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COFFINIER Anne

COFFINIER Anne

Née en 1974
Mariée - 3enfants
 
Diplomate
Directrice générale de la Fondation pour l’école

Ecole Normale Supérieure (ENS) (Ulm)
Ecole Nationale d’Administration (ENA)
 
Fondatrice de l'association Créer son école (2004) dont elle est toujours la présidente
Co-fondatrice de la Fondation pour l'école (2008) dont elle a été la présidente et dont elle est depuis fin 2010 la directrice générale
 
www.liberte-scolaire.com
www.creer-son-ecole.com
www.ilfm-formation.com
www.fondationpourlecole.org

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Incapacité française

Publié dans En France
La France est incapable de mener honnêtement des expérimentations

Expérimenter localement une mesure avant de la généraliser à la Nation si l’expérience est concluante semble de bonne méthode. Cela permet d’innover en limitant les risques pris.
Et pourtant la France n’y arrive pas.
Elle triche.
Lorsque le gouvernement dit qu’il expérimente une mesure, c’est qu’il a déjà décidé de la généraliser, quelques résultats qu’ait l’expérimentation. C’est à l’évidence le cas de celles sur les rythmes scolaires dont la mise en œuvre est contestée par 68 % des Français (sondage BVA Opinion pour Le Parisien, 6 juillet 2014), qui pose de sérieux problèmes de financement et de pénurie de personnels d’animation périscolaire compétents, mais qui sera tout de même généralisée en septembre prochain.
A contrario, si une expérimentation a fait ses preuves mais qu’il y a eu un changement de ministre, elle perd toute chance d’être généralisée. Ce fut le cas par exemple de l’expérimentation Legrand qui avait permis de voir les avantages qu’il y aurait à donner plus d’autonomie aux proviseurs en matière de recrutement et qui avait été immédiatement enterrée.
L’incapacité à mener correctement une expérimentation ferait-elle partie de l’exception française ?
Chez nous, l’expérimentation est toujours une forme d’édulcoration diplomatique d’une réforme qu’on a déjà décidé de mettre en œuvre de toute manière. C’est manifestement le cas avec les "ABCD de l’égalité" expérimentés dans 10 académies volontaires (comprendre que leur recteur est volontaire…pour un avancement rapide). Leur généralisation était annoncée avant même que l’évaluation ne soit menée à terme.
 
La manière dont le droit à l’expérimentation pédagogique introduit par F. Fillon a été savamment corseté en dit long sur l’hostilité de l’administration, et en particulier de l’inspection, à toute liberté d’initiative consentie aux professeurs.
La loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école du 23 avril 2005 prévoit en effet dans son article 34 (actuellement codifié à l’article L. 401-1 du code de l’éducation) un droit à expérimenter dans les écoles, les collèges et les lycées. Mais pour obtenir ce droit d’expérimentation, c’est un véritable parcours du combattant : les projets d’expérimentation "article 34" sont présentés au conseil d’école ou au conseil d’administration. Ils sont ensuite examinés par l’autorité académique, en particulier le Conseiller Académique Recherche-Développement, Innovation et Expérimentation (CARDIE), et font l’objet d’une contractualisation incluant la mise en place d’un suivi régulier et d’un volet évaluation. (Source : MEN (Eduscol), Vademecum innovation pédagogique, p4.) De quoi décourager les bonnes volontés, sans compter qu’il est strictement interdit d’infléchir même à la marge les programmes scolaires.
 
Plutôt que ces expérimentations pipées qui ne dupent personnes, l’Etat ferait mieux de laisser les initiatives se développer de la base, sans vouloir toujours imposer à l’ensemble du territoire la bonne idée développée localement par l’un ou l’autre. Il y a fort à parier que laissées libres, les écoles sauraient bien reprendre à leur compte pour les généraliser les bonnes pratiques développées en un point du territoire tout en se gardant bien de copier les mauvaises idées.
Mais voilà sans doute encore une nouvelle réforme à expérimenter !

Paru sur le blog de la liberté scolaire, 11 septembre 2014
Le gouvernement voudrait-il vider les écoles publiques au profit des écoles privées qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Il est troublant de constater à quel point les décisions accumulées ces derniers temps pénalisent l’enseignement public et renforcent par voie de conséquence l’attractivité du privé. Arrêtons-nous ici sur l’exemple de la réforme des rythmes scolaires.

Le gouvernement choisit de répartir les cours dans les écoles publiques non plus sur 4 jours mais sur 4,5 jours. Pour ce faire, au lieu de laisser les établissements libres d’appliquer ou pas cette réforme au regard du bien commun local, il l’impose par la force à toutes les écoles publiques. Les protestations massives des directeurs, des professeurs et des parents ne sont pas prises en considération par le Ministère. Le projet n’est pas modifié d’un iota. Au contraire, la toute nouvelle ministre de l’Éducation nationale prévient que les rythmes seront mis en place de force par les préfets si les maires n’obtempèrent pas. Sûrement un discret hommage à Margaret Thatcher mobilisant l’armée en 1984-1985 pour remplacer les mineurs en grève !
Dans le même temps, cette même réforme reste strictement facultative pour l’enseignement privé sous contrat, lequel bénéficiera néanmoins du même fonds d’amorçage que dans le public. Il faut dire qu’un passage en force aurait été clairement inconstitutionnel, la liberté de fixer les horaires faisant a priori partie de cette liberté d’enseignement que le Conseil constitutionnel a consacrée en 1977 comme un principe fondamental des lois de la République. En pratique, les écoles privées – dans leur écrasante majorité- se sont bien gardées de mettre en place la réforme.

Tandis que les parents du public sont condamnés à subir les conséquences de cette réforme, ceux du privé en sont donc préservés. Cette réforme, par les surcoûts en frais de garde et la complexité d’organisation domestique qu’elle engendre, pénalise à l’évidence les familles défavorisées, les familles monoparentales, ainsi que toutes celles ayant un travail dont les horaires ne sont pas flexibles. La plupart des familles qui le peuvent récupèrent leurs enfants sans les laisser dans les ateliers périscolaires pour les conduire à de "vraies" activités éducatives (conservatoire, clubs de sport…). Les familles les moins aisées voient leurs enfants piégés dans des activités de second ordre organisées de manière souvent approximative (faible qualification et fort taux d’absentéisme des animateurs périscolaires, plage horaire, locaux et matériel insuffisants pour organiser des activités conséquentes…). Plus grave encore, cette réforme ampute inconsidérément pour tous les enfants de l’école publique les heures dévolues à l’instruction au profit d’activités occupationnelles : origami, atelier tricot, ping-pong… Le niveau d’instruction de nos enfants est-il si olympique que nous puissions nous permettre de réduire les heures consacrées aux apprentissages académiques au profit de la détente ? Ce n’est pas en tout cas l’idée que donne notre classement calamiteux au test PISA de l’OCDE.

Cette réforme conduit à chasser les professeurs de leur classe pour y héberger des activités de loisir. Comment ne pas voir que cela nuit à leur travail, désorganise le rangement des classes, désacralise cette espace qui de "sanctuaire de la connaissance" devient une vulgaire salle polyvalente ? C’est par l’instruction que l’institution scolaire peut lutter contre les inégalités sociales et donner à chacun ce savoir qui permet de s’élever dans la société. C’est par le renforcement des matières fondamentales que l’État travaillera effectivement à l’égalité des chances qu’il assure placer au premier rang de ses préoccupations, non en prétendant absorber dans l’espace scolaire le tout de la vie : temps libre, loisir, formation morale et politique… et en réduisant comme peau de chagrin les temps dévolus à l’instruction.

En jouant à l’apprenti sorcier avec les rythmes scolaires, l’État a franchi une ligne rouge, car, s’il y a bien une chose à laquelle 100% des Français sont attachés, c’est le rôle de garderie de l’école. Nombre d’entre eux suivent hélas d’assez loin ce qui est enseigné à leurs enfants par l’école ; mais en revanche, ils sont tous attentifs à ce que l’école assure un service régulier de prise en charge de leurs enfants selon des créneaux horaires stables et certains, pour leur permettre d’aller gagner notre vie.
En trafiquant les horaires de sortie de classe qui varient de manière aléatoire, en tolérant un taux d’absentéisme des professeurs important, en écornant la gratuité de l’école par les surcoûts de babysitting occasionnés par la réforme, l’État indispose profondément les parents, y compris ceux qui sont traditionnellement les moins attentifs aux questions éducatives.
Ce faisant, il incite puissamment les parents à déserter le public au profit de l’école privée, puisque cette dernière n’applique pas la réforme des rythmes scolaires et présente un taux d’absentéisme de ses professeurs beaucoup plus bas que celui du public.
Et si l’Enseignement privé déclare ne pas avoir enregistré de recrudescence dans le nombre des enfants scolarisés dans ces écoles, c’est tout simplement parce que l’État ne lui laisse pas ouvrir de nouvelles classes sous contrat pour accueillir les transfuges du public. Le boom des créations de nouvelles écoles indépendantes ne doit pas surprendre dans ce contexte. Pas d’absentéisme, pas d’horaires de sortie d’écoles fluctuants, un accent mis sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux, et un suivi individualisé de chaque enfant… Voilà autant d’atouts auxquels de plus en plus de parents sont tout à fait sensibles.
Paru dans Contrepoints, 2 septembre 2014

L'Éducation Nationale au bord du naufrage ?

Publié dans Du côté des élites
Voici que Najat Vallaud-Belkacem est placée à la tête de l'Éducation nationale, elle qui est l'emblème même de l'idéologisation à outrance de l'école. La réalité dépasse la fiction. Alors que tous appelaient à un apaisement après les tensions suscitées par l'ABCD de l'égalité et sa paradoxale suppression-généralisation, une telle nomination interpelle fortement.
Le président cherche-t-il à faire mieux passer le tournant libéral qu'il a été contraint d'opérer en économie en donnant à sa base militante une compensation sociétale (notre pauvre école étant désormais ravalée au rôle de laboratoire sociétal, cessant d'être une institution consacrée à l'instruction des citoyens)?
Cette nomination porte en tout cas le coup de grâce à l'Éducation nationale. Ce n'est pas que la personne du ministre soit décisive : on sait depuis longtemps que c'est une marionnette à laquelle on ne consent de pouvoir que pour autant qu'il s'exerce dans le sens souverainement déterminé par les syndicats enseignants. Mais cette décision constitue tout de même un symbole qui démoralisera à coup sûr les derniers résistants de l'intérieur qui, envers et contre toute la bêtise technocratique qui les opprimait, instruisaient jour après jour leurs élèves avec un dévouement admirable, malgré les programmes aussi mal fichus que changeants et un cadre administratif infantilisant et oppressant.
 
Il est fascinant de constater que c'est l'État lui-même, au plus haut niveau, qui aura tué l'école républicaine, en la détournant si ostensiblement de sa mission légitime qui est d'instruire. Il n'y aura pas eu besoin d'un grand complot "ultralibéral" pour venir à bout de l'école publique. Cette thèse apparaît aujourd'hui pour ce qu'elle a toujours été : un fantasme sans fondement. Non, il suffit pour assassiner l'école républicaine d'avoir des responsables politiques et administratifs ne croyant plus au devoir sacré de transmettre, comme l'a montré en 2008 Philippe Nemo dans Pourquoi ont-ils tué Jules Ferry ?
 
Rien n'est plus urgent que de sanctuariser l'école, de la préserver des querelles politiques, pour lui laisser faire son travail : transmettre la culture d'une génération à l'autre par un travail lent et humble, selon des programmes scolaires progressifs, structurés et cohérents. Les professeurs ne doivent plus être évalués sur leur docilité à l'égard de circulaires politisées mais sur le niveau académique de leurs élèves. Mais c'est bien le signal contraire qui est passé par la nomination de Najat Vallaud-Belkacem, ou par le projet de supprimer les notes ou encore par l'improbable taux de réussite record enregistré cette année au baccalauréat.
Pendant ce temps, l'école publique française agonise.
Socialement, elle est la plus inégalitaire de tous les pays de l'OCDE. Elle est aussi la plus inapte à assurer la formation des élèves les plus en difficulté, qui décrochent plus que dans les autres pays. L'OCDE tire la sonnette d'alarme, mais le gouvernement refuse d'en tirer des conséquences. Il n'y aura pas de "choc Pisa" en France malgré nos piètres performances à ce test de référence.
Aucune réforme d'envergure ne se profile, bien au contraire. Force est de constater qu'il n'y a plus rien à attendre de l'Éducation nationale. Il n'y a donc pas de raison d'immoler plus longtemps nos enfants sur cet autel au nom d'une fidélité à l'école publique, et à l'idéal qu'elle a pu incarner.
Dans un tel état de nécessité, il faut sortir des sentiers battus. Si le navire de l'Éducation nationale s'obstine à foncer dans les icebergs, il n'est point d'autre solution que de mettre à l'eau de multiples nefs. Les enfants d'abord ! C'est ce que font tous ces parents qui ont retiré cette rentrée leurs enfants de l'école publique pour le privé. Aucune lâcheté à cela, mais bien plutôt la réaction mûre et déterminée de parents qui se savent être les premiers éducateurs et responsables de leurs enfants, quoi qu'en dise le gouvernement.
 
Mais les places sont rares dans le privé, puisque l'État organise sciemment la pénurie de places en refusant de financer le développement des écoles sous contrat. Les parents sont ainsi conduits à ouvrir de nouvelles écoles libres. Soixante et une, c'est le nombre des nouvelles écoles indépendantes qui ouvriront leurs portes à la rentrée, contre trente-sept l'an dernier. Le boom des créations d'école est un signe d'espérance. Ce mouvement de la société civile n'est-il pas de bon augure sur la capacité du peuple français à se prendre lui-même en main et à innover dans le contexte de la défaillance croissante de l'État?
Paru dans Le Figaro, 1er septembre 2014

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