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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Le scandale Volkswagen

Publié dans Avec l'Europe
Volkswagen : des origines aux limites du "made in Germany"
 
Le scandale Volkswagen a secoué l’industrie automobile mondiale et plus encore l’Allemagne. Il est le résultat d’une politique économique poussée à son paroxysme dont l’origine remonte loin dans le temps.
 
L’Allemagne est le pays le plus performant à l’exportation. Son excédent commercial est le plus élevé au monde en valeur nominale et relative. Cette performance n’est pas le fruit du hasard mais le résultat d’une politique qui remonte à la fin du 19ème siècle. L’Allemagne connaît alors une croissance démographique très forte. (1) Deux solutions s’offrent à elle : accroître la production pour retenir la population ou encourager l’émigration. C’est la première solution qui est choisie – l’exportation sera l’exutoire de l’augmentation de production liée à l’accroissement de la population. (2) Peu à peu, les produits allemands font leur apparition sur le marché britannique où ils font concurrence à la première puissance industrielle. Pour contrer cette intrusion, le Parlement vote le Merchandise Marks Act en 1887. Cette loi impose de mettre la mention "made in England" sur les produits fabriqués en Grande-Bretagne afin de les protéger de la concurrence des produits étrangers en faisant connaître leur provenance aux consommateurs britanniques. Les fabricants allemands réagissent par la mention "made in Germany" et l’excellence de leurs produits. A la fin du 19ème siècle, l’Allemagne est devenue la première puissance industrielle en Europe.
 
Le régime nazi aura aussi recours à l’exportation pour financer le réarmement allemand. Hjalmar Schacht, ministre des finances et gouverneur de la Reichsbank, initie une politique à l’exportation vers les nations d’Amérique du sud dans le but de les rendre dépendantes des machines allemandes en échange de matières premières et de denrées dont l’Allemagne a besoin pour son effort de guerre. Après la Seconde Guerre mondiale, c’est aussi grâce à l’exportation que l’Allemagne se relève. Le "miracle allemand" trouve son origine dans une pensée économique originale connue sous le nom d’ordolibéralisme ou Ecole de Fribourg. Il s’agit pour ses promoteurs de créer une organisation cohérente de l’économie visant à satisfaire l’ensemble des classes sociales – une troisième voie avant l’heure en quelque sorte. Ludwig Erhard, ministre de l’économie puis chancelier, mit en pratique cette pensée avec le succès que l’on sait. L’exportation est une constante de la politique allemande.
 
Le premier souci d’une nation exportatrice est d’être compétitif. Sur la base 100 au premier trimestre 1999, le coût unitaire de la main d’œuvre en 2014 est de 86 pour l’Allemagne, 100,4 pour la France et 108,6 pour l’Italie. Ce seul critère ne suffit pas. Le succès de l’Allemagne tient aussi à une politique de produits haut de gamme. La qualité de ses produits rend sa production moins sensible aux aléas de l’euro que ne l’est la production française ou italienne. Ce même euro la protège des dévaluations compétitives si fréquentes dans les années 70 et 80.
 
Pour autant, ce succès n’est pas sans défaut. Sa politique volontariste à l’export la rend vulnérable aux aléas de la conjoncture européenne et mondiale. Son excédent commercial en zone euro se traduit par l’accumulation d’une importante créance sur ses voisins. En janvier 2015, elle s’élève à 515 milliards d’euros, soit environ 22% de son PIB. Les principales nations débitrices étant l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce, il est permis de s’interroger sur la qualité de cette créance. Sa politique est mercantile, et s’assimile à la "paupérisation du voisin" pratiquée dans les années 30. En 2011, le G-20 de Cannes demanda à l’Allemagne de stimuler sa demande intérieure afin de réduire son excédent commercial s’élevant alors à 6,2% de son produit intérieur brut. L’Allemagne est restée sourde à cette requête. Son excédent monta à 7,2% en 2012. Après être descendu à 6,9% en 2013, il s’élève à 7,7% en 2014. En octobre 2013, le Trésor américain accusa l’Allemagne d’entraver le rétablissement de la zone euro et de pénaliser la croissance mondiale par sa dépendance excessive à l’exportation avec pour résultat un effet déflationniste sur l’économie européenne et mondiale. Le Trésor rappela à l’Allemagne l’engagement pris lors du G-20 de Cannes.
 
Toute politique, poussée à l’excès, a son revers. Le scandale Volkswagen en est la confirmation. En faisant de l’exportation le moteur privilégié de l’économie, l’Allemagne s’exposait à ce risque tôt ou tard. Henrik Enderlein, professeur d’économie à la Hertie School of Governance de Berlin, émet un jugement sévère sur son modèle économique qu’il considère à bout de souffle. (3)
 
 
(1) Sa population atteint 56 millions en 1900 contre 46 millions pour la Grande-Bretagne et 40 millions pour la France
(2) C’est pour des raisons militaires que cette solution fut choisie afin de conserver la population en Allemagne.
(3) Les Echos, septembre 2010. Henrik Enderlein est l’auteur d’un rapport sur les réformes, l’investissement et la croissance en France et en Allemagne avec Jean Pisany-Ferry.

de l’état omnipotent à...

Publié dans Du côté des élites
Chômage : de l’état omnipotent à l’état impuissant
 
L’annonce de l’augmentation du chômage en août a fait l’effet d’une bombe. Le gouvernement espérait une baisse. Ce chiffre va relancer le débat sur le socialisme, la social-démocratie et la sociale-libérale – débat stérile mais dont sont friands les Français. Le chômage, faut-il le rappeler, est la préoccupation majeure des Français depuis la fin des années 1980. Gouvernements de droite et de gauche ont rivalisé d’imagination et de mesures pour mettre fin à cette plaie douloureuse. En voici un résumé :
- Raymond Barre :           Pacte pour l’emploi des jeunes.
- Laurent Fabius :            Travail d’utilité collective.
                                      Stages d’initiatives à la vie professionnelle.
- Jacques Chirac :            Allègement et exonérations de charges.
- Michel Rocard :             Contrat emploi-solidarité.
- Alain Juppé :                 Emplois jeunes.
- Lionel Jospin :               Lois Aubry I et II.
                                      Lois de modernisation sociale.
- Jean-Pierre Raffarin :     Contrat jeune en entreprise.
                                      Contrat d’insertion dans la vie sociale.
- François Fillon :             Contrat d’autonomie.
- Jean-Marc Ayrault :        Contrat d’avenir.
 
En 1975, il y avait 773.000 chômeurs en France métropolitaine. (1) Ils représentaient 3,4% de la population active. Vingt ans plus tard, leur nombre est monté à 2.649.000. Ils sont 3.026.000 à fin 2014 (10,2%). Visiblement, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes des Français. Qui a oublié cette phrase de François Mitterrand : "Dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé". Ce commentaire qui n’est pas sans rappeler le "toucher royal", (2) émane de cette notion très française de la toute-puissance de l’Etat. Rationnel et équitable, l’Etat assure le développement économique de la nation. Cette vision a son corolaire. Si l’économie est la responsabilité de l’Etat, le chômage est son échec. A-t-on tout essayé, comme le dit Mitterrand ? Oui… sauf les mesures qui libèrent les énergies créatrices, accroissent la productivité, modèrent les coûts salariaux, et réduisent le coût de fonctionnement de l’Etat. Ce sont les seules capables d’inverser la courbe du chômage dans une économie mondialisée, hyper-compétitive, et en évolution constante. Quelles sont-elles ? Nous les connaissons grâce aux rapports Attali, Gallois, Enderlein-Pisani-Ferry, à ceux de la Cour des comptes, de la Commission européenne, de l’OCDE, du FMI et de nombreux instituts privés. Globalement, leurs conclusions concordent.
 
Le présent gouvernement a pris des mesures : crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), pacte de responsabilité, simplification de la réglementation, réforme territoriale, loi Macron, réforme du dialogue social, etc. (3) Mais elles sont insuffisantes au regard du défi auquel la France fait face. Ces réformes nous sont imposées par la mondialisation. Certes, les textes bruxellois nous obligent –avec notre consentement– à modifier notre politique mais ils ne font qu’entériner des décisions qui s’imposent à l’Europe en raison du formidable bouleversement que le monde connaît depuis un quart de siècle. Chacun peut penser ce qu’il veut de la mondialisation, mais imaginer que nous n’y sommes pas sujets, comme des politiciens de (l’extrême) droite et de (l’extrême) gauche tentent de nous le faire croire est une imposture qui conduit à une impasse.
 
(1) Au sens du Bureau international du travail (BIT).
(2) "Le roi te touche, Dieu te guérit". Par ses mots, symboles de la puissance divine des rois de France, le malade est guéri des écrouelles. 
(3) Notons que le gouvernement a dû avoir recours à l’article 49.3 de la Constitution pour faire voter cette loi qui ne change pas fondamentalement le paysage socio-économique français
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Asphyxie de la Grèce

Publié dans Avec l'Europe
Plan B et asphyxie de la Grèce
 
Le crédit est la sève de l’économie. S’il s’assèche l’économie meurt. En tenant le crédit, la BCE tenait la Grèce.
Le troisième plan d’aide à la Grèce comprend trois dispositions importantes : un crédit de 86 milliards d’euros sur trois ans dont 25 milliards sont destinés à la recapitalisation des banques, un programme de privatisations de 50 milliards d’euros et un programme d’investissements de 35 milliards. En contrepartie, la Grèce s’engage à transformer son déficit primaire (–0,25% du PIB en 2015)(1) en un surplus (3,5% en 2018), à réformer en profondeur son système de retraite, à assouplir les règles qui régissent le marché du travail, à moderniser et dépolitiser son secteur public. Le produit des privatisations servira pour moitié au remboursement des fonds utilisés à la recapitalisation des banques, et pour un quart à la réduction de la dette grecque. Le dernier quart participera au financement du programme d’investissements. Dans un communiqué de presse du 14 août, l’Eurogroup se montre confiant de l’engagement futur du FMI aux côtés des Européens. Cette déclaration surprend car dans sa note du 14 juillet, le Fonds fait d’une réduction de la dette un préalable à tout nouveau crédit – réduction à laquelle l’Allemagne est fermement opposée. Cette question doit être examinée à l’automne.
 
Ce troisième plan est une défaite humiliante pour Alexis Tsipras qui a surévalué ses forces. Fort du soutien populaire, il croyait pouvoir faire bouger les lignes. Mais alors qu’il négociait à Bruxelles, l’économie grecque était sous perfusion, la BCE lui injectant les liquidités dont elle avait besoin pour éviter l’asphyxie. Ces avances, faites au titre de l’Assistance de liquidité d’urgence, sont sujettes à l’approbation du conseil de la BCE où l’Allemagne jouit d’une autorité indéniable. A tout moment, elle pouvait y mettre son veto. La probabilité d’une telle éventualité augmentait à mesure que les sommes avancées s’élevaient. Elles atteignirent 89 milliards d’euros en juin. Dans le même temps, la Grèce faisait usage du système de transferts transeuropéens, régis par la BCE, pour payer ses importations. (2) Le solde débiteur de la Grèce doubla en six mois pour atteindre 108 milliards d’euros en juin. En six mois, la BCE a donc avancé 197 milliards d’euros à la Grèce, soit 110% de son PIB. (3) Les états membres étant conjointement responsables, cette fuite en avant ne pouvait durer, réduisant à néant la marge de manœuvre d’Alexis Tsipras. Parallèlement, au plan politique, sa position était précaire car si les Grecs étaient prêts à le soutenir dans sa renégociation, ils ne souhaitaient quitter ni l’euro ni l’Europe.
 
Le premier ministre n’avait alors d’autre choix que de rendre les armes. Ce qu’il fit en acceptant les termes d’un plan d’aide plus durs que ceux négociés par son prédécesseur. Yanis Varoufakis, son ministre des finances, préféra démissionner. Cet économiste de talent avait-il prévu cette asphyxie de l’économie grecque ? Etait-ce l’objet du plan B d’y faire face ?

(1) Le déficit primaire exclu la charge de la dette.
(2) Système connu sous le nom de Target2.
(3) A cette somme, s’ajoute la dette publique grecque.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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