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CORVEZ Alain

CORVEZ Alain

Né le 24 juillet 1941
Marié  - 4 enfants

Officier supérieur (ER)
Conseiller en stratégie internationale

Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr

Conseiller en Relations Internationales au Ministère de l’Intérieur (1989-1994)
Conseiller du Général commandant la Force des Nations Unies au Sud Liban (FINUL) (1988-1989)
Commandant en second du 94éme Régiment d’infanterie motorisée (1986-1988)
Au Ministère de la Défense
     Suivi de la concurrence mondiale économique, scientifique et technique (1983-1986)
A l'Ambassade de France en Zambie (missions en Afrique australe (1980-1983)
Spécialisation en relations internationales
Carrière d’officier d’infanterie (1976-1978)

Membre du Cercle d’Etudes et de Recherches du Général Pierre Marie Gallois (+)
Membre du Forum pour le France présidé par l’ambassadeur Pierre Maillard
Vice-président du Cercle ARAMIS
Ancien Secrétaire général de la Convention de la Fondation Charles de Gaulle
Secrétaire Général de la Fondation de la France Libre

Distinctions
Chevalier de la Légion d’Honneur
Officier de l’Ordre National du Mérite
Croix de la Valeur Militaire

URL du site internet:

Une diplomatie aberrante...

Publié dans En France
Une diplomatie aberrante qui met la vie des Français en danger
 
Retour de Syrie
Invité par l’association Ahfad Ashtar -Les descendants d’Ashtar, ou Astarté, la déesse assyrienne de l’Amour et de la Fécondité, présidée avec une inlassable énergie et un patriotisme vibrant par le Dr. Ayssar Midani-, à venir donner une conférence à l’université de Damas sur la géopolitique régionale et mondiale de la guerre en Syrie, j’ai passé quatre jours intensément riches en rencontres et échanges chaleureux avec des Syriens de tous milieux et origines, heureux de voir un Français (j’étais accompagné du journaliste et écrivain Richard Labévière, grand connaisseur de l’Orient compliqué, souvent ostracisé par les médias officiels pour cette raison même) exprimer des vues différentes du gouvernement français sur la crise tragique entretenue en Syrie par les Occidentaux, c’est-à-dire les Etats-Unis et ses alliés, ou plutôt ses affidés, européens.
 
Le fond du sujet est là : le terrorisme qui dévaste la Syrie, contre lequel elle résiste héroïquement avec l’aide de ses alliés, est le même que celui qui menace directement la France et ses voisins européens, sans compter la Russie et la pauvre Afrique qui n’en peut mais de l’incohérence de notre politique. Il est temps de prendre conscience de cette réalité sanglante et d’y faire face en changeant radicalement d’attitude vis-à-vis des états qui luttent contre lui en première ligne : Syrie, Iran, Russie, Irak, aidés par le Hezbollah libanais et en arrière-plan la Chine. Cette dernière, qui a conclu récemment des accords militaires avec Damas, sait que plusieurs milliers de ses ressortissants Ouïgours se battent avec les terroristes islamiques, notamment dans les quartiers est d’Alep et à Idlib.
Ces états et le Hezbollah ne se battent pas contre Daesh, Al Nosra -devenu Fatah al Sham pour permettre aux organismes de Washington de le considérer comme un "modéré"-, ou les centaines d’autres brigades islamistes aux échanges osmotiques continus, simplement pour respecter une alliance ancienne mais pour défendre leurs propres intérêts nationaux essentiels, sachant bien qu’ils sont la cible suivante de ces organisations terroristes dont tous les experts savent aujourd’hui qu’elles sont sous contrôle des services états-uniens depuis l’époque de la guerre afghane contre l’URSS.
 
Les Etats-Unis n’ont jamais eu peur de l’Europe qu’ils ont sous leur emprise depuis la fin de la guerre avec le plan Marshall. Mais après avoir craint l’URSS, ils ont aussitôt après son effondrement considéré qu’ils avaient une mission quasi divine de faire adopter par la planète entière les codes et les normes du mode de vie américain. Suivant les conseils de Zbignew Brezinski exposés dans son œuvre magistrale "Le grand échiquier", il fallait empêcher une quelconque puissance de dominer ou contrôler l’Eurasie, région essentielle, cœur du continent recelant les ressources énergétiques indispensables aux économies du monde.
Un rapport secret des agents de la CIA à leur Centrale datant de 2006, dévoilé par Wikileaks depuis, -
https://wikileaks.org/plusd/cables/06DAMASCUS5399_a.html- explique au sujet de la Syrie que le Président Bachar el Assad a depuis son accession à la présidence en 2000 engagé son pays dans des réformes politiques, sociales, économiques, financières, apporté Internet et revu le statut de la presse, tout en continuant la politique laïque de son père, et connaît de ce fait une adhésion de la majorité de la population. Comme cette politique laïque et arabe de défense des droits des Palestiniens et des nombreux réfugiés irakiens qu’il héberge est contraire aux intérêts des Etats-Unis et d’Israël, les agents recommandent de s’appuyer sur les Frères Musulmans syriens qui sont, bien que matés et étouffés depuis les années 80, la seule organisation politique structurée susceptible de porter un jour la révolte pour renverser le pouvoir. Il faut donc être en contact de sympathie avec eux et leur apporter toute l’aide possible.
Ce document est d’une clarté telle qu’on se demande pourquoi si peu d’experts en ont parlé, car enfin, il dévoile clairement la stratégie étatsunienne pour l’ensemble du monde arabe : porter l’Ikwan, la confrérie des Frères Musulmans, au pouvoir partout par des révolutions qu’ils savent présenter comme des révolutions démocratiques qu’on appellera "printemps arabes". On verra d’ailleurs en 2011 que les monarchies du Golfe amies de Washington ne furent pas touchées par cet élan populaire et démocratique, en dehors de Bahreïn où la révolte de la majorité chiite fut écrasée dès le début dans le sang par l’armée séoudienne.
 
Califat ottoman et Union Européenne
Afin qu’aucune force ne s’oppose à leur contrôle des richesses énergétiques immenses de la région, le plan états-unien pour le Moyen-Orient est de favoriser partout l’accession des Frères Musulmans au pouvoir, et, à défaut, d’y créer ou entretenir le chaos afin qu’aucune force étatique ne leur soit hostile. Ce plan rencontre en outre les intérêts stratégiques d’Israël qui se félicite de n’avoir aucun état arabe solide contre lui. Il rencontre aussi les ambitions turques de rétablir un califat ottoman sur les ruines des états-nations de la région : l’AKP, parti des Frères Musulmans au pouvoir à Ankara est l’outil d’Erdogan, qui a transformé le régime parlementaire turc en régime présidentiel, pour mettre en œuvre cette politique islamiste à vues impériales. Aujourd’hui l’armée turque est présente sur les territoires syrien et irakien sans autorisation des gouvernements et profite de sa complicité militaire avec les Etats-Unis pour lutter contre l’irrédentisme kurde, l’épine qui la torture en permanence.
 
Madame Boutheina Chaabane, la Conseillère du Président Assad me fit remarquer avec une grande pertinence qu’il existait une analogie frappante entre le plan de califat ottoman d’Ankara et le plan de l’Union Européenne, Bruxelles s’évertuant à supprimer les états-nations d’Europe pour établir un ensemble supranational sur les ruines de tous les particularismes nationaux et les cultures qui les expriment. De fait, si la mondialisation est une réalité géographique, sociologique et politique incontournable, le mondialisme est l’idéologie soutenue par la finance internationale qui, s’appuyant sur la première puissance économique et militaire mondiale, vise à détruire toutes les entraves à son appétit prédateur de conquête de biens -frontières, états forts- pour laisser la libre concurrence marchande sans obstacles, ainsi qu’il est écrit dans les traités fondateurs de l’UE, thuriféraire de la concurrence libre et non faussée, appuyée sur une Défense absolument engerbée dans l’OTAN. Le capital doit pouvoir placer ses avoirs pour le plus grand rendement n’importe où, y compris en Chine, devenue une économie capitaliste toutefois contrôlée par une direction centralisée, sans autre régulateur que les marchés, et sans état fort qui s’y oppose, au détriment en premier lieu de l’économie états-unienne anémiée ; c’est ce que dénonce Donald Trump qui veut forcer les plus grands fonds de pension, essentiellement basés à Wall Street et à la City, à rapatrier leur avoirs pour les injecter dans l’économie intérieure : on comprend que tout le système se déchaîne contre lui mais aussi que les citoyens le soutiennent contre vents et marées.
 
Dès la fin de la dernière guerre mondiale, les Etats-Unis ont su créer un glacis européen à leur service face à la menace soviétique en Europe. Après la chute de l’URSS, en 1990-91, n’ayant plus aucun rival dans le monde, ils ont considéré que c’était leur rôle, presque de façon messianique, d’apporter à l’ensemble de la planète les bienfaits du mode de vie américain. Mais depuis vingt-cinq ans la Russie, sous la houlette de Vladimir Poutine, est sortie des cendres où Boris Eltsine l’avait enfouie, et s’affirme désormais comme un pôle civilisationnel ancré sur la foi orthodoxe, et une puissance émergente, au même titre que l’Inde, la Chine et l’Iran sur d’autres valeurs spirituelles. Les BRICS prennent corps un peu plus chaque jour et s’organisent dans des projets économiques, financiers, politiques et stratégiques, notamment avec l’immense projet de nouvelle route de la soie et de ceinture maritime. La suprématie totale états-unienne est finie, même si elle est encore la première puissance économique et militaire du monde, pour combien de temps ?
Les experts avisés de Washington l’ont compris et deux courants s’affrontent qui s’expriment dans la campagne actuelle : ceux qui veulent adapter les EU au monde nouveau en cessant les interminables guerres, même celles menées avec les soldats d’alliés dociles, et en négociant de nouveaux équilibres avec le monde,  et ceux qui refusent ce déclin pourtant inexorable, en cherchant à prolonger une suprématie impossible, créant au minimum le chaos pour empêcher les adversaires supposés de s’imposer. Le dollar, devenu monnaie de papier qui finance leur dette abyssale mais non plus leur économie, doit rester la monnaie universelle et les velléités des BRICS de s’en affranchir doivent être combattues, y compris par des opérations militaires apportant ce chaos.
 
Désinformation
Pour atteindre leurs objectifs les Etats-Unis disposent de médias chargés de défendre la stratégie états-unienne partout dans le monde. Dépendant de la Maison Blanche, le "Bureau of Public Diplomaty : Bureau de diplomatie publique", appellation en forme de litote, dispose d’un budget énorme pour créer les scénarios qui présentent les Etats-Unis comme les défenseurs du droit et des libertés et justifient ses interventions militaires dans ce but. Les agences de presse relaient ces scénarios, ainsi que de nombreuses ONG financées par de généreux capitalistes et chargées, sous couvert de sentiments humanitaires, de dénigrer les opposants et d’encenser les Etats-Unis. Des mensonges éhontés sont diffusés, comme on l’a vu dans la description médiatique de la bataille d’Alep. Les médias décrivent la bataille de Mossoul comme la reprise par Bagdad et ses alliés d’une ville martyre conquise par Daesh en 2014, tandis qu’à Alep serait le siège et l’attaque brutale de l’armée syrienne aidée par ses alliés contre ses propres habitants massacrés sous les bombes !
L’emploi d’armes chimiques par les rebelles, aidés en cela par l’Arabie et la Turquie, a été plusieurs fois imputé à l’armée syrienne avec diffusion de photos et vidéos de civils innocents victimes de cette barbarie, mais pas de combattants terroristes : quel gain tactique aurait l’armée syrienne à tuer des civils innocents ? Le mensonge a pourtant été répété par les gouvernements états-unien, britannique et français, encore récemment à l’ONU.
La Russie subit aussi cette désinformation depuis le début de son intervention militaire en septembre 2015 et encore récemment dans les combats d’Alep. Mais peu de journalistes ont repris l’information de l’attaque aérienne des avions états-uniens sur les positions de l’armée syrienne à Deir el Zor le 17 octobre dernier, tuant plus de 80 soldats syriens et permettant à Daesh de monter un assaut coordonné avec l’attaque pour prendre la position syrienne. "Une erreur" d’après le commandement états-unien !
 
Les médias contrôlés sont devenus l’arme de destruction massive la plus efficace pour déformer la réalité et manipuler les opinions publiques. Toutes les campagnes électorales aux Etats-Unis et en Europe, notamment en France, en sont l’illustration désolante.
Dans cette ambiance tragique, la résistance de la Syrie, aidée par ses alliés, à la volonté occidentale de renverser le pouvoir légal en soutenant les terroristes islamistes par tous les moyens restera un exemple historique. C’est en effet en Syrie que le destin du monde a changé : les renversements successifs et rapides de Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Egypte, Kadhafi en Libye n’ont pas été suivis du renversement de Bachar el Assad, comme je l’avais prédit, écrit et répété, parce que les conditions socio-politiques n’étaient pas comparables. En avril 2013 j’avais d’ailleurs intitulé une analyse publiée par la RDN dans une Tribune datée du 3 mai : "La crise syrienne : creuset tragique de la naissance du nouvel ordre mondial."
 
Les vrais journalistes ont d’ailleurs commencé à dénoncer les mensonges éhontés sur la Syrie, même si certains ont du mal à s’émanciper de la propagande qui présente Bachar el Assad comme un tyran sanguinaire qui se maintiendrait au pouvoir en massacrant son peuple avec l’aide d’une clique minoritaire. Si des erreurs initiales ont peut-être été commises à Deraa en 2011 dans la répression du soulèvement, c’est parce que les premières victimes de ces manifestations soi-disant pacifiques ont été des membres des forces de l’ordre et que le gouvernement savait par qui ces mouvements étaient manipulés. Comment aurait-il pu tenir bientôt six ans contre ces hordes fanatiques s’il ne disposait pas d’un fort soutien populaire, dans la population sunnite même qui ne veut pas des barbares au pouvoir. Les experts le savent d’ailleurs et c’est pourquoi ils ne veulent pas d’une solution politique et d’un vote libre. L’aura du Président, qui montre dans cette lutte tragique des qualités d’homme d’état et de courage, est grandie par cette adversité surmontée que les honnêtes gens lui reconnaissent.
 
Résistance
Il existera une analogie future entre la Résistance française à l’invasion nazie et la résistance syrienne aux hordes barbares venues de toutes les régions du monde. Le peuple syrien que j’ai rencontré ne veut pas dire de quelle religion ou ethnie il est mais il se groupe derrière son Président en espérant le retour d’une situation normale. Rappelons que l’armée est naturellement composée majoritairement de soldats sunnites puisque c’est une armée de conscription et que la grande majorité de la population est de cette religion.
Le Mufti de la République, Mohammed-Badreddine Hassoun, la plus haute autorité sunnite du pays, m’explique la nécessité de faire la différence entre les lois de l’état, qui sont des lois de contrainte pour permettre la vie harmonieuse en société, et les lois de Dieu qui sont des lois d’adhésion à l’Amour prôné par le Créateur. Je lui réponds en lui disant que Jésus est le fondateur de l’idée de la séparation de l’église et de l’état avec sa réplique aux Pharisiens : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu." Il m’approuve et m’explique que la réunion des hauts dignitaires religieux de l’islam organisée cette année à Grozny par Poutine, avec la présence des responsables égyptiens d’Al Azhar, a été un moment important dans la dénonciation de la doctrine sectaire et terroriste du wahhabisme. En définitive, mes multiples rencontres avec les Syriens, responsables ou simples citoyens m’ont laissé l’impression d’un pays uni derrière ses dirigeants pour faire face à l’adversité. Les différences sociales, religieuses ou ethniques, se sont même effacées dans cette lutte commune.
J’ai rencontré un des dix députés kurdes du Parlement syrien, M. Omar Oussi, proche d’Ocalan, qui m’a assuré que cette crise a renforcé leur hostilité contre la Turquie et que la paix revenue, les Kurdes syriens seront des fidèles du gouvernement de Damas qui les défend contre les ambitions turques dans leur région du Rojava. Ils se démarquent des partis politiques kurdes irakiens qui ne sont d’ailleurs pas d’accord entre eux. C’est pourquoi je ne crois pas à la réalisation d’une Syrie fédérale après cette crise tragique. Le sentiment national est présent dans la majorité du peuple.
 
Lutte contre le terrorisme
La menace terroriste en Europe, et particulièrement en France, est désormais trop forte pour que nous ne prenions pas immédiatement les mesures pour la combattre efficacement.
Nous devons nous rapprocher de ceux qui la combattent en première ligne, et mettre en demeure les états qui l’utilisent à des fins stratégiques de cesser tout soutien à cette plaie.
Nous devons reprendre des relations diplomatiques avec Damas, mesure préalable indispensable à la reprise d’échanges de renseignements avec les services syriens, les mieux renseignés du monde sur les réseaux terroristes et coordonner nos actions avec les Russes et les Iraniens qui ont aussi des informations précises sur l’organisation de ces nébuleuses criminelles.
Il est probable que les réseaux de Daesh, en voie de subir une défaite militaire sur les terrains syrien et irakien, vont demander à leurs candidats au suicide dont ils ont une réserve inépuisable en Europe et particulièrement en France, de commettre des attentats encore plus meurtriers que ceux que nous avons déjà connus. Je le dis ici et maintenant avec force : il serait criminel de ne pas chercher à déjouer ces attentats en s’informant auprès des services de renseignement étrangers qui peuvent permettre de déjouer une action terroriste en préparation. Dans la campagne présidentielle qui commence en France, si un nouvel attentat majeur se produit, le peuple français demandera des comptes aux politiques qui n’auront pas su les protéger en raison de l’obsession idéologique de vouloir renverser le gouvernement légal de Damas. La vie de nombreux Français est en jeu.

Novembre 2016

Retour d’Iran

Publié dans De par le monde
Retour d’Iran
 
Professeur à la Sorbonne et professeur à l’Ecole Spéciale Militaire (ESM) de Saint Cyr, Thomas Flichy de La Neuville écrit dans une analyse érudite et d’une grande pertinence :
"En tant que puissance, l’Iran se pense en partie par rapport à la France. Il ne fait d’ailleurs nul doute que l’exemple du général de Gaulle, ayant fondé l’indépendance militaire française sur la dissuasion nucléaire afin de garantir le territoire national contre l’humiliation d’une nouvelle défaite, n’ait exercé une influence certaine sur les élites iraniennes. Tout comme la France, l’Iran se présente comme une exception culturelle ; tout comme elle, ce pays aspire à l’indépendance."
Il faut ajouter que si ces élites, dans leur souci de retrouver l’indépendance et la souveraineté de leur pays, ont pu envisager à l’époque d’acquérir l’arme nucléaire "qui rend invulnérable" comme le disait le Général, il est désormais affirmé par une fatoua religieuse du Guide qu’elle est contraire à la religion et donc interdite. La technologie nucléaire comme avancée scientifique pour le développement n’en reste pas moins à leurs yeux un droit inaliénable.
La Révolution Islamique d’Iran reste encore mal connue de l’Occident, voire incomprise ou accusée d’extrémisme parce qu’en dehors de quelques experts comme Thomas Flichy de La Neuville, peu ont pénétré ses ressorts profonds et son fonctionnement.
 
Doctrine
Dès 1978, à  l’aube de la révolution en Iran, le philosophe Michel Foucault s’est rendu sur place pour comprendre le sens qu’il fallait lui donner. Sa pensée qui a toujours cherché à comprendre les rapports entre le savoir et le pouvoir voulait voir ce mouvement qui s’inspirait d’une culture, religieuse mais pas uniquement, pour proposer un nouveau modèle politique. On peut ne pas adopter toutes ses conclusions mais sans doute a-t-il été le premier intellectuel à pressentir dans l’évènement la naissance d’un mouvement d’une grande importance. Il a pensé que le nouveau régime qui s’installait à Téhéran aurait d’énormes conséquences sur les équilibres régionaux et bouleverserait le vingtième siècle.
Il déclara à son retour :
"C'est l'insurrection d'hommes aux mains nues qui veulent soulever le poids formidable qui pèse sur chacun de nous, mais, plus particulièrement sur eux, ces laboureurs du pétrole, ces paysans aux frontières des empires : le poids de l'ordre du monde entier. C'est peut-être la première grande insurrection contre les systèmes planétaires, la forme la plus moderne de la révolte et la plus folle."
 
Les Iraniens d’aujourd’hui lui vouent une grande admiration car les cercles de pensée que j’ai rencontrés considèrent en effet que leur régime s’inspire d’une conception globale de l’homme, donc des peuples et des nations qui les représentent. La culture, le savoir, les sciences sont partout présents dans les esprits et, dès leur entrée à l’école primaire, les petits Iraniens sont imprégnés du respect de la personne et des notions de géopolitique leur sont déjà enseignées pour inscrire dans leur esprit dès le plus jeune âge le sens de la citoyenneté et de l’indépendance de la nation pour le bien de tous. Les Iraniens sont conscients d’appartenir à une grande et ancienne civilisation qui doit trouver sa place dans le monde moderne en utilisant ce capital culturel dont tout est fait pour qu’ils le connaissent et s’en imprègnent.
Les élites intellectuelles et politiques répètent que la recherche effrénée du confort matériel et l’attrait pour la consommation sont désormais dépassés car ils ne reposent sur aucune spiritualité qui seule peut éviter à l’homme de s’enfermer dans l’égoïsme, voire l’absurde. L’argent est devenu le dieu Mammon devant qui l’on se prosterne. Mais ce monde est au bout de ses contradictions pour avoir oublié le sens de l’homme et sa métaphysique. Marx avait compris et décrit ces contradictions du capitalisme, mais le communisme international était resté une doctrine matérialiste et athée qui ne pouvait qu’échouer car l’homme a besoin d’une aspiration vers l’éternité et d’une espérance autre que le confort ici-bas. On rejoint ici Malraux que les intellectuels iraniens citent en annonçant la mortalité des civilisations si elles ne trouvent pas leur valeur suprême. Quant à Paul Valéry, il nous avait prévenus : nous savons désormais que notre civilisation est mortelle.
 
Ce qui permet de comprendre le système politique original de la République Islamique d’Iran où le Guide Suprême de la Révolution veille, entouré de conseillers choisis parmi les hommes ayant le plus de culture et d’expérience, à la préservation des valeurs fondamentales qui sous-tendent l’action politique du Président de la République et du gouvernement. La doctrine est naturellement au-dessus de l’action politique et il n’y a pas réellement de subordination puisque l’une ne peut aller sans l’autre. La doctrine inspirant l’ensemble des activités, on voit de nombreuses organisations, souvent des organisations non gouvernementales (ONG) comme de nombreuses fondations exercer leur activité sans lien organique avec les structures politiques. Une cohérence de l’ensemble est ressentie, ce qui n’empêche pas les différences d’appréciations dans différents domaines.
La population iranienne est instruite, notamment les femmes qui constituent 70 % des 4,6 millions d’étudiants.
Cet effort énorme sur l’acquisition du savoir dès l’enfance est pensé dans des centres de recherche de très haut niveau intellectuel.
 
Le Centre YARIN, en anglais DAC, Doctrine Analysis Center, forme chaque année de 600 à 700 étudiants permanents et de nombreux autres candidats libres sur le modèle du Collège de France dont le modèle l’inspire. Le Directeur du Centre, homme d’une grande culture philosophique et géopolitique, m’a présenté leurs études en doctrinologie, en stratégie, en polémologie. Il appelle l’ennemiologie la connaissance de la pensée, de la doctrine et de la stratégie du reste du monde et en tire des conclusions pour la stratégie iranienne pour les 50 prochaines années, avec une première étape dans 20 ans. Cette futurologie qui passe en revue la pensée occidentale détermine les tendances et doit permettre d’iraniser la stratégie sur la base de l’islam et l’histoire de l’Iran.
Les travaux des Centres américains et britanniques sont étudiés minutieusement dans tous leurs aspects, notamment le TRADOC américain- US Army Training and Doctrine Command, le DCDC britannique -Develop Concept Doctrine Centre- du Ministère de la Défense de Grande Bretagne, et des ouvrages en sont tirés pour élargir la connaissance de ces doctrines et permettre de différencier leur propre doctrine. 300 étudiants seront diplômés cette année avec un doctorat.
 
Le Directeur du Centre qui prise la pensée française dont il connaît les philosophes et les stratèges comme Beaufre, Ailleret, Gallois, estime que la France qui était la lumière du monde de la pensée n’a plus de vrais philosophes et stratèges depuis la disparition du Général de Gaulle, cette pensée française s’alignant sur celle des Etats-Unis, de même que celle de l’Allemagne. La France, dit-il, n’a plus nationalisé sa pensée stratégique et suit, comme l’Allemagne, la pensée britannique et américaine. Elle a un problème de doctrine quand un Français est prêt à tuer un autre Français. Cette lacune mérite une réflexion nouvelle.
 
Tous ces travaux ont pour but de construire une doctrine iranienne de la nation qui semble échapper désormais à l’Europe, la notion westphalienne étant oubliée alors que les pays d’Asie la reprennent. D’après lui, désormais les différences sont  devenues stratégiques car la doctrine est absente alors que  le monde devrait reposer sur le respect des nations avec leurs différences pour éradiquer la violence, comme le Président Rouhani l’a proclamé lors de son discours à l’Assemblée Générale des Nations Unies le 13 septembre 2013. Aucune culture ne peut se prévaloir d’une supériorité pour s’imposer au reste du monde.
 
Les gains de la révolution islamique permettent de recréer une indépendance de la pensée et de la science que l’époque du Shah avait annihilée et liée à l’Occident. Les militaires de l’époque du Shah étaient formés en France et aux Etats-Unis.
J’ai osé dire à mes interlocuteurs qu’il existait encore des penseurs stratégiques et des intellectuels indépendants mais qu’ils n’ont pas droit de cité s’ils ne pensent pas dans la doxa atlantiste. J’ai mentionné les talents de l’écrivain Philippe de Saint-Robert et sa recension récente d’un livre du théologien orthodoxe Jean-François Colosimo, "Les hommes en trop", parue dans la revue Espoir du début 2016 :
"Visiblement Jean-François Colosimo pense que c’est avec le chiisme que nous aurions le plus d’affinités." C’est la Constitution iranienne, écrit-il, qui prévoit des postes de députés pour les chrétiens, les juifs, les zoroastriens, et c’est la saoudienne qui assimile la manifestation d’une quelconque forme de liberté religieuse, hors la Sunna, à une profanation passible de la peine capitale. (…) A la différence de la clôture sunnite sur le Coran, la Loi et la répétition, le chiisme représente un islam de la prophétie, de la médiation et de l’interprétation. Parce que pensée du milieu entre Dieu et l’homme, le visible et l’invisible, l’apparent et le secret, la théologie chiite rouvre l’histoire à l’attente d’une délivrance incarnée." En quoi nous nous serions donc trompés en soutenant l’Irak contre l’Iran pour complaire aux Américains qui avaient une revanche à prendre sur la période la plus agressive de la dictature des mollahs, installés par nous-mêmes, faut-il le rappeler, à Téhéran."
S’il est vrai que les débuts de la révolution iranienne ont étés brutaux pour asseoir son pouvoir politique- quelle révolution ne l’a pas été, notamment la nôtre-, le régime, sous la direction de l’imam Khomeiny a rapidement appliqué ses préceptes religieux de tolérance, même pendant la guerre contre l’Irak où les chefs militaires n’ont pas été autorisés à utiliser les mêmes moyens que leurs adversaires jugés inacceptables. (Gaz)
 
Géopolitique
Les questions financières sont au cœur de leurs études : ils estiment que la dette publique mondiale de 58 000 milliards de dollars, avec des échanges qui ne reposent que sur du papier émis chaque jour sans être adossé à l’or, ne peut que déboucher sur une crise générale. Ils rappellent que les civilisations basées sur l’usure (le reba du Coran), ont disparues : Jérusalem, Sparte, Rome. En Occident ce système a commencé à Venise il y a 700 ans, illustré par Shakespeare dans "Le marchand de Venise".
 
La Russie est l’objet de leurs études pour lesquelles ils ont reçu le penseur russe Alexandre Douguine et sa mission eurasienne ; ils voient en Vladimir Poutine un grand stratège. Pour eux la Russie se détourne de l’Europe pour construire avec l’Asie des partenariats commerciaux financiers et stratégiques. Face à la belligérance de l’Europe envers elle en Ukraine, elle utilise ses atouts en Syrie.
La Russie  est regardée comme la principale puissance qui a compris les musulmans et soutient les vrais, chiites comme sunnites, et devient leur héros. Pour cette raison il peut combattre efficacement le terrorisme islamique approvisionné par les six dictatures familiales du Moyen-Orient : Arabie Séoudite, Emirats Arabes Unis, Koweït, Bahreïn, Jordanie, Qatar, ainsi qu’Israël. Etats qui empêchent la création d’un état pour le peuple palestinien.
Elle a fait une croix sur la Turquie actuelle qui perd beaucoup de cette rupture et Poutine en augmente sa popularité.
Les relations de la Russie avec l’Iran sont étroites et nombreuses dans le domaine commercial, notamment agricole, mais aussi stratégique. En Syrie ils ont les mêmes intérêts à défendre et font les mêmes analyses. La concertation est constante sur les opérations militaires. Ils estiment que 7 000 tchétchènes sont dans les rangs de DAESH.
La Russie redevient une puissance de premier ordre en s’appuyant sur une conception humaniste de l’homme, inspirée par sa foi orthodoxe qui la conforte dans l’adversité. C’est pourquoi, malgré les vicissitudes, elle surmontera les épreuves et pourra devenir un pôle civilisationnel.
 
Ils entretiennent avec la Chine des rapports étroits car leurs intérêts se recoupent souvent, de même qu’avec de nombreux pays asiatiques. En outre ces pays ont gardé avec eux des relations pendant la difficile période des sanctions. De même avec la Turquie qui, si elle a des objectifs opposés à eux, notamment en Syrie, a besoin d’eux pour sortir de l’impasse stratégique dans laquelle elle s’est placée par ses options en Syrie. Le Premier Ministre turc était d’ailleurs en visite sur place dans ce but.
Ils ont également diverses relations avec des pays africains, notamment francophones, dans l’agroalimentaire, les matières premières et le pétrole.
Vis-à-vis de l’Occident, ils regrettentla disparition de la France du général de Gaulle qui avait une pensée humaniste et prônait l’indépendance des nations, le respect des différentes cultures et le droit des peuples à disposer eux-mêmes de leur destin. Le Général avait compris, lui, que les états-nations étaient la meilleure expression des souverainetés populaires et ils voient en lui un visionnaire pour l’humanité, au même titre que l’Imam Khomeiny, décelant beaucoup d’analogies dans leurs visions.
Ils insistent sur le respect des minorités en Iran où 5 députés représentent leurs intérêts au Parlement :
Sur les 100 000 chrétiens d’Iran, 80 % sont des Arméniens orthodoxes, dont beaucoup ont étés accueillis lors des massacres en Turquie, et leur Patriarche Sebouh Sarkissian se félicite de l’ouverture des chiites d’Iran. Ils ont 2 députés
Les assyriens et chaldéens en ont 1
Les juifs 1
Les zoroastriens 1
grâce aux quotas qui leur sont accordés par la Constitution car le suffrage universel ne leur laisserait aucun représentant.
 
Conclusion
Les Iraniens sont fiers de leur patrimoine culturel et des capacités de résilience dont ils ont fait preuve face aux sanctions de l’Occident. Ils ont conscience d’être dans une position géographique stratégique et qu’ils représentent un marché de 400 millions d’habitants par leur voisinage. Ils n’oublient pas ceux qui les ont soutenus pendant ces années difficiles au cours desquelles ils ont développé une économie de subsistance dans de nombreux domaines, notamment agricole.
Depuis l’accord du 14 juillet 2015, et surtout depuis le début de l’année 2016, les délégations étrangères se succèdent à un rythme élevé, montrant l’intérêt économique que leur témoignent  beaucoup de pays, tout particulièrement les asiatiques, Coréens, Japonais, Vietnamiens, Chinois, Indiens, Pakistanais, Afghans. Les Européens ne sont pas absents mais doivent faire preuve de savoir-faire car les Iraniens sont intéressés par leur technologie mais ne partagent pas leur doctrine.
Des officiels britanniques, allemands et russes viennent en visites privées.
La France doit chercher les moyens de retrouver une place de choix en Iran car, si la diplomatie française hostile depuis deux septennats n’est pas oubliée, elle dispose quand même d’un capital culturel ancien qui pourrait retrouver de l’éclat pour peu qu’elle fasse preuve d’indépendance vis-à-vis de la doctrine atlantique et surtout qu’elle essaie d’équilibrer ses liens avec les monarchies sunnites du Golfe qui ont à l’évidence moins d’avenir que la Perse qui revient avec force dans le concert des nations.

Terrorisme et politique étrangère

Publié dans En France
Quel lien entre le terrorisme qui frappe la France et sa politique étrangère ?
 
Dans la revue trimestrielle de la Fondation Charles de Gaulle, Espoir n° 166, automne 2011, consacrée à la politique arabe de la France depuis de Gaulle, l’historien Renaud Meltz écrit :
"Le fait est que Paris s’aligne sur les Etats-Unis, sous la présidence de Sarkozy, sur presque tous les dossiers, de l’Iran à la Libye en passant par le Liban, à l’exception notable d’une position encore distincte sur la question palestinienne."
On aurait pu penser, ou espérer, que cette tendance se serait modifiée avec l’arrivée de François Hollande, mais c’est l’inverse qui s’est produit, la France devenant le premier allié de la stratégie américaine dans le monde, avant même les Britanniques de l’aveu même de diplomates étatsuniens.
 
Ceci est dramatique car nous voyons les effets dévastateurs de la stratégie du chaos appliquée depuis des années par Washington, ses armées dévastant les pays musulmans stables, seuls capables de s’opposer au terrorisme islamiste. Celui-ci s’est désormais implanté durablement en Irak, en Syrie, en Libye et fragilise la Tunisie, l’Algérie, l’Egypte, de même que l’Afrique sahélienne et sub-saharienne.
Heureusement, récemment, le gouvernement d’Obama a imposé un accord avec l’Iran, contre les puissantes pressions des groupes menés par la finance internationale qui s’agitent à Washington. Accord que la diplomatie française a longtemps cherché à torpiller, associée en cette manœuvre à Israël et l’Arabie Séoudite. Heureusement que la fine diplomatie iranienne a accepté le revirement français qui a suivi l’accord du 14 juillet dernier. Car comment lutter contre l’islamisme sunnite sans s’appuyer sur l’Iran ?
En réalité Téhéran a toujours cherché à s’entendre avec les pays arabes sunnites en proposant des arrangements raisonnables, mais l’Arabie, champion du wahhabisme sectaire et intolérant, a toujours rejeté ses avances. La Turquie, dont la constitution est laïque mais la politique de plus en plus islamiste s’est placée en alliée de cette intransigeance et, après avoir eu un comportement douteux, voire hypocrite, a brusquement tranché en abattant un avion russe en Syrie.
Car la Russie, par son intervention militaire en Syrie en septembre a bouleversé la donne et obligé les uns et les autres à mettre bas les masques hypocrites. Ce qui lui vaut l’hostilité plus ou moins affichée des puissances qui tirent des avantages directs ou indirects des conquêtes de DAESH, notamment de la Turquie dont l’objectif obsessionnel est de renverser le gouvernement de Damas pour y installer ses alliés islamistes. D’où son attaque du SU-24 russe et, aussitôt, son appel à la solidarité de l’OTAN.
Cet acte impardonnable sera lourd de conséquences pour Ankara et sans doute pour la coalition dirigée par les EUA car le Président Poutine est sorti du langage diplomatique pour dénoncer le rôle de la Turquie depuis l’origine dans son soutien à DAESH, lors de la conférence de presse qu’il a tenue en compagnie du Président Hollande à Moscou vendredi dernier. La Russie défend en Syrie ses intérêts stratégiques, car elle est menacée  directement par un retour chez elle des terroristes islamistes. Son soutien au Président Assad s’appuie sur le droit international en répétant que c’est aux Syriens de décider de leur sort et non à des puissances extérieures.
 
A ce sujet, pour en finir avec la désinformation largement diffusée par les médias occidentaux, il convient de savoir que des sondages d’organisations occidentales, notamment américaines, ont montré que le résultat d’un vote des Syriens, contrôlé par l’ONU ou des instances impartiales, serait en faveur de Bachar el Assad, malgré les mensonges éhontés sur l’emploi des armes chimiques ou les massacres de civils. C’est bien pourquoi ceux qui veulent son départ ne veulent pas d’un vote libre. Alors, face à la réalité devenue évidente que pour lutter contre le terrorisme islamiste il faut s’appuyer sur l’armée syrienne en premier lieu, comme il faudra ensuite le faire avec l’armée irakienne, on manie des subterfuges ou des arguties pour dire que l’on va s’entendre avec les Russes, avec l’armée syrienne et ceux qui participent activement à la lutte comme le Hezbollah libanais et les forces spéciales iraniennes, donc qu’on va s’entendre avec le gouvernement mais pas avec Bachar ! Il y a là comme une litanie schizophrénique, car comment séparer l’état syrien qui lutte depuis près de cinq ans contre un terrorisme international, soutenu directement ou indirectement par des puissances régionales ou pas, de son chef qui a pris une ampleur incontestable pour les observateurs impartiaux et connaît aussi à l’intérieur une adhésion de la majorité de la population effrayée par la perspective d’une arrivée au pouvoir des islamistes à Damas. Contrairement aux slogans répétés par les médias, le gouvernement n’est pas une minorité d’alaouites s’accrochant au pouvoir par la terreur avec l’appui de quelques minorités notamment chrétiennes, mais un gouvernement d’union nationale majoritairement constitué de sunnites.
 
La France qui a commis des erreurs sur le dossier iranien et a su les corriger pour s’adapter à la nouvelle donne, peut reconnaître celles sur le dossier syrien et s’adapter à la nouvelle situation engendrée par l’initiative russe. Il semble qu’elle en prenne le chemin depuis la rencontre de Moscou en acceptant les propositions russes de collaboration avec leurs forces et celles qui agissent sur le terrain. C’est admettre implicitement qu’on s’était trompé d’ennemis, et nous n’en demanderons pas plus, à partir du moment où nous savons qu’il n’est plus question de rester dans l’ambiguïté face au terrorisme qui nous menace directement sur notre territoire, comme il menace d’autres pays européens.
Il est vital que nous reprenions langue avec le gouvernement syrien pour que nos services reçoivent de leurs homologues les informations vitales pour notre sécurité, sur la préparation d’attentats en France depuis la Syrie. Les ambiguïtés terminologiques entre "rebelles modérés, rebelles sains" et rebelles terroristes finiront par s’évanouir devant la réalité du terrain. Ces "sains et modérés" ont tous partie liée avec les organisations terroristes.
Les attentats terroristes qui nous ont frappés ont tous un lien avec la Syrie. Et sur notre territoire de nombreux candidats au djihad sont potentiellement prêts à commettre des actes barbares. Je laisse le soin aux sociologues de détailler les motivations de ces populations dangereuses mais il est clair que nous n’avons pas su intégrer des populations issues de notre passé colonial qui ont développé un rejet de notre patrie. Pour ces populations en marge, les structures familiales sont souvent absentes et la seule loi reconnue est celle du clan qui dirige les trafics divers. Certains quartiers sont de véritables ghettos où la police, les pompiers ou les services administratifs ne peuvent plus entrer sans être agressés. Beaucoup de ces populations, musulmanes ou athées, voient un moyen de se venger de ce sort injuste dans le terrorisme islamiste.
Sans doute aussi notre politique alignée sur celle des EUA, qui implique un soutien à Israël, même si notre diplomatie s’efforce de défendre la cause palestinienne, est-elle mal reçue par des pays non alignés qui appréciaient notre politique autrefois indépendante. Les populations arabes, majoritairement musulmanes sunnites, nous associent maintenant directement à la politique américaine, surtout depuis que nous avons adhéré à la coalition dirigée par les EUA. Or, pour beaucoup d’entre elles, les EUA sont toujours le grand Satan.
 
Il est clair aussi qu’une immigration incontrôlée depuis des années, ajoutée aux récentes propositions irresponsables de l’Allemagne de laisser venir en masse des milliers de pauvres hères issus de pays dévastés par les guerres occidentales, ou de pays qui ne peuvent les nourrir, parmi lesquels se cachent des djihadistes déclarés ou potentiels, immigration favorisée par l’UE, doit inciter à revoir les accords de Schengen.
C’est d’ailleurs l’UE dans son ensemble qui est mise en accusation par ces phénomènes qu’elle est incapable de juguler et même de comprendre. On voit bien que face à la menace directe, les Etats nations reprennent leurs prérogatives, foin d’utopies universelles et de "dividendes de la paix" ! L’UE qui n’a pas pu bâtir une armée européenne si chère aux Présidents français successifs, même au prix d’un retour dans l’OTAN militaire, parce que les autres Etats préfèrent s’en remettre à l’Alliance pour les défendre (cela coûte moins cher à tous égards !), est incapable de lutter contre le terrorisme en Europe et ses sources internationales. Seule la France s’y consacre en Afrique, pour le bien de tous les autres. L’Allemagne vient de promettre à la France 650 de ses soldats pour le Mali, c’est bien, mais puisque nous assumons en même temps la défense de l’Europe, nous devrions renforcer notre budget de Défense en sortant des exigences du pacte de stabilité, la sécurité primant sur l’économie comme l’a dit le Président Hollande. Consacrer 6 % (3 % pour la Défense Nationale, 3 % pour la Gendarmerie et la Police) seulement de nos dépenses publiques pour la défense et la sécurité de la France, et par conséquent de l’Europe, est insuffisant.
En réalité, seuls les idéologues de l’UE croient encore à son existence. Sa monnaie qui, depuis sa création, détruit les économies sauf celle de l’Allemagne, est morte en Grèce, ne survivant que comme un pis-aller par des artifices pour empêcher l’éclatement du système. L’UE, incapable de répondre aux menaces concrètes autrement que par des incantations décalées, n’est que le relais sur le continent d’une politique étatsunienne antirusse qui dessert ses propres intérêts. Elle est morte sans que son acte de décès n’ait été officiellement annoncé car ses thuriféraires idéologues ne l’ont pas encore réalisé : mais les nations reprennent leurs droits face à l’adversité et des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour une levée des sanctions qui frappent la Russie, prônant un rapprochement urgent de notre allié naturel sur le continent. Allié qui est le seul à parler le langage de la vérité en dénonçant les hypocrisies d’un monde qui se veut encore unipolaire, alors qu’il est urgent de mettre sur pied une coalition multipolaire pour lutter contre le terrorisme qui nous menace tous, plus efficacement que la coalition dirigée par les EUA qui a vu DAESH étendre son emprise depuis qu’elle a commencé à le frapper en Irak en juillet 2014.
 
Détruire le terrorisme islamique sera une tâche de longue haleine mais la menace que ce cancer de l’humanité représente est si pressante qu’il faut immédiatement prendre les mesures pour l’éradiquer. En commençant par le détruire là où il se nourrit, en Syrie et en Irak, ce qui implique des mesures militaires associées à un projet politique, en particulier en Irak, en exigeant la fin de tous les soutiens financiers, matériels et humains qui lui sont fournis par des puissances sunnites dont le double-jeu doit cesser, à commencer par la Turquie. On sait que l’Arabie a renforcé ses livraisons d’armes à "ses" rebelles depuis le début de l’intervention russe, notamment en moyens anti-aériens.
Simultanément il faut entreprendre une politique de retour du droit dans les portions de territoire français qui ne le connaissent plus. Cela implique un renfort des effectifs de police et un soutien sans failles du gouvernement à leur action, ce qui implique aussi une autre attitude de la Justice. Alors, les hors-la-loi de ces quartiers sauront ce que sont les lois de la République et devront chercher à s’y conformer.
Enfin, comme plusieurs hommes politiques l’ont demandé, le rétablissement d’un service militaire facteur de cohésion sociale, et vivier de futurs citoyens responsables et fiers de l’être, devrait être décidé.
Ces mesures augmenteront les dépenses publiques mais c’est la seule solution si nous voulons lutter efficacement contre la menace qui est prête à se matérialiser à tout moment et n’importe où sur notre sol, commanditée par DAESH ou sur simple pulsion de réseaux locaux habités par la haine du pays.
Le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité a dit le Président, approuvé par Bruxelles qui pouvait difficilement s’y opposer. Ceci implique des mesures budgétaires pour augmenter le budget de notre défense afin de mettre enfin en adéquation ses missions sans cesse plus nombreuses avec les moyens. Les gouvernements successifs depuis plus de quarante ans n’ont cessé de diminuer le budget de la défense, croyant engranger les "dividendes de la paix", réduisant notre Armée de Terre à 110 000 hommes, alors que la coalition luttant en Afghanistan contre un ennemi bien inférieur à DAESH comptait 130 000 hommes et n’a pas réussi à le vaincre. Or nous intervenons aujourd’hui au Liban, en Afrique au Sahel, en Centre Afrique, et maintenant sur le territoire national, au total dans vingt-sept opérations différentes. On ne peut continuer ainsi : ce ne sont pas les missions qu’il faut diminuer car elles sont toutes indispensables, mais les moyens qu’il faut mettre à niveau avec un froid réalisme. Le porte-avions Charles de Gaulle assure la stratégie française en Syrie a dit le Président. Bien. Qu’en sera-t-il de cette stratégie pendant les vingt mois de grand carénage du bâtiment ? La conclusion logique n’est-elle pas qu’il en faut un second, ce qui assurera en outre la pérennité du savoir-faire que nous sommes encore seuls à posséder avec les Américains et des retombées positives sur l’activité de nos entreprises.
Au pays de Descartes, il serait temps que le raisonnement stratégique retrouve enfin sa cohérence et que les politiques acquièrent le froid discernement et le courage qui font les hommes d’état.
"Il n’est pas dans les armes de carrière illustre qui n’ait servi une vaste politique, ni de grande gloire d’homme d’Etat que n’ait dorée l’éclat de la défense nationale." (Dernières lignes de Le Fil de l’épée de Charles de Gaulle, 1932)

Intervention prévue lors du Colloque de l’Académie de Géopolitique de Paris du 3 décembre 2015 - (Colloque reporté pour des raisons de sécurité)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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