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CORVEZ Alain

CORVEZ Alain

Né le 24 juillet 1941
Marié  - 4 enfants

Officier supérieur (ER)
Conseiller en stratégie internationale

Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr

Conseiller en Relations Internationales au Ministère de l’Intérieur (1989-1994)
Conseiller du Général commandant la Force des Nations Unies au Sud Liban (FINUL) (1988-1989)
Commandant en second du 94éme Régiment d’infanterie motorisée (1986-1988)
Au Ministère de la Défense
     Suivi de la concurrence mondiale économique, scientifique et technique (1983-1986)
A l'Ambassade de France en Zambie (missions en Afrique australe (1980-1983)
Spécialisation en relations internationales
Carrière d’officier d’infanterie (1976-1978)

Membre du Cercle d’Etudes et de Recherches du Général Pierre Marie Gallois (+)
Membre du Forum pour le France présidé par l’ambassadeur Pierre Maillard
Vice-président du Cercle ARAMIS
Ancien Secrétaire général de la Convention de la Fondation Charles de Gaulle
Secrétaire Général de la Fondation de la France Libre

Distinctions
Chevalier de la Légion d’Honneur
Officier de l’Ordre National du Mérite
Croix de la Valeur Militaire

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Terrorisme et politique étrangère

Publié dans En France
Quel lien entre le terrorisme qui frappe la France et sa politique étrangère ?
 
Dans la revue trimestrielle de la Fondation Charles de Gaulle, Espoir n° 166, automne 2011, consacrée à la politique arabe de la France depuis de Gaulle, l’historien Renaud Meltz écrit :
"Le fait est que Paris s’aligne sur les Etats-Unis, sous la présidence de Sarkozy, sur presque tous les dossiers, de l’Iran à la Libye en passant par le Liban, à l’exception notable d’une position encore distincte sur la question palestinienne."
On aurait pu penser, ou espérer, que cette tendance se serait modifiée avec l’arrivée de François Hollande, mais c’est l’inverse qui s’est produit, la France devenant le premier allié de la stratégie américaine dans le monde, avant même les Britanniques de l’aveu même de diplomates étatsuniens.
 
Ceci est dramatique car nous voyons les effets dévastateurs de la stratégie du chaos appliquée depuis des années par Washington, ses armées dévastant les pays musulmans stables, seuls capables de s’opposer au terrorisme islamiste. Celui-ci s’est désormais implanté durablement en Irak, en Syrie, en Libye et fragilise la Tunisie, l’Algérie, l’Egypte, de même que l’Afrique sahélienne et sub-saharienne.
Heureusement, récemment, le gouvernement d’Obama a imposé un accord avec l’Iran, contre les puissantes pressions des groupes menés par la finance internationale qui s’agitent à Washington. Accord que la diplomatie française a longtemps cherché à torpiller, associée en cette manœuvre à Israël et l’Arabie Séoudite. Heureusement que la fine diplomatie iranienne a accepté le revirement français qui a suivi l’accord du 14 juillet dernier. Car comment lutter contre l’islamisme sunnite sans s’appuyer sur l’Iran ?
En réalité Téhéran a toujours cherché à s’entendre avec les pays arabes sunnites en proposant des arrangements raisonnables, mais l’Arabie, champion du wahhabisme sectaire et intolérant, a toujours rejeté ses avances. La Turquie, dont la constitution est laïque mais la politique de plus en plus islamiste s’est placée en alliée de cette intransigeance et, après avoir eu un comportement douteux, voire hypocrite, a brusquement tranché en abattant un avion russe en Syrie.
Car la Russie, par son intervention militaire en Syrie en septembre a bouleversé la donne et obligé les uns et les autres à mettre bas les masques hypocrites. Ce qui lui vaut l’hostilité plus ou moins affichée des puissances qui tirent des avantages directs ou indirects des conquêtes de DAESH, notamment de la Turquie dont l’objectif obsessionnel est de renverser le gouvernement de Damas pour y installer ses alliés islamistes. D’où son attaque du SU-24 russe et, aussitôt, son appel à la solidarité de l’OTAN.
Cet acte impardonnable sera lourd de conséquences pour Ankara et sans doute pour la coalition dirigée par les EUA car le Président Poutine est sorti du langage diplomatique pour dénoncer le rôle de la Turquie depuis l’origine dans son soutien à DAESH, lors de la conférence de presse qu’il a tenue en compagnie du Président Hollande à Moscou vendredi dernier. La Russie défend en Syrie ses intérêts stratégiques, car elle est menacée  directement par un retour chez elle des terroristes islamistes. Son soutien au Président Assad s’appuie sur le droit international en répétant que c’est aux Syriens de décider de leur sort et non à des puissances extérieures.
 
A ce sujet, pour en finir avec la désinformation largement diffusée par les médias occidentaux, il convient de savoir que des sondages d’organisations occidentales, notamment américaines, ont montré que le résultat d’un vote des Syriens, contrôlé par l’ONU ou des instances impartiales, serait en faveur de Bachar el Assad, malgré les mensonges éhontés sur l’emploi des armes chimiques ou les massacres de civils. C’est bien pourquoi ceux qui veulent son départ ne veulent pas d’un vote libre. Alors, face à la réalité devenue évidente que pour lutter contre le terrorisme islamiste il faut s’appuyer sur l’armée syrienne en premier lieu, comme il faudra ensuite le faire avec l’armée irakienne, on manie des subterfuges ou des arguties pour dire que l’on va s’entendre avec les Russes, avec l’armée syrienne et ceux qui participent activement à la lutte comme le Hezbollah libanais et les forces spéciales iraniennes, donc qu’on va s’entendre avec le gouvernement mais pas avec Bachar ! Il y a là comme une litanie schizophrénique, car comment séparer l’état syrien qui lutte depuis près de cinq ans contre un terrorisme international, soutenu directement ou indirectement par des puissances régionales ou pas, de son chef qui a pris une ampleur incontestable pour les observateurs impartiaux et connaît aussi à l’intérieur une adhésion de la majorité de la population effrayée par la perspective d’une arrivée au pouvoir des islamistes à Damas. Contrairement aux slogans répétés par les médias, le gouvernement n’est pas une minorité d’alaouites s’accrochant au pouvoir par la terreur avec l’appui de quelques minorités notamment chrétiennes, mais un gouvernement d’union nationale majoritairement constitué de sunnites.
 
La France qui a commis des erreurs sur le dossier iranien et a su les corriger pour s’adapter à la nouvelle donne, peut reconnaître celles sur le dossier syrien et s’adapter à la nouvelle situation engendrée par l’initiative russe. Il semble qu’elle en prenne le chemin depuis la rencontre de Moscou en acceptant les propositions russes de collaboration avec leurs forces et celles qui agissent sur le terrain. C’est admettre implicitement qu’on s’était trompé d’ennemis, et nous n’en demanderons pas plus, à partir du moment où nous savons qu’il n’est plus question de rester dans l’ambiguïté face au terrorisme qui nous menace directement sur notre territoire, comme il menace d’autres pays européens.
Il est vital que nous reprenions langue avec le gouvernement syrien pour que nos services reçoivent de leurs homologues les informations vitales pour notre sécurité, sur la préparation d’attentats en France depuis la Syrie. Les ambiguïtés terminologiques entre "rebelles modérés, rebelles sains" et rebelles terroristes finiront par s’évanouir devant la réalité du terrain. Ces "sains et modérés" ont tous partie liée avec les organisations terroristes.
Les attentats terroristes qui nous ont frappés ont tous un lien avec la Syrie. Et sur notre territoire de nombreux candidats au djihad sont potentiellement prêts à commettre des actes barbares. Je laisse le soin aux sociologues de détailler les motivations de ces populations dangereuses mais il est clair que nous n’avons pas su intégrer des populations issues de notre passé colonial qui ont développé un rejet de notre patrie. Pour ces populations en marge, les structures familiales sont souvent absentes et la seule loi reconnue est celle du clan qui dirige les trafics divers. Certains quartiers sont de véritables ghettos où la police, les pompiers ou les services administratifs ne peuvent plus entrer sans être agressés. Beaucoup de ces populations, musulmanes ou athées, voient un moyen de se venger de ce sort injuste dans le terrorisme islamiste.
Sans doute aussi notre politique alignée sur celle des EUA, qui implique un soutien à Israël, même si notre diplomatie s’efforce de défendre la cause palestinienne, est-elle mal reçue par des pays non alignés qui appréciaient notre politique autrefois indépendante. Les populations arabes, majoritairement musulmanes sunnites, nous associent maintenant directement à la politique américaine, surtout depuis que nous avons adhéré à la coalition dirigée par les EUA. Or, pour beaucoup d’entre elles, les EUA sont toujours le grand Satan.
 
Il est clair aussi qu’une immigration incontrôlée depuis des années, ajoutée aux récentes propositions irresponsables de l’Allemagne de laisser venir en masse des milliers de pauvres hères issus de pays dévastés par les guerres occidentales, ou de pays qui ne peuvent les nourrir, parmi lesquels se cachent des djihadistes déclarés ou potentiels, immigration favorisée par l’UE, doit inciter à revoir les accords de Schengen.
C’est d’ailleurs l’UE dans son ensemble qui est mise en accusation par ces phénomènes qu’elle est incapable de juguler et même de comprendre. On voit bien que face à la menace directe, les Etats nations reprennent leurs prérogatives, foin d’utopies universelles et de "dividendes de la paix" ! L’UE qui n’a pas pu bâtir une armée européenne si chère aux Présidents français successifs, même au prix d’un retour dans l’OTAN militaire, parce que les autres Etats préfèrent s’en remettre à l’Alliance pour les défendre (cela coûte moins cher à tous égards !), est incapable de lutter contre le terrorisme en Europe et ses sources internationales. Seule la France s’y consacre en Afrique, pour le bien de tous les autres. L’Allemagne vient de promettre à la France 650 de ses soldats pour le Mali, c’est bien, mais puisque nous assumons en même temps la défense de l’Europe, nous devrions renforcer notre budget de Défense en sortant des exigences du pacte de stabilité, la sécurité primant sur l’économie comme l’a dit le Président Hollande. Consacrer 6 % (3 % pour la Défense Nationale, 3 % pour la Gendarmerie et la Police) seulement de nos dépenses publiques pour la défense et la sécurité de la France, et par conséquent de l’Europe, est insuffisant.
En réalité, seuls les idéologues de l’UE croient encore à son existence. Sa monnaie qui, depuis sa création, détruit les économies sauf celle de l’Allemagne, est morte en Grèce, ne survivant que comme un pis-aller par des artifices pour empêcher l’éclatement du système. L’UE, incapable de répondre aux menaces concrètes autrement que par des incantations décalées, n’est que le relais sur le continent d’une politique étatsunienne antirusse qui dessert ses propres intérêts. Elle est morte sans que son acte de décès n’ait été officiellement annoncé car ses thuriféraires idéologues ne l’ont pas encore réalisé : mais les nations reprennent leurs droits face à l’adversité et des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour une levée des sanctions qui frappent la Russie, prônant un rapprochement urgent de notre allié naturel sur le continent. Allié qui est le seul à parler le langage de la vérité en dénonçant les hypocrisies d’un monde qui se veut encore unipolaire, alors qu’il est urgent de mettre sur pied une coalition multipolaire pour lutter contre le terrorisme qui nous menace tous, plus efficacement que la coalition dirigée par les EUA qui a vu DAESH étendre son emprise depuis qu’elle a commencé à le frapper en Irak en juillet 2014.
 
Détruire le terrorisme islamique sera une tâche de longue haleine mais la menace que ce cancer de l’humanité représente est si pressante qu’il faut immédiatement prendre les mesures pour l’éradiquer. En commençant par le détruire là où il se nourrit, en Syrie et en Irak, ce qui implique des mesures militaires associées à un projet politique, en particulier en Irak, en exigeant la fin de tous les soutiens financiers, matériels et humains qui lui sont fournis par des puissances sunnites dont le double-jeu doit cesser, à commencer par la Turquie. On sait que l’Arabie a renforcé ses livraisons d’armes à "ses" rebelles depuis le début de l’intervention russe, notamment en moyens anti-aériens.
Simultanément il faut entreprendre une politique de retour du droit dans les portions de territoire français qui ne le connaissent plus. Cela implique un renfort des effectifs de police et un soutien sans failles du gouvernement à leur action, ce qui implique aussi une autre attitude de la Justice. Alors, les hors-la-loi de ces quartiers sauront ce que sont les lois de la République et devront chercher à s’y conformer.
Enfin, comme plusieurs hommes politiques l’ont demandé, le rétablissement d’un service militaire facteur de cohésion sociale, et vivier de futurs citoyens responsables et fiers de l’être, devrait être décidé.
Ces mesures augmenteront les dépenses publiques mais c’est la seule solution si nous voulons lutter efficacement contre la menace qui est prête à se matérialiser à tout moment et n’importe où sur notre sol, commanditée par DAESH ou sur simple pulsion de réseaux locaux habités par la haine du pays.
Le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité a dit le Président, approuvé par Bruxelles qui pouvait difficilement s’y opposer. Ceci implique des mesures budgétaires pour augmenter le budget de notre défense afin de mettre enfin en adéquation ses missions sans cesse plus nombreuses avec les moyens. Les gouvernements successifs depuis plus de quarante ans n’ont cessé de diminuer le budget de la défense, croyant engranger les "dividendes de la paix", réduisant notre Armée de Terre à 110 000 hommes, alors que la coalition luttant en Afghanistan contre un ennemi bien inférieur à DAESH comptait 130 000 hommes et n’a pas réussi à le vaincre. Or nous intervenons aujourd’hui au Liban, en Afrique au Sahel, en Centre Afrique, et maintenant sur le territoire national, au total dans vingt-sept opérations différentes. On ne peut continuer ainsi : ce ne sont pas les missions qu’il faut diminuer car elles sont toutes indispensables, mais les moyens qu’il faut mettre à niveau avec un froid réalisme. Le porte-avions Charles de Gaulle assure la stratégie française en Syrie a dit le Président. Bien. Qu’en sera-t-il de cette stratégie pendant les vingt mois de grand carénage du bâtiment ? La conclusion logique n’est-elle pas qu’il en faut un second, ce qui assurera en outre la pérennité du savoir-faire que nous sommes encore seuls à posséder avec les Américains et des retombées positives sur l’activité de nos entreprises.
Au pays de Descartes, il serait temps que le raisonnement stratégique retrouve enfin sa cohérence et que les politiques acquièrent le froid discernement et le courage qui font les hommes d’état.
"Il n’est pas dans les armes de carrière illustre qui n’ait servi une vaste politique, ni de grande gloire d’homme d’Etat que n’ait dorée l’éclat de la défense nationale." (Dernières lignes de Le Fil de l’épée de Charles de Gaulle, 1932)

Intervention prévue lors du Colloque de l’Académie de Géopolitique de Paris du 3 décembre 2015 - (Colloque reporté pour des raisons de sécurité)

Attaques terroristes du ...

Publié dans En France
Attaques terroristes du 13 novembre 2015 à Paris
 
Les attaques terroristes à Paris hier soir ont été organisées et exécutées sur ordre de DAESH qui en a réclamé la paternité de la façon odieuse habituelle à sa pratique. La simultanéité des actions et les lieux choisis indiquent qu’il s’agit d’une opération de guerre, prévue à l’avance et coordonnée, contre la France.
Il y en aura d’autres car l’organisation terroriste dispose de candidats au suicide dont certains ont étés formés dans ses unités combattantes en Irak et en Syrie, qui reviendront en France pour accomplir leurs forfaits dans les vagues de migrants, ou s’y trouvent déjà.
Les musulmans de France intégrés paisiblement dans la vie nationale vont être les victimes innocentes de ces actes par les amalgames faits sans réflexion.
Nos services de sécurité font leur travail avec compétence et efficacité, aidés par les récentes dispositions législatives et judiciaires prises depuis le 11 janvier dernier. Mais ils ne peuvent faire face aux centaines, et sans doute milliers, de terroristes potentiels qui sont sur notre territoire et peuvent agir au mépris de leur propre vie, souvent sous l’emprise de drogues qui dévoient leur jugement, au moindre signal de leurs commanditaires de DAESH ou Al Qaïda, organisations qui partagent la même idéologie et n’ont que des rivalités de personnes, de territoires ou de soutiens financiers.
Les mesures prises en Conseil des Ministres faciliteront l’action de nos services et augmenteront notre défense contre la menace terroriste, mais elles ne résolvent pas le problème de fond qui résulte de la situation au Moyen-Orient et tout particulièrement en Syrie.
 
La Syrie est le creuset du terrorisme qui a été soutenu depuis près de cinq ans par des états sunnites : Arabie Séoudite et ses alliés de la péninsule  ainsi que la Turquie, dans le but obstiné jusqu’à l’absurde de renverser l’Etat laïc de Damas, but également poursuivi par les puissances occidentales qui ont participé au financement et à l’armement de ces barbares illuminés, parce qu’il n’était pas docile à leurs injonctions et pour des visées géopolitiques plus lointaines.
Il faut cesser de se voiler la face si nous voulons lutter vraiment contre les terroristes dont l’action peut se renouveler chez nous, et s’associer à la Russie qui mène depuis peu une véritable lutte contre eux, en coordonnant notre action avec elle au lieu de la critiquer sans cesse. Il faut aussi soutenir ses propositions de règlement politique de la crise : aider au rétablissement de l’autorité légitime sur l’ensemble de son territoire, puis engager un dialogue national sous l’égide des grandes puissances et de l’ONU qui débouchera sur des élections où les Syriens décideront seuls de leur sort et de leurs dirigeants.
Les terroristes en Syrie et en Irak ne seront "in fine" éradiqués que par des troupes au sol qui ne peuvent être que les forces armées irakiennes et syriennes, soutenues par la communauté internationale. Il est, en effet, impensable que des armées non arabes débarquent dans cette région en masse. Or il faudra beaucoup de soldats pour l’emporter.
Il est également essentiel que nous reprenions des échanges avec les services de renseignement syriens qui sont les mieux informés  du monde sur la mouvance terroriste, ce qui implique une reprise du dialogue avec les autorités politiques. Nos services de sécurité en ont un besoin vital pour déjouer de futures attaques sur notre sol.
Cette guerre contre le terrorisme est une guerre mondiale : les faux-fuyants, les double-jeux sont désormais à proscrire. Que les états qui le peuvent exigent maintenant des états sunnites qui le soutiennent qu’ils choisissent leur camp clairement et ne s’abritent pas derrière des voiles hypocrites pour dire qu’ils ne savent pas ce que font leurs services secrets ou leurs compatriotes engagés. Il faut aussi cesser de faire des distinguos subtils mais mensongers entre les terroristes "modérés" et les autres, l’expérience américaine est là pour prouver le fiasco de cette distinction.
C’est seulement à ce prix que la guerre peut être gagnée. Sinon le monde devra vivre avec cette menace pendant longtemps et subir régulièrement d’autres attentats meurtriers.

Après l’accord du 14 juillet

Publié dans De par le monde
L’accord qui va reconfigurer le monde
 
Après l’accord du 14 juillet, tout s’organise déjà pour mettre en place de nouveaux rapports entre les puissances : au Moyen-Orient d’abord, mais aussi à l’échelle planétaire, l’Iran devant entrer dans les organisations économiques, financières et stratégiques mises en place par les Brics et y jouer un rôle essentiel. On voit donc mal comment de futurs dirigeants des États signataires pourraient le remettre en question, dans la mesure où il s’inscrit dans la logique internationale du retour à sa juste place d’une puissance majeure sur l’échiquier mondial.
Le voyage du ministre français des Affaires étrangères à Téhéran, sitôt le texte signé, est le signe de l’acceptation par la diplomatie française de ces réalités géopolitiques incontournables.
Par ce voyage, la France reconnaît le retour de l’Iran sur la scène internationale et annonce même qu’elle entend inscrire désormais sa politique dans le bouleversement qu’il signifie. Sans renier évidemment ses amitiés avec les monarchies pétrolières de la péninsule et avec Israël, qui pourraient d’ailleurs lui être utiles pour jouer un rôle de médiation dans les diverses crises, en rassurant ses amis grands perdants des nouveaux équilibres.
 
Aider les perdants
Israël et l’Arabie saoudite, les principaux opposants à l’accord, l’ont bien compris, eux qui pensaient tirer avantage du maintien dans l’ostracisme des sanctions un pays qu’ils ont voulu considérer comme leur ennemi et en ont fait le cœur de leur stratégie.
Ils devront s’adapter à la nouvelle donne et revoir leurs projets dès lors que leur mentor et parrain l’a fait en concluant cet accord. La Turquie a déjà réalisé que sa diplomatie a totalement échoué et va s’efforcer de se montrer sous un nouveau jour, mais nombreux sont ceux, à l’intérieur et à l’extérieur, qui voudront lui faire payer ses échecs. Les deux axes de sa stratégie : affaiblir les Kurdes et renverser le régime de Damas n’ont pas atteint leurs objectifs. Mieux encore, les Kurdes d’Irak et de Syrie sont plus forts qu’ils ne l’ont jamais été, tout en conservant leurs rivalités internes, et Bachar al-Assad est reconnu comme incontournable dans la lutte contre Daech.
Avec le retour de l’Iran, c’est aussi la reconnaissance par les États-Unis du rôle de ses alliés que sont la Russie et la Chine, qui ont toujours prôné une autre politique pour régler la crise syrienne et lutter contre le terrorisme islamique. La Russie surtout, en accord avec l’Iran, doit être un acteur essentiel sur ces deux sujets étroitement liés. D’autant plus qu’elle est indispensable pour permettre le désengagement américain d’Afghanistan vers le nord, car elle est aussi directement exposée à la menace islamiste d’Asie centrale. Son contrôle des frontières avec ses alliés asiatiques est fondamental.
 
Mais les négociateurs iraniens à Vienne ont dit à leurs homologues américains qu’ils avaient une stratégie différente de la leur pour lutter contre Daech, et qu’une éventuelle coopération ne serait envisageable qu’ultérieurement, une fois l’accord appliqué. Cela signifie que les Iraniens attendent un changement marqué de l’action américaine en Irak et en Syrie qui se rapproche de leur position.
En Afghanistan, l’Iran peut aussi aider les États-Unis car il a de bons contacts avec les talibans, lesquels reviendront inéluctablement au pouvoir à Kaboul, leur combat étant devenu une résistance nationaliste qui n’a plus rien à voir avec l’époque Ben Laden et la destruction des Bouddhas. Cette proximité s’appuie sur des intérêts géopolitiques partagés qui dépassent donc les différences confessionnelles entre chiites et sunnites.
La diplomatie iranienne devrait utiliser sa finesse traditionnelle pour aider l’Arabie saoudite à sortir du guêpier dans lequel elle s’est mise en attaquant le Yémen avec une brutalité aussi inouïe qu’inefficace : les frappes aériennes ne font que détruire et affamer un pays pauvre, berceau de l’arabisme, mais où les houthis de confession zaydite, alliés à une partie de l’ancienne armée nationale, sont de farouches guerriers qui exigent seulement une meilleure reconnaissance.
Seules de puissantes troupes au sol pourraient envisager de les soumettre, ce que l’Arabie est incapable de produire et que ses alliés pakistanais, égyptiens ou du Golfe n’ont aucune intention de fournir, à juste titre. La France pourrait d’ailleurs s’entendre avec l’Iran pour imposer finement un terme à ce conflit qui n’a d’autre raison d’être que la fièvre obsidionale du nouveau roi et de certains princes de
Riyad.
Les importantes ressources énergétiques de l’Iran et son énorme potentiel de développement seront convoités par les États-Unis, l’Europe, la Chine, l’Inde et de nombreux pays dans des échanges d’intérêts réciproques. Sans doute Russie et Chine lui fourniront-elles en premier lieu les armements dont il a besoin, mais des marchés leur seront offerts en rapport avec leurs spécificités, par exemple l’automobile pour la Chine et le nucléaire civil pour la Russie. La France devra montrer ses compétences dans tous ses domaines d’excellence pour se placer dans la compétition, en surmontant le handicap de l’ancienne politique peu amicale de ses dirigeants politiques –, mais pas des entreprises qui sont, pour la plupart, restées en contact, malgré les difficultés qu’on leur a faites.
 
L’Otan en question
Les États-Unis ont imposé cet accord au forceps parce qu’ils voulaient s’adapter au nouvel équilibre du monde. Les Européens, qui ne sont que leurs sujets, comme l’a dit Poutine dans un entretien le 27 juillet à la Radio Télévision Suisse (RTS), ne peuvent que l’approuver et se conformer à la nouvelle stratégie américaine. Ils devraient sans doute revoir leur lien avec l’allié hyperpuissant qui est toujours un acteur important, mais désormais plus le seul, en particulier sur le continent. Dans un monde multipolaire, l’appartenance à l’Otan est remise en question, surtout au moment où l’Union européenne vacille sur ses fondements technocratiques qui l’ont empêché de devenir une puissance politique. Les peuples se montrent de plus en plus réfractaires aux directives de Bruxelles que les oligarchies qui les dirigent suivent aveuglément, alors qu’elles portent parfois atteinte aux intérêts nationaux. Ainsi en est-il des sanctions contre la Russie qui se retournent contre les États membres.
Il semblerait que le général de Gaulle soit en train de remporter une victoire post mortem, tant le sentiment national refait surface en maints pays du Vieux Continent.
Verrons-nous simultanément un apaisement en Ukraine ? Cela indiquerait que la première puissance mondiale accepte enfin de partager avec les autres puissances l’organisation d’un monde meilleur, où les différends ne seront plus systématiquement réglés par l’emploi de la force militaire.
Il ne faut pas rêver cependant : de nouvelles relations internationales basées sur des rapports "gagnant-gagnant" ne vont pas s’installer du jour au lendemain. Toutefois, l’accord du 14 juillet 2015 pourrait être un point de départ dans cette direction.

Afrique Asie, septembre 2015

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