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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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La France dans le déni

Publié dans Du côté des élites
La France dans le déni
 
"La critique est aisée mais l’art est difficile". Cet aphorisme de La Bruyère est certainement présent à l’esprit d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe quand ils entendent ou lisent les commentaires de leurs adversaires. Si le moraliste nous met en garde contre un usage abusif de la critique, il ne l’interdit pas. Profitant de cette liberté, tout en étant conscient de la tâche difficile à laquelle notre Président et son Premier ministre sont confrontés, nous analysons leurs discours respectifs. Force est d’admettre qu’ils sont décevants.
 
Celui d’Emmanuel Macron est un exercice de rhétorique tel que Sciences Po et l’ENA l’enseignent. On est tenté de reprendre la réplique de Ronald Reagan face à son adversaire Walter Mondale en 1984 : "where is the beef ?". Amender les institutions de la 5ème République, comme le Président le propose et comme beaucoup le souhaitent, n’est pas la priorité. Depuis la Révolution française, la France a eu vingt-et-une constitutions... dont certaines n’ont jamais eu d’existence réelle ! Elles n’ont empêché ni la défaite de Sedan ni la victoire de 1918.
 
Le discours d’Edouard Philippe est plus décevant encore. Il nous détaille un inventaire à la Prévert : taxe d’habitation, prix du paquet de cigarettes, déserts médicaux, vaccins obligatoires, remboursement des lunettes, etc. L’étonnement le dispute à la déception. Notre Premier ministre n’aurait-il pas lu les rapports Attali, Gallois, Pisani-Ferry Enderlein ou ceux de la Cour des comptes, de la Commission européenne, de l’OCDE et du Fonds monétaire international ? Son objectif prioritaire se limite à ramener le déficit budgétaire sous la barre des 3% pour satisfaire aux exigences de Bruxelles.
 
Selon le souhait du Président, il espère ainsi être en mesure de négocier avec l’Allemagne la création d’un ministère économique européen qui serait le pendant de la Banque centrale européenne – vieux rêve français qui vise à faire porter par les Allemands le coût de notre impéritie. Hélas, ils ne sont pas dupes. Non seulement ils ne le sont pas, mais ils sont d’excellents négociateurs en faisant de l’euro un Deutsche mark qui a changé de nom. Le traitement du solde de la balance des transactions courantes en fournit un excellent exemple. Alors que son déficit est limité à 4 % du produit intérieur brut, son excédent peut atteindre 6 %. Cette différence de traitement autorise une politique commerciale allemande outrageusement mercantile.
Ces limites de 4 % et 6 % sont arbitraires. Elles ne reposent sur aucune base rationnelle. Il en va de même du 3 %. Or, si la France est en contravention de ses engagements bruxellois avec un déficit budgétaire de 3,7 %, l’Allemagne l’est tout autant avec un excédent commercial de 8,5 % !
 
Comme le montrent les études mentionnées ci-dessus, la France a deux priorités : la réduction de son coût de fonctionnement et la compétitivité de ses entreprises. Au-delà de ces deux priorités, l’objectif du gouvernement doit être d’abaisser la limite de l’excédent commercial de 6 à 4 % afin d’obliger l’Allemagne à adopter une politique de relance qui profiterait à la France et à la zone euro.
nvoyé par l'auteur, 10 juillet 2017

L’Empire excède-t-il ... ?

Publié dans De par le monde
L’Empire excède-t-il ses limites ?
 
Donald Trump est un électron libre qui n’a pas sa place à la Maison Blanche. Ceci dit, il est l’élu du peuple américain, comme en a décidé le Collège électoral. Alors, pourquoi cette campagne de dénigrements et d’accusations sans précédent dans l’histoire américaine ? Parce qu’il conteste la politique hégémonique des Etats-Unis. Il considère qu’elle affaiblit le pays plus qu’elle ne le conforte.
L’extension d’un empire ne se justifie que dans la mesure où les profits qu’il en retire excèdent les coûts. Dans le cas des Etats-Unis, bien qu’il soit impossible d’en faire un bilan exact, le résultat ne semble pas conforme à la règle. Les coûts sont supérieurs aux profits, à preuve le déficit budgétaire, le déficit de la balance commerciale, le déficit de la balance des paiements, l’endettement extérieur croissant, etc. qui affaiblissent l’économie américaine.
 
Intéressons-nous au déficit budgétaire. Il est dû au budget hors norme de la défense. Officiellement, il s’élève à 615 milliards de dollars pour l’exercice 2017-18. Officieusement, il excède 1.100 milliards de dollars, si l’on inclue le coût des services secrets et des anciens combattants, soit le quart des dépenses totales. Si l’on s’en tient au chiffre officiel de 615 milliards, il faut additionner les budgets de sept nations pour atteindre un chiffre équivalent (Chine, Russie, Arabie saoudite, France, Grande-Bretagne, Inde et Allemagne).
Le déficit budgétaire, par l’endettement à l’étranger qu’il engendre, menace le dollar. Or celui-ci est l’un des piliers de la puissance américaine. New York est le centre financier mondial depuis 1945. Deux-tiers des réserves mondiales sont libellées en dollars entreposés à la Réserve fédérale. L’essentiel des transactions commerciales se font en dollar et transitent in fine par la Réserve fédérale. Il en va de même des emprunts internationaux. Cela confère un pouvoir considérable aux Etats-Unis. Ainsi, en réponse à la prise d’otages de 1981, le gouvernement américain a-t-il gelé les avoirs financiers iraniens.
 
Ce pouvoir repose sur la confiance que le reste du monde place dans le dollar. Cette confiance est basée sur la gestion de l’économie américaine. Or, cette gestion est menacée par la dette extérieure. Trump veut se désengager d’accords négociés dans le passé qu’il considère coûteux afin de maintenir la confiance dans le dollar. Sa dépréciation brutale sonnerait le glas pour l’Empire.
A noter que dans son évaluation de l’économie américaine, Trump ne tient pas compte de la désastreuse gestion de la crise des subprimes par les présidents Bush et Obama – gestion qui a fortement accru la dette publique. Compte tenu du nombre d’anciens membres de Wall Street dans son cabinet, il est douteux qu’il en fasse état un jour.
 
Quoiqu’il en soit, sa politique s’oppose à celle des néoconservateurs et des néolibéraux qui entendent poursuivre la politique hégémonique, adoptée à la suite de la chute de l’Empire soviétique, convaincus qu’ils sont qu’elle est dans la destinée des Etats-Unis et qu’elle se révèlera payante à terme. Il ne s’agit donc pas de savoir si Jared Kushner, le gendre de Trump, a rencontré un diplomate russe à Moscou ou à Washington mais quelle sera la politique étrangère des Etats-Unis à l’avenir. L’enjeu est considérable. En cas d’impasse le conflit peut déboucher sur une crise constitutionnelle, voire une révolution.

7 juin 2017

Le parrain d’E. Macron

Publié dans De par le monde
Le parrain d’Emmanuel Macron
 
Un consultant du nom d’André Archimbaud a écrit un papier sur l’élection présidentielle intitulé : "France : Soros 66 %, Poutine 34 %". Le papier est mauvais mais le titre est bon. Soros a gagné l’élection présidentielle. Poutine a perdu. Soros est le parrain putatif d’Emmanuel Macron. Les choses sont plus compliquées que la présentation qui en est faite ci-dessous mais le temps est venu de "déconstruire" la déconstruction.
 
George Soros, milliardaire bien connu pour avoir fait chuter la livre sterling en septembre 1992, est un hongrois, naturalisé américain. Il est le fondateur de l’Open Society Institute dont l’objet officiel est la promotion de la démocratie et des droits de l’homme. Derrière ce vocable innocent se cache une volonté de régir le monde par l’uniformisation de la pensée et des cultures. Voilà pourquoi Emmanuel Macron a déclaré effrontément qu’il n’y a pas de culture française et que la colonisation est un crime contre l’humanité. Il était dans son rôle de "young leaders" (le lecteur intéressé découvrira que Bill Clinton, Barack Obama, Tony Blair, David Cameron et Matteo Renzi furent aussi des "young leaders" en leur temps, tous jeunes, inexpérimentés, et malléables). Il fallait s’y attendre, les remarques du jeune candidat firent des vagues, à tel point qu’il dut rétropédaler pour effacer la gaffe. Mais, le mal était fait et donnait un parfait exemple de déconstruction. Ces thèmes culturels réapparaitront dans le futur avec le même objectif : déconstruire. Déconstruire la culture qui a fait la France (et l’Europe) pour la remplacer par un nihiliste consumériste et hollywoodien… par toutes ces choses merveilleuses qu’une certaine Amérique exporte volontiers… Hébété par ce matraquage médiatique le peuple ne pensera plus par lui-même.
 
Entre-temps, le jeune président entamera des réformes économiques et sociales pour mettre la France à l’heure de la mondialisation ce qui en soit est une bonne chose… le monde évolue et nous devons évoluer avec lui… encore faut-il que cela se fasse dans le respect de nos traditions et coutumes. C’est là que le bât blesse : il n’en est pas question, la France devra les abandonner. Plus d’appellations contrôlées, de camembert, de champagne, de Graves ou de Saint-Emilion. Des marques, uniquement des marques (Coca-Cola, McDonald, Frito-Lay, etc.) C’est l’objet de l’Accord de libre-échange transatlantique (TTIP) que Donald Trump a annulé. Rassurez-vous, il réapparaitra. En fait, il est déjà là avec le Ceta – l’accord commercial que l’Union européenne a signé avec le Canada. C’est le petit frère du TTIP. Il agira sur la culture européenne par le commerce. Un rêve, direz-vous ? Non. John Quincy Adams, sixième président des Etats-Unis, missionna l’ambassadeur américain à Ottawa pour qu’un accord commercial soit conclu avec le Canada. Cela en fit un dominion. Note : les Etats-Unis tentèrent la conquête du Canada par les armes en 1812. Ce fut un échec. Le commerce se révéla plus sûr et moins couteux.
 
Revenons à la France. Pour garantir l’élection de Macron, on fit trébucher Fillon. Battre Le Pen fut un jeu d’enfant. Les Français eurent alors le choix entre la peste et le choléra. Ils optèrent pour la peste. On est tenté de paraphraser Churchill : ils choisirent la peste pour éviter le choléra. Ils auront la peste et le choléra. On pense aussi à Daladier qui, acclamé par les parisiens à son retour de Munich, marmonna : "les cons".
 
Cette volonté de domination de George Soros est partagée par David Rockefeller, le fondateur du Bilderberg groupe et de la Commission trilatérale. Les modalités de leurs projets respectifs divergent mais l’objectif est le même : l’établissement d’un gouvernement mondial au service d’une ploutocratie. Jacques Attali le verrait bien à Jérusalem.
 
En résumé : les choses sont plus compliquées que ne le laisse entendre cette note, mais l’essentiel y est. Nous sommes confrontés à une déconstruction de notre monde. Face aux Soros qui veulent effacer de notre mémoire collective la Renaissance, le Siècle des Lumières et bien d’autres choses encore, Poutine se fait l’avocat de notre passé et de notre culture. Rappelons qu’il est le produit d’un système que se voulait universaliste et déconnecté du monde ancien (c’est entendu : Poutine n’est pas un saint, mais les présidents américains non plus, et les dirigeants européens pas davantage). Cet attachement à la tradition n’interdit pas le changement, mais il exclut toute domination du monde par un petit groupe d’individus quel qu’il soit.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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