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CORVEZ Alain

CORVEZ Alain

Né le 24 juillet 1941
Marié  - 4 enfants

Officier supérieur (ER)
Conseiller en stratégie internationale

Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr

Conseiller en Relations Internationales au Ministère de l’Intérieur (1989-1994)
Conseiller du Général commandant la Force des Nations Unies au Sud Liban (FINUL) (1988-1989)
Commandant en second du 94éme Régiment d’infanterie motorisée (1986-1988)
Au Ministère de la Défense
     Suivi de la concurrence mondiale économique, scientifique et technique (1983-1986)
A l'Ambassade de France en Zambie (missions en Afrique australe (1980-1983)
Spécialisation en relations internationales
Carrière d’officier d’infanterie (1976-1978)

Membre du Cercle d’Etudes et de Recherches du Général Pierre Marie Gallois (+)
Membre du Forum pour le France présidé par l’ambassadeur Pierre Maillard
Vice-président du Cercle ARAMIS
Ancien Secrétaire général de la Convention de la Fondation Charles de Gaulle
Secrétaire Général de la Fondation de la France Libre

Distinctions
Chevalier de la Légion d’Honneur
Officier de l’Ordre National du Mérite
Croix de la Valeur Militaire

URL du site internet:

Iraq

Publié dans De par le monde
D’après des informations de sources bien placées et crédibles, l’offensive récente de DAASH (EIIS) associé aux rebelles baasistes était préparée depuis des mois, sous contrôle des services américains.
Cette alliance paradoxale entre un parti d’idéologie laïque et des djihadistes se battant au nom de la religion s’est faite de façon conjoncturelle, les deux parties y trouvant leur intérêt. Les deux sont noyautées par des agents des services américains.
L’offensive éclair leur permettant de s’emparer en quelques jours d’immenses territoires est due à la défection programmée des forces de sécurité et de l’armée du régime.
Dirigé par le Premier Ministre Maliki, fin politique mais sectaire, le gouvernement a ostracisé des franges entières de la population iraqienne, kurde, sunnite et même chiite en partie. Maliki reste fort dans son clan qui est lui-même le plus puissant en Iraq mais il a commis trop d’erreurs en traitant en particulier les forces sunnites de façon injuste. Il a commis une erreur majeure, analogue à celle commise par les Etats-Unis qui ont détruit les structures et les hommes de l’armée de Saddam, en cessant de rémunérer les milices sunnites de "Sahaa" qui se sont battues pour lui contre les djihadistes d’Al Qaïda. Monopolisant tous les leviers du pouvoir entre ses amis chiites, il a indisposé trop de monde, notamment les Américains qui savent sa force, - son clan a encore remporté les dernières élections -, mais estiment qu’il ne peut mettre fin aux luttes mortelles entre milices rivales, politiquement et confessionnellement. De nombreuses tribus, dont on sait l’influence prépondérante sont désormais farouchement opposées à sa direction.
Certaines de ces tribus ont d’ailleurs participé au succès de l’offensive qui a permis en quelques jours seulement à l’alliance DAASH-Baas de remporter de telles victoires, leurs partisans au sein des localités leur ouvrant les portes au lieu de les combattre.
La stratégie américaine consisterait à obliger Maliki à laisser le pouvoir à un membre de son clan plus tolérant ou le laisser au pouvoir contre d’importantes concessions. Une autre hypothèse serait, sous la pression de forces menaçant Bagdad, de fomenter un coup d’état amenant au pouvoir un homme, militaire ou civil, qui proposerait des réformes équilibrées  avec un traitement plus juste des différentes composantes ethniques et religieuses du pays, sunnites et kurdes notamment mais aussi de minorités moins nombreuses.
Quoi qu’il advienne, les Kurdes sont les grands gagnants de cette situation, puis qu’ils sont déjà pratiquement autonomes et exportent leur pétrole, paradoxalement par la Turquie, au grand dam de Bagdad. Ils apparaissent en outre comme un havre de sécurité pour les réfugiés de toutes confessions qui les ont rejoints, notamment les chrétiens.

La division de l’Iraq en trois entités, telle que prévue dans les anciens plans américains, pourrait être un but mais il aurait peu de chances d’aboutir, compte tenu de la forte rémanence d’un sentiment national iraquien dans toutes les communautés et tribus. Un Iraq fédéral est plus probable car on voit mal les Kurdes renoncer à l’autonomie administrative, économique, politique et stratégique qu’ils ont déjà acquise. Mais les autres régions ne sont pas aussi homogènes et comportent de nombreuses minorités qui ne souhaiteraient pas se structurer sur des bases confessionnelles.
Le règlement de la crise se fera donc sous l’égide américaine, avec sans doute un consensus irano-séoudien qui ont des intérêts divergents dans le pays mais peuvent composer pour des raisons diverses. L’Iran et les EU se rapprochent d’un accord sur le différend nucléaire et l’Arabie, se méfiant de son allié et parrain, voit un intérêt à se rapprocher de l’Iran.
La Russie n’a pas été un acteur de premier plan en Iraq depuis l’invasion américaine mais ne reste pas inactive, ses intérêts en Syrie étant liés aux ambitions de l’EIIS affichant dans son nom même ses ambitions d’établir son califat à cheval sur l’Iraq et la Syrie, au moins jusqu’à l’Euphrate syrien mais sans doute jusqu’à Al Sham et la Palestine. Ceci n’est cependant qu’une idéologie qui n’a pas de chance de se réaliser et l’on sait bien que ces djihadistes n’attaquent pas l’état hébreu mais des états arabes. Le 3 juin une rencontre à Sotchi entre le Prince Séoud Al Fayçal et Sergueï Lavrov, en présence de Wladimir Poutine, a sans doute conclu des arrangements importants concernant la Syrie mais aussi l’Iraq.

Quel que soit le dénouement final, il comportera un partage plus équilibré entre les différents partis politiques, les chiites restant majoritaires et incontournables mais offrant plus d’espaces aux autres. On pourrait assister notamment à un retour en politique des baasistes qui étaient jusqu’à présent totalement ostracisés. Ils ont publié un communiqué rassurant pour les étrangers arabes et occidentaux, se présentant comme des révolutionnaires uniquement désireux de chasser le pouvoir actuel jugé dictatorial et corrompu.
Sans doute l’aide militaire américaine, de même que la coopération avec l’Iran, permettront-elles d’imposer la solution politique souhaitée à Washington avec le consentement iranien et séoudien. Quelques frappes aériennes bien ciblées pourront vite tempérer l’ardeur de djihadistes qui, s’ils sont équipés de matériels et armements sophistiqués et disposent de soutiens financiers du Golfe et d’ailleurs, ne constituent pas une armée solide et cohérente, sauf les anciens militaires de Saddam, et ont réussi grâce surtout  à l’aide des populations qui étaient acquises à leur cause.
Les Turcs qui se sont rapprochés de Barzani depuis longtemps déjà pourraient, quant à eux, avancer vers un apaisement des tensions sur un sujet très sensible du fait de l’importante population kurde qu’ils comptent aux confins iraquiens et syriens.

La crise ukrainienne ...

Publié dans Avec l'Europe
La crise ukrainienne révèle l’impuissance de l’UE et son alignement absurde sur la vision américaine de l’Europe

L’appréciation des évènements d’Ukraine par les occidentaux et leurs médias montre à l’évidence une inversion des valeurs du droit international qui atteint une dimension proche de l’absurde. Et l’ensemble des moyens de communication accompagne unilatéralement cette dangereuse perversion, seuls quelques rares organes semblant prendre un peu de recul face à une unique et paradoxale présentation de la vérité.

La terminologie "Occident, occidental, occidentaux", désigne les Etats-Unis d’Amérique, grande puissance souveraine, fière et sûre de représenter les valeurs universelles de la liberté dont la statue illumine le monde à l’entrée de New York, première force militaire du moment, qui définit ses intérêts planétaires et les défend avec âpreté, utilisant ses alliés européens qu’elle a poussés à s’unir dans une organisation technocratique afin que cette Europe de l’Ouest ne constitue qu’un glacis apolitique protecteur, uniquement préoccupé d’organiser le commerce libre et sans frontières ouvert aux capitaux prédateurs de la finance internationale, initialement contre le monde soviétique et désormais contre la Russie dont elle ne cesse de saper les appuis pour l’empêcher de redevenir une grande puissance et qui est déjà sa rivale.
Cette Union Européenne qui n’en finit pas de mourir d’impuissance politique, simultanément à des échecs économiques dramatiques, est désormais rejetée par la majorité des habitants du continent qui ont fini par voir en elle la source de leurs malheurs, d’autant plus que la bureaucratie bruxelloise s’arroge aussi la mission de réglementer le mode de vie journalier des individus ainsi que leurs valeurs morales et spirituelles. Les nations qui la composent transmettent chaque jour davantage leurs droits régaliens à une technocratie bruxelloise qui, à peine consciente de sa vacuité, ne voit d’issue à ses échecs patents que dans une intégration encore plus forte. Il va sans dire que face à cette impuissance ressentie, les dirigeants européens ne voient pas d’issue à leur survie nationale et délèguent leur défense au parrain d’outre-Atlantique en intégrant l’organisation militaire de l’OTAN, liant ipso facto leurs destins au succès de la grande Amérique.

Russophobie
L’Union Soviétique s’étant effondrée au début des années 90, on aurait pu croire qu’une grande Europe des nations allait pouvoir se construire sur des bases sérieuses mais il fut rapidement clair que l’UE n’avait pas de politique cohérente à cet égard et qu’après l’intermède Eltsine qui ouvrait la Russie aux prédateurs occidentaux, Poutine affirmait la volonté de la Russie de se reconstruire en une puissance politique et militaire, enracinant cette action dans les traditions ancestrales de la Russie des tsars, luttant contre les oligarques qui avaient commencé à s’emparer des richesses nationales avec l’appui de l’étranger, et surtout développant les valeurs patriotiques, religieuses, spirituelles et morales propres à l’âme russe.
C’est dire que le modèle construit par le nouveau tsar avec l’appui d’une forte majorité de la population, représente l’opposé de celui prôné par l’Union Européenne et les nations qui la composent, qui passent leur temps à nier leur histoire ou à s’en accuser, à réfuter leurs racines religieuses, culturelles et spirituelles et plaident en permanence pour l’abolition des barrières morales au nom du libéralisme total, allant même jusqu’à refuser de façon aberrante les différences entre les sexes. Il est donc indispensable pour les tenants de cette Europe démoniaque de dénigrer systématiquement tout ce qui est russe, d’autant plus qu’ils participent ainsi au combat que mène leur parrain américain pour affaiblir la Russie.
Sans aucune logique stratégique, l’UE s’est élargie depuis l’effondrement de l’URSS aux pays de l’Europe de l’est, cet élargissement allant de pair avec leur intégration dans l’OTAN qui, d’une défense contre l’Union Soviétique qui n’existe plus est devenue une alliance contre la Russie, même si les Etats-Unis prétendent le contraire, allant même jusqu’à proposer à Moscou un partenariat en son sein. Mais la défense antimissile balistique (DAMB) est, malgré les arguties de langage, un système sous l’égide des Etats-Unis dirigé contre la Russie et non contre l’Iran.

Déni du droit international
Pour ne pas alourdir ce propos, je ne retracerai pas l’histoire de l’Ukraine dont les frontières ont évolué au cours des siècles, passant tour à tour sous domination baltique, autrichienne, polonaise, ottomane et russe. Mais l’influence russe est incontestablement la plus ancienne, la plus pérenne et aussi la plus récente. On sait que Kiev fut le berceau et la capitale de la Russie. On sait aussi qu’après avoir été le fleuron et la côte d’azur de l’empire russe, elle n’est indépendante que depuis 1991, avec l’éclatement de l’éphémère  CEI, Communauté des Etats Indépendants.

Dès cette indépendance, l’UE et les EUA parlent de l’intégrer un jour dans l’UE simultanément à l’OTAN, c’est-à-dire de l’enlever à la sphère d’influence de son voisin russe. La révolution 'orange de 2004' visait déjà à renverser son gouvernement prorusse pour installer des dirigeants tournés vers l’UE. On sait maintenant de façon précise le nombre de milliards de dollars que les organismes américains ont dépensés en Ukraine pour organiser les mouvements d’opposition. Après les échecs de cette politique, malgré tous leurs efforts, la volonté d’y parvenir n’a fait que d’attendre le moment propice pour y parvenir. Il s’est présenté avec la politique d’un président corrompu s’appuyant sur des oligarques liés aux intérêts occidentaux qui s’était proposé fin 2013 de signer avec l’UE un accord d’association, en rejetant la proposition russe d’une union douanière au sein d’un ensemble eurasiatique. Mais l’UE se montrait alors incapable de faire face à ce souhait, n’ayant pas les moyens financiers pour y répondre. Face à une situation financière désastreuse, Yanoukovic renonçait alors en novembre 2013 à l’UE et acceptait les propositions avantageuses de la Russie.
Déçus par ce revirement, les Ukrainiens attirés par l’UE, principalement dans la partie occidentale du pays, dont ils pensaient adopter du jour au lendemain l’opulence économique, ont manifesté leur mécontentement sur la place Maïdan à Kiev, aussitôt soutenus dans leur révolte pacifique par des groupes préparés de longue date au combat de rues. Sous les pressions de l’UE, Yanoukovic avait désarmé ses policiers pour éviter les morts mais on sait maintenant, notamment par l'enregistrement d’une conversation entre Lady Ashton et le Ministre des AE d’Estonie, que ce sont des tireurs de ces groupes qui ont tué des membres des forces de l’ordre et des manifestants pour enclencher le mécanisme insurrectionnel violent.
L’UE n’a pas même pu jouer un rôle de médiateur. Aussi Victoria Nuland, la Sous-secrétaire d’Etat américaine, consciente de l’impotence de l’UE ordonna-t-elle à son ambassadeur à Kiev d’agir pour défendre les intérêts américains en mettant le paquet pour soutenir les opposants et, devant les réticences de son interlocuteur au téléphone vis-à-vis des européens de dire vertement "que l’UE aille se faire foutre" (Fuck with EU). Ce sont finalement trois ministres des AE européens, le français, le polonais et l’allemand qui parvinrent le 21 février dernier à conclure un accord entre le gouvernement et l’opposition qui entérinait des concessions importantes du Président et prévoyait des élections en mai prochain, proposant ainsi une sortie de crise. Tout le monde se félicitait de cet accord qui avait l’appui de tous les intéressés et de la communauté internationale. Sauf les Etats-Unis qui, à en croire l’enregistrement de la conversation de Victoria Nuland voulaient aller à l’épreuve de force.
Mais le lendemain, ceux mêmes qui avaient signé le document donnaient l’ordre à leurs milices, dont certaines sont connues pour leur passé fasciste ou nazi, de s’emparer des bâtiments administratifs. Lâché par ses forces de l’ordre qu’il avait trahies, de même que par les oligarques du Parti des Régions, le Président devait fuir pour sauver sa vie. Les révoltés s’emparaient alors des postes du pouvoir et affichaient leur haine de la Russie, interdisant le lendemain de leur putsch la langue russe dans toute l’Ukraine, langue pourtant parlée par plus de la moitié des Ukrainiens.
Bien qu’incapables de faire face à la crise financière de l’Ukraine en cessation de paiement, l’UE et les Etats-Unis s’empressaient, contrevenant aux règles élémentaires du droit international et surtout aux termes de l’accord qu’ils avaient signé ou aider à réaliser le 21 février, de reconnaître les putschistes comme les nouveaux dirigeants légitimes de l’Ukraine.

Dans ces conditions, Poutine a beau jeu de dire que, même s’il ne lui porte pas grande estime, Yanoukovic est le président légitime et que les fascistes de Kiev font courir un risque énorme aux Russes de la partie Est du pays et notamment de la Crimée où il s’est empressé de prendre facilement les mesures de sauvegarde que lui demandaient les habitants, les protégeant et protégeant la base navale de Sébastopol.
Il est clair qu’il ne reviendra pas en arrière et qu’il menace d’aller plus loin en Ukraine de l’Est où l’attendent ses partisans.
L’UE n’a pas les moyens de répondre militairement, ni économiquement, d’autant plus qu’on devine déjà des approches différentes des Britanniques et des Allemands dont les liens économiques avec la Russie et l’Ukraine sont importants. Donner 35 milliards d’euros par an à l’Ukraine pendant une durée indéterminée n’est pas à la mesure d’une UE exsangue et l’Allemagne ne s’engagerait jamais dans un tel processus. Quant aux Etats-Unis qui se replient militairement des endroits où ils se sont inconsidérément enlisés, ils n’ont pas l’intention d’envoyer leurs soldats pour affirmer une politique qu’ils savent d’avance vouée à l’échec.
Il reste donc aux Etats-Unis et à l’UE à prendre un peu de recul, à comprendre les intérêts stratégiques de la Russie et à les accepter.
Cette crise aura montré à nouveau tragiquement comment le droit international est défini par le plus fort jusqu’à l’absurde, comme notre Jean de La Fontaine l’a si bien illustré dans sa fable du loup et l’agneau. Les putschistes reçus dans les palais nationaux européens parce qu’ils sont contre la Russie et pour l’UE - il faudrait d’ailleurs voir ce qu’il adviendrait si par malheur les fascistes ou les incapables devaient continuer leur aventure au pouvoir - sont une illustration des aberrations de la diplomatie quand les équilibres sont rompus et que seule la loi du plus fort préside au destin du monde.
 
L’Europe de l’Atlantique à l’Oural
Oubli de l’Histoire ou inculture des dirigeants européens, tout devrait pourtant les pousser à construire avec la Russie "l’Europe de l’Atlantique à l’Oural" préconisée par de Gaulle dans une formule par laquelle il ne limitait évidemment pas territorialement la Russie à sa dimension européenne. Mais organiser le continent européen en une force politique et, par conséquent économique et stratégique, implique de construire entre les nations européennes enracinées dans leurs histoires particulières, des coopérations et des accords qui, au lieu de détruire leurs racines spécifiques pour constituer un magma informe et impuissant, les mettent en commun pour réaliser enfin une puissance qui ne pourra exister que si chacune garde ses richesses propres et les ajoute à celles des autres. La France, l’Allemagne, l’Italie, l’ancien Benelux qui ont commencé cette construction, et toutes les autres qui s’y sont agrégées ensuite ont leurs originalités essentielles, à commencer par leurs langues porteuses de leurs cultures, qui enrichiront le patrimoine commun quand elles auront défini ensemble leurs buts et intérêts partagés qui sont, à l’évidence nombreux.
"Il n’est de richesse que d’hommes" écrivait au XVIème siècle le juriste Jean Bodin. C’est à partir de cette conception que de Gaulle jugeait que "la Russie boirait le communisme comme le buvard boit l’encre", car il savait que l’homme s’organise en familles, en clans et en nations enracinées dans la terre et dans l’Histoire. L’établissement de relations diplomatiques avec la Chine en 1964, à la surprise générale et au scandale des Etats-Unis qui ne comprirent que plus tard la pertinence de cette décision, résultait de sa culture générale qui lui faisait reconnaître ce "grand peuple, le plus nombreux de la terre" et "cet Etat plus ancien que l’Histoire", quel que soit le régime qui le dirigeait.

L’Ukraine est un pays européen lié par l’Histoire à la Russie. Ceux qui ne veulent pas reconnaître cette vérité n’aident pas à construire une Europe européenne mais poursuivent une guerre froide contre Moscou qui pourrait se réchauffer dangereusement. Continuer à se réfugier derrière les intérêts américains au sein même de l’Europe est un danger face auquel des états de l’UE pourraient finir par trouver que ce n’est plus leur intérêt. Tout pousse l’Allemagne à s’entendre avec la Russie  car les deux économies sont très imbriquées, notamment, mais pas seulement, dans le domaine énergétique, et Berlin pourrait prochainement privilégier ses intérêts à la solidarité européenne. La France, qui a un passé riche d’amitié avec la Russie devrait y réfléchir aussi.
Le problème de l’Union Européenne est que même quand elle est à l’évidence inutile ou inefficace, elle continue d’exister car personne n’ose dénoncer le tabou de cette utopie, productrice seulement d’un libéralisme destructeur des économies nationales. Mais reconnaître un pouvoir insurrectionnel comme légitime et porteur d’espoir pour l’Ukraine, surtout quand on sait son origine extrémiste, est une preuve de plus de son inconsistance et, finalement, de sa nuisance intrinsèque au destin des Européens. Et qu’elle n’est finalement que le jouet des Etats-Unis qui, après avoir empêché avec succès l’émergence d’une Europe politique forte sur le continent qui n’aurait pu être logiquement qu’une rivale, ou à la rigueur une partenaire indépendante, poursuivent leur objectif d’affaiblir la Russie dont ils redoutent la montée en puissance.
8 mars 2014

Syrie. Que peut faire la France ?

Publié dans En France

La crise syrienne est suffisamment aiguë et complexe pour ne pas laisser les médias diriger l’action du gouvernement qui doit prendre ses décisions en connaissance de cause avec les avis et éclairages d’experts et de bons connaisseurs de la région.
L’opposition a essayé de le faire de façon peu honorable pour des raisons politiciennes au lieu de chercher l’intérêt de la France. Les interventions de MM Sarkozy, Copé, Fillon et de Mme Kosciusko-Morizet ne sont pas dignes de personnes qui entendent jouer un rôle dans la politique du pays. Celle-ci est, en affaires internationales et depuis le Général de Gaulle, de laisser les peuples disposer eux-mêmes de leur destin et de respecter la légalité internationale représentée par l’ONU.

L’opinion publique française, d’après les sondages d’opinion, est hostile à toute intervention militaire, sans doute instruite par les chaos qui ont résulté des précédentes dans le monde.
A juste titre d’ailleurs, puisqu’une telle intervention est impossible du fait des vetos de la Chine et de la Russie au Conseil de Sécurité qui ne changeront pas de position (il est ridicule de demander au Président français d’aller à Moscou convaincre Poutine) car, en Syrie ils défendent un régime allié, et non une personne ou un clan, associé à leurs intérêts stratégiques, dénonçant l’hypocrisie qui consiste à armer massivement des rebelles syriens et étrangers au nom de la démocratie, pour renverser en fait un régime qui, allié de l’Iran et des chiites du Liban et d’Iraq, s’oppose à la domination américaine et sunnite des arabes du golfe hostiles. Contrairement à la désinformation véhiculée journellement, s’il existe des haines féroces anciennes et nouvelles de clans sunnites envers le clan alaouite, le régime a des soutiens importants dans les nombreuses minorités ethniques et confessionnelles, ainsi que dans une forte composante de la population sunnite qui craint que son départ n’entraîne un chaos meurtrier, à la libanaise ou l’iraquienne.
Il est d’ailleurs certain qu’un départ forcé de Bachar El Assad entraînerait des massacres vengeurs qui auraient des répercussions sur tous les pays voisins.

Pour tenter de sortir de cette crise, face au blocage diplomatique actuel, et en l’absence d’opération militaire, il faut chercher un compromis entre le régime et l’opposition, comme ont essayé de le faire Russes et Chinois, en cessant de contrer aussi vulgairement leurs positions, à l’instar de Mme Clinton, et en priant les pays du Golfe qui financent et arment les rebelles, dont une partie désormais importante est constituée de combattants du djihad international (au moins 10 nationalités ont été recensées) liée directement ou indirectement à la nébuleuse terroriste d’Al Qaïda, de cesser d’alimenter la guerre. Les services spécialisés américains qui ont favorisé de diverses façons cet armement des rebelles commencent d’ailleurs à ne plus savoir à qui les armes parviennent et s’en inquiètent.
Avec l’aide des Russes très influents en Syrie, on peut obtenir des engagements du régime de mettre en œuvre les réformes souhaitées, qui sont déjà prévues, à condition que le calme s’instaure à nouveau. L’Iran ne devrait pas être écarté comme il l’est car une sortie de crise durable ne peut se faire sans utiliser son poids dans la région, aujourd’hui et dans l’avenir.
En dehors de telles négociations, on s’orienterait vers un affrontement entre l’Amérique et ses alliés d’un côté, la Russie et la Chine et les nombreux pays qui les approuvent de l’autre, qui pourrait prendre des dimensions dramatiques, la pauvre Syrie devenue le théâtre de combats furieux et incessants, pierre d’achoppement d’une opposition d’un monde contre un autre.

Une opération humanitaire comme vient de le faire la France en Jordanie est une bonne et utile chose pour porter secours aux malheureux Syriens qui ont dû fuir les combats, à condition qu’elle se limite à cette action charitable fidèle à notre tradition. Un regard attentif doit être porté sur le Liban voisin qui a accueilli de nombreux réfugiés, notamment chrétiens, mais aussi hélas des combattants de tous bords. La sensibilité du Liban aux évènements de Syrie est extrême et les messages que nos amis libanais nous envoient doivent être écoutés.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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