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CORVEZ Alain

CORVEZ Alain

Né le 24 juillet 1941
Marié  - 4 enfants

Officier supérieur (ER)
Conseiller en stratégie internationale

Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr

Conseiller en Relations Internationales au Ministère de l’Intérieur (1989-1994)
Conseiller du Général commandant la Force des Nations Unies au Sud Liban (FINUL) (1988-1989)
Commandant en second du 94éme Régiment d’infanterie motorisée (1986-1988)
Au Ministère de la Défense
     Suivi de la concurrence mondiale économique, scientifique et technique (1983-1986)
A l'Ambassade de France en Zambie (missions en Afrique australe (1980-1983)
Spécialisation en relations internationales
Carrière d’officier d’infanterie (1976-1978)

Membre du Cercle d’Etudes et de Recherches du Général Pierre Marie Gallois (+)
Membre du Forum pour le France présidé par l’ambassadeur Pierre Maillard
Vice-président du Cercle ARAMIS
Ancien Secrétaire général de la Convention de la Fondation Charles de Gaulle
Secrétaire Général de la Fondation de la France Libre

Distinctions
Chevalier de la Légion d’Honneur
Officier de l’Ordre National du Mérite
Croix de la Valeur Militaire

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Palestine et ses ennemis

Publié dans De par le monde
Palestine et ses ennemis

"On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains mêmes redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles" - De Gaulle : conférence de presse du 22 XI 1967

 
Texte pour la 6ème conférence internationale sur la Palestine organisée par New Horizon et IRIB du 12 au 18 mai 2018 à Mashad
 
Conjoncture générale
Pour l’observateur attentif des relations internationales, il est clair que nous assistons à la fin du monde unipolaire dirigé par les Etats-Unis depuis l’effondrement de l’URSS, avec l’apparition de nouvelles puissances émergentes ou ré-émergentes qui définissent un monde multipolaire, ou apolaire, ce qui revient au même.
Cet enfantement d’un monde nouveau se fait dans d’horribles douleurs du fait du refus par la puissance dominante d’accepter cette réalité, utilisant tous les moyens les plus abominables pour tenter de pérenniser son influence. Pourtant ce monde nouveau est inéluctable scientifiquement : la géographie, la démographie et la physique s’associent pour en apporter la démonstration.
Face aux tentatives dilatoires et criminelles des Etats-Unis et de ses fidèles "alliés occidentaux", au point d’en être féaux, d’empêcher le cours de l’Histoire, inversant les valeurs morales et mentant de façon éhontée, vulgaire, illogique et paradoxale sur leurs véritables intentions, nous avons la chance d’avoir en face une alliance, parfois formelle, parfois informelle et conjoncturelle, de nations qui font preuve de raison et de modestie pour répondre à la coercition immodérée du camp occidental.
 
Les BRICS s’organisent de plus en plus pour proposer un monde nouveau fait de coopération entre les états pour le développement et pour résoudre les inévitables conflits d’intérêts par la négociation et non par la guerre. L’avenir de l’humanité est là comme le disait le Général de Gaulle aux universitaires mexicains en 1966 :
 
"En effet, par-dessus les distances qui se rétrécissent, les idéologies qui s’atténuent, les politiques qui s’essoufflent, et à moins que l’humanité s’anéantisse elle-même un jour dans de monstrueuses destructions, le fait qui dominera le futur c’est l’unité de notre univers ; une cause, celle de l’homme ; une nécessité, celle du progrès mondial, et, par conséquent, de l’aide à tous les pays qui le souhaitent pour leur développement ; un devoir, celui de la paix, sont, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie."
 
La caractéristique de cet affrontement est la brutalité et la vulgarité du camp occidental, face à la modération - et souvent la subtilité - du camp qui s’oppose désormais résolument mais raisonnablement à lui et à sa négation des valeurs humaines universelles.
C’est dans cette conjoncture générale qu’il faut replacer la situation en Palestine où l’Etat créé après bien des hésitations des membres par une résolution de l’ONU en 1947 se comporte depuis en dominateur et conquérant, refusant toutes les résolutions de l’instance qui l’a créé. Son comportement envers les Palestiniens qui vivent sur leurs terres ancestrales est d’une sauvagerie seulement rendue possible par le soutien sans retenue de leur tuteur américain.
Non content de nier les droits des Palestiniens et de s’en prendre à ses voisins arabes qui contestent son arrogance, soutenu par les monarchies dictatoriales du Golfe persique liées aux Etats-Unis, Israël, atteint d’une hubris (démesure) incommensurable, s’attaque aux Perses, accusés de vouloir acquérir la bombe atomique dont il détient lui, illégalement, des centaines de têtes.
Allié ouvertement à l’Arabie Séoudite, Israël, sachant bien qu’il est incapable de battre militairement l’Iran ou le Hezbollah libanais, veut amener l’Occident, avec les Etats-Unis en tête à faire la guerre à ceux qui combattent en première ligne le terrorisme issu d’un sunnisme dévoyé à dessein et entretenu par les services américains, occidentaux, séoudiens et les monarchies autoritaires du Golfe, sans oublier la Turquie qui a changé plusieurs fois de position grâce à l’influence russe déterminante pour lui indiquer où étaient ses intérêts.
 
Avenir du monde
Devant les échecs de plus en plus marqués de la stratégie suicidaire de l’Occident sous la conduite des Etats-Unis, on peut espérer que ses dirigeants prennent conscience que leur intérêt est désormais de sortir de cette spirale de guerres perdues au Moyen-Orient et d’envisager une coopération avec le reste du monde qui constitue l’immense majorité de la population du globe et également maintenant de sa puissance économique et même bientôt militaire.
Et de lutter enfin sérieusement contre le terrorisme qui menace tout le monde.
Les déclarations de Donald Trump tout au long de sa campagne et son court discours initial après sa victoire contre toutes les forces établies en Amérique, montrent qu’il a vu et compris ces changements et qu’il voulait y remédier, même si sa dénonciation de l’Iran comme menace à la paix mondiale était, et est, une obsession récurrente erronée et sans doute inspirée par ses amis israéliens. D’où ses déclarations tonitruantes contre l’accord sur le nucléaire du 14 juillet 2015 entériné par une décision de l’ONU et donc de la communauté internationale, qu’il promet de déchirer.
Mais, depuis qu’il a été intronisé le Président de la première puissance mondiale est en lutte contre des complots multiples de forces obscures domestiques qui ne veulent pas accepter ses vues pragmatiques et le contraignent à poursuivre une politique brutale conforme à leur vision du monde. Il semble qu’il soit sur le point de se dégager de ces pressions après les divulgations récentes des activités criminelles et complotistes au plus haut niveau de l’administration, de ceux qui, parmi les Démocrates et au sein même des Républicains, veulent l’empêcher d’exercer son pouvoir comme il le souhaite.
S’il y parvient, nous pouvons espérer que ses liens avec la communauté juive l’amènent à suivre les conseils de la majorité des juifs américains qui déplorent l’influence néfaste de l’AIPAC (American Israël Public Affairs Committee) dans son soutien unilatéral aux gouvernements extrémistes d’Israël qui dénient les droits élémentaires des Palestiniens et les considèrent comme des hommes qu’on peut tuer impunément. Ces Juifs raisonnables estiment que l’intérêt des Etats-Unis, comme celui des Juifs en général, est dans une solution respectable des droits palestiniens à un état et la fin du régime d’apartheid que pratique Israël.
 
Dans un monde plus raisonnable tel que le propose les puissances qui contestent la vision américaine actuelle, les conflits d’intérêts doivent être réglés par la négociation et non par la guerre, en reconnaissant les prétentions légitimes des protagonistes. Ainsi en est-il du conflit qui ensanglante le Moyen-Orient depuis la création d’un état qui ne conçoit son existence qu’en guerre permanente contre ses voisins arabes, grâce à un soutien américain total obtenu par le financement de groupes de pression qui lui ont aussi apporté les compromissions d’Arabes trahissant délibérément leurs frères.

Envoyé par l'auteur, paru sur Geopolitiqua.ru, 24 mai 2018

Corée : coercition, dissuasion

Publié dans De par le monde
Corée : ne pas confondre coercition et dissuasion
 
La crise coréenne ne peut plus être résolue par une intervention militaire, qui ne pourrait être que nucléaire et donc apocalyptique, mais uniquement par la négociation.
 
Le niveau de technologie nucléaire atteint par la Corée du Nord ne permet plus de l’attaquer militairement sans qu’elle déclenche le feu nucléaire sur son assaillant ou son voisin du Sud, même si les arguties sur ce niveau-puissance de ses bombes, leur miniaturisation, précision des porteurs balistiques- cherchent à occulter le fait que la dissuasion nucléaire "du faible au fort" s’applique désormais inéluctablement. Kim Jong Un a parfaitement intégré ce concept que, encore aujourd’hui, certains stratèges ne semblent pas avoir assimilé.
Alain Peyrefitte dans son œuvre magistrale "C’était de Gaulle" rapporte comment le Général lui explique après l’explosion de la première bombe atomique française, qui n’était encore qu’une bombe A, le principe de la dissuasion :
"J’allais lui demander : ça ne vous fait rien de penser que vous pourriez… (Tuer vingt millions d’hommes deux heures après le déclenchement d’une agression)
Il me répond tranquillement : Précisément, nous ne les tuerons pas, parce qu’on saura que nous pourrions le faire. Et, à cause de ça, personne n’osera plus nous attaquer. Il ne s’agit plus de faire la guerre, comme depuis que l’homme est homme, mais de la rendre impossible comme on n’avait jamais réussi à le faire. Nous allons devenir un des quatre pays invulnérables. Qui s’y frotterait s’y piquerait mortellement. La force de frappe n’est pas faite pour frapper mais pour ne pas être frappé"
 
Les généraux et les stratèges américains le savent très bien, ou alors ils ne sont pas à la hauteur de leurs fonctions, mais les dirigeants et diplomates qui profèrent des menaces militaires l’ignorent ou font semblant de l’ignorer.
Les Etats-Unis auraient pu facilement soumettre à leur volonté la Corée du Nord par la coercition militaire en raison de l’immense différence de puissance en leur faveur avant que la dynastie des Kim n’atteigne pour leur pays le niveau nucléaire-si toutefois l’URSS puis la Russie, ainsi que la Chine les avaient laissé faire- mais désormais détenteur de l’arme fatale, même si loin de la parité, le petit pays ne peut plus être détruit sans déclencher des représailles insupportables pour la superpuissance.
C’est le principe de la dissuasion "du faible au fort" qui s’impose dont je rappelle la définition par le général Pierre-Marie Gallois, un des grands stratèges du vingtième siècle :
"Aussi, soudainement plongée dans l’ère de l’atome, l’opinion y a-t-elle raisonné ainsi qu’elle aurait pu rationnellement continuer de le faire dans le cycle classique. Elle pensait coercition, alors qu’il s’agissait de dissuasion. Elle comparait numériquement les forces en présence alors qu’il eût fallu qu’elle évaluât les dommages dont aurait souffert le plus fort, quelle que fût sa puissance, s’il s’en était pris à l’existence du plus faible."
 
Le Président Donald Trump avait montré au cours de sa campagne électorale une compréhension très grande des nouveaux équilibres mondiaux et annoncé qu’il voulait mettre fin à l’idée que les Etats-Unis devaient dicter leurs conduites à tous les états du monde, au prix de guerres coûtant trop cher en vies humaines et en argent, reprochant à l’administration précédente d’avoir jeté la Russie dans les bras de la Chine par une politique stupidement hostile, allant même jusqu’à dire au début de son mandat qu’il était prêt à parler avec Kim Jong Un. Mais on a vu que sur ce sujet comme sur bien d’autres, Russie, Afghanistan, Syrie, Chine, repris en main par le puissant complexe militaro-industriel dont  le Président Eisenhower disait le 17 janvier 1961 au moment de quitter sa présidence qu’il était un danger mortel, il a dû rentrer dans le rang pour mener la politique que "l’état profond" américain considère comme indispensable à  la suprématie de la première puissance militaire mondiale, dont l’économie est maintenant défiée par des puissances asiatiques. Il serait intéressant de savoir comment ces pressions s’exercent sur la direction de ce grand pays ami de la France depuis sa naissance, surtout dans les moments de crise, pour empêcher son gouvernement de mener une politique clairvoyante et raisonnable pour le monde et bénéfique "in fine" aux Etats-Unis eux-mêmes.
 
La Corée du Nord a atteint le niveau d’invulnérabilité que lui confère la détention de l’arme absolue, affirmant même sa maîtrise de la bombe à hydrogène comme le montre son dernier essai souterrain. Les sanctions ne l’ont pas empêché de progresser technologiquement, et même économiquement de façon modérée.
Ce n’est donc pas par ce moyen que quiconque pourra amener le pays à renoncer à l’arme de la souveraineté et de l’invulnérabilité, Kim Jong Un ayant en mémoire, en outre, le sort que les Etats-Unis ont réservé à Saddam Hussein et Kadhafi qui ne pouvaient résister à l’immense supériorité militaire américaine qui a pu exercer la coercition en l’absence de toute dissuasion. Le chef emblématique de la Corée du Nord ne correspond sans doute pas à la caricature qu’en font les journalistes occidentaux : loin d’être imprévisible, il applique une politique obstinée de souveraineté nationale dans laquelle il a grandi et s’est formé à l’imitation de son grand-père et de son père, intégrant maintenant la nouvelle puissance que ses aïeux ne possédaient pas mais ont travaillé à obtenir, et manie avec efficacité le concept de la dissuasion. Il cherche à préserver son pays d’un sort qui lui serait imposé de l’extérieur mais n’envisage pas de détruire la Corée du Sud et les milliers d’Américains qui s’y trouvent et ne présente donc pas une menace existentielle pour les Etats-Unis.
 
Pourtant une négociation est possible avec le gouvernement du Nord qui ne fait qu’assurer sa survie et n’entend pas convertir le Sud au communisme. Le nouveau Président Moon avait d’ailleurs indiqué sitôt après son élection qu’il était prêt à discuter avec Kim Jong Un pour avancer dans la normalisation de leurs relations. L’avenir de la péninsule est évidemment d’être un jour réunie : la question est de savoir par quelles modalités et sous quelle forme entre les deux entités si différentes politiquement mais si proches humainement. Une chose est certaine, c’est par le dialogue et la diplomatie que l’objectif doit être poursuivi, et non par une action militaire qui serait catastrophique pour la région et même pour la planète entière.
La Chine, au premier rang, peut et a intérêt à aider à ce règlement diplomatique, de même que la Russie. Les liens de ces deux grands pays avec la Corée du Nord sont anciens et connus des spécialistes qui peuvent disserter longtemps sur les aides qu’ils lui ont apporté autrefois dans les domaines scientifique et économique, directement ou par l’intermédiaire de pays tiers comme le Pakistan ou l’Ukraine, en d’autres circonstances, mais tous les deux ont intérêt à ramener le calme dans la région. Ce calme doit évidemment s’accompagner d’une diminution de la présence militaire américaine qui présente une menace toute proche pour plusieurs pays de la région, en tout premier lieu pour la Chine.
L’avenir n’est pas dans la résolution des différends par la coercition militaire mais par le dialogue prenant en compte les intérêts stratégiques et économiques raisonnables des acteurs régionaux. Les BRICS, avec les projets de développement inclus dans la nouvelle route de la soie proposent une participation "gagnant-gagnant" à ceux qui le souhaitent, sans domination de l’un ou de l’autre mais en proportion de l’investissement apporté. Ce projet économique mondial ne peut aboutir si certains pays se trouvent soumis à une menace militaire à ses frontières.
Envoyé par l'auteur, 5 septembre 2017

La conférence de Téhéran 2017

Publié dans De par le monde
Quel Etat stable, cohérent, paisible et viable peut s’établir de la Méditerranée au Jourdain ?
 
Réflexions inspirées par la Conférence internationale de Téhéran sur la Palestine des 21 et 22 février 2017.

L’état d’Israël : un état de fait
Nul n’est besoin d’être grand exégète du général de Gaulle pour savoir qu’il considérait comme une erreur la création en 1948 de l’état d’Israël, décidée à New-York après bien des difficultés et des hésitations par les grandes puissantes gagnantes de la guerre mondiale toute récente, fin 1947, création résultant des abominables persécutions que la barbarie nazie avait déployée contre les Juifs - et d’autres minorités considérées elles aussi comme inférieures et nuisibles. Mais cet état de fait regrettable à ses yeux devait être respecté puisque résultant d’une décision de l’ONU, seule instance internationale justifiée, même s’il l’appelait "le machin".
"On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains mêmes redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles."
Lors de cette conférence de presse à l’Elysée du 27 novembre 1967, il dira plus loin qu’il avait dit aux amis arabes de la France qu’ils ne devaient pas remettre en question cet état de fait en attaquant les premiers Israël. Il l’avait dit également aux dirigeants israéliens. "La France considèrerait comme agresseur celui qui tirerait le premier."
Et la guerre est venue par l’attaque israélienne de juin 1967 ; le Général a alors des mots implacables pour dénoncer Israël :
"Israël ayant attaqué, s’est emparé, en six jours de combat, des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant, il organise, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour, il qualifie de terrorisme."
 
Rappelons que la résolution 181 de l’ONU décidant la création de l’état d’Israël n’a été acceptée que le 29 novembre 1947 après plusieurs tentatives infructueuses dont la première datait de septembre 1947, les votes favorables des Etats étant insuffisants. Sous les pressions des Etats-Unis, huit Etats, dont la France, ont changé leur vote en quatre jours du 25 au 29 novembre.
 
Une imposante conférence qui fera date
Les 21 et 22 février 2017, 700 responsables politiques et spécialistes de 80 pays d’Amérique du Sud, d’Europe, d’Afrique, d’Inde, de Chine, de Russie, parmi lesquels 22 présidents de parlements ont débattu dans l’immense Centre de conférences internationales de Téhéran du présent et de l’avenir de la lutte pour les droits des Palestiniens à avoir un état sur la terre de leurs ancêtres.
De façon lancinante me revenait la confidence que m’avait faite le général Pierre-Marie Gallois, un des plus grands stratèges d’après-guerre, dans les années 90. Me prenant à part lors d’une réunion sur la question yougoslave, sachant que je revenais d’un voyage au Moyen-Orient, il me dit en substance : "Il n’y a pas de solution durable à deux Etats au conflit israélo-arabe, car ils seraient en permanence en belligérance, larvée ou pas ; et pour des raisons démographiques, historiques, géographiques, politiques, cet Etat ne peut être que l’Etat palestinien, avec des garanties de sécurité pour les populations juives historiques."
Introduits par un discours magistral du Guide Suprême de la Révolution Islamique, Ali Khamenei, dirigés par le Président du Parlement iranien, Ali Larijani, conclus par le Président Rouhani accompagné de plusieurs ministres dont le Ministre des AE, M. Zarif, les débats ont été intenses et riches.
 
Unifier la Résistance et refuser la compromission
Si les différents orateurs ont apporté chacun leur sensibilité sur le sujet, et des propositions pour l’avenir, le sentiment général qui émane des interventions est la nécessité impérieuse d’unifier la Résistance en oubliant les rivalités internes pour s’entendre sur l’essentiel de la stratégie de lutte contre l’ennemi, excluant tout essai d’entente avec l’occupant. L’essai de négociation avec la puissance occupante a montré son inanité depuis les accords d’Oslo qui n’ont fait que faciliter la négation des droits les plus élémentaires des Palestiniens et l’annexion renforcée de terres.
Le discours introductif du Guide a fait ressortir avec une logique implacable les fondements du sujet et comment "la question de Palestine peut et doit être le pivot de l’unité de tous les pays islamiques." Il a affirmé que la troisième intifada était fortement réprimée mais remportait des succès en laissant augurer la victoire finale, car l’ennemi devait affronter la réprobation de pays de plus en plus nombreux. Il a stigmatisé la politique de compromis avec l’occupant qui a eu des effets destructeurs sur la Résistance en la divisant. Seule l’intifada est légitime face à l’injustice car le compromis tend à justifier la présence de l’occupant. La Résistance, depuis le début a remporté des victoires grâce à ses alliés comme le Hezbollah libanais, l’Iran et tous les groupes impliqués comme le Jihad Islamique, le Hamas, le Fatah ou le FPLP. La Résistance doit dépasser les divergences entre pays arabes et islamiques, ou les divergences nationales, ethniques ou confessionnelles qui existent dans certains pays. "Notre position sur la Résistance", a-t-il dit, "est une position doctrinale qui n’a rien à voir avec un groupe particulier."
Il indiquait par-là que les divisions instillées par l’ennemi entre chiisme et sunnisme, ou entre tendances religieuses ou culturelles devaient s’effacer devant le but ultime de libération de la Palestine. L’Unité nationale sur la base d’un plan djihadiste est une nécessité nationale pour la Palestine a-t-il martelé.
"Cette conférence peut-être un modèle pour tous les musulmans et toutes les nations de la région et les aider à contrôler leurs divergences en s’appuyant sur leurs points communs."
 
Il serait trop long de rapporter les nombreuses interventions pourtant souvent très enrichissantes car apportant une sensibilité différente venue d’Asie, d’Afrique, des Amériques ou d’Europe, le sentiment général étant pour dénoncer le refus d’Israël de respecter les résolutions internationales et les droits des Palestiniens et d’appeler à l’unité de la Résistance en oubliant les divergences culturelles ou confessionnelles.
Aucun parlementaire français n’avait fait le déplacement.

Le Président du Parlement libanais, Nabih Berri a eu un franc succès du fait de son habituelle aisance oratoire pour convaincre son auditoire, énonçant des propositions concrètes pour donner une suite à ces deux jours de rencontres :
1 - Si les Etats-Unis mettent à exécution leur intention de transférer à Jérusalem leur capitale, que tous les pays qui soutiennent la Résistance ferment leur ambassade à Washington.
2 - Insistant, lui aussi, sur l’impérieuse nécessité de l’unité du front de résistance, il suggère que cette conférence assure le suivi de cette résolution.

Le Président du Parlement iranien, Ali Larijani, le remerciera pour ces suggestions et lui demandera de bien vouloir assurer ce suivi : un centre de coordination pourrait s’installer à Damas ou Beyrouth.
Le président du Parlement irakien, Salim Al Jabouri, insistera sur les crimes commis par Israël contre les Palestiniens et sur le fait que la résistance en Palestine est une cause commune.
Un représentant du Front Démocratique de Libération de la Palestine FDLP insiste à son tour sur la nécessité de l’unité des différents mouvements de résistance et propose d’établir un comité de suivi logistique des prises de décisions de la conférence, dont le secrétariat pourrait être à Téhéran.
Abou Ahmad Fouad, Directeur Général du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine), dénoncera particulièrement les accords d’Oslo qui reconnaissaient le gouvernement sioniste.
Ahmed Jibril, du FPLP (CG), Front Populaire de Libération de la Palestine, Commandement Général, remarque qu’un nouveau Front de Résistance réclamé par certains est inutile puisqu’il existe depuis 30 ans, constitué par le Hezbollah et l’Iran et que ceci indique qu’il y a union de destins entre chiites et sunnites. Il propose la création d’un fonds islamique pour empêcher l’achat des terres palestiniennes.
L’Ayatollah Amoli Larijani (frère du Président Ali Larijani), président du pouvoir judiciaire iranien, insiste aussi sur l’universalité de la cause palestinienne, qui concerne en tout cas tout l’islam, et sur l’arrogance de l’Occident qui met partout en avant les droits de l’homme mais soutient Israël qui y contrevient journellement. La Palestine est une cause qui comporte une surface – les territoires occupés- et une profondeur - la confrontation des idéologies, sionisme contre l’islam monothéiste - s’appuyant sur la force des Etats-Unis ; il cite Fukuyama et sa théorie de la fin de l’Histoire avec la fin de l’URSS, qui fait adopter à l’Occident les thèses sionistes contre l’islam. L’Islam appelle à la paix mais en restant vigilant face aux menaces. La République Islamique d’Iran est un exemple de fermeté face à l’outrecuidance de l’Occident qui l’accuse de vouloir fabriquer des armes atomiques alors qu’il soutient les exactions d’Israël qui a l’arme atomique.
Deux rabbins antisionistes étaient parmi les délégués et ont participé aux travaux des commissions de cette conférence.
En conclusion de ces deux jours, Ali Larijani dénoncera les crimes contre l’humanité commis par Israël et affirmera que les débats ont montré que la Palestine est une cause commune à tous les pays musulmans et au-delà, à tous les hommes épris de justice et de liberté.
 
Conclusion
Les arguties diplomatiques concernant la solution du conflit israélo-palestinien sur un ou deux états me paraissent depuis longtemps hors de propos ; cette conférence internationale m’a convaincu qu’un front puissant se constitue pour orienter les diplomates raisonnables vers la seule création d’un état palestinien sur l’ensemble des territoires concernés qui assurerait des garanties aux populations juives ayant des droits justifiés pour vivre dans cet état.
Il est clair, comme me le disait le général Gallois que la coexistence pacifique de deux Etats est devenue impossible après 70 ans d’accumulations de haines qui alimentent d’ailleurs l’antisémitisme dans le monde, au grand dam de nombreux de mes amis juifs. Il semble que les extrémistes qui sont au pouvoir à Tel Aviv se permettent depuis l’origine toutes les atteintes aux droits fondamentaux des Palestiniens parce qu’ils ont eu jusqu’ici le soutien de la plus grande puissance du monde, où l’influence de leur diaspora est déterminante.

Mais le monde a changé, les Etats-Unis sont affaiblis pour diverses raisons et de nouvelles puissances mondiales rivalisent avec eux. Ils doivent s’adapter à ce nouveau monde et, bien que le nouveau Président américain reste parfois énigmatique dans ses projets, il a clairement l’idée de sortir du système figé qui dirige les EUA, comme il l’a annoncé dans sa campagne, ce qui l’a fait élire, et veut adapter son pays aux nouvelles donnes internationales. Car c’est un entrepreneur qui n’est pas prisonnier des idéologies mais raisonne sur les réalités : les liens avec Israël que nous lui connaissons, liés à son pragmatisme, peuvent l’aider à prendre des décisions radicalement différentes de ses prédécesseurs, ne serait-ce que pour mettre un terme à l’hostilité récurrente de nombreuses populations du monde qui reprochent aux Etats-Unis de soutenir des tyrans ou des injustices. Les liens de ses services avec DAESH sont désormais de notoriété publique et il arrivera à comprendre que l’Iran qu’il invective n’est pas à confondre avec les terroristes islamistes mais qu’il est au contraire un pays essentiel et au premier rang dans la lutte contre cette plaie mondiale.
Il est possible enfin que de nombreux juifs américains qui ne partagent pas les vues de l’influent AIPAC (American Israëli Public Affairs Committee), qui sont très nombreux et lassés de soutenir une cause qui dessert autant Israël que les Etats-Unis, amènent le Président Trump à comprendre que les intérêts des Etats-Unis ne se confondent pas avec ceux d’un Israël "sûr le lui-même et dominateur" qui développe l’exécration contre eux.
 
(1) On peut accéder au texte intégral de la conférence de presse du 27 novembre 1967 à l’Elysée du général de Gaulle sur le site de la Fondation Charles de Gaulle : www.charles-de-gaulle.org/
(2) On pourra lire sur Google une analyse de la vision du général de Gaulle sur le sujet telle qu’elle apparaît dans sa conférence de presse du 27 novembre 1967, que j’ai écrite en 2006 :
 

De Gaulle et sa vision du Proche-Orient - Impérialisme, Terrorisme, Islamisme - Analyse par Alain Corvez

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