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CORVEZ Alain

CORVEZ Alain

Né le 24 juillet 1941
Marié  - 4 enfants

Officier supérieur (ER)
Conseiller en stratégie internationale

Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr

Conseiller en Relations Internationales au Ministère de l’Intérieur (1989-1994)
Conseiller du Général commandant la Force des Nations Unies au Sud Liban (FINUL) (1988-1989)
Commandant en second du 94éme Régiment d’infanterie motorisée (1986-1988)
Au Ministère de la Défense
     Suivi de la concurrence mondiale économique, scientifique et technique (1983-1986)
A l'Ambassade de France en Zambie (missions en Afrique australe (1980-1983)
Spécialisation en relations internationales
Carrière d’officier d’infanterie (1976-1978)

Membre du Cercle d’Etudes et de Recherches du Général Pierre Marie Gallois (+)
Membre du Forum pour le France présidé par l’ambassadeur Pierre Maillard
Vice-président du Cercle ARAMIS
Ancien Secrétaire général de la Convention de la Fondation Charles de Gaulle
Secrétaire Général de la Fondation de la France Libre

Distinctions
Chevalier de la Légion d’Honneur
Officier de l’Ordre National du Mérite
Croix de la Valeur Militaire

URL du site internet:

Erreur stratégique de l’Arabie Séoudite

Publié dans De par le monde
Yémen. Erreur stratégique de l’Arabie Séoudite et faute contre le berceau de l’arabisme
 
Le 26 mars dernier, en déclenchant des frappes aériennes meurtrières sur le Yémen, sans l’autorisation d’aucune organisation internationale et même, selon toute vraisemblance, sans en référer à son grand allié d’outre-atlantique, l’Arabie Séoudite a entamé une agression contre un pays membre de l’ONU qui n’a déclenché aucune dénonciation du viol du droit international dans le camp atlantique, alors que la Russie et la Chine ont attiré l’attention du Secrétaire Général de l’ONU sur les dangers et les drames que ces frappes aériennes décidées unilatéralement  provoquaient.
 
Les Etats-Unis, mis devant le fait accompli, ont dû rapidement réagir en soutenant leur allié mais le général Lloyd Austin, chef du commandement central à Washington, reconnaissait fin mars qu’il ne connaissait pas les buts de guerre ni les cibles à atteindre. Depuis, le soutien américain se limite à du renseignement, faisant contre mauvaise fortune, bon cœur, pour ne pas perdre la face. Il est clair qu’au moment où ils sont prêts de signer un accord avec l’Iran, ils veulent, là encore, assurer leurs alliés du Golfe, et sans doute aussi Israël, qu’ils ne les abandonnent pas.
Mais tous les experts stratégiques savent que ces frappes qui détruisent l’infrastructure d’un pays pauvre, tuant des civils innocents, privant les populations des moyens élémentaires de vivre, notamment de l’eau en détruisant des barrages, ne mèneront à rien et qu’elles ne font que faciliter la tâche d’Al Qaïda qui avait été chassé de nombreuses positions par les rebelles. La guerre que voudrait faire l’Arabie, avec le soutien de ses alliés du GCC, pour remettre au pouvoir son protégé qu’elle accueille chez elle, Abed Rabo Mansour Hadi, ne peut être gagnée que sur terre, ce qu’elle est incapable de faire. D’autant plus que des révoltes à l’intérieur de ses frontières la menacent désormais.
 
Les rebelles Houthis alliés de l’ancienne armée du Président Saleh, qui avait accepté de se retirer du pouvoir, dans la foulée des révoltes arabes initiées en 2011, avec un compromis politique, ont montré qu’ils savaient faire la guerre et possédaient des chefs aux connaissances stratégiques sans commune mesure avec leurs opposants. Les bombardements des provinces frontalières au sud de l’Arabie, d’ailleurs historiquement contestées, qu’ils ont déclenchés en représailles aux frappes aériennes sont efficaces et les seules frappes aériennes n’en viendront pas à bout.
L’Arabie veut voir dans les Houthis des chiites d’Iran, ce qui est totalement faux, mais elle reprend ainsi le discours de Netanyahou à Washington, pour caricaturer son action comme une défense des sunnites de la péninsule contre les ambitions iraniennes, alors que ce conflit n’a rien à voir avec une rivalité religieuse.
 
Les négociations engagées à Genève ont peu de chances d’aboutir à un accord tant que l’Arabie restera sur sa position pourtant intenable longtemps, surtout si la situation sur le terrain se détériore et si les Etats-Unis devaient les ramener à la raison. Elle ne peut pas gagner cette guerre qui résulte des rivalités internes à la famille royale et ne s’en sortira qu’humiliée mais après avoir commis des crimes contre un pays qu’elle a agressé parce qu’elle se sent acculée du fait de la distance prise par son grand allié depuis 1945. A partir du 30 juin, si l’accord nucléaire avec l’Iran est signé, les forces en présence ne seront plus les mêmes au Moyen-Orient.
15 juin 2015

Un nouvel ordre mondial

Publié dans De par le monde
Un nouvel ordre mondial
 
Dans son discours à l’Assemblée Générale des Nations-Unies le 24 septembre 2013, le président iranien Hassan Rouhani, a dit des choses essentielles pour améliorer les relations entre les nations du monde. Invitant à instaurer la modération dans les revendications des états, il a suggéré de supprimer "l’option militaire est sur la table" et d’adopter l’attitude "la paix est toujours possible", proposant enfin la formule : "Le monde contre la violence et l’extrémisme".
Le monde, a-t-il dit n’est plus le résultat d’un équilibre entre deux blocs, ni dominé par une seule puissance mais désormais multipolarisé et tous les états dont la base du pouvoir est dépendante des urnes, c’est-à-dire représente l’expression de la volonté du peuple, ont droit au même respect de leurs particularismes et de leurs intérêts légitimes. Aucune culture n’est supérieure aux autres et ne doit chercher à s’imposer.
 
Ce programme frappé au coin du bon sens et de l’humanisme universel ne semble pas être appliqué puisque des conflits incessants éclatent partout, notamment au Moyen-Orient, mais aussi au centre de l’Europe avec l’Ukraine, ou en Asie qui voit monter la tension entre les Etats-Unis et ses alliés et la Chine. L’affrontement nucléaire direct entre les puissances qui détiennent l’arme fatale étant impossible du fait de la dissuasion, toujours active quoi que certains en disent, elles poursuivent leurs objectifs stratégiques en entretenant des crises régionales avec leurs féaux par procuration.
En 2007 à Munich, le Président Poutine avait fait un discours remarquable lors d’une réunion de l’OSCE, affirmant qu’un nouvel équilibre du monde se mettait en place avec la fin des hégémonies et qu’il fallait s’y adapter. Il ajoutait que la démocratie devait s’imposer partout mais qu’elle devait respecter les différences de races, de cultures et d’opinions et qu’elle ne consistait pas à l’oppression de la ou des minorités par une majorité autoritaire et dominatrice mais à la prise en compte par celle-ci de l’ensemble des aspirations des populations.
Plus récemment, une résolution des Nations Unies a appelé la communauté internationale à s’engager dans de nouveaux rapports entre les états, reconnaissant les différences et les respectant, invitant les nations à défendre leurs intérêts justifiés avec modération et à rejeter les extrémismes porteurs de violence. Cette résolution (1) reprenant les propositions du Président Rouhani a été adoptée par l’Assemblée Générale le 18 décembre 2013. Elle  encourage les nations à défendre leurs intérêts par le dialogue et le respect des différences  afin de bâtir "un monde contre la violence et l’extrémisme" où les inévitables rivalités seront apaisées par une concertation internationale équitable et non par des guerres.
Il faut noter le peu d’écho que cet important évènement a eu dans les médias occidentaux.
 
C’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu car les hommes ont désormais une puissance qui leur permet de faire exploser notre planète par un coup de folie. La dissuasion a fonctionné jusqu’à maintenant, nous préservant d’un cataclysme, l’équilibre de la terreur retenant  jusqu’ici celui qui aurait eu envie de détruire son ennemi en lançant une salve nucléaire parce qu’il savait qu’il serait anéanti au même moment par la représaille automatique, mais on sent bien que certains bellicistes veulent nous persuader que les Etats-Unis possèdent un bouclier anti-missile qui les protège de frappes nucléaires en retour, rendant leur suprématie militaire à nouveau totale et annihilant le concept de dissuasion. Ceci est évidemment faux puisqu’aucun bouclier ou "dôme de fer" n’est entièrement étanche et ne le sera pas à moyenne échéance. En outre, les nouvelles puissances spatiales inventent chaque jour des armes nouvelles  qui anéantissent la suprématie d’un quelconque adversaire.
Les peuples du monde, quelles que soient leurs richesses économiques ou culturelles doivent être égaux en droit. Aucune culture ne peut s’attribuer la prééminence et se croire le phare du monde. La liberté dont la statue éclaire le monde à l’entrée de la baie d’Hudson est l’apanage de toutes les nations, sans que l’une d’entre elles puisse se prévaloir à cet égard d’une supériorité éthique quelconque, même si elle possède momentanément une supériorité économique et militaire sur les autres.
 
La France ferait bien de se souvenir de son héritage intellectuel des "Lumières", et du niveau de prestige mondial où la politique du Général de Gaulle l’avait portée en refusant l’alignement sur aucun bloc,- à une époque où il était bien plus difficile que maintenant de sortir de l’OTAN -, défendant le droit des peuples à décider eux-mêmes de leurs destins, prônant l’entente entre toutes les nations du globe qui l’acclamaient lors de ses nombreux tours du monde, car il connaissait les différentes cultures et proposait partout, en Asie, en Afrique, en Amérique Latine de respecter les hommes avec leurs différences. C’est ce qui le guidait aussi dans sa volonté de construire une Europe de nations gardant leurs particularismes et leur souverainetés qui devait, à ses yeux, s’ouvrir à une grande coopération avec la Russie et au-delà.
Pour nous Français, qui possédons la deuxième Zone Economique Exclusive (ZEE) mondiale grâce à nos territoires ultra-marins répartis sur les cinq continents, tout doit nous pousser à avoir une politique de citoyens du monde en entretenant avec toutes les nations des rapports de respect, de confiance et de coopération.
A cet égard, le choix diplomatique de notre pays de s’appuyer pour son action sur des monarchies arabes sunnites niant totalement les droits de l’homme, et d’attaquer des pays qui luttent contre le terrorisme islamique que ces mêmes monarchies soutiennent, est totalement aberrant et contraire à notre tradition historique, sans compter que tous les experts s’accordent pour reconnaître que ces régimes rétrogrades n’ont plus pour longtemps à subsister, menacés qu’ils sont par leurs querelles internes, les oppositions qui se redressent, et l’éloignement de leur protecteur américain : quand des dirigeants élus démocratiquement prendront les rênes de la péninsule arabique, quel jugement porteront-ils sur notre connivence actuelle avec leurs anciens oppresseurs. Si Israël est devenu leur allié objectif aujourd’hui, c’est parce qu’il craint lui aussi l’éloignement des Etats-Unis qui veulent mettre un terme à la "fitna", dispute entre chiites et sunnites, et tire aussi profit du terrorisme de Daesh qui ne l’a jamais menacé. La vente d’avions, navires et systèmes d’armes ne justifie pas une telle mésalliance. Les Etats-Unis, justement, sont en train de modifier leur stratégie au Moyen-Orient en se rapprochant de l’Iran et ils pourraient enfin décider de lutter plus utilement contre Daesh dont ils connaissent bien les commanditaires. On peut comprendre l’inquiétude d’Israël et des wahhabites de la péninsule ainsi embarqués dans le même bateau qui prend l’eau.  
 
Le souhait d’un monde apaisé avait été exprimé maintes fois par le Général de Gaulle qui alimentait ses visions prophétiques dans une profonde réflexion philosophique, ce qui l’amenait à délivrer des messages au monde entier que les grands d’alors n’appréciaient pas toujours, mais qui emportaient l’adhésion des peuples. S’adressant  aux universitaires mexicains  lors de son voyage au Mexique en mars 1964, il délivra un message philosophique et politique, d’une frappante actualité cinquante ans après, dont j’extrais ce court passage significatif :
"En effet, par-dessus les distances qui se rétrécissent, les idéologies qui s’atténuent, les politiques qui s’essoufflent, et à moins que l’humanité s’anéantisse elle-même un jour dans de monstrueuses destructions, le fait qui dominera le futur c’est l’unité de notre univers ; une cause, celle de l’homme ; une nécessité, celle du progrès mondial, et, par conséquent, de l’aide à tous les pays qui le souhaitent pour leur développement ; un devoir, celui de la paix, sont, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie."
Le Général a donc été le premier à défendre une autre organisation du monde, à une époque où les deux blocs rivaux dominaient pourtant le monde et ne laissaient guère de place à la contestation de leur hégémonie. Lors d’une conférence de presse à l’Elysée le 9 septembre 1965, il n’hésita pas à proposer un nouveau système monétaire international :
 
 
".… C’est ainsi que, tenant pour bon qu’un système international aménage les rapports monétaires, nous ne reconnaissons à la monnaie d’aucun Etat en particulier aucune valeur automatique et privilégiée par rapport à l’or, qui est, qui demeure, qui doit demeurer, en l’occurrence, le seul étalon réel. C’est ainsi qu’ayant été, avec quatre autres puissances, fondateurs de l’ONU et désirant que celle-ci demeure le lieu de rencontres des délégations de tous les peuples et le forum ouvert à leurs débats, nous n’acceptons pas d’être liés, fût-ce dans l’ordre financier, par des interventions armées contradictoires avec la Charte et auxquelles nous n’avons pas donné notre approbation. D’ailleurs, c’est en étant ainsi ce que nous sommes que nous croyons le mieux servir, en définitive, l’alliance des peuples libres, la communauté européenne, les institutions monétaires et l’Organisation des nations Unies… En effet l’indépendance ainsi recouvrée permet à la France de devenir, en dépit des idéologies et des hégémonies des colosses, malgré les passions  et les préventions des races, par-dessus les rivalités et les ambitions des nations, un champion de la coopération, faute de laquelle iraient s’étendant les troubles, les interventions, les conflits,  qui mènent à la guerre mondiale. »
Il ajoutait dans cette même conférence de presse sa vision de l’avenir du monde :
"…La même entente des mêmes puissances qui ont les moyens de la guerre et de la paix est, pour la période historique que nous traversons, indispensable à la compréhension et à la coopération que le monde doit établir entre toutes ses races, tous ses régimes et tous ses peuples, à moins d’aller, tôt ou tard à sa propre destruction. Il se trouve, en effet,  que les cinq Etats, dont dépend en définitive le destin de l’Asie du Sud-Est et qui, d’ailleurs, sont ceux qui détiennent les armes atomiques, ont fondé en commun, il y a vingt ans, l’Organisation des nations Unies pour être les membres permanents de son Conseil de sécurité. Ils pourraient demain, s’ils le voulaient, et dès lors naturellement qu’ils y seraient ensemble, faire en sorte que cette institution, au lieu d’être le théâtre de la vaine rivalité de deux hégémonies, devienne le cadre où serait considérée la mise en valeur de toute la terre et où s’affirmerait, par-là, la conscience de la communauté humaine. Il va de soi qu’un tel projet n’a actuellement aucune chance de voir le jour. Mais s’il devait jamais apparaître que le rapprochement, puis l’accord, des principaux responsables du monde fussent possibles à cette fin, la France serait, pour sa part, toute disposée à y aider."
Fin de citation.
 
Imprégné de ces visions, nous observons évidemment d’un œil intéressé et sympathique  les efforts que les BRICS et, au-delà, les émergents, font pour s’organiser dans le sens d’accords "gagnant-gagnant". Le grand projet de nouvelle route de la soie et les innombrables projets d’infrastructure qui lui sont liés, la création par la Chine de la Banque Asiatique d’Investissement et d’Infrastructure BAII, ouverte à tous et sans droit de veto d’aucun participant, la création de l’Union Economique Eurasienne par la Russie, UEE, qui pourrait déboucher sur une union monétaire eurasienne sont des indications concrètes que le monde s’est affranchi de la tutelle américaine. Car enfin, les Etats-Unis et leurs alliés qu’on a coutume d’appeler l’Occident ne représentent qu’environ 800 millions à 1 milliards d’habitants, suivant qui on inclut dans cette désignation de plus en plus imprécise sur ses soi-disant valeurs, et le reste du monde est dans la logique internationale quand il s’organise en fonction de son poids démographique, économique et même militaire : les BRICS représentent un cinquième de l’économie mondiale et n’ont au FMI que 11 % de voix. Il est bien normal que le monde se rééquilibre sur des bases plus réalistes et justes.
 
Dans ce nouvel ordre mondial, l’Europe ferait bien de revoir où est son intérêt : il est de s’associer à l’organisation du continent en coopération avec la Russie au lieu d’accompagner l’affrontement que développent les Etats-Unis contre elle. L’hostilité de l’Union Européenne dessert les intérêts de ses membres et ne fait que repousser Moscou vers l’Asie et notamment vers Pékin. L’UE, de plus en plus inexistante au plan politique, vacillant économiquement dans des structures paralysantes, ne semble pas réaliser les nouvelles donnes géopolitiques. Seules la France et l’Allemagne ont montré leur souhait de calmer le jeu en Ukraine, mais il faudrait des initiatives beaucoup plus volontaristes pour parvenir à un accord qui donnerait des assurances aux deux camps qui s’opposent. La crise ukrainienne pourrait être le catalyseur d’un ébranlement durable de cette organisation supranationale qui rend les grands pays fondateurs esclaves des petits pour toute décision concernant les relations internationales. Les sanctions sont contre-productives et plusieurs pays ont exprimé leur ferme opposition à leur prolongation, comme l’Italie, la Hongrie, la Slovaquie, la Grèce et Chypre, parfois de façon virulente. La France et l’Allemagne, prisonnières de leurs positions de moteur de l’UE hésitent à s’engager trop pour un allègement ou une suspension mais on sait que de nombreux groupes économiques dans ces pays font pression pour un changement de politique vis-à-vis de la Russie. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le refus de livrer les BPC Mistral comme une rupture de contrat inadmissible et une tâche sur la parole de la France. Les relations extérieures des états membres sont subordonnées à une politique décidée à Bruxelles sous influence clairement américaine, influence très générale mais qui trouve un écho particulièrement en Pologne et dans les états baltes. Combien de temps encore les grands pays fondateurs accepteront cette sujétion qui leur fait adopter des positions contraires à leurs intérêts ? Je ne ferai pas de pronostic mais il est désormais évident que les dissensions internes de cette UE exigent de la refonder sur la base d’une Europe de nations souveraines qui reprendront avec la Russie une coopération et un dialogue interrompu pour déboucher un jour sur un partenariat économique et stratégique.
 
L’avenir de l’humanité est dans la coopération équilibrée entre les états du monde pour développer des projets "gagnant-gagnant", en respectant les particularismes et les cultures de tous dans l’intérêt général. La guerre ne doit plus être le moyen de régler les différences ou les rivalités entre nations qui doivent le faire par des échanges diplomatiques et un désarmement général équilibré doit être engagé, auquel la France devrait se joindre quand les grands détenteurs d’armes de destruction massive auront entamé le démantèlement de leur arsenal fatidique.
En conclusion reprenons la formule du Président Rouhani : "la paix est toujours possible" au lieu de la menace belliciste : "l’option militaire est sur la table".

Intervention à la conférence internationale de l’Institut Schiller à Paris les 13 et 14 juin 2015.
(1) n° A/RES/68/127, adoptée par l’Assemblée Générale le 18 décembre 2013

Avec les BRICS, ...

Publié dans De par le monde
Avec les BRICS, pour un système gagnant-gagnant

Au moment où la politique monétaire de l’Union Européenne est au bord de l’éclatement, et sans doute aussi sa construction politique technocratique, parce qu’elle a été basée dès le départ sur des postulats faux, inspirés uniquement par l’idéologie supranationale qui prévaut depuis les origines et que seule la période gaulliste avait contrariée un temps, il est bon de s’interroger sur les raisons profondes de ces échecs désormais patents qui ont engendré désindustrialisation et chômage dans la plupart des pays qui composent ce malheureux ensemble de nations.
 
L’idéologie absolument libérale dont le principe est inscrit dans le marbre des traités européens vise à supprimer tous les obstacles au commerce en permettant une "concurrence libre et non faussée", c’est-à-dire à supprimer les frontières et les particularismes culturels du continent.
Il s’agit de créer un glacis européen entièrement ouvert aux prédateurs de la finance internationale, dont les donneurs d’ordres sont à la City et à Wall Street, glacis qui empêche ainsi la naissance d’une Europe politique qui serait nécessairement une rivale des Etats-Unis et devrait évidemment se rapprocher de la Russie, économiquement et stratégiquement.
On voit bien que la Commission prépare en secret et sans consulter les Etats la signature avec le Canada et les Etats-Unis de traités transatlantiques qui entérineraient cet assujettissement. Heureusement des voix s’élèvent depuis peu en France, à l’Assemblée Nationale et au Sénat pour dénoncer cette forfaiture et des propositions de lois sont déposées dans ce sens.
 
Cette idéologie a pu s’exprimer grâce à une fausse idée des réalités qui suivirent le dernier conflit mondial : l’horreur de la guerre a fait croire qu’on pouvait se prémunir contre son retour par une entente de type fédéral entre les états européens  supprimant les égoïsmes nationaux. Ainsi, d’après ses thuriféraires, l’UE aurait imposé la paix en Europe, alors que la vérité est absolument inverse : c’est parce que les Etats européens n’avaient plus  de raison et d’envie de se faire la guerre que les idéologues de l’Europe supranationale ont pu faire avancer leur projet. Mais les grandes réussites industrielles européennes ne doivent rien à cette UE et tout à des accords entre Etats qui ont mis en commun leurs projets pour avancer, notamment dans l’aéronautique et l’espace, préservant leurs intérêts nationaux en s’alliant à ceux qui pouvaient les partager.
 
Imprégné de philosophie humaniste et chrétien convaincu, le Général de Gaulle avait une immense culture et son intelligence hors du commun lui faisait envisager l’avenir de la France au sein de l’humanité tout entière. Il rappelait à tous les pays du monde qu’il visitait que la valeur suprême était la personne humaine et qu’il fallait d’abord la respecter, quelles que soient sa race et sa culture. Il répétait partout qu’il fallait respecter le droit des peuples à disposer eux-mêmes de leur destin et que le devoir des plus forts était d’aider les plus faibles, de même que les majorités devaient prendre en compte les droits légitimes des minorités.
C’est pourquoi il était acclamé par les foules en Asie, en Amérique Latine, en Afrique quand il dénonçait la politique des blocs et des impérialismes. Nul doute qu’il a été un promoteur de l’idée d’un nouvel ordre mondial s’inspirant de ces principes et qu’il a appelé, à une époque où régnait l’équilibre de la terreur nucléaire, à l’établissement  entre tous les peuples de la terre de relations respectueuses des particularismes nationaux, appelant les plus forts  à aider les plus faibles.
 
En 2007 à Munich, le Président Poutine avait fait un discours remarquable lors d’une réunion de l’OSCE, affirmant qu’un nouvel équilibre du monde se mettait en place avec la fin des hégémonies et qu’il fallait s’y adapter. Il ajoutait que la démocratie devait s’imposer partout mais qu’elle devait respecter les différences de races, de cultures et d’opinions et qu’elle ne consistait pas à l’oppression de la ou des minorités par une majorité autoritaire et dominatrice mais à la prise en compte de l’ensemble des aspirations des populations.
Plus récemment, une résolution des Nations Unies a appelé la communauté internationale à s’engager dans de nouveaux rapports entre les Etats reconnaissant  les différences mais les respectant, invitant les nations à défendre leurs intérêts justifiés avec modération et à rejeter les extrémismes porteurs de violence. Cette résolution n° A/RES/68/127, adoptée par l’Assemblée Générale le 18 décembre 2013 encourage les nations à défendre leurs intérêts avec modération par le dialogue et le respect des différences  afin de bâtir "un monde contre la violence et l’extrémisme", ainsi que l’avait proposé le Président iranien Rouhani lors de son discours à la 68ème session de l’ONU le 24 septembre 2013, initiateur de cette résolution.
Il faut noter le peu d’écho que cet important évènement a eu dans les médias occidentaux.
 
De même, les différents accords de coopération que les BRICS et d’autres Etats d’Asie, d’Amérique Latine, d’Afrique, concluent pour organiser leurs échanges économiques, politiques et stratégiques sont peu ou pas rapportés en Occident qui doit trouver ces ententes dirigées contre lui et cherche à minimiser leur importance. Pourtant ces accords n’ont d’autre but que de résister à la domination du système dollar dirigé par les Etats-Unis et proposent à tous ceux qui y verraient un intérêt de se joindre à eux dans un système "gagnant-gagnant".
Alors qu’elle pourrait se joindre à ces efforts pour organiser un nouveau monde plus harmonieux, la superpuissance américaine y voit une activité hostile  et s’efforce de construire des alliances opposées, en Asie où elle cherche à contrer la Chine et son "collier de perles" , aux Amériques en créant un marché commun américain, en Europe en voulant nous lier par des traités léonins. Mais elle va plus loin en alimentant des tensions guerrières partout dans le monde qui ont pour but de pérenniser sa tutelle sur de nombreux pays.
L’arme nucléaire étant détenue par les protagonistes des camps qui s’affrontent ainsi, l’inquiétude ne peut que grandir chez les amoureux de paix lorsqu’on observe ses positions belliqueuses, comme en Ukraine où elle veut forcer la main aux Européens qui réalisent enfin la proximité du danger de l’affrontement avec la Russie et semblent chercher une issue honorable pour tous. Ce qui se passe au Moyen-Orient à feu et à sang serait trop long à décrire ici mais les experts savent l’origine des terroristes islamistes et comment cette engeance de mort a servi jusqu’ici les intérêts des Etats-Unis et d’Israël, qui n’ont toujours pas abandonné l’idée de renverser le pouvoir légal en Syrie avec ces mercenaires fanatisés.
 
Pourtant, le deuxième mandat du Président Obama avait soulevé des espoirs que j’avais indiqués dans un article publié par la Revue Défense nationale (1) où je mentionnais les déclarations encourageants de Chuck Hagel, encore simple Sénateur du Nebraska avant qu’il ne prenne ses fonctions à la Défense.
 
Il faut donc promouvoir les accords économiques et stratégiques avec le monde multipolaire qui n’est plus une chimère mais une réalité qui se renforce chaque jour, accords "gagnant-gagnant" qui apporteront à notre planète l’harmonie de relations équilibrées, où les inévitables conflits d’intérêts seront résolus par le dialogue et la conciliation en affirmant : "la paix est toujours possible", au lieu de "l’option militaire est sur la table."
Notre continent européen doit organiser des échanges constructifs avec son bassin méditerranéen et son proche et moyen Orient,  et se tourner vers son extrême orient asiatique pour lequel la Russie est la passerelle incontournable. La Chine, dont la puissance économique et stratégique croît patiemment mais inexorablement, dans un tel système "gagnant-gagnant" ne doit pas être regardée comme une menace  mais comme un partenaire qui a besoin de se fournir en sources d’énergie qui lui font défaut et avec laquelle on doit équilibrer nos échanges.
 
En conclusion, voici quelques citations du Général de Gaulle qui attestent  qu’il est le précurseur de la promotion de cet état d’esprit, à une époque où pourtant les rapports de force dans le monde laissaient peu de chances à l’établissement d’ententes cordiales entre tous les états du monde :
 
Discours prononcé à l’Assemblée consultative au sujet de l’organisation du monde après la victoire finale sur l’Allemagne (22 novembre 1944) :
"Si nous sommes devenus plus attentifs que naguère aux réalités pratiques, nous nous déclarons toujours fidèles à cette conception morale et humaine de la politique en vertu de laquelle chaque peuple, s’il est capable de porter la charge de la liberté, a le droit strict de le faire pourvu qu’il n’en use pas pour nuire aux autres.
… Nous considérons que dans le monde, tel qu’il évolue, c’est-à-dire de plus en plus réduit dans ses dimensions, aussi bien pour ce qui concerne les échanges de la paix que pour les actions de la guerre, les droits de chacun intéressent les droits des autres."
 
S’adressant  aux universitaires mexicains  lors de son voyage au Mexique en mars 1964, il leur délivra ce message philosophique et politique, d’une frappante actualité cinquante ans après, démontrant une fois encore l’immense visionnaire qu’il était :
"En effet, par-dessus les distances qui se rétrécissent, les idéologies qui s’atténuent, les politiques qui s’essoufflent, et à moins que l’humanité s’anéantisse elle-même un jour dans de monstrueuses destructions, le fait qui dominera le futur c’est l’unité de notre univers ; une cause, celle de l’homme ; une nécessité, celle du progrès mondial, et, par conséquent, de l’aide à tous les pays qui le souhaitent pour leur développement ; un devoir, celui de la paix, sont, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie."
 
Conférence de presse à l’Elysée le 9 septembre 1965 :
" .… C’est ainsi que, tenant pour bon qu’un système international aménage les rapports monétaires, nous ne reconnaissons à la monnaie d’aucun Etat en particulier aucune valeur automatique et privilégiée par rapport à l’or, qui est,  qui demeure, qui doit demeurer, en l’occurrence, le seul étalon réel. C’est ainsi qu’ayant été, avec quatre autres puissances, fondateurs de l’ONU et désirant que celle-ci demeure le lieu de rencontres des délégations de tous les peuples et le forum ouvert à leurs débats, nous n’acceptons pas d’être liés, fût-ce dans l’ordre financier, par des interventions armées contradictoires avec la Charte et auxquelles nous n’avons pas donné notre approbation. D’ailleurs, c’est en étant ainsi ce que nous sommes que nous croyons le mieux servir, en définitive, l’alliance des peuples libres, la communauté européenne, les institutions monétaires et l’Organisation des nations Unies… En effet l’indépendance ainsi recouvrée permet à la France de devenir, en dépit des idéologies et des hégémonies des colosses, malgré les passions  et les préventions des races, par-dessus les rivalités et les ambitions des nations, un champion de la coopération, faute de laquelle iraient s’étendant les troubles, les interventions, les conflits,  qui mènent à la guerre mondiale.

… La même entente des mêmes puissances qui ont les moyens de la guerre et de la paix est, pour la période historique que nous traversons, indispensable à la compréhension et à la coopération que le monde doit établir entre toutes ses races, tous ses régimes et tous ses peuples, à moins d’aller, tôt ou tard à sa propre destruction. Il se trouve, en effet, que les cinq Etats, dont dépend en définitive le destin de l’Asie du Sud-Est et qui, d’ailleurs, sont ceux qui détiennent les armes atomiques, ont fondé en commun, il y a vingt ans, l’Organisation des nations Unies pour être les membres permanents de son Conseil de sécurité. Ils pourraient demain, s’ils le voulaient, et dès lors naturellement qu’ils y seraient ensemble, faire en sorte que cette institution, au lieu d’être le théâtre de la vaine rivalité de deux hégémonies, devienne le cadre où serait considérée la mise en valeur de toute la terre et où s’affirmerait, par là, la conscience de la communauté humaine. Il va de soi qu’un tel projet n’a actuellement aucune chance de voir le jour. Mais s’il devait jamais apparaître que le rapprochement, puis l’accord, des principaux responsables du monde fussent possibles à cette fin, la France serait, pour sa part, toute disposée à y aider."

Séminaire de l’Institut Schiller le 10 février 2015 à l’Espace Trinité
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(1) Article publié par la RDN  laissant espérer un changement de la politique des Etats-Unis.
Extrait : Nouvelle politique américaine.
 
La nouvelle équipe dirigeante que le Président Obama s’est choisi, John Kerry aux Affaires étrangères et Chuck Hagel à la Défense, veut adapter l’Amérique à ce nouveau monde. Ils ont clairement indiqué que les EU ne doivent plus intervenir militairement pour régler les crises, ce qui coûte trop cher en dollars et en vies humaines,  mais s’efforcer d’y parvenir par la négociation.
En mai 2012, avant même d’être envisagé par Obama comme futur responsable de la Défense, Chuck Hagel avait donné un entretien dont  j’ai traduit ce passage révélateur :
"L’Amérique doit faire davantage pour établir un nouvel ordre mondial qui tienne compte de l’émergence de nouvelles puissances mondiales, en s’engageant activement dans la réforme et la promotion d’organisations et de structures multilatérales.
Cela ne signifie pas que nous soyons d’accord avec tout le monde mais nous devons nous ajuster aux réalités de ces nouvelles puissances. Nous devrions accepter ce fait et diriger le changement parce que c’est notre intérêt, exactement comme Truman et Eisenhower l’ont fait…
Le déclin américain n’est pas inévitable, mais la capacité de nous en protéger ou de l’éviter est dans nos mains. Ce discours stupide sur l’Amérique qui serait dépassée par l’histoire, ce n’est pas à cause de la Chine ou du Brésil ou de l’Inde. Si cela se produit ce sera parce que nous l’aurons laissé arriver.  C’est à nous de voir."
 
Au sujet de la Syrie il disait :
"Le monde s’oriente vers une diversité des structures du pouvoir dans laquelle les Etats-Unis ne sont plus l’unique et inégalée superpuissance. Ceci, combiné  aux problèmes internes du pays et au désir des Américains d’en finir avec une décade de guerre, indique clairement la nécessité d’une solution diplomatique en Syrie.  
Nous devons absolument comprendre les limites des grandes puissances. Il y a tellement de variables incontrôlables en jeu en Syrie et au Moyen-Orient. Il faut travailler avec les institutions multilatérales disponibles, l’ONU, la Ligue Arabe. La dernière chose qu’on souhaite serait une invasion en Syrie dirigée par l’Amérique ou l’Occident."
Dans le même entretien, Chuck Hagel insistait sur la nécessité d’une solution négociée de la crise iranienne. (A. Corvez, avril 2013)
 
Extrait de : La crise syrienne : révélateur tragique de la naissance du nouvel ordre mondial (A. Corvez, octobre 2012, publié par la RDN)
Le "politiquement correct" que dénonçait le rapport du Sénat, le conformisme idéologique sont à bannir si la France veut retrouver une réflexion stratégique en prise sur un monde en mutation ; demain nos intérêts énergétiques, commerciaux, stratégiques seront davantage dans une coopération avec la Russie qu’avec l’Amérique. Cette dernière restera encore longtemps la première puissance économique et militaire du monde mais elle sait bien qu’elle devra partager avec de nouvelles puissances, en Asie où elle s’organise activement pour endiguer les ambitions chinoises, en Europe où la Russie lui indique chaque jour que l’entente n’entraîne pas pour autant la vassalisation et où il est inéluctable que tôt ou tard nous devrons construire un partenariat avec elle, à commencer à propos de l’Asie Centrale, en Amérique latine qui s’émancipe de plus en plus de sa tutelle, enfin en Afrique où elle a installé des structures permanentes de contrôle mais où elle ne dispose pas de l’expertise française ancienne et semble parfois aveugle. Au moment où l’Union Européenne s’essouffle à chercher des solutions aux crises successives qu’elle traverse, ne parvient pas à avancer dans l’élaboration d’une défense commune parce que les états préfèrent s’en remettre à l’Amérique par le biais de l’Otan, ni à harmoniser vingt-sept économies différentes, où les peuples manifestent de plus en plus leur hostilité à une réglementation qui les atteint désormais dans leurs modes de vie, où les Britanniques se félicitent de ne pas être dans la zone euro et envisagent même de sortir de l’Union, une réflexion stratégique dynamique et novatrice est indispensable et devra s’imposer au politique confronté aux impasses dans lesquelles il s’est progressivement mais obstinément engagé.

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