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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Des raisons d'espérer

Publié dans En France
"Nous avons dit que les lois étaient des institutions particulières et précises du législateur, et les mœurs et les manières des institutions de sa nation en général. De là, il suit que, lorsque l'on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois, cela paraîtrait trop tyrannique..." - Montesquieu, L'esprit des lois.

Dans les deux premières années de son mandat, François Hollande s'est attaché à transformer les mœurs de la société françaises. Cette erreur dénoncée par Montesquieu dont il ne peut ignorer l'enseignement, coûte cher à la France au moment où le chômage est la préoccupation première de ses concitoyens. Fort heureusement, l'esprit français qui résiste à
ces assauts répétés, sait que la sortie du marasme dans lequel nous sommes plongés, réside dans l'excellence. Or l'excellence est inscrite dans nos gènes. Le quotidien nous en apporte la preuve.

En dépit des flétrissures infligées à la France par des dirigeants désinvoltes, incompétents, et avides, les Français demeurent capables de grandes réalisations dans les arts, la littérature, la politique, le sport et l'économie. En attestent leurs nombreuses réalisations en France, en Europe et dans le monde. Ainsi, la ville de Rodez consacre-t-elle un musée à l'un de ses enfants, Pierre Soulages, peintre mondialement connu. En littérature, Marc Lévy est l'auteur d'un roman, "Et si c'était vrai", vendu à cinq millions d'exemplaires, traduit en quarante langues et distribué dans trente-deux pays. Gérard Depardieu, vilipendé pour s'être exilé en Russie, n'en est pas moins l'un des plus grands acteurs de notre temps. Christine Lagarde dirige le Fonds monétaire international, assistée d'Olivier Blanchard en charge du service économique. Thomas Piketty est l'auteur d'un ouvrage, "Le capital au 21ème siècle", salué comme l'une des grandes contributions à la pensée économique de ces dernières décennies, et vendu à 400.000 exemplaires aux Etats-Unis. La France brille régulièrement dans des
disciplines sportives comme l'équitation, l'escrime, la nation ou le handball grâce à des jeunes qui s'y consacrent avec talent, professionnalisme et ardeur.

En économie aussi, la France connaît des succès mondiaux incontestables dans de nombreux secteurs, allant des infrastructures routières à l'agroalimentaire en passant par les équipementiers, l'aérospatiale, la construction navale, la cosmétique, la chimie fine, la programmation, etc. etc. Citons quelques noms : Vinci, Limagrain, Lactalis, Michelin,
Valeo, Zodiac, Dassault, Arianespace, STX (anciennement Chantiers de l'Atlantique), L'Oréal, Dassault Systèmes, Ubisoft, etc. Cette liste est indicative. Elle n'a pas l'ambition d'être exhaustive. Mais au vu des noms qui y figurent une question vient à l'esprit : pourquoi Alstom est-il à vendre alors que le carnet de commande de STX est rempli jusqu'à 2019 ? (1)
Parce que l'export ne représente que 23% de son chiffre d'affaires quand 100% de celui de STX dépend de l'étranger où la concurrence est rude. La direction de STX le sait, les syndicats le savent ainsi que les actionnaires. Tout le monde fait les efforts nécessaires au maintien de l'activité et de l'emploi. A l'inverse, Alstom se tourne vers l'Etat (SNCF, EDF, etc.) pour maintenir son chiffre d'affaires (se reporter au commentaire de Montebourg dans Les Echos du 21 mai 2014). Ainsi, preuve est faite que le salut ne vient pas seulement de l'Etat mais aussi de l'esprit d'entreprise qui abonde en France mais qu'une élite, préoccupée par la préservation de ses avantages, décourage par crainte que le pouvoir auquel elle est si attachée, ne lui échappe. (2)

En s'acharnant sur les mœurs, l'élite tyrannise la population. Qu'elle relâche son étreinte, le résultat ne se fera pas attendre... pour le plus grand bien de la France et des Français ! Il y a des raisons d'espérer.

(1) Des lecteurs objecteront que les succès commerciaux de ces sociétés prouvent a contrario que l'Etat n'enfreint pas le développement des entreprises. Ce serait oublier que la France exporte à peine 30% de son produit intérieur brut contre 50% pour l'Allemagne. Une moindre emprise de l'Etat améliorerait la compétitivité française, et par voie de conséquence l'export et la croissance, réduisant d'autant le chômage. C'est ce que préconise le Fonds monétaire international dans son dernier rapport sur la France (Consultations au titre de l'Article IV, 15 mai 2014).
(2)L'Etat et la politique de l'offre, Magistro, 23 mai 2014. 
                         
 
 
                                                                             
 
 
 

L'Etat et la politique de l'offre

Publié dans En France
Dans sa conférence de presse du 14 janvier 2014, François Hollande fit l'éloge de la politique de l'offre. C'est une première. Jamais homme politique de gauche ne s'en était fait l'avocat. Ce discours qui rappelle l'éloge du chancelier Schröder prononcé lors des commémorations du 150ème anniversaire à Leipzig, le 23 mai 2013, interpella l'establishment politique. Mais, qu'elle est cette politique que la gauche voue aux gémonies, et que peut-on en attendre ?

Ses origines remontent à Adam Smith et Jean-Sébastien Say dont la formule célèbre, "l'offre crée sa propre demande", est restée dans les mémoires. Elle s'oppose à la politique de la demande, théorisée par John Maynard Keynes. Elle prône les vertus du marché, et préconise une implication minimale de l'Etat dans l'économie, et par voie de conséquence une faible imposition. En bref, elle donne la priorité à la création de richesse sur sa redistribution, au marché sur l'Etat. Elle est de ce fait en conflit non seulement avec la gauche mais aussi la "République une et indivisible".

Ce débat entre politique de l'offre et de la demande est stérile. Aucune des deux politiques ne prévaut sur l'autre. Elles se complètent tout autant qu'elles s'opposent. Leur utilité dépend des circonstances dans lesquelles elles sont appliquées. La régénérescence de l'offre dans les années 1980 aux Etats-Unis n'est pas le fruit du hasard mais la conséquence d'une politique de la demande poussée à son paroxysme, alliant le beurre et les canons, la Great Society et la guerre du Vietnam. Qui a oublié la déclaration du très républicain président Richard Nixon : "nous sommes tous keynésiens". Ce jour-là le keynésianisme avait vécu. L'offre fut à l'honneur sous Ronald Reagan.
Son avènement en France, quarante ans de tard, devrait être fructueux, s'il en est fait un usage judicieux et modéré.

La déclaration du Président représente-t-elle un tournant majeur dans la définition de la politique française ? Impossible de le savoir. L'avenir le dira. En revanche, ce que l'on sait, c'est que la France ne peut sortir de l'ornière dans laquelle elle est embourbée depuis des décennies que par un changement de mentalité de la classe politique.
Traditionnellement, l'Etat est vu comme l'acteur majeur en économie par opposition au marché qui n'en est que l'instrument servile. Cette philosophie dont les racines remontent loin dans le passé, imprègnent l'élite française qui est vent debout contre le monde dans lequel nous vivons depuis la chute du mur de Berlin, l'effondrement de l'Union soviétique et le ralliement de la Chine à 'l'économie socialiste de marché'. Ce monde qui privilégie la réactivité, l'innovation et l'ouverture, s'oppose au conservatisme inné de notre classe dirigeante, à ses égoïsmes, ses atermoiements patriotiques, et son immobilisme que sa lourdeur administrative engendre.

La France a les atouts dont elle a besoin pour réussir. Encore faut-il qu'elle s'affranchisse de cette idéologie républicaine sclérosante, liberticide et faussement démocratique, qui obstrue sa vision du futur. C'est la vraie contribution que la politique de l'offre peut apporter à notre pays.

Porte-hélicoptères russes...

Publié dans En France
Porte-hélicoptères russes et Rafale indiens

Faut-il mettre l’embargo sur les porte-hélicoptères russes ? Selon certains, la question se pose suite à la crise ukrainienne. Mais, elle en entraîne une autre : quelle est la politique de la France en matière d’armements ? Au-delà du problème moral qui n’est pas traité ici, la question est de savoir s’il existe une doctrine propre à assurer notre indépendance en ce domaine. L’Inde sera très attentive à la décision qui sera prise. Porte-hélicoptères russes et Rafale indiens sont liés.

L’Inde soutient la Russie dans le conflit ukrainien. Vladimir Putin s’en est félicité publiquement. Les deux pays sont alliés depuis le temps de la Guerre froide. En elle-même, cette alliance suffit à justifier la position indienne. Mais, il est permis de penser que l’Inde, consciente de sa puissante naissante, fière de son passé et de sa culture, et qui jadis fut l’initiateur de la Conférence des "pays non-alignés" de Bandung, a fait de la crise ukrainienne sa propre analyse. Que constate-t-elle? Que le président Viktor Yanukovich, élu démocratiquement, est remplacé par Oleksandr Turchynov qui nomme Arseney Yatsenyuk, Premier Ministre, lequel n’est autre que la personne choisie  par Victoria Nuland, Sous-secrétaire d’Etat américaine. N’est-ce pas là un coup d’état en dépit d’engagements pris par les Etats-Unis de ne pas encercler la Russie ?

Cette politique d’encerclement que l’ancien Ministre des Affaires étrangères, Henry Kissinger désapprouve, (1) trouve son origine dans un document, le "Defense Strategy for the 1990s", rédigé à la demande de Dick Cheney, alors Ministre de la Défense. Plusieurs fois remanié, il deviendra le "National Security Strategy of the United States" en septembre 2002, connu sous le nom de "Bush doctrine". Son message est clair : l’effondrement de l’Union soviétique fournit aux Etats-Unis l’occasion d’assoir son hégémonie. Toute nation tentée de s’y opposer doit être contrée. L’Inde en comprend le sens géostratégique. L’effondrement de son allié russe la transforme en vassal américain. Dans cette perspective, il est logique de diversifier ses approvisionnements militaires. Encore faut-il s’assurer de la fiabilité de son fournisseur, les contrats s’étalant sur vingt-cinq ou trente ans.

La France a-t-elle une politique définie en matière de livraison d’armements ou celle-ci fluctue-t-elle au gré des évènements et des émotions du moment ? Jadis, le général de Gaulle chercha à utiliser les Mirages pour conforter l’autorité de la France sur la scène internationale. Il décida d’en vendre au Brésil alors que John Kennedy avait décidé que ce pays dans une situation économique catastrophique, ne faisant l’objet d’aucune menace extérieure, avait des problèmes plus urgents à régler que l’achat d’avions de combat. Puis, il y eut la décision de ne pas livrer de Mirage à Israël. Lors de la guerre des Malouines, les Argentins faisant un bon usage des Exocet, la France en interrompit la livraison à la demande expresse de Margaret Thatcher. Au vu de ces retournements, un acheteur étranger est en droit de s’interroger sur la fiabilité de la France. Pourquoi l’Inde achèterait-elle 126 Rafale si elle n’est pas assurée d’en avoir la livraison ? Impossible de ne pas se poser cette question si les porte-hélicoptères russes ne sont pas livrés. L’Inde qui a quadruplé son budget défense en vingt ans, est un marché d’avenir. Troisième exportateur mondial, la France a tout intérêt à la satisfaire.

Faut-il mettre l’embargo sur les porte-hélicoptères russes ? La question est d’autant plus pertinente que le Commerce extérieur est désormais rattaché au Quai d’Orsay. Une réponse positive serait désastreuse pour la France, son industrie d’armements et ses salariés, sans oublier la recherche et le développement auquel cette industrie contribue puissamment. Rien ne satisferait plus le complexe militaro-industriel américain. L’industrie militaire française n’a certes pas la dimension de son concurrent d’outre-Atlantique. Elle n’en est pas moins redoutable en raison de sa relative autonomie. Pour les Américains, l’embargo signifierait l’affaiblissement d’un concurrent gênant. Pour la France, la fin de son indépendance.
 
(1) How the Ukraine crisis ends, Henry Kissinger, The Washington Post, March 5, 2014.

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