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CORVEZ Alain

CORVEZ Alain

Né le 24 juillet 1941
Marié  - 4 enfants

Officier supérieur (ER)
Conseiller en stratégie internationale

Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr

Conseiller en Relations Internationales au Ministère de l’Intérieur (1989-1994)
Conseiller du Général commandant la Force des Nations Unies au Sud Liban (FINUL) (1988-1989)
Commandant en second du 94éme Régiment d’infanterie motorisée (1986-1988)
Au Ministère de la Défense
     Suivi de la concurrence mondiale économique, scientifique et technique (1983-1986)
A l'Ambassade de France en Zambie (missions en Afrique australe (1980-1983)
Spécialisation en relations internationales
Carrière d’officier d’infanterie (1976-1978)

Membre du Cercle d’Etudes et de Recherches du Général Pierre Marie Gallois (+)
Membre du Forum pour le France présidé par l’ambassadeur Pierre Maillard
Vice-président du Cercle ARAMIS
Ancien Secrétaire général de la Convention de la Fondation Charles de Gaulle
Secrétaire Général de la Fondation de la France Libre

Distinctions
Chevalier de la Légion d’Honneur
Officier de l’Ordre National du Mérite
Croix de la Valeur Militaire

URL du site internet:

L'Accord de Vienne du 14 juillet

Publié dans De par le monde
Le monde après l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien du 14 juillet 2015
 
L’accord signé à Vienne entre l’Iran et les 5 + 1 puissances (Chine, Russie , États–Unis, Grande Bretagne, France, Allemagne ) marque une percée diplomatique majeure de l’Iran dont le rôle dans la géopolitique mondiale est ainsi entériné au plus haut niveau. Alors que tout s’organise déjà pour mettre en place de nouveaux rapports entre les puissances, -au Moyen-Orient d’abord mais aussi à l’échelle planétaire, l’Iran devant entrer dans les organisations économiques, financières et stratégiques mises en place par les BRICS et y jouer un rôle essentiel-, on voit mal comment de futurs dirigeants des états signataires pourraient remettre en question cet accord qui s’inscrit dans la logique internationale du retour à sa juste place d’une puissance majeure sur l’échiquier mondial.
 
Le voyage du Ministre des Affaires Etrangères français à Téhéran sitôt l’accord signé, est le signe de l’acceptation par la diplomatie française de ces réalités géopolitiques incontournables. Par ce voyage, la France reconnaît le retour de l’Iran sur la scène internationale et annonce même qu’elle entend inscrire désormais sa politique dans le bouleversement qu’il signifie. Sans renier évidemment ses amitiés sunnites de la péninsule, et israéliennes, qui pourraient d’ailleurs lui être utiles pour jouer un rôle de médiation dans les diverses crises, en rassurant ses amis grands perdants des nouveaux équilibres.
 
Israël et l’Arabie Saoudite, les principaux opposants à cet accord l’ont bien compris, eux qui pensaient tirer avantage du maintien dans l’ostracisme des sanctions du pays qu’ils ont voulu considérer comme leur ennemi et en ont fait le cœur de leur stratégie. Ils devront s’adapter à la nouvelle donne et revoir leurs projets dès lors que leur mentor et parrain l’a fait en concluant cet accord.
La Turquie a déjà réalisé que sa diplomatie avait totalement échoué et va s’efforcer de se montrer sous un nouveau jour mais nombreux sont ceux, à l’intérieur et à l’extérieur, qui voudront lui faire payer ses échecs. Les deux axes de sa stratégie : affaiblir les Kurdes et renverser le régime de Damas n’ont pas atteint leurs objectifs, mieux encore, les Kurdes d’Irak et de Syrie sont plus forts qu’ils l’ont jamais étés, tout en conservant leurs rivalités internes, et Bashar est reconnu comme incontournable dans la lutte contre DAESH.
 
Avec le retour de l’Iran, c’est aussi la reconnaissance par les États-Unis du rôle de ses alliés que sont la Russie et la Chine, qui ont toujours prôné une autre politique pour régler la crise syrienne et lutter contre le terrorisme islamique. La Russie surtout, en accord avec l’Iran, doit être un acteur essentiel sur ces deux sujets étroitement liés. D’autant  plus qu’elle est indispensable pour permettre le désengagement américain d’Afghanistan vers le nord car elle est aussi directement  menacée par la menace islamiste d’Asie Centrale. Son contrôle des frontières avec ses alliés asiatiques est fondamental.
 
Mais les négociateurs iraniens à Vienne ont dit à leurs homologues américains qu’ils avaient une stratégie différente de la leur pour lutter contre DAESH et qu’une éventuelle coopération ne serait envisageable qu’ultérieurement, une fois l’accord appliqué. Ce qui signifie que les Iraniens attendent un changement marqué de l’action américaine en Irak et en Syrie, se rapprochant de la leur.
 
En Afghanistan, l’Iran peut aussi aider les États-Unis car il a de bons contacts avec les Talibans, qui reviendront inéluctablement au pouvoir à Kaboul, leur combat étant devenu une résistance nationaliste qui n’a plus rien à voir avec l’époque Ben Laden et la destruction des bouddhas. Cette proximité s’appuie sur des intérêts géopolitiques partagés qui dépassent donc les différences confessionnelles entre chiites et sunnites.
La diplomatie iranienne devrait utiliser sa finesse traditionnelle pour aider l’Arabie Saoudite à sortir du guêpier dans lequel elle s’est mise en attaquant le Yémen avec une brutalité aussi inouïe qu’inefficace : les frappes aériennes ne font que détruire et affamer un pays pauvre, berceau de l’arabisme, mais où les Houthis de confession zaydite, alliés à une partie de l’ancienne armée nationale sont de farouches guerriers qui exigent seulement une meilleure reconnaissance de leur état. Seules de puissantes troupes au sol pourraient envisager de les soumettre, ce que l’Arabie est incapable de produire et que ses alliés pakistanais, égyptiens ou du Golfe n’ont aucune intention de fournir, à juste titre.
La France pourrait d’ailleurs s’entendre avec l’Iran pour imposer finement une fin à ce conflit qui n’a d’autre raison d’être que la fièvre obsidionale du nouveau roi et de certains princes de Ryad.
Les importantes ressources énergétiques de l’Iran et son énorme potentiel de développement seront convoités par les États-Unis, l’Europe, la Chine, l’Inde et de nombreux pays dans des échanges d’intérêts réciproques. Sans doute Russie et Chine lui fourniront, en premier lieu les armements dont il a besoin, mais des marchés leur seront offerts en rapport avec leurs spécificités, par exemple l’automobile pour la Chine et le nucléaire civil pour la Russie.
La France devra montrer ses compétences dans tous ses domaines d’excellence pour se placer dans cette compétition, en surmontant le handicap de l’ancienne politique peu amicale de ses dirigeants politiques mais pas des entreprises qui sont, pour la plupart, restées en contact malgré les difficultés qu’on leur a faites.
 
Les États-Unis ont imposé cet accord aux forceps parce qu’ils voulaient s’adapter au nouvel équilibre du monde. Les Européens qui ne sont que leurs sujets, comme l’a récemment dit Poutine dans un entretien le 27 juillet à la Radio-Télévision Suisse (RTS), ne peuvent que l’approuver et se conformer à la nouvelle stratégie américaine ; mais ils devraient sans doute revoir leur lien avec l’allié hyperpuissant qui est toujours un acteur important mais désormais plus le seul, en particulier sur le continent. Dans un monde multipolaire, l’appartenance à l’OTAN est remise en question, surtout au moment où l’Union Européenne vacille sur ses fondements technocratiques  qui l’ont empêché de devenir une puissance politique. Les peuples se montrent de plus en plus réfractaires aux directives de Bruxelles que les oligarchies qui les dirigent suivent aveuglément, alors qu’elles portent parfois atteinte aux intérêts nationaux ; ainsi en est-il des sanctions contre la Russie qui se retournent contre les États membres.
 
Il semblerait que le Général de Gaulle soit en train de remporter une victoire post mortem, tant le sentiment national refait surface en maints pays du vieux continent.
 
Verrons-nous simultanément un apaisement en Ukraine, cela indiquerait que la première puissance mondiale accepte enfin de partager avec les autres puissances l’organisation d’un monde meilleur où les différends ne seront plus systématiquement réglés par l’emploi de la force militaire.
Il ne faut pas rêver cependant : de nouvelles relations internationales basées sur des rapports "gagnants-gagnants" ne vont pas s’installer du jour au lendemain mais l’accord du 14 juillet 2015 pourrait être un point de départ dans cette direction

Erreur stratégique de l’Arabie Séoudite

Publié dans De par le monde
Yémen. Erreur stratégique de l’Arabie Séoudite et faute contre le berceau de l’arabisme
 
Le 26 mars dernier, en déclenchant des frappes aériennes meurtrières sur le Yémen, sans l’autorisation d’aucune organisation internationale et même, selon toute vraisemblance, sans en référer à son grand allié d’outre-atlantique, l’Arabie Séoudite a entamé une agression contre un pays membre de l’ONU qui n’a déclenché aucune dénonciation du viol du droit international dans le camp atlantique, alors que la Russie et la Chine ont attiré l’attention du Secrétaire Général de l’ONU sur les dangers et les drames que ces frappes aériennes décidées unilatéralement  provoquaient.
 
Les Etats-Unis, mis devant le fait accompli, ont dû rapidement réagir en soutenant leur allié mais le général Lloyd Austin, chef du commandement central à Washington, reconnaissait fin mars qu’il ne connaissait pas les buts de guerre ni les cibles à atteindre. Depuis, le soutien américain se limite à du renseignement, faisant contre mauvaise fortune, bon cœur, pour ne pas perdre la face. Il est clair qu’au moment où ils sont prêts de signer un accord avec l’Iran, ils veulent, là encore, assurer leurs alliés du Golfe, et sans doute aussi Israël, qu’ils ne les abandonnent pas.
Mais tous les experts stratégiques savent que ces frappes qui détruisent l’infrastructure d’un pays pauvre, tuant des civils innocents, privant les populations des moyens élémentaires de vivre, notamment de l’eau en détruisant des barrages, ne mèneront à rien et qu’elles ne font que faciliter la tâche d’Al Qaïda qui avait été chassé de nombreuses positions par les rebelles. La guerre que voudrait faire l’Arabie, avec le soutien de ses alliés du GCC, pour remettre au pouvoir son protégé qu’elle accueille chez elle, Abed Rabo Mansour Hadi, ne peut être gagnée que sur terre, ce qu’elle est incapable de faire. D’autant plus que des révoltes à l’intérieur de ses frontières la menacent désormais.
 
Les rebelles Houthis alliés de l’ancienne armée du Président Saleh, qui avait accepté de se retirer du pouvoir, dans la foulée des révoltes arabes initiées en 2011, avec un compromis politique, ont montré qu’ils savaient faire la guerre et possédaient des chefs aux connaissances stratégiques sans commune mesure avec leurs opposants. Les bombardements des provinces frontalières au sud de l’Arabie, d’ailleurs historiquement contestées, qu’ils ont déclenchés en représailles aux frappes aériennes sont efficaces et les seules frappes aériennes n’en viendront pas à bout.
L’Arabie veut voir dans les Houthis des chiites d’Iran, ce qui est totalement faux, mais elle reprend ainsi le discours de Netanyahou à Washington, pour caricaturer son action comme une défense des sunnites de la péninsule contre les ambitions iraniennes, alors que ce conflit n’a rien à voir avec une rivalité religieuse.
 
Les négociations engagées à Genève ont peu de chances d’aboutir à un accord tant que l’Arabie restera sur sa position pourtant intenable longtemps, surtout si la situation sur le terrain se détériore et si les Etats-Unis devaient les ramener à la raison. Elle ne peut pas gagner cette guerre qui résulte des rivalités internes à la famille royale et ne s’en sortira qu’humiliée mais après avoir commis des crimes contre un pays qu’elle a agressé parce qu’elle se sent acculée du fait de la distance prise par son grand allié depuis 1945. A partir du 30 juin, si l’accord nucléaire avec l’Iran est signé, les forces en présence ne seront plus les mêmes au Moyen-Orient.
15 juin 2015

Un nouvel ordre mondial

Publié dans De par le monde
Un nouvel ordre mondial
 
Dans son discours à l’Assemblée Générale des Nations-Unies le 24 septembre 2013, le président iranien Hassan Rouhani, a dit des choses essentielles pour améliorer les relations entre les nations du monde. Invitant à instaurer la modération dans les revendications des états, il a suggéré de supprimer "l’option militaire est sur la table" et d’adopter l’attitude "la paix est toujours possible", proposant enfin la formule : "Le monde contre la violence et l’extrémisme".
Le monde, a-t-il dit n’est plus le résultat d’un équilibre entre deux blocs, ni dominé par une seule puissance mais désormais multipolarisé et tous les états dont la base du pouvoir est dépendante des urnes, c’est-à-dire représente l’expression de la volonté du peuple, ont droit au même respect de leurs particularismes et de leurs intérêts légitimes. Aucune culture n’est supérieure aux autres et ne doit chercher à s’imposer.
 
Ce programme frappé au coin du bon sens et de l’humanisme universel ne semble pas être appliqué puisque des conflits incessants éclatent partout, notamment au Moyen-Orient, mais aussi au centre de l’Europe avec l’Ukraine, ou en Asie qui voit monter la tension entre les Etats-Unis et ses alliés et la Chine. L’affrontement nucléaire direct entre les puissances qui détiennent l’arme fatale étant impossible du fait de la dissuasion, toujours active quoi que certains en disent, elles poursuivent leurs objectifs stratégiques en entretenant des crises régionales avec leurs féaux par procuration.
En 2007 à Munich, le Président Poutine avait fait un discours remarquable lors d’une réunion de l’OSCE, affirmant qu’un nouvel équilibre du monde se mettait en place avec la fin des hégémonies et qu’il fallait s’y adapter. Il ajoutait que la démocratie devait s’imposer partout mais qu’elle devait respecter les différences de races, de cultures et d’opinions et qu’elle ne consistait pas à l’oppression de la ou des minorités par une majorité autoritaire et dominatrice mais à la prise en compte par celle-ci de l’ensemble des aspirations des populations.
Plus récemment, une résolution des Nations Unies a appelé la communauté internationale à s’engager dans de nouveaux rapports entre les états, reconnaissant les différences et les respectant, invitant les nations à défendre leurs intérêts justifiés avec modération et à rejeter les extrémismes porteurs de violence. Cette résolution (1) reprenant les propositions du Président Rouhani a été adoptée par l’Assemblée Générale le 18 décembre 2013. Elle  encourage les nations à défendre leurs intérêts par le dialogue et le respect des différences  afin de bâtir "un monde contre la violence et l’extrémisme" où les inévitables rivalités seront apaisées par une concertation internationale équitable et non par des guerres.
Il faut noter le peu d’écho que cet important évènement a eu dans les médias occidentaux.
 
C’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu car les hommes ont désormais une puissance qui leur permet de faire exploser notre planète par un coup de folie. La dissuasion a fonctionné jusqu’à maintenant, nous préservant d’un cataclysme, l’équilibre de la terreur retenant  jusqu’ici celui qui aurait eu envie de détruire son ennemi en lançant une salve nucléaire parce qu’il savait qu’il serait anéanti au même moment par la représaille automatique, mais on sent bien que certains bellicistes veulent nous persuader que les Etats-Unis possèdent un bouclier anti-missile qui les protège de frappes nucléaires en retour, rendant leur suprématie militaire à nouveau totale et annihilant le concept de dissuasion. Ceci est évidemment faux puisqu’aucun bouclier ou "dôme de fer" n’est entièrement étanche et ne le sera pas à moyenne échéance. En outre, les nouvelles puissances spatiales inventent chaque jour des armes nouvelles  qui anéantissent la suprématie d’un quelconque adversaire.
Les peuples du monde, quelles que soient leurs richesses économiques ou culturelles doivent être égaux en droit. Aucune culture ne peut s’attribuer la prééminence et se croire le phare du monde. La liberté dont la statue éclaire le monde à l’entrée de la baie d’Hudson est l’apanage de toutes les nations, sans que l’une d’entre elles puisse se prévaloir à cet égard d’une supériorité éthique quelconque, même si elle possède momentanément une supériorité économique et militaire sur les autres.
 
La France ferait bien de se souvenir de son héritage intellectuel des "Lumières", et du niveau de prestige mondial où la politique du Général de Gaulle l’avait portée en refusant l’alignement sur aucun bloc,- à une époque où il était bien plus difficile que maintenant de sortir de l’OTAN -, défendant le droit des peuples à décider eux-mêmes de leurs destins, prônant l’entente entre toutes les nations du globe qui l’acclamaient lors de ses nombreux tours du monde, car il connaissait les différentes cultures et proposait partout, en Asie, en Afrique, en Amérique Latine de respecter les hommes avec leurs différences. C’est ce qui le guidait aussi dans sa volonté de construire une Europe de nations gardant leurs particularismes et leur souverainetés qui devait, à ses yeux, s’ouvrir à une grande coopération avec la Russie et au-delà.
Pour nous Français, qui possédons la deuxième Zone Economique Exclusive (ZEE) mondiale grâce à nos territoires ultra-marins répartis sur les cinq continents, tout doit nous pousser à avoir une politique de citoyens du monde en entretenant avec toutes les nations des rapports de respect, de confiance et de coopération.
A cet égard, le choix diplomatique de notre pays de s’appuyer pour son action sur des monarchies arabes sunnites niant totalement les droits de l’homme, et d’attaquer des pays qui luttent contre le terrorisme islamique que ces mêmes monarchies soutiennent, est totalement aberrant et contraire à notre tradition historique, sans compter que tous les experts s’accordent pour reconnaître que ces régimes rétrogrades n’ont plus pour longtemps à subsister, menacés qu’ils sont par leurs querelles internes, les oppositions qui se redressent, et l’éloignement de leur protecteur américain : quand des dirigeants élus démocratiquement prendront les rênes de la péninsule arabique, quel jugement porteront-ils sur notre connivence actuelle avec leurs anciens oppresseurs. Si Israël est devenu leur allié objectif aujourd’hui, c’est parce qu’il craint lui aussi l’éloignement des Etats-Unis qui veulent mettre un terme à la "fitna", dispute entre chiites et sunnites, et tire aussi profit du terrorisme de Daesh qui ne l’a jamais menacé. La vente d’avions, navires et systèmes d’armes ne justifie pas une telle mésalliance. Les Etats-Unis, justement, sont en train de modifier leur stratégie au Moyen-Orient en se rapprochant de l’Iran et ils pourraient enfin décider de lutter plus utilement contre Daesh dont ils connaissent bien les commanditaires. On peut comprendre l’inquiétude d’Israël et des wahhabites de la péninsule ainsi embarqués dans le même bateau qui prend l’eau.  
 
Le souhait d’un monde apaisé avait été exprimé maintes fois par le Général de Gaulle qui alimentait ses visions prophétiques dans une profonde réflexion philosophique, ce qui l’amenait à délivrer des messages au monde entier que les grands d’alors n’appréciaient pas toujours, mais qui emportaient l’adhésion des peuples. S’adressant  aux universitaires mexicains  lors de son voyage au Mexique en mars 1964, il délivra un message philosophique et politique, d’une frappante actualité cinquante ans après, dont j’extrais ce court passage significatif :
"En effet, par-dessus les distances qui se rétrécissent, les idéologies qui s’atténuent, les politiques qui s’essoufflent, et à moins que l’humanité s’anéantisse elle-même un jour dans de monstrueuses destructions, le fait qui dominera le futur c’est l’unité de notre univers ; une cause, celle de l’homme ; une nécessité, celle du progrès mondial, et, par conséquent, de l’aide à tous les pays qui le souhaitent pour leur développement ; un devoir, celui de la paix, sont, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie."
Le Général a donc été le premier à défendre une autre organisation du monde, à une époque où les deux blocs rivaux dominaient pourtant le monde et ne laissaient guère de place à la contestation de leur hégémonie. Lors d’une conférence de presse à l’Elysée le 9 septembre 1965, il n’hésita pas à proposer un nouveau système monétaire international :
 
 
".… C’est ainsi que, tenant pour bon qu’un système international aménage les rapports monétaires, nous ne reconnaissons à la monnaie d’aucun Etat en particulier aucune valeur automatique et privilégiée par rapport à l’or, qui est, qui demeure, qui doit demeurer, en l’occurrence, le seul étalon réel. C’est ainsi qu’ayant été, avec quatre autres puissances, fondateurs de l’ONU et désirant que celle-ci demeure le lieu de rencontres des délégations de tous les peuples et le forum ouvert à leurs débats, nous n’acceptons pas d’être liés, fût-ce dans l’ordre financier, par des interventions armées contradictoires avec la Charte et auxquelles nous n’avons pas donné notre approbation. D’ailleurs, c’est en étant ainsi ce que nous sommes que nous croyons le mieux servir, en définitive, l’alliance des peuples libres, la communauté européenne, les institutions monétaires et l’Organisation des nations Unies… En effet l’indépendance ainsi recouvrée permet à la France de devenir, en dépit des idéologies et des hégémonies des colosses, malgré les passions  et les préventions des races, par-dessus les rivalités et les ambitions des nations, un champion de la coopération, faute de laquelle iraient s’étendant les troubles, les interventions, les conflits,  qui mènent à la guerre mondiale. »
Il ajoutait dans cette même conférence de presse sa vision de l’avenir du monde :
"…La même entente des mêmes puissances qui ont les moyens de la guerre et de la paix est, pour la période historique que nous traversons, indispensable à la compréhension et à la coopération que le monde doit établir entre toutes ses races, tous ses régimes et tous ses peuples, à moins d’aller, tôt ou tard à sa propre destruction. Il se trouve, en effet,  que les cinq Etats, dont dépend en définitive le destin de l’Asie du Sud-Est et qui, d’ailleurs, sont ceux qui détiennent les armes atomiques, ont fondé en commun, il y a vingt ans, l’Organisation des nations Unies pour être les membres permanents de son Conseil de sécurité. Ils pourraient demain, s’ils le voulaient, et dès lors naturellement qu’ils y seraient ensemble, faire en sorte que cette institution, au lieu d’être le théâtre de la vaine rivalité de deux hégémonies, devienne le cadre où serait considérée la mise en valeur de toute la terre et où s’affirmerait, par-là, la conscience de la communauté humaine. Il va de soi qu’un tel projet n’a actuellement aucune chance de voir le jour. Mais s’il devait jamais apparaître que le rapprochement, puis l’accord, des principaux responsables du monde fussent possibles à cette fin, la France serait, pour sa part, toute disposée à y aider."
Fin de citation.
 
Imprégné de ces visions, nous observons évidemment d’un œil intéressé et sympathique  les efforts que les BRICS et, au-delà, les émergents, font pour s’organiser dans le sens d’accords "gagnant-gagnant". Le grand projet de nouvelle route de la soie et les innombrables projets d’infrastructure qui lui sont liés, la création par la Chine de la Banque Asiatique d’Investissement et d’Infrastructure BAII, ouverte à tous et sans droit de veto d’aucun participant, la création de l’Union Economique Eurasienne par la Russie, UEE, qui pourrait déboucher sur une union monétaire eurasienne sont des indications concrètes que le monde s’est affranchi de la tutelle américaine. Car enfin, les Etats-Unis et leurs alliés qu’on a coutume d’appeler l’Occident ne représentent qu’environ 800 millions à 1 milliards d’habitants, suivant qui on inclut dans cette désignation de plus en plus imprécise sur ses soi-disant valeurs, et le reste du monde est dans la logique internationale quand il s’organise en fonction de son poids démographique, économique et même militaire : les BRICS représentent un cinquième de l’économie mondiale et n’ont au FMI que 11 % de voix. Il est bien normal que le monde se rééquilibre sur des bases plus réalistes et justes.
 
Dans ce nouvel ordre mondial, l’Europe ferait bien de revoir où est son intérêt : il est de s’associer à l’organisation du continent en coopération avec la Russie au lieu d’accompagner l’affrontement que développent les Etats-Unis contre elle. L’hostilité de l’Union Européenne dessert les intérêts de ses membres et ne fait que repousser Moscou vers l’Asie et notamment vers Pékin. L’UE, de plus en plus inexistante au plan politique, vacillant économiquement dans des structures paralysantes, ne semble pas réaliser les nouvelles donnes géopolitiques. Seules la France et l’Allemagne ont montré leur souhait de calmer le jeu en Ukraine, mais il faudrait des initiatives beaucoup plus volontaristes pour parvenir à un accord qui donnerait des assurances aux deux camps qui s’opposent. La crise ukrainienne pourrait être le catalyseur d’un ébranlement durable de cette organisation supranationale qui rend les grands pays fondateurs esclaves des petits pour toute décision concernant les relations internationales. Les sanctions sont contre-productives et plusieurs pays ont exprimé leur ferme opposition à leur prolongation, comme l’Italie, la Hongrie, la Slovaquie, la Grèce et Chypre, parfois de façon virulente. La France et l’Allemagne, prisonnières de leurs positions de moteur de l’UE hésitent à s’engager trop pour un allègement ou une suspension mais on sait que de nombreux groupes économiques dans ces pays font pression pour un changement de politique vis-à-vis de la Russie. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le refus de livrer les BPC Mistral comme une rupture de contrat inadmissible et une tâche sur la parole de la France. Les relations extérieures des états membres sont subordonnées à une politique décidée à Bruxelles sous influence clairement américaine, influence très générale mais qui trouve un écho particulièrement en Pologne et dans les états baltes. Combien de temps encore les grands pays fondateurs accepteront cette sujétion qui leur fait adopter des positions contraires à leurs intérêts ? Je ne ferai pas de pronostic mais il est désormais évident que les dissensions internes de cette UE exigent de la refonder sur la base d’une Europe de nations souveraines qui reprendront avec la Russie une coopération et un dialogue interrompu pour déboucher un jour sur un partenariat économique et stratégique.
 
L’avenir de l’humanité est dans la coopération équilibrée entre les états du monde pour développer des projets "gagnant-gagnant", en respectant les particularismes et les cultures de tous dans l’intérêt général. La guerre ne doit plus être le moyen de régler les différences ou les rivalités entre nations qui doivent le faire par des échanges diplomatiques et un désarmement général équilibré doit être engagé, auquel la France devrait se joindre quand les grands détenteurs d’armes de destruction massive auront entamé le démantèlement de leur arsenal fatidique.
En conclusion reprenons la formule du Président Rouhani : "la paix est toujours possible" au lieu de la menace belliciste : "l’option militaire est sur la table".

Intervention à la conférence internationale de l’Institut Schiller à Paris les 13 et 14 juin 2015.
(1) n° A/RES/68/127, adoptée par l’Assemblée Générale le 18 décembre 2013

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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