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CORVEZ Alain

CORVEZ Alain

Né le 24 juillet 1941
Marié  - 4 enfants

Officier supérieur (ER)
Conseiller en stratégie internationale

Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr

Conseiller en Relations Internationales au Ministère de l’Intérieur (1989-1994)
Conseiller du Général commandant la Force des Nations Unies au Sud Liban (FINUL) (1988-1989)
Commandant en second du 94éme Régiment d’infanterie motorisée (1986-1988)
Au Ministère de la Défense
     Suivi de la concurrence mondiale économique, scientifique et technique (1983-1986)
A l'Ambassade de France en Zambie (missions en Afrique australe (1980-1983)
Spécialisation en relations internationales
Carrière d’officier d’infanterie (1976-1978)

Membre du Cercle d’Etudes et de Recherches du Général Pierre Marie Gallois (+)
Membre du Forum pour le France présidé par l’ambassadeur Pierre Maillard
Vice-président du Cercle ARAMIS
Ancien Secrétaire général de la Convention de la Fondation Charles de Gaulle
Secrétaire Général de la Fondation de la France Libre

Distinctions
Chevalier de la Légion d’Honneur
Officier de l’Ordre National du Mérite
Croix de la Valeur Militaire

URL du site internet:

Du wahabisme

Publié dans De par le monde
Du Wahabisme
Intervention au cours du Colloque du CF2R sur le wahabisme du 18 janvier 2017

Introduction
Je voudrais essayer d'expliquer comment une secte minoritaire et fanatique de l'islam s'est imposée dans une grande partie de la péninsule arabique par l’alliance entre la famille guerrière des Séoud et la prédication de retour aux sources de l’islam primitif du mystique Abdul Wahab, créant un état qui a pris le nom de son fondateur-seul exemple au monde-, en bénéficiant des soutiens stratégiques des Britanniques, puis des Américains qui les entérinèrent avec le Pacte de février 1945 signé sur le croiseur Quincy entre Roosevelt et Ibn Séoud, étendant son influence à toute la péninsule et même au-delà grâce à la richesse de son sous-sol. Aujourd’hui, désolant les fidèles sincères de l'islam qui voient leur religion diffamée par cette vision blasphématoire enjoignant tous les musulmans de tuer ceux qui n’y adhèrent pas, cette idéologie archaïque a trouvé des soutiens et des alliés puissants qui l’exploitent à des fins stratégiques, alimentant ainsi le terrorisme qui prend les différentes formes que nous connaissons aujourd’hui et que prétendent combattre des coalitions occidentales vertueuses.
La crise provoquée par cette vision inculte, haineuse et sommaire de l’islam sunnite entraîne en son sein des craquements et des divisions, et pourrait amener les grands théologiens à vivifier les saintes bases de la foi sunnite pour l’adapter au monde moderne, en l’orientant vers l'avenir, à l'instar du chiisme tourné vers la prophétie et l’attente d’un monde meilleur. Des voix s’élèvent en ce sens, depuis deux ans environ, venant de responsables sunnites religieux, comme à Kazan et Grozny en 2016, et de chefs politiques musulmans mais laïques comme le Maréchal Sissi en Egypte. J’y reviendrai.
 
Historique
Le grand historien Jacques Benoist-Méchin a magistralement décrit les origines du monde arabe dans son livre : "Ibn Séoud, ou la naissance d’un royaume", publié en 1955, deux ans après la mort du roi Ibn Séoud, pour lequel il ne tarit pas d’éloges justifiés sur ses qualités guerrières et politiques. Il explique comment les tribus arabes au VIIème siècle attendaient un unificateur : ce fut Mahomet qui rassemblait les valeurs spirituelles, politiques et guerrières. L’expansion de l’islam fut alors fulgurante pendant les cent premières années, arrêtée en 732 en Europe par Charles d’Héristal (dit Charles Martel en raison de son ardeur au combat) dans la région de Poitiers, mais non pas écrasée, puisque son influence y restera sous différentes formes dans l’Europe méridionale. Mais la victoire de Charles Martel sur l’Emir Abderrahman auréola les Francs carolingiens d’un immense prestige pour avoir sauvé la chrétienté d’Occident.
"La domination musulmane ne s’en étendait pas moins de Narbonne à Kachgar (au Turkestan chinois) et le Calife, cette image de la divinité sur terre, se trouvait à la tête d’un empire plus vaste que ceux de Darius ou d’Alexandre le Grand."
 
Puis, à la fin du XVIIème siècle, le monde arabe qui avait montré tant de vertus guerrières exceptionnelles appuyées sur une foi ardente, s’était laissé aller au confort des situations acquises et avait dégénéré, accommodant la pratique de l’islam à sa soif de satisfactions matérielles, et développant en son sein des rivalités parfois sanglantes.
"Les tribus vivaient dans l’attente de l’homme qui restaurerait leur foi et referait leur unité. Elles s’interrogeaient anxieusement, attendant un signe, un présage et se demandaient si celui qui reprendrait en main leurs destinées serait, comme mille ans auparavant, un prophète ou un guerrier.
Ce fut un prophète : il s’appelait Mohammed-Ibn-Abdul Wahab."
 
Né à Azaïna, dans le Nedjd, en 1696, issu de la glorieuse tribu des Tenim, face à la dépravation morale de nombreuses tribus qui avaient perdu leur ancienne vigueur guerrière et s’étaient amollies dans la luxure et la jouissance des biens terrestres, notamment au Yémen, "Il préconisa qu’il fallait restaurer la Loi dans son antique pureté. Abolissant d’un geste mille ans d’histoire arabe, il revenait au point précis d’où était parti Mahomet.
…. Le guerrier cherchait une doctrine, le prédicateur cherchait une épée. Ils convinrent de mettre leurs forces en commun pour "accomplir la volonté divine et rendre au peuple arabe son unité perdue".
Afin de sceller cet accord Abdul Wahab donna à Mohammed Ibn Séoud (Le grand-père d’Abdul Aziz Ibn Séoud) sa fille en mariage en 1749 et lui confia la direction politique et militaire de l’entreprise. 
 
A la lecture de ce livre plein d’enseignements, on comprend aussi que le Yémen, berceau des premières civilisations arabes, a dû être soumis par les Séoud au cours des siècles car il représentait un contre-exemple existentiel, au point qu’Ibn Séoud aurait dit à ses héritiers :"Le bonheur du royaume réside dans le malheur de l’Yémen"
Benoist-Méchin détaille les épisodes qui ont amené la famille Séoud à dominer la péninsule par cette alliance de la doctrine inflexible et de l’intelligence guerrière :
….
"Car ce Dieu, qui était bon et miséricordieux envers ceux qui lui obéissaient aveuglément, se montrait impitoyable à l’égard de ceux qui transgressaient sa Loi. Les Wahabites se considéraient comme ses Elus, haussés par lui au-dessus du commun des mortels. Leur mission consistait à ramener tous les hommes sous son obédience, dussent-ils les y contraindre à coups de rapière."
 
Aujourd’hui
Après ce rappel historique, il faut comprendre que le wahabisme connaît aujourd’hui des divergences d’interprétation qui ont amené ses adeptes à se disputer sauvagement, entre les monarchistes et les antimonarchistes, comme l’explique l’islamologue Karim Ifrak dans une intervention érudite lors d’un colloque organisé en  mars 2016 par l’Académie de Géopolitique de Paris, divergences matérialisées par la prise de la Grande Mosquée de La Mecque en novembre 1979 par des wahabites mahdistes et donc takfiristes antimonarchistes. On sait que l’ordre monarchiste a été rétabli par l’intervention du GIGN français.
Je cite Karim Ifrak :
"Le wahabisme est un mouvement fondamentaliste aux soubassements politico-religieux sur lesquels les Al Saoud ont forgé leur politique de légitimité religieuse. Il repose sur une interprétation sommaire des Textes qui prône une pratique ritualiste la plus éloignée possible de l’islamisme. Victimes d’une vision idéaliste de l’islam, les adeptes du wahabisme prêchent un retour vers ce dernier dans sa forme la plus originelle possible. S’estimant être les dignes héritiers du salaf (les pieux ancêtres), ils n’hésitent pas à taxer les autres musulmans de déviants, voire dans le cas de certains, d’hérétiques. Aussi, à travers un prosélytisme soutenu financièrement et médiatiquement, le wahabisme ambitionne de ramener les non musulmans à se convertir à l’islam et les musulmans à épouser leur cause."
 
Enfin, notons que la confrérie des Frères Musulmans, durement réprimée par Nasser dans les années 50 qui voyait en elle un obstacle fondamental à sa vision d’unité panarabe, fut accueillie généreusement par l’Arabie en lutte contre son grand rival laïque, jusqu’au moment où elle commença à prêcher son islamisme antimonarchiste. Et nous connaissons les rivalités qui en découlèrent entre Doha et Riyad, notamment dans leurs relations aux différents groupes armés, puis lorsque les Frères accédèrent démocratiquement au pouvoir au Caire en 2012 avec Mohammed Morsi, en toute logique puisqu’ils étaient la seule formation politique restée organisée et soutenue financièrement de façon souterraine sous le régime de Moubarak.
 
Née en Afghanistan pour lutter contre les soviétiques, Al Qaïda a été la première structure rassemblant les djihadistes, financée par l’Arabie et le Pakistan, avec le soutien des services américains qui considéraient alors Oussama Ben Laden comme leur allié. Après les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par des citoyens séoudiens, George W Bush décida une opération militaire avec des bombardements massifs de l’Afghanistan qui, comme des experts dont le colonel René Cagnat l’avaient prédit, ne firent que détériorer la situation ; on sait où nous en sommes 16 ans après dans ce malheureux pays. Les Etats-Unis ont ensuite envoyé leur armée en Irak en 2003 où, sous la main de fer de Saddam Hussein le terrorisme n’existait pas : l’Irak a été détruit et le terrorisme d’inspiration wahabite y est devenu prospère. Regardons aussi la Libye où les EUA ont envoyé leurs alliés britannique et français faire le travail pour le résultat catastrophique que nous connaissons aujourd’hui. Ils ont apporté leur soutien renseignement et logistique à l’opération et ont ensuite eu un ambassadeur lynché dans le chaos qu’on avait créé.
 
Avec la guerre en Syrie, les djihadistes ont multiplié leurs organisations de lutte armée et leurs noms de guerre, en fonction de leurs affiliations et de leurs financements mais tous s’inspirent du wahabisme et montrent la même cruauté. Au nom de l’islam, leur but est de renverser le régime laïque de Damas, but qui est la raison même du soutien qu’ils ont trouvé à Riyad, Doha, Ankara, Washington, Paris ou Londres. DAESH, ou EI, Etat Islamique, n’est qu’une métastase du cancer d’Al Qaïda, en poursuit les mêmes objectifs au nom de la même idéologie, mais il a la particularité d’être au départ irakien et d’avoir été sous contrôle des services américains depuis ses débuts en 2014, s’érigeant en rival inacceptable de sa matrice créatrice.
On ne peut plus nous traiter de complotistes quand nous énonçons ces vérités puisque tout le monde a pu voir les vidéos authentiques où Hillary Clinton le dit, où le sénateur John McCain rencontre le chef d’AL Nosra dans la région d’Alep en 2013, où le Ministre des Affaires Etrangères français félicite la même organisation pour "son bon boulot en Syrie" ; et nous avons maintenant de nombreux témoignages qui attestent que John Kerry a semblé malheureux d’avouer, alors qu’il se croyait à huis clos, aux "révolutionnaires syriens" des Etats-Unis qu’il avait tout fait pour renverser le pouvoir légal à Damas, même en formant et équipant ses propres "rebelles modérés" mais que c’était un échec, ceux-ci ayant rejoint avec armes et bagages la nébuleuse terroriste. (1)
 
L’intervention militaire russe a cependant mis bas les masques, obligeant les Etats à dire clairement s’ils luttaient contre le terrorisme ou non. Erdogan, accusant les Etats-Unis de vouloir le renverser par un coup d’état en juillet 2016, a changé radicalement de position pour s’aligner sur la Russie et en subit depuis les conséquences tragiques avec les attentats meurtriers perpétrés sur son sol par DAESH. Mais l’hypocrisie qui a prévalu jusqu’ici du côté occidental n’est plus crédible ni acceptable, bien qu’on assiste à des manœuvres sordides de l’administration américaine finissante pour empêcher de reconnaître que c’est Moscou qui dirige désormais les affaires dans l’ensemble du Moyen-Orient : Ankara en premier l’a compris mais Riyad, Tel Aviv et les autres capitales savent aussi que leur sort dépend maintenant davantage des bonnes relations qu’elles auront avec Moscou, alliée de puissances importantes comme Téhéran et Pékin et de la redoutable force militaire du Hezbollah libanais, ce qui intéresse directement Israël.
Tout laisse penser que le pragmatisme du Président élu Donald Trump, qui prendra ses fonctions le 20 janvier, lui fera prendre en compte cette nouvelle donne et qu’il pourrait apporter son soutien au règlement russe de la guerre syrienne, par exemple en participant à la conférence d’Astana qui devrait initier la solution politique. C’est en effet au Kazakhstan que doivent se dérouler les pourparlers entre le gouvernement syrien et son opposition entourés des puissances impliquées, pas à Genève ou à Vienne, ce qui est un signal fort du déplacement du centre de gravité des affaires mondiales. Aujourd’hui, seule Moscou, du fait de ses alliances en Eurasie et en Asie, peut apporter à Ankara, Riyad, Tel Aviv des garanties de sécurité, voire de survie politique. C’est donc la Russie qui peut faire cesser les financements et soutiens du terrorisme takfiriste, qu’ils soient étatiques ou paraétatiques.
 
Kazan et Grozny en 2016
En réaction au terrorisme takfiriste, par des jugements sommaires mais compréhensibles on a vu se développer un mouvement de rejet global de l’islam en Europe et notamment en France où Daesh, affaibli sur le terrain organise ses attaques contre les "impies occidentaux". Il est vrai que la dénonciation de cette déviance criminelle qui a été faite par des autorités religieuses sunnites a été peu audible dans les médias malheureusement.
Pourtant un sommet de l’OCI (Organisation de Coopération Islamique) à Kazan en mai 2016 avait affirmé que le terrorisme n’avait rien à voir avec l’islam, les participants se contentant d’inciter à faire la différence entre le vrai islam et sa parodie. Mais surtout un évènement d’une extrême importance a eu lieu à Grozny du 25 au 27 août suivant où deux cents savants sunnites du monde entier dont les Ulémas d’Al Azhar ont dénoncé sans ambages les organisations sunnites déviantes qui encouragent le terrorisme, les répertoriant toutes, notamment le wahabisme, et ont émis une fatoua contre elles, distinguant l’islam véritable de l’erreur, et publié un communiqué appelant les autorités politiques à soutenir les instances religieuses modérées.
L’évènement de Grozny, dont je donne ici les références pour plus de détails, restera un moment important dans l’histoire de l’islam moderne, de sa refondation et de sa lutte contre le terrorisme. (2)
 
Le Maréchal SISSI : pour une révolution religieuse de l’Islam
Un autre élément important dans ce sens, dont on a curieusement peu entendu parler, est le discours que le Maréchal Sissi a prononcé devant les Ulémas de l’Université Al Azhar du Caire le 28 décembre 2014.
Il a parlé sans ambages devant les plus hautes autorités religieuses de son pays, et donc du monde sunnite, les incitant clairement, avec une grande intelligence et persuasion à prendre position pour que l’islam ne soit pas la religion assimilée au terrorisme. Ce qu’il a dit est tellement important que je vais vous en citer des extraits significatifs :
 
Extraits du discours, le 28 décembre 2014, du Maréchal SISSI devant les Ulémas de l’Université Al Azhar du Caire (3)
Abd Al-Fatah Al-Sissi: "Nous avons parlé plus tôt de l’importance du discours religieux, et je voudrais répéter que nous ne faisons pas assez concernant le véritable discours religieux. Le problème n’a jamais été notre foi. Il est peut-être lié à l’idéologie, une idéologie que nous sanctifions.
Je parle d’un discours religieux en accord avec son temps".
[…]
« Je m’adresse aux érudits religieux et prédicateurs. Nous devons considérer longuement et froidement la situation actuelle. Je l’ai déjà dit plusieurs fois par le passé. Nous devons considérer longuement et froidement la situation dans laquelle nous nous trouvons. Il est inconcevable qu’en raison de l’idéologie que nous sanctifions, notre nation dans son ensemble soit source de préoccupations, de danger, de tueries et de destruction dans le monde entier. Il est inconcevable que cette idéologie… Je ne parle pas de "religion" mais d’ "idéologie" – l’ensemble des idées et des textes que nous avons sanctifiés au cours des siècles, à tel point que les contester est devenu très difficile. On en est arrivé au point que [cette idéologie] est devenue hostile au monde entier. Peut-on imaginer que 1,6 milliard [de musulmans] tuent une population mondiale de 7 milliards pour pouvoir vivre [entre eux] ? C’est impensable.
Je prononce ces mots ici, à Al-Azhar, devant des prédicateurs et des érudits. Puisse Allah être témoin au Jour du Jugement de la sincérité de vos intentions, concernant ce que je vous dis aujourd’hui. Vous ne pouvez y voir clair en étant enfermés [dans cette idéologie]. Vous devez en émerger pour voir les choses de l’extérieur, pour vous rapprocher d’une idéologie réellement éclairée. Vous devez vous y opposer avec détermination".
[…]
"Je le répète : Nous devons révolutionner notre religion.
Honorable imam (le grand cheikh d’Al-Azhar), vous êtes responsable devant Allah. Le monde entier est suspendu à vos lèvres, car la nation islamique entière est déchirée, détruite, et court à sa perte. Nous sommes ceux qui la menons à sa perte".
Fin de citation.
 
On sait le prix que paie l’Egypte dans sa lutte contre le terrorisme et on comprend que le Président égyptien qui a aidé avec l’armée les millions d’Egyptiens qui s’étaient  rassemblés dans les rues pour se débarrasser des islamistes de Morsi en juin 2013, excédés par seulement un an de gabegie gouvernementale, se rapproche désormais de la Russie, de la Syrie, et même de l’Iran pour combattre le même ennemi. Les terroristes du Sinaï, d’Alexandrie ou du Caire sont les mêmes que ceux d’Irak, de Syrie, du Liban et d’Europe, car si les Ouïgours, les Tchétchènes, les Afghans ou les Séoudiens ont des origines ethniques et nationales différentes, ils ont les mêmes buts et mêmes procédures.
Il me semble que sous la direction éclairée du Président Sissi, l’Egypte est appelée à jouer un rôle essentiel dans les réformes de l’islam qui s’imposent au plan politique, et même un rôle dans les équilibres stratégiques au Moyen-Orient.
 
Conclusion
Le wahabisme a engendré le terrorisme qui a pu se développer grâce aux soutiens qu’il a trouvé auprès de nombreuses puissances l’utilisant à des fins stratégiques, portant atteinte à la réputation de l’islam du fait des amalgames que certains se sont empressés de faire. Peut-être la réforme qu’il commence à provoquer au sein des fidèles du Coran, théologique et politique, sera-t-elle un bien pour un mal. Il est sûr que cette doctrine tournée vers le passé ne peut franchir les obstacles du monde moderne et qu’elle doit entraîner chez les théologiens sunnites, comme les y a invité le Président Al Sissi, un "aggiornamento" salutaire de la vraie religion pour supprimer à l’intérieur de son corpus les ferments de divisions que le terrorisme takfiriste a révélé et cristallisé.
Je ne suis pas théologien et n’ai donc aucune autorité pour en dire davantage, mais en tant que géopoliticien j’ai l’habitude obstinée de lire les signes qui éclairent les rapports entre les nations, les sociétés et les cultures, et il me semble indispensable que l’islam sunnite procède à cet "aggiornamento" pour remédier aux ferments de discorde que l’apparition du takfirisme islamiste a montré au sein de la communauté musulmane.
 
Je citerai d’ailleurs un théologien orthodoxe de grande culture des autres religions, Jean-François Colosimo, qui dans son livre "Les hommes en trop", (Ceux-ci étant les chrétiens d’Orient) écrit :
C’est la Constitution iranienne qui prévoit des postes de députés pour les chrétiens, les juifs, les zoroastriens, et c’est la saoudienne qui assimile la manifestation d’une quelconque forme de liberté religieuse, hors la Sunna, à une profanation passible de la peine capitale. (…) A la différence de la clôture sunnite sur le Coran, la Loi et la répétition, le chiisme représente un islam de la prophétie, de la médiation et de l’interprétation. Parce que pensée du milieu entre Dieu et l’homme, le visible et l’invisible, l’apparent et le secret, la théologie chiite rouvre l’histoire à l’attente d’une délivrance incarnée. »
 
Le Mufti sunnite de la République Arabe Syrienne, Mohammed-Badreddine Hassoun me disait en octobre dernier à Damas que comme le Christ l’avait dit aux Pharisiens "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu", la loi religieuse doit être une loi d’adhésion à l’amour prôné par le Créateur, quand la loi de l’Etat est nécessairement une loi de contrainte pour permettre de vivre ensemble harmonieusement.
 
Toutes les religions ont cherché dans leurs exégèses à trouver un médiateur entre le Créateur et les créatures : Les bouddhistes et hindouistes ont trouvé le sage Bouddha ou la réincarnation, les Juifs attendent toujours le Messie qui sauvera Israël, les chrétiens ont le Christ incarné universel dont le retour pour "que son règne arrive" est hors de l’espace temporel, les musulmans chiites tournés vers l’avenir attendent le retour de l’Imam caché et de son règne d’harmonie ; les sunnites sincères doivent montrer clairement que le Paradis qu’ils espèrent pieusement, décrit par le Prophète dans le Coran, ne peut être atteint avec les idéologies blasphématoires et criminelles qui inspirent le terrorisme.
 
Toutes les religions ont connu des différences d’interprétation des textes saints, des réformes, des schismes. C’est la tâche du clergé et de ses dirigeants érudits de maintenir ses ouailles dans le droit chemin. L’avantage de l’Eglise catholique romaine à laquelle j’appartiens vient de son organisation hiérarchique fidèle au Pape. Mais elle n’est pas exempte pour autant de menaces et je conclurai en laissant la parole au philosophe italien Giorgio Agamben qui, réfléchissant sur la signification du temps, au sens du chronos grec, dans une magnifique conférence de Carême à Notre Dame de Paris en 2009 a conclu en forme d’avertissement solennel qui vaut à mon sens pour toutes les religions :
 
"L’état de crise et d’exception permanente que les gouvernements du monde proclament aujourd’hui est bien la parodie sécularisée de l’ajournement perpétuel du Jugement dernier dans l’histoire de l’Eglise. A l’éclipse de l’expérience messianique de l’accomplissement de la loi et du temps, correspond une hypertrophie inouïe du droit, qui prétend légiférer sur tout, mais qui trahit par un excès de légalité la perte de toute légitimité véritable. Je le dis ici et maintenant en mesurant mes mots : aujourd’hui il n’y a plus sur terre aucun pouvoir légitime et les puissants du monde sont tous eux-mêmes convaincus d’illégitimité. La judiciarisation et l’économisation intégrale des rapports humains, la confusion entre ce que nous pouvons croire, espérer, aimer et ce que nous sommes tenus de faire ou de ne pas faire, de dire ou de ne pas dire, marque non seulement la crise du droit et des Etats, mais aussi et surtout celle de l’Eglise.
Car l’Eglise ne peut vivre qu’en se tenant, en tant qu’institution, en relation immédiate avec la fin de l’Eglise. Et - il ne faut pas l’oublier - en théologie chrétienne, il n’y a qu’une seule institution qui ne connaîtra pas de fin et de désœuvrement : c’est l’enfer. Là on voit bien, il me semble, que le modèle de la politique d’aujourd’hui qui prétend à une économie infinie du monde, est proprement infernale. Et si l’Eglise brise sa relation originelle avec la paroikia (paroisse, séjour temporaire sur terre), elle ne peut que se perdre dans le temps.
Voilà pourquoi la question que je suis venu poser ici, sans avoir bien sûr pour le faire aucune autorité si ce n’est une habitude obstinée à lire les signes du temps, se résume en celle-ci : L’Eglise se décidera-t-elle à saisir sa chance historique et à renouer avec sa vocation messianique ? Car le risque est qu’elle soit elle-même entraînée dans la ruine qui menace tous les gouvernements et toutes les institutions de la terre."

(1)
http://www.voltairenet.org/article194918.html
(2) Qui sont les sunnites ? Polémique autour d’un congrès et de deux documents
(3) 06 février 2015 Actualités, DéclarationsFraternité d'Abraham
. Discours du Maréchal Sissi du 28 décembre 2014  Al Azhar
(4) AFRIQUE/EGYPTE - Prise de position de la Maison de la Fatwa à propos de la légitimité de la construction d’églises chrétiennes sur le territoire d’un Etat islamique

Une diplomatie aberrante...

Publié dans En France
Une diplomatie aberrante qui met la vie des Français en danger
 
Retour de Syrie
Invité par l’association Ahfad Ashtar -Les descendants d’Ashtar, ou Astarté, la déesse assyrienne de l’Amour et de la Fécondité, présidée avec une inlassable énergie et un patriotisme vibrant par le Dr. Ayssar Midani-, à venir donner une conférence à l’université de Damas sur la géopolitique régionale et mondiale de la guerre en Syrie, j’ai passé quatre jours intensément riches en rencontres et échanges chaleureux avec des Syriens de tous milieux et origines, heureux de voir un Français (j’étais accompagné du journaliste et écrivain Richard Labévière, grand connaisseur de l’Orient compliqué, souvent ostracisé par les médias officiels pour cette raison même) exprimer des vues différentes du gouvernement français sur la crise tragique entretenue en Syrie par les Occidentaux, c’est-à-dire les Etats-Unis et ses alliés, ou plutôt ses affidés, européens.
 
Le fond du sujet est là : le terrorisme qui dévaste la Syrie, contre lequel elle résiste héroïquement avec l’aide de ses alliés, est le même que celui qui menace directement la France et ses voisins européens, sans compter la Russie et la pauvre Afrique qui n’en peut mais de l’incohérence de notre politique. Il est temps de prendre conscience de cette réalité sanglante et d’y faire face en changeant radicalement d’attitude vis-à-vis des états qui luttent contre lui en première ligne : Syrie, Iran, Russie, Irak, aidés par le Hezbollah libanais et en arrière-plan la Chine. Cette dernière, qui a conclu récemment des accords militaires avec Damas, sait que plusieurs milliers de ses ressortissants Ouïgours se battent avec les terroristes islamiques, notamment dans les quartiers est d’Alep et à Idlib.
Ces états et le Hezbollah ne se battent pas contre Daesh, Al Nosra -devenu Fatah al Sham pour permettre aux organismes de Washington de le considérer comme un "modéré"-, ou les centaines d’autres brigades islamistes aux échanges osmotiques continus, simplement pour respecter une alliance ancienne mais pour défendre leurs propres intérêts nationaux essentiels, sachant bien qu’ils sont la cible suivante de ces organisations terroristes dont tous les experts savent aujourd’hui qu’elles sont sous contrôle des services états-uniens depuis l’époque de la guerre afghane contre l’URSS.
 
Les Etats-Unis n’ont jamais eu peur de l’Europe qu’ils ont sous leur emprise depuis la fin de la guerre avec le plan Marshall. Mais après avoir craint l’URSS, ils ont aussitôt après son effondrement considéré qu’ils avaient une mission quasi divine de faire adopter par la planète entière les codes et les normes du mode de vie américain. Suivant les conseils de Zbignew Brezinski exposés dans son œuvre magistrale "Le grand échiquier", il fallait empêcher une quelconque puissance de dominer ou contrôler l’Eurasie, région essentielle, cœur du continent recelant les ressources énergétiques indispensables aux économies du monde.
Un rapport secret des agents de la CIA à leur Centrale datant de 2006, dévoilé par Wikileaks depuis, -
https://wikileaks.org/plusd/cables/06DAMASCUS5399_a.html- explique au sujet de la Syrie que le Président Bachar el Assad a depuis son accession à la présidence en 2000 engagé son pays dans des réformes politiques, sociales, économiques, financières, apporté Internet et revu le statut de la presse, tout en continuant la politique laïque de son père, et connaît de ce fait une adhésion de la majorité de la population. Comme cette politique laïque et arabe de défense des droits des Palestiniens et des nombreux réfugiés irakiens qu’il héberge est contraire aux intérêts des Etats-Unis et d’Israël, les agents recommandent de s’appuyer sur les Frères Musulmans syriens qui sont, bien que matés et étouffés depuis les années 80, la seule organisation politique structurée susceptible de porter un jour la révolte pour renverser le pouvoir. Il faut donc être en contact de sympathie avec eux et leur apporter toute l’aide possible.
Ce document est d’une clarté telle qu’on se demande pourquoi si peu d’experts en ont parlé, car enfin, il dévoile clairement la stratégie étatsunienne pour l’ensemble du monde arabe : porter l’Ikwan, la confrérie des Frères Musulmans, au pouvoir partout par des révolutions qu’ils savent présenter comme des révolutions démocratiques qu’on appellera "printemps arabes". On verra d’ailleurs en 2011 que les monarchies du Golfe amies de Washington ne furent pas touchées par cet élan populaire et démocratique, en dehors de Bahreïn où la révolte de la majorité chiite fut écrasée dès le début dans le sang par l’armée séoudienne.
 
Califat ottoman et Union Européenne
Afin qu’aucune force ne s’oppose à leur contrôle des richesses énergétiques immenses de la région, le plan états-unien pour le Moyen-Orient est de favoriser partout l’accession des Frères Musulmans au pouvoir, et, à défaut, d’y créer ou entretenir le chaos afin qu’aucune force étatique ne leur soit hostile. Ce plan rencontre en outre les intérêts stratégiques d’Israël qui se félicite de n’avoir aucun état arabe solide contre lui. Il rencontre aussi les ambitions turques de rétablir un califat ottoman sur les ruines des états-nations de la région : l’AKP, parti des Frères Musulmans au pouvoir à Ankara est l’outil d’Erdogan, qui a transformé le régime parlementaire turc en régime présidentiel, pour mettre en œuvre cette politique islamiste à vues impériales. Aujourd’hui l’armée turque est présente sur les territoires syrien et irakien sans autorisation des gouvernements et profite de sa complicité militaire avec les Etats-Unis pour lutter contre l’irrédentisme kurde, l’épine qui la torture en permanence.
 
Madame Boutheina Chaabane, la Conseillère du Président Assad me fit remarquer avec une grande pertinence qu’il existait une analogie frappante entre le plan de califat ottoman d’Ankara et le plan de l’Union Européenne, Bruxelles s’évertuant à supprimer les états-nations d’Europe pour établir un ensemble supranational sur les ruines de tous les particularismes nationaux et les cultures qui les expriment. De fait, si la mondialisation est une réalité géographique, sociologique et politique incontournable, le mondialisme est l’idéologie soutenue par la finance internationale qui, s’appuyant sur la première puissance économique et militaire mondiale, vise à détruire toutes les entraves à son appétit prédateur de conquête de biens -frontières, états forts- pour laisser la libre concurrence marchande sans obstacles, ainsi qu’il est écrit dans les traités fondateurs de l’UE, thuriféraire de la concurrence libre et non faussée, appuyée sur une Défense absolument engerbée dans l’OTAN. Le capital doit pouvoir placer ses avoirs pour le plus grand rendement n’importe où, y compris en Chine, devenue une économie capitaliste toutefois contrôlée par une direction centralisée, sans autre régulateur que les marchés, et sans état fort qui s’y oppose, au détriment en premier lieu de l’économie états-unienne anémiée ; c’est ce que dénonce Donald Trump qui veut forcer les plus grands fonds de pension, essentiellement basés à Wall Street et à la City, à rapatrier leur avoirs pour les injecter dans l’économie intérieure : on comprend que tout le système se déchaîne contre lui mais aussi que les citoyens le soutiennent contre vents et marées.
 
Dès la fin de la dernière guerre mondiale, les Etats-Unis ont su créer un glacis européen à leur service face à la menace soviétique en Europe. Après la chute de l’URSS, en 1990-91, n’ayant plus aucun rival dans le monde, ils ont considéré que c’était leur rôle, presque de façon messianique, d’apporter à l’ensemble de la planète les bienfaits du mode de vie américain. Mais depuis vingt-cinq ans la Russie, sous la houlette de Vladimir Poutine, est sortie des cendres où Boris Eltsine l’avait enfouie, et s’affirme désormais comme un pôle civilisationnel ancré sur la foi orthodoxe, et une puissance émergente, au même titre que l’Inde, la Chine et l’Iran sur d’autres valeurs spirituelles. Les BRICS prennent corps un peu plus chaque jour et s’organisent dans des projets économiques, financiers, politiques et stratégiques, notamment avec l’immense projet de nouvelle route de la soie et de ceinture maritime. La suprématie totale états-unienne est finie, même si elle est encore la première puissance économique et militaire du monde, pour combien de temps ?
Les experts avisés de Washington l’ont compris et deux courants s’affrontent qui s’expriment dans la campagne actuelle : ceux qui veulent adapter les EU au monde nouveau en cessant les interminables guerres, même celles menées avec les soldats d’alliés dociles, et en négociant de nouveaux équilibres avec le monde,  et ceux qui refusent ce déclin pourtant inexorable, en cherchant à prolonger une suprématie impossible, créant au minimum le chaos pour empêcher les adversaires supposés de s’imposer. Le dollar, devenu monnaie de papier qui finance leur dette abyssale mais non plus leur économie, doit rester la monnaie universelle et les velléités des BRICS de s’en affranchir doivent être combattues, y compris par des opérations militaires apportant ce chaos.
 
Désinformation
Pour atteindre leurs objectifs les Etats-Unis disposent de médias chargés de défendre la stratégie états-unienne partout dans le monde. Dépendant de la Maison Blanche, le "Bureau of Public Diplomaty : Bureau de diplomatie publique", appellation en forme de litote, dispose d’un budget énorme pour créer les scénarios qui présentent les Etats-Unis comme les défenseurs du droit et des libertés et justifient ses interventions militaires dans ce but. Les agences de presse relaient ces scénarios, ainsi que de nombreuses ONG financées par de généreux capitalistes et chargées, sous couvert de sentiments humanitaires, de dénigrer les opposants et d’encenser les Etats-Unis. Des mensonges éhontés sont diffusés, comme on l’a vu dans la description médiatique de la bataille d’Alep. Les médias décrivent la bataille de Mossoul comme la reprise par Bagdad et ses alliés d’une ville martyre conquise par Daesh en 2014, tandis qu’à Alep serait le siège et l’attaque brutale de l’armée syrienne aidée par ses alliés contre ses propres habitants massacrés sous les bombes !
L’emploi d’armes chimiques par les rebelles, aidés en cela par l’Arabie et la Turquie, a été plusieurs fois imputé à l’armée syrienne avec diffusion de photos et vidéos de civils innocents victimes de cette barbarie, mais pas de combattants terroristes : quel gain tactique aurait l’armée syrienne à tuer des civils innocents ? Le mensonge a pourtant été répété par les gouvernements états-unien, britannique et français, encore récemment à l’ONU.
La Russie subit aussi cette désinformation depuis le début de son intervention militaire en septembre 2015 et encore récemment dans les combats d’Alep. Mais peu de journalistes ont repris l’information de l’attaque aérienne des avions états-uniens sur les positions de l’armée syrienne à Deir el Zor le 17 octobre dernier, tuant plus de 80 soldats syriens et permettant à Daesh de monter un assaut coordonné avec l’attaque pour prendre la position syrienne. "Une erreur" d’après le commandement états-unien !
 
Les médias contrôlés sont devenus l’arme de destruction massive la plus efficace pour déformer la réalité et manipuler les opinions publiques. Toutes les campagnes électorales aux Etats-Unis et en Europe, notamment en France, en sont l’illustration désolante.
Dans cette ambiance tragique, la résistance de la Syrie, aidée par ses alliés, à la volonté occidentale de renverser le pouvoir légal en soutenant les terroristes islamistes par tous les moyens restera un exemple historique. C’est en effet en Syrie que le destin du monde a changé : les renversements successifs et rapides de Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Egypte, Kadhafi en Libye n’ont pas été suivis du renversement de Bachar el Assad, comme je l’avais prédit, écrit et répété, parce que les conditions socio-politiques n’étaient pas comparables. En avril 2013 j’avais d’ailleurs intitulé une analyse publiée par la RDN dans une Tribune datée du 3 mai : "La crise syrienne : creuset tragique de la naissance du nouvel ordre mondial."
 
Les vrais journalistes ont d’ailleurs commencé à dénoncer les mensonges éhontés sur la Syrie, même si certains ont du mal à s’émanciper de la propagande qui présente Bachar el Assad comme un tyran sanguinaire qui se maintiendrait au pouvoir en massacrant son peuple avec l’aide d’une clique minoritaire. Si des erreurs initiales ont peut-être été commises à Deraa en 2011 dans la répression du soulèvement, c’est parce que les premières victimes de ces manifestations soi-disant pacifiques ont été des membres des forces de l’ordre et que le gouvernement savait par qui ces mouvements étaient manipulés. Comment aurait-il pu tenir bientôt six ans contre ces hordes fanatiques s’il ne disposait pas d’un fort soutien populaire, dans la population sunnite même qui ne veut pas des barbares au pouvoir. Les experts le savent d’ailleurs et c’est pourquoi ils ne veulent pas d’une solution politique et d’un vote libre. L’aura du Président, qui montre dans cette lutte tragique des qualités d’homme d’état et de courage, est grandie par cette adversité surmontée que les honnêtes gens lui reconnaissent.
 
Résistance
Il existera une analogie future entre la Résistance française à l’invasion nazie et la résistance syrienne aux hordes barbares venues de toutes les régions du monde. Le peuple syrien que j’ai rencontré ne veut pas dire de quelle religion ou ethnie il est mais il se groupe derrière son Président en espérant le retour d’une situation normale. Rappelons que l’armée est naturellement composée majoritairement de soldats sunnites puisque c’est une armée de conscription et que la grande majorité de la population est de cette religion.
Le Mufti de la République, Mohammed-Badreddine Hassoun, la plus haute autorité sunnite du pays, m’explique la nécessité de faire la différence entre les lois de l’état, qui sont des lois de contrainte pour permettre la vie harmonieuse en société, et les lois de Dieu qui sont des lois d’adhésion à l’Amour prôné par le Créateur. Je lui réponds en lui disant que Jésus est le fondateur de l’idée de la séparation de l’église et de l’état avec sa réplique aux Pharisiens : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu." Il m’approuve et m’explique que la réunion des hauts dignitaires religieux de l’islam organisée cette année à Grozny par Poutine, avec la présence des responsables égyptiens d’Al Azhar, a été un moment important dans la dénonciation de la doctrine sectaire et terroriste du wahhabisme. En définitive, mes multiples rencontres avec les Syriens, responsables ou simples citoyens m’ont laissé l’impression d’un pays uni derrière ses dirigeants pour faire face à l’adversité. Les différences sociales, religieuses ou ethniques, se sont même effacées dans cette lutte commune.
J’ai rencontré un des dix députés kurdes du Parlement syrien, M. Omar Oussi, proche d’Ocalan, qui m’a assuré que cette crise a renforcé leur hostilité contre la Turquie et que la paix revenue, les Kurdes syriens seront des fidèles du gouvernement de Damas qui les défend contre les ambitions turques dans leur région du Rojava. Ils se démarquent des partis politiques kurdes irakiens qui ne sont d’ailleurs pas d’accord entre eux. C’est pourquoi je ne crois pas à la réalisation d’une Syrie fédérale après cette crise tragique. Le sentiment national est présent dans la majorité du peuple.
 
Lutte contre le terrorisme
La menace terroriste en Europe, et particulièrement en France, est désormais trop forte pour que nous ne prenions pas immédiatement les mesures pour la combattre efficacement.
Nous devons nous rapprocher de ceux qui la combattent en première ligne, et mettre en demeure les états qui l’utilisent à des fins stratégiques de cesser tout soutien à cette plaie.
Nous devons reprendre des relations diplomatiques avec Damas, mesure préalable indispensable à la reprise d’échanges de renseignements avec les services syriens, les mieux renseignés du monde sur les réseaux terroristes et coordonner nos actions avec les Russes et les Iraniens qui ont aussi des informations précises sur l’organisation de ces nébuleuses criminelles.
Il est probable que les réseaux de Daesh, en voie de subir une défaite militaire sur les terrains syrien et irakien, vont demander à leurs candidats au suicide dont ils ont une réserve inépuisable en Europe et particulièrement en France, de commettre des attentats encore plus meurtriers que ceux que nous avons déjà connus. Je le dis ici et maintenant avec force : il serait criminel de ne pas chercher à déjouer ces attentats en s’informant auprès des services de renseignement étrangers qui peuvent permettre de déjouer une action terroriste en préparation. Dans la campagne présidentielle qui commence en France, si un nouvel attentat majeur se produit, le peuple français demandera des comptes aux politiques qui n’auront pas su les protéger en raison de l’obsession idéologique de vouloir renverser le gouvernement légal de Damas. La vie de nombreux Français est en jeu.

Novembre 2016

Retour d’Iran

Publié dans De par le monde
Retour d’Iran
 
Professeur à la Sorbonne et professeur à l’Ecole Spéciale Militaire (ESM) de Saint Cyr, Thomas Flichy de La Neuville écrit dans une analyse érudite et d’une grande pertinence :
"En tant que puissance, l’Iran se pense en partie par rapport à la France. Il ne fait d’ailleurs nul doute que l’exemple du général de Gaulle, ayant fondé l’indépendance militaire française sur la dissuasion nucléaire afin de garantir le territoire national contre l’humiliation d’une nouvelle défaite, n’ait exercé une influence certaine sur les élites iraniennes. Tout comme la France, l’Iran se présente comme une exception culturelle ; tout comme elle, ce pays aspire à l’indépendance."
Il faut ajouter que si ces élites, dans leur souci de retrouver l’indépendance et la souveraineté de leur pays, ont pu envisager à l’époque d’acquérir l’arme nucléaire "qui rend invulnérable" comme le disait le Général, il est désormais affirmé par une fatoua religieuse du Guide qu’elle est contraire à la religion et donc interdite. La technologie nucléaire comme avancée scientifique pour le développement n’en reste pas moins à leurs yeux un droit inaliénable.
La Révolution Islamique d’Iran reste encore mal connue de l’Occident, voire incomprise ou accusée d’extrémisme parce qu’en dehors de quelques experts comme Thomas Flichy de La Neuville, peu ont pénétré ses ressorts profonds et son fonctionnement.
 
Doctrine
Dès 1978, à  l’aube de la révolution en Iran, le philosophe Michel Foucault s’est rendu sur place pour comprendre le sens qu’il fallait lui donner. Sa pensée qui a toujours cherché à comprendre les rapports entre le savoir et le pouvoir voulait voir ce mouvement qui s’inspirait d’une culture, religieuse mais pas uniquement, pour proposer un nouveau modèle politique. On peut ne pas adopter toutes ses conclusions mais sans doute a-t-il été le premier intellectuel à pressentir dans l’évènement la naissance d’un mouvement d’une grande importance. Il a pensé que le nouveau régime qui s’installait à Téhéran aurait d’énormes conséquences sur les équilibres régionaux et bouleverserait le vingtième siècle.
Il déclara à son retour :
"C'est l'insurrection d'hommes aux mains nues qui veulent soulever le poids formidable qui pèse sur chacun de nous, mais, plus particulièrement sur eux, ces laboureurs du pétrole, ces paysans aux frontières des empires : le poids de l'ordre du monde entier. C'est peut-être la première grande insurrection contre les systèmes planétaires, la forme la plus moderne de la révolte et la plus folle."
 
Les Iraniens d’aujourd’hui lui vouent une grande admiration car les cercles de pensée que j’ai rencontrés considèrent en effet que leur régime s’inspire d’une conception globale de l’homme, donc des peuples et des nations qui les représentent. La culture, le savoir, les sciences sont partout présents dans les esprits et, dès leur entrée à l’école primaire, les petits Iraniens sont imprégnés du respect de la personne et des notions de géopolitique leur sont déjà enseignées pour inscrire dans leur esprit dès le plus jeune âge le sens de la citoyenneté et de l’indépendance de la nation pour le bien de tous. Les Iraniens sont conscients d’appartenir à une grande et ancienne civilisation qui doit trouver sa place dans le monde moderne en utilisant ce capital culturel dont tout est fait pour qu’ils le connaissent et s’en imprègnent.
Les élites intellectuelles et politiques répètent que la recherche effrénée du confort matériel et l’attrait pour la consommation sont désormais dépassés car ils ne reposent sur aucune spiritualité qui seule peut éviter à l’homme de s’enfermer dans l’égoïsme, voire l’absurde. L’argent est devenu le dieu Mammon devant qui l’on se prosterne. Mais ce monde est au bout de ses contradictions pour avoir oublié le sens de l’homme et sa métaphysique. Marx avait compris et décrit ces contradictions du capitalisme, mais le communisme international était resté une doctrine matérialiste et athée qui ne pouvait qu’échouer car l’homme a besoin d’une aspiration vers l’éternité et d’une espérance autre que le confort ici-bas. On rejoint ici Malraux que les intellectuels iraniens citent en annonçant la mortalité des civilisations si elles ne trouvent pas leur valeur suprême. Quant à Paul Valéry, il nous avait prévenus : nous savons désormais que notre civilisation est mortelle.
 
Ce qui permet de comprendre le système politique original de la République Islamique d’Iran où le Guide Suprême de la Révolution veille, entouré de conseillers choisis parmi les hommes ayant le plus de culture et d’expérience, à la préservation des valeurs fondamentales qui sous-tendent l’action politique du Président de la République et du gouvernement. La doctrine est naturellement au-dessus de l’action politique et il n’y a pas réellement de subordination puisque l’une ne peut aller sans l’autre. La doctrine inspirant l’ensemble des activités, on voit de nombreuses organisations, souvent des organisations non gouvernementales (ONG) comme de nombreuses fondations exercer leur activité sans lien organique avec les structures politiques. Une cohérence de l’ensemble est ressentie, ce qui n’empêche pas les différences d’appréciations dans différents domaines.
La population iranienne est instruite, notamment les femmes qui constituent 70 % des 4,6 millions d’étudiants.
Cet effort énorme sur l’acquisition du savoir dès l’enfance est pensé dans des centres de recherche de très haut niveau intellectuel.
 
Le Centre YARIN, en anglais DAC, Doctrine Analysis Center, forme chaque année de 600 à 700 étudiants permanents et de nombreux autres candidats libres sur le modèle du Collège de France dont le modèle l’inspire. Le Directeur du Centre, homme d’une grande culture philosophique et géopolitique, m’a présenté leurs études en doctrinologie, en stratégie, en polémologie. Il appelle l’ennemiologie la connaissance de la pensée, de la doctrine et de la stratégie du reste du monde et en tire des conclusions pour la stratégie iranienne pour les 50 prochaines années, avec une première étape dans 20 ans. Cette futurologie qui passe en revue la pensée occidentale détermine les tendances et doit permettre d’iraniser la stratégie sur la base de l’islam et l’histoire de l’Iran.
Les travaux des Centres américains et britanniques sont étudiés minutieusement dans tous leurs aspects, notamment le TRADOC américain- US Army Training and Doctrine Command, le DCDC britannique -Develop Concept Doctrine Centre- du Ministère de la Défense de Grande Bretagne, et des ouvrages en sont tirés pour élargir la connaissance de ces doctrines et permettre de différencier leur propre doctrine. 300 étudiants seront diplômés cette année avec un doctorat.
 
Le Directeur du Centre qui prise la pensée française dont il connaît les philosophes et les stratèges comme Beaufre, Ailleret, Gallois, estime que la France qui était la lumière du monde de la pensée n’a plus de vrais philosophes et stratèges depuis la disparition du Général de Gaulle, cette pensée française s’alignant sur celle des Etats-Unis, de même que celle de l’Allemagne. La France, dit-il, n’a plus nationalisé sa pensée stratégique et suit, comme l’Allemagne, la pensée britannique et américaine. Elle a un problème de doctrine quand un Français est prêt à tuer un autre Français. Cette lacune mérite une réflexion nouvelle.
 
Tous ces travaux ont pour but de construire une doctrine iranienne de la nation qui semble échapper désormais à l’Europe, la notion westphalienne étant oubliée alors que les pays d’Asie la reprennent. D’après lui, désormais les différences sont  devenues stratégiques car la doctrine est absente alors que  le monde devrait reposer sur le respect des nations avec leurs différences pour éradiquer la violence, comme le Président Rouhani l’a proclamé lors de son discours à l’Assemblée Générale des Nations Unies le 13 septembre 2013. Aucune culture ne peut se prévaloir d’une supériorité pour s’imposer au reste du monde.
 
Les gains de la révolution islamique permettent de recréer une indépendance de la pensée et de la science que l’époque du Shah avait annihilée et liée à l’Occident. Les militaires de l’époque du Shah étaient formés en France et aux Etats-Unis.
J’ai osé dire à mes interlocuteurs qu’il existait encore des penseurs stratégiques et des intellectuels indépendants mais qu’ils n’ont pas droit de cité s’ils ne pensent pas dans la doxa atlantiste. J’ai mentionné les talents de l’écrivain Philippe de Saint-Robert et sa recension récente d’un livre du théologien orthodoxe Jean-François Colosimo, "Les hommes en trop", parue dans la revue Espoir du début 2016 :
"Visiblement Jean-François Colosimo pense que c’est avec le chiisme que nous aurions le plus d’affinités." C’est la Constitution iranienne, écrit-il, qui prévoit des postes de députés pour les chrétiens, les juifs, les zoroastriens, et c’est la saoudienne qui assimile la manifestation d’une quelconque forme de liberté religieuse, hors la Sunna, à une profanation passible de la peine capitale. (…) A la différence de la clôture sunnite sur le Coran, la Loi et la répétition, le chiisme représente un islam de la prophétie, de la médiation et de l’interprétation. Parce que pensée du milieu entre Dieu et l’homme, le visible et l’invisible, l’apparent et le secret, la théologie chiite rouvre l’histoire à l’attente d’une délivrance incarnée." En quoi nous nous serions donc trompés en soutenant l’Irak contre l’Iran pour complaire aux Américains qui avaient une revanche à prendre sur la période la plus agressive de la dictature des mollahs, installés par nous-mêmes, faut-il le rappeler, à Téhéran."
S’il est vrai que les débuts de la révolution iranienne ont étés brutaux pour asseoir son pouvoir politique- quelle révolution ne l’a pas été, notamment la nôtre-, le régime, sous la direction de l’imam Khomeiny a rapidement appliqué ses préceptes religieux de tolérance, même pendant la guerre contre l’Irak où les chefs militaires n’ont pas été autorisés à utiliser les mêmes moyens que leurs adversaires jugés inacceptables. (Gaz)
 
Géopolitique
Les questions financières sont au cœur de leurs études : ils estiment que la dette publique mondiale de 58 000 milliards de dollars, avec des échanges qui ne reposent que sur du papier émis chaque jour sans être adossé à l’or, ne peut que déboucher sur une crise générale. Ils rappellent que les civilisations basées sur l’usure (le reba du Coran), ont disparues : Jérusalem, Sparte, Rome. En Occident ce système a commencé à Venise il y a 700 ans, illustré par Shakespeare dans "Le marchand de Venise".
 
La Russie est l’objet de leurs études pour lesquelles ils ont reçu le penseur russe Alexandre Douguine et sa mission eurasienne ; ils voient en Vladimir Poutine un grand stratège. Pour eux la Russie se détourne de l’Europe pour construire avec l’Asie des partenariats commerciaux financiers et stratégiques. Face à la belligérance de l’Europe envers elle en Ukraine, elle utilise ses atouts en Syrie.
La Russie  est regardée comme la principale puissance qui a compris les musulmans et soutient les vrais, chiites comme sunnites, et devient leur héros. Pour cette raison il peut combattre efficacement le terrorisme islamique approvisionné par les six dictatures familiales du Moyen-Orient : Arabie Séoudite, Emirats Arabes Unis, Koweït, Bahreïn, Jordanie, Qatar, ainsi qu’Israël. Etats qui empêchent la création d’un état pour le peuple palestinien.
Elle a fait une croix sur la Turquie actuelle qui perd beaucoup de cette rupture et Poutine en augmente sa popularité.
Les relations de la Russie avec l’Iran sont étroites et nombreuses dans le domaine commercial, notamment agricole, mais aussi stratégique. En Syrie ils ont les mêmes intérêts à défendre et font les mêmes analyses. La concertation est constante sur les opérations militaires. Ils estiment que 7 000 tchétchènes sont dans les rangs de DAESH.
La Russie redevient une puissance de premier ordre en s’appuyant sur une conception humaniste de l’homme, inspirée par sa foi orthodoxe qui la conforte dans l’adversité. C’est pourquoi, malgré les vicissitudes, elle surmontera les épreuves et pourra devenir un pôle civilisationnel.
 
Ils entretiennent avec la Chine des rapports étroits car leurs intérêts se recoupent souvent, de même qu’avec de nombreux pays asiatiques. En outre ces pays ont gardé avec eux des relations pendant la difficile période des sanctions. De même avec la Turquie qui, si elle a des objectifs opposés à eux, notamment en Syrie, a besoin d’eux pour sortir de l’impasse stratégique dans laquelle elle s’est placée par ses options en Syrie. Le Premier Ministre turc était d’ailleurs en visite sur place dans ce but.
Ils ont également diverses relations avec des pays africains, notamment francophones, dans l’agroalimentaire, les matières premières et le pétrole.
Vis-à-vis de l’Occident, ils regrettentla disparition de la France du général de Gaulle qui avait une pensée humaniste et prônait l’indépendance des nations, le respect des différentes cultures et le droit des peuples à disposer eux-mêmes de leur destin. Le Général avait compris, lui, que les états-nations étaient la meilleure expression des souverainetés populaires et ils voient en lui un visionnaire pour l’humanité, au même titre que l’Imam Khomeiny, décelant beaucoup d’analogies dans leurs visions.
Ils insistent sur le respect des minorités en Iran où 5 députés représentent leurs intérêts au Parlement :
Sur les 100 000 chrétiens d’Iran, 80 % sont des Arméniens orthodoxes, dont beaucoup ont étés accueillis lors des massacres en Turquie, et leur Patriarche Sebouh Sarkissian se félicite de l’ouverture des chiites d’Iran. Ils ont 2 députés
Les assyriens et chaldéens en ont 1
Les juifs 1
Les zoroastriens 1
grâce aux quotas qui leur sont accordés par la Constitution car le suffrage universel ne leur laisserait aucun représentant.
 
Conclusion
Les Iraniens sont fiers de leur patrimoine culturel et des capacités de résilience dont ils ont fait preuve face aux sanctions de l’Occident. Ils ont conscience d’être dans une position géographique stratégique et qu’ils représentent un marché de 400 millions d’habitants par leur voisinage. Ils n’oublient pas ceux qui les ont soutenus pendant ces années difficiles au cours desquelles ils ont développé une économie de subsistance dans de nombreux domaines, notamment agricole.
Depuis l’accord du 14 juillet 2015, et surtout depuis le début de l’année 2016, les délégations étrangères se succèdent à un rythme élevé, montrant l’intérêt économique que leur témoignent  beaucoup de pays, tout particulièrement les asiatiques, Coréens, Japonais, Vietnamiens, Chinois, Indiens, Pakistanais, Afghans. Les Européens ne sont pas absents mais doivent faire preuve de savoir-faire car les Iraniens sont intéressés par leur technologie mais ne partagent pas leur doctrine.
Des officiels britanniques, allemands et russes viennent en visites privées.
La France doit chercher les moyens de retrouver une place de choix en Iran car, si la diplomatie française hostile depuis deux septennats n’est pas oubliée, elle dispose quand même d’un capital culturel ancien qui pourrait retrouver de l’éclat pour peu qu’elle fasse preuve d’indépendance vis-à-vis de la doctrine atlantique et surtout qu’elle essaie d’équilibrer ses liens avec les monarchies sunnites du Golfe qui ont à l’évidence moins d’avenir que la Perse qui revient avec force dans le concert des nations.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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