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CORVEZ Alain

CORVEZ Alain

Né le 24 juillet 1941
Marié  - 4 enfants

Officier supérieur (ER)
Conseiller en stratégie internationale

Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr

Conseiller en Relations Internationales au Ministère de l’Intérieur (1989-1994)
Conseiller du Général commandant la Force des Nations Unies au Sud Liban (FINUL) (1988-1989)
Commandant en second du 94éme Régiment d’infanterie motorisée (1986-1988)
Au Ministère de la Défense
     Suivi de la concurrence mondiale économique, scientifique et technique (1983-1986)
A l'Ambassade de France en Zambie (missions en Afrique australe (1980-1983)
Spécialisation en relations internationales
Carrière d’officier d’infanterie (1976-1978)

Membre du Cercle d’Etudes et de Recherches du Général Pierre Marie Gallois (+)
Membre du Forum pour le France présidé par l’ambassadeur Pierre Maillard
Vice-président du Cercle ARAMIS
Ancien Secrétaire général de la Convention de la Fondation Charles de Gaulle
Secrétaire Général de la Fondation de la France Libre

Distinctions
Chevalier de la Légion d’Honneur
Officier de l’Ordre National du Mérite
Croix de la Valeur Militaire

URL du site internet:

Avec les BRICS, ...

Publié dans De par le monde
Avec les BRICS, pour un système gagnant-gagnant

Au moment où la politique monétaire de l’Union Européenne est au bord de l’éclatement, et sans doute aussi sa construction politique technocratique, parce qu’elle a été basée dès le départ sur des postulats faux, inspirés uniquement par l’idéologie supranationale qui prévaut depuis les origines et que seule la période gaulliste avait contrariée un temps, il est bon de s’interroger sur les raisons profondes de ces échecs désormais patents qui ont engendré désindustrialisation et chômage dans la plupart des pays qui composent ce malheureux ensemble de nations.
 
L’idéologie absolument libérale dont le principe est inscrit dans le marbre des traités européens vise à supprimer tous les obstacles au commerce en permettant une "concurrence libre et non faussée", c’est-à-dire à supprimer les frontières et les particularismes culturels du continent.
Il s’agit de créer un glacis européen entièrement ouvert aux prédateurs de la finance internationale, dont les donneurs d’ordres sont à la City et à Wall Street, glacis qui empêche ainsi la naissance d’une Europe politique qui serait nécessairement une rivale des Etats-Unis et devrait évidemment se rapprocher de la Russie, économiquement et stratégiquement.
On voit bien que la Commission prépare en secret et sans consulter les Etats la signature avec le Canada et les Etats-Unis de traités transatlantiques qui entérineraient cet assujettissement. Heureusement des voix s’élèvent depuis peu en France, à l’Assemblée Nationale et au Sénat pour dénoncer cette forfaiture et des propositions de lois sont déposées dans ce sens.
 
Cette idéologie a pu s’exprimer grâce à une fausse idée des réalités qui suivirent le dernier conflit mondial : l’horreur de la guerre a fait croire qu’on pouvait se prémunir contre son retour par une entente de type fédéral entre les états européens  supprimant les égoïsmes nationaux. Ainsi, d’après ses thuriféraires, l’UE aurait imposé la paix en Europe, alors que la vérité est absolument inverse : c’est parce que les Etats européens n’avaient plus  de raison et d’envie de se faire la guerre que les idéologues de l’Europe supranationale ont pu faire avancer leur projet. Mais les grandes réussites industrielles européennes ne doivent rien à cette UE et tout à des accords entre Etats qui ont mis en commun leurs projets pour avancer, notamment dans l’aéronautique et l’espace, préservant leurs intérêts nationaux en s’alliant à ceux qui pouvaient les partager.
 
Imprégné de philosophie humaniste et chrétien convaincu, le Général de Gaulle avait une immense culture et son intelligence hors du commun lui faisait envisager l’avenir de la France au sein de l’humanité tout entière. Il rappelait à tous les pays du monde qu’il visitait que la valeur suprême était la personne humaine et qu’il fallait d’abord la respecter, quelles que soient sa race et sa culture. Il répétait partout qu’il fallait respecter le droit des peuples à disposer eux-mêmes de leur destin et que le devoir des plus forts était d’aider les plus faibles, de même que les majorités devaient prendre en compte les droits légitimes des minorités.
C’est pourquoi il était acclamé par les foules en Asie, en Amérique Latine, en Afrique quand il dénonçait la politique des blocs et des impérialismes. Nul doute qu’il a été un promoteur de l’idée d’un nouvel ordre mondial s’inspirant de ces principes et qu’il a appelé, à une époque où régnait l’équilibre de la terreur nucléaire, à l’établissement  entre tous les peuples de la terre de relations respectueuses des particularismes nationaux, appelant les plus forts  à aider les plus faibles.
 
En 2007 à Munich, le Président Poutine avait fait un discours remarquable lors d’une réunion de l’OSCE, affirmant qu’un nouvel équilibre du monde se mettait en place avec la fin des hégémonies et qu’il fallait s’y adapter. Il ajoutait que la démocratie devait s’imposer partout mais qu’elle devait respecter les différences de races, de cultures et d’opinions et qu’elle ne consistait pas à l’oppression de la ou des minorités par une majorité autoritaire et dominatrice mais à la prise en compte de l’ensemble des aspirations des populations.
Plus récemment, une résolution des Nations Unies a appelé la communauté internationale à s’engager dans de nouveaux rapports entre les Etats reconnaissant  les différences mais les respectant, invitant les nations à défendre leurs intérêts justifiés avec modération et à rejeter les extrémismes porteurs de violence. Cette résolution n° A/RES/68/127, adoptée par l’Assemblée Générale le 18 décembre 2013 encourage les nations à défendre leurs intérêts avec modération par le dialogue et le respect des différences  afin de bâtir "un monde contre la violence et l’extrémisme", ainsi que l’avait proposé le Président iranien Rouhani lors de son discours à la 68ème session de l’ONU le 24 septembre 2013, initiateur de cette résolution.
Il faut noter le peu d’écho que cet important évènement a eu dans les médias occidentaux.
 
De même, les différents accords de coopération que les BRICS et d’autres Etats d’Asie, d’Amérique Latine, d’Afrique, concluent pour organiser leurs échanges économiques, politiques et stratégiques sont peu ou pas rapportés en Occident qui doit trouver ces ententes dirigées contre lui et cherche à minimiser leur importance. Pourtant ces accords n’ont d’autre but que de résister à la domination du système dollar dirigé par les Etats-Unis et proposent à tous ceux qui y verraient un intérêt de se joindre à eux dans un système "gagnant-gagnant".
Alors qu’elle pourrait se joindre à ces efforts pour organiser un nouveau monde plus harmonieux, la superpuissance américaine y voit une activité hostile  et s’efforce de construire des alliances opposées, en Asie où elle cherche à contrer la Chine et son "collier de perles" , aux Amériques en créant un marché commun américain, en Europe en voulant nous lier par des traités léonins. Mais elle va plus loin en alimentant des tensions guerrières partout dans le monde qui ont pour but de pérenniser sa tutelle sur de nombreux pays.
L’arme nucléaire étant détenue par les protagonistes des camps qui s’affrontent ainsi, l’inquiétude ne peut que grandir chez les amoureux de paix lorsqu’on observe ses positions belliqueuses, comme en Ukraine où elle veut forcer la main aux Européens qui réalisent enfin la proximité du danger de l’affrontement avec la Russie et semblent chercher une issue honorable pour tous. Ce qui se passe au Moyen-Orient à feu et à sang serait trop long à décrire ici mais les experts savent l’origine des terroristes islamistes et comment cette engeance de mort a servi jusqu’ici les intérêts des Etats-Unis et d’Israël, qui n’ont toujours pas abandonné l’idée de renverser le pouvoir légal en Syrie avec ces mercenaires fanatisés.
 
Pourtant, le deuxième mandat du Président Obama avait soulevé des espoirs que j’avais indiqués dans un article publié par la Revue Défense nationale (1) où je mentionnais les déclarations encourageants de Chuck Hagel, encore simple Sénateur du Nebraska avant qu’il ne prenne ses fonctions à la Défense.
 
Il faut donc promouvoir les accords économiques et stratégiques avec le monde multipolaire qui n’est plus une chimère mais une réalité qui se renforce chaque jour, accords "gagnant-gagnant" qui apporteront à notre planète l’harmonie de relations équilibrées, où les inévitables conflits d’intérêts seront résolus par le dialogue et la conciliation en affirmant : "la paix est toujours possible", au lieu de "l’option militaire est sur la table."
Notre continent européen doit organiser des échanges constructifs avec son bassin méditerranéen et son proche et moyen Orient,  et se tourner vers son extrême orient asiatique pour lequel la Russie est la passerelle incontournable. La Chine, dont la puissance économique et stratégique croît patiemment mais inexorablement, dans un tel système "gagnant-gagnant" ne doit pas être regardée comme une menace  mais comme un partenaire qui a besoin de se fournir en sources d’énergie qui lui font défaut et avec laquelle on doit équilibrer nos échanges.
 
En conclusion, voici quelques citations du Général de Gaulle qui attestent  qu’il est le précurseur de la promotion de cet état d’esprit, à une époque où pourtant les rapports de force dans le monde laissaient peu de chances à l’établissement d’ententes cordiales entre tous les états du monde :
 
Discours prononcé à l’Assemblée consultative au sujet de l’organisation du monde après la victoire finale sur l’Allemagne (22 novembre 1944) :
"Si nous sommes devenus plus attentifs que naguère aux réalités pratiques, nous nous déclarons toujours fidèles à cette conception morale et humaine de la politique en vertu de laquelle chaque peuple, s’il est capable de porter la charge de la liberté, a le droit strict de le faire pourvu qu’il n’en use pas pour nuire aux autres.
… Nous considérons que dans le monde, tel qu’il évolue, c’est-à-dire de plus en plus réduit dans ses dimensions, aussi bien pour ce qui concerne les échanges de la paix que pour les actions de la guerre, les droits de chacun intéressent les droits des autres."
 
S’adressant  aux universitaires mexicains  lors de son voyage au Mexique en mars 1964, il leur délivra ce message philosophique et politique, d’une frappante actualité cinquante ans après, démontrant une fois encore l’immense visionnaire qu’il était :
"En effet, par-dessus les distances qui se rétrécissent, les idéologies qui s’atténuent, les politiques qui s’essoufflent, et à moins que l’humanité s’anéantisse elle-même un jour dans de monstrueuses destructions, le fait qui dominera le futur c’est l’unité de notre univers ; une cause, celle de l’homme ; une nécessité, celle du progrès mondial, et, par conséquent, de l’aide à tous les pays qui le souhaitent pour leur développement ; un devoir, celui de la paix, sont, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie."
 
Conférence de presse à l’Elysée le 9 septembre 1965 :
" .… C’est ainsi que, tenant pour bon qu’un système international aménage les rapports monétaires, nous ne reconnaissons à la monnaie d’aucun Etat en particulier aucune valeur automatique et privilégiée par rapport à l’or, qui est,  qui demeure, qui doit demeurer, en l’occurrence, le seul étalon réel. C’est ainsi qu’ayant été, avec quatre autres puissances, fondateurs de l’ONU et désirant que celle-ci demeure le lieu de rencontres des délégations de tous les peuples et le forum ouvert à leurs débats, nous n’acceptons pas d’être liés, fût-ce dans l’ordre financier, par des interventions armées contradictoires avec la Charte et auxquelles nous n’avons pas donné notre approbation. D’ailleurs, c’est en étant ainsi ce que nous sommes que nous croyons le mieux servir, en définitive, l’alliance des peuples libres, la communauté européenne, les institutions monétaires et l’Organisation des nations Unies… En effet l’indépendance ainsi recouvrée permet à la France de devenir, en dépit des idéologies et des hégémonies des colosses, malgré les passions  et les préventions des races, par-dessus les rivalités et les ambitions des nations, un champion de la coopération, faute de laquelle iraient s’étendant les troubles, les interventions, les conflits,  qui mènent à la guerre mondiale.

… La même entente des mêmes puissances qui ont les moyens de la guerre et de la paix est, pour la période historique que nous traversons, indispensable à la compréhension et à la coopération que le monde doit établir entre toutes ses races, tous ses régimes et tous ses peuples, à moins d’aller, tôt ou tard à sa propre destruction. Il se trouve, en effet, que les cinq Etats, dont dépend en définitive le destin de l’Asie du Sud-Est et qui, d’ailleurs, sont ceux qui détiennent les armes atomiques, ont fondé en commun, il y a vingt ans, l’Organisation des nations Unies pour être les membres permanents de son Conseil de sécurité. Ils pourraient demain, s’ils le voulaient, et dès lors naturellement qu’ils y seraient ensemble, faire en sorte que cette institution, au lieu d’être le théâtre de la vaine rivalité de deux hégémonies, devienne le cadre où serait considérée la mise en valeur de toute la terre et où s’affirmerait, par là, la conscience de la communauté humaine. Il va de soi qu’un tel projet n’a actuellement aucune chance de voir le jour. Mais s’il devait jamais apparaître que le rapprochement, puis l’accord, des principaux responsables du monde fussent possibles à cette fin, la France serait, pour sa part, toute disposée à y aider."

Séminaire de l’Institut Schiller le 10 février 2015 à l’Espace Trinité
________________________
(1) Article publié par la RDN  laissant espérer un changement de la politique des Etats-Unis.
Extrait : Nouvelle politique américaine.
 
La nouvelle équipe dirigeante que le Président Obama s’est choisi, John Kerry aux Affaires étrangères et Chuck Hagel à la Défense, veut adapter l’Amérique à ce nouveau monde. Ils ont clairement indiqué que les EU ne doivent plus intervenir militairement pour régler les crises, ce qui coûte trop cher en dollars et en vies humaines,  mais s’efforcer d’y parvenir par la négociation.
En mai 2012, avant même d’être envisagé par Obama comme futur responsable de la Défense, Chuck Hagel avait donné un entretien dont  j’ai traduit ce passage révélateur :
"L’Amérique doit faire davantage pour établir un nouvel ordre mondial qui tienne compte de l’émergence de nouvelles puissances mondiales, en s’engageant activement dans la réforme et la promotion d’organisations et de structures multilatérales.
Cela ne signifie pas que nous soyons d’accord avec tout le monde mais nous devons nous ajuster aux réalités de ces nouvelles puissances. Nous devrions accepter ce fait et diriger le changement parce que c’est notre intérêt, exactement comme Truman et Eisenhower l’ont fait…
Le déclin américain n’est pas inévitable, mais la capacité de nous en protéger ou de l’éviter est dans nos mains. Ce discours stupide sur l’Amérique qui serait dépassée par l’histoire, ce n’est pas à cause de la Chine ou du Brésil ou de l’Inde. Si cela se produit ce sera parce que nous l’aurons laissé arriver.  C’est à nous de voir."
 
Au sujet de la Syrie il disait :
"Le monde s’oriente vers une diversité des structures du pouvoir dans laquelle les Etats-Unis ne sont plus l’unique et inégalée superpuissance. Ceci, combiné  aux problèmes internes du pays et au désir des Américains d’en finir avec une décade de guerre, indique clairement la nécessité d’une solution diplomatique en Syrie.  
Nous devons absolument comprendre les limites des grandes puissances. Il y a tellement de variables incontrôlables en jeu en Syrie et au Moyen-Orient. Il faut travailler avec les institutions multilatérales disponibles, l’ONU, la Ligue Arabe. La dernière chose qu’on souhaite serait une invasion en Syrie dirigée par l’Amérique ou l’Occident."
Dans le même entretien, Chuck Hagel insistait sur la nécessité d’une solution négociée de la crise iranienne. (A. Corvez, avril 2013)
 
Extrait de : La crise syrienne : révélateur tragique de la naissance du nouvel ordre mondial (A. Corvez, octobre 2012, publié par la RDN)
Le "politiquement correct" que dénonçait le rapport du Sénat, le conformisme idéologique sont à bannir si la France veut retrouver une réflexion stratégique en prise sur un monde en mutation ; demain nos intérêts énergétiques, commerciaux, stratégiques seront davantage dans une coopération avec la Russie qu’avec l’Amérique. Cette dernière restera encore longtemps la première puissance économique et militaire du monde mais elle sait bien qu’elle devra partager avec de nouvelles puissances, en Asie où elle s’organise activement pour endiguer les ambitions chinoises, en Europe où la Russie lui indique chaque jour que l’entente n’entraîne pas pour autant la vassalisation et où il est inéluctable que tôt ou tard nous devrons construire un partenariat avec elle, à commencer à propos de l’Asie Centrale, en Amérique latine qui s’émancipe de plus en plus de sa tutelle, enfin en Afrique où elle a installé des structures permanentes de contrôle mais où elle ne dispose pas de l’expertise française ancienne et semble parfois aveugle. Au moment où l’Union Européenne s’essouffle à chercher des solutions aux crises successives qu’elle traverse, ne parvient pas à avancer dans l’élaboration d’une défense commune parce que les états préfèrent s’en remettre à l’Amérique par le biais de l’Otan, ni à harmoniser vingt-sept économies différentes, où les peuples manifestent de plus en plus leur hostilité à une réglementation qui les atteint désormais dans leurs modes de vie, où les Britanniques se félicitent de ne pas être dans la zone euro et envisagent même de sortir de l’Union, une réflexion stratégique dynamique et novatrice est indispensable et devra s’imposer au politique confronté aux impasses dans lesquelles il s’est progressivement mais obstinément engagé.

Daesh

Publié dans De par le monde
DAESH est-il devenu l’ennemi n° 1 des Etats-Unis ?
 
Le monde dans lequel nous vivons, avec le développement inouï des moyens de télécommunication, est désormais dirigé par l’information qui décide du bien et du mal et oriente les choix des citoyens.
Les forces qui possèdent les médias, essentiellement la finance internationale, sont en mesure de justifier les politiques menées par les Etats, leurs interventions militaires étant présentées comme nécessaires à la défense de la démocratie et des droits de l’homme, dissimulant sous de faux prétextes moraux les ambitions stratégiques des grandes puissances.
 
Les citoyens désormais ont de plus en plus le sentiment, en France et en Europe, que leurs votes n’influent pas sur la direction des affaires qui semble dépendre de forces obscures qui les dépassent. D’où le champ libre laissé aux solutions extrêmes.
La démocratie est pervertie par les pouvoirs des médias qui mettent sur le devant de la scène ceux qu’ils ont élus avant le vote et écartent les indésirables. Un rejet des politiques traditionnels, de gauche comme de droite dont la distinction devient de plus en plus ténue, se fait jour dans l’opinion qui paraît désemparée et cherche une issue sans la trouver, sinon dans des programmes irréalistes ou sectaires. Le drame vient de l’incapacité des responsables politiques à se remettre en question, quelles que soient leur intelligence et leur culture, car le système a fabriqué un carcan intellectuel dont ils ne peuvent sortir sans briser leur carrière.
Il en est de même en politique internationale où les médias sont aux ordres des pouvoirs pour justifier dans l’opinion une stratégie décidée sous influence. En dehors de quelques exceptions ridiculisées par les médias, aucune voix audible ne s’est élevée dans la classe politique en France pour dénoncer le retour dans l’organisation militaire de l’OTAN qui, pourtant, nous privait de notre indépendance diplomatique, et presque tous acceptent les décisions de Bruxelles allant dans le même sens comme la signature de traités transatlantiques contraire aux intérêts des Européens. Je ne détaillerai pas l’absurde de notre politique antirusse pour accompagner l’offensive américaine visant à affaiblir notre immense voisin européen, alors que tout devrait nous pousser à nous rapprocher de lui pour construire une coopération économique et stratégique en direction de l’Asie.
 
Pour parler de la situation en Irak et en Syrie où des crimes atroces sont commis tous les jours, j’ai voulu prendre un peu de recul pour remonter aux origines de ces situations désastreuses et les replacer dans une géopolitique internationale plus vaste, car nous sommes en réalité dans l’affrontement entre les intérêts stratégiques de puissances régionales et mondiales en compétition.
Mais avant d’essayer de tracer un tableau des facteurs qui nous ont amené à la situation en réalité paradoxale où nous sommes arrivés, je voudrais vous citer l’observation d’un philosophe italien contemporain qui m’avait frappé lors de la conférence de Carême qu’il avait prononcée à ND de Paris en 2009. Il réfléchissait à la notion du temps, au sens du chronos grec et constatait son impact sur notre civilisation.
Rassurez-vous, je ne vais pas vous infliger un cours de philosophie mais l’extrait que je vais citer me semble essentiel, même s’il faut s’accrocher pour comprendre car ce n’est pas le style ni le sujet d’un roman de gare et vous ne direz pas "merci pour ce moment" !
 
"Au fur et à mesure que la perception de l’économie du salut dans le temps historique s’estompe dans l’Eglise, on voit l’économie étendre sa domination aveugle et dérisoire sur tous les aspects de la vie sociale.
Du même coup, l’exigence eschatologique que l’Eglise a délaissée revient sous une forme sécularisée et parodique dans les savoirs profanes, qui semblent rivaliser pour prophétiser dans tous les domaines des catastrophes irréversibles. L’état de crise et d’exception permanente que les gouvernements du monde proclament aujourd’hui est bien la parodie sécularisée de l’ajournement perpétuel du Jugement dernier dans l’histoire de l’Eglise. A l’éclipse de l’expérience messianique de l’accomplissement de la loi et du temps, correspond une hypertrophie inouïe du droit, qui prétend légiférer sur tout, mais qui trahit par un excès de légalité la perte de toute légitimité véritable. Je le dis ici et maintenant en mesurant mes mots : aujourd’hui il n’y a plus sur terre aucun pouvoir légitime et les puissants du monde sont tous eux-mêmes convaincus d’illégitimité. La judiciarisation et l’économisation intégrale des rapports humains, la confusion entre ce que nous pouvons croire, espérer, aimer et ce que nous sommes tenus de faire ou de ne pas faire, de dire ou de ne pas dire, marque non seulement la crise du droit et des Etats, mais aussi et surtout celle de l’Eglise." (1)
 
L’équilibre de la terreur nucléaire qui a suivi la deuxième guerre mondiale, une guerre classique étant devenue impossible, a conduit les deux blocs antagonistes à s’affronter dans des conflits asymétriques en utilisant des alliés. Les Etats-Unis ont compris dès 1945 l’intérêt qu’ils pouvaient tirer d’une entente avec l’Arabie Séoudite et l’on sait que le retrait d’Afghanistan des soviétiques en 1979 a été considéré comme sa victoire par le royaume wahhabite, qui avait financé et formé les moudjahidines, avec l’aide des services pakistanais et américains. Si certains de ces moudjahidines sont restés en Afghanistan, beaucoup ont essaimé en Tchétchénie et dans plusieurs pays arabes qui les accueillirent plus ou moins volontairement, mais n’eurent aucune prise sur les pays laïques qu’étaient par exemple l’Irak et la Syrie.
Après l’effondrement de l’Union Soviétique, les années 90 virent le développement de l’ubris des Etats-Unis qui crurent sincèrement, du moins leurs dirigeants, qu’ils avaient la mission sinon divine, en tout cas hautement morale, d’apporter à l’ensemble de la planète la démocratie, le respect des droits de l’homme et le mode de vie américain, intervenant militairement dans ce but contre la volonté de populations médusées : l’Afghanistan, l’Irak, plus récemment la Libye. Nous en connaissons les résultats désastreux sur lesquels je ne m’étendrai pas mais il est important de comprendre que l’alliance américaine avec l’islam rigoriste du wahhabisme ne s’est jamais démentie, même si c’est au nom de cette doctrine d’un autre âge qu’est né Al Qaïda qui ne s’attaquait qu’aux musulmans qui ne partagent pas leur croyance, en dehors des attentats du 11/9.     

Nous savons désormais que le terrorisme islamiste est soutenu depuis le début par les Séoudiens, puis les Qataris qui virent là une possibilité de jouer un rôle régional grâce à leur richesse pétrolière sans commune mesure avec leur importance politique.
Par opportunisme, la Turquie, dirigée par un parti islamiste, a cru pouvoir s’imposer dans le monde arabe en s’associant à ce soutien, se faisant la tête de pont des assauts contre la Syrie laïque dont elle pensait renverser le gouvernement rapidement.
Grâce à ces appuis, ces financements et ces soutiens, la nébuleuse djihadiste s’est étendue en Syrie et en Irak. Dans ce dernier pays, la démocratie apportée par les Etats-Unis a porté logiquement au pouvoir les chiites dont le chef du clan le plus important devenu Premier Ministre a mené une politique sectaire, ostracisant les sunnites et même certains chiites rivaux. Mais il avait la majorité.
Après le départ des troupes américaines il a dû faire face à une rébellion sunnite largement soutenue par l’Arabie qui a provoqué des attentats et des meurtres réprimés avec une fermeté extrême, et l’Irak, à son tour, est entré en chaos. Peut-être la faute principale de Maliki a-t-elle été de cesser de payer les miliciens sunnites qui avaient brillamment lutté contre Al Qaïda sous la conduite intelligente du général Petraeus dans l’opération Saha (Réveil.Sursaut). Les chefs des tribus sunnites qui avaient fourni ces contre-terroristes voulaient le départ de Maliki et trouvèrent opportun de conclure une alliance de circonstance avec les djihadistes du nord irakien, de même que les anciens résistants à l’occupation américaine, baasistes et anciens cadres de l’armée de Saddam Hussein qui luttaient contre le pouvoir de Bagdad.
 
Le 20 juin dernier j’écrivais dans un court billet (2) que l’offensive éclair de DAESH (Daoulat al Islamiyah fi al Irak wa al bilad al Sham) était sous contrôle des services de renseignement américains qui avaient des agents parmi eux et parmi les baasistes et que le but était, soit de renverser Maliki ou au moins de l’amener à des concessions importantes qu’il persistait à refuser, pour établir un gouvernement de consensus.
J’ajoutais que le but n’était pas de prendre Bagdad et que l’alliance paradoxale entre une organisation islamiste et un parti d’idéologie laïque n’était que de circonstance. Les prises d’importants territoires et de grandes villes comme Mossoul du nord et de l’ouest de l’Irak en quelques jours par l’Etat Islamique, EI,  s’étaient faites pratiquement sans combats, les portes étant ouvertes aux djihadistes par les membres des forces de sécurité irakienne qui n’attendaient que le signal pour le faire.
Les ouvertures de Maliki vers la Russie et la Chine n’étaient pas non plus pour plaire aux Etats-Unis et il devenait important pour Washington de reprendre un contrôle à Bagdad qui commençait à lui échapper. On sait que ce sont surtout des compagnies pétrolières chinoises qui exploitent l’or noir irakien.
La nomination de Chuck Hagel à la Défense et John Kerry aux Affaires Etrangères lors du deuxième mandat d’Obama laissait clairement comprendre que le Président américain et son équipe avaient compris le monde multi polarisé qui était désormais en place et voulaient s’y adapter en instaurant de nouvelles relations avec tous les états et les organisations internationales, reconnaissant à chacun sa juste place sur l’échiquier mondial. (3)
Les Etats-Unis sont la première puissance militaire mondiale et de loin mais la Chine, dont le PIB est encore loin de celui des Etats-Unis, surtout par habitant, comble ses lacunes rapidement et se dote d’une économie ambitieuse ; avec d’autres pays comme l’Inde ou la Russie en reconstruction rapide qui n’entendent pas se laisser dominer, sans parler de nombreux pays d’Amérique Latine. On voit que le gouvernement américain a pris en compte cette nouvelle donne et s’efforce de s’y adapter, notamment dans sa volonté de régler la question iranienne en reconnaissant à ce pays de vieille civilisation son rôle essentiel de modération et d’équilibre dans une région à feu et à sang. Mais le gouvernement est l’objet de pressions énormes de groupes d’influence très puissants qui peuvent empêcher des décisions ou en forcer d’autres.
 
Ainsi la finance internationale dirigée par Wall Street et la City défend sa stratégie d’un monde sans barrières pour ses prises de position et éventuellement sans frontières étatiques, et cherche surtout à maintenir la domination du dollar comme monnaie mondiale contre les pays "non-alignés" qui s’organisent pour réaliser leurs échanges dans d’autres devises.
Ensuite les puissants industriels de l’armement qui vivent de la domination mondiale des Etats-Unis et voient d’un bon œil les guerres se succéder dans le monde, entretenant d’après eux leur suprématie.
Enfin les soutiens de la politique d’Israël qui encouragent les dissensions entre les arabes et voient dans les guerres entre chiites et sunnites un bon moyen d’assurer la pérennité de leur protégé, le gouvernement actuel de Jérusalem ne s’imaginant pas autrement qu’en guerre permanente avec ses voisins, eux-mêmes déchirés par des luttes intestines qu’il convient d’encourager.
 
Les mêmes acteurs se retrouvent d’ailleurs dans ces trois groupes mais de nombreux signes indiquent que les uns comme les autres seront amenés à prendre des positions plus modérées, car les affrontements mondiaux entre les intérêts stratégiques de l’Amérique, de la Chine, de la Russie atteignent parfois des paroxysmes de crise qui, à l’heure du "village mondial"et de l’arme nucléaire susceptible de détruire la planète, ne peuvent être réglés par la guerre et la raison doit revenir aux plus ardents partisans des actions armées. Mais ces groupes de pression sont puissants financièrement et alimentent les campagnes électorales;  ils peuvent agir sur le Sénat et la Chambre des Représentants pour empêcher les décisions contraires à leurs intérêts qui sont de prolonger la domination américaine du monde, notamment par le dollar, contre la réalité du monde multi polarisé. Ce sont eux, finalement, qui dirigent les Etats-Unis et le gouvernement doit en permanence composer pour parvenir à appliquer sa stratégie.

En réalité pour lutter contre le terrorisme de DAESH, il faut d’abord commencer à tarir ses financements et ses soutiens venant principalement de l’Arabie et du Qatar, et ensuite aider les états sur lesquels ils sévissent à les éliminer au sol, avec sans doute l’appui de frappes aériennes. C’est ce que la France fait en Iraq et c’est bien. Elle devrait le faire en Syrie et cesser de parler du dictateur Bachar el Assad car, quand même, si en dépit des assauts énormes de l’étranger depuis plus de trois ans et demi le régime est toujours en place c’est qu’il doit y avoir des Syriens qui le soutiennent, sans compter avec ses indéfectibles appuis extérieurs. La connaissance de la mouvance djihadiste de ses services est en outre incomparable et nous devons échanger avec eux pour surveiller nos ressortissants qui sont partis la rejoindre et qui reviendront un jour chez nous.
Les islamistes de DAESH, ou de toute autre appellation comme Al Nosra sont tous les mêmes, en Syrie comme en Irak et participent aux mêmes cruautés barbares. Il faut cesser de se voiler la face sous prétexte d’une obsession qui devient paranoïaque de vouloir renverser un régime qui n’a pas en face de lui des "islamistes modérés" qui n’existent pas sur le terrain ni d’ailleurs des laïques opposants démocratiques qui n’existent que dans les capitales européennes. Enfin, il est totalement incohérent de vouloir combattre les djihadistes en Irak et de prétendre les armer en Syrie (ou dans des camps d’entraînement en Jordanie) car ce sont les mêmes ! Et une fois lâchés en Syrie bien équipés et armés ils iront rejoindre la mouvance que nous voulons détruire
 
Comme l’a dit le Président Rouhani à la tribune des Nations Unies en septembre dernier prêchant la modération dans les relations internationales en proposant au Secrétaire Général de remplacer l’attitude actuelle qui semble être : "l’option militaire est sur la table" par "la paix est toujours possible",  rappelant au passage qu’aucune culture n’est unique et supérieure aux autres et qu’on s’enrichit plutôt de la diversité des autres.
 
Dans le combat contre le terrorisme de l’EI, l’Iran peut et doit jouer un rôle stabilisateur car il est incontournable dans la région. Les signes d’un rapprochement avec les Etats-Unis et l’Arabie Séoudite sont un bon augure.
La Turquie qui est embarrassée à juste titre dans l’actuelle situation, elle qui a favorisé les djihadistes, non seulement en Syrie mais aussi en Irak pour faire pièce aux Kurdes avec lesquels elle avait pourtant un accord avec Massoud Barzani, est en position délicate car sa diplomatie annoncée de "pas d’ennuis avec les voisins" a échoué complètement et ses 18 millions de Kurdes pourraient devenir remuants. Les attaques de l’EI sur les régions kurdes de Syrie, notamment sur la ville syrienne frontalière avec la Turquie de Aïn el Arab, Kobane en kurde, font suite au refus du chef du PYD, Saleh Muslim, de rompre avec le régime syrien, démontrant ainsi clairement que la Turquie dirige l’EI dans cette région, d’ailleurs depuis le début de la guerre de Syrie. Pour enlever toute ambiguïté, le Président Erdogan a déclaré le 1er octobre, après avoir tardivement rejoint la coalition contre l’EI : "la guerre contre le régime syrien est notre priorité". 
 
En conclusion, la coalition internationale que les Etats-Unis ont réussi à constituer pour combattre le terrorisme de l’EI repose avant tout sur la volonté américaine d’en finir avec cette créature de ses services qui a échappé à son créateur et ils ont les moyens de le faire par des frappes aériennes - et de nombreux "conseillers militaires" sur le terrain - mais surtout par l’action de leurs services secrets et de leur diplomatie envers les anciens pourvoyeurs de ce terrorisme. Il semble qu’ils se soient orientés dans cette voie. Avec l’appui aux gouvernements arabes concernés directement par cette menace qui devront aller déloger les djihadistes dans leurs derniers repaires, le terrorisme sera long à combattre mais la victoire devrait être au bout.
Il ne faudrait toutefois pas que cette coalition soit un paravent pour, sous couvert de lutte contre le terrorisme, contourner l’opposition internationale à des frappes de septembre 2013, fédérée autour de la Russie, pour parvenir par un autre moyen à renverser le pouvoir légal de Damas. Une déclaration la semaine dernière au journal de 20 h de France 2 du Ministre français des Affaires Etrangères pourrait susciter des doutes. Pour l’instant il ne semble pas que ce soit le but de Washington dont les frappes, bien qu’elles aient violé la souveraineté d’un pays membre de l’ONU sans protestation véhémente de Damas, ni de Moscou, servent les intérêts de la Syrie en détruisant des sanctuaires djihadistes dont on peut même se demander si les localisations précises n’ont pas été fournies par les services de renseignement syriens.

Intervention lors d'un colloque sur l'Irak à l'Assemblée Nationale, 6 octobre 2014

(1) L’intégralité de l’intervention de Giorgio Agamben, réflexion d’un très haut niveau philosophique sur la structure du temps est consultable dans le petit recueil des conférences de Carême à ND de Paris en 2009, édité par "Parole et Silence".
(2) Billet. Irak 20 juin 2014, publié par la Revue de Défense Nationale.
(3) Voir mon analyse : La crise syrienne, révélateur tragique d’un nouvel ordre mondial, publié le 30.06.2013 par la Revue de Défense Nationale
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"Contre la violence"

Publié dans De par le monde
Un monde sans violence et extrémisme
 
Dans son discours à l’Assemblée Générale des Nations-Unies le 24 septembre 2013, le président iranien nouvellement élu Hassan Rouhani a dit des choses essentielles pour améliorer les relations entre les nations du monde. Invitant à instaurer la modération dans les revendications des états, il a suggéré de supprimer "l’option militaire est sur la table" et d’adopter l’attitude "la paix est toujours possible", proposant enfin la formule : "Le monde contre la violence et l’extrémisme".
Le monde, a-t-il dit, n’est plus le résultat d’un équilibre entre deux blocs, ni dominé par une seule puissance mais désormais multipolarisé et tous les états dont la base du pouvoir est dépendante des urnes ont droit au même respect de leurs particularismes et de leurs intérêts légitimes. Aucune culture n’est supérieure aux autres et ne doit chercher à s’imposer.
Ce programme frappé au coin du bon sens ne semble pas être appliqué puisque des conflits incessants éclatent partout, notamment au Moyen-Orient, provoquant des drames horribles perpétrés par des fanatiques, attisés par les puissances majeures qui cherchent à atteindre ainsi des objectifs stratégiques en entretenant des crises régionales puisque l’arme nucléaire empêche les affrontements directs.

Ainsi en est-il des combats menés par l’Etat Islamique (EI) contre lequel  les Etats-Unis ont constitué une coalition internationale, alors qu’on sait bien qu’ils sont, avec leurs alliés arabes et turcs, les responsables de la création de cette engeance de terrorisme islamique.
Si des frappes aériennes sont utiles pour vaincre l’EI, tous les experts militaires savent bien que seules des troupes au sol seront en mesure d’éradiquer ces extrémistes, bien armés et entraînés grâce aux multiples complicités dont ils ont bénéficié, en particulier des services occidentaux, troupes qui ne peuvent être que celles des pays sur le territoire desquels ils exercent leurs méfaits et qu’il est urgent de soutenir dans cette lutte. La créature ayant échappé à son créateur, la coalition annonce que tel est son but, acceptons-en l’augure, mais comme l’a dit le Président Bachar el Assad lors d’une rencontre avec un haut responsable iranien : ce ne sont pas les états qui ont créé le terrorisme qui peuvent le mieux lutter contre lui. On a noté les réticences de la Turquie à rejoindre la coalition puisqu’elle tire profit des conquêtes de l’EI contre les Kurdes.

Les alliances conjoncturelles dont a bénéficié l’EI, avec les baasistes et les anciens militaires de Saddam, avec les tribus sunnites mécontentes de leur sort dans l’Irak de Maliki, se déferont dès lors que les intérêts de toutes les composantes de la société irakienne seront reconnus par le gouvernement. Il semble que le nouveau Premier Ministre Haïdar al Abadi s’efforce de constituer un consensus national dans ce but, envisageant d’attibuer des postes de responsabilité à certains baasistes et aux différentes minorités qui composent la mosaïque irakienne. Car, comme l’avait dit le Président Poutine dans une réunion internationale à Munich en 2007, la démocratie ne consiste pas à la négation des revendications légitimes de minorités, mais au contraire à leur prise en compte par une majorité éclairée.

Mais l’Irak et la Syrie, une fois débarrassés de cette plaie, espérons-le, que deviendront tous ces combattants perdus enrôlés à grands renforts de propagande et de dollars ? Ils essaimeront vers des pays où ils pourront chercher à poursuivre leur œuvre de mort : pour certains les pays d’Asie Centrale comme l’Afghanistan et d’autres retourneront dans leurs pays d’origine pour y commettre des attentats, comme les milliers d’entre eux venus des pays européens. A cet égard , la Syrie qui subit depuis plus de trois ans et demi les assauts de ces hordes barbares doit aussi être aidée dans sa lutte et, au lieu de prôner l’absurde soutien à des "islamistes modérés" qui n’existent pas sur le terrain et qu’on essaie de former dans des camps en Jordanie ou ailleurs, nous devons reconnaître que sa connaissance de la mouvance islamiste nous est indispensable et qu’une franche coopération pour lutter contre elle doit enfin être renouée. Il faut cesser de parler de dictature en faisant l’amalgame, toujours porteur de mensonges, avec  le régime précédent  qui avait l’immense avantage de barrer la route aux islamistes et avec lequel tous les états parlaient. La Constitution votée au cœur de la crise en 2012 par les Syriens est totalement démocratique, préservant les libertés fondamentales,  et le gouvernement, en même temps qu’il combat les fanatiques djihadistes,  s’efforce de réconcilier toutes les tendances modérées de la nation, avec succès puisque de nombreux opposants soutiennent désormais le gouvernement légal, conscients qu’il est le seul rempart contre les terroristes. D’ailleurs, s’allier à des pays aux mœurs politiques et religieuses rétrogrades comme l’Arabie Séoudite et le Qatar, où les urnes n’existent pas, pour prôner la démocratie à travers le monde est un autre des paradoxes de notre époque qui s’apparente à l’absurde.

Il faut donc suivre les préceptes de sagesse indiqués par le Président Rouhani à l’ONU pour bâtir un monde plus raisonnable dans lequel les puissances règleront leurs conflits d’intérêts par le dialogue et la modération des exigences, plutôt que par la guerre. C’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu car les hommes ont désormais une puissance qui leur permet de faire exploser notre planète par un coup de folie. La dissuasion a fonctionné jusqu’à maintenant, nous préservant d’un cataclysme, l’équilibre de la terreur retenant  jusqu’ici  celui qui aurait eu envie de détruire son ennemi en lançant une salve nucléaire parce qu’il savait qu’il serait anéanti au même moment par la représaille automatique, mais on sent bien que certains bellicistes veulent nous persuader que les Etats-Unis possèdent un bouclier anti-missile qui les protège  de frappes nucléaires en retour, rendant leur suprématie militaire à nouveau totale et  annihilant le concept de dissuasion. Ceci est évidemment faux puisqu’aucun bouclier ou "dôme de fer" n’est entièrement étanche et ne le sera pas à moyenne échéance.
Les peuples du monde, quelles que soient leurs richesses économiques ou culturelles doivent être égaux en droit. Aucune culture ne peut s’attribuer la prééminence et se croire le phare du monde. La liberté dont la statue éclaire le monde à l’entrée de la baie d’Hudson est l’apanage de toutes les nations, sans que l’une d’entre elles ne puisse se prévaloir à cet égard d’une supériorité quelconque, même si elle possède momentanément une supériorité économique et militaire sur les autres.

La France ferait bien de se souvenir de son héritage intellectuel des "Lumières", et du niveau de prestige mondial où la politique du Général de Gaulle l’avait portée en refusant l’alignement sur aucun bloc,- à une époque où il était bien plus difficile que maintenant de sortir de l’OTAN -, défendant le droit des peuples à décider eux-mêmes de leurs destins, prônant l’entente entre toutes les nations du globe qui l’acclamaient lors de ses nombreux tours du monde, car il connaissait les différentes cultures et proposait partout, en Asie, en Afrique, en Amérique Latine de respecter les hommes avec leurs différences. C’est ce qui le guidait aussi dans sa volonté de construire une Europe de nations gardant leurs particularismes et leur souverainetés qui devait, à ses yeux, s’ouvrir à une grande coopération avec la Russie et au-delà. 
Pour nous Français, qui possédons la deuxième Zone Economique Exclusive (ZEE)  mondiale grâce à nos territoires ultra-marins répartis sur les cinq continents, tout doit nous pousser à avoir une politique de citoyens du monde en entretenant avec toutes les nations des rapports de respect, de confiance et de coopération.  

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