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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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L’avenir de l’euro n’est pas...

Publié dans Avec l'Europe
L’avenir de l’euro n’est pas assuré
 
A l’occasion du 20ème anniversaire de l’euro (1), ses partisans se félicitent de son succès. Mais, son avenir est loin d’être assuré. Au plan pratique, c’est un succès. Son adoption facilite les transactions commerciales et financières, et abaisse leur coût. Les touristes y trouvent leur compte par la facilité qu’il leur accorde de voyager à travers l’Europe.
Mais, économiquement, c’est un échec.
De 2000 à 2017, la croissance moyenne de la zone euro (1,3 %) est plus faible que celle de l’Union européenne (1,7 %), de la Grande-Bretagne (1,9 %) et des Etats-Unis (2,0 %). Le chômage (9,5 %) y est plus élevé qu’en Union européenne (9,0 %), qu’en Grande-Bretagne (5,9 %) et qu’aux Etats-Unis (6,1 %). Le taux de chômage des moins de 25 ans est alarmant : 34 % pour l’Espagne, 29 % pour l’Italie et 24 % pour la France. Seuls, l’Allemagne (9,8 %) et les Pays-Bas (10,2 %) font mieux. Ces chiffres sont à comparer avec ceux des Etats-Unis (12,8 %) et de la Grande-Bretagne (15,3 %). (2) Les "gilets jaunes" sont l’expression de cet échec, même si d’autres facteurs sont à l’œuvre. A quoi tient-il ? A trois causes principales : politique, idéologique et structurelle. En refusant de faire les réformes qui s’imposent pour le sauver, les autorités nationales et européennes le condamnent.
 
L’objet de l’euro était d’arrimer l’Allemagne à l’Europe. C’est une idée française. C’est aussi une idée fumeuse qui démontre l’inculture économique de nos élites. Comment peut-on imaginer "arrimer" un pays au travers d’un accord monétaire, sauf à supposer que les Allemands ne comprennent rien à ces choses ? Comme ils les comprennent très bien, ils ont accepté la proposition française en posant leurs conditions… Ils ont fait de l’euro un Deutsche mark qui a changé de nom. (3) Cela donne à nos "amis d’outre-Rhin" un avantage compétitif considérable en bénéficiant d’une monnaie dépréciée – l’euro – par rapport au Deutsche mark. La politique économique allemande étant traditionnellement mercantile, (4) les dégâts – côté français – ne se sont pas fait attendre, à preuve l’effondrement de notre outil industriel. Là aussi il y a plusieurs causes, mais l’euro en est une, incontestablement.    
 
En abandonnant l’esprit de solidarité présent dans la déclaration Schuman au profit du néolibéralisme, le traité de Maastricht est une bombe à retardement dont on voit les premiers effets en Italie, en France et dans le reste de l’Europe. Peu l’ont relevé, mais le lien existe. (5) A cette disparition de l’esprit communautaire s’ajoute la libre circulation des capitaux qui accroît tout à la fois l’efficacité et l’instabilité de l’économie de la zone. Cette disposition aurait dû s’accompagner d’un fonds de stabilisation pour contrer des mouvements de capitaux intempestifs. Les Allemands s’y sont opposés. Il a fallu attendre la crise de l’euro de 2010 pour qu’ils y consentent a minima.
 
Structurellement, l’euro est une construction déficiente. La monnaie unique ne répond pas aux conditions posées par l’économiste canadien Robert Mundell dans sa théorie de la zone monétaire optimale qui postule que les nations qui souhaitent avoir une même monnaie, doivent partager une même structure économique. Cela permet aux autorités de réagir par des mesures communes en réponse à un choc externe. La structure de l’économie allemande est différente de celle de l’Italie, sans parler de celle de la Grèce… (6) En l’absence de budget commun, la zone euro ne dispose que du levier monétaire pour répondre aux chocs externes, comme celui de la crise des subprimes. La liberté d’action de la Banque centrale européenne étant limitée par ses statuts, son gouverneur, Mario Draghi, contourna "astucieusement le carcan qui lui était imposé en rappelant à ses critiques qu’outre sa mission de veiller à la stabilité des prix, la BCE doit aussi assurer la stabilité du système bancaire.S’il n’intervient pas, plusieurs Etats membres de la périphérie seront en grande difficulté mettant du même coup en danger les banques, leur principal bailleur de fonds. Il lui faut donc aider ces Etats pour préserver la stabilité du système bancaire". (7) Mario Draghi sauva l’euro, pour un temps.
 
Tout décor a son revers. La Bundesbank accumule sur les pays du sud de l’Europe une créance qui ne cesse de croître. Fin 2017, elle s’élève à près du tiers de son produit intérieur brut avec pour principaux débiteurs l’Italie (481 milliards d’euros), l’Espagne (389 milliards), et le Portugal (81 milliards). La dette publique italienne est notée "qualité moyenne inférieure" par les agences de notation, juste un cran au-dessus de la notation "spéculative", niveau qui la transformerait en "obligations à risque" dans le jargon des marchés financiers. Cela entraînerait un relèvement des taux d’intérêt et accroîtrait le déficit budgétaire. La dette espagnole est notée "qualité moyenne inférieure", soit un niveau au-dessus de la dette italienne. Ces deux nations sont très vulnérables aux chocs externes. Leur situation ne peut que se dégrader lors de la prochaine récession américaine prévue pour 2020 par Ben Bernanke, ancien gouverneur de la Réserve Fédérale.
 
Il fut un temps où l’euro pouvait être sauvé. Ce temps est révolu. L’Italie et l’Espagne souffrent ainsi que la France, à un moindre degré. Quant à l’Allemagne, elle accumule des créances douteuses sur les nations du sud de l’Europe avec le risque d’être le banquier de l’Europe – risque inacceptable pour les Allemands. Par ailleurs, son avenir n’est plus à l’ouest mais à l’est, en Russie, en Chine et en Inde. Ces deux facteurs conduiront ses dirigeants à reconsidérer leur adhésion à la monnaie européenne et, in fine, à reprendre leur liberté pour se concentrer sur les marchés d’avenir. L’euro aura vécu.
 
(1)   Sous sa forme immatérielle, le 1er janvier 1999. Les pièces et billets entreront en service le 1er janvier 2002.
(2)  
Perspectives de l’économie mondiale – Octobre 2018 (FMI), et Eurostat.
(3)   Se reporter aux statuts de la Banque centrale européenne.
(4)   En 1887, le Parlement britannique a voté le Merchandise Marks Act pour tenter d’y mettre fin, sans résultat.
(5)   "
L’existence de l’euro, cause première des ‘gilets jaunes’ " par un collectif d’économistes et d’historiens. Barack Obama a reconnu l’existence de ce lien entre néolibéralisme qu’il appelle Consensus de Washington et mécontentement des populations laborieuses dans un récent échange
avec James Baker.
(6)   Cette disparité dans les structures économiques des états membres concentre l’activité dans les nations les plus performantes. Les nations les moins productives se vident de leurs populations qui émigrent vers les états membres à forte capacité industrielle. Cette migration est catastrophique pour certains pays, comme la Grèce ou la Roumanie.
(7)   Jean-Luc Baslé, "L’euro survivra-t-il ?" p. 113.

Envoyé par l'auteur, 3 janvier 2019, paru dans Le Cercle Les Echos 2 janvier 2019

Gilets jaunes : la trahison ...

Publié dans Du côté des élites
Gilets jaunes : la trahison des élites
 
Lors de son interview sur le Charles-de-Gaulle, Emmanuel Macron a reconnu ne pas avoir "réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants". Revient alors à l’esprit le livre de Christopher Lasch : "La révolte des élites et la trahison de la démocratie". Livre prémonitoire. Publié en 1996 aux Etats-Unis, il décrit une société américaine où les élites se sont détachées du peuple avec pour résultat le Tea Party, l’élection de Donald Trump, et un pays au bord de l’implosion. Après le Brexit et le vote italien, c’est au tour des Français de manifester contre ces élites qui les ignorent. Comment cela finira-t-il ?
 
Après coup, il est facile de dire "on vous avait prévenu" ou "il était évident que le peuple se révolterait un jour". Mais en vérité, tant aux Etats-Unis qu’en Grande-Bretagne ou en Italie, personne n’a vu le coup venir bien qu’il y eut des signes annonciateurs. Cette révolte a trois causes principales : la mondialisation, les nouvelles technologies, et l’immigration. Les deux premières ont privé de nombreux salariés de leur emploi, soit parce qu’il a été externalisé ou remplacé par des robots. La troisième a renforcé leur sentiment de déchéance par la crainte de voir le peu d’emplois non-qualifiés restant captés par les immigrés, réveillant un racisme latent chez tous les peuples.
 
Les élites, portés par la vague mondialiste et technologique, ont embrassé cette postmodernité qui leur ouvrait les portes d’un nouveau monde illimité en apparence par les possibilités qu’il offrait tout en augmentant leur bien-être matériel. La césure était inévitable. Elle l’était d’autant plus qu’elle s’accompagnait d’une révolution économique par l’adoption du néolibéralisme qui associe déréglementation, austérité et réduction de la pression fiscale sur les capitaux. Le néolibéralisme fut présenté aux salariés comme une nouvelle voie, une troisième voie qui se traduit dans les faits par une baisse du pouvoir d’achat, accompagnée d’une réduction des services publics dans les pays anglo-saxons, augmentant d’autant l’inégalité entre les classes sociales. Au bout du compte, ce mouvement des classes populaires délaissées par les élites est une condamnation de la démocratie telle qu’elle est pratiquée de nos jours. Le rôle des élites – des philosophes, aurait dit Platon – est d’administrer la cité équitablement, non pour leur propre compte.
 
Aux Etats-Unis, ce mouvement conduit à l’élection d’un électron libre narcissique. En Grande-Bretagne, il plonge la nation dans une crise dont il est difficile de prévoir l’issue. En Italie, il annonce un blocage politique inextricable tant il est profond. En France, il est trop tôt pour se prononcer sur les gilets jaunes, mais il serait dangereux de les ignorer. Reconnaître son erreur, comme le fit le président français, est méritoire, mais ne suffit pas. Il faut reprendre le problème à la base, c’est-à-dire en comprendre les motivations profondes, et proposer des solutions justes à un horizon proche.
 
La marge de manœuvre des pays concernés est étroite en raison de leur situation économique. A défaut de solutions, la révolte s’amplifiera et se cristallisera pour déboucher in fine sur l’autoritarisme. 

Envoyé par l'auteur, paru dans Le Cercle Les Echos, 19 novembre 2018

La France doit-elle acheter...

Publié dans En France
La France doit-elle acheter de la dette publique américaine ?

La France augmente ses achats d’obligations du Trésor américain. Son stock qui était de 3,8 milliards de dollars en février 2008, s’élève désormais à 118,4 milliards.(1) Compte tenu du
risque de récession annoncé pour 2020 par Ben Bernanke, ancien gouverneur de la Réserve fédérale, ces achats se justifient-ils ?
 
Le rendement financier
Au plan du rendement financier, la réponse est oui. Suite à la décision de la Réserve fédérale de relever son taux directeur en décembre 2015, le rendement des obligations américaines à 10 ans n’a cessé d’augmenter passant de 1,50 % en juillet 2016 à 3,25 % aujourd’hui. Dans le même temps, les taux allemands ont été négatifs (-0,09 % en juillet 2016) avant de remonter à 0,44 % aujourd’hui. Non seulement les taux des obligations du Trésor sont plus élevés mais le marché obligataire américain est aussi plus liquide que le marché européen. La décision française se justifie donc.
 
Le risque financier
Au plan du risque financier, la réponse est plus nuancée. La raison tient à la dette publique américaine qui est non seulement élevé, mais croit exponentiellement. Le volume de la dette a quasiment quadruplé depuis 2000, passant de 5.674 milliards de dollars en septembre 2000 à 21.516 milliards en septembre 2018. Il représente désormais 108 % du produit intérieur brut. Il se rapproche de son niveau le plus élevé dans l’histoire américaine : 118 % en 1946. S’il y avait alors des raisons qui justifiaient ce niveau, ce n’est plus le cas aujourd’hui – d’où l’inquiétude de certains économistes et
institutions internationales
(2) L’inquiétude est d’autant plus grande que la loi Tax Cuts and Jobs, votée par le Congrès en novembre 2017, augmentera le déficit budgétaire, donc la dette américaine, de plus de mille milliards de dollars d’ici 2020.
Cette évolution alarmante a pris naissance à la suite de la crise des subprimes de 2008. En août 2011, S&P, une des trois grandes agences américaines de notation a abaissé sa note de la dette américaine de AAA à AA+. Les deux autres (Moody’s et Fitch) ont maintenu la leur au niveau le plus élevé (AAA) ce qui surprend au regard de la nouvelle loi. Pour sa part, DAGONG, l’agence chinoise, a abaissé la sienne à son niveau le plus bas (BBB+). Il est permis de penser que ces agences font preuve d’une objectivité toute relative. Il n’en reste pas moins qu’au plan du risque, la décision française est contestable.
 
Attitude des principaux investisseurs
Premier banquier du gouvernement américain, la Chine a quelque peu réduit son portefeuille d’obligations américaines de 1.246 milliards de dollars en 2015 à 1.165 milliards en août 2018 (3) – une faible réduction (-6.5 %), compte tenu de l’opinion de DAGONG. En revanche, le Japon, second banquier des Etats-Unis, a fortement diminué le sien qui est tombé de 1.231 milliards en 2014 à 1.030 milliards en août dernier. Cependant, plus qu’une inquiétude à l’égard du risque américain, il faut y voir une nécessité due à un accroissement constant de la dette nationale entièrement financée par l’épargne japonaise. Pour sa part, la Russie qui détenait 150 milliards d’obligations en 2010, n’apparaît plus dans les statistiques du Trésor américain en 2018. Au rebours de cette tendance, la Grande-Bretagne a accru son portefeuille qui s’élève désormais à 273 milliards contre 55 milliards en juin 2008. En dépit de cette remontée qui se distingue par sa singularité, la part des investisseurs étrangers a baissé quelque peu ces dernières années en valeur relative. Le risque américain ne fait plus l’unanimité d’autant que l’augmentation des taux d’intérêt accroît la charge de la dette, accentuant un peu plus le déficit budgétaire américain.
 
Conclusion
Au plan financier, l’investissement français se justifie s’il s’inscrit dans le court terme. Une récession aux Etats-Unis est une quasi-certitude. Mais, à l’inverse de la précédente (2008), les autorités américaines seront démunies pour lutter contre celle-ci. Compte tenu de la part de l’économie américaine dans l’économie mondiale, de l’interconnexion des économies nationales et de l’endettement élevé de nombreux pays, il est à craindre qu’elle soit profonde et étendue. Peut-être est-il temps pour la France de songer à vendre ses obligations américaines ?
Mais pourquoi la Chine ne vend-elle pas les siennes ? La réponse a été donnée par John D. Rockefeller, il y a bien longtemps. On lui attribue le commentaire suivant : "si je dois dix mille dollars à ma banque, j’ai un problème. Si je lui dois un million, c’est elle qui a un problème". C’est la situation dans laquelle se trouve la Chine à l’égard des Etats-Unis. Liquider ses actifs financiers américains conduirait à un effondrement du marché obligataire et du dollar, et donc à une récession, peut-être même une dépression. Elle ne peut défaire sa position que dans le temps : cinq à dix ans, voire d’avantage.
 
(1) Soit 4,2% du produit intérieur brut prévisionnel 2018 de la France.
(2) Voir aussi l’interview de Christine Lagarde (Les Echos, 9 novembre 2018).
(3) Soit 8,5% du produit intérieur brut prévisionnel 2018 de la Chine.

Envoyé par l'auteur, 13 novembre 2018, paru sur www.lesechos.fr

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