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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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USA : crise constitutionnelle ?

Publié dans De par le monde
Etats-Unis : crise constitutionnelle en gestation ?
 
En déclarant n’accepter le verdict des urnes que s’il était élu, Donald Trump a choqué l’Amérique. La réaction a été immédiate. La classe politique et les médias ont condamné sa déclaration. Il a alors annoncé qu’il accepterait le verdict s’il est "juste". Les résultats d’élections présidentielles ont été contestés dans le passé mais jamais un candidat n’a refusé à l’avance la décision des électeurs. C’est donc l’annonce d’une crise constitutionnelle grave qu’il a faite. Comment en est-on arrivé là ?
 
Il y a un malaise dans la société américaine qui ne se reflète pas dans les statistiques officielles mais qui n’en est pas moins réel. Des mouvements, déjà anciens, comme Tea Party ou Occupy Wall Street ou plus récents, comme Black lives matter ou Our Revolution, en sont l’expression. Un sentiment permanent d’insécurité, l’augmentation des frais médicaux et du coût des études universitaires, l’écart de revenu entre classes laborieuse et dirigeante, etc. tous ces facteurs concourent à ce malaise. Donald Trump surfe sur ce malaise. Il est le candidat de la majorité silencieuse, cette Amérique profonde chère à Nixon, qui ne croit plus au rêve américain. Mais, ses frasques, ses excès de langage, son style l’ont isolé ainsi que ses propos sur Vladimir Poutine, l’OTAN, etc. Les caciques du Parti républicain qui craignent pour leur réélection, prennent leurs distances.
 
A sa décharge, pour être comprise son annonce sur le verdict des urnes doit être remise dans son contexte. Il existe un vif débat aux Etats-Unis sur le processus électoral. L’utilisation de machines électroniques qui ne laissent aucune trace écrite, est l’objet d’une controverse depuis de nombreuses années. Bill Moyers de Public Broadcasting Services, programma il y a quelques années une émission démontrant qu’elles sont programmées pour faire élire un candidat donné. C’est à cette controverse que Donald Trump fait allusion quand il déclare être prêt à se soumettre au verdict des urnes que s’il lui est favorable. Sa déclaration quelques jours plus tard qu’il acceptera le résultat s’il est "juste", ne change rien à l’affaire car elle sous-entend que le processus est "truqué".
 
Hillary Clinton se présente comme la candidate du rassemblement, susceptible de répondre aux attentes des "petits blancs" sans aliéner le vote noir ou latino. Elle s’appuie sur ses quarante années d’expérience et son bilan pour convaincre. Mais les révélations de WikiLeaks sur ses courriels non sécurisés, ses liens avec Wall Street, ou les tentatives, vraies ou fausses, pour écarter la candidature de Bernie Sanders lui font du tort. L’origine des fonds de la Fondation Clinton qui a collecté 2 milliards de dollars depuis sa création, est aussi l’objet d’un vif débat. Il semble en effet qu’en tant que ministre des affaires étrangères, elle ait accordé des faveurs à des personnes ou à des états étrangers en échange de dons à la Fondation.
 
A ce lourd bilan, s’ajoute sa politique jusqu’au-boutiste au Moyen Orient qui fait courir le risque d’une confrontation directe avec la Russie, selon le témoignage du général Joseph Dunford, chef d’état-major des armées. Le général qui répondait à une question du sénateur Lyndsey Graham, ajouta que c’était là un risque qu’il n’était pas prêt à prendre. Car dans cette éventualité, le recours à l’arme nucléaire ne peut plus être exclu. La miniaturisation des ogives en facilite l’usage, comme l’a prophétisé Zbigniew Brezinski, ancien conseiller à la Sécurité Nationale du président Carter dans un article de Foreign Affairs.
 
En résumé, les Américains ont le choix entre un électron libre ou une va-t-en-guerre. Face à ce choix, certains ont décidé de s’abstenir. L’abstention est en progrès. Sur une courbe de tendance commençant en 1950, elle atteindra 50 % en 2016. Dans ce cas, si Donald Trump ou Hillary Clinton est élu avec 50 % des suffrages exprimés (1), il ou elle n’aura été élue que par 25 % des électeurs inscrits – 75% des électeurs n’auront pas voté pour lui ou pour elle. Quelle serait alors la légitimité de l’un ou de l’autre ? Si à cela, s’ajoutent le doute sur le processus électoral exprimé par Donald Trump mais partagé par un certain nombre d’Américains et le malaise profond de la société américaine, le risque d’une crise constitutionnelle ne peut être exclu.
 
Dans cette hypothèse, les Américains ne seraient-ils pas en droit d’exiger la convocation d’une assemblée constituante, semblable à celle de Philadelphie de 1787, pour repenser leur démocratie selon l’idéal exprimé par Abraham Lincoln à Gettysburg en 1863 : un gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple.
 
(1) 48,9 % est le taux moyen obtenu par les présidents élus depuis John Kennedy.

Clinton ou Trump ?

Publié dans De par le monde
Clinton ou Trump ?

Quel choix la démocratie américaine offre-t-elle aux électeurs ? Hillary Clinton est une va-t-en-guerre et Donald Trump un électron libre. Aucun des deux n’est habilité à présider aux destinées du pays le plus puissant du monde. Les deux autres candidats, Gary Johnson du Parti Libertaire et Jill Stein du Parti des Verts, sont crédités respectivement de 8% et 5% des intentions de vote. Ils n’ont aucune chance d’être élus d’autant qu’ils sont exclus des débats télévisés entre les deux principaux candidats. Reste l’abstention.
 
Hillary Clinton est la candidate du système. Elue, elle poursuivra la politique de Barack Obama qui se place dans le droit fil de celle de George W. Bush. Un désastre.

Donald Trump est le candidat de l'antisystème. Ceux qui placent leurs espoirs en lui se trompent. Il ne peut vaincre le système à lui seul. Il faut une volonté populaire. Or, elle n’existe pas. Les caciques du Parti Républicain, à quelques exceptions près (Pat Buchanan, Paul Craig Roberts, Lawrence Wilkerson, etc.) sont pro-système ainsi que l’ensemble de ses membres. En l’absence de volonté, il faut une organisation. Lénine qui l'avait bien compris, se servit du parti communiste pour prendre le pouvoir. Donald Trump est seul.
 
C’est le Gary Cooper du "train sifflera trois fois" de Fred Zinnemann, sauf que nous ne sommes pas à Hollywood mais à Washington : le centre mondial du pouvoir à l’état brut. Les cavaliers seuls ne sont pas les bienvenus. S'il est élu, Trump changera les choses à la marge tout au plus, sauf s’il est suicidaire. Fred Zinnemann dirigea aussi "Un homme pour l’éternité". On sait ce qu’il advint à Thomas Moore…
 
L’abstention est la seule voie raisonnable dans un système politique discrédité. Elle est en progrès constant. Sur une courbe de tendance commençant en 1952, elle devrait atteindre 50 % en 2016. Si les électeurs du Parti Libertaire et du Parti des Verts s’abstiennent, le taux approchera les 65 %. S’il atteint seulement 60 % et que le nouveau président est élu avec 51 % des votes, il n’aura été élu qu’avec 20.4 % des voix. En d’autres termes, 80 % des électeurs (79,6 % pour être précis) n’auront pas voté pour lui. Un dirigeant peut-il présider aux destinées d’une démocratie contre la volonté de 80 % des électeurs ? Si une telle situation se présente, le peuple Américain devra réunir une convention, semblable à celle de Philadelphie de 1787, pour décider de l’avenir du pays.

Marche à rebours du temps…

Publié dans En France
Philippe Martinez marche à rebours du temps…
 
… les salariés n’en sont pas mieux pour autant
 
La relation capital-travail est un rapport de force. Les premières victoires syndicales ont été obtenues à la fin du 19ème siècle quand une industrialisation effrénée absorbait les paysans plus vite qu’ils ne quittaient leur campagne. Les travailleurs eurent alors la main. Ils obtinrent le droit de grève en 1864 et le droit de se syndiquer vingt ans plus tard. La récession qui suivit la Première Guerre mondiale fit pencher un temps le balancier dans l’autre sens. Le retour de la croissance et une main d’œuvre diminuée par le conflit inversa à nouveau le rapport de force. En 1936, les salariés obtinrent la semaine de 40 heures et les congés payés.
 
Une même situation se présenta après la Seconde Guerre mondiale. L’industrie n’arrivait pas à répondre aux besoins d’une croissance moyenne de 5% par an pendant près d’un quart de siècle. De deux semaines, les congés payés passèrent à trois en 1956, puis à quatre en 1969. Les Accords de Grenelle de mai 1968 augmentèrent le SMIG de 35%. Puis en 1982 seront accordées les cinq semaines de congé et la retraite à 60 ans. Les avancées sociales continuent alors que les Trente Glorieuses sont révolues depuis dix ans et que le rapport de force capital-travail s’inverse avec le ralentissement de l’économie liée aux crises pétrolières. Les salariés n’en sont pas conscients, les patrons pas davantage et les politiques encore moins. En revanche, Ronald Reagan et Margareth Tchatcher le savent. C’est pourquoi ils gagnent le bras de fer engagé par les aiguilleurs du ciel aux Etats-Unis et les mineurs en Grande-Bretagne.
 
C’est alors qu’interviennent deux évènements qui bouleverseront le monde: l’effondrement de l’URSS en décembre 1991 et l’adoption officielle de l’économie socialiste de marché par la Chine en 1992. Ils marquent l’avènement de la mondialisation qui sera officiellement entérinée en 1995 par la création de l’Organisation mondiale du commerce. La Chine y adhérera en 2001 et la Russie en 2012. Le rapport entre le capital physique (machines, équipements, etc.) et la main d’œuvre disponible se détériore rapidement au détriment de cette dernière devenue trop abondante par l’apport de la Chine. Ce phénomène a entraîné les délocalisations et un chômage permanent en Occident.
 
Quand le rapport de force évolue à votre désavantage, la seule stratégie est la négociation afin de tirer le meilleur parti de vos atouts. La CFDT l’a compris, pas la CGT. Ajoutez à cette obstination suicidaire qui nuit aux salariés plus qu’il ne les sert, l’ultimatum du 25 mai adressé aux quotidiens français qui rappelle les grandes heures du stalinisme, et vous avez un homme qui vit hors du temps – un homme avec qui aucune négociation n’est possible.

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