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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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De la crise de 2008 à... 2020

Publié dans De par le monde
De la crise de 2008 à celle de 2020
 
Les annonces d’une prochaine crise économique et financière se multiplient aux Etats-Unis. Après l’ancien gouverneur de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, (1) c’est au tour de Nouriel Roubini, professeur à la New York University de prévoir une crise pour 2020. (2) En soi, ce n’est pas un scoop, les crises sont récurrentes dans le système capitaliste, et le cycle actuel d’expansion est le second le plus long après celui des années 2000. Mais, la qualité du premier, et la crédibilité du second qui fut l’un des rares à prévoir la crise de 2008, confèrent une résonnance particulière à leurs annonces. Nouriel Roubini liste cinq raisons pour justifier sa prévision. Il oublie la plus sérieuse : la désastreuse résolution de la crise de 2008 par Barack Obama. Pourquoi est-ce important ? Parce qu’elle prive les autorités des instruments fiscaux et monétaires dont elles auront besoin pour contrer la nouvelle crise. Nouriel Roubini le reconnaît sans en donner la raison. Arrêtons-nous donc un instant sur la crise 2008 pour comprendre ce qui nous attend en 2020.
 
L’ampleur de la crise de 2008 conduit les autorités américaines à prendre des mesures inorthodoxes pour en contenir les effets. Elles utilisèrent à fond les leviers fiscal et monétaire. Cela s’est traduit par une série de déficits budgétaires colossaux en pourcentage du produit intérieur brut : 9,9 % en 2009, 9,4 % en 2010, 8,7 % en 2011 et 7,0 % en 2012 – du jamais vu dans l’histoire des Etats-Unis hormis pendant la Seconde Guerre mondiale – ce qui entraîna un accroissement de 40 % de la dette publique qui atteint 100 % du produit intérieur brut. Dans le même temps, Ben Bernanke abaissait le taux directeur de la Réserve fédérale à un niveau considéré jusque-là comme inconcevable : 1/8ème de pourcent pendant 7 ans, entraînant un quasi quintuplement du bilan de la banque – à nouveau, du jamais vu dans l’histoire de cette institution – une politique qui provoqua une envolée de la bourse, comme le rappelle Nouriel Roubini. Concomitamment, les autorités fédérales vinrent au secours des grandes banques qui étaient toutes en quasi faillite. Le résultat ne s’est pas fait attendre. A l’hiver 2010, soit deux ans après la banqueroute de Lehman Brothers – élément déclencheur de la crise – la croissance était de retour. Au vu de ce résultat, les autorités avaient tout lieu de s’estimer satisfaites. Le seul problème est que, dans leur empressement à endiguer la crise, elles en oublièrent les principales victimes : les épargnants qui, floués par les banques et leurs intermédiaires, avaient investi dans l’immobilier. (3) Que fallait-il faire ?
 
Décréter un moratoire pour protéger les épargnants, nationaliser (temporairement) les banques à leur valeur de marché, et licencier leurs dirigeants, puis négocier un compromis entre autorités fédérales et épargnants pour qu’ils ne soient pas dépouillés de leurs biens, comme ils le furent brutalement, ce qui, comble de l’ironie, permit à des individus peu scrupuleux d’engranger des profits faramineux en achetant pour une bouchée de pain les dits biens qu’ils revendirent avec profit quand la croissance revint ! Il convenait aussi de rétablir le Glass-Steagall et le McFadden Acts, non dans leur texte originel mais dans une forme qui tienne compte de l’évolution du secteur bancaire. Etonnement, les banques de Wall Street sont aujourd’hui plus grandes qu’elles ne l’étaient avant 2008, accroissant d’autant le risque systémique de crise. (4)
 
Si l’usage du levier fiscal se justifie en cas de récession, en revanche, l’usage du levier monétaire dans la mesure extrême où il l’a été se justifie beaucoup moins. Par ce biais, les autorités secoururent les grandes banques, maintinrent leurs dirigeants dans leur poste et négligèrent les épargnants. De toutes les nations touchées par la crise, seule l’Islande agit équitablement, nationalisant les banques et emprisonnant leurs dirigeants. Toutes les autres suivirent peu ou prou le modèle américain au nom d’un principe bien connu en économie qui veut que si les banques s’effondrent, l’économie s’effondre. (5) C’est exact, mais cela n’implique pas que leurs dirigeants qui faillirent à leurs devoir fiduciaire soient maintenus en poste, et encore moins que la survie de leurs institutions soit assurée par l’argent du contribuable. On assista donc à une situation ubuesque où les épargnants, par le biais de l’endettement public, sauvèrent les banques qui les avaient floués. Au nom d’un sacro-saint principe, on en a renié un autre qui veut que dans une économie capitaliste le dirigeant et l’actionnaire sont responsables de leur gestion.  Ils engrangent des profits ou subissent des pertes, selon que leur gestion est bonne ou mauvaise. Les autorités ont fait l’inverse : elles sauvèrent les coupables et livrèrent les victimes à leur sort. C’est pourquoi elles sont désarmées aujourd’hui.
 
S’il y a crise en 2020, le gouvernement américain ne pourra recourir à des déficits budgétaires abyssaux. La dette américaine a atteint un niveau record qui menace la crédibilité du dollar. De son côté, la Réserve fédérale ne pourra abaisser un taux directeur qui reste très bas en dépit de sa remontée récente. Quant aux épargnants et aux salariés qui perdirent leur emploi suite à la récession de 2008, ils n’accepteront pas d’être ignorés une fois encore. Si d’aventure les autorités fédérales utilisaient les remèdes de 2008, elles seraient confrontées à la colère du peuple – "la résurgence de mouvements populistes", nous dit Nouriel Roubini. A quoi faut-il alors s’attendre ? A une crise économique et financière d’ampleur, et non à une simple récession, comme le laissent entendre Ben Bernanke et Nouriel Roubini. Ce scénario n’est bien sûr pas écrit, mais il est le plus probable… d’où les annonces de ces deux économistes de renom.
 
Notes
(1) Bernanke says U.S. economy faces a ‘Wile E. Coyote’ moment in 2020. Bloomberg, 7 June 2018.
(2) Les cinq ingrédients qui préparent la crise de 2020. Nouriel Roubini, Les Echos, 4 octobre 2018.
(3) Les banques engagèrent des intermédiaires pour convaincre les Américains d’acheter des biens immobiliers. Un grand nombre d’entre eux n’en avait pas les moyens. Aussi, sur le formulaire de prêt, l’intermédiaire entrait-il – à l’insu de l’acheteur – dans la case "revenu" un chiffre supérieur à son salaire, suffisant pour justifier le prêt immobilier. Ces prêts – appelés "liar loans" (prêts menteurs) – étaient agglomérés dans des "special vehicle purpose" (entités juridiques spéciales) qui émettaient des obligations, lesquelles permettaient à la banque de récupérer sa mise. Etrangement, ces obligations de très mauvaise qualité recevaient la notation la plus élevée, "triple A".
(4) Le Glass-Steagall divise le secteur en banques d’investissements et en banques de dépôts. Le McFadden Act limite le secteur géographique de la banque à l’état dans lequel elle est enregistrée. Le Dodd-Frank Act, voté par le Congrès en 2010, est une loi couteuse pour les banques. Elle ne supprime pas le risque systémique qu’elles posent.
(5) Ce principe est à l’origine de l’expression "too big to fail" (trop grosse pour faire faillite) qui fut énoncée pour la première fois dans une étude interne à la Citibank. A la question posée par son président, Walter Wriston, en 1978 "quel doit être le montant des fonds propres de la banque", Geoge Vojta, directeur du Corporate Planning répondit que la banque était devenue si importante au regard de l’économie américaine que le gouvernement serait obligé de venir à son secours en cas de difficulté. Dans la décennie suivante, la conclusion se révéla prémonitoire. La banque connut de sérieux problèmes. La Réserve fédérale vint à sa rescousse, et l’investisseur saoudien, Al-Whalid, entra au capital.

Envoyé par l'auteur, paru dans Les Echos, 8 octobre 2018

"L’abominable problème italien"

Publié dans Avec l'Europe
Le retour de "l’abominable problème italien"
 
Dans un article intitulé "L’UE une nouvelle fois face à l’abominable problème italien", publié par Libération dans son édition du 28 septembre, Jean Quatremer critique la décision du gouvernement italien d’accroître le déficit budgétaire en accord avec ses promesses électorales. Ni Bruxelles, ni Frankfort n’étant disposé à lancer un programme d’ajustement à la grecque, il en conclut que ce sont les marchés financiers qui siffleront la fin de la partie. Cette analyse, dans le droit fil de la pensée économique actuelle, ne fait pas justice à l’Italie.
 
Par sa décision, le gouvernement italien pose la vraie question. L’euro est un Deutsche mark qui a changé de nom, mais un Deutsche mark dévalué tout à l’avantage de l’Allemagne. L’Italie dont la politique économique est à l’opposé de celle de l’Allemagne, ne s’y retrouve pas (la France non plus). Deux solutions : ou l’Italie s’adapte à l’euro ou l’euro est restructuré en une monnaie européenne. Les Italiens ont dit non à la première solution qui implique l’adoption d’un programme d’austérité. Les Allemands ont dit non à la seconde qui remet en cause leur politique mercantile. C’est l’impasse qui force Bruxelles à imposer une politique d’austérité à l’Italie. Mais, cela ne fait pas sens, à preuve la croissance américaine, bien supérieure à la croissance européenne, qui repose sur une politique économique franchement expansionniste, financée en partie, il est vrai, par la Chine et le Japon.
 
S’il est exact que l’Italie doit réduire sa dette, il est tout aussi exact que la politique économique allemande conduit à une impasse par l’accumulation de créances qu’elle entraîne. Ces créances s’élèvent à 903 milliards d’euro en juillet 2018, soit 28 % de son produit intérieur brut. Leur montant était négligeable en 2005. Cette accumulation ne peut se poursuivre sans risque pour le crédit de l’Allemagne car ces créances sont, pour l’essentiel, sur des pays de l’Europe du sud.
 
Le vrai débat derrière cet "abominable problème italien" - pour reprendre les propos de Jean-Claude Trichet – est celui de l’économie européenne. Sera-t-elle socio-libérale (keynésienne) ou néolibérale. Les peuples optent pour le socio-libéralisme, les banques et l’oligarchie pour le néolibéralisme qui est un faux-nez pour cacher un retour au capitalisme d’antan, et dont la Grèce fait les frais.
 
Alexis Tsipras s’est couché devant Bruxelles. Contrairement à ce que les commentaires ont laissé entendre, il n’y a pas eu de remise de dette. C’est la solution généralement adoptée dans ce genre de situation. Le Fonds monétaire international y était favorable. L’Allemagne qui, rappelons-le, n’a pas soldé sa dette envers la Grèce, s’y opposa. Les Grecs paieront au prix fort pendant de nombreuses années le reniement de leur premier ministre. Les Italiens réussiront-ils à faire plier Bruxelles et Frankfort ? A défaut d’accord, ce sont les marchés financiers qui règleront le problème, comme le prévoit Jean Quatremer. Ils le feront à leur manière : brutalement et sans préavis, pour le plus grand malheur des Italiens et des Européens. Pour éviter cette issue, peut-être faut-il prêter attention aux Italiens qui, par leur vote, posent une question fondamentale : quelle économie voulons-nous ?
 
Dans ce débat, la France prend le parti de l’Allemagne, sans doute en raison du traitement de faveur dont elle bénéficie et auquel elle s’est habituée un peu vite. C’est un mauvais calcul. Elle aurait tout intérêt à se ranger du côté de l’Italie.

Envoyé par l'auteur, 2 octobre 2018

De Bretton Woods à 1929

Publié dans De par le monde
De Bretton Woods à 1929
 
Ceci est la troisième note que j’écris sur les causes du déficit commercial des Etats-Unis – déficit auquel Donald Trump a décidé de s’attaquer. Dans la
première, j’ai expliqué comment les Américains avaient abusé du système qu’ils avaient eux-mêmes créé en 1944. Dans la seconde, j’ai montré que ce déficit tenait essentiellement à la politique économique des Etats-Unis. Dans cette troisième, je note que les règles du système international des échanges ayant été bafoués, une crise économique mondiale est inévitable si Donald Trump met à exécution ses menaces à l’égard de la Chine.  
 
Le 15 juin, Donald Trump a imposé un tarif douanier de 25 % sur les importations d’acier et d’aluminium. Le 10 juillet, il a décidé de soumettre une liste de produits en provenance de Chine à des taxes punitives. La Chine a immédiatement pris des mesures de rétorsion sur les importations américaines de porc et de soja. De son côté, l’Union européenne, soumise au tarif douanier sur l’acier et l’aluminium, a aussi riposté. Pugnace, comme à son habitude, Donald Trump a récemment déclaré qu’il était prêt à soumettre 500 milliards de dollars de produits chinois à de nouveaux tarifs douaniers Cette guerre commerciale qu’il initie est illégale. Tout désaccord doit être soumis à l’Organisation mondiale du commerce. Elle est aussi irréfléchie et dangereuse. Irréfléchie, car elle se retournera pour partie contre les Américains par l’inflation et le chômage qu’elle créera. Dangereuse, car elle contient en germe le risque d’une escalade, comme celle que connut le monde dans les années 1930, à cette différence près que son effet sera plus dévastateur, quasi-apocalyptique, en raison des liens économiques et financiers qui unissent désormais toutes les nations par le biais de la mondialisation et des chaînes de valeur.
 
La marmite qui reproche au chaudron d’avoir le derrière noir
Nul doute que la politique de la Chine est mercantile. Américains et Européens lui en font grief régulièrement (vol de propriété industrielle, transferts technologiques imposées, barrières non tarifaires, etc.). Inutile d’y revenir. Mais avant de reprocher aux autorités chinoises de dévaluer le yuan ce qui fut vrai un temps mais ne l’est plus aujourd’hui, Donald Trump devrait regarder l’évolution du dollar. Sa valeur effective réelle n’a cessé de se déprécier depuis 1964. Sa remontée récente tient à son statut de valeur de réserve et à la politique de la Réserve fédérale qui relève son taux directeur depuis décembre 2015. Donald Trump ne peut donc reprocher aux Chinois d’abaisser leur propre taux pour affaiblir le yuan et soutenir leur économie. A ce sujet, rappelons que la valeur d’une monnaie est relative puisqu’elle s’exprime en une autre monnaie, en général le dollar, qui elle-même varie en fonction d’un nombre important de facteurs. Il n’y a pas de valeur prédéfinie d’une monnaie. Seul le temps permet de se faire une idée de ce que cette valeur devrait être.
 
Donald Trump oublie également que le déficit commercial américain est d’abord et avant tout dû à la politique économique américaine, comme nous l’avons rappelé
récemment
. Il oublie aussi que les Etats-Unis imposent souvent leurs normes par le biais de leurs grandes entreprises qui disposent d’un quasi-monopole mondial dans certains secteurs, lequel monopole tombe sous le coup du Sherman Act, du Clayton Act ou du Federal Trade Commission Act, si ces lois étaient appliquées. Pour justifier leur inaction, les Américains invoquent une distinction fumeuse entre monopoles verticaux et horizons, fruit du cerveau de Robert H. Bork, professeur de droit à l’université de Yale qui élabora cette théorie en 1978. Sur un autre registre, il semble que le président américain ne soit pas informé du formidable pillage de données techniques et économiques auquel se livrent ses services secrets, directement ou par le biais des géants de la toile. Enfin, les Etats-Unis disposent d’un arsenal juridique impressionnant pour imposer leur volonté aux autres nations. La France en a fait les frais. Rappelons aussi que les sanctions économiques imposées sans l’aval des Nations unies, sont des actes de guerre.
 
Le commerce international obéit à des règles
Le commerce international est source de richesse. La preuve en a été apportée tant en Europe qu’au Japon dans l’après-guerre, ainsi qu’en Asie, et plus particulièrement en Chine, avec l’avènement de la mondialisation. Cependant, pour être viable, c’est-à-dire pour tenir dans le long terme, il doit répondre à certaines règles. En tout premier lieu, il doit être équilibré ce qui signifie que les nations doivent en tenir compte dans la définition de leur politique économique pour éviter des surplus ou des déficits commerciaux permanents. Dans un monde rationnel, une chambre de compensation veillerait à l’équilibre des échanges avec une monnaie de réserve pour absorber les à-coups de la conjoncture. C’est le système que John Maynard Keynes proposa à Bretton Woods à l’été 1944. Il ne fut pas écouté. Harry Dexter White, son homologue américain, imposa au monde une nouvelle version du système britannique où le dollar remplaçait la livre sterling. Un fonds monétaire fut créé avec un double objectif : veiller au respect des règles définies dans ses statuts, et assister les états membres en difficulté par un crédit à long terme assorti de conditions pour revenir à l’équilibre.
 
Ce système fonctionna raisonnablement bien mais il souffrait d’un défaut congénital majeur : l’absence d’une monnaie de réserve international indépendante. Cette absence n’était pas rédhibitoire si les Américains avaient donné priorité au dollar et non à leur économie dans la définition de leur politique, comme les Britanniques le firent au 19ème siècle. Si la livre sterling était menacée, ils devaient choisir la récession, c’est-à-dire le chômage pour préserver sa valeur. Fort heureusement, ils disposaient d’un empire dont ils exploitèrent, voire pillèrent les ressources ce qui leur évita d’avoir à faire ce choix. La situation des Etats-Unis est différente. Le cœur de leur empire est l’Europe et le Japon qu’ils choisirent de relever et non d’exploiter à la fin de la Second Guerre mondiale pour éviter qu’une nouvelle crise économique ne conduise à une guerre dans laquelle ils devraient intervenir. Quand donc le dollar fut attaqué à la fin des années 1960 par l’Allemagne qui vendit ses dollars pour de l’or de Fort Knox, Richard Nixon fut placé devant un choix cornélien : sacrifier le dollar ou l’économie américaine. En août 1971, il choisit de lâcher le dollar ne souhaitant pas risquer une récession qui lui aurait coûté les prochaines élections. A partir du moment où le chef se permet des libertés, les membres de l’équipe ne se sentent plus tenus par les règles.
 
Cette licence que se sont autorisée les Américains, prit la forme d’un déficit commercial croissant pour atteindre des chiffres que personne n’aurait imaginé à l’origine du système, tant en valeur absolue qu’en valeur relative. Au plan comptable, le commerce international est un jeu à somme nulle. S’il y a déficit d’un côté, il y a surplus de l’autre. A la liberté que les Américains se sont accordés en matière de déficit correspond une égale liberté en matière de surplus que se sont octroyés l’Allemagne et la Chine. C’est là qu’intervient un effet pervers du défaut congénital de Bretton Woods. Les surplus des nations excédentaires servent à financer les déficits des Etats-Unis. Il suffit à la Réserve fédérale de créer la quantité de dollars nécessaire pour assurer l’équilibre comptable. La Réserve fédérale est la banque centrale mondiale de fait ce qui, soit dit en passant, invalide la critique de Trump à l’égard de la banque centrale chinoise puisque ses décisions sont en partie dictées par celles de la Réserve fédérale.
 
Le système international ne peut survivre sans règles. Les Etats-Unis ne respectent ni celles qu’ils ont édictées en 1944, ni celles de l’accord international de 1994 à Marrakech qui créa l’Organisation mondiale du commerce. Donald Trump mettra-t-il à exécution sa décision d’imposer de nouveaux tarifs sur 500 milliards de dollars d’importations chinoises ? S’il le fait, la Chine sera obligée de réagir pour maintenir son image et sa crédibilité sur la scène mondiale. Nous assisterons alors à une répétition de l’escalade que le monde a connue dans les années 1930. La guerre commerciale s’intensifiera entraînant l’économie mondiale dans son sillage. Il faut alors s’attendre à une crise de type 1929. Elle crise sera beaucoup plus sévère, non seulement parce que les échanges commerciaux ont pris une place plus importante dans l’économie mondiale mais aussi parce que toutes les nations seront peu ou prou touchées. Si à l’inverse, la raison prévaut et Donald Trump renonce à ses menaces, la crise sera évitée. 

22 juillet 2018, envoyé par l'auteur, 24 juillet 2018

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