire philosophique d’une alliance (2005) traduit en anglais, portugais, italien - Au moyen du Moyen Age Philosophies médiévales en chrétienté, judaïsme, islam (2006) traduit en anglais, portugais, italien -  Image vagabonde  Essai sur l’imaginaire baudelairien (2008) - Du Dieu des chrétiens et d’un ou deux autres Paris, Flammarion, 2008, 256p. ; (Champs), (2009) traduit en italien, anglais, tchèque, espagnol - Les Ancres dans le ciel L’infrastructure métaphysique (2011) et (2013) traduit en catalan, italien, brésilien, anglais - Le Propre de l’homme Sur une légitimité menacée (2013) traduit en espagnol, anglais - Modérément moderne (2014) traduit en anglais, espagnol - Le Règne de l’homme Genèse et échec du projet moderne (2015) traduit en espagnol - Dove va la storia ? Dilemmi e speranze [entretien inédit en français], a cura di G. Brotti, Bergame, La Scuola, 2015, 141p. - Où va l'histoire ? (2016) -

Traductions
De l’allemand et de l’anglais : Leo Strauss, Maïmonide - Essais recueillis et traduits (1988)
De l'arabe : Maïmonide, Traité de logique (1996)
De l'anglais et de l'hébreu : Shlomo Pinès, La Liberté de philosopher - De Maïmonide à Spinoza (1997)
De l'hébreu et de l'arabe : Thémistius, Paraphrase de la Métaphysique d'Aristote (1999)
De l'arabe : Maïmonide, Traité d'éthique (2001)
De l’arabe : Razi, La Médecine spirituelle (2003)

Environ 120 articles et contributions à des ouvrages collectifs

Directions d’ouvrages collectifs
avec J.-F. Courtine
     Herméneutique et ontologie
     Mélanges en l'honneur de P. Aubenque
     à l'occasion de son 60e anniversaire (1990)
Saint Bernard et la Philosophie (1993)
avec T. Schabert
     Die Macht des Wortes, ERANOS – Munich (1996)

Éditions
P. Kraus, Alchemie, Ketzerei, Apokryphen im frühen Islam
     Gesammelte Aufsätze (1994)
I. Goldziher, Sur l’islam - Origines de la théologie musulmane (2003)

Distinctions
Prix Reinach de l'Association des Études Grecques (1988)
Médaille de bronze du CNRS (1988)
Prix Grammaticakis-Neumann de l'Académie des Sciences Morales et Politiques (1988)
Prix Alexandre Papadhópoulos  de l'Académie des Sciences Morales et Politiques (1999)
Prix Lucien Dupont  de l'Académie des Sciences Morales et Politiques (2005)

URL du site internet:

Hygiène de la polémique

Publié dans A tout un chacun

Pour une hygiène de la polémique

(...) (site endommagé en 2013)
... Il se trouve au centre d'une polémique qui a commencé alors que je n'étais déjà plus en France. Je ne parlerai donc pas du livre, mais de ce que j'ai perçu de la polémique à son propos. Je poserai seulement quelques principes.

Le problème de l'homme médiatique
L'origine de la polémique n'est pas un livre, mais un article de journal. Le problème n'est pas celui du savant, mais celui de l'homme médiatique.
Celui-ci vit de polémiques. Elles lui permettent de créer l'événement. C'est plus facile que de chercher à comprendre les événements réels. Pour sa pensée binaire, tout doit être noir ou blanc. L'histoire, comme la philosophie, peint "gris sur gris". Quand un historien dit que ce que l'on croyait gris foncé est en fait gris clair, l'homme médiatique traduit : ce que l'on croyait noir est en fait blanc. Quand un historien fait un peu plus de lumière sur un personnage peu connu, l'homme médiatique traduit : il révèle enfin ce que l'on avait toujours ignoré. C'est d'autant plus drôle que ce "on" qui se serait si lourdement trompé, ce "on" ignorant, ce n'est autre que lui-même.

Quelques règles
On serait donc bien venu :
(a) De ne pas tout mélanger. Et d'abord, de ne pas confondre trois choses : (1) l'islam, religion du Coran, (2) l'Islam, civilisation vieille de quatorze siècles et (3) l'Islam, ensemble des musulmans d'aujourd'hui.
(b) De ne pas brandir à tout bout de champ la notion imbécile d' "islamophobie". Elle ne sert qu'à empêcher la distinction élémentaire que je rappelle. On peut penser du Coran et de Mahomet ce que l'on veut ; cela ne permet pas de porter un jugement sur une civilisation tout entière, encore moins sur des personnes.
(c) De ne pas dire n'importe quoi, par exemple que l'Islam (toutes significations confondues) aurait tout apporté à l'Europe : la philosophie, la science, et pendant qu'on y est, la rationalité. Comme si l'on pouvait transporter une attitude d'esprit comme une marchandise !
(d) De ne pas mélanger le débat entre savants et les accusations politiques d'actualité.
(e) De s'interdire les insultes, et même les lourdes plaisanteries.

Que dire alors ?
Je reprendrai ici quelques résultats, évidemment provisoires, de mon livre Au moyen du Moyen Âge (1).
La contribution de la civilisation islamique à celle de l'Europe est réelle, mais moins exclusive que ce que voudraient nous faire croire certains incompétents. La transmission directe à partir de Byzance est peut-être plus importante qu'on ne l'a pensé. Un mince filet de savoir grec, venu d'Irlande ou du monde byzantin, a continué à irriguer l'Europe. On a traduit Aristote à peu près en même temps de l'arabe, surtout en Espagne, et directement du grec, surtout en Italie.
Il faut distinguer du côté de l'émetteur : l'islam religion est autre chose que l'Islam civilisation. Celle-ci a été rendue possible par l'unification du Moyen-Orient : politique sous le pouvoir des Califes et linguistique au profit de l'arabe. Elle a été construite autant par les chrétiens, juifs ou sabéens du Moyen-Orient, et par les zoroastriens ou manichéens d'Iran, que par les musulmans. Ainsi, les traducteurs qui ont transmis l'héritage grec à Bagdad étaient presque tous chrétiens.
L'islam comme religion n'a pas apporté grand'chose à l'Europe. Celle-ci n'a connu le Coran que très tard : la première traduction latine, faite à Tolède au XIIie siècle, n'a à peu près pas circulé avant d'être imprimée tard dans le XVIe siècle. Le premier examen critique du Coran est l'oeuvre de Nicolas de Cuse, au XVe siècle. Parmi les traditions sur Mahomet (hadith), seul le récit merveilleux du "voyage nocturne" au ciel (Scala Machumeti) est passé en Europe. La théologie apologétique (Kalâm) musulmane, connue surtout par la réfutation de Maïmonide, a fourni au continuisme d'Aristote une alternative atomiste qui a été exploitée par certains nominalistes, puis par Malebranche et Berkeley.

Il y a des mathématiques (ou de la médecine, de l'alchimie, etc.) arabes en ce sens que des oeuvres mathématiques ont été composées dans cette langue. Mais il n'y a pas de mathématiques musulmanes, pas plus qu'il n'y a une botanique juive ou une médecine chrétienne. Il y a des gens de diverses confessions qui se sont occupés de diverses sciences. Même pour la philosophie, je préférerais parler d'un usage chrétien, juif ou musulman de la philosophie plutôt que de philosophie chrétienne, juive ou musulmane.
Sont venues de l'Islam comme civilisation deux sortes de biens culturels. D'abord, ceux qui ont transité par lui. Ainsi les chiffres dits "arabes", venus des Indes. Ou encore, ce qui des oeuvres d'Aristote fut traduit à Tolède.
Est venue aussi de l'Islam la contribution originale par laquelle il prolongeait l'héritage grec. Ainsi, en mathématiques (y compris l'astronomie), en médecine, ou encore en philosophie, avant tout Avicenne, qui me semble être le plus original.
Il faut distinguer aussi la nature de la marchandise : le passage par l'arabe n'a concerné que le savoir grec en mathématiques, médecine, pharmacopée, etc. En philosophie, seul Aristote et ses commentateurs, avec quelques apocryphes néoplatoniciens, ont transité par l'arabe. La littérature grecque, la poésie épique, lyrique, dramatique, l'histoire, et, en philosophie, Platon et Plotin, sont passés directement de Constantinople à l'Europe, à partir du XVe siècle.
Il faut enfin cesser de se représenter la transmission du savoir comme celle d'un liquide qui coulerait spontanément d'un niveau supérieur à un niveau inférieur. Le récepteur doit, pour pouvoir s'approprier le savoir, s'en être d'abord rendu capable. L'Europe a effectué, à partir du XIe siècle, un énorme travail sur soi, à partir de ses ressources propres. Elle a connu une première renaissance, juridique, littéraire, et philosophique, avec les "moyens du bord". C'est ce qui lui a permis de ressentir le besoin du savoir grec, d'aller le chercher là où il était, et de le recevoir de façon féconde.
Excuses au lecteur endormi.
Si mon lecteur n'est pas encore mort d'ennui, je terminerai en disant que, effectivement, quand on essaie d'être un peu précis et un peu nuancé, on est beaucoup plus plat que quand on fait dans le sensationnel en assénant des sottises bien tranchées.
Paru dans La Nef  n°194 de Juin 2008
Publié en italien dans le quotidien Il Foglio du 16 mai 2008


(1) Au moyen du Moyen Âge. Philosophies médiévales en chrétienté, judaïsme et islam (Éditions de la Transparence, 2006)

Des trois religions

Publié dans Au delà

Judaïsme, Christianisme, Islam


(...)
qui domine le discours médiatique est à la fois fausse et dangereuse car si l'intention est initialement bonne, elle produit de la confusion et cache la vérité. En effet, ce n'est pas de la même façon que les trois religions comprennent l'unicité de Dieu, le rôle d'Abraham, la place de leur Livre sacré. Le rapport du christianisme au judaïsme n'a rien à voir avec le rapport du christianisme à l'Islam. Le christianisme a en commun avec le judaïsme un livre, celui que les chrétiens appellent l'Ancien Testament et l'histoire qu'il raconte. L'islam, en revanche, ne croit pas que l'Ancien et le Nouveau Testament , tels que les lisent aujourd'hui juifs et chrétiens, soient les textes authentiques qui ont été confiés à Moïse et à Jésus. Ils auraient été trafiqués, mais heureusement remplacés par le Coran, seul resté intact, et donc seul nécessaire.
Les deux religions bibliques, judaïsme et christianisme, ont en commun l'idée d'une alliance de Dieu avec l'homme : Dieu entre dans l'histoire pour le libérer; pour les chrétiens, il délivre l'humanité du péché dans une autre Pâque. La spécificité du christianisme est qu'il pousse l'idée d'alliance jusqu'à l'incarnation : dans une seule et même personne s'allient les deux natures, divine et humaine. L'islam ne reconnaît pas l'incarnation : pour lui, Jésus est un prophète, rien de plus. Mais c'est que, déjà, il ne connaît pas l'idée biblique d'alliance et d'histoire du salut.

Toutes ces distinctions doivent être sues et connues !
Si, en effet, on recherche un dialogue vrai qui suggère comme dans tout dialogue, respect, confiance, bonne volonté, … il faut une bonne connaissance mutuelle.
Avec le judaïsme, le dialogue est facilité par le fait qu'il existe des chrétiens qui connaissent bien le judaïsme, et des juifs qui connaissent bien le christianisme, au point d'en enseigner l'histoire.
Avec l'islam, il y a jusqu'à présent un déséquilibre : l'Occident a produit depuis le XVIème siècle des islamologues très compétents, juifs et chrétiens ; en revanche, les musulmans qui connaissent bien le christianisme sont encore peu nombreux.
La condition principale est de placer le débat sur le terrain où il peut être fécond.
Paradoxalement, ce n'est pas le terrain religieux. Celui-ci est piégé, car l'islam se comprend comme un post-judaïsme et un post-christianisme. Il se voit d'une part comme la religion primitive, la seule religion d'Abraham ; il se voit d'autre part comme la religion définitive, destinée à remplacer judaïsme et christianisme, tous deux périmés. Reste pour le dialogue le terrain de l'humanité commune, de la raison, de la civilisation.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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