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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Grèce : un pavé dans la mare ?

Publié dans Avec l'Europe
Grèce : un pavé dans la mare ?
 
Dans un document "strictement confidentiel", les membres du conseil d’administration du Fonds monétaire international sont informés que le Fonds ne participera au troisième plan de sauvetage de la Grèce que si certaines conditions y figurent dont une annulation partielle de la dette. Un pavé dans la mare, diront certains, en raison de l’opposition de Berlin et de plusieurs autres états de la zone euro à toute annulation.
Sans le FMI, un troisième plan de soutien peut-il être accordé à la Grèce ? Aussi inattendue soit-elle, cette prise de position ne devrait pas surprendre. Elle est inscrite en filigrane dans les précédents documents du Fonds. Dans son rapport de mai 2010, le Fonds signale que les risques d’échec sont élevés et dans celui de mai 2013, il note que la dévaluation interne engendre une contraction du produit intérieur brut grec qui accroît la dette publique en pourcentage du produit intérieur brut, allant du même coup à l’encontre du but recherché. Les réserves du Fonds à l’égard de la résolution de la crise grecque s’expriment plus librement à mesure que la situation se détériore, se fondant sur des questions de règles, de principe et de politique.
 
Une question de règles
Les financements du Fonds sont régis par quatre critères économiques : impact du plan sur la balance des paiements, soutenabilité de la dette publique à moyen terme, probabilité d’accéder aux marchés des capitaux et perspective de succès du programme au regard de la capacité politique et institutionnelle du pays à faire face à ses engagements. Dans l’Ex Post Evaluation de mai 2013, le Fonds relève que le second critère n’est pas respecté, et que l’évaluation qui fut faite des critères 3 et 4 s’est révélée optimiste. Rétrospectivement, il apparaît que ces critères n’étaient pas satisfaits.
Ainsi, dès mai 2013 le Fonds est-il conscient que le premier programme de soutien à la Grèce posait un problème.
 
Dans son rapport de juin 2015, il évoque la possibilité d’une réduction de la dette en raison d’une évolution de la situation de la Grèce depuis le début de l’année. Il note en particulier un programme de privatisations très en retrait par rapport aux objectifs et un net ralentissement des réformes structurelles. Enfin, dans sa note de Juillet 2015, il déclare que la dette publique grecque est hautement insoutenable et que seule sa réduction bien au-delà de ce que l’Europe est prête à envisager peut la rendre soutenable.
 
Une question de principe
Le célèbre économiste, John Maynard Keynes, rédacteur auxiliaire des Accords de Bretton Woods – le rédacteur principal étant Harry Dexter White du Trésor américain – avait préconisé que l’obligation d’équilibrer la balance commerciale incombe non seulement aux nations déficitaires mais aussi aux nations excédentaires (1). Il avait observé que dans un système de taux de change fixe, comme l’était l’étalon-or et comme le sera le système de Bretton Woods, l’obligation faite aux seules nations déficitaires avait un effet dépressif sur l’économie mondiale. Il ne fut pas écouté mais le concept n’en fut pas moins inscrit sous une forme sibylline dans l’article IV des statuts du Fonds. Aussi, chaque année les nations font-elles l’objet d’une analyse au titre de cet article. En outre, le Fonds rédige un rapport synthétique sur l’évolution du "secteur externe", c’est-à-dire de la balance commerciale, accompagné d’une évaluation par pays.
 
Cette année, le Fonds a troqué son langage diplomatique pour un discours plus direct enjoignant nations déficitaires et excédentaires à prendre les mesures nécessaires pour rééquilibrer leurs comptes externes. La Grèce fait partie des nations structurellement déficitaires avec la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. L’Allemagne fait partie des nations structurellement excédentaires avec la Corée du sud et la Chine.
Elle est la nation dont la balance commerciale est la plus élevée au monde en termes absolus et relatifs. En moyenne annuelle, son excédent commercial s’élève à 6,5% de son produit intérieur brut depuis 2006. Elle est en infraction des règles de la zone euro qui impose une limite de 6%. La solution du problème grec passe donc aussi par une révision de la politique économique allemande, à savoir une réduction de l’épargne et un accroissement de la consommation et des investissements afin de conforter la fragile croissance européenne et d’aider indirectement la Grèce.
 
Une question politique
A l’origine, les pays émergents membres du conseil d’administration du FMI firent part de leurs réserves à l’égard du plan de soutien à la Grèce qu’ils considéraient être du ressort de l’Europe et non du Fonds. Leur opposition s’est accrue au fil du temps. Parallèlement, le dernier rapport révèle les doutes de ses rédacteurs et leur crainte de voir la crédibilité du Fonds entachée par un non-respect de ses règles. Christine Lagarde qui s’est montrée favorable à la position européenne tout au long de la crise, est désormais en porte-à-faux par rapport à l’institution qu’elle dirige. Restent les Etats-Unis qui pèsent lourds dans les décisions du Fonds en raison de leur droit de veto. Ils ont jusqu’à présent milité en faveur des plans de soutien à la Grèce. Continueront-ils ?
 
Plus qu’un pavé dans la mare, ce document "strictement confidentiel" ne fait que prendre acte d’une profonde divergence de vues entre le Fonds et la Commission européenne. S’il complique singulièrement une situation déjà complexe, peut-être facilitera-t-il la résolution de cette crise en forçant les Européens ou certains d’entre eux à voir la situation de la Grèce pour ce qu’elle : insolvable sans une annulation de dette ?
 
(1) La position de Keynes était en partie due à la situation de la Grande-Bretagne qui avait alors un énorme déficit commercial et celle de White à la situation des Etats-Unis et de son énorme excédent commercial.

Coup politique à Washington

Publié dans De par le monde
Coup politique à Washington
 
Après son discours devant le Congrès américain le 3 mars 2015, et sa récente victoire électorale, il est clair que Benjamin Netanyahu fera en sorte qu’il n’y ait pas d’accord nucléaire avec l’Iran, ni de négociation avec le président syrien, Bachar al-Assad, ou de reprise des pourparlers pour la création d’un état palestinien.
La Russie doit être punie pour ses relations amicales avec la Syrie. Victoria Nuland et John McCain poursuivent donc leur politique destinée à arrimer l’Ukraine dans le camp occidental et affaiblir la Russie, sans se soucier de l’engrenage infernal qu’ils enclenchent. Comment tout cela se terminera-t-il ? Nul ne le sait. Il n’est pas certain que le succès soit au rendez-vous. L’analyse des faits conduit plutôt à la conclusion opposée. Qu’adviendra-t-il des relations israélo-américaines en cas d’échec ?
 
Dans un discours prononcé le 3 octobre 2007, Wesley Clark, ancien commandant des forces alliées en Europe, petit fils d’un rabbin polonais, apporte une réponse. Il déclare que les Etats-Unis ont été victime d’un "coup politique".
En excluant le mot "état" dans l’expression "coup d’état" pour le remplacer par l’adjectif "politique", il révèle à son auditoire une vérité méconnue, à savoir que la politique extérieure américaine a été profondément altérée sans que l’architecture constitutionnelle de la nation ne soit modifiée et le peuple américain consulté.
Les principaux artisans de ce changement sont Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Richard Perle, Paul Wolfowitz et quelques autres. Si cette politique se conclut par un échec, comme il est à craindre, les Américains voudront connaître le ou les coupables. Ils chercheront un bouc émissaire. Il ne peut être américain. Il sera étranger, comme l’histoire nous l’enseigne…Dans "Heritage: civilisation and the Jews", Abba Eban se livre à une rétrospective de l’histoire du peuple juif. Les artisans du changement ne l’ont sans doute pas lu, ou s’ils l’ont lu, ils n’ont pas compris son message subliminal.
En profitant de la naïveté du peuple américain et de la complicité de ses élus, Benjamin Netanyahu joue un jeu dangereux pour l’avenir d’Israël.

"menace sécuritaire nationale"

Publié dans De par le monde
Le Venezuela déclaré "menace sécuritaire nationale" par Barack Obama
 
L’Ordre exécutif du 9 mars 2015, signé par le président Obama, considère que "la situation au Venezuela constitue une menace inhabituelle et extraordinaire à la sécurité nationale et à la politique étrangère des Etats-Unis".
En conséquence, compte tenu de l’engagement des Etats-Unis "à défendre les libertés individuelles, à sauvegarder les institutions démocratiques, et à protéger le système financier américain des transactions financières illicites vénézuéliennes", des sanctions sont imposées à sept vénézuéliens. Ce n’est pas d’un canular mais il faut se pincer pour y croire. Quel danger le Venezuela peut-il bien poser aux Etats-Unis ? Examinons les données de la CIA.
 
 

  Etats-Unis Venezuela
Population 318,9 millions 28,9 millions
Produit intérieur brut (PIB) $16.720 milliards $367,5 milliards
PIB/habitant $52.800 $13.600
Production pétrolière 11,1 millions de barils jour 2.5 millions de barils jour
Budget de la défense 4,35% PIB
$836 milliards
1,05% PIB
3,9 milliards
Armement nucléaire 7.000 ogives nucléaires néant
Source : Central Intelligence Agency
 
 
Le Produit intérieur brut (PIB) vénézuélien est quarante-cinq fois inférieur au PIB américain. Comment la corruption financière vénézuélienne pourrait-elle menacer la finance américaine ? La production pétrolière du Venezuela est quatre fois inférieure à celle des Etats-Unis. Son budget militaire est deux cent fois inférieur à celui des Etats-Unis. Le pays ne dispose pas de l’arme atomique. Son armée est squelettique, et sa marine et son aviation inexistantes. Où est le danger ?
 
Quelle légitimité les Etats-Unis ont-ils en matière de libertés individuelles au vu du récent rapport du Sénat sur la torture, des écoutes de la NSA, de Guantanamo, d’Abu Ghraib, de l’Irak, de la Libye, des drones, des exactions de la police américaine à l’égard des noirs (Ferguson, Cleveland, Staten Island), du soutien accordé à Saddam Hussein du temps où il combattait l’Iran, des décapitations de son allié, l’Arabie Saoudite ?
Qui a oublié cette phrase de Madeleine Albright, ministre des affaires étrangères, affirmant que la sécurité des Etats-Unis valait bien la mort de 500.000 enfants irakiens ? (1)
 
Le Venezuela ne présente aucun danger pour"la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis". C’est une évidence. Affirmer cela ne signifie pas que la politique de Nicolas Maduro est bonne. Elle est déplorable. Mais cela ne donne pas le droit aux Etats-Unis d’encourager l’opposition vénézuélienne dans le but de renverser un président démocratiquement élu, pas plus que les erreurs et manquements de la politique intérieure et extérieure américaine ne donnent le droit à la Russie ou à la Chine d’inciter les Américains à se révolter contre Barack Obama.
 
"Le souverain est celui qui décide des exceptions", disait Carl Schimitt en 1922. Les Etats-Unis ne cessent de se conduire en puissance hégémonique. Le président américain en fait une nouvelle fois la preuve en s’en prenant au Venezuela. C’est un changement de régime que Barack Obama veut imposer, comme il le fit en Honduras en 2009 en déposant un président démocratiquement élu, et comme les Etats-Unis l’ont fait de nombreuses fois dans le passé. (2)  
 
(1) 60 minutes, 5 décembre 1996
(2) La France a pratiqué la même politique en Afrique.

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