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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Réserve Fédérale, Wall Street, ...

Publié dans De par le monde
Assouplissement quantitatif : une stratégie sans issue
Dans le film Casablanca, Humphrey Bogart, réfléchissant à haute voix, marmonne : "cette histoire n’a pas de fin".
 
L’assouplissement quantitatif est une relation triangulaire entre la Réserve Fédérale, Wall Street et le Congrès. Sa courte histoire est ponctuée d’aphorismes, "Greenspan put", "helicopter Ben", "tapering", inintelligibles au vulgum pecus. Ils rythment la relation confuse qui unit Wall Street à la Réserve Fédérale. Leur origine se trouve dans l’opinion largement partagée dans les milieux financiers que la politique monétaire est l’instrument de choix pour conduire l’économie vers le plein-emploi.
 
Milton Friedman est le père putatif de cette conviction. Dans un discours de novembre 2002, Ben Bernanke, alors doyen de la faculté d’économie de l’université de Princeton déclara que si toutes les initiatives de la Réserve Fédérale échouaient pour redresser l’économie, elle devrait se résoudre à recourir à ce que Milton Friedman avait malicieusement appelé "helicopter drop", c’est-à-dire le largage de numéraire d’un hélicoptère pour encourager les gens à consommer afin de relancer l’économie. Bernanke prit soin de préciser que ce largage, s’il devait avoir lieu, prendrait la forme d’un déficit budgétaire financé par la banque centrale. En octobre 1987, Alan Greenspan, gouverneur de la Réserve Fédérale et disciple de Friedman, injecta de grandes quantités de liquidités dans l’économie pour juguler une crise financière inopinée. Cette initiative inédite prit le nom de "Greenspan put" du nom d’un instrument financier qui confère au propriétaire d’un actif financier le droit mais non l’obligation de le vendre à un certain prix à une date prédéterminée à un acheteur donné. Wall Street interpréta cette initiative comme une assurance que si les choses tournaient mal, Greenspan viendrait à son secours.
 
Ben Bernanke, gouverneur de la Réserve Fédérale depuis 2006, appliqua la même stratégie quand vint la crise des subprimes en 2007-08. La magie opéra de nouveau. La bourse reprit des couleurs. En un an la croissance était revenue et le chômage commença à baisser. Les monétaristes fêtèrent ce succès, ignorant le rôle qu’avait joué dans cette reprise le déficit de 10% du budget fédéral dans les deux années qui suivirent la crise, car le troisième acteur de cette pièce est le Congrès. Il est ostensiblement absent après 2010. Dans une interview qu’il accorda au New York Times en novembre 2015, Ben Bernanke, rejetant catégoriquement l’accusation que sa politique monétaire est porteuse d’une bulle financière, attribue la baisse des taux d’intérêt à l’inaction du Congrès. "Si la politique fiscale avait été plus équilibrée, nous aurions eu la même reprise avec des taux d’intérêt plus élevés", dit-il. Puis, il ajoute : "La politique fiscale étant récessionniste, la Réserve Fédérale n’avait d’autre choix que d’utiliser le seul instrument à sa disposition : les taux d’intérêt."
 
Quoiqu’il en soit, en juin 2013 Bernanke estima que le temps était venu de mettre fin à l’assouplissement quantitatif. Le taux directeur de la Réserve Fédérale était tombé à 0,125% (contre 5,25% au printemps 2007) et son bilan avait été multiplié par 3 en quatre ans. Il informa donc le Sénat qu’il réduirait progressivement la liquidité dans l’économie. Sans doute dans l’espoir de minimiser l’effet de son annonce sur les marchés financiers, il utilisa un idiome peu usé : "tapering" (diminué). Cette précaution de langage n’eut pas l’effet voulu. Les opérateurs eurent la frousse de leur vie. La bourse vacilla. Bernanke revint sur sa décision. Ce fut Janet Yellen, gouverneur de la Réserve Fédérale depuis 2014, qui pour la première fois depuis 2006, releva le taux directeur en décembre 2015. Elle annonça dans la foulée que d’autres relèvements suivraient en 2016.
 
La devise chinoise bouleversa ce scénario. En quelques jours, en mars 2016, le yuan perdit 2,6% de sa valeur contre le dollar, secouant les grandes places financières de Shanghai à Londres en passant par New York. Immédiatement, Janet Yellen prit la décision de repousser sine die tout relèvement du taux directeur, calmant du même coup les marchés. Mais, pendant quelques jours, plus d’un s’était demandé si l’on n’était pas à la veille d’une nouvelle crise de 1929. C’était improbable. Les grandes banques centrales – la Réserve Fédérale, la Banque centrale européenne, la Banque populaire de Chine, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon – avaient suffisamment de crédibilité et de moyens à leur disposition pour endiguer la crise. Peut-être maîtriseront-elle la suivante, mais elles ne contrôleront pas celle d’après, quelle que soit la date à laquelle elle intervienne.
 
Incapable de relever le taux directeur par peur de provoquer une récession, mais consciente que la politique de taux bas, voire négatifs, est désormais inefficace, sinon dangereuse par le risque de bulle financière qu’elle comporte, la Réserve Fédérale fait face à une fâcheuse vérité : l’assainissement quantitatif est une stratégie sans issue. La fin de partie ne peut être qu’une récession aux Etats-Unis qui se propagera au reste du monde en raison de l’interconnexion des économies. Bernanke n’eut-il pas tort de reculer en 2013 ? Le moment était favorable. Il ne l’est plus. La reprise américaine s’essouffle.
 
Qu’adviendra-t-il de nous, simples mortels, lorsque la prochaine crise viendra ? "Keep smiling", ordonna l’officier à Johan Moritz, "keep smiling, smiling…" (C. Virgil Gheorghiu – La 25ème heure).

L’euro survivra-t-il ?

Publié dans Avec l'Europe
L’euro survivra-t-il ?
 
Oui, si certaines conditions sont remplies.
 
L’Union économique et monétaire – l’euro – est un projet économique au service d’une cause politique : l’Europe fédérale. C’est un système monétaire international, comme l’était l’étalon-or en son temps, doublé d’attributs fédéraux : la Banque centrale européenne et le Pacte de stabilité et de croissance. C’est une expérience unique non seulement parce que jamais des nations n’ont accepté de lier leur sort au travers d’une monnaie unique mais aussi parce qu’il inverse l’ordre naturel des choses. La création d’une monnaie suit l’institution d’une nation ou d’une fédération. La Banque des Etats-Unis fut créé en 1791, soit quinze ans après l'adoption des Articles de la Confédération de 1776. L'euro fait exception à cette règle. La Banque centrale européenne fut créée avant que ne soit achevée l’Europe politique. L'euro est une monnaie sans nation. Ce défaut structurel est sa première faiblesse. Ce n’est pas la seule.
 
Lors des débats qui précédèrent la création de l’euro, deux écoles de pensée s’affrontèrent. Allemands et Hollandais étaient d’avis que la convergence des politiques économiques des futurs états membres était un préalable à la création de la monnaie unique alors que Français et Italiens assuraient qu’elle en serait un effet. Les joutes oratoires opposant les deux parties débouchèrent sur un compromis : Français et Italiens obtinrent satisfaction à condition que les futurs états membres satisfassent aux critères d’adhésion imposés par les Allemands et les Hollandais. Chacune des deux parties s’estima satisfaite. C’était faire preuve d’optimisme ou de naïveté. Dix-sept ans après la création de l’euro, cette convergence n’existe toujours pas. Elle suppose une évolution de la politique économique des deux principaux partenaires : la France et l’Allemagne. Elle n’est pas à l’ordre du jour ce qui conduit la Banque centrale européenne à prendre des mesures non-conventionnelles pour sauver l’euro. Cette absence de convergence est le second défaut structurel de l’euro.
 
Conscients de ces faiblesses, les Européens ont tenté d’y répondre par le Mécanisme européen de stabilité, la règle d’or, l’Union bancaire, etc. Pour utiles que soient ces mesures, elles n’en sont pas moins insuffisantes. Preuve en est la performance économique de la zone euro. Comparés aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, son taux de croissance est inférieur (1,5 % contre 2,4 % et 1,9 % respectivement) et son taux de chômage plus élevé (10,3 % contre 4,8 % et 5,0 %). Dans une telle économie, la priorité n’est pas la réduction du déficit budgétaire mais la croissance qui ne peut s’obtenir que par un effort collectif au travers d’un vaste programme d’investissements européen d’un montant de 2 000 milliards d’euros sur cinq ans financé par des institutions internationales. Un tel programme n’exclut pas la poursuite, voire l’accélération dans le cas de la France, des réformes structurelles imposées non par l’Europe, comme beaucoup le pensent, mais par la mondialisation. Ces réformes en ce qui concerne notre pays doivent s’inscrire dans un plan à long terme précisant les objectifs, les moyens, le calendrier et la contribution de chacun.
 
L’euro survivra s’il est remédié à ses insuffisances. Cette condition nécessaire n’est pas suffisante. Il faut aussi l’adhésion des peuples. Comme je le rappelle dans mon ouvrage : "L’euro survivra-t-il ?", de Gaulle disait de l’Europe qu’elle devait être "véritablement européenne. Si elle n’est pas l’Europe des peuples, si elle est confiée à quelques organismes technocratiques plus ou moins intégrés, elle sera une histoire pour professionnels, limitée et sans avenir. "

Le Cercle Les Echos – 28 avril 2016














Bernie Sanders, ... providentiel ?

Publié dans De par le monde
Bernie Sanders : homme providentiel ?
Est-il en mesure d’inverser la politique néoconservatrice de ces dernières décennies ?
 
La France a connu trois hommes providentiels. Le premier est une femme (Jeanne d’Arc), le second un empereur (Napoléon) et le troisième un militaire (de Gaulle). L’homme providentiel est une expression française, par excellence. Elle est inconnue dans le monde anglo-saxon. Pourquoi l’évoquer ? Parce que ces trente dernières années les Etats-Unis se sont transformés en une ploutocratie hégémonique avec un double risque : financier et nucléaire. Des candidats à la présidence des Etats-Unis, Bernie Sanders est le seul à parler le langage de la raison et à proposer une alternative crédible à la politique néoconservatrice de ces dernières décennies. En cela, il serait un homme providentiel, s’il était élu.
 
Avènement de la ploutocratie hégémonique
Ronald Reagan a éliminé l’inflation, brisé la grève des aiguilleurs du ciel et enclenché une course aux armements. Cette dernière a été fatale à l’Union soviétique. La route de l’hégémonie était ouverte, celle de la ploutocratie n’allait pas tarder à l’être. Bill Clinton s’en chargea. Sans état d’âme, il abolit le Glass-Steagall Act, garant de la stabilité financière depuis les années 30, pour le remplacer par le Gramm-Leach-Bliley Act qui ouvrit la voie à la crise des subprimes avec la participation de la Réserve Fédérale et de l’inconséquente Security and Exchange Commission. Avec un cynisme rare, George W. Bush a été l’acteur d’une redistribution de la richesse produite en réduisant l’impôt des classes favorisées de 4% du produit intérieur brut, puis il a envahi l’Afghanistan et l’Iraq avec les résultats que l’on sait. Il a institué la torture, rebaptisée "enhancement techniques" pour ne choquer personne, créé un nouvel adversaire ("the ennemi combattant") pour échapper aux Conventions de Genève, fait voter le Patriot Act qui empiète sur les libertés individuelles et créé le ministère du Homeland Security pour quadriller l’espace américain. Barack Obama sur qui beaucoup d’espoirs reposaient pour altérer, sinon inverser la politique de son prédécesseur, a déçu ses partisans – en premier lieu le comité norvégien du Nobel – en poursuivant dans la même voie. Il a intensifié la guerre en Iraq qu’il avait qualifié d’absurde quand il était sénateur, détruit la Libye et la Syrie. Il fait aussi un usage immodéré des drones dont les frappes "chirurgicales" tuent des familles entières à tel point que le New York Times s’en est ému. Il a aussi renié sa promesse de fermer la prison de Guantanamo. Son ministre de la justice, Eric Holder, a refusé de poursuivre les responsables de la crise des subprimes au motif que cela créerait un risque systémique. (?)
 
Les Américains les plus riches (1%) ont toute raison de se féliciter de la politique des trente dernières années. Ils captent 18 % de la richesse produite annuellement – le même niveau qu’en 1925 – contre 8 % seulement dans les années 70. La fortune des plus riches (0,1%) est égale à celle des 90 % les plus pauvres. La famille américaine n’a pas profité du retour de la croissance. Son revenu médian est inférieur aujourd’hui à ce qu’il était en 1999. La décision de la Cour suprême de janvier 2010 ("Citizens United v. Federal Election Commission") qui autorise les entreprises à financer les campagnes électorales, est symbolique du dévoiement de la démocratie américaine. Il faudrait aussi, pour être complet, citer le scandale des machines électorales truquées et bien d’autres choses encore…
 
Les candidats à l’élection présidentielle
Il y a trois candidats principaux : Donald Trump, Hillary Clinton et Bernie Sanders. L’affiliation à un parti politique n’a guère de sens dans cette course à l’investiture, mentionnons cependant que le premier est républicain, la seconde démocrate et le troisième indépendant.
 
Donald Trump est un personnage atypique qui a fait fortune dans l’immobilier. Il est narcissique et n’a ni vision ni repère. Il se contredit constamment et explique, quand on lui fait remarquer, qu’il est "flexible". Le mot qui ponctue ses discours est "deal", mot générique que l’on peut traduire par "pacte", "accord" ou "marché" sans cependant lui faire justice car il porte aussi en lui une image négative que l’on retrouve dans le mot "dealer". C’est un maître-mot dans l’immobilier où tout un chacun cherche à "faire une affaire". Ce mot définit parfaitement le personnage. Il ne sait faire que des "deals", parfois des mauvais ce qu’il l’a conduit à la faillite. Pourquoi alors est-il si populaire ? Pour les mêmes raisons que l’était Berlusconi, pour sa faconde, son assurance, son discours anti-establishment. Il se dit "neutre" à l’égard du conflit israélo-palestinien (tout en proposant le transfert de la capitale de l’Etat hébreu de Tel Aviv à Jérusalem), considère l’OTAN obsolète et coûteuse, et se dit prêt à discuter avec Poutine qu’il considère, semble-t-il, comme un alter-ego. Il n’y a bien sûr rien de commun entre un joueur d’échec et un électron libre. On n’ose pas imaginer ce que donnerait leur rencontre. En bref, son programme remet en cause certains des dogmes néoconservateurs. La colère de ces derniers est compréhensible. Ses électeurs sont les cols bleus – l’éphémère Tea Party. Ils ont été durement touchés par la mondialisation et ont le sentiment d’être les "laisser pour compte" de la crise des subprimes. Ils craignent la déchéance qui les ferait rejoindre le statut social des noirs. Les caciques du Parti républicain qui un temps ont pensé les récupérer s’en sont désintéressés, pensant que le moment venu ils seraient en mesure d’imposer leur candidat, comme ils le firent avec Mitt Romney en 2012. Mal leur en a pris. Le taureau androcéphale leur a coupé l’herbe sur le pied. Il ne peut plus être arrêté. S’il est élu, ce qui est improbable car son électorat n’est pas assez large, les cols bleus seront les dindons de la farce. Le "taureau" n’a que faire de leurs atermoiements.
 
Hillary Clinton s’est trompée de parti, sans doute par ambition. Ambition est le mot qui la définit le mieux. C’est une néoconservatrice pure jus tant au plan intérieur qu’extérieur. Elle doit sa fortune à Wall Street. Aussi, a-t-elle du mal à convaincre quand elle prétend vouloir contrôler le monde de la finance. En revanche, elle ne surprend personne quand elle décrit sa politique étrangère néoconservatrice. Selon elle, il est dans la destinée des Etats-Unis de diriger le monde, comme elle l’a clairement exprimé lors d’un débat avec Bernie Sanders. Elle considère que les Etats-Unis et Israël partagent les mêmes intérêts vitaux au point que l’Etat hébreu sera la destination de son premier voyage à l’étranger. Elle a exprimé avec force et conviction son amitié pour Israël lors de la réunion annuelle d’AIPAC (équivalent du Crif) le 20 mars dernier, n’hésitant pas à comparer Donald Trump à Hitler (après avoir jadis comparé Vladimir Putin au même Hitler ce qui lui avait valu une remontrance de son ami Henry Kissinger). Alors qu’elle était ministre des affaires étrangères, elle a milité en faveur des bombardements de la Lybie déclarant après coup : "Nous sommes venus, nous avons vu, Kadhafi est mort". Elle s’est aussi faite l’avocate du redéploiement des forces navales américaines en Asie, et s’est prononcée en faveur du Transatlantic Trade & Investment Partnership qu’elle qualifie d’OTAN économique. (Les syndicats américains sont vent debout contre ce traité.) Sa capacité a absorbé les mauvais coups (nombreux en politique) et a surmonté les scandales, comme ceux des "mails" et de Bengazi est exceptionnelle. L’Affordable Healthcare Act qui favorise quelque peu les noirs, lui a permis de faire un excellent score dans les états du sud. Avec la masse électorale du Parti démocrate, elle devrait être en mesure de remporter la mise, surtout si son adversaire est Donald Trump. Les jeux seraient-ils faits ? Ils le seraient sans Bernie Sanders.
 
Sanders se définie comme un socialiste démocrate. Le mot "socialiste" ne doit pas être pris dans son sens français. Dans notre hémisphère politique, il se situe au centre gauche. Né d’une famille juive polonaise de Brooklyn, Bernie Sanders a fait pratiquement toute sa carrière en politique. Il est sénateur du Vermont. Il se distingue de Donald Trump par son réel souci du peuple américain et d’Hillary Clinton par sa perception raisonnée des intérêts américains. Le peuple et les Etats-Unis sont au cœur de son discours. Il convient, selon lui, d’éradiquer le chômage qui n’est pas de 4,5 %, comme l’annonce les journaux, mais de 9,2 % si l’on inclut les chômeurs "découragés", c’est-à-dire ceux qui ne cherchent plus un emploi activement. Pour ce faire, il préconise une politique keynésienne financée par l’imposition des classes les plus favorisées. En politique extérieure, il ne considère pas que les Etats-Unis ont une mission civilisatrice ou hégémonique et encore moins de gendarme du monde. Il reconnaît les inquiétudes compréhensibles d’Israël en ce qui concerne sa sécurité tout en trouvant légitimes les appréhensions des Palestiniens quant à leur futur. Ses prises de positions lui ont valu le ralliement de la députée Tulsi Gabbard, ancien officier de l’Armée américaine ayant accompli plusieurs missions en Iraq – l’un des rares membres du Congrès a critiquer ouvertement la politique américaine au Moyen Orient. Bernie Sanders se présente aussi comme le défenseur indéfectible de la Constitution américaine, considérant qu’elle ne peut en aucun cas être altérée pour des raisons sécuritaires. Ses électeurs se recrutent dans la classe moyenne blanche. Il est très populaire auprès des jeunes.
 
Retour de la démocratie ou occasion perdue ?
Les positions respectives des trois principaux candidats à l’élection américaine peuvent se résumer comme suit. Donald Trump propose une version musclée de l’isolationnisme américain, cher aux républicains traditionnels. Hillary Clinton reprend à son compte le néo-conservatisme de Dick Cheney, Donald Rumsfeld et John McCain. Bernie Sanders rompt avec cette politique en s’inspirant du modèle des années 60 au plan intérieur et en prônant le réalisme au plan extérieur. Au regard du passé récent, il invite les Américains à une véritable révolution.
 
Ces trente dernières années les Etats-Unis se sont transformés en une ploutocratie hégémonique avec un double risque : nucléaire et financier. Si Washington poursuit sa politique de provocations au Moyen Orient, en Europe orientale et en Asie, l’affrontement avec la Russie et la Chine est inévitable. Aucune de ces deux nations n’est prête à faire allégeance au souverain auto-proclamé américain. Cette politique extérieure absurde, l’est tout autant au plan intérieur. La politique de l’apaisement quantitatif – un effet indirect de la politique fiscale obérée par le budget de la défense – est à bout de souffle. La Réserve fédérale ne sait pas comment s’en extraire. Les infrastructures sont dans un état lamentable et requièrent des investissements importants. L’accroissement du coût de l’enseignement supérieur hypothèque l’avenir de la nation, etc. Au regard des positions des candidats, l’élection présidentielle américaine revêt donc un caractère exceptionnel à ce point de l’Histoire. Ses effets se répercuteront dans le monde entier.
 
Des trois principaux candidats à la présidence des Etats-Unis, Bernie Sanders est le seul à parler le langage de la raison et à proposer une alternative crédible à la politique néoconservatrice de ces dernières décennies. En cela, il serait un homme providentiel, s’il était élu. Malheureusement, le matraquage médiatique auquel l’électorat américain est soumis lui fait du tort d’autant plus que des calculs politiciens jouent en sa défaveur. Bien qu’indépendant, il concourt pour l’investiture du Parti démocrate. Il est donc en concurrence directe avec Hillary Clinton. Le nombre de ses délégués est d’un tiers inférieur à celui de sa concurrente. Quand bien même égaliserait-il les scores, la partie ne serait pas gagnée pour autant. Il lui faudrait, à la Convention du Parti démocrate en juillet à Philadelphie, convaincre les "super délégués" – ces délégués non élus désignés par le parti – qu’il est le meilleur candidat pour emporter la victoire en novembre. Il y a fort à parier qu’Hillary Clinton, plus connue du public américain, lui sera préférée. L’inversion de la politique américaine qu’il prône n’aura sans doute pas lieu avec les effets probablement désastreux que l’on peut imaginer aux Etats-Unis et dans le reste du monde.
 
Post scriptum : Bernie Sanders a fait savoir qu’il appellerait à voter Hillary Clinton si sa candidature n’était pas retenue. Cette prise de position surprend et ternit son image. Son programme, très différent de celui de sa concurrente, ne justifie en aucune façon ce ralliement. Mystère de la politique politicienne.

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