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BROSSES des Marie-Laure

BROSSES des Marie-Laure

Née le 30 juin 1963
Mariée - 4 enfants

Conseil et Formation en Innovation (depuis 2002)


Diplômée d’HEC – Option Entrepreneurs
Troisième cycle de Ressources Humaines à l’ESSEC

Présidente du Mouvement Mondial des Mères
     Spécialiste de la conciliation vie professionnelle - vie familiale
 

Enseignante en Management de l’Innovation en école de commerce (depuis 2002)
Responsable des Ressources Humaines & Organisation chez Saatchi & Saatchi (1998-2001)
Co-fondatrice de la Saatchi & Saatchi School (1998-2001)
Directrice de clientèle dans la publicité chez Lintas puis Saatchi & Saatchi (1990-1998)
Créatrice & Responsable de la Flottille Saint Jacques (1989)
Co-fondatrice de la Nuit de la Publicité HEC

URL du site internet:

Les mères et les familles ...

Publié dans A tout un chacun

(...) (site endommagé en 2013)
... de la réforme des retraites ? Aujourd’hui, les familles en général et les mères en particulier, sont déjà fortement pénalisées à l’heure de la retraite alors que sans elles et sans les efforts qu’elles ont fournies pour éduquer leurs enfants, la survie du système de retraite par répartition est impossible.
Pourtant, dans la réforme des retraites en préparation, rien n’est prévu pour améliorer cette situation … les mesures envisagées risquant même de venir aggraver cette injustice.

Quelques chiffres tout d’abord pour mieux comprendre la situation actuelle.
En 2008, les femmes touchent une retraite moyenne inférieure de 42% à celle des hommes (825 € pour les femmes / 1426 € pour les hommes). Plus une femme a d’enfants, plus sa retraite moyenne est basse (1 122 € pour une femme sans enfants / 703 € pour une mère de 3 enfants / 627 € pour une mère de 4 enfants et plus). Ces chiffres s’expliquent très bien : ce sont majoritairement les mères qui prennent du temps pour éduquer leurs enfants au détriment de leur carrière (congé maternité, congé parental, travail à temps partiel,…).
Si on se replace à l’échelle de la famille, le revenu moyen des familles retraitées, chute également avec le nombre d’enfants … ceci étant directement lié à la chute de la retraite moyenne de l’épouse.
Situation aggravante, le patrimoine des familles - et en particulier le patrimoine financier, susceptible de générer un revenu complémentaire à l’heure de la retraite - chute également avec le nombre d’enfants. Une famille sans enfant dispose en moyenne de 45.000 € d’économies à l’heure de sa retraite. Une famille de 3 enfants n’a que 34.000 € à sa disposition. Et une famille de 5 enfants et plus n’a que 13.000 €.
Là aussi, l’explication est simple : les familles qui ont plusieurs enfants utilisent la plus grande partie de leurs revenus à l’éducation et à l’entretien de leurs enfants et peuvent difficilement épargner.
Or qui finance la retraite … si ce n’est les enfants que ces familles ont fait l’effort d’élever ?
Aujourd’hui, avec l’allongement de la durée de vie (dont on ne peut que se réjouir), une natalité meilleure que celle de nos voisins européens mais qui reste cependant limitée, une crise économique qui amplifie le chômage et la sous activité, l’équilibre de notre système de retraites est en péril et une réforme est nécessaire.

Aucune décision n’est encore arrêtée, mais il semble bien que les seules pistes évoquées tiennent à la durée de cotisation, à l’âge de départ en retraite et éventuellement à la pénibilité de l’activité exercée. Or on peut craindre que ces mesures si elles sont appliquées strictement à tous viennent encore pénaliser davantage les mères puisque ce sont elles qui très majoritairement prennent du temps pour leurs enfants au détriment de leur carrière.
Dans la réforme en préparation, aucun compte ne semble être tenu du nombre d’enfants élevés, du temps consacré à leur éducation, de l’argent investi par les parents dans leur entretien. Or qui paiera les retraites demain, sinon ces enfants - indispensables à l’équilibre de notre système ?
Et pourtant des solutions concrètes existent qui pourraient permettre de rendre la réforme plus juste, par exemple :
- une meilleure prise en compte du congé maternité qui  ne compte pas aujourd’hui comme période cotisée pour la retraite ;
- un système de bonus / malus à appliquer aux pensions de retraite en fonction du nombre d’enfants élevés (aujourd’hui une famille qui a fait l’effort d’élever 2 enfants n’a aucun avantage en terme de retraites par rapport à un célibataire qui n’a jamais eu d’enfants à charge)
- une modulation du nombre de "meilleures années" prises en compte pour le calcul des pensions en fonction du nombre d’enfants dont il a fallu s’occuper.
Pour ne pas laisser à nos enfants la charge d’une dette insupportable, il est indispensable de réformer le système des retraites … mais cette réforme doit rendre justice à l’effort des mères et des familles sans lesquels - rappelons-le - le système ne peut fonctionner durablement.

Le gouvernement français souhaite réformer le congé parental. On reproche particulièrement à ce fleuron de la politique familiale française d'éloigner trop longtemps les mères du monde du travail, pénalisant de fait leur possibilité de faire carrière.
Il est plus que louable de militer pour qu'à travail égal, hommes et femmes aient un salaire égal. Il est juste également de faire en sorte que les femmes compétentes puissent être nommées à des postes de responsabilité, jusqu'aux plus haut niveau des entreprises et des administrations.
Faut-il pour autant rayer d'un trait de plume les dispositions actuelles permettant à tout parent d'un enfant de moins de trois ans de réduire son temps de travail ou même de s'arrêter complètement de travailler pour être disponible pour son tout petit ?
Beaucoup d'amalgames sont fait dans différents rapports officiels qui ont été écrits sur le sujet ainsi que dans de nombreux articles de presse. Ils semblent tous conclure au bien fondé de la réduction unilatérale du congé parental. Regardons les choses plus précisément.

Les études indiquent que 84% des mères en congé parental et qui bénéficiaient d'un emploi stable avant leur grossesse retrouvent leur emploi. On laisse entendre qu'il y aurait un problème pour les 16% restant… mais on oublie de dire que la plupart d'entre elles sont des femmes qui ont décidé d'attendre un enfant de plus et enchaînent donc avec un nouveau congé parental. Est-ce vraiment nuisible dans un pays qui se réjouit du nombre de ses naissances ?
Il y a certes un petit pourcentage de mères qui font le choix d'arrêter de travailler à l'issue du congé parental. Notre expérience du terrain au Mouvement Mondial des Mères indique que ce sont le plus souvent des mères de famille nombreuse ou très nombreuse. Bien souvent elles cherchent à négocier un temps partiel avec leur entreprise d'origine. Quand cette négociation n'aboutit pas, elles font le choix de donner la priorité à leur famille. La solution au problème est-elle pour ces mères de raccourcir le congé parental ou bien ne faudrait-il pas mieux promouvoir le droit au temps partiel pour les parents de familles nombreuses ?
Les études indiquent qu'à l'issue du congé parental, 22% des femmes se retrouvent au chômage. Mais ces analyses oublient de rappeler qu'avant leur grossesse 19% des femmes étaient en emploi précaire (CDD, intérim) et 21% déjà au chômage. C'est bien la grossesse qui vient aggraver la situation de ces femmes. Le congé parental n'est pas en cause. Un congé parental plus court ne résoudrait en rien le retour à l'emploi de ces salariées.
On peut même se demander si le congé parental de trois ans n'est pas une aide pour ces mères : il semble plus facile en effet de retrouver un nouveau poste quand on peut assurer sereinement sa période d'essai avec un enfant scolarisé plutôt qu'avec un bébé toujours à la merci d'une maladie infantile ou d'un défaut de mode de garde.
Il semble bien qu'il serait plus efficace de travailler sur l'accompagnement du retour à l'emploi des mères précaires ou chômeuses plutôt que sur la durée du congé parental.

Les rapports indiquent que le congé parental de trois ans est long et qu'il pénalise l'employabilité des mères en les éloignant trop longtemps du monde du travail. Mais on oublie de souligner qu'un tiers des femmes ne s'arrêtent pas de travailler pendant leur congé parental : elles choisissent de réduire leur temps de travail en passant le plus souvent à 4/5ème (parfois à mi-temps). C'est particulièrement le cas chez les cadres et chez celles qui occupent des postes à responsabilité. Devient-on réellement inemployable quand on est en fonction ? Faudrait-il empêcher les femmes qui réussissent grâce à ces aménagements horaires à concilier vie familiale et vie professionnelle de continuer à le faire ?
Par ailleurs, les congés parentaux à plein temps sont souvent pris par les femmes qui ont des emplois modestes (employées de bureau, caissières,…). Peut-on décemment soutenir que le contenu de ce type de poste est tellement modifié en trois ans qu'il n'est plus possible de remplir correctement son job ?
Il est possible qu'il faille prévoir dans les politiques RH de garder un volant budgétaire pour offrir aux mères qui reprennent leur poste la formation à laquelle leurs collègues ont eu droit en leur absence. Mais à ce détail près, est-il obligatoire d'empêcher les femmes qui veulent s'investir auprès de leurs enfants de le faire ?

Beaucoup de reproches sont faits au congé parental. Mais aucune comparaison n'est faite avec les mères qui ont des enfants et poursuivent leur activité professionnelle sans recours au congé parental. Dans certaines entreprises, tout se passe bien pour elles. Dans d'autres - aux pratiques RH plus archaïques - elles subissent réflexions, absence de progression, mise à l'écart sur des postes moins intéressants et parfois même licenciement à la première occasion. Ce sont sans doute ces mêmes sociétés qui peinent à promouvoir les mères à leur retour de congé maternité. Et il est peu probable qu'un changement de modalité du congé parental suffise à modifier radicalement la façon de penser de certains dirigeants.
Quand on voit qu'une célèbre ministre qui n'avait pas hésité à retourner travailler dans les jours qui ont suivi la naissance de son enfant a néanmoins été mise sur la touche à la première occasion, on se dit que la maternité risque de continuer à nuire à la carrière des femmes pendant un bon moment encore dans ce pays. Faudrait-il alors déconseiller aux femmes d'avoir des enfants ?
Faut-il les laisser avoir des enfants mais les priver du droit de prendre du temps pour s'en occuper pendant les premières années de la vie ?
Pourquoi ne pas laisser les parents choisir comme ils le font si bien ce qui convient le mieux à leur équilibre personnel et à celui de leur famille ?

La réforme prévue du congé parental semble plus idéologique que basée sur des analyses solides de la réalité. Ce sont tout particulièrement les adeptes de la parité à tout prix qui soutiennent cette réforme en rêvant que les papas prennent un jour autant de temps pour leurs enfants que les mamans.

Mais la révolution des mentalités ne se décrète pas au fond d'un ministère ! Tant qu'il sera normal que les bureaux soient désertés à 17h un soir de match de foot mais qu'on continuera à fixer des réunions à 18h les autres jours sans penser à ceux et celles qui veulent voir leurs enfants en bas âge plus de quelques minutes avant qu'ils ne s'endorment, on pourra craindre que toute personne voulant prendre du temps pour éduquer ses enfants ne soit de fait pénalisée dans sa progression professionnelle.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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