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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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Politique du chômage

Publié dans Du côté des élites
Chômage : inversons la politique pour inverser la courbe
 
Le chômage repart à la hausse en septembre. Les commentaires qui accompagnent cette annonce sont aussi prévisibles que l’évolution de la courbe elle-même. Inutile de s’y arrêter.
En revanche, interrogeons-nous sur les mesures prises ces trente dernières années pour en inverser la tendance.
Elles procèdent d’une vision technocratique inefficace. L’effet attendu n’est pas au rendez-vous. Retour sur le passé.
 
Le taux de chômage s’élève à 3.4% en 1975 et à 5.3% en 1980. C’est alors qu’il ne cesse de monter pour atteindre 10.7% en 1997. Après une brève accalmie qui le fait chuter à 7.7% en 2001, il remonte à nouveau pour atteindre 10.2% en 2014.
En trente-quatre ans, le taux de chômage a doublé.
Ce n’est pas faute d’avoir tenté de l’enrayer, objecteront les politiques. Qui a oublié cette phrase de François Mitterrand : "Dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé." Tout ? Tout, sauf l’essentiel peut-être.
 
Voici la liste des principales mesures prises depuis 1980 pour y mettre fin :
Raymond Barre : Pacte pour l’emploi des jeunes.
Laurent Fabius : Travail d’utilité collective, stages d’initiatives à la vie professionnelle.
Jacques Chirac : Allègement et exonérations de charges.
Michel Rocard : Contrat emploi-solidarité.
Alain Juppé : Emplois jeunes.
Lionel Jospin :Lois Aubry I et II, lois de modernisation sociale.
Jean-Pierre Raffarin :Contrat jeune en entreprise, contrat d’insertion dans la vie sociale.
François Fillon : Contrat d’autonomie.
Jean-Marc Ayrault : Contrat d’avenir.
 
Insensible à ces mesures, le chômage poursuivit sa marche ascendante. Toute personne sensée se serait interrogée sur leur inefficacité. Pas nos politiques qui, imperturbables, empilent les mesures inutiles. Se sont-ils jamais posés la question de l’origine de la croissance ? Savent-ils qu’elle naît de la productivité et que qui veut vaincre le chômage privilégie la productivité des entreprises pour favoriser la croissance et encourager l’emploi.
Qu’a fait la France ces trente dernières années ? Elle a fait l’inverse. Elle a alourdi les charges des entreprises et réduit leur productivité. Ainsi, a-t-elle institué la retraite à 60 ans, les 39 heures payées 40, les 35 heures payées 39… Elle a voté la Loi de modernisation sociale, (1) et harmonisé les SMIC pour sortir d’une situation ubuesque qu’elle avait elle-même créée.
 
Il lui faut revenir sur ses pas : réduire les charges des entreprises, ouvrir les services à la concurrence, simplifier les réglementations, … etc. Autant de mesures préconisées par les rapports Attali et Gallois, par ceux de la Cour des compte, de la Commission européenne, de l’OCDE, du FMI et d’instituts privés.
Manuel Valls a engagé cette politique mais il lui faut aller plus loin. Il lui faut abandonner l’esprit technocratique qui pervertit notre mode de pensée. Albert Einstein disait : "Nous ne résoudrons pas nos problèmes en suivant le mode de pensée de ceux qui les ont créés."
La France a besoin d’une révolution de la pensée.
 
(1) Critiquée par Laurent Fabius et qualifiée d’usine à gaz par Jean-Pierre Chevènement, l’objet principal de cette loi était d’obtenir le soutien communiste à l'élection présidentielle de 2002.

Martine et Jacques

Publié dans En France
Quand Martine s’oppose à Jacques
 
Jacques Delors est le père incontesté de l’euro.
Président de la Commission européenne, il a convaincu les Européens d’adopter une monnaie unique.
C’est un exploit puisque les essais précédents, le "Serpent dans le Smithonian tunnel" et le Système monétaire européen, avaient échoué.
Il est permis de s’interroger sur les raisons qui l’ont poussé à choisir une solution plus contraignante que les précédentes pour résoudre un problème quasi insoluble – la stabilité monétaire de la Communauté européenne. L’Allemagne ne souhaitait en aucune façon abandonner le Deutsche mark, symbole de sa réussite après la Seconde Guerre mondiale. Elle s’y résout en imposant ses conditions, c’est-à-dire en faisant de l’euro un Deutsche mark qui avait changé de nom. Les statuts de la Banque centrale européenne sont la copie conforme de ceux de la Bundesbank, et la philosophie de l’euro reflète le credo économique allemand.
 
Voilà pourquoi dès le milieu des années 1980, Jacques Delors se fit l’avocat du franc fort, avec la complicité de Jean-Claude Trichet, alors gouverneur de la Banque de France. Le résultat de cette politique ne se fit pas attendre.
Le franc se stabilisa vis-à-vis du Deutsche mark et la balance commerciale de la France devint excédentaire. Vint "l’austère qui se marre".
Lionel Jospin prit Martine Aubry comme Ministre du Travail et de l’Emploi. Elle fit promptement voter les 35 heures payées 39, augmentant du même coup le coût du travail de 11,4%, affirmant de surcroît que le monde entier suivrait la France sur cette voie.
A nouveau, le résultat ne se fit pas attendre. Les gains de salaire excédèrent les gains de productivité et la balance commerciale, positive depuis le début des années 1990, redevint négative.
 
Fort de ce bilan, Martine Aubry critique François Hollande dans le Journal du dimanche.
Mais le Président a-t-il le choix de sa politique ?
Ayant opté pour l’euro, la France se doit d’adopter une politique à l’allemande tôt ou tard.
C’est ce qui fit Jacques Delors en préparation de l’entrée de la France dans la zone euro.
En se faisant l’avocate d’une politique de relance, Martine Aubry non seulement s’oppose à son père, elle prône aussi une politique vouée à l’échec.
En revanche, une relance à l’échelon européen est souhaitable. Les Allemands le savent. Ils attendent des résultats tangibles de la France pour donner leur accord. (2) Si relance européenne il y a, la France ne pourra s’en prévaloir pour s’exonérer de réformes qu’elle a trop tardées à mettre en œuvre. Affirmer le contraire, c’est non seulement mentir aux Français, c’est aussi leur cacher la sévérité de la crise que la France traverse et, par contrecoup, l’Europe.
 
L’euro est un projet économique au service d’une cause politique : le fédéralisme européen.
Jacques Delors a eu tort de choisir cette voie pour conforter l’Europe – les Français n’y étaient pas préparés. Martine Aubry a tort de leur dire qu’une sortie de crise indolore est possible.
 
(1) Journal du dimanche, 19 octobre 2014.l
(2) La France n’a pas tenu ses objectifs budgétaires ses dix dernières années.

Livrer les Mistral ?

Publié dans En France
Livrer ou ne pas livrer les Mistral ?

Au nom de quel principe répondre à cette question ?
Au nom du droit international ? Impossible quand la nation la plus puissante s’en affranchit pour envahir un pays.
Au nom du droit d’ingérence ? Impensable au vu de l’état de la Libye aujourd’hui.
Reste la souveraineté nationale.
La France n’est liée à l’Ukraine par aucune convention. En revanche, elle est liée à la Russie par un contrat. Elle doit donc livrer les Mistral.
Les Etats-Unis s’y opposent. Pourquoi ?
Leur visée hégémonique n’étant un secret pour personne, c’est à la lumière de cet objectif qu’il faut interpréter leur opposition.
 
L’Ukraine est une case essentielle sur l’échiquier mondial. Zbigniew Brezinski, ancien conseiller à la Sécurité nationale de Jimmy Carter, le dit très clairement : "Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire eurasien". (1) Il suit la voie tracée par Harold Mackinder qui énonça le postulat suivant après la Première Guerre mondiale : "Qui contrôle l’Europe centrale contrôle l’Europe, et qui contrôle l’Europe domine le monde". (2)  Contrôler l’Ukraine revient donc à affaiblir durablement la Russie.
A cette première raison s’en ajoute une seconde. Une relation de confiance s’étant établie entre Barack Obama et Vladimir Poutine au cours du temps, une opération militaire américaine en Syrie – opération à laquelle le général Dempsey, chef d’état-major, était opposée – put être évitée. (3) Cette relation laissait aussi entrevoir une résolution pacifique du différend américano-iranien. Eventualité inenvisageable pour les néoconservateurs. Etabli sur un pied d’égalité, cette relation de confiance entre les deux hommes irritait les néoconservateurs qui y voyaient un défi à leur volonté hégémonique (volonté non partagée par leurs compatriotes, volontiers isolationnistes). (4)
 
Leur solution : ouvrir un second front. (5) Ce fut l’Ukraine.
Peu à près la démission du président ukrainien, Viktor Yanukovych, Victoria Nuland, sous-secrétaire d’Etat, se vanta d’avoir dépensé 5 milliards de dollars pour arriver à ce résultat. (6) Irritée par les atermoiements initiaux des Européens, Nuland déclara tout de go qu’ils "pouvaient aller se faire enc…." (7), apostrophe qui résume l’opinion que les néoconservateurs se font de l’Europe. (8) Ainsi donc, pour satisfaire la volonté hégémonique d’une nation qui plus est lui dit d’aller se faire enc…, la France devrait-elle renoncer à la livraison d’un contrat obtenu de haute lutte après une rude concurrence avec des pays voisins ?
 
Tout au long de son histoire, la France n’a cessé d’affirmer et de défendre sa souveraineté. On pense à Richelieu, Talleyrand ou Charles de Gaulle qui se battit becs et ongles avec son mentor et adversaire, Winston Churchill, pour qu’il la reconnaisse pleinement à un moment où tout semblait perdu. Aujourd’hui comme hier, la France doit se conduire en nation souveraine et satisfaire à ses obligations contractuelles.
 
(1) "The Grand Chessboard", Zbigniew Brezinski (1997).
(2) "Democratic ideals and reality", Sir Harold Mackinder (1919).
(3) "Forgetting Cheney’s legacy of lies", Ray McGovern, Consortium News, 27 août 2014.
(4) "Putin, not Ukraine, is vexing America", Finian Cunningham, 6 septembre 2014.
(5) "The whys behind the Ukraine crisis", Robert Parry, 3 septembre 2014.
(6) Victoira Nuland est mariée au néoconservateur Robert Kagan, auteur de "La puissance et la faiblesse".
(7) En anglais : "F… the Europeans!"
(8) Souvenons-nous du commentaire de Donald Rumsfeld, ministre de la defense, au sujet de la "vieille et de la nouvelle Europe".

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