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COFFINIER Anne

COFFINIER Anne

Née en 1974
Mariée - 3enfants
 
Diplomate
Directrice générale de la Fondation pour l’école

Ecole Normale Supérieure (ENS) (Ulm)
Ecole Nationale d’Administration (ENA)
 
Fondatrice de l'association Créer son école (2004) dont elle est toujours la présidente
Co-fondatrice de la Fondation pour l'école (2008) dont elle a été la présidente et dont elle est depuis fin 2010 la directrice générale
 
www.liberte-scolaire.com
www.creer-son-ecole.com
www.ilfm-formation.com
www.fondationpourlecole.org

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Rendre l’espérance aux professeurs

Publié dans En France

Une grande loi de refondation de l’école est annoncée pour la fin de l’année civile. Nul doute qu’aucune refondation véritable ne sera possible sans la revalorisation préalable de la condition enseignante.
C’est un fait : le prestige et le statut social des professeurs sont profondément dégradés dans notre pays. La figure du professeur n’inspire plus ni aux élèves ni à leurs parents le respect sacro-saint qui s’attachait à elle il y a quelques décennies. L’actualité, avec son lot désormais habituel de violences contre les professeurs, en apporte chaque semaine la triste preuve. Mais il ne suffit pas de déplorer cette situation ; encore faut-il en comprendre l’origine.

Ce n’est pas fondamentalement le salaire des professeurs qui pose problème :
les pays nordiques ne paient pas plus leurs professeurs et pourtant ces derniers jouissent d’un prestige social incontesté. Nous faisons l’hypothèse que sa cause principale est tout simplement l’impuissance dramatique des professeurs. Impuissance à obtenir le renvoi ou la sanction d’un élève qui leur a manqué de respect ou qui perturbe le cours ; impuissance à obtenir le redoublement d’élèves qui n’ont pas le niveau requis pour passer dans la classe supérieure.
Impuissance qui s’accompagne du déni de ce qu’une saine conception de leur métier devrait faire considérer comme leurs droits imprescriptibles : déni de leur droit de choisir leurs méthodes pédagogiques (sauf à accepter d’être mal notés et mal vus dans la salle des professeurs) ; déni de leur droit à choisir les œuvres qu’ils étudient ou à définir librement, sinon les programmes, du moins les progressions pédagogiques (car c’est réglé par la Rue de Grenelle à coup de publication au Bulletin officiel) ; obligation de participer à des projets transversaux souvent chronophages et peu rigoureux dans leurs méthodes comme dans leurs objectifs ; déni de leur droit à constituer des groupes de niveau pour permettre à chaque enfant d’avancer à son rythme sans retarder ou être retardé par les autres…
Dans de telles conditions, comment s’étonner que les professeurs soient si malheureux ? Le plus triste est d’entendre ceux-là mêmes qui ont sapé l’autorité légitime des professeurs par la mise en place du carcan que nous venons de décrire se lamenter de la situation. Ainsi en est-il de Philippe Meirieu, qui écrit, dans l’ouvrage collectif Vocation enseignant, qu’ "un monde qui ne fait pas sa place aux enseignants est un monde perdu". Mais on peut légitimement douter de la capacité de cet indéboulonnable “expert” à apporter des solutions ! "Dieu, disait Bossuet, se rit des hommes qui déplorent les conséquences dont ils chérissent les causes."

En rupture avec cette inconséquence, il y a un moyen simple de sortir par le haut du problème de la désespérance des professeurs : il s’agit rien de moins que de leur rendre la liberté ! On le sait encore trop peu, mais il existe des professeurs qui choisissent librement leur école, leur pédagogie, leurs méthodes, leurs manuels scolaires, des professeurs qui sont soutenus par la direction de leur établissement en matière disciplinaire, que ce soit pour sanctionner ou pour récompenser, des professeurs qui jouissent de la considération des parents comme des enfants. Sur une autre planète ? À l’étranger ? Non ! En France, dans les écoles indépendantes !


La Fondation pour l’école
a justement pour mission, reconnue d’utilité publique, de soutenir et d’encourager le développement de ces établissements scolaires privés hors contrat – ces écoles peuplées de professeurs épanouis et fiers de leur métier. Les pays scolairement performants, tels que la Suède ou la Finlande, se caractérisent tous par un haut niveau de considération sociale pour le métier de professeur. Ce sont des personnes qui ont reçu une formation initiale exigeante, au terme d’une stricte sélection, et qui sont vivement poussées à suivre des formations continues tout au long de leur carrière auprès de professeurs expérimentés. Ce sont des professeurs libres de leurs méthodes mais comptables de leurs résultats devant la communauté scolaire, à commencer par les parents.
C’est sur ce même équilibre que repose le succès actuel des écoles indépendantes en France. Un nombre croissant des professeurs du primaire de ces écoles se forme depuis 2007 à l’Institut libre de formation des maîtres (www.ilfm-formation.com). Ils y acquièrent non seulement une parfaite maîtrise des connaissances à enseigner (grammaire, calcul mental, histoire de France) mais aussi la pratique des savoir-faire pédagogiques, grâce à de nombreux stages sur le terrain, dans le cadre d’une formation professionnelle par alternance auprès d’instituteurs chevronnés qui leur apprennent les ficelles du métier. Ils sont plus d’une centaine à avoir fait leur rentrée, il y a quelques jours, avec un enthousiasme bien éloigné de la désespérance des enseignants de l’Éducation nationale. N’est-il pas temps de donner aux professeurs du public les mêmes conditions de formation et d’enseignement que leurs confrères du secteur entièrement libre ?

Paru sur le blog de la Liberté scolaire, 30 octobre 2012 et dans Valeurs actuelles, 25 octobre 2012

Le rôle de l'école

Publié dans En France

Alors que Vincent Peillon doit s’exprimer demain sur la modification des rythmes scolaires et sur l’organisation du temps scolaire hebdomadaire, un sondage Ifop pour Radio Alouette publié ce 9 octobre indique que 68 % des Français sont opposés à la suppression des devoirs scolaires à la maison pour les élèves du primaire. Ils sont 78% parmi les professions libérales et cadres supérieurs et 63 % chez les employés et ouvriers.
Pourtant, faire faire leurs devoirs aux enfants n’est une sinécure pour personne, surtout quand les deux parents exercent une profession, comme c’est le cas la plupart du temps aujourd’hui. Si les Français sont si massivement favorables aux devoirs à la maison, c’est qu’ils sont vivement attachés à une certaine conception de l’école qui justifie pleinement le travail personnel à domicile : la conception qui veut que l’école ait pour finalité première de transmettre les connaissances, c’est-à-dire d’instruire, ce qui suppose de répéter chez soi ce que l’on a vu en classe, de faire un effort de mémorisation et d’effectuer des exercices d’entrainement pour parfaire la maîtrise de ces nouvelles connaissances et les ancrer durablement dans la mémoire.
Pourtant la FCPE, principale association de parents d’élèves, a demandé officiellement au ministre la suppression des devoirs à la maison au primaire. On peut lire sur son site "La FCPE et l’ICEM-Pédagogie Freinet dénoncent la persistance des devoirs à la maison. Personne n'en a jamais prouvé l'utilité". Constat qui ne manque pas de sel au regard des résultats du sondage IFOP. Pourquoi cette position de la FCPE à rebours de celle des parents ? Parce que la FCPE est historiquement acquise à l’idée que le but premier de l’école est un but social et politique : transformer la société par l’école, en faisant de cette dernière un moyen d’annihiler les différences sociales. En clair, l’école nouvelle manière doit être telle que le fils de notaire ne soit pas avantagé à l’école par rapport au fils d’ouvrier. LA FCPE le reconnaît sans s’en cacher sur son site internet : "[Les devoirs à la maison] ne font qu’accentuer les inégalités entre les enfants selon qu’ils peuvent ou non bénéficier d’aide à la maison. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils sont proscrits en primaire par une circulaire de 1956."
Ce sondage doit donc donner l’occasion au Ministre d’oser poser publiquement la finalité de l’école : a-t-elle pour but premier d’instruire (transmettre les connaissances) ou bien de réduire les inégalités sociales au moyen de l’enseignement ? C’est une question qui mériterait d’être posée au peuple dans le cadre d’un référendum. Rester dans le flou sur cette question, c’est prendre la responsabilité de refonder l’école sur les sables mouvants d’un malentendu majeur. C’est travailler sur les moyens pédagogiques sans avoir précisé préalablement au service de quelles finalités on en devait juger l’efficacité. Il est clair que cette ambiguïté n’est pas étrangère à la baisse de niveau de l’école française, depuis que cette dernière a fait passer les objectifs politiques (changer la société par l’école) au détriment d’objectifs scientifiques (transmettre les savoirs).

Paru dans Les Echos, 10 octobre 2012

"Pourquoi n’investissez-vous pas votre énergie dans le sauvetage de l’Éducation nationale au lieu de développer des solutions en marge du système qui ne concerneront inévitablement qu’une minorité ?", nous demande-t-on souvent. Nous comprenons bien sûr le besoin d’une école "creuset de la Nation", surtout depuis la fin du service militaire ; mais comment ne pas voir que ce besoin ne saurait être satisfait par l’Éducation nationale ? Alors qu’elle conduit 40 % des enfants à l’échec scolaire en fin de primaire, qu’elle n’enseigne plus l’amour de la géographie, de l’histoire et de la littérature françaises, comment notre école publique pourrait-elle être le garant de l’unité morale de la Nation ? Ce ne sont pas les familles qui refusent l’idéal républicain, c’est l’Éducation nationale elle-même !
Pour remplir cette mission, l’école publique doit donc être entièrement refondée. Pour ce faire, nous devons tirer les conséquences de trente ans d’impuissance : rompons avec l’utopie d’une réforme directe, hiérarchique et centralisée, de haut en bas, par décret ministériel. Tout le monde sait que le ministre ne dirige pas son ministère ; son administration – inspecteurs en tête – s’autogère en toute impunité. On ne pourra sauver l’école qu’en agissant au niveau des établissements, par une stratégie
"bottom-up", s’appuyant sur le besoin de liberté des professeurs et la vitalité des familles.

Comment faire ?
Aux établissements publics volontaires, donnons la liberté, sans quitter le giron public, d’opter pour le type de gestion qui fait le succès des écoles libres, à l’instar des charter schools, qui connaissent un franc succès en Amérique et en Angleterre.
Aux établissements libres, accordons un financement à l’élève, par chèque-éducation, à la place d’un financement global alloué aux établissements. Tout enfant qui opte pour un établissement privé recevrait la somme d’argent qu’il fait économiser à l’école publique ; avec cette somme, il acquitterait les frais de scolarité de l’établissement dans lequel ses parents auraient choisi de l’inscrire.
Choisir son école ne serait plus le privilège d’une minorité mais le droit effectif de tout citoyen, riche ou pauvre. À celui qui se scandaliserait de nos propositions, je ne poserai qu’une question - publiquement : "Mais vous, où avez-vous scolarisé au juste vos propres enfants ?"
Editorial des Chroniques de la Fondation pour l'école, n°9, mai 2012

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