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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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E. Macron : au-delà des mots

Publié dans Avec l'Europe
Emmanuel Macron : au-delà des mots
 
Le 7 novembre, Emmanuel MACRON a donné un interview à The Economist. Chacune des deux parties est resté dans son rôle. Le président s’est présenté en Européen convaincu dans une vision française de l’Europe, c’est-à-dire une Europe dirigée en sous-main par la France, en raison de sa force de frappe nucléaire, de son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, de son armée et de sa capacité à se projeter à l’étranger. De son coté, The Economist a soulevé les questions habituelles sur les divisions européennes et la réalité de l’Europe en tant qu’entité politique.
 
La déclaration du président sur la mort cérébrale de l’OTAN a suscité beaucoup de commentaires, y compris à l’étranger. Elle n’est étayée par aucun fait, hors l’attitude ambigüe de la Turquie, et les déclarations de Donald TRUMP. Elle vise à donner corps à son projet d’Europe de la défense. C’est une chimère. Une défense commune n’est possible que s’il existe une politique étrangère commune, définie sur la base d’intérêts ou d’ennemis communs. Ce n’est pas le cas. Les intérêts des pays européens, bien que proches, ne sont pas identiques. La Russie n’est pas l’ennemi de l’Union européenne. Elle est diabolisée par les néoconservateurs parce qu’elle se met en travers de leur projet hégémonique. Le complexe militaro-industriel s’en sert comme chiffon rouge pour justifier l’augmentation du budget américain de la défense. Une politique étrangère exige aussi une industrie de l’armement indépendante. A nouveau, ce n’est pas le cas. L’Europe s’approvisionne pour partie aux Etats-Unis. Les trois premiers importateurs sont la Grande-Bretagne, la Norvège et l’Italie. On sait les pressions exercées par Washington pour obliger un certain nombre de nations à acheter le F-35 – un avion au coût exorbitant dont le sénateur John McCAIN, ancien de l’aéronavale, avait demandé à ce qu’il soit abandonné !
 
A ce sujet, notons qu’aucune nation européenne n’achète d’armes à la France – l’un des cinq premiers exportateurs au monde. L’Allemagne – autre grand exportateur - fait mieux avec deux acheteurs : les Pays-Bas et la Grande-Bretagne, pour un montant modeste en ce qui concerne ce dernier. Une fois encore, la tant vantée solidarité européenne fait défaut.
Une industrie de l’armement indépendante suppose une industrie nationale. Or, la France ne cesse de voir disparaître ses champions nationaux : Alstom, Technip, Lafarge, Dentressangle, etc. et demain Latécoère ! Ne faudrait-il protéger ces entreprises avant de parler de défense européenne ?
 
Emmanuel MACRON justifie la nécessité d’une défense européenne par l’émergence d’une nouvelle guerre froide sino-américaine qui n’existe pas encore, et qui n’existera sans doute jamais tant les liens économiques et financiers entre les deux nations sont forts. Les Etats-Unis ont tout autant besoin de la Chine que la Chine des Etats-Unis. La relation sino-américaine est l’histoire d’un pari américain qui a mal tourné. Les Etats-Unis ont parié que l’inclusion de la Chine dans les relations économiques occidentales au travers de l’Organisation mondiale du commerce et du Fonds monétaire international, transformerait le système politique chinois. Ils se sont trompés. Les dirigeants chinois se sont servis de cette ouverture pour moderniser leur pays, en se gardant bien de reléguer leur pouvoir au peuple. C’est un pari de dupes. Les Américains ont été dupés par les Chinois qu’ils pensaient duper ! La politique de Donald TRUMP est un combat d’arrière-garde, une guerre économique mal conçue qui ne peut conduire qu’à des résultats désastreux pour les deux protagonistes, et pour le reste du monde, s’il n’y est pas mis fin rapidement.
 
Revenons à la défense européenne. Les Etats-Unis qui considèrent l’Europe comme un sous-continent à leur main, ne toléreront jamais une défense européenne indépendante. Qu’arriverait-il si cette Europe s’alliait à la Russie ? Les Etats-Unis seraient marginalisées. La crainte exprimée jadis par Halford MACKINDER (1) se réaliserait. Précisons enfin que le souhait du président d’inclure la Grande-Bretagne dans la défense européenne ne fait pas sens. Ce pays a délégué pour partie sa défense aux Etats-Unis. Elle en serait donc le cheval de Troie.
 
En matière de politique étrangère, le discours du président a des accents gaullistes avec cependant une dose de néoconservatisme, comme l’indique ses remarques sur Bachar al Assad, la Turquie et la Russie. La présence de la France en Syrie est illégale. Rappelons qu’il n’a jamais été démontré que le président syrien avait utilisé des armes chimiques en 2013. C’est pourquoi Barack Obama a considéré que la "ligne rouge" n’avait pas été franchie, et a renoncé aux frappes aériennes. Emmanuel MACRON est tout aussi gaullien lorsqu’il déclare vouloir améliorer les relations de la France avec la Russie, mais son analyse s’appuie sur une vision néoconservatrice de ce pays.
En revanche, il est tout à fait dans son rôle lorsqu’il souligne la nécessité pour l’Europe d’être à la pointe des nouvelles technologies, en particulier dans le domaine des télécommunications avec la venue du 5G.
 
Au-delà des mots échangés lors de l’interview, il apparaît que dans sa définition de la politique étrangère de la France, Emmanuel MACRON fait face à un double dilemme. Il ne peut être Européen et gaulliste, et il ne peut être l’un ou l’autre sans irriter l’ami américain. C’est le dilemme de la France.
 
(1) Halford Mackinder postule que qui contrôle les plaines s’étendant de l’Europe centrale à la Sibérie – région qu’il appelle l’île-monde – contrôle l’Eurasie, et donc le reste du monde.
Envoyé par l'auteur, 12 novembre 2019

Mesures US de rétorsion

Publié dans De par le monde
Mesures américaines de rétorsion
 
Dans un article récent, Jeffrey D. Sachs, professeur à l’université de Columbia, New York, demande à l’Europe de s’opposer à Trump. En s’opposant à Trump et en défendant le droit international, écrit-il, les Européens renforceront "la paix internationale et l’amitié transatlantique". Voilà de bons sentiments qui ignorent une réalité. Est-il dans l’intérêt des Européens de s’opposer à Donald Trump ? La réponse est non.
 
Les mesures de rétorsion dont dispose les Etats-Unis pour imposer leur volonté au reste du monde sont suffisantes pour dissuader les Européens. Les voici :
- Le dollar. Il est à l’économie mondiale ce que le sang est au corps humain. La quasi-totalité des opérations de change sont libellées en dollar. Les deux-tiers des réserves des banques centrales sont libellées en dollar. La moitié des emprunts internationaux sont libellés en dollar. La bourse américaine est la première au monde. Elle est égale à près de la moitié du total mondial. La bourse chinoise est égale au cinquième de la bourse américaine, c’est-à-dire au dixième du total mondial. Aucune grande banque mondiale ne peut survivre sans être présente à New York. Washington le sait et n’hésite pas à utiliser l’arme du dollar pour parvenir à ses fins.
 
- SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication) est une société de droit belge, contrôlée par les plus grosses banques mondiales. Créé en 1973, SWIFT remplace le Télex, jugé trop lent, et fournit des services de messagerie standardisée de transfert interbancaire. Son grand intérêt est de d’assurer la non-répudiation des échanges. Aucun tiers ne peut nier avoir effectué une transaction. Plus de 10.000 banques situées dans 200 pays effectuent chaque jour plus de 25 millions de transactions.
Bien qu’indépendant, SWFIT est dans les faits sous contrôle américain. Washington a menacé la Russie de l’exclure.
 
- Clause d’arbitration. L’Union européenne vient de signer avec le Canada le Comprehensive Economic and Trade Agreement ou CETA dont l’objet est d’abaisser les tarifs douaniers. Une clause d’arbitration autorise les entreprises à intenter une action en justice contre le gouvernement qui aurait promulgué une loi qui serait préjudiciable à leurs intérêts. Si elles obtiennent satisfaction, le gouvernement concerné devra leur payer le manque à gagner dû à cette loi. Un accord commercial similaire doit être signé avec les Etats-Unis. Quel usage en feront les entreprises américaines ?
 
- Sanctions économiques. C’est une arme dont l’efficacité est discutée. Elle n’en est pas moins redoutable par ses effets sur les populations, en particulier sur les personnes ou les familles les plus démunies. (1) Dix-neuf nations sont soumises à des sanctions à divers titres (politique, terrorisme, drogue, cybercriminalité, criminalité internationale, etc.).
 
- Interférences dans les campagnes électorales. Cambridge Analytica, société spécialisée dans ce genre d’opérations, a été mise en liquidation après avoir collecté et exploité des informations personnelles de Facebook dans la campagne présidentielle de 2016.
 
- Extra-territorialité des lois américaines. Avec un cynisme assumé, les Etats-Unis utilisent leurs lois, en particulier celles contre la corruption dans les grands contrats internationaux, pour pénaliser les entreprises étrangères tout en ignorant les entreprises américaines. Le total des amendes infligées au titre du Foreign Corrupt Practices Act (FCPA) s’élève à 8.872 millions de dollars dont 5.339 millions pour les entreprises européennes et 1.774 millions pour les entreprises américaines. (2)
Cette extra-territorialité s’applique aussi aux banques qui n’auraient pas respecté les sanctions économiques internationales décidées par les Etats-Unis. Le total des amendes infligées aux banques européennes depuis 2009 s’élève à 16.857 millions de dollars pour seulement 88 millions pour une seule banque américaine (JPMorgan Chase). (2) Il est difficile de ne pas y avoir une inégalité de traitement !
 
- Révolutions de couleur. Là où l’interférence électorale ne donne pas les résultats escomptés, les Etats-Unis provoquent des révolutions. La première et la plus connue est la révolution iranienne de 1953, fomentée par Kermit Roosevelt, petit-fils de Théodore Roosevelt, et membre de la CIA. Elle mit fin à la carrière politique de Mohammad Mossadegh, Premier ministre. Ces révolutions sont nombreuses : Tunisie, Egypte, Syrie, Libye, Ukraine, etc. Elles s’inspirent de la révolution cubaine de 1898 dans laquelle intervinrent les Etats-Unis au motif d’aider les insurgés et aussi de défendre leurs intérêts. Il s’agit donc d’un mode opératoire éprouvé et confirmé.
 
A ces moyens dissuasifs, il faut ajouter les Cinq Yeux ou Five Eyes (Etats-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Australie, et Nouvelle Zélande) qui depuis la Guerre froide scrutent les cieux en permanence à la recherche d’informations, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) qui accumulent une quantité inimaginable de données personnelles et dont la frontière avec l’extérieur est poreuse (se reporter au scandale Cambridge Analytica). A cette liste, il faut ajouter la NSA, prise la main dans le sac il y a quelques années avec ses écoutes téléphoniques des dirigeants européens.
Si ces mesures ne suffisent pas, les Etats-Unis n’hésitent pas à prendre les personnes en otage. C’est ainsi que Frédéric Pierucci, cadre dirigeant d’Alstom, fut arrêté à l’aéroport Kennedy de New York le 14 avril 2013 pour faire pression sur la direction de l’entreprise – opération qui fut un succès du point de vue américain puisqu’elle aboutit à la reprise d’un fleuron de l’industrie française par General Electric. Mentionnons aussi l’arrestation illégale au Canada de Meng Wanzhou, fille du dirigeant de Huawei – entreprise qui aurait violé les sanctions anti-iraniennes instaurées par Washington.

La requête de Jeffrey Sachs est irrecevable. Elle est incongrue et dangereuse. C’est aux Américains de s’opposer à Donald Trump et non aux Européens. S’opposer à cet égocentrique aux réactions imprévisibles est risquée en raison des mesures de rétorsion auxquelles les Européens s’exposeraient. Ces mesures précèdent l’élection de Donald Trump. Aucune autre nation ne dispose d’un tel arsenal.
 
* Selon un
rapportde l’ONU, les sanctions imposées à l’Irak par le Conseil de sécurité en août 1990 auraient causé la mort de 576.000 enfants.
** Les chiffres sont ceux cités dans le livre de Frédéric Pierucci : Le piège américain.

Publié sur le site Iveris le 26 août 2019 - Envoyé par l'auteur, 26 août 2019

Quand les Etats ne ...

Publié dans De par le monde
Quand les Etats ne respectent plus les traités, le droit international et la parole donnée…
 
… la tension monte et les Etats se déclarent la guerre.
 
Bill Clinton n’a pas respecté l’engagement verbal de James Baker "de ne pas avancer d’un pouce à l’est" donné à Michael Gorbatchev en échange de son accord à la réunification de l’Allemagne (1). En décembre 2001, George W. Bush a dénoncé unilatéralement le traité ABM de mai 1972 sur la limitation des armes stratégiques. Le 8 mai 2018, Donald Trump a dénoncé unilatéralement l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, signé le 14 juillet 2015 après dix ans de négociations laborieuses. En octobre 2018, Donald Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, signé le 8 décembre 1987, au prétexte que la Russie n’a pas respecté ses engagements alors que l’installation d’une base militaire américaine anti-missiles en Pologne en 2018, et plus tard en Roumanie, officiellement pour protéger l’Europe de tirs iraniens, est interprétée par Vladimir Poutine comme une violation du dit traité.
 
Au printemps 2018, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France tirent des missiles sur la Syrie en réponse à un usage non formellement démontré d’armes chimiques par l’armée de Bachar el-Assad.
Toujours en 2018, les Etats-Unis entament une guerre économique avec la Chine au mépris des règles de l’Organisation mondiale du commerce qui prévoient une procédure d’arbitrage en case de différent – règles que la Chine a elle-même flouées.
En juillet dernier, la Grande-Bretagne arraisonne un navire iranien à Gibraltar au mépris des règles internationales.
Il y a quelques jours, l’Inde a révoqué l’article 370 de sa constitution, annexant de fait la province Jammu-et-Cachemire en réponse à la violation du cessez-le-feu le long de la Ligne de contrôle par le Pakistan. Un conflit entre deux puissances nucléaires.
La Chine s’approprie la mer de Chine du sud, tout comme les Etats-Unis se sont appropriés le golfe du Mexique.
 
Tout ceci dans un climat de tension au Moyen-Orient et à travers le monde : inimitié croissante entre les Etats-Unis et la Russie, guerre commerciale sino-américaine, impasse diplomatique entre les Etats-Unis et la Corée du nord, querelle inquiétante entre le Japon et la Corée du sud, etc… sans parler d’une situation économique fragile avec une croissance mondiale en berne, une surévaluation des valeurs boursières et de l’immobilier…
Il ne peut y avoir de paix sans règles, et sans respect des règles.
 
(1) James Baker était le ministre des affaires étrangères de George Bush père. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique en décembre 1991, douze nations ont rejoint l’OTAN : République tchèque, Hongrie, Pologne, Bulgarie, Estonie, Lituanie, Romanie, Slovaquie, Slovénie, Albanie, Croatie et Monténégro.

Envoyé par l'auteur, 7 août 2019

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