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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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De Bretton Woods à 1929

Publié dans De par le monde
De Bretton Woods à 1929
 
Ceci est la troisième note que j’écris sur les causes du déficit commercial des Etats-Unis – déficit auquel Donald Trump a décidé de s’attaquer. Dans la
première, j’ai expliqué comment les Américains avaient abusé du système qu’ils avaient eux-mêmes créé en 1944. Dans la seconde, j’ai montré que ce déficit tenait essentiellement à la politique économique des Etats-Unis. Dans cette troisième, je note que les règles du système international des échanges ayant été bafoués, une crise économique mondiale est inévitable si Donald Trump met à exécution ses menaces à l’égard de la Chine.  
 
Le 15 juin, Donald Trump a imposé un tarif douanier de 25 % sur les importations d’acier et d’aluminium. Le 10 juillet, il a décidé de soumettre une liste de produits en provenance de Chine à des taxes punitives. La Chine a immédiatement pris des mesures de rétorsion sur les importations américaines de porc et de soja. De son côté, l’Union européenne, soumise au tarif douanier sur l’acier et l’aluminium, a aussi riposté. Pugnace, comme à son habitude, Donald Trump a récemment déclaré qu’il était prêt à soumettre 500 milliards de dollars de produits chinois à de nouveaux tarifs douaniers Cette guerre commerciale qu’il initie est illégale. Tout désaccord doit être soumis à l’Organisation mondiale du commerce. Elle est aussi irréfléchie et dangereuse. Irréfléchie, car elle se retournera pour partie contre les Américains par l’inflation et le chômage qu’elle créera. Dangereuse, car elle contient en germe le risque d’une escalade, comme celle que connut le monde dans les années 1930, à cette différence près que son effet sera plus dévastateur, quasi-apocalyptique, en raison des liens économiques et financiers qui unissent désormais toutes les nations par le biais de la mondialisation et des chaînes de valeur.
 
La marmite qui reproche au chaudron d’avoir le derrière noir
Nul doute que la politique de la Chine est mercantile. Américains et Européens lui en font grief régulièrement (vol de propriété industrielle, transferts technologiques imposées, barrières non tarifaires, etc.). Inutile d’y revenir. Mais avant de reprocher aux autorités chinoises de dévaluer le yuan ce qui fut vrai un temps mais ne l’est plus aujourd’hui, Donald Trump devrait regarder l’évolution du dollar. Sa valeur effective réelle n’a cessé de se déprécier depuis 1964. Sa remontée récente tient à son statut de valeur de réserve et à la politique de la Réserve fédérale qui relève son taux directeur depuis décembre 2015. Donald Trump ne peut donc reprocher aux Chinois d’abaisser leur propre taux pour affaiblir le yuan et soutenir leur économie. A ce sujet, rappelons que la valeur d’une monnaie est relative puisqu’elle s’exprime en une autre monnaie, en général le dollar, qui elle-même varie en fonction d’un nombre important de facteurs. Il n’y a pas de valeur prédéfinie d’une monnaie. Seul le temps permet de se faire une idée de ce que cette valeur devrait être.
 
Donald Trump oublie également que le déficit commercial américain est d’abord et avant tout dû à la politique économique américaine, comme nous l’avons rappelé
récemment
. Il oublie aussi que les Etats-Unis imposent souvent leurs normes par le biais de leurs grandes entreprises qui disposent d’un quasi-monopole mondial dans certains secteurs, lequel monopole tombe sous le coup du Sherman Act, du Clayton Act ou du Federal Trade Commission Act, si ces lois étaient appliquées. Pour justifier leur inaction, les Américains invoquent une distinction fumeuse entre monopoles verticaux et horizons, fruit du cerveau de Robert H. Bork, professeur de droit à l’université de Yale qui élabora cette théorie en 1978. Sur un autre registre, il semble que le président américain ne soit pas informé du formidable pillage de données techniques et économiques auquel se livrent ses services secrets, directement ou par le biais des géants de la toile. Enfin, les Etats-Unis disposent d’un arsenal juridique impressionnant pour imposer leur volonté aux autres nations. La France en a fait les frais. Rappelons aussi que les sanctions économiques imposées sans l’aval des Nations unies, sont des actes de guerre.
 
Le commerce international obéit à des règles
Le commerce international est source de richesse. La preuve en a été apportée tant en Europe qu’au Japon dans l’après-guerre, ainsi qu’en Asie, et plus particulièrement en Chine, avec l’avènement de la mondialisation. Cependant, pour être viable, c’est-à-dire pour tenir dans le long terme, il doit répondre à certaines règles. En tout premier lieu, il doit être équilibré ce qui signifie que les nations doivent en tenir compte dans la définition de leur politique économique pour éviter des surplus ou des déficits commerciaux permanents. Dans un monde rationnel, une chambre de compensation veillerait à l’équilibre des échanges avec une monnaie de réserve pour absorber les à-coups de la conjoncture. C’est le système que John Maynard Keynes proposa à Bretton Woods à l’été 1944. Il ne fut pas écouté. Harry Dexter White, son homologue américain, imposa au monde une nouvelle version du système britannique où le dollar remplaçait la livre sterling. Un fonds monétaire fut créé avec un double objectif : veiller au respect des règles définies dans ses statuts, et assister les états membres en difficulté par un crédit à long terme assorti de conditions pour revenir à l’équilibre.
 
Ce système fonctionna raisonnablement bien mais il souffrait d’un défaut congénital majeur : l’absence d’une monnaie de réserve international indépendante. Cette absence n’était pas rédhibitoire si les Américains avaient donné priorité au dollar et non à leur économie dans la définition de leur politique, comme les Britanniques le firent au 19ème siècle. Si la livre sterling était menacée, ils devaient choisir la récession, c’est-à-dire le chômage pour préserver sa valeur. Fort heureusement, ils disposaient d’un empire dont ils exploitèrent, voire pillèrent les ressources ce qui leur évita d’avoir à faire ce choix. La situation des Etats-Unis est différente. Le cœur de leur empire est l’Europe et le Japon qu’ils choisirent de relever et non d’exploiter à la fin de la Second Guerre mondiale pour éviter qu’une nouvelle crise économique ne conduise à une guerre dans laquelle ils devraient intervenir. Quand donc le dollar fut attaqué à la fin des années 1960 par l’Allemagne qui vendit ses dollars pour de l’or de Fort Knox, Richard Nixon fut placé devant un choix cornélien : sacrifier le dollar ou l’économie américaine. En août 1971, il choisit de lâcher le dollar ne souhaitant pas risquer une récession qui lui aurait coûté les prochaines élections. A partir du moment où le chef se permet des libertés, les membres de l’équipe ne se sentent plus tenus par les règles.
 
Cette licence que se sont autorisée les Américains, prit la forme d’un déficit commercial croissant pour atteindre des chiffres que personne n’aurait imaginé à l’origine du système, tant en valeur absolue qu’en valeur relative. Au plan comptable, le commerce international est un jeu à somme nulle. S’il y a déficit d’un côté, il y a surplus de l’autre. A la liberté que les Américains se sont accordés en matière de déficit correspond une égale liberté en matière de surplus que se sont octroyés l’Allemagne et la Chine. C’est là qu’intervient un effet pervers du défaut congénital de Bretton Woods. Les surplus des nations excédentaires servent à financer les déficits des Etats-Unis. Il suffit à la Réserve fédérale de créer la quantité de dollars nécessaire pour assurer l’équilibre comptable. La Réserve fédérale est la banque centrale mondiale de fait ce qui, soit dit en passant, invalide la critique de Trump à l’égard de la banque centrale chinoise puisque ses décisions sont en partie dictées par celles de la Réserve fédérale.
 
Le système international ne peut survivre sans règles. Les Etats-Unis ne respectent ni celles qu’ils ont édictées en 1944, ni celles de l’accord international de 1994 à Marrakech qui créa l’Organisation mondiale du commerce. Donald Trump mettra-t-il à exécution sa décision d’imposer de nouveaux tarifs sur 500 milliards de dollars d’importations chinoises ? S’il le fait, la Chine sera obligée de réagir pour maintenir son image et sa crédibilité sur la scène mondiale. Nous assisterons alors à une répétition de l’escalade que le monde a connue dans les années 1930. La guerre commerciale s’intensifiera entraînant l’économie mondiale dans son sillage. Il faut alors s’attendre à une crise de type 1929. Elle crise sera beaucoup plus sévère, non seulement parce que les échanges commerciaux ont pris une place plus importante dans l’économie mondiale mais aussi parce que toutes les nations seront peu ou prou touchées. Si à l’inverse, la raison prévaut et Donald Trump renonce à ses menaces, la crise sera évitée. 

22 juillet 2018, envoyé par l'auteur, 24 juillet 2018

La poutre dans l’œil de Donald

Publié dans De par le monde
Commerce international : la poutre dans l’œil de Donald
 
"Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans le tien ?" Évangile de Luc, 6, 41
 
Le déficit commercial d’une nation peut avoir de nombreuses causes. Dans le cas des Etats-Unis, la politique économique amorcée par Ronald Reagan en est la raison principale. Avec le temps, cette politique se transforme en néolibéralisme aux effets dévastateurs. Les tarifs douaniers de Donald Trump n’élimineront pas le déficit commercial, ni ne feront revenir les emplois aux Etats-Unis. Plus grave, ils se révèleront contreproductifs tant pour les Américains que pour l’économie mondiale. Face à cette politique insolite, les marchés financiers s’interrogent, donnant des signaux contradictoires. Wall Street interrompt sa progression alors que le dollar s’apprécie.
 
Le retour à l’équilibre de la balance commerciale américaine exige une inversion de la politique actuelle – inversion qui ne peut se faire que dans le cadre d’un accord international car si la Chine est l’usine du monde, les Etats-Unis en sont le moteur – une réduction de leur déficit commercial entraînera nécessairement une réduction de leurs importations et une augmentation de leurs exportations. Les nations fortement exportatrices, comme la Chine et l’Allemagne, en subiront le contrecoup, et devront modifier leur politique économique en conséquence.  
 
Le déficit commercial des Etats-Unis a deux causes principales : un déficit budgétaire chronique et un taux d’épargne insuffisant. Le déficit budgétaire tient à un écart croissant entre des revenus stables et des dépenses en augmentation. Contrairement à une idée reçue, le budget de la défense n’est pas la raison principale du déficit budgétaire. Ce sont les dépenses sociales qui l’expliquent. Elles s’élèvent à 58,5% du budget en 2017 contre 15,4% pour la défense. Leur taux de croissance est quasi exponentiel (9 % par an). Comment se fait-il alors que 39 millions d’Américains soient dépourvus de protection sociale ? L’industrie pharmaceutique, connue à Wall Street sous le pseudonyme de ‘Big Pharma’, serait la grande bénéficiaire des programmes sociaux, selon certains analystes.
 
La seconde cause du déficit commercial est l’insuffisance d’épargne. Le taux d’épargne des Américains ne cesse de baisser. Il est passé de 13,3 % en 1971 à 3,4 % en 2017. C’est le résultat d’une paupérisation croissante de la population. En pourcentage du produit intérieur brut, le revenu moyen des salariés est tombé de 51.5 % en 1969 à 43 % en 2017. Les revenus les plus faibles sont les plus touchés. La part du revenu des personnes dont la rémunération est inférieure à la moyenne nationale s’élevait à 21 % en 1970. Elle est tombée à 12,5 % en 2014. Dans le même temps, la part des revenus les plus élevés doublent pratiquement, passant de 11,1 % à 20,2 %.
Pour maintenir leur train de vie, les ménages s’endettent chaque jour davantage. En janvier 2018, le niveau d’endettement des ménages excède celui de d’octobre 2008, considéré comme un sommet (13,2 milliards de dollars contre 12,7 milliards). Il est égal à 78.5 % du revenu disponible.
 
Pour sortir de la Grande Dépression, Franklin Roosevelt lança une politique de grands travaux, assortis de mesures sociales rééquilibrant la répartition des revenus. Lyndon Johnson lui emboita le pas avec son projet de Great Society, sensé éradiqué la pauvreté. Cette politique prit le nom de keynésianisme. Mais, Johnson commit une tragique erreur en intensifiant la guerre au Vietnam. Les Etats-Unis ne pouvaient s’offrir cette politique du beurre et des canons. Richard Nixon en prit acte en août 1971. Alors que les Accords de Bretton Woods lui enjoignaient de réduire le déficit budgétaire pour maintenir la parité du dollar avec l’or, il choisit de sacrifier la monnaie américaine pour éviter la récession et assurer sa réélection. Le keynésianisme fut rendu responsable de l’inflation qui en résultat. Dès lors, ses jours étaient comptés. Apparue alors l’économie de l’offre que Jean-Sébastien Say théorisa jadis. Promu par Paul Craig Roberts, secrétaire d’état au Trésor de Ronald Reagan, elle se traduisit par un déficit budgétaire accru et une politique monétaire restrictive. Le déficit était en partie dû à une réduction des tranches d’impôt les plus élevés qui par un effet de ‘ruissellement’, selon son promoteur Jack Kemp, devait se propager jusqu’aux classes défavorisées. Cette politique fut un succès en termes de croissance et d’emplois. Mais, elle accrut le déficit de la balance commerciale et ne fit rien pour les faibles revenus.
 
Les thèses défendues par Paul Craig Roberts, et les économistes Jack Kemp et John Williamson (père du Consensus de Washington), firent leur chemin, et se traduisirent dans le temps par la déréglementation de nombreux secteurs de l’économie. La réforme emblématique de cette nouvelle politique dite néolibérale, est la loi de modernisation des services financiers de 1999, plus connue sous le nom de Gramm-Leach-Bliley Act, du nom de ses parrains au Congrès. Elle remplace le Glass-Steagall Act de 1933 et ouvre la voie à une spéculation financière effrénée et frauduleuse qui conduira, avec l’aide de la politique monétaire laxiste du gouverneur de la Réserve fédérale, à la crise financière de 2008. Confrontés à cette crise qu’ils n’avaient pas anticipée et dont l’ampleur les surprit, les dirigeants politiques et le gouverneur de Réserve fédérale choisirent de secourir les grandes banques alors qu’il eut fallu congédier leurs dirigeants, déclarer un moratoire, et venir en aide aux débiteurs naïfs et aux épargnants floués.
Sous l’effet de cette crise, le déficit du budget battu un nouveau record en s’élevant à 1.412 milliards de dollars en 2009, soit 9,8 % du produit intérieur brut. La réduction du déficit de la balance commerciale de 762 milliards en 2006 à 384 milliards ne doit pas faire illusion. Elle est due à la récession qui suivit la crise. La récession passée, le déficit de la balance commerciale reparti à la hausse pour atteindre 552 milliards en 2017. Le néolibéralisme qui a remplacé le keynésianisme n’a pas donné les résultats escomptés par ses adeptes – loin s’en faut.
 
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la situation économique actuelle conduit inévitablement à une nouvelle crise dont l’intensité sera plus forte que celle de 2008. Les autorités, ayant dilapidé les munitions nécessaires pour y faire face dans une maîtrise imparfaite de la crise de 2008, seront démunies.
Dans cette affaire, les Américains n’ont cessé de reporter la responsabilité de leurs erreurs sur les autres. Donald Trump ne fait pas exception.

Envoyé par l'auteur, 2 juillet 2018

Commerce international ...

Publié dans De par le monde
Commerce international : une querelle dérisoire
 
Donald Trump a bousculé l’échiquier mondial au nom de son slogan "America First". Il l’applique en priorité à l’économie en vue de faire revenir aux Etats-Unis des emplois partis à l’étranger. C’est une mauvaise querelle qui repose sur une mécompréhension des faits.
 
Ceci dit, avant d’entamer notre propos, reconnaissons qu’il a raison au sujet de l’Allemagne. Sa politique est mercantile depuis la fin du 19ème siècle. Elle se conduit en passager clandestin en termes de défense ce qui bien sûr favorise son commerce extérieur. Avec l’euro, elle bénéficie d’un Deutsche mark dévalué d’environ 10%. Sa politique mercantile est en infraction des règles du Fonds monétaire internationale, de l’Organisation du commerce mondiale et de l’Union européenne. Elle a été condamnée par l’OCDE et le Trésor américain sans résultat. Voilà pourquoi Angela Merkel est si prudente dans sa réaction aux propos de Donald Trump.
 
Venons-en au débat proprement dit. En tant que gardien d’un système monétaire international qu’ils ont eux-mêmes élaboré à Bretton Woods (New Hampshire), en août 1944, les Américains étaient supposés s’astreindre à une politique économique prudente de manière à préserver la valeur du dollar, pilier du système. La coûteuse guerre du Vietnam les amena à faire abstraction de leurs obligations internationales pour privilégier la politique intérieure. Ainsi, en août 1971 Richard Nixon choisit-il la relance par la consommation pour assurer sa réélection, sans se soucier de son impact sur le système monétaire international. Le déficit de la balance commerciale américaine que Trump veut redresser pour rapatrier des emplois, a de nombreuses causes. La première est l’excès de consommation qu’autorise ce système dévoyé par la décision de Nixon, et non les importations d’acier ou d’aluminium. Donald Trump le sait-il ?
 
Le solde commercial d’une nation est égal à la somme de son solde budgétaire et de son épargne moins ses investissements. Cette relation a relativement bien fonctionné pour les Etats-Unis jusqu’au début des années 1980 quand Ronald Reagan lança la course aux armements avec la Guerre des étoiles. La dette américaine bondit, passant de 32% du produit intérieur brut en 1980 à 65% en 1995, donnant après coup raison à Jacques Rueff qui avait parlé de "déficits sans pleurs", en référence à cette possibilité que le système monétaire international, dit de Bretton Woods, accorde à la nation qui en est la gardienne, les Etats-Unis, de s’endetter sans limite. Valérie Giscard d’Estaing parlera plus tard du "privilège exorbitant du dollar". Inutile de préciser que les autres nations ne bénéficient pas d’une telle latitude. Si leur balance commerciale se détériore, leur monnaie se déprécie et ils doivent prendre des mesures d’austérité pour contrer la dégradation de leur économie.
 
De gardien, les Etats-Unis sont devenus les bénéficiaires, certains diraient les profiteurs, d’un système destiné à l’origine à écouler leurs surplus agricoles et industriels après la Second Guerre mondiale, tout en aidant les économies européennes à se relever. Alors que la raison demande qu’on amende le système, un évènement imprévu lui donna une nouvelle jeunesse. La crise asiatique de 1998 fit souffler un vent de panique sur des nations totalement impréparées. Craignant une nouvelle crise, leurs dirigeants accrurent leurs réserves en dollar, redonnant vigueur à un système moribond. Les économistes qualifièrent ce regain de vie de Bretton Woods II. Le dollar demeurait le pivot du système.
 
Suite aux attaques du 11 septembre, le budget américain de la défense doubla en dix ans, accroissant le déficit budgétaire ce qui, avec la crise de 2008, provoqua un recours accru à l’endettement qui passa de 55% en 2001 à 95% en 2011. A cet instant de leur histoire, les Etats-Unis entrèrent dans un nouvel environnement économique où la relation entre budget, commerce extérieur, épargne et investissement n’a plus cours. Ce monde éthéré dans lequel les lois de l’économie sont inopérantes, est un monde éphémère dont il faudra sortir un jour.
 
C’est le défi auquel Donald Trump est confronté. Les tarifs douaniers n’y changeront rien, ni les coups de menton à l’adresse des Chinois. C’est le système qu’il faut reformer. En tant que premier bénéficiaire, il est évident que les Etats-Unis n’ont aucun intérêt à se lancer dans une refonte du système. A supposer qu’ils s’y risquent, la Chine et l’Allemagne, autres grands bénéficiaires du système, freineront des quatre fers…

Envoyé par l'auteur, 12 juin 2018

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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