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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Victimes de nos modes de pensée ?

Publié dans De par le monde
Stagnation séculaire et attentats islamistes
 
Ne nous sommes-nous pas, tout au moins en partie, victimes de nos modes de pensée ?
Le Cercle Les Echos – 25 mars 2016
 
Stagnation séculaire
La croissance mondiale est en berne. Depuis 2011, le Fonds monétaire ne cesse d’abaisser sa prévision. La croissance chinoise s’est effondrée, le Japon est dans sa troisième décennie perdue et l’Europe est à la peine. Seuls les Etats-Unis et la Grande-Bretagne semblent tirer leur épingle du jeu. Plusieurs économistes ont tiré la sonnette d’alarme dont Larry Summers, secrétaire américain du Trésor de 1999 à 2001. Pour décrire, la situation actuelle, il a ressuscité l’expression "stagnation séculaire", utilisée pour la première fois en 1938. D’autres se sont montrés plus pessimistes en annonçant une nouvelle crise économique dont deux anciens ministres de Ronald Reagan, Paul Craig Roberts et David Stockman.
 
Une crise économique est la conséquence de nombreux évènements. Les économistes débattent toujours des causes de la Crise de 1929. Cependant, derrière ces causes se cache souvent un fil conducteur. Ainsi, la stagflation (1) des années 70 est-elle attribuée au keynésianisme des années 60, en partie à tort. De même, la "stagnation séculaire" est-elle le résultat de la pensée néolibérale et monétariste des années 80. Le néolibéralisme est la version moderne, quoique déformée, de la pensée d’Adam Smith. Le monétarisme est l’expression de la pensée de Milton Friedman. L’assouplissement quantitatif en est la forme ultime. (2)
 
Si la Crise de 1929 et la stagflation des années 70 ont donné lieu à un changement radical de politique, il n’en est pas de même de la crise des subprimes. Etonnamment, cette crise a conduit à un renforcement de la politique qui en est la cause. Seuls les Etats-Unis et la Grande-Bretagne eurent recours à de forts déficits budgétaires (–10% du produit intérieur brut) pendant une brève période (2009-2010) ce qui explique leur meilleure performance relative aujourd’hui. Les nations européennes se sont contentées de déficits moindres, rapidement suivis d’une politique d’austérité, plus tard assortis d’une politique d’assouplissement quantitatif.
 
Ce n’est pas en appliquant des politiques qui ont fait la preuve de leur inefficacité que nous sortirons du marasme économique dans lequel nous sommes mais en changeant notre mode de pensée. Plusieurs économistes dont Michael Spence et Joseph Stiglitz, tous deux prix Nobel d’économie, proposent une solution basée sur un programme d’investissement en infrastructure et en formation – de fait, un retour au keynésianisme. Le Fonds monétaire international dont l’action est définie par le Consensus de Washington d’inspiration néolibérale, s’est rallié à cette solution.
 
Attentats islamistes
Nombre de nations ont le sentiment d’être exceptionnelles. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France sont de celles-ci mais aussi la Chine et bien d’autres. Depuis le milieu du 19ème siècle, les Etats-Unis se considèrent investie d’une "destinée manifeste". La Seconde Guerre mondiale et l’effondrement de l’Union soviétique n’ont fait que renforcer ce sentiment chez les élites washingtoniennes. Barack Obama l’a rappelé dans le National Security Strategy de 2015 : "La question n’est pas de savoir si l’Amérique doit ou non diriger [le monde], mais de savoir comment elle doit le diriger". Dans son débat avec Bernie Sanders, Hillary Clinton a clairement indiqué qu’il était du devoir des Etats-Unis d’intervenir (militairement) dans le monde, si nécessaire. Ce mode de pensée est présent dans plusieurs documents officiels dont "Defense Strategy for the 1990s" et "Defense Planning Guidance". Elle imprègne la politique officielle des deux partis, démocrate et républicain. Elle trouve son expression dans la politique étrangère.
 
Parallèlement, la pensée d’une élite israélo-américaine rejoint l’analyse américaine ("Rebuilding America’s Defense", "A Clean Break : a New Strategy for the Realm" et le "Yinon Plan"). Bien que les autorités israéliennes dont Benjamin Netanyahu soient réservées à son égard, elle n’en empreigne pas moins la politique américaine au Moyen Orient. (3) Le retour de bâton ("blowback") que celle-ci génère, se fait sentir en Europe au travers d’attentats meurtriers et d’un afflux de réfugiés. Est-ce à dire que seules les nations occidentales en sont responsables ? Bien sûr que non. Le Moyen Orient est une région intrinsèquement instable, comme le rappellent Olivier Hanne et Thomas Flichy de la Neuville dans leur ouvrage : "L’Etat islamique – anatomie du nouveau Califat". Mais, il n’en reste pas moins vrai que la politique occidentale qui depuis les Accords Sykes-Picot considère cette région comme sa chasse gardée, y est pour quelque chose.
 
Les évènements économiques et politiques qui jalonnent notre quotidien sont dus au hasard et à l’action des hommes. Cette action repose sur un mode de pensée – pensée néolibérale paroxystique et pensée hégémonique irresponsable dans les cas qui nous préoccupent. Pour difficile qu’il nous soit de l’admettre, cela n’en est pas moins la conclusion à laquelle l’analyse nous conduit.
 
(1) Contraction des mots stagnation et inflation
(2) Politique monétaire non-conventionnelle des banques centrales qui se traduit par une expansion de leur bilan au travers de rachats d’actifs financiers (obligations). L’objectif est de stimuler l’économie par la baisse des taux d’intérêt.
(3) Le célèbre linguiste Noam Chomsky s’en est fait le critique. Discours du général Wesley Clark au Commonwealth Club of California, 3 octobre 2007.

Politique US, crise des réfugiés

Publié dans De par le monde
Politique étrangère américaine et crise des réfugiés
 
Lorsqu’une nation conduit une politique étrangère irréelle, il ne faut pas s’étonner des retombées.
 
La politique étrangère américaine aboutit au résultat opposé à celui recherché, à savoir une sécurité précaire au lieu d’une sécurité absolue, par
les effets secondaires imprévus qu’elle génère.
 
La politique étrangère américaine repose sur un postulat : suite à l’effondrement de l’Union soviétique, les Etats-Unis considèrent qu’ils sont une puissance hégémonique incontestée et qu’ils ont toute latitude pour conduire la politique de leur choix. C’est au nom de ce postulat que George W. Bush envahit l’Irak au motif que ce pays détenait des armes de destruction massive – motif qui se révéla faux par la suite. Puis, sous Barack Obama, ce fut le tour de
la Libye, de la Syrie et du Yémen. Il ne s’agit pas d’opérations humanitaires comme les média le déclarent, mais d’une politique délibérée qui vise à créer le chaos au Moyen Orient selon des lignes de fracture religieuses et tribales tout en sécurisant l’accès à l’or noir. Une nouvelle carte de la région a même été dessinée par un certain lieutenant-colonel Ralph Peters.
 
La crise des réfugiés n’était pas prévue par les stratèges américains, et encore moins ses répercussions sur l’Europe – certains ont cru un moment pouvoir en
tirer parti avant qu’elle ne s’aggrave au point de devenir une crise mondiale, comme vient de le reconnaître John Kerry. Les chiffres sont alarmants en effet : 11 millions de Syriens ont quitté leurs foyers dont 4,7 millions ont quitté le pays. Des centaines de milliers sont en Jordanie. Le roi Abdallah II sonne l’alarme. La décision d’Angela Merkel d’accepter un million de réfugiés, compréhensible au plan humain, n’en pas moins créé un vif émoi que les évènements de la nuit de la St Sylvestre à Cologne ont cristallisé. La Grèce, incapable de contrôler le flot des réfugiés, est au bord de l’implosion. Le 1er mars, l’Agence France Presse titre : "Washington sous pression pour empêcher l’Europe de s’effondrer"
.
 
Voilà donc où nous en sommes aujourd’hui. Les Américains ne devraient pas être surpris. Un dicton les avertit : "what goes around, comes around" que l’on peut traduire par "il faut faire face aux conséquences de ses actes" ou mieux "celui qui sème le vent récolte la tempête".

Français, unissez-vous !

Publié dans En France
Français, unissez-vous !
 
Français, unissez-vous ! Ce n’est pas un slogan marxiste mais un cri de ralliement pour tenter de contrôler notre destin. Ces vingt-cinq dernières années, le monde a subi une profonde mutation qui s’apparente à celle que connut le Moyen-Age mais sur une période beaucoup plus courte. L’avènement de l’ordinateur personnel dans les années 80 suivi d’Internet, la chute de l’Union soviétique, la conversion de la Chine à l’économie de marché dans les années 90, et les découvertes scientifiques ont transformé notre monde. C’est la "3ème révolution industrielle" nous dit Jeremy Rifkin, professeur d’économie à l’université de Pennsylvanie. Non, répond Klauss Schwab, fondateur du Forum économique de Davos, c’est la 4ème. Quel que soit le chiffre qu’on lui attribue, il est évident que la mutation est profonde et qu’elle n’est pas seulement économique mais aussi politique, sociale et sociétale. Les anciens paradigmes tombent les uns après les autres sans que de nouveaux apparaissent. La loi sur la fin de vie eut été impensable il y a cinquante ans. 
 
Ces bouleversements modifient les relations de pouvoir au sein de nos sociétés occidentales. Les élites – relais entre le peuple et le pouvoir – ne jouent plus leur rôle. Certaines d’entre elles semblent même faire le jeu du pouvoir, celui détenu par un nombre restreint d’individus. Les ambitions s’affichent. La démocratie est remise en question. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy opposent un refus catégorique au référendum proposé par Papandréou sur l’accord de décembre 2011. Des actions militaires au Moyen Orient sont lancées par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France sans l’aval du peuple. Les Allemands sont sommés d’accepter un million de réfugiés, etc., etc. Aussi, ne faut-il pas s’étonner de la création de nouvelles formations politiques comme SYRIZA en Grèce, Podemos en Espagne, AfD en Allemagne, UKIP en Grande-Bretagne et le Front national en France. Populistes, sans programme défini ou cohérent, ces partis sont pires que le mal qu’ils entendent combattre. Dans ce monde instable et indéfini, le citoyen ordinaire – celui qui est raisonnable et réfléchi – est livré à lui-même. Il ne sait à quel saint se vouer pour sortir de cet imbroglio qui le menace, lui et sa famille.
 
Ce sentiment d’impuissance inacceptable conduit les plus entreprenants à lancer des initiatives comme La Transition, Nous Citoyens, Objectif France, Génération Citoyens, etc. Leur objectif n’est pas la révolution dont on sait qu’en politique comme en physique, elle aboutit à son point de départ (Napoléon avait plus de pouvoir que Louis XVI et Lénine plus que Nicolas II) mais l’évolution vers un nouveau système qui prendrait en compte les inquiétudes et les attentes des citoyens. D’où ce "Français, unissez-vous !" Il n’est pas dit qu’unies ces initiatives aboutissent mais isolées elles n’ont aucune chance. Vox populi, vox dei.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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